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 Memorial Day

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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Memorial Day   Mar 26 Avr 2011 - 22:50

La cérémonie commémorative touchait à sa fin et c'était tant mieux.
Mélusine n'assistait pas à la chose pour les discours, qu'elle trouvait de toute façon trop longs et trop alambiqués, du genre à laisser toute la place aux pensées vagabondes et inattentives. Pas non plus en vertu du sacro-saint devoir de mémoire, son sens du devoir étant chevillé à sa conscience, son cœur... et son estomac, plutôt que dicté par les normes sociales. Pas, encore, par attirance morbide pour le drame humain. C'était juste, une fois de plus, sa façon à elle de lutter contre l'inhumain, de se battre contre l'indifférence, de se prévenir contre l'insensibilité. Une petite piqûre de rappel afin que sa cause garde toujours un visage, crispé par les larmes, perdu dans la souffrance, déçu par ce que l'avenir proposait mais un visage, malgré tout, et non pas un masque factice, un combat mécanique et artificiel. Il fallait qu'elle conserve cette dimension réelle, cette vérité qui disait qu'on ne s'acharnait pas par haine mais par espoir et que chaque coup porté n'était pas vengeance mais une maigre tentative de retrouver un équilibre perdu. C'était, surtout, ne jamais oublier que c'était la vie de femmes, d'hommes, d'enfants qui étaient en jeu, ennemies ou amies, au bout de sa baguette ou à ses côtés.
C'était, enfin, ne pas laisser de côté, ne jamais laisser de côté ceux qu'elle avait côtoyé, protégé ou battu, se souvenir des visages, des regards. Tout garder en mémoire pour demeurer un être vivant qui sent, qui a peur, qui a mal mais qui n'oublie jamais qu'il vit et que cette vie doit avoir un sens.

Elle aurait cru que plus de monde se presserait à l'"évènement" mais peut-être y avait-il tout simplement trop de dates-anniversaires, trop d'occasions de se remémorer et de pleurer sur les disparus. Quand bien même le Combat Blanc du 8 janvier semblait être la date butoir de l'Histoire. Ils étaient pourtant une bonne centaine, pour la plupart des collégiens, des étudiants et quelques professeurs, parmi lesquels s'étaient glissés des
invités épars, à l'instar de Mélusine. Tous réunis autour du Mur du Souvenir dont la surface paraissait toujours trop petite pour contenir la mémoire de tous les visages des victimes de Poudlard. Ils étaient tous là, malgré tout. Elle n'en connaissait certains que de noms, ou se souvenait de les avoir croisé un jour ou l'autre au détour d'un couloir. Ils étaient nombreux mais n'étaient en réalité que la partie immergée de l'iceberg. Avec un frisson âpre, elle se demanda quel serait le bâtiment assez grand pour rendre hommage à tous ceux que la guerre aurait fait tomber.

Un dernier mot, prononcé par ce drôle de bonhomme en robe de sorcier et dont les joues rubicondes et rebondies gâchaient un peu la solennité, et le silence retomba, presque vibrant par son intensité. Puis, la petite foule commença à se dissoudre, s'éloignant en silhouettes solitaires ou en petits groupes soudain plus soudés que la veille. Tous portaient un air sombre et concentré, comme un uniforme. Mélusine les laissa s'évaporer doucement, en regardant pensivement le ciel gris au-dessus de sa tête. En redescendant sur Terre, ses yeux tombèrent sur une silhouette familière, à quelques pas de là, un peu en retrait. L'expression de son visage était voilée par quelques mèches de cheveux éparses.
Eden Cullen.
Le premier mouvement de Mélusine fut de disparaître avant que son ex-camarade ne la remarque. C'était quelque chose qui l'avait pris comme une maladie, depuis son entrée dans la Résistance. Elle avait laissé la distance et le silence creuser ses relations. Mieux. Pire. Elle avait cultivé cet éloignement, jugeant que s'attacher aux gens ne pouvait qu'être source de souffrance. Jamais elle ne supporterait l'idée que l'on cause du mal à quelqu'un qu'elle aimait par sa faute. Des images archaïques de torture lui avaient alors flotté dans le crâne. Et puis, avoir de l'affection pour les autres, quand ces autres pouvaient à tout moment disparaître de sa vie, érodant encore sa poitrine par l'écoulement des larmes... Non, elle ne pouvait pas se permettre de souffrir, encore et toujours.
Les absents avaient cette tendance agaçante à lui manquer. Que dire alors des disparus?
Au fond, elle savait qu'elle avait tort, à l'époque. Les semaines et les mois qui suivirent son embrigadement le lui prouvèrent assez bien. On ne pouvait pas se couper de tout et de tous. Et on s'attachait envers et contre tout. Si on laissait le passé derrière, il y avait toujours de nouvelles rencontres. Et l'être humain étant fait pour aimer, on s'accrochait au voisin de palier, au camarade de mission, à une vieille connaissance. On nourrissait des sentiments. On s'accrochait à un être de l'eau. A un Dyode de passage. A son capitaine. Et on n'y pouvait pas grand chose.
A tous ces nouveaux venus, le cœur s'accrochait comme un fou. Lui aussi avait besoin de son carburant, de ses raisons pour continuer à se battre.
Alors, elle arrêté de vouloir immuniser son cœur. D'essayer de s'entourer de solitude. Elle souffrait pareil, mais c'était plus doux. Et, au moins, elle se sentait vivre.

Néanmoins, ceux dont elle s'était coupée à ses débuts continuaient de n'appartenir qu'à son passé, comme si sa vie s'était scindée entre un "avant" et un "après".
Elle manquait peut-être tout simplement de ce courage idiot de revenir sur ses erreurs. Ou bien persistait-elle à croire qu'elle avait fait les bons choix.

Après cette première impulsion de tourner le dos et de s'enfuir comme une lâche, Mélusine se ressaisit et fit un pas en avant. C'était toujours le plus difficile. Après, il ne restait plus qu'à suivre et à répéter le geste initial. Un pas. Un autre pas. Et ainsi de suite. Une fois le processus enclenché, on pouvait voyager loin en oubliant les peurs et les regrets.
Alors qu'elle continuait d'avancer, foulant du pied l'herbe gelée du Parc de Poudlard, elle essayait de se souvenir à quand datait sa dernière entrevue avec Eden. Tant qu'elles avaient toutes les deux poursuivi leurs études au château, les occasions n'étaient pas rares et elles avaient souvent réitéré l'exploit des discussions nocturnes sans fin. Mais, ensuite, les circonstances s'étaient faites moins fréquentes. Elles se croisaient de-ci, de-là, au gré de leurs amis communs. Puis était venue la lubie de Mélusine de marquer les distances et leurs rencontres étaient devenues exceptionnelles. Tout ce temps perdu pouvait toujours se rattraper, non? Amie d'un jour, amie toujours. Peut-être. Pas sûre.

Arrivée près d'elle, la jeune femme grava un sourire sur son visage, qui avait quelque chose d'un peu faux, mais, après tout, les circonstances étaient telles qu'un éclat de rire et une bonne humeur exponentielle paraîtraient loufoques et feraient sérieusement douter de sa santé mentale. On ne passait pas une heure à se recueillir sur des souvenirs pour ensuite tout oublier d'un coup d'euphorie. Ou alors, on était franchement bipolaire. Et Mélusine se targait de ne pas avoir encore sombrer dans cette extrémité.

'Tu vas lui parler, oui?'

Hein?

'Ca doit bien faire deux minutes que tu la regardes sans rien dire... Tant que tu étais au loin, c'était pas trop gênant mais là....'

Sur ses lèvres, son sourire se fit plus franc.


"Salut."

De l'immensité des banalités, elle n'avait réussi qu'à piocher un banal "Salut". Pathétique.

"Un pique-nique improvisé, ça te tente?"

'Un pique-nique? En plein mois de janvier? Et puis quoi encore?

Et pourquoi pas?
Tout le monde se pressait à l'intérieur d'u château et elle avait toujours été allergique aux effets de masse.
Le café Campus ne lui paraissait pas être une meilleure idée. Elle, elle aimait quand le quotidien sortait de l'ordinaire. Or, personne ne pique-niquait an plein hiver. C'était, à ses yeux, une raison suffisante pour le faire. A condition que sa collègue rouge-et-or acceptât. Elle aurait l'air une peu troll, assise toute seule sur une couverture tirée d'elle-ne-savait-où à grignoter un encas en provenance directe des cuisines du château.

Pourquoi ne pas se contenter d'une petite discussion où le décor n'était que secondaire?
Parce que... parce qu'elle ne parvenait pas à se projeter dans une conversation au pied levé. A la vérité, elle ne savait pas trop quoi lui dire. "Alors... ton mari, ça va? Oh, tu sais, moi, la Résistance... Tu as été au dernier concert d'Oma? Ah oui, non, c'était à la Tour... Non, non, je ne sous-entendait pas que...". Et puis, zut, non, ça ne cadrait pas. Dans ce scénario là, elle ne savait pas quoi faire de ses bras, qui pendaient lamentablement le long de ses flancs; elle ne savait pas quoi faire de ses yeux, qui furetaient, de-ci, de-là, sans parvenir vraiment à se poser, à se fixer sur Eden; elle ne savait pas quoi faire de ses jambes, droites et inactives, qui fourmillaient de s'enfuir et de rentrer tranquillement au QG.
Non, pique-nique impliquait excursion au château, ravitaillement et approvisionnement. Sous-entendait action et réaction. De quoi les occuper si le silence venait à s'imposer.
Et, avec un peu de chance, quelques souvenirs referaient surface et leur permettraient de retrouver la complicité qui avait été la leur... il y avait longtemps.

'Tu te fais peut-être tout un cirque pour rien...'

Peut-être. Peut-être pas.
Pourquoi, alors, elle ne trouvait rien de pertinent pour se lancer dans une discussion à bâtons rompus? Et elle ne se sentait pas de lui faire l'affront de débiter des banalités en enfilades.




« When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up.
I wrote down ‘happy’.
They told me I didn’t understand the assignment,
And I told them they didn’t understand life. »
John Lennon
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Eden Cullen
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MessageSujet: Re: Memorial Day   Ven 29 Avr 2011 - 13:08

- Tu es certain de ne pas vouloir m'accompagner?
- Je sais qu'il t'est difficile de faire deux pas sans moi, mais je t'assure qu'à presque 21 ans tu n'as plus besoin de nounou crevette...
- je suis sérieuse Liam...
- Moi aussi! Essaie juste de ne pas te casser une jambe, ok? J'irai bien au ski avec Owen cet hiver...

Eden leva les yeux au ciel, soupira et quitta la pièce d'un air boudeur.

Non pas qu'il lui était difficile de sortir seule. Après tout, les catastrophes pouvaient avoir lieu devant un millions de spectateurs. Les situations les plus délicates se jouent des témoins. Au contraire. Cette journée-là en était la preuve.
Elle trouvait important d'être présent. Pas vraiment un devoir non plus. Elle n'avait jamais été fan de ce type de cérémonie en grande pompe et blabla prétentieux « pour la gloire et l'éternité ». Plus un acte de reconnaissance. Et peut-être un peu aussi pour se prouver qu'elle était toujours envie. Malgré tout ça.
Elle le devait un peu aux autres aussi. A ceux qui ne s'y rendrait pas parce qu'ils y avaient laissé leur vie. Et à ceux qui refuseraient d'y aller parce que c'était encore trop douloureux. Pieds de nez du sort, ceux qui lui manquait le plus à présent n'étaient pas ceux qui avaient perdu la vie ce jour-là.

Elle entraperçu parmi la foule, la tête blonde de Jamie Cooper. Elle détourna honteusement la tête et se promit de parler à son ami un peu plus tard. Quand elle serait prête. Jamie avait perdu sa soeur dans le combat du 8 janvier.
Eden frissonna le lâcheté lorsqu'elle distingua le petit sourire qu'il lui adressait.
C'était pour des gens comme Jamie qu'elle était là. Du moins, essayait-elle de s'en persuader.


Et c'est en les fuyant courageusement que tu soutiens tout ce beau monde Sanders. Tu es mère courage, y a pas à dire!

...peut-être qu'après tout, on n' avait pas besoin de raison pour être là.
Elle haussa les épaules et chercha des yeux la sortie. Au cas où. Les discours larmoyant lui donnait la nausée. Suffisait de regarder le présent et l'avenir pour avoir le cœur gonflé d'angoisse. Pas besoin d'aller farfouiller dans un passé, qui , sommes toutes, la dérangeait.
Elle se faisait régulièrement la promesse de ne plus regarder en arrière et d'avancer. Promesse dont elle se déliait quotidiennement et qu'elle était obligée de prononcer à nouveau chroniquement.
A côté d'elle, Marie Hudkins se tapotait le coin des yeux avec un mouchoir dans le but d'épargner son maquillage... Eden grimaça. Quand on sait pertinemment qu'on va larmoyer tout le long de la cérémonie, on se maquille pas. A moins que l'espèce d'athlète sur pattes qui lui tenait le bras ne l'ai jamais vu au naturel. Peut-être qu'il valait bien quelques traces de bleu...
Lorsque Marie se tourna vers elle en murmurant un « c'est horrible » étranglé par les sanglots, Eden ne tint plus et se retira de la foule, humant l'air frais de ce mois de janvier.
Elle envia Liam qui avait eu le bon sens d'occuper sa journée à autre chose qu'écouter le concert de reniflements qui émanait du parc.
La voix emprunté du bonhomme parvenait à ses oreilles comme un bourdonnement, un bruit de fond dont elle s'efforçait de ne pas distinguer les paroles. Elle s'arrêta sous un arbre et s'y adossa.

L'écorce était fraîche et l'humidité traversait le fin pull noir qu'elle portait sur sa chemise rouge. La couleur c'était pour filer un grand coup de pied au sort. Un côté exacerbé de son esprit de contradiction, un jour où tout le monde portait du sombre. Le pull c'était pour calmer le jeu. Un peu.

Alors que la cérémonie touchait à sa fin, elle laissa ses yeux courir le long des branches nues de l'arbre... sur ses racines, avant de se raidir brusquement.
Des souvenirs lui sautèrent à la gorge avec la hargne que leur confère les années passées à les refouler.
Son arbre de lecture.
Leur arbre.

Elle se dégagea du tronc et profita du mouvement général de dispersion pour abandonner là ses souvenirs, puis elle l'aperçu.
Grande silhouette dégingandée, couronné d'une paires d'yeux perçants, reconnaissable entre toutes. Elle semblait avancer et reculer à la fois, la tête baissée vers ses chaussures.
Eden la laissa venir, peu encline à la discussion qui tournerait probablement à l'introspection dans le passé qu'elle s'efforçait de repousser tant bien que mal.
Lorsque Mélusine s'arrêta à son niveau, la bouche en cœur, la jeune femme réalisa que sa camarade n'était pas plus qu'elle transcendée à l'idée de discuter. Cette pensée lui arracha un petit sourire amusé.
Plutôt fou de voir toutes les choses qu'on se force à faire sans en avoir envie. Au nom des conventions, de l'amitié, de la bienséance, la bonne conscience ou allez savoir quel autre prétexte stupide...
Si même les gens comme Mélusine se mettait à faire comme les autres, alors le monde était vraiment foutu.

Un pique nique?

Eden leva un sourcil.
Réflexion faite, y a encore de l'espoir.


-ça fait longtemps que je rêve d'attraper une pneumonie... alors …

Elle se retint d'ajouter « pourquoi pas? ».

Qu'as-tu fais de ta franchise Sanders?

- Pour tout te dire j'ai déjà déjeuné.

Menteuse.

Ça, c'était ce qu'on appelait faire preuve d'une honnêteté sans détour.
Eden grimaça et s'enfonça un peu plus.


- J'ai pas très faim...

Puis voyant la mine surprise de son amie, elle ne put s'empêcher d'ajouter :

- Mais je veux bien t'accompagner!

Parfois, elle se donnerait des gifles.

Intimant Mélusine à la suivre d'un regard, elle fit quelques pas qui n'avait pour autre but que celui de les éloigner de ses souvenirs. Alors que l'herbe gelée craquait sous ses bottes, elle tâchait de trouver un sujet de conversation qui eût l'air naturel, spontané et intelligent.



Un sujet quoi.

Comment pouvait-on laisser la distance s'installer ainsi? Mélusine l'évitait depuis un certain moment déjà, et elle devait avouer que cela lui convenait. Elle-même avait du mal à mentir à ceux qui la connaissait bien. Ceux qui l'aimaient ne posaient plus de questions. Elle allait aussi bien que possible.

Elle regretta finalement que Liam ne fut pas venu. Sa présence était apaisante.

Dégoûtée par sa propre couardise, et renonçant à son sujet miracle, Eden joua son va-tout et remit la main sur son franc-parler.


- Moi aussi je te fuis un peu.

Je fuis tout le monde...
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Memorial Day   Ven 27 Mai 2011 - 20:27

Les lèvres de Mélusine s'étirèrent en un sourire improbable qui explosa soudain en un grand éclat de rire, s'élevant, plein de buée, dans l'atmosphère. C'était qu'il faisait sacrément froid, ce jour-là.
Comme un jour de janvier au fin fond de l'Écosse.


«J'avais oublié comment tu étais...», lança-t-elle vivement, non pas comme une excuse mais plutôt comme on disait bonjour le matin. Ou comme une réponse, aveu du fait que, oui, elle l'avait bel et bien esquivé, elle aussi. Qu'elle le reconnaissait mais qu'elle n'avait en aucun cas l'intention de se justifier, d'expliquer ou de quoi que ce soit.

Et déjà, elle suivait Eden en effectuant quelques sauts de girafe maladroite. Refusant de céder la place aux banalités de circonstance (la pluie, le beau temps, la météo, les nouvelles des uns et des autres et ce genre de choses qu'on débitait pour combler le silence à grands coups de discours cimenteux), la jeune femme sifflota l'air de
Doktor von Nettesheim, le dernier titre des Tatty Thistle, groupe pop-rock de sorciers écossais. La chanson était juste assez longue pour tenir jusqu'à la grande porte qui menait au Hall de Poudlard.

Il était un peu étrange de repasser par l'entrée principale. D'ordinaire, elle faisait un saut au Café Campus avant de filer ni vue ni connue dans les entrailles du château. Là, elle avait juste l'impression de faire un grand bond en arrière, du temps où elle était une petite (tout était relatif) étudiante à Moon Shadow. Ce temps-là ne lui manquait pas. Autant pouvait-elle avoir eu la nostalgie de son enfance, voire même de ses années collège, autant elle avait été ravie de tirer un trait sur les études, la vie à P.U., les souvenirs plutôt nuageux. Pour pouvoir se lancer dans quelque chose qui lui ressemblait mieux.

Hall d'entrée, donc. Sur leur passage, une armure tourna la tête en grinçant à qui mieux mieux, comme si elle avait deviné que l'une des deux visiteuses n'avait rien à faire là. Mélusine lui tira la langue. Le heaume se détourna sans rien dire de plus.
En même temps, les armures n'avaient pas de cordes vocales.
Mais elles étaient magiques.

'Ce qui te fait dire qu'elles sont à même de comprendre toute la subtilité d'une langue tirée?'

Et pourquoi pas? Un jour, elle avait passé une heure ou deux à soliloquer avec une vieille gargouille et pourtant, elle était presque certaine que la statue de pierre avait perçu la teneur de son discours. Il était vrai que Mélusine n'était pas du genre à s'étendre des heures sur des théories absurdes et compliquées avec plein de mots à rallonge. D'ordinaire, même un gamin de sept ans était capable de comprendre ce qu'elle racontait. De là à dire que les gargouilles avaient le Q.I. d'un môme de sept ans... Et pourquoi pas? Au moins, elles auraient gardé leur âme d'enfant.

Mélusine hésita deux secondes à partager ses cogitations avec sa camarade d'antan.
Sans compter que ses préoccupations n'intéressaient sans doute qu'elle, as usual, une urgence profita de ce moment précis pour se matérialiser. Du moins, si une odeur pouvait prendre consistance. Parce que dans l'air flottait quelque chose qui rappelait les pommes au four, le roast-beef et la sauce au piment doux. Quelque chose qui la fit saliver d'instinct. Quelque chose qui envoya un message subliminal à sa conscience pour lui affirmer que le déjeuner avait d'ores et déjà commencé. Si tôt après la cérémonie? C'était presque...

'Parce que tu es la seule à avoir le droit d'avoir faim?'

Non mais, d'ordinaire, la décence ou toute autre valeur sociale, voulait que ce genre de machin commémoratif coupe l'appétit. Au moins une heure ou deux.

'Je crois que l'ordinaire a de toute façon été remercié, pas très poliment, depuis quelques temps, déjà.'

Certes. Certes.
Mais s'il n'y avait plus d'ordinaire, plus de norme, à quoi pouvait-elle bien se référer pour sortir des limites, pour empiéter sur la frontière de ce-qui-ne-se-faisait-pas?

Bref.
Le « quelque chose » lui intima aussi d'employer les grands moyens.


«Tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiinker!», hurla-t-elle avec toute la délicatesse et la mélodie dont elle était capable.

Si, à ses côtés, Eden avait manifesté un quelconque étonnement, Mélusine ne s'en rendit pas compte, concentrée qu'elle était à guetter le petit «plop». Le fameux petit «plop» qui déchira l'atmosphère et qui tarda de juste assez de secondes pour laisser place au doute. Peut-être n'avait-elle tout simplement la latitude d'en appeler à... Mais si! «Plop» quand même! Et avec ce «Plop», ce fut la silhouette frêle de Tinker, elfe de maison de son état, qui se dessina dans son champ de vision. La jeune femme salua Tinker de son plus beau sourire et s'occupa d'expédier les présentations:


«Tinker : Eden. Eden : Tinker.»

Ca, c'était fait. Sans se perdre non plus dans les explications, elle enchaîna:

«Tu pourrais nous amener toutes les deux?»

Bref hochement de tête. C'était génial de ne pas avoir besoin d'expliciter.
Du temps de ces études, Tinker avait été son laisser-passer. Que disait-elle? Son allié au quotidien! Lui assurant ravitaillement et petits délices en tout genre. Il répondait toujours présent, et ce, à toute heure, pour satisfaire ses lubies gastronomiques. Aussi loin qu'on puisse envisager l'amitié inter-espèce, Tinker était devenu son ami. Et si cela la dérangeait de ne pas avoir grand chose à offrir en échange de ses services, le petit elfe semblait se satisfaire des histoires abracadabrantes que Mélusine lui racontait une fois son estomac satisfait.

Sans un mot, Tinker les avait toutes les deux saisit par une main et, dans un autre «Plop», leurs trois silhouettes réapparurent brusquement dans les cuisines de Poudlard, sans même arracher un sursaut à la petite armée de cuisiniers qui travaillait là.


«Merci beaucoup Tinker!»
- Tout le plaisir était pour moi, Maîtresse Mélusine.
«Pitiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiié Tink, je t'ai déjà dit: c'est Mélusine Tout Court.»
- Oui, Maîtresse Mélusine Tout Court.


Les elfes étaient les rois du Pince-Sans-Rire.

S tournant enfin vers Eden qui, si elle avait saisi l'intégralité de la situation, le cachait bien, elle daigna enfin prononcer quelques mots, dans lesquels cliquetait un nouveau sourire.


«C'était l'heure du repas...»

Ceci commençait à expliquer cela.

«Je voulais avoir un peu de dessert avant qu'il soit envoyé là-haut.»

Petit geste de la main vers le plafond qui était, en quelque sorte, le sol de la Grande Salle.

«Et c'est Banoffee pie aujourd'hui. J'ai entendu un type le dire, pendant le discours.»

Preuve qu'il faisait bon d'être inattentive. Ça aurait été pécher que de louper une info de cette ampleur.

«Et j'adore les Banoffee Pies!!!!»

Sourire gourmand et yeux rieurs. Mélusine était dans son univers.
Elle en avait presque oublié la frilosité de leur relation. Après tout, Eden et elle, dans une cuisine, ça ressemblait presque à un bon moment.


«Tu es sûre que tu n'as toujours pas faim?», la taquina-t-elle avec une moue sceptique.

L'elfe Tinker avait profité de ce temps-là pour constituer un stock de provision à faire pâlir n'importe quel pâtissier français. Il y avait un peu de tout, même ce qui n'était pas au menu du jour. Elle s'était toujours demandé comment diable les elfes de Poudlard pouvaient préparer toute cette nourriture et avoir des réserves sous la main pour les affamés qui ne manquaient pas de venir réclamer pitance.
D'ailleurs, quand on parlait du loup... Un jeune élève, estampillé Rouge-et-Or, se hasardait prudemment derrière la nature morte qui constituait l'entrée des cuisines. L'air de rien, sachant bien que la gêne finirait par revenir, mais puisqu'elle s'était absentée pour un moment, autant en profiter, pas vrai? Bref, l'air de rien, Mélusine glissa à l'oreille de l'étudiante quelque chose qui ressemblait à un:


«On dirait que la relève est assurée....»




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