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 Mémoire envolée

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Alithéia Shelter
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MessageSujet: Mémoire envolée   Lun 4 Juil 2011 - 0:01

Dimanche 1er Mai 2013


Mémoire envolée

La mémoire, c'est comme un sac de voyage. On le remplit d'expériences et de souvenirs au gré de nos pérégrinations. Parfois on l'ouvre, on trie, on se souvient. On jette certaines horreurs à la poubelle, et on comble l'espace disponible avec des choses plus agréables. En me réveillant ce matin, j'ai trouvé mon sac presque vide. C'est toujours quand on en a le plus besoin qu'on perd la mémoire. Cicero disait : La mémoire est le trésor et le gardien de toutes les choses. En cet instant, je ne peux m'empêcher de me sentir dépouillée, volée, et perdue...



- * -


J'émerge d'un brouillard épais. Quel jour sommes-nous ? Quelle heure est-il ? Ca va mal. Je le sens. Mon mal de crâne n'arrange pas ma vision pessimiste des choses. Que s'est-il passé ? Je regarde autour de moi. L'intérieur de mon appartement londonien me tend les bras ; plus dévasté tu meurs ! Comment... ?! Pourquoi ?! Qui a fait ça ? J'ai l'impression d'avoir l'esprit complètement vide. Comme si... ma mémoire s'était envolée....

Peut-être que j'ai été cambriolée par quelqu'un. Comment savoir ? Même ça, je ne suis pas certaine de m'en souvenir. Pourtant je suis là, assise au milieu de ma cuisine. Perdue entre les morceaux d'assiettes, le four éventré, les tabourets et la table retournés... D'ici je peux voir que mon salon est dans le même état. Puisque je suis là, c'est que j'y ai assisté. Une énorme bosse compresse l'arrière de ma tête. Commotion cérébrale ou autre couac médical du genre ? Ca expliquerait le gros trou noir qui orne ma cervelle déjà naturellement anarchique. Je me lève. C'est le sol qui tangue ? Non, encore un défaut de perceptions. Aïe !

Le hall d'entrée est couvert de débris de verre. Ma console a explosé en mille morceaux. J'y trouve mon sac à mains, vide. La poche extérieure a été épargnée. J'y trouve aussi... Une paire de boules quiès en cire. OK ! Je n'en utilise jamais. Qu'est-ce qu'elles foutent dans mon sac ?!

Je poursuis mon inspection. Il y a ma veste, jetée en travers du couloir. Poches suivantes ? Oh ! Voilà qui est intéressant ! Un billet d'avion pour Rennes, en France. Composté. La date dit 25 Avril 2013, départ prévu à 13h05... Le billet est à mon nom ! Ce n'est pas possible. Je ne me souviens pas y être allé. Pourtant, ce rectangle cartonné atteste du contraire. J'espère avoir passé du bon temps là-bas. Même si ça ne m'aura pas marquée, visiblement.

Un rayon de soleil filtre à travers une fenêtre. Il va frapper le parquet un peu plus loin. Une myriade de paillettes brillantes pourpre et carmin explose sur mes murs blancs. Là, quelque part au milieu du foutoir, une étrange bague en argent finement ciselée et constellée de rubis me fait un clin d'œil. Je n'ai pas besoin de la saisir pour la reconnaître. Elle appartenait à ma mère, Eva Dérive. Il s'agit de son alliance. Aux dernières nouvelles, elle devait revenir à ma sœur si d'aventure elle se mariait. Je n'ai pas d'explication, même la plus farfelue, quant à sa présence dans mon foutoir ambiant. Plus ça va, plus je me sens sur le point de péter un plomb. Aucune de mes découvertes ne me plait. L'inquiétude grimpe au créneau comme un ouistiti qui aurait le feu au derrière.

Reste calme, Ali... Respire à fond et reste calme. Trouve d'autres pièces pour compléter le puzzle, et en attendant, retiens ton imagination sadique.

La porte de ma salle de bain est entrouverte. J'en franchis le seuil. Le choc me foudroie. Ici aussi, rien n'a été épargné. Le miroir qui jouxte la cabine douche/baignoire est un amas de bris gris-argent. Le robinet du lavabo est fendu. Une fontaine d'eau gicle dans une mare sur le carrelage. La fenêtre floutée est pulvérisée aussi. Il y a des traces cramoisies sur les murs. Un vrai feu d'artifice. Comme si une petite fée clochette avait été prise de frénésie et s'était tapée contre toutes les parois disponibles. Dans mon dos, la porte de ma chambre me nargue. La crainte d'y découvrir le même souk m'empêche de me retourner. Mes pieds hésitent. Et puis merde ! Autant en finir avec ce cauchemar. Je fais volteface. Coincé en bas de la porte d'en face, un bout de laine bleue tricotée main. Je me baisse. J'actionne la poignée. Ainsi libéré, c'est un petit chausson de bébé qui frôle mes doigts. Encore un élément inconnu. Toujours pas d'explication. Au point où j'en suis rendue, il me semble que je peux rêver ! Dans ma tête, un blanc horripilant annule toute velléité d'excuse, de scénario ou de logique élémentaire. Ca me fout en rogne. Je donne un coup de pied dans la porte.

Ma chambre est aussi vandalisée. Les placards sont renversés, les tiroirs gisent en travers du lit affaissé. Mes étagères ont rayé les murs en s'effondrant. Ma collection de bisounours n'est plus qu'un gros nuage de cotons, de fragments de tissus éparpillés au gré des courants d'air.
Les larmes me montent aux yeux.
Ben quoi ?! On s'en fout des meubles, ça se répare, ça s'achète ! Mais mes bisounours ! Merde ! On m'en avait fait cadeau à l'hôpital quand j'étais gosse ! Chacun d'eux m'avait accompagnée sur le chemin de la guérison.

Je plaque une main sur ma bouche et recule dans le couloir. Alors je remarque l'énorme pansement qui couvre mon avant-bras. Un nouvel ovni me nargue. Je cherche l'origine de sa provenance, le pourquoi du comment il s'est retrouvé scotché à ma peau sans que je le sache. Décoller le sparadrap m'arrache quelques poils. En dessous, des marques de griffures assez profondes pour avoir nécessité quelques points de suture. Qui m'a recousue ? Et où ?

Je regagne le salon. Il faut que j'appelle quelqu'un, n'importe qui. Mais impossible de trouver mon téléphone portable. Le chargeur n'est plus dans sa boîte piétinée et éventrée. Quant au téléphone fixe... Ses tripes électroniques jonchent le sol entre mes chevalets renversés, quelques toiles lacérées... Et mon carnet de croquis. Je le soulève. Il manque une page. La suivante est constellée de rayures. Je me demande quel dessin on a bien pu me voler. Par principe, je n'arrache pas mes feuilles. Pas comme ça. Les déchirures coincées dans la tranche du recueil de feuilles de croquis témoignent de la violence du geste. Je crois que je viens de découvrir mon premier objet manquant. Mes yeux survolent mon appartement. Tout ça... Pour un dessin ? Je ne peux pas y croire. Mais si ce n'est pas un cambriolage, alors qu'est-ce que c'est ?

Dehors, au pied de l'immeuble, une sirène de police résonne dans la rue. J'entends les pas de mes voisins ralentirent derrière la porte d'entrée. Autant de chaos fait forcément du bruit. L'un d'eux a du prévenir les autorités. Il faudra que je le remercie. Soudain, des bruits de raclements crissent du côté de la cuisine. Et ma première pensée vraiment sensée tombe.

- Coriolis ? C'est toi ?!


Mon chat n'était nulle part en vue depuis mon réveil. Pas un miaulement, pas un coup de griffe... La bestiole est trop grosse pour passer inaperçue d'ordinaire. Alors où ?!
Je dépasse le comptoir, et enfin, je trouve. Le frigo.
J'ouvre la porte. Une énorme boule de poils rousse frissonne au milieu du panier à légumes. Les autres étagères sont défoncées en travers de l'armoire réfrigérée.

- Miiiiiiaaaaaaou ?

La bestiole conserve ses oreilles à l'horizontal. Je peux lire le soulagement sur sa face ovale. Des gouttes de condensation perlent au bout de ses moustaches. Ses pattes ont crevé des tomates et sont restées coincées dedans. Ce matou irascible a beau me mener la vie dure, je dois reconnaître qu'il est à plaindre. Vraiment à plaindre. Je le soulève dans mes bras, le débarrasse de ses menottes rondes et molles. Je reste assise par-terre. Toutes ces découvertes m'ont minée au plus profond. Les larmes roulent sur mes joues. Coriolis ne cherche pas à se dégager. Pour la première fois depuis qu'on se connait, lui et moi, on se sert l'un contre l'autre. Peut-être le froid y est pour quelque chose dans son comportement anormalement câlin. Peu importe.

- Je suppose que tu n'as rien vu non plus, hein mon gros ?



- * -





Dernière édition par Alithéia Shelter le Mar 1 Nov 2011 - 2:33, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: Mémoire envolée   Lun 4 Juil 2011 - 13:17


- I -
La paire de boules quiès


Samedi 23 Avril 2013



- … Et tourne tourne la cuillèèèèèèèèreuuuuuuuh dans le chauuuuuudroooooon magiqueuh ! DIXIEME COUPLET !

J'enfonce ma tête dans l'oreiller, mais rien n'y fait. La stupide chanteuse hurle à qui mieux mieux au pied de mon lit.

- Eva la petite sorcière prépare sa potiooooooon... Y ajoute sans manièèèèère quelques petits pinçoooooons.... Et tourne tourne la cuillèèèèèèèèreuuuuuuuuuuh dans le chauuuuuuudroooooon magiqueuh ! ONZIEME COUPLET !


Je n'avais pas entendu cette chansonnette depuis ma plus tendre enfance. Maman adorait nous la chanter à ma sœur et à moi le soir avant que nous nous endormions. Dire qu'à l'époque, je l'avais trouvée amusante ! Aujourd'hui, le contexte est radicalement différent. Oui, ma mère prend toujours un malin plaisir à me la chanter. Mais ce n'est pas pour m'aider à dormir. Bien au contraire.
Je me redresse dans mon lit pour la regarder bien en face, et je lui balance mon oreiller dans la figure. Évidemment, il ne l'atteint pas. Non pas que je sois mauvaise tireuse. Seulement le sac rembourré enveloppé dans une taie blanche ne fait que la traverser pour finir sa course par terre.

Et oui.
C'est une tragédie.
Ma mère est morte.
Bouh ! Ca me fend le cœur ! ( je suis ironique là )

Pour moi, elle l'était déjà avant. En temps normal, j'aurai donc dansé de joie. Seulement aujourd'hui que mon rêve est devenu réalité, il s'est transformé en cauchemar. C'est le courrier de la veille qui me l'a dit. Ce petit papier et... Le gros tas d'ectoplasme tonitruant et hirsute qui flotte dans ma chambre à coucher. Oui gros ! C'est qu'elle s'est enrobée, ma fichue mère, avant de casser sa pipe !
Le courrier était un acte de décès. Gracieusement envoyé par l'entreprise de pompes funèbres qui s'est occupée de l'enterrer quelque part du côté d'Orléans, en France.
Une lettre accompagnait le papier officiel. Elle provenait de l'assistant de laboratoire de ma mère. Le type expliquait qu'elle avait été tuée au cours d'une préparation de potion. Le mélange instable lui avait pété à la figure. Game Over pour Eva Dérive.

Quand je la regarde, je ne peux que confirmer les circonstances de son décès. Sa robe grise-fantôme a des tâches et des trous argentés de partout. Ses cheveux flottent au-dessus de sa tête bouffie, coiffés par l'explosion elle-même. Ses yeux sont éternellement écarquillés, presque globuleux. Il manque un anneau à son oreille droite, le gauche a l'air de fondre éternellement. Le bas de sa robe sorcière est tout déchiqueté. L'un de ses talons aiguilles a foutu le camp. L'autre est tordu à l'horizontal. Cette défunte dame a tout d'une vision d'horreur à mes yeux. Je la diabolisais déjà de son vivant. Maintenant qu'elle n'est plus, c'est devenu mille fois pire !

Son assistant s'était renseigné pour contacter la famille. Une fois ma sorcière de mère morte, l'injonction du tribunal qui la tenait éloignée de moi prenait fin. Son avocat avait donc été en mesure d'obtenir mon adresse à Londres. Et il avait fait transmettre le courrier. Ce que personne n'a soupçonné, c'est qu'Eva Dérive n'est pas morte l'esprit tranquille. Son fantôme bien accroché à l'enveloppe a traversé la Manche, lui aussi; j'en ai hérité dès que je l'ai ouverte.

- Eva la petite sorcière prépare sa potiooooooon... Y ajoute sans manièèèèère un bon gros tritoooooon.... Et tourne tourne la cuillèèèèèèèèreuuuuuuuuuuh dans le chauuuuuuudroooooon magiqueuh ! DOUZIEME COUPLET !
- CA SUFFIT ! TU VAS LA FERMER OUI ? TU N'AS PEUT-ETRE PLUS BESOIN DE DORMIR, MAIS MOI OUI !
- J'ai besoin de toi ! Je ne te lâcherai pas d'une semelle tant que tu n'auras pas accepté de m'aider !
- Ce que tu as pu faire de ta vie, ça ne me concerne pas, Maman ! Tu as toujours eu le chic pour te fourrer dans les pires emmerdes de toute façon. Ca t'a même tuée ! Je ne risquerai plus ma vie pour ta pomme... Trouve un autre pigeon ! ET LAISSE-MOI TRANQUILLE !

Je regarde le cadran de mon réveil. Il est minuit passé. Ce samedi démarre bien ! Désespérée, j'ouvre le sachet de pharmacie posé sur ma table de chevet. Déjà hier, elle m'a empêchée de dormir. Quand elle ne chante pas, elle torture Coriolis pour qu'il coure partout dans mon appartement. Mais comme j'ai installé le gros matou roux tigré sur le pallier avec son orchidée préférée, elle n'a guère d'autre choix que celui de rivaliser avec Bianca Castafiore. Alors en désespoir de cause, je me suis rendue à la pharmacie en bas de la rue pour acheter la seule solution miracle que je connaisse.
Je déballe une paire de boulettes de cire. Je les assouplis sous mes doigts et les enfonce dans mes oreilles. Le vacarme d'Eva s'assourdit, jusqu'à ne plus produire qu'un faible bourdonnement.
Il faudra que je pense à remercier le pharmacien. Ces boules quiès sont un vrai miracle !




- II -
Le billet d'avion


Lundi 25 Avril 2013


J'ai cédé dimanche soir. Je vais venir en aide à ma défunte mère. Dès que j'ai accepté, elle m'a abreuvée d'explications sur la situation. Ma sœur a de gros ennuis... Lesquels ne seraient pas étrangers à la mort de Maman. Maintenant ce fantôme bouffi exulte au milieu de mon salon. Une danse ectoplasmique tout à fait grotesque en vérité. Moi je suis mauvaise perdante ?! Si Eva savait qu'elle tortille son gros derrière translucide à deux pas des terribles portraits que j'ai peint d'elle les jours où j'étais en rogne... Eh eh ! On se venge comme on peut ! Je tord le billet d'avion fraîchement imprimé entre mes mains. Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour la famille !
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MessageSujet: Re: Mémoire envolée   Sam 22 Oct 2011 - 13:29


- III -
La bague


Mardi 26 Avril 2013



Mon cœur bat à tout rompre. Je viens de mettre les pieds dans une église bretonne pleine de monde. Des sorciers, pour la majorité. Deux vastes rangs se tournent pour voir qui interrompt la sublime cérémonie. Je peux voir la mariée face à l'autel. Son conjoint a les épaules légèrement trop hautes dans son costume noir. J'ignore tout ce qui concerne Mr. Un vieil homme en robe de sorcier se tient derrière l'autel. Il me jette un regard interrogateur, et comme je ne dis rien, une vague de murmures réprobateurs voyage à travers la nef. Bon sang... C'est horrible... Mais je dois agir... Alors...

- Je m'oppose à ce mariage !

Lentement, la mariée se retourne. Son bouquet de fleurs blanches – des lys il me semble – se transforme en baguette de bois clair. Ses yeux lancent des éclairs. Interloqué, le témoin en lâche la bague qu'il destinait à ma sœur.

- Tu n'as pas le droit de me faire ça !
s'écrie-t-elle, furieuse. Retire ce que tu viens de dire tout de suite !
- Je ne peux pas, Katerrina. C'est Maman qui m'envoie... Je ne sais pas ce qui se passe, mais... J'exécute sa dernière volonté. Tu ne dois pas épouser ce type selon elle. C'est tout ce que je sais. Voilà, maintenant que tout est dit... Salut !

Le rôle du messager, c'est comme une version des kamikazes au Japon, pendant la seconde guerre mondiale. Ou des terroristes afghans au Proche Orient. Ce sont les premiers à sauter. Je n'ai pas le temps de fuir. Une demi-douzaine de baguettes se lève dans l'assistance, et ma sœur sonne elle-même le glas. Avant de comprendre ce qui m'arrive, je me retrouve éjectée contre la porte du fond. Ma tête est la première à trinquer en l'honneur des festivités illuminées par trente-six chandelles. Ne me demandez pas pourquoi trente-six plutôt que vingt ou cinquante, je ne suis plus en état de répondre...

Game over, Alithéia Shelter !

Plus tard dans la soirée


J'émerge avec une terrible migraine. Je suis étendue dans un salon privé, un sac de glace posé sur la tête. Je n'ose pas imaginer la taille de la bosse qui me compresse l'arrière du crâne. Sur une petite table basse scintille une bague en argent finement ciselée sertie de rubis. J'entends la voix de ma soeur dans la pièce d'à côté. Il est question d'annulation de cérémonie.Visiblement, Katerrina vient de renoncer au mariage. Ma mère a réussi à faire de moi un monstre... Et j'ai honte !





- IV -
Le petit chausson bleu

Jeudi 28 Avril


Je frappe à la porte de la chambre d'hôtel de Kate. Derrière la porte, j'entends des bruits de vêtements brassés, les peurs d'un bébé, et les heurts d'un hochet contre le sol. Elle m'ouvre au bout d'une minute. J'entre.
- Je n'ai pas fini mes valises ! Tout va de travers ! Alicia n'arrête pas de pleurer et je ne retrouve pas mon pull et... Si Loïc se pointe, on est mortes !

L'espace d'un instant, je cesse de l'écouter gémir et angoisser sur la situation. Inutile de dire que quand ce sorcier de Loïc Lebillot a appris l'annulation de mariage, il est devenu furax. Non pas qu'il soit fou amoureux de Kate, non, ce serait trop simple ! Mais ma sœur est aussi douée en potion que l'était ma mère. Loïc a souvent fait appel à elle à son insu pour ses propres affaires pas franchement légales. Fabriquer du véritaserum indétectable pour ensuite aller le fourrer dans les plats de ses invités, améliorer des substances pour qu'elles agissent au contact de la peau plutôt que d'être ingérées, et j'en passe. Très franchement, je ne sais pas pourquoi Kate l'aidait sans se poser de question. Oui l'amour rend aveugle, mais depuis quand ça rend les gens sensés complètement cons ? D'après ma sœur – qui a passé la journée d'hier à pleurer tout son soûl dans notre précédente chambre d'hôtel – Maman aurait fini par découvrir la vérité sur lui. Mais dans un premier temps, Kate n'a rien voulu écouter. Eva a été assassinée peu de temps après. Je ne serai pas surprise si on découvrait que Loïc est à l'origine de sa mort.

Alicia, l'adorable bébé de Kate, me regarde de ses grands yeux gris/verts. Elle mordille un de ses petits pieds nus. Kate a accouché d'elle il y a à peu près huit mois. Loïc est le père et il nous coure après autant pour retenir Kate que pour mettre la main sur la gamine. S'il s'empare d'Alicia, sa maman fera n'importe quoi pour la récupérer. Y compris obéir au méchant papa.
Je reporte bien vite mon attention sur sa valise presque pleine. Kate est presque hystérique...

- Ok ! On se calme ! Respire à fond ! Loïc ne sait pas encore dans quel hôtel on se trouve. Tu as mon adresse à Londres ?
- Non, seulement ton logement à Paris. Je peux y transplaner dans les 5 minutes...
- Trop risqué ! Ton ex-fiancé nous retrouverait... Vaut mieux changer de pays. Tiens, voilà ma carte ! J'ai un logement/atelier à Londres, ça fera l'affaire pendant quelques jours.
- Tu es sûre que tu veux faire ça ? me demande-t-elle en fermant sa valise.
- Il faut l'occuper pour détourner son attention. Je vais le balader jusqu'à Paris. Je prendrais un avion là-bas. Ce sera plus facile de semer ses hommes dans la foule... Pendant ce temps-là, tu iras chez moi. La clé de l'appartement est planquée sous l'orchidée à côté de la porte. N'hésite pas à neutraliser Coriolis parce que c'est un vrai démon avec les étrangers. Mais vas-y quand même doucement ! Bizarrement je tiens à ce gros matou taré...
- Bon... D'accord. Je t'attendrais là-bas. Tu peux me passer les chaussons bleus d'Alicia ?
J'avise la petite paire en laine tricotée main qui traîne au bord du lit et la ramasse.
- Tiens.

Kate s'en empare avec une drôle de grimace. Elle me dévisage. Je voudrais lui sourire pour la rassurer mais je me sens déjà tellement coupable que je fronce les sourcils.

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MessageSujet: Re: Mémoire envolée   Lun 24 Oct 2011 - 14:15


- V -
Le pansement sur l'avant-bras



Vendredi 29 Avril



Les larmes roulent sur mes joues. Impossible de les arrêter. Je tremble de la tête aux pieds, à tel point que l'urgentiste qui m'anesthésie l'avant-bras n'ose piquer ma peau lacérée qu'une fois sur dix. Il fait froid, très froid dans cette ambulance. Le chauffeur pose une couverture sur mes épaules avant de retourner derrière son volant.

- Francis, on peut y aller ? J'ai prévenu l'hôpital de Rennes, ils nous attendent ! s'impatiente-t-il.
- Laisse-moi le temps de protéger la plaie, Yanick ! Ca pisse le sang !
- Ok !

Je claque des dents. A travers les vitres du véhicule, le bois qui borde la grande forêt de Brocéliande me nargue. J'entends encore les chiens hurler. A tel point que je ne peux réprimer un sursaut quand l'ambulancier plaque une compresse autour de mon avant-bras. Non loin de là l'automobiliste qui m'a trouvée errant au milieu de la route déserte à l'aube de cette nouvelle journée démarre et s'éloigne. Nous sommes vendredi matin. Cela fait presque quinze heures que je lutte pour sauver ma peau. Mes nerfs lâchent. Je réprime un nouveau frisson. L'épuisement ne vient pas à bout de mon état de choc. Je me suis vue mourir un million de fois cette nuit. Mon téléphone portable a rendu l'âme contre une pierre dans ce géant de verdure sauvage. Impossible de contacter Kate, mon père ou des amis. Sur ce coup, je suis seule.

- Il va falloir vérifier qu'aucun virus n'a infecté votre sang, Mademoiselle. C'est pas n'importe quelle forêt, ici, on a des procédures, même dans les hôpitaux humains. Vous comprenez ?

- Oui.
- On vous emmène à l'hôpital. Là-bas, un agent de police prendra votre déposition. Vous avez votre carte d'identité sur vous ?

Je fouille mon sac. Loïc a réussi à me retrouver hier après-midi comme on le craignait avec Kate. Ce type m'en veut à mort. J'ai réussi à lui faire croire que ma sœur se cachait à Paris, chez moi, et non à Londres. Un sacré tour de force pour quelqu'un qui, comme moi, ne peut pas mentir. Après avoir eu ce qu'il voulait, Loïc m'a transplanée au milieu d'un bois bien sauvage avec sa meute de chiens enragés et m'y a laissée. J'ai passé la nuit à courir pour survivre.

- Alithéia ? C'est un prénom original ! J'aime beaucoup, ça a quelle origine ?
- Ma mère est. Etait fan de mythologie. Ca signifie vérité en grec ancien.

Ma voix est blanche, désincarnée. C'est à cause de ma mère que je suis dans cette situation. Mon regard tombe sur le bandage qui s'imbibe de sang pendant qu'on parle.

Une fois arrivés au service des urgences, un médecin prend la suite des opérations. On m'emmène sur un brancard dans une salle d'examens. Un détecteur sonne à l'entrée de la pièce. Vous savez ? ces nouveaux gadgets que nous, les moldus, on a inventé pour détecter si les patients ont été ensorcelés ou pas. C'est vrai qu'à l'issue de la cérémonie de mariage, j'ai dû encaisser pas mal de sortilèges. Ma main se pose instinctivement à l'arrière de ma tête ou une énorme bosse entretient depuis presque trois jour ma migraine carabinée.

- Vous avez été agressée par un sorcier récemment, Mademoiselle ?

Je me met à rire. Pourtant il n'y a rien de drôle ! Mais c'est plus fort que moi. Il ne doit pas y avoir beaucoup d'humains ici qui peuvent se vanter d'avoir autant de déboire avec la communauté sorcière. C'est l'inconvénient quand la moitié de votre famille baigne dans la magie et que vous ne faites pas partie de cette moitié-là.

- Mademoiselle ?

De nouvelles larmes roulent sur mes joues.

- Bon, poursuit le médecin, On appellera un médicomage consultant plus tard. On va déjà vous faire passer une radio et quelques examens de routine. Y a-t-il un proche ou un parent que vous souhaiteriez contacter ?

Je secoue négativement la tête. Inutile de mettre qui que soit d'autre en danger.
Une infirmière détache soigneusement la compresse de gaz qui recouvre mon avant-bras.

Quatre heures plus tard, le même médecin prend du fil et une aiguille à suture et referme les plaie qui lacèrent ma peau.

- Heureusement, les morsures sont nettes. Ces chiens ne vous ont pas ratée, dis donc !

- Quand est-ce que je pourrais m'en aller ? demandé-je alors.

Je repense à ma sœur, toute seule à Londres. Nos ennuis commencent à peine, il faut que je la rejoigne pour l'aider à disparaître. Après la nuit que je viens de passer, je sais qu'on ne peut pas prendre le moindre risque que Loïc la retrouve elle et son bébé.

- Ca va dépendre de l'agent de police qui fait le planton derrière la porte. Il a quelques questions à vous poser concernant votre agression.
- Ah.

Le médecin applique finalement un énorme pansement sur ce qui reste de la plaie. Il remplit un formulaire puis se tourne vers la porte.

- Vous pouvez entrer Mr l'agent, j'ai terminé, annonce-t-il.

Quelqu'un entre. Mon sang ne fait qu'un tour. J'ai déjà vu le visage de l'homme qui me scrute tout en ôtant son couvre-chef. Le témoin de mariage de Loïc ! Parfaitement reconnaissable avec ses cheveux noirs hirsutes mi-longs, ses yeux noirs et sa bouche qui aime se tordre en rictus. Il est mal rasé aujourd'hui, contrairement à l'autre jour dans l'église. Son costume n'a pas changé mais il est froissé et poussiéreux. Je quitte mon lit précipitamment pour le mettre entre lui et moi.

- Mais que se passe-t-il ?! Mademoiselle, veuillez vous rasseoir ! Vous avez perdu beaucoup de sang, ce n'est pas prudent ! s'exclame le médecin.

Il n'a pas le temps de comprendre ce qui lui arrive. Le type sort sa baguette magique. Bon sang, j'ai horreur quand ils font ça ! Je voudrais avoir un flingue dans ces moments-là !

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MessageSujet: Re: Mémoire envolée   Mar 1 Nov 2011 - 2:09


- VI -
La feuille de croquis déchirée

Vendredi 29 Avril



… J'affirme ma prise sur le morceau de fusain. Je dois me concentrer, c'est important. Il fait nuit et les lumières explosent partout. La voix de Kate hurle, et celle d'un homme lui répond sur le même ton. Je crois qu'ils se battent encore à coup de baguettes magiques. Un énorme bruit de verre brisé fuse. Ca ne peut être que ma salle de bain qui rend l'âme. Mais ce qui glace mon sang, ce sont les pleurs de la petite Alicia, probablement restée dans son couffin sur le lit de ma chambre...

Je voudrais aller la mettre en sûreté, seulement je suis paralysée. Rien à voir avec la peur, non. Juste un autre de ces foutus sorts que le grand connard brun m'a jeté avant de se battre contre ma sœur. Forcément, une simple humaine comme moi ne représente pas la moindre menace face à un sorcier aussi taré que lui. Quoi que ça reste à prouver... Je roule sur le côté. Je peux toujours bouger un bras. Je le hisse maladroitement sur le bord de mon carnet de croquis. Un trait, une courbe, une ombre...

BLAAAM !

La console en verre près de la porte d'entrée vient de rendre l'âme. Vite, je n'ai plus beaucoup de temps... Mon pouce gomme le carbone, puis je trace une série de traits plus précis. Je sais ce qui m'attend une fois que ma sœur aura réussi à filer entre les doigts de notre agresseur. Il n'aura pas pris le risque de m'enlever à l'hôpital et de me ramener vivante chez moi s'il n'avait pas de plan en tête...
J'ajuste les mèches autour de son front, puis affine son menton. Les pleurs d'Alicia s'interrompent. La voix de Kate s'est évanouie aussi. Ma respiration s'accélère. Vite ! J'égalise le tracé des sourcils, précise l'intensité du regard et...


- Votre sœur est coriace ! Dites-moi où elle est partie !

Les mains du modèle me soulèvent et me retournent sur le dos. Il cogne ma tête contre le sol.

- Je n'en ai pas la moindre idée... Et vous savez quoi ? J'ai jamais été aussi heureuse de dire la vérité à quelqu'un pour une fois !


Il me lâche. Ses yeux fous lancent des éclairs. Autour de nous, tout est dévasté. Je ne sais pas ce qu'il compte me faire subir. Mais hors de question qu'il l'emporte au paradis. J'essaie de planquer mon portrait sous la table basse.


- Qu'est-ce que c'est ?


Et merde !

- Bien essayé, Ali... Je dois admettre que vous avez un très bon coup de crayon !

Il abat sa main et arrache la feuille. Bien vite, il n'en reste qu'un tas de cendres. Cette fois, je suis foutue...




- VII -
Coriolis dans le frigo

Samedi 30 Avril



Dans le couloir à mon étage, Coriolis miaule tout son saoul derrière la porte. S'il continue, je crois que le type qui me tient en joue avec sa foutue brindille va m'achever.


- Vous n'avez vraiment pas la moindre idée d'où votre sœur se trouve ?
- Pas la moindre.
Je me redresse, dos appuyé au comptoir qui sépare la cuisine du salon. Le soleil se lève au-dessus de Londres.

- Vous savez, à part pour ruiner son mariage, je n'ai pas vu Kate depuis dix ans au moins...

- Vous auriez mieux fait de continuer ! J'ai passé la journée d'hier à effacer vos traces des hôtels et de l'hôpital, à rayer votre nom de certaines mémoires gênantes pour mon patron... En résumé, vous êtes vraiment chiante, Alithéia Shelter !
- Merci, ça me va droit au cœur ce que vous me dites là !

Coriolis se pend à la poignée de porte. Le battant heurte les restes de console. Une boule de poils rousse traverse la pièce et se rue sur le sorcier. Brave bête ! Qui aurait cru que Coriolis agirait de façon héroïque ?! Hélas, c'est sans compter la brindille que tient mon agresseur. Le pauvre chat est éjecté côté cuisine, directement dans le frigo dont la porte se referme sur lui. Je l'entend cracher dans l'armoire glacée. Mais mon attention est focalisée sur le sorcier.


- Je devrais me débarrasser de vous, ça soulagerait la vie de bien des gens...

Il lève sa baguette. Déjà l'extrémité expulse des étincelles violettes dans ma direction. Je ferme les yeux...

- Oubliettes !

Alors tout disparaît dans ma tête. Le fantôme de ma mère, Alicia et ses petits chaussons bleus, ma sœur en robe de mariée et sa jolie bague, la meute de chiens et la nuit de cauchemar, les points de sutures, le pansement sur mon avant-bras et le gentil médecin, mon téléphone portable explosé sur un gros rocher... J'oublie le décès d'Eva Dérive et les forêts bretonnes, l'hôpital à Rennes, le retour catastrophe chez moi... J'oublie le duel qui a transformé mon appartement en paysage post-apocalyptique, la tentative de sauvetage de Coriolis... Je perd mes souvenirs... Jusqu'à la vision de cet homme qui se tient au-dessus de moi, baguette en main... Et je sombre.

Dans le frigo, Coriolis miaule toujours.

... Oubliettes...

J'oublie tout...



Dimanche 31 Avril




J'émerge d'un brouillard épais. Quel jour sommes-nous ? Quelle heure est-il ? Ca va mal. Je le sens. Mon mal de crâne n'arrange pas ma vision pessimiste des choses. Que s'est-il passé ? Je regarde autour de moi. L'intérieur de mon appartement à Londres me tend les bras ; plus dévasté tu meurs ! Comment... ?! Pourquoi ?! Qui a fait ça ? J'ai l'impression d'avoir l'esprit complètement vide. Comme si... ma mémoire s'était envolée...

- * -

La mémoire, c'est comme un sac de voyage. Et parfois, on nous le vole. Mais le voyage doit continuer...



END
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