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 La douce saveur de l'Oubli

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Ellias MacInerty
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MessageSujet: La douce saveur de l'Oubli   Jeu 22 Déc 2011 - 1:32


La douce saveur de l'Oubli

Loevi & Ellias


Tokyo, Décembre 2013


Comment s'était-il laissé embrigadé là-dedans ? Ellias n'en savait absolument rien. Pas la moindre idée. Un jour, il était un Sainte Mangouste, occupé à bombarder son binôme avec des trolls aux cheveux fluos, et le lendemain, ou presque, il se retrouvait fourbu, courbaturé après un voyage de plusieurs heures dans un avion surpeuplés, avec un gamin braillard comme voisin, un gamin démontrant sa grande passion pour agripper et tirer les cheveux.

Le Japon, en voilà un pays où il n'aurait jamais mit les pieds de lui-même. Et il s'y était retrouvé par un concours de circonstances particulièrement singulier. Après plusieurs années, il avait reçu un hibou de l'Himalaya, pas très clair, bourré de fautes d'orthographes. Mais le message principal se dégageait tout de même comme un feu de bois dans une nuit sans lune : l'auteur de la lettre voulait le rencontrer, lui parler. De Livia et Lucas. Sa sœur et son beau-frère disparus quelques années plus tôt dans les neiges éternelles. Enfin des nouvelles, après tout ce temps passé à s’inquiéter pour eux. Il allait savoir ce qu'il leur était arrivé. Du moins, c'est ce qu'il pensait. Pas un instant le jeune homme avait pensé que le personnage d'un vieux grigou dans un bled paumé au sommet d'une montagne n'était qu'une illusion, un appât pour l'attirer là-bas. Après tout, qu'est ce qui aurait pu lui faire avoir cette idée ? Il n'était qu'un sorcier de seconde zone qui ne s'illustrait ni par ses dons ni par un nom de famille prestigieux ou la richesse d'un sang pur. Non, il n'était qu'un sorcier qui survivait dans un monde en décadence pour les gens de son espèce.

Alors ni une ni deux, il avait posé un congé à la réception de cette lettre, il avait fait son sac en deux trois temps mouvements, aidé de son neveux revenus pour les vacances de Noël de Poudlard, qui s'y connaissait désormais mieux en magie que lui-même pour lui indiquer les formules et les mouvements qu'il se devait d'accomplir. Et confiant Wesley à Kaisley, leur voisine avait transplanné là-bas. Pour affronter un blizzard cuisant et une pluie de glace. Et un vieux schnock qui empestaient le vieux tabac froid, qui ricanait en longues quintes de toux en souriant d'un grand sourire édenté. Et qui ne parlait pas un seul mot d'anglais. Jusque là, il ne soupçonnait toujours rien. Il avait beau être assis sur un sol froid dans un vieux temple abandonné, boire du thé infect où flottaient vieux poils et amas douteux. Le vieux avait continué à ricaner alors qu'il essayait de se faire comprendre à grand renfort de signes et de dessins, quand des hommes, armés de baguettes étaient rentrés dans le temple, recouverts de manteaux de pieds en cap, la peau du visage tannée par le froid et le soleil de la montagne, sauf deux d'entre eux, bien anglais, avec le même air palot de ceux qui ne connaissent que la pluie et les nuages des Îles de Grande-Bretagne. Bon, Ellias, tandis qu'il supportait avec patience le mioche qui lui tenait de lieux dans l'avion qui le conduisait à Tokyo, il se consolait au moins en se disant qu'il n'avait pas complètement tout perdu, puisque ces hommes avaient bel et bien trouvé quelque chose qui avait rapport avec la disparition de Livia et de son mari. Seulement quand il les avait vu apparaître dans l'ombre de ce vestige de palais, il avait un instant cru pour sa vie. Et tandis qu'un blond lui expliquait en susurrant des phrases rassurantes qu'il ne voulait pas grand chose de lui en échange d'information, il se demandait ce qu'il allait advenir de son neveu s'il lui arrivait quelque chose, qui s'occuperait de lui ? Qui l'emmènerait à King's Cross prendre le train ? Qui le ramènerait dans sa maison de Serdaigle ? Et la boutique ? Et Vicky ? Il avait encore tellement de choses à vivre. Il ne voulait pas mourir dans un bled paumé !

Pourtant, il n'était pas mort. Non, l'homme blond lui racontait des histoires à propos de familles, d'une fille disparue, et de truc et de bidules qu'Ellias saisit à moitié pendant que lui répétait qu'il n'était pas très riche mais près à donner tout ce qu'il avait pour peu qu'on le laisse repasser la lisière du temple et transplanné en sécurité à Londres. Il finit par comprendre, bien obligé, lorsque le blond à bout de patience lui jeta un sort pour coller ses lèvres le tant qu'il explique. Tout ce qu'il avait à faire, c'était de monter ses fesses dans un avion à Katmandou pour Tokyo et d'aller à une adresse particulière pour voir si une certaine personne s'y trouvait bel et bien ou si leurs infos étaient des intoxs. Après ça il revenait et ces mecs lui disaient tout ce qu'il savait sur la disparition de sa sœur et de son beau-frère. Ce n'était pas si cher payé, et puis, ils lui offraient le billet de train contre quelques mèches de cheveux. Pour le Polynectar. Il n'avait pas tellement compris le rapport. Le blond, le porte-parole des gars, n'avait pas voulu lui expliquer. Mais il voulait faire croire qu'Ellias était en vacances à la Montagne, alors qu'il se rendait comme un moldu dans un pays étranger.

Voilà pourquoi il se retrouvait devant une devanture lumineuse, en essayant de se rappeler encore une fois l'amour qu'il portait à sa sœur pour avoir accepter de s'être laissé entraîné là-dedans. Et quand il pensait à l'endroit où on l'avait envoyé. Une sueur froide lui parcourait l'échine. Après tout il s'apprêtait à entrer dans un lieu bien fréquenté de la gente féminine. Gente qui l'avait traumatisé et assujettit pendant toute sa jeunesse. D'abord sa sœur, une sauvage en puissance, puis par Victrolla, déesse requin parmi les prédateurs des océans.

Un homme le bouscula pour rentrer, des échos de paroles et des effluves de chaleur l'atteignirent. Il sourit une nouvelle fois en songeant à la fille en question. Quand l'homme blond lui avait dit, il avait éclaté de rire. Quand il pensait que les journaux avaient fait des choux blancs de cette affaire, Terry, son binôme s'était targué d'être celui qui la sauverait, comme pas mal de sorcier de son service. Mais Ellias non, ce n'était pas ses affaires, et puis il y aurait d'autres personnes pour retrouvé cette gamine de riche. Et voilà que c'était lui qui écopait de cette tâche. Il ne savait toujours pas comment s'y prendre si elle était là, ce qui n'était pas sûr d'après l'homme blond. Mais et si elle était là ? Et si Loevi Leroy était bel et bien là ?

Il prit une grande respiration et poussa la porte.
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: La douce saveur de l'Oubli   Mar 27 Mar 2012 - 9:49

Au cœur de l'arrondissement de Shinjuku, siège du gouvernement de la préfecture de Tokyo, centre d'affaires regroupant nombre de grandes sociétés japonaises, se trouve le Kabuki-chô, le quartier "chaud" de la ville – tant par sa forte domination mafieuse que par son culte de la luxure. Capitale de tous les vices, le Kabuki-chô héberge dans ses sous-sols aménagés, indiqués par d'ostentatoires néons multicolores aux noms aguicheurs, bon nombre de clubs où s'échangent contre quelques billets la chaleur d'un alcool onéreux et d'un peu d'attention factice.

C'était là le travail des hôtesses du Flying Angels : offrir à des hommes riches et esseulés, autour d'une bonne bouteille de champagne hors de prix, l'illusion d'une présence féminine attentive et chaleureuse dans leur existence solitaire.

La boîte employait une trentaine de filles, toutes très jolies, âgées de 20 à 25 ans. La seule exception à cette règle était Hikari, 28 ans – mais elle était belle, intelligente, raffinée... et sa place très convoitée de N°1, conservée sans mal depuis déjà plusieurs années, lui garantissait les faveurs du patron. Venait ensuite Saori, qui avait effectué une remontée spectaculaire ces dernières semaines, et Sakura, à qui elle avait raflé la seconde place. En quatrième se trouvait Yuuki, la petite nouvelle que Hikari avait prise sous son aile dès le premier jour. Puis il y avait Sayaka, Juri, Aoi et toutes les autres, dont les portraits étaient accrochés dans le couloir de l'entrée, ordonnés selon leur classement.

La nuit se déroulait généralement dans une atmosphère joyeuse où l'alcool et les billets coulaient à flots, où les langues se déliaient. De temps à autres s'élevaient les voix des filles alignées à l'entrée accueillant les nouveaux clients avant de les accompagner à leur table – et la haie d'honneur s'amputait d'une hôtesse avant de recommencer le même manège avec un enthousiasme toujours renouvelé. Les Japonais avaient au moins ça pour eux : un sens de l'accueil exacerbé et une capacité à toujours sourire, donner le meilleur d'eux-mêmes, en toutes circonstances. Même alors que frustration, colère et rivalité se livraient bataille derrière le masque de bienséance.

Ce qui était manifestement le cas de Sayaka, reléguée à la pire place du podium depuis déjà plusieurs semaines - la cinquième place, celle du "pas assez", la place des perdants. Après la quatrième, qui pour l'occasion avait pris une saveur alléchante pour celle qui l'occupait. Pour la jeune femme, se faire voler sa place était le plus cuisant des échecs, et elle en voulait autant à Saori, au talent jusque-là insoupçonné, qu'à Yuuki, qui ne connaissait pas grand chose du métier et ne devait son succès qu'aux petites particularités qui auraient dû lui valoir de ne jamais être embauchée. Sayaka avait toujours fait de son mieux, elle, et les clients l'appréciaient – jusqu'à récemment.

Saori et son nouveau bonheur rayonnant. Yuuki et son arrivisme ingénu. Deux gêneuses qui n'auraient jamais dû pouvoir la surpasser.

La soirée commençait tôt pour les demoiselles du Flying, mais il était toujours tard lorsque Hikari finissait par se montrer, suivie de sa précieuse Yuuki. Sayaka les observait toujours du coin de l'œil, avec une animosité refoulée, jalousant le statut particulier que la number one fournissait à sa petite protégée de par son simple parrainage. Elle vit Hikari faire signe à Yuuki se s'approcher pour lui glisser quelques mots à l'oreille avant que la nouvelle n'aille rejoindre ses collègues à l'entrée, pour accueillir les clients. Il y avait quelque chose de très étrange, particulier, et surtout de très drôle à voir l'élève se pencher vers son maître pour l'écouter – car oui, même si Hikari était très grande pour une asiatique, Yuuki la dépassait d'une bonne tête. Et la plupart de filles de la boîte avec, en fait.

De là où elle se trouvait, Sayaka avait une vue imprenable sur l'entrée. Comme toutes les autres, elle naviguait entre les tables au gré des demandes mais, pour l'instant, elle se trouvait tout près de la porte, devant laquelle les deux rangées de filles patientaient en discutant discrètement entre elles, clinquantes dans leurs robes de soirée et bijoux brillants. Seule Yuuki, un peu à l'écart, gardait un silence un peu rêveur – non, absent. Elle ne participait jamais aux discussions. Sayaka pouffa intérieurement – au fond, comment l'aurait-elle pu ?

La porte s'ouvrit, livrant passage à l'un de ces hommes en costume-cravate qui constituaient la grande majorité de leur clientèle du vendredi soir. Il poussa un soupir à peine le seuil passé et desserra sa cravate d'un geste las, apparemment bien heureux de pouvoir enfin respirer sans contrainte, comme beaucoup d'entre eux. A cet instant, l'homme à qui Sayaka venait de servir un verre accapara de nouveau son attention, visiblement mécontent d'avoir été ainsi ignoré pendant quelques secondes. Se retenant de lever les yeux au ciel, la jeune femme raccrocha son sourire enjoué sur ses lèvres et reprit la conversation où elle l'avait abandonnée. De toute façon, ce n'était pas encore le tour de Yuuki. Avec un peu de chance, elle n'aurait personne ce soir et perdrait quelques points...

Après quelques minutes, la porte s'ouvrit une deuxième fois, et Sayaka ne put s'empêcher de tourner la tête pour regarder celui qui venait d'arriver. L'homme n'était manifestement pas japonais – plutôt occidental, à vrai dire, avec ses cheveux blonds et son regard clair. Sayaka grimaça malgré elle. C'était à Yuuki qu'incombait la tâche d'accueillir les gaijin*, et bien qu'il en vienne assez rarement, ils en voyaient de plus en plus depuis que Yuuki avait rejoint l'équipe et que l'info avait fait le tour du quartier – mais c'était surtout les japonais amateurs d'exotisme qui appréciaient cette fille affreuse et insipide. Sayaka ne comprendrait jamais pourquoi.

Après que toutes les filles aient souhaité la bienvenue à l'unisson au nouvel arrivant, Yuuki s'avança d'un pas, s'inclina poliment devant lui, mains sagement croisées devant elle, comme Hikari le lui avait appris, un sourire faux, commercial, vissé sur ses lèvres joliment peintes – par la grande Hikari, bien sûr.


-Bienvenue, dit-elle alors dans un anglais parfait – avec un très net accent londonien.

Elle se redressa et se tourna de côté pour inviter son client à la suivre jusqu'à sa table, et l'homme parut presque choqué lorsqu'enfin son regard se posa sur le visage de Yuuki. Un visage d'étrangère. Un visage d'occidentale. Un visage qui, et Sayaka l'ignorait encore, appartenait à l'une des Héritières les plus célèbres et les plus recherchées du monde magique.

Loevi Leroy.



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Ellias MacInerty
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MessageSujet: Re: La douce saveur de l'Oubli   Mar 17 Juil 2012 - 19:18

Sérieusement. Qu'est-ce qui lui avait pris d'accepter ? Il aimait sa sœur, et son beau-frère et de tout son cœur. Plus encore, il aimait son neveu presque devenu son propre fils à qui ses parents manquait, mais il n'avait rien d'un aventurier. Absolument rien du tout. Il était plutôt du genre qui reste chez lui ad vitam aeternam, prendre le métro pour lui était une épopée, pour lui, il n'existait pas de plus bel endroit autre que sa cuisine. Déjà que venir en Imalaya avait été une vraie épreuve. Sans compter que si ça ne suffisait pas, il était aussi le genre à se faire martyriser. Depuis tout petit déjà jusqu'à aujourd'hui. La plus grande aventure qu'il n'ait jamais vécu n'avait rien de très héroïque, même si se perdre avec Victrolla dans la cambrousse en allant à une vente aux enchères et survivre à sa colère était en sois un véritable exploit. Le problème majeur à présent, c'était de récuperer celle qu'il était venu chercher dans une ville étrangère, et il ne parlait pas un mot de japonais. Sur le coup, Ellias n'y avait pas trop pensé, mais à présent qu'il s’apprêtait à affronter la situation en temps réel, cet oubli lui paraissait comme fondamental, surtout s'il ne tombait immédiatement sur Loevi Leroy et qu'il devait la chercher. Oh, il ne doutait pas de trouver quelqu'un qui parlait anglais, mais à Rome fait comme les romains, c'était à lui de faire les efforts et pas aux autres. On avait beau dire que l'anglais dirigeait le monde, Ellias ne le voyait pas du tout comme ça. Mais bon, d'après lui, c'était sûrement une grande perte de temps ce qu'il faisait là, combien de chance avait-il vraiment de retrouver cette fille ? On disait que ça faisait un petit bout de temps qu'elle avait disparue, et puis si personne ne l'avait fait avant lui, qui lui disait qu'il allait bel et bien la retrouver ? Qu'est-ce qui ne lui disait pas qu'elle était morte quelque part en Europe ou une autre destination prisée par les jeunes comme elle ? Ceux qui avaient tout pour eux et qui ne galéraient pas comme lui pour joindre correctement les deux bouts. Non, à tous les coups, les informations que le blond avait reçu et qu'il voulait vérifier était une intox', plus vite il aurait fait le tour de cet établissement, et plus tôt il pourrait reprendre l'avion pour Katmandou où l'attendait ses informations et son billet de retour pour Londres.

Et dire qu'il avait posé un congé pour ça, ça n'avait vraiment rien de vacances. Même s'il voyait du pays, ce qui était finalement le seul point positif de toute cette histoire. Il allait sûrement prendre un deuxième congé derrière pour se remettre des émotions, sauf si … Ah, Ellias n'y avait pas pensé à ça. Après tout, ces hommes l'avaient attiré là-bas d'une manière des plus crapuleuses, en cachant - même pas très habilement en plus - ce pourquoi il l'attirait là-bas, qu'est ce qui ne lui disait pas qu'ils avaient une fois de plus menti. Que non seulement ils n'avaient pas la moindre information sur la disparition de Lucas et Livia, mais qu'en plus, ils n'avaient pas la moindre envie de le laisser repartir libre comme l'air comme ils l'avaient si bien dit. Après tout, cette petite bande avait vraiment quelque chose de très intrigant, un peu trop secrète pour qu'on le laisse partir comme ça. Au pire, ses plus grandes craintes se réalisaient et il disparaissait du monde, ou au mieux, un simple petit sortilège d'Oubli et il repartait vers de nouvelles aventures, avec comme seul désavantage de perdre toutes les informations qu'il avait sur sa sœur. Le seul problème - qui n'en était pas un vraiment très important en sois - était qu'ils avaient sa baguette, qui pouvait aisément se faire remplacer s'il n'y avait pas l'attachement sentimental, pour le peu dont il se servait dernièrement. Mais aussi le fait qu'ils semblaient en connaître un rayon sur lui. Après tout, Ellias n'avait pas crié sur les toits son histoire personnelle et la disparition de sa sœur. Ces gars là avaient su exactement quoi dire pour le faire rappliquer, et ils avaient su où le trouver.

Bref, il allait devoir réfléchir à ce qui se devait d'être fait pour lui assurer sa survie, mais plus encore, il fallait qu'il se concentre sur ce qui se passait en ce moment. Dieu seul savait ce qu'il pouvait trouver dans un endroit comme ça. Euh … comme ça dans le sens où un étrange groupe attirait un total inconnu lambda dont la disparition n'arrêterait pas la Terre de tourner pour l'envoyer à leur place.

Première remarque, ce n'était pas du tout le genre d'endroit qu'il fréquentait, ça c'était définitivement sûr. Il ne savait même pas ce qu'il était censé faire du coup. Le jeune homme avança un peu dans l'entrée, explorant l'endroit des yeux, pour essayer de repérer un endroit où se cacher et mourir, pourquoi pas. Il regarda les portraits accrochés au mur d'un regard absent, s'attardant plus sur les noms sans retrouver celui qu'il cherchait, puis passa à la salle en elle-même. Il glissa sur les tables, les couleurs, les sourires factices et les gens, là encore sans s'attarder, écoutant d'une oreille distraite et remerciant d'un air absent les souhaits de bienvenue qui fusaient de partout autour de lui, ou du moins, il lui semblait que c'était des souhaits de bienvenue, étant donné qu'il était totalement ignorant de cette langue. Se demandant plutôt, à partir de quand pouvait-il dire vraiment qu'il avait suffisamment cherché pour faire demi-tour ? Après tout, il n'avait eu qu'une seule adresse à visiter, pas tout un bloc d'immeubles. Il tâta une fois de plus la poche de sa veste, là où se trouvait le téléphone jetable que lui avait confié l'homme blond avant de le laisser monter dans la voiture qui le conduisait à l'aéroport du pays voisin. Pour vérifier qu'il était bien encore là. Machinalement, il réajusta sa veste, passa une main dans ses cheveux, tira les manches de sa chemise sur ses poignets, et recommença le tout, jusqu'à ce qu'une voix lui souhaite dans son dos la bienvenue, dans sa langue maternelle avec un accent qu'il connaissait bien pour le côtoyer tous les jours depuis des années. Ellias se retourna, levant sa main pour la passer une fois de plus dans ses cheveux quand son regard glissa sur le visage de son interlocutrice. Sa main resta bloquée, à demi-levée dans les airs.

Elle était bel et bien là. Loevi Leroy. Le grand blond avait donc eu raison de croire qu'il la trouverait là. Ah ça, Ellias n'avait pas la moindre idée de comment il avait pu s'y prendre pour avoir un renseignement comme ça alors que la plupart des gens qui avaient essayé de la retrouver s'y étaient cassés les dents. Mais le fait était quel était là, pas cachée, pas différente de celle sur les photos, non. Elle avait même l'air plutôt en forme et en toute possession de ses moyens. Elle n'avait pas non plus l'air suffisamment dangereuse pour qu'une bande de gus des plus bizarre envoie quelqu'un d'autre en éclaireur.

• Oh bon sang, c'est pas vrai …

Ellias fit un effort pour bouger sa main, pour la laisser gentiment retomber le long de son corps. Il fronçait les sourcils en la dévisageant, comme à son habitude. Il s’efforça là encore de relâcher son visage, de se remettre, de rester sur ses gardes. Il parcourut de nouveau son visage, essayant d'y déceler un élément qui prouverait que ce n'était pas vraiment elle, mais un sortilège, le sortilège d'une petite maligne qui aurait prit son apparence pour plaisanter. Parce qu'il était forcément impossible qu'elle se tienne là, tranquillement alors que la majeure partie du monde magique était à ses trousses. Non, c'était impossible. Il ne la connaissait même pas, il ne pourrait jamais vraiment être sûr que c'était bel et bien elle. Et puis, au final, est-ce que c'était vraiment son problème ? Non, c'était celui du grand blond, lui tout, ce qu'il avait à dire, c'était qu'il avait bien vu Loevi Leroy à l'endroit indiqué, après il faisait ce qu'il voulait avec. Ellias se sentait un peu mal à l'aise vis-à-vis de la personne qu'il avait en face de lui, si ce n'était pas elle, ou même si c'était bien elle, il ne savait rien des intentions du blond. Rien du tout.

• Je, excusez moi … excusez moi juste un instant, dit-il en attrapant le téléphone dans sa poche avec un sourire aux lèvres, assez loin de l'hystérie, mais un peu trop près quand même à son goût, préférant penser que ce n'était que de l'enthousiasme débordant, pour changer.

A la vérité, il ne s'attendait pas du tout à ce que se soit aussi simple, il pianota vite un sms pour le seul numéro enregistré dans le répertoire, disant qu'elle était là et ce qu'il devait faire. La réponse tardait à revenir, il laissa le petit appareil retomber dans la poche de sa veste et remonta le regard sur Loevi Leroy. Il ne comprenait pas pourquoi une telle fille avait bien voulut disparaître comme ça. Peut-être pour attirer l'attention des médias sur elle ? Ou peut-être faire une petite crise existentielle à son paternel, après tout, la communication ne devait pas vraiment être des plus simples quand son père était haut placé dans la hiérarchie de l'Opposition.

• Donc … je ne sais même pas comment je suis censé vous appeler, ni même si je suis censé vous parler. C'est vraiment … curieux de vous rencontrer. Surtout ici. Qu'est-ce que vous faites là alors que tout le monde vous cherche ?, demanda t-il, toujours assez éberlué.

Le jeune homme gardait un ton relativement bas, pour qu'elle soit la seule à entendre ses paroles. Il jeta un coup d'œil autour de lui. Qu'est-ce qu'il était censé faire en attendant une réponse du blond. Il n'avait pas envie d'attirer trop l'attention sur lui, déjà qu'il devait paraître à la jeune femme relativement fou et peut-être même déplacé si elle voulait rester anonyme. Ce n'était pas vraiment le moment de se faire mettre à la porte.
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: La douce saveur de l'Oubli   Ven 10 Aoû 2012 - 23:52

Debout dans le hall d'accueil du Flying Angels, la jeune Yuuki observait son nouveau client avec un sourire figé. Elle avait l'habitude des expressions surprises – parfois même choquées – que son visage aux traits résolument occidentaux attiraient sur son passage, dans un milieu où les étranges étaient rarement acceptés. Mais cet homme, qui se tenait devant elle, une main comme figée au-dessus de la tête, cet homme était différent. C'était un gaijin, lui aussi, et il n'était ni surpris ni choqué, non... il paraissait réellement bouleversé.

Comme s'il venait de voir un fantôme.


-Daijobu desu ka ?* demanda-t-elle d'une voix tendue, par pure politesse. Tout va bien ?

Il sembla se reprendre un peu, juste assez pour abaisser le bras et bredouiller quelques mots, une exclamation incrédule proférée à mi-voix qui la laissa perplexe. Pas suffisamment pour cesser de la détailler avec une insistance qui la mettait de plus en plus mal à l'aise. Mais le pire fut lorsqu'un sourire extatique étira soudain ses lèvres, illuminant son regard d'un éclat presque fiévreux. Inquiète, elle se tourna vers la salle, en quête de la silhouette rassurante de sa marraine, mais Hikari, en grande discussion avec trois hommes distingués en costume trois pièces hors de prix, ne perçut pas son appel au secours – et ce n'était pas Sayaka, la jalouse Sayaka avec ses yeux ternis par le ressentiment rivés sur elle, qui allait lui apporter de l'aide.

L'homme bafouilla quelques excuses et tira un téléphone portable de sa poche, sur lequel il tapota frénétiquement un message qu'elle aurait beaucoup aimé pouvoir lire. Que se passait-il ? Etait-ce bien normal ? La situation échappait complètement aux maigres connaissances de Yuuki et la jeune femme commençait à prendre peur. L'homme attendit un moment puis finit par ranger son appareil au fond de sa poche ; autour d'eux, les filles s'impatientaient, désireuses de les voir débarrasser l'entrée, et Yuuki se sentit soudain oppressée.

Sensation qui disparut bien vite, à l'instar de sa frayeur, au profit d'une incompréhension subite et totale lorsque l'inconnu reprit la parole.


-Tout le monde... me cherche ? répéta-t-elle, déstabilisée.

Mais soudain son visage s'éclaira d'un sourire vrai et elle lui saisit le bras des deux mains, oubliant instantanément les règles de retenue prônées par l'établissement, indifférente aux mines réprobatrices des autres filles devant ce brusque excès de familiarité. De tout ce qu'il venait de dire, elle n'avait compris qu'une seule chose : la plus importante.

Quelqu'un voulait la retrouver. Elle n'osait plus en rêver.


-C'est vrai ? demanda-t-elle, envahie d'une joie fébrile.

Son cœur s'était mis à battre plus vite et plus fort à la seule pensée que quelqu'un, dans ce monde immense, pensait à elle, s'inquiétait d'elle. Après tout ce temps passé dans l'ignorance et le doute, elle avait fini par croire que personne ne se souciait d'elle et qu'elle finirait sa vie là, en terre inconnue, où sa différence la rendait presque indésirable.

Elle s'était persuadée que personne n'avait besoin d'elle. Qu'elle n'existait plus pour personne d'autre que ces japonais qui l'avait recueillie neuf mois auparavant.


-Ça veut dire que vous me connaissez ? demanda-t-elle encore. Vous savez qui je suis ? Oh mon dieu !

Elle le tira à l'intérieur de la salle à l'atmosphère feutrée où le murmure des discussions couvrait à peine les notes légères d'une musique d'ambiance. Elle le fit asseoir dans un fauteuil confortable et prit place en face de lui en le dévorant des yeux, esquissant un geste machinal en direction des barmen pour que l'un d'eux vienne prendre commande. Elle n'avait à cet instant qu'une seule et unique chose en tête : tirer de cet homme toutes les informations qu'il pourrait lui donner.

-Dites-moi tout ! le pressa-t-elle. Dites-moi mon nom, dites-moi comment vous m'avez trouvée. Est-ce que vous me connaissez ? Ou quelqu'un de ma famille ? Oh mon dieu, ma famille ? Comment est-elle ? Ce sont eux qui me cherchent, n'est-ce pas ?

C'était un déluge de questions, tout ce à quoi une pauvre jeune fille en quête de sa propre identité pouvait penser. A aucun moment elle ne remarqua la gène de son visiteur, ni l'assombrissement progressif de son expression à mesure qu'elle laissait éclater son euphorie et son soulagement.

La petit Yuuki, étrangère amnésique retrouvée dans un parc de Tokyo presque un an plus tôt, allait redécouvrir son passé.



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MessageSujet: Re: La douce saveur de l'Oubli   Dim 12 Aoû 2012 - 21:40

Il devait vraiment avoir l'air d'un cinglé, mais pour le moment, ce n'était pas quelque chose de très important. En fait, il se fichait complètement de ce à quoi il pouvait bien ressembler, tout simplement parce qu'elle était là. Et que si cette fille était là et qu'il arrivait à la ramener, alors dans ce cas là, il allait peut-être pouvoir récuperer sa frangine. Et quand il lui aurait mis la main dessus à cette idiote, il allait lui apprendre la vie à celle-là, entre autre à écouter la voix de la Raison, présente en tout être humain et qui servait justement à ne pas faire de connerie plus grosse que sa petite personne. D'un autre côté, avoir Loevi Leroy en face de sois, c'était vraiment bizarre. Bizarrement, il l'imaginait plus … plus tout en fait. Plus grande, plus âgée, plus imposante. Il s'imaginait quelqu'un de totalement différent de la personne qu'il avait maintenant sous les yeux. Une fille d'Opposante qu'il n'aurait eu aucun mal à retrouver et à livrer à de total inconnus sans que cela ne lui pose le moindre problème. La réalité était différente. Même si elle semblait en bonne santé, elle n'avait pas grand chose de Patrick Leroy, elle semblait perdue. Il semblait même lui faire peur, c'était nouveau ça, un jour à marquer d'une pierre blanche. Il n'était pas capable d'effrayer le maudit piaf qui avait son nid sur la corniche devant sa fenêtre - que son neveu avait réussit faire fuir presque instantanément - par contre, il était tout à fait capable d'effrayer une jeune femme qu'il était venu retrouver. Le monde tournait à l'envers, c'était n'importe quoi.

Mais fait étrange, elle ne sembla pas comprendre ce qu'elle lui racontait. Comme si les mots qui sortaient de la bouche d'Ellias étaient aussi compréhensibles que du marsien. Un peu refroidit par son air perdu, il fronça les sourcils en la jaugeant, c'était pourtant bel et bien elle, il ne rêvait pas, il ne se trompait pas non plus. Ça il en était sûr et certain. Alors pourquoi avait-elle cet air perdu ? Qu'elle abandonna au profit d'un sourire rayonnant, du même genre qu'elle aurait arboré si elle n'avait été qu'une enfant à laquelle Ellias aurait annoncé que le Père Noël existait bel et bien et était justement en train de monter une armée de rennes et lutins au pôle nord afin que Noël se passe dans d'excellentes conditions. Mais avant qu'il n'ait eut le temps de répondre à sa première question, voilà qu'elle lui attrapait le bras, comme si finalement, il était le Père Noël en personne, venu avec quelques jours d'avance.

• Bien sûr que c'est vrai, dit-il, décontenancé. Ils ont parlé de votre disparition toute l'année

Il y avait quelque chose de bizarre, non seulement dans son attitude, mais aussi dans ses questions, les personnes normales et saines d'esprit ne posaient se genre de question. Il aurait dit qu'elle essayait de se rattraper à lui, comme une bouée tombée inopinément en pleine tempête. Où est-ce qu'il avait bien pu entendre ce genre de question ? Il avait l'impression d'avoir déjà entendu quelqu'un les lui poser. Si seulement il arrivait à se rappeler où ? Il se laissa tirer à l'intérieur du bâtiment, et s'installa avec un peu de retenue face à la jeune femme, prenant son temps avant de répondre, surtout pour regarder l'ensemble de la pièce, au cas où. Il ne vit que des regards vaguement curieux se tourner vers eux avant de revenir à leur occupation première. Rien d'hostile. Est-ce qu'elle lui jouait un tour, sans le connaître ? Soudain, il se souvint, c'était le genre de questions que posaient les patients blessés par magie à St Mangouste, un service où il essayait d'aller le moins possible. En général, c'était ceux qui avaient perdu la mémoire. Était-ce là la réponse à son étrange attitude.

• Bien sûr que je vous connais, finit-il par répondre. Enfin non … Enfin si mais … de réputation, je ne vous connais pas personnellement. À vrai dire, je ne vous connais presque pas du tout. Mais nous étions dans la même maison à l'école.

C'était vrai, il avait du la voir quelques fois pendant ses six ans d'études où il avait fréquenté la salle commune de Pouffsouffle en même temps qu'elle, mais maintenant qu'il y pensait, il ne se souvenait pas lui avoir jamais parlé. Pourtant, on ne pouvait pas dire qu'elle passait facilement inaperçue, ni maintenant, une fois "adulte", ni plus jeune. Il y avait toujours eu des rumeurs sur elle et sur son étrange cousin de Serpentard. Pour ceux qui prêtaient une oreille à ce genre de commérage bien sûr, elle avait aussi été préfète s'il se souvenait bien.

• Mais vous ne … ? Question idiote, je le sens d'avance, mais vous vous souvenez de quelque chose ? De votre vie ? Qu'est-ce qu'il vous est arrivé ?

Quelques phrases et elle avait totalement réussi à éclipser le blond et sa bande de son esprit. Est-ce qu'il était possible qu'elle ne se souvienne vraiment de rien ? Est-ce que c'était la raison de sa disparition ? Mais comment est-ce que personne n'avait pu reconnaitre dans ses traits ceux de la jeune héritière d'une des familles les plus connues du monde sorcier ? Ellias fronça les sourcils de plus belle. Il aurait été ravi de répondre à toutes ses questions, mais il avait bien peur de ne pas toutes les connaître. Sans compter qu'il n'était pas non plus forcément sûr que lui avouer qu'une bande d'inconnu l'avait envoyé à sa recherche était la chose la plus délicate à faire. Surtout qu'elle semblait penser que quelqu'un l'avait envoyé la chercher pour elle-même.

• Vous vous appelez Loevi Leroy, vous venez, tout comme moi, d'Angleterre et vous êtes issue d'une des plus grandes familles sorcières du monde, la famille BloodDust. Euh … vous savez ce qu'est un sorcier bien sûr ? demanda t-il, pris d'un doute tout d'un coup. Votre père est un homme assez important dans la vie politique actuelle (et un total salaud à la tête d'une organisation horrible mais elle n'était pas obligée de le savoir ) Je sais que vous avez un cousin, son nom c'était quelque chose comme … Maxence ou Mathyss … Non ! C'était Mark, voilà. Je ne sais pas grand chose d'autre sur vous, je ne suis peut-être pas le plus indiqué pour vous répondre.

C'était bien tout ce qu'il savait d'elle à priori. Il se sentait assez mal pour elle. Lui aussi aurait aimé pouvoir en savoir plus sur lui si jamais il perdait la mémoire.

• On vous a déclarée disparue au début de l'année, personne n'arrivait à vous trouver, ils ont pourtant remué terre et ciel et déployé tous les moyens possibles. C'est qu'ils en avaient les moyens. Il me semble même que votre père a promit quelque chose comme un million de Gallions à qui vous retrouverait. Mais vous restiez introuvable, conclut-elle en la dévisageant avec autant d'intensité qu'elle le faisait à son égard.

Le seul problème, c'est qu'il ne savait pas trop s'il devait répondre à sa dernière question, il ne savait pas du tout si la famille de la jeune femme se cachait derrière cet homme blond, mais une chose était sûre, il n'allait certainement pas lui dire qu'on lui avait légèrement fait du chantage pour l'envoyer ici à sa recherche.

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Dernière édition par Ellias MacInerty le Dim 16 Sep 2012 - 23:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La douce saveur de l'Oubli   Dim 16 Sep 2012 - 21:08

Ils ont parlé de votre disparition toute l'année.

Pour Yuuki, c'étaient des paroles inespérées. Elle était incapable d'en saisir la véritable portée, bien sûr, tout comme les lourds secrets et les pesantes implications qui se cachaient derrière ; dans le cas contraire, jamais elle n'aurait ressenti une telle joie à l'idée de retrouver sa patrie, ses racines. Tout ce qu'elle comprenait, pauvre enfant ne comptant que quelques mois de vie et d'expérience, c'était que des gens l'avait cherchée à travers le monde, des gens s'inquiétaient pour elle, voulaient la revoir. Elle n'était pas seule. Elle avait eu une vie avant ce trou noir - et des personnes pour qui elle comptait.

Elle s'amusa de l'embarras manifeste de l'homme, de ses bégaiements indécis alors qu'il expliquait ce qu'elle était pour lui - à peine une connaissance, et pourtant il était là, face à elle, comme si elle était importante pour lui. D'ailleurs, que signifiait ce terme, "Maison" ? Etait-ce la raison qui l'avait amené à se lancer lui aussi sur ses traces ? Ou bien avait-il voulu venir en aide à quelqu'un qui leur était proche à tous deux ? Au fond, cela n'avait pas grande importance aux yeux de Yuuki, et à ceux de l'homme non plus, visiblement. Il eut une légère grimace et son visage se fit plus grave.

Les quelques paroles qui suivirent firent faner le chaud sourire de la jeune fille.


-Non, je... bredouilla-t-elle, cherchant comment formuler la tempête de doutes et d'incertitudes qui tourbillonnait en elle depuis presque un an, depuis son réveil. Je ne sais pas qui je suis, ni d'où je viens, ni ce qui m'est arrivé... tout ce que je sais, c'est qu'on m'a retrouvée inconsciente dans un parc, avec un chat, et que depuis je travaille ici. Je sais aussi que je ne suis pas d'ici, du Japon, je veux dire... Les gens me regardent bizarrement parce que je ne suis pas comme eux.

L'homme fronça les sourcils et garda le silence un instant, comme s'il n'était pas sûr de savoir comment poursuivre. Yuuki le fixait sans ciller, impatiente. Allait-il enfin répondre à ses questions, lui apprendre qui elle était et d'où elle venait ? Elle s'était imaginé tant de choses durant tout ce temps, et à présent elle allait savoir. Elle allait peut-être enfin pouvoir balayer de son esprit toutes les idées négatives qui avaient replacé ses espoirs à mesure que le temps passait sans la moindre nouvelle du monde, de là d'où elle venait. Elle avait une famille, des amis...

Lorsqu'il parla enfin, la jeune fille ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux de stupéfaction. C'était si loin de tout ce qu'elle avait pu imaginer ! Elle était anglaise, et non pas américaine comme tous l'avaient cru jusque-là, et son nom avait la sonorité la plus étrange qu'elle ait entendu au cours de ces derniers mois. Quant au reste... Elle, une sorcière ? Issue de l'une des familles les plus importantes de toute la communauté et en prime fille d'un homme politique influent ? C'était à peine croyable.

Bien sûr, Yuuki savait ce qu'était un sorcier - un type qui agitait un bout de bois en marmonnant quelques mots d'une langue oubliée pour faire des choses extraordinaires dont les autres ne pouvaient que rêver - et elle croyait en l'existence de la magie - tout le monde dans son nouvel entourage disait avoir au moins un parent sorcier et, pour dire la vérité, le patron en était un lui-même ?

Mais elle ?

Elle apprit également l'existence d'un cousin, appelé Mark. Sans même l'avoir vu, sans rien savoir de lui, elle l'aima aussitôt. Parce qu'il était son cousin. Mark. S'entendaient-ils bien, était-il comme un frère, pour elle, avant ? Elle se promit qu'il le serait, à son retour. Parce que, comme son père, il avait dû remuer ciel et terre pour la retrouver. Parce que c'était ce qu'avait dit cet homme.

Elle ignorait ce qu'étaient des Gallions - de gros bateaux d'une époque révolue ? - mais cela devait représenter une grande, une très grande valeur, à en juger par l'expression qu'affichait l'inconnu à cette seule mention. Et son père, ce politicien important, était prêt à offrir cela en échange de son retour au bercail. C'était impressionnant... C'était comme si, soudain, elle vivait l'un de ces contes merveilleux que Hikari lui avait fait découvrir quelques semaines plus tôt. Après tous ces mois d'obscurité, elle entrevoyait enfin la lumière.

Il y eut un long silence après ces paroles, tandis qu'elle essayait de remettre de l'ordre dans ses idées. Cela faisait beaucoup d'informations en une seule fois, d'autant qu'elle n'avait jamais osé imaginer être quelqu'un de si important. Tout cela lui donnait presque le tournis. Elle finit néanmoins par se ressaisir ; elle allait reprendre la parole lorsqu'un serveur vint enfin s'enquérir de leur commande. Il fallut quelques secondes à la jeune fille pour revenir au présent.


-Oh, oui ! fit-elle alors avec un sursaut, puis, se tournant vers l'Anglais : Que voulez-vous boire ? Nous avons toutes sortes d'alcools, des cocktails aux champagnes les plus cotés, même du vin français !

Bien sûr, on l'avait habituée à vendre les bouteilles les plus chères - ici, un champagne millésimé et hors de prix que seules Hikari et une poignée d'autres filles avaient réussi à faire acheter - mais Yuuki voulait avant tout faire plaisir à cet homme porteur d'une si merveilleuse nouvelle et elle se promettait déjà de payer sa consommation avec ses maigres économies, en signe de remerciement, frêle tentative, elle le savait, de lui montrer toute l'ampleur de sa gratitude.

Elle n'avait pas le droit de faire ce genre de choses, normalement, pas plus que d'approfondir ses relations avec les hommes qui venaient ici, qui restaient donc des clients malgré toute l'attention dont on les entourait ici - mais y avait-il la moindre règle concernant les gens qui venaient vous apprendre de quoi était fait votre passé oublié ? Elle pouvait sans doute se permettre un léger écart pour lui. Elle s'en fichait, de toute façon.



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MessageSujet: Re: La douce saveur de l'Oubli   Dim 14 Oct 2012 - 18:49

Et d'un coup, la situation lui échappa totalement.

Comme quoi il n'en fallait pas beaucoup. Un mot, un nom, un visage ou une rencontre, et c'était presque si on ne se retrouvait pas dans un roman d'aventure. Qui aurait pu croire que c'était si difficile d'avoir quelque chose comme ça une fois dans sa vie. Ellias avait passé la plus grande partie de sa vie à se dire qu'il ne lui arriverait rien de plus grave qu'un accident de transplannage, et voilà qu'il se retrouvait en face d'une Loevi Leroy amnésique. Comme quoi, tout tenait à une histoire de bon moment avec les bonnes personnes. C'était tout finalement pour avoir quelque chose à raconter à ses amis autour d'une table en étant sûr de capter l'attention si on avait une preuve à l'appui bien évidemment. Mais Ellias se voyait mal lui demander, au détour de la conversation, quelque chose comme « Dites, vous pourriez faire une photo avec moi ou me signer un truc ou quelque chose, c'est juste pour prouver à mon collègue Terry et à mon infernale patronne que je vous ai bien rencontré … » Surtout alors qu'il s'apprêtait à la livrer à d'étranges énergumènes qui pouvaient tout aussi bien la laisser dans une petite salle avec les mains attachées dans le dos et une souche de Snargalouf pour toute compagnie. Qui savait ce que des esprits tordus pouvaient inventés le lundi pour s'amuser le mardi ?

Il se sentait du coup encore plus mal. Il fallait vraiment qu'il fasse quelque chose pour elle, même s'il était loin d'être un héros ou de quelqu'un qui faisait des grandes choses, il avait encore une conscience. Et cette conscience là lui menait soudainement la vie dure. Quel genre d'homme pouvait-il être s'il laissait une fille qui ne se souvenait plus de rien à la merci d'inconnus qui se servaient d'une tierce personne qu'il faisait chanter pour aller la récupérer. Alors non, hors de question. Il ne savait pas encore ce qu'il allait faire, mais il savait au moins qu'il n'avait pas besoin de cette baguette là en particulier, et puis ce n'était pas comme s'il s'en servait tous les jours, ces derniers, au contraire, il était plutôt devenu moldu une sorte de simili moldu. Il pouvait très bien prendre un avion pour l'Angleterre avec elle sans retourner auprès d'eux. Ils croyaient le tenir parce qu'ils avaient sa baguette et des informations sur sa sœur et son beau-frère ? Et bien s'ils avaient des informations, en supposant qu'elles existent bel et bien, ça prouvait qu'ils étaient vivants. C'était déjà ça, peut-être qu'ils étaient quelque part, amnésiques, comme cette fille, n'attendant plus quelqu'un vienne les chercher. S'ils étaient vivants, alors peut-être qu'ils pouvaient encore attendre un peu.

Le jeune homme se reconcentra sur Loevi, écoutant ce qu'elle avait à dire, prêt à répondre à ses questions si elle lui laissait l'opportunité de glisser quelque part l'existence du complot dont elle faisait l'objet et le danger potentiel qu'elle pouvait courir. Mais ce n'était peut-être pas le meilleur moment pour parler de ça. Quoique ? Est-ce qu'il y avait un bon moment pour glisser ça quelque part dans la discussion ? En gardant bien sûr un ton poli mais atone pour pouvoir enchaîner sur quelque chose dans le goût de « Il fait froid en ce moment, non ?» de la manière la plus naturelle du monde. La jeune femme sursauta soudainement avant de lui proposer toute une multitude de boissons qui, même si elles semblaient de très bonne qualité, coûtaient sûrement trop cher pour son salaire de misère. Et puis il y avait autre chose dont il devait lui parler, sobre de préférence.

• Non, attendez, l'arrêta t-il en lui attrapant la main dans l'espoir d'attirer son attention. Je peux me passer de boire pour le moment. Écoutez moi deux minutes s'il vous plait. J'ai d'autres choses vous dire … peut-être moins agréables à dire et à entendre. Alors s'il vous plait … écoutez moi. Le monde d'où vous veniez n'était pas n'importe lequel, vous n'étiez pas n'importe qui et vous devez faire attention à vous. Si je suis là, alors d'autres vont forcément venir aussi. Des gens moins intentionnés.

Ellias relâcha ses mains pour sortir le portable que lui avait remit pour vérifier qu'il était éteint, comme si cet homme pouvait l'entendre de là où il était — ce qu'Ellias ne voulait pas – et le glissa de nouveau dans sa poche avant de relever les yeux vers sa voisine. La pauvre, elle allait vraiment en apprendre des vertes et des pas mûres ce soir. Il en venait même à se demander s'il était vraiment raisonnable de lui apprendre plus de choses ce soir, ou s'il valait mieux attendre un peu. Après tout, elle venait juste d'apprendre qui elle était, de nouveau. C'était peut-être assez lourd pour une soirée ? Enfin … Maintenant qu'il était lancé, il aurait peut-être été suffisamment malpoli de changer de sujet comme ça. Et puis, ça faisait, sans le moindre doute possible, parti des choses qu'elle se devait de savoir sur elle. Elle avait quitté une vie compliquée, et voilà qu'elle la retrouvait comme ça … Mais sa sécurité était en jeu, il fallait qu'elle sache à quoi s'attendre, surtout si les problèmes lui tombaient dessus du jour au lendemain.

À cause de lui justement.

Bon, allez. Courage. Il devait juste trouver les mots pour lui expliquer que malgré le fait que lui, personnellement, n'avait rien contre elle en particulier, et qu'au contraire il ne voulait aucun mal, avait été réquisitionné plutôt de force pour la retrouver de la part d'une bande d'hurluberlus dont il ne savait rien et qui n'avait absolument eu aucun remord à le faire venir au fin fond d'un trou paumé avec de fausses raisons pour se servir de lui pour la retrouver. Et bien sûr, qu'il ne savait pas s'ils tenaient à la blesser, à la tuer, à la protéger ou autre … Mais à part ça, bien sûr, tout allait bien dans le meilleur des mondes, et vu son nom et sa notoriété, en théorie, elle n'avait rien à craindre.

• Si je suis là, c'est parce qu'on m'a dit que je vous trouverais là. Je ne sais pas du tout qui sont ces gens, tout ce que je sais c'est que j'étais tranquillement occupé à ne rien faire de mon côté quand du jour au lendemain, on m'a fait venir à l'Himalaya avec de fausses raisons où l'on m'a prit ma baguette et envoyé ici pour vous trouver. Seulement avec cela.

Il ressortit le téléphone éteint et le posa sur la table entre eux. Ellias se passa une main dans les cheveux et croisa ses doigts sur la table, sans trop savoir ce qu'il devait faire ou dire. Juste qu'il devait continuer de parler. Continuer d'expliquer. Tout simplement.

• Je ne sais pas ce qu'ils vous veulent, je ne sais pas pourquoi ni comment ils vous ont retrouvés mais ils l'ont bel et bien fait en tout cas. Il faut aussi que vous sachiez que votre famille est assez importante pour que l'on puisse avoir l'idée de se servir de vous pour les atteindre, bien que je n'en sache absolument pas plus sur les détails de vos relations avec votre père par exemple, Patrick Leroy.

Il ne put s'empêcher de passer de nouveau une main dans les cheveux, avant d'ouvrir le premier bouton de sa chemise, tout d'un coup un peu trop serré. Où est-ce qu'il allait comme ça ? C'était bien joli de lui dire ça, mais qu'est-ce qu'elle allait bien pouvoir en faire ?

• Il va falloir être prudente. Je ne sais pas trop ce qu'ils veulent me voir faire, mais moi je ne veux pas vous blesser ou vous mettre en danger, alors …

Qu'est-ce qu'on fait ?
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MessageSujet: Re: La douce saveur de l'Oubli   Mar 2 Juil 2013 - 21:48

Alors qu'elle lui proposait poliment le service de la maison, Yuuki vit soudain l'inconnu devenir grave tandis qu'il lui saisissait le bras en parlant à toute vitesse. Au Japon, et ce, même dans un bar comme le Flying Angels, ce genre de familiarité était très mal vu et elle vit avec un malaise grandissant le serveur darder un regard mauvais sur lui. Il avait beau ne pas réellement apprécier la jeune étrangère, la règle était la même pour tous : on ne touchait pas aux filles du patron. Certes, elles pouvaient séduire et se laisser séduire, dans le cadre d’une bouteille alcoolisée, mais ce geste-là n'entrait pas dans le jeu de la séduction, c'était très différent et ni Yuuki ni le serveur n'avaient manqué de le voir. Ce geste précis, avec cette mine sombre et alarmée, entrait dans le domaine du privé - et n'avait pas sa place à l'intérieur du club.

Inquiète, Yuuki tenta de repousser la main posée sur elle avec toute la douceur possible et jeta un regard implorant à son collègue, espérant qu'il ne ferait pas d'esclandre. Elle avait besoin de savoir, au point qu'elle se sentirait étouffer si quelque chose ou quelqu'un venait mettre un terme à cette conversation vitale sur ses origines. Vitale et dérangeante car, de ce qu'elle parvenait à comprendre malgré l'appréhension qui la tenaillait, les choses étaient moins idylliques qu'elle l'avait cru jusqu'alors. Elle commençait à ne plus savoir où elle allait - ce qui lui arrivait. Elle avait cru trouver des repères, et voilà qu'ils s'envolaient, eux aussi.

Profitant d'une pause dans les explications tendues de son client, Yuuki parvint à dégager son bras - en vérité, il l'avait lâchée pour se saisir d'un téléphone portable qu'il consulta avec une inquiétude visible avant de le ranger - et s'adressa en un murmure au serveur à présent penché vers elle. Elle lui affirma que tout allait bien, qu'elle gérait parfaitement la situation, et espéra de tout cœur qu'il ne comprenait pas un mot d'anglais, sans quoi toute sa manœuvre tombait à l'eau. Elle finit par passer commande - une petite bouteille de champagne parmi les moins coûteuses - histoire de maintenir l'illusion et ne pas risquer que son informateur soit mis dehors... auquel cas elle n'était plus très sûre de le retrouver, à la fin de la nuit. Et, de toute façon, elle ne voulait pas attendre. Cela s'apparentait peut-être plus à de mauvaises nouvelles que ce qu'elle avait espéré, mis tant pis. Elle devait savoir.

Sans même se soucier de la présence ou de l'absence du serveur, il reprit la parole, parlant toujours avec fièvre comme s'il craignait qu'une malédiction ne tombe sur lui - ou sur elle. Bien que Yuuki ne comprenne pas exactement le sens de ses paroles, qu'elle ne réalise pas tout à fait les véritables implications de tout ce qu'il disait, elle comprenait néanmoins que l'heure était grave et qu'il lui fallait écouter avec attention, écouter et retenir, comme si sa vie en dépendait. Au fond, c'était peut-être bien ça - mais tout cela avait-il un sens ? Où était passée la joie d'apprendre qui elle était ? D'apprendre que des gens la cherchaient, voulaient la retrouver ? Un instant, une infime seconde d'espoir insensé, elle songea qu'il s'était juste trompé de personne.

Mais elle n'y croyait pas. Pas alors qu'il montrait une telle certitude à savoir à qui il s'adressait. Alors elle l'écoutait, et elle le croyait. Et prenait peur.

Elle fixa le téléphone posé entre eux comme un objet dangereux, une bombe à retardement qui pouvait exploser à tout moment, les transformant en tas de chairs brûlées... Elle n'osait pas l'interrompre. Pour dire quoi ? Elle voulait qu'il se taise, qu'il cesse de ternir l'image joyeuse qui s'était formée dans son esprit aux débuts de leur conversation, quand elle croyait encore que sa vie allait enfin retrouver son cours normal, entre famille, amis... et tout l'amour qu'ils pouvaient lui apporter. Quelle normalité ? Elle sentit une douleur sourde envahir sa gorge, et ses yeux se mirent à la piquer affreusement. Que lui arrivait-il, maintenant ? Elle porta la main à ses joues, ramena devant ses yeux ses doigts humides. Elle... pleurait ?

Elle s'empara vivement de l'extrémité de son châle brillant pour effacer toute trace de larmes, priant pour que personne n'ait rien remarqué. Elle ne comprenait rien - mais elle savait qu'elle ne voulait pas voir cet homme disparaître de sa vue. Ici, à présent, il était le seul à savoir, à pouvoir comprendre. Même si, quelque part au fond d'elle, une petite voix lui soufflait qu'elle préférait le voir disparaître de sa vie, à jamais. Elle avait une nouvelle existence, ici, stable et... peut-être pas heureuse, mais sûrement assez pour ne pas vouloir la quitter pour plonger dans l'inconnu, surtout si cela s'avérait aussi dangereux qu'il le sous-entendait.

Après qu'il se soit enfin tu, visiblement aussi indécis qu'elle-même sur la conduite à tenir, elle laissa le silence s'étendre longuement entre eux, tendu, gênant. Elle tentait en vain de trouver quoi répondre et, surtout, de dénouer le sac de nœuds qui lui tordait la gorge et les tripes. Elle se sentait tomber dans les ténèbres d'un puits sans fonds, comme ces héroïnes de romans qui luttaient pour leurs vies, avant de se voir enfin accorder leur droit au bonheur. Dans les romans, oui - ici, c'était la vraie vie et Hikari le lui avait bien dit : la vraie vie est loin d'être aussi généreuse que les contes et les histoires.

Heureusement, le retour du serveur lui donna quelques secondes de répit. Il s'approcha de la table, déboucha la bouteille de champagne avec un "pop !" retentissant à demi noyé dans les rires venus des tables voisines et jeta un nouveau coup d'œil circonspect à sa jeune collègue muette. Prenant sur elle, Yuuki réussit à lui adresser un sourire qui parut lui suffire - même s'il était évident qu'il garderai un œil sur le gaijin qui la mettait dans un si étrange état. Il finit par déposer la bouteille ouverte dans un seau rempli de glaçons et s'en alla. Yuuki poussa un faible soupir de soulagement, pas tout à fait à l'aise. Il lui restait encore à comprendre ce qui lui arrivait.

Sans savoir encore qu'elle n'y parviendrait pas avant plusieurs jours, plusieurs semaines, peut-être, après maintes frayeurs et maints regrets.


-Vous... hésita-t-elle, sans trop savoir quoi dire, comment formuler la tempête de questions floues qui tourbillonnait dans son esprit. Vous voulez dire... Je ne comprends pas. J'essaye, vous savez, mais... Mon père, il me cherche, n'est-ce pas ? Il sera heureux de me voir ! Et mon cousin aussi. Mark ? Je veux les voir, murmura-t-elle, la gorge de nouveau douloureuse et la vue lentement brouillée. Je veux voir ma famille, je veux voir mes amis. Je peux ? Je peux les voir ?

C'était, au fond, tout ce qui comptait. La chaleur d'un foyer, le réconfort de bras aimants. C'était tout ce dont elle avait besoin à cet instant où tout semblait basculer, l'entraînant dans une danse fébrile dont elle ignorait les pas. Même si, dans un premier temps, elle ne reconnaissait pas leurs visages... Cela viendrait, elle en était sûre. De toute façon, elle les aimait déjà.

Elle se fichait complètement des dangers. Tout cela ne lui parlait pas.




¤ Désolée, c'est pas terrible terrible, mais au moins c'est fait ^^ ¤
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