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 Couchés debouts assis

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Alix Twain
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MessageSujet: Couchés debouts assis   Dim 17 Avr 2011 - 2:00

"Oops. Ce type chevelu, là..."
"..."
"Bon sang de bonsoir ! Le tyyyype, làààà ! Tu ne vois pas ? Avec des cheveux, un nez, une bouche, la barbe de trois jours et l'air renfrogné !"
"Si, si, je vois. Je ne peux pas faire autrement que de voir puisque que tu as quasiment ton index dans son trou de nez."


Alix rangea subitement son index de sous le nez de Sham et le pointa aléatoirement dans la direction opposée. C'est-à-dire dans l'œil de la personne qui faisait la queue à côté d'elle.

- Boulette ! Pardon monsieur ! s'exclama-t-elle désolée en rangeant, avec la même vélocité, son doigt dans un endroit où on ne pourrait pas lui reprocher. Contre sa bouche. Aligné aux quatre autres doigts de sa main droite et perpendiculaire aux cinq de la main gauche. Oubliant momentanément Sham, elle continua de bafouiller des excuses sous ses deux mains posées en croix sur sa bouche jusqu'à ce que l'homme éborgné la supplie de se taire. Toute la file d'attente les regardait. Depuis douze heures qu’ils faisaient la queue, chacun avait appris à se divertir de tout.
Il n'y avait rien de grave, l'assurait-il. Plus de peur que de mal.

Rassurée mais profondément désolée, Alix pirouetta aussi rapidement qu'une girouette battue par le vent en direction de Sham qui était toujours debout en face d'elle. Imperturbable. A un mètre à peine. Il avait été ridicule en premier lieu de le montrer du doigt puisqu'il était juste là. C'était l'effet de surprise qui l'avait surprise, tel le parfaitement surprenant effet de surprise que cet effet s'avéra être. Ca n'arrangeait pas ses histoires:

- Fracquefleu ! Fé Fram fracfalambalam !

En retirant les mains de sa bouche la seconde d'après, ça donna:

- Sacrebleu ! C'est Sham Macbadambadam !

Ses yeux gros comme des donuts refusaient de retrouver une taille normale. Elle dût attendre que quelqu'un derrière elle lui demande si elle allait avancer ou pas pour recouvrer ses esprits.

- Oui... Non... j'avance pas... Si j'avance !


Alix sortit de la file d’attente du cinéma de l'Empire à Leicester Square juste le temps de tendre son bras vers Sham qui était en train de passer à sa hauteur lorsqu'elle l'avait pointé du doigt comme s'il s'agissait d'un revenant. Elle l'agrippa fortement et l'attira vers elle pour qu'il rentre dans la file à côté d'elle. C'était le meilleur moyen de discuter pour l'instant. Et puis, même si elle avait déjà retiré son ticket, il était hors de question qu'elle cède sa place à qui que ce soit. Comme les centaines de fans de Georges Lucas qui étaient derrière elle, elle avait fait le pied de grue devant les guichets depuis six heures du matin pour être sûre d'être dans les premières à retirer des billets et obtenir une bonne place pour voir son film très controversé sur la vie d'Antarès. Alix avait gagné d’être dans la première salve de fans, à quelques mètres et quelques têtes des portes encore closes du cinéma. "Commandeur" était un film interdit dans tous les pays de l'Opposition et seules quelques salles européennes avaient osé le diffuser malgré les risques d'attentats. D'ailleurs il y avait des flics et des aurors partout autour des cinémas. C'était une chance d'être en Angleterre lors de cette sortie ! Ca se trouvait, dans deux semaines ou même demain, Antarès aurait réussi à faire retirer le film de Lucas du grand écran.

EMPIRE THEATER LEICESTER SQUARE

La trentenaire tarda à retirer sa main de l'avant bras du Bartabas. Des réminiscences de la dernière fois qu'ils s'étaient vus l'avaient scotché sensitivement à ce contact. Un peu comme les personnages d'une pub pour un café nommé désir. Une remontée instantanée de sensations afflua pour lui tartiner les joues de rose, de rouge et de pivoine.

"Flute alors ! Je suis trop vieille pour rougir de ces trucs là !"
"Qu'est-ce qui me prend ?"

"On aimerait bien savoir car nous n'avons plus eu l'habitude de rougir comme ça depuis la fin de ton lycée"
répondirent ses joues fardées.
"On aurait dû faire ceux qui n'ont pas vu" regrettèrent ses yeux qui se sentaient coupables.
"Pourquoi tu l'as attrapé aussi ?" cria sa main gauche à sa main droite.
"Je sais pas moi ! C'est instinctif !" ce coup-ci, c'étaient son ventre.
"J'ai vu ses cheveux et j'ai repensé à la façon dont ils caressaient mon..."
"Tu es complètement perverti ma pauvre fille"
coupa nerveusement sa morale.
"Les hormones... C'est le printemps..."

Alix interrompit la conversation très intéressante qu'elle avait avec ses hormones, ses joues, et d'autres parties du corps que Sham s'était fait une joie - elle l’espérait - de visiter, de caresser, de palper, d'embrasser, de tordre, de mordre, de titiller, de subjuguer, de malmener, de surmener, d'émoustiller, de rompre, de faire transpirer, de courtiser, de contenir, de pervertir, de répandre, de reprendre, de dépendre, de dévergonder, de solliciter, d'émerveiller et de soupirer, lors de la nuit du premier janvier.

Au petit matin alors qu’elle était encore à moitié bourrée à cause de l'alcool qu'ils avaient pratiquement ingurgité par tonneaux, elle s'était enfuie de la chambre de la Tour Antarès...

"Attends..."

"Mais on n'a jamais eu de chambre ! Je retrouvais plus mon bracelet et il n’avait rien réservé !"

"Où on l'a fait alors ?"


"Couloir du 78ème" lui rappela discrètement sa mémoire.
"Escalier du 77ème" complétèrent quelques maillons de matière grise.
"Ascenseur ouest" s’amusa son bassin incrédule.
"Toilettes de l'Impedimenta" rougirent de nouveau les joues d'Alix.
"C'était pas très classe, d'ailleurs" intervint sa morale avec sarcasme.
"Ponton de la marina" ajouta de nouveau sa mémoire.
"Attends mais pourquoi j'ai l'impression qu'on était dans une chambre ?"
questionnèrent de concert son dos et son flanc qui se souvenait de la chaleur du Caracas lorsqu'elle s'était réveillée en chien de fusil dans ses bras.
"Parce que vous avez fini par revenir à l'hôtel quand les loups-garous vous ont demandé d'aller faire ça ailleurs"
"C'est la honte ! On a été éjecté par des loups-garous ?!"

"OUI !"
hurlèrent tout son corps, toute sa morale et toute sa mémoire "vous aviez tellement bu que vous..."
"Ca va, ça va, j'ai compris pourquoi je me sens aussi gênée. Pas la peine d'en rajouter !"


Alix retira sa main du bras de Sham quand tout lui revint. Il restait quelques moments dont elle était incapable de se rappeler mais elle se souvenait très bien de s'être enfuie sur la pointe des pieds, la jupe à l'envers, les cheveux pas plus en ordre, des bleus partout, une chemise d'homme dans son sac à main, une pièce avec écrit "gallion" dessus, trois femmes de chambre aux fesses qui lui hurlaient quelque chose qu'elle n'avait pas saisi avant de monter presque à poil dans un taxi à vive allure, en... en...

- Je t'ai laissé la note de la suite royale et l'addition du minibar sur les bras Shocked se rappela-t-elle encore plus gênée. Ouillouillouille... et quand je suis rentrée, je me suis rendue compte que ce n'était pas la seule chose que j'avais oubliée...

Alix pressa et cacha sa poitrine contre ses bras. Le chauffeur de taxi en avait eu pour son argent ce matin-là.
Qu'est-ce que le Baratapas avait fait de son soutien gorge depuis ? En plus c'était son préféré.

- J'ai tellement honte d'avoir disparue comme une voleuse... je ne fais jamais ça. Le sexe c'est le sexe. Rien de grave mais là... Pourqu... Je suis vraiment désolée, Essa...

"Essa ?"

Automatisme instinctif encore une fois. Incapable de prononcer entièrement son nom sans se gourer, cette nuit-là, Alix avait résolu d'appeler Sham Alas... Mac... bref, de l'appeler Essa. S.A.: "Oh ouiiii, Esssaaaaaa, encoooore !" Tout et pire lui revenait par petites bribes. Noé n'en avait pas cru ses yeux lorsqu'il l'avait vu revenir dans un état d'ébriété total alors qu'il était à peine huit heures du matin. Alix avait dormi presque 24h après l'épisode Sham.

Rougissements immédiat. Trop vifs la piqûre de rappel et l'image lascive du visage de l'homme qui était en face d'elle, allongé dessous elle sur le pont d'un yacht dans lequel ils s'étaient introduits grâce à la magie du sorcier. D'ailleurs, avec la magie, Alix avait appris qu'on pouvait faire énormément de choses dans le cadre de rapports intimes. Essa s'était montré aussi coquin qu'elle. Lorsqu'elle lui était tombé dessus à minuit, elle n'aurait jamais pensé que sous ses allures introverties se cachait un tel...

"Al ! Reviens sur Terre."
"Oui, oui, certainement."

- Je ne me souviens même plus comment... je... comment je suis rentrée chez moi après t'avoir laissé. Il y avait bien un taxi mais comment je l'ai payé reste un mystère parce que j'ai perdu mon porte monnaie ce soir-là. Quelques jours plus tard, j'ai reçu une amende pour voie de fait, c'est tout ce que je sais...

Comment vas-tu ?
soupira-t-elle timidement pour essayer de dissiper ses rougeurs tenaces.

Alix gênée, Alix qui rougit, Alix qui ne savait pas quoi dire c'était un peu comme un hippopotame qui chanterait la Traviata: amusant, inquiétant et improbable.

Au même instant, les portes de la salle s'ouvrirent dans une sorte de grande déflagration joyeuse: le cri des fans de Lucas. La guichetière devant laquelle il fallait passer pour atteindre la salle demanda à ceux qui étaient à portée de voix et qui n'avaient peut-être pas encore de billet de s'approcher. Il restait dix places qui n'avaient pas été retirées à temps au guichet bien qu'elles furent achetées (comme Alix l'avait fait pour la sienne) sur Internet. La trentenaire qui avait déjà sa place regarda soudain Sham. Ca serait trop bête et deux fois cavalier de sa part de le planter alors qu'elle était allée le chercher. Sans vraiment savoir s'il était disponible, s'il était lui aussi près de la file d'attente dans l'espoir de voir le film ou d'acheter une place, elle leva la main vers la guichetière et doubla deux personnes pour acquérir l'une des places restantes qui partaient comme des petits pains. Au guichet d'à côté deux types étaient même en train de se battre pour avoir la dernière. Un agent de la sécurité vint les séparer mais, derrière eux, quelqu'un poussa. Ce fut comme des dominos et tout le monde se retrouva les quatre fers en l'air devant la porte de la salle et Alix - pour ne pas varier de ses mauvaises habitudes - fut la première à tomber. Sur Sham pour amortir la chute, évidemment.

Dans la cohue et la folie générale, elle sentit soudain qu'on était carrément en train de lui marcher dessus pour passer et entrer dans la salle afin d'avoir les meilleures places assises. Pour le coup, ce fut elle qui protégeait malgré sa petite taille, le grand Essa étendu sous elle, sur le dos. La position étaient moins agréable que quatre mois auparavant, eut égard aux talons qu'on lui enfonçait dans les reins comme si elle était moins qu'un vulgaire tapis de bain.

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MessageSujet: Re: Couchés debouts assis   Dim 1 Mai 2011 - 22:49

- Après tout, le contact humain, c'est ton domaine.

Pas certain qu'Ethan, lorsqu'il m'avait missionné pour entourer l'"évènement" à l'Empire, pensait à ça.
Ma mission pouvait se résumer en quelques mots: faire le pied de grue devant un cinéma moldu, en plein Londres. Mes nerfs optiques étaient chargés du gros du boulot: voir, regarder, observer. Enquêter. Enregistrer un maximum de visages, afin de mettre en place un trombinoscope mental de "Ceux qui en étaient". Si je pouvais capter des bribes de conversation, ou, mieux encore, des noms, ce serait la cerise sur le pudding. Suite du programme des réjouissances? Je passerais alors dans la phase "Pied de grue, Part II". A savoir attendre la fin de la diffusion du film pour récolter le maximum de feedbacks. En me gardant bien de toute intervention. Nous étions en plein territoire Résistant. Pour ce que valait la Résistance en ce mois d'avril 2013.... Une fois la foule éparpillée, retour au bercail pour offrir à Ethan mon rapport, sous forme de filaments argentés. Mes souvenirs. Mes yeux et mes oreilles dans un bocal.

- Après tout, le contact humain, c'est ton domaine.

Non, sûr qu'il ne parlait pas de ça. J'allais devoir faire un sacré tri dans les images que j'allais lui léguer. Coupes franches sur la timeline de ma journée. Mal de crâne en perspective puisque flashes-back d'Alix ondulante, Alix gémissante, Alix exigeante, Alix dominante, Alix impatiente, Alix exultante s'imposaient à ma mémoire et brouillaient mon sens critiques.

La première et dernière fois que ma route avait croisé la route d'Alix Twain, modération nous avait faussé compagnie en cours de soirée, laissant place à tous les débordements. Agréables débordements. Audacieux, éternels, impudiques débordements. Bacchanale de Saint Sylvestre.

Les effluves de son parfum qui venaient chatouiller mes narines n'étaient pas exactement pour m'aider. Et son corps sur le mien donnait encore plus de poids à mes souvenirs. Même situation que quatre mois plus. L'alcool en moins. Les vêtements en plus. Mêmes effets secondaires. Ce qui allait devenir sensiblement gênant.

Mieux que mes piètres tentatives pour me harceler la cervelle d'images de rats (j'avais une sainte horreur des rats, mes parents m'avaient ainsi fait) façon méditation anti-réalité, le pied d'un inconnu dans mon nez vint me remettre les idées en place. Nous étions en plein milieu d'une foule de surexcités, pour qui la première place comptait plus que l'instinct de survie. Les Aurors que j'avais repéré, accompagnés de quelques uns de leurs collègues moldus, tout aussi reconnaissables, tentaient de ramener un semblant de calme. Autant essayer de stopper un tigre à mains nues. Les bras, les jambes et le ventre d'Alix sur moi ne nous protégeraient pas bien longtemps. J'étais bloqué. Oui, mais moi, j'étais un sorcier.

*McBrashen, tu as de ces prises de conscience...*

Mieux valait tard que jamais. Extirper ma baguette de ma poche ne fut pas une mince affaire en soi. Une fois passé l'obstacle du bassin d'Alix que j'avais connu plus souple, il me fallut avant tout prendre garde à ce que ma baguette ne subisse pas le même sort que mon nez. Ce dernier me faisait un mal de chien mais je m'en préoccuperais plus tard. Pour l'instant, nous sortir de là avant de finir dans la rubrique des chiens écrasés. Question gloire, j'avais rêvé mieux qu'un bref encart dans la gazette locale. Je préférais encore être un anonyme.

- Accroche-toi!, glissais-je à l'oreille de la jeune femme avant de pointer le frêle instrument de bois sur nous deux.

Je n'avais pas vraiment le temps de réfléchir, ni celui d'être subtil.

Levicorpus!

Renversement du point de vue. Le monde s'offrait à l'envers et le chaos en-dessous de nous prenait une dimension presque risible, avec toute son agitation soudain abstraite. Je préférais en être spectateur plutôt qu'acteur.
Aux mains qui m'étranglaient à moitié, je jugeais qu'Alix s'était bel et bien accrochée. Je lui jetais un coup d'œil. Au vu de notre posture, j'avais connu plus évident. Je croisais son regard un peu perplexe et indéniablement surpris. Je tentais un sourire, comme s'il était parfaitement naturel pour moi de me retrouver en sa compagnie, suspendu comme des chauve-souris au-dessus d'une masse humaine informe.

Avouons-le. Après la soirée de la Saint Sylvestre, j'avais flirté avec l'idée de la revoir. Elle m'avait laissé juste assez de souvenirs, physiques, pécuniaires et vestimentaires, pour être difficilement oubliable. Mais l'ambivalence n'avait pas tardé à pointer le bout de son nez. J'avais suffisamment expérimenté les retrouvailles, avec les copains d'enfance, une cousine perdue de vue et pour qui j'avais eu mon premier béguin, ou encore le fils du voisin qui avait été mon meilleur ami le temps d'un été avant qu'il ne déménage de l'autre côté de l'Ecosse, pour savoir que la réalité ne faisait pas le poids avec l'image, les sensations et les émotions d'alors. On magnifiait souvent le passé, le vécu, en s'imaginant qu'il resterait à jamais figé et que les connaissances d'hier seraient restées telles quelles. Immuables. Je ne savais pas trop d'où je tenais cette impression, qui était passablement ridicule, puisque, moi, de mon côté, j'avais changé, évolué, grandi et que les autres, pas plus que moi, n'avaient pu demeurer les mêmes.
J'avais donc abandonné l'idée, d'autant plus que j'ignorais comment la contacter, si ce n'était en la croisant à l'Abbaye. Je m'étais convaincu que c'était la meilleure option, qu'on ne pouvait pas se fier à des instants forgés par l'alcool et que, de toute façon, le "bonjour, comment ça va depuis l'autre nuit?" aurait des allures de malaise. J'avais de toute façon fort à faire, en ces débuts de 2013 et l'oubli s'était installé de lui-même.

- Hum... Tout va bien?

Mon dernier mot se déforma dans un gargouillement qui devait tout à un mélange de surprise et de rire. Plus fort que moi. Comme un l'ado que j'avais pu être il y avait longtemps de ça.
Pour faire court, disons qu'Alix Twain aurait dû bannir les jupes de sa garde-robe ce matin.
L'oubli, prôné un peu plus tôt, fut propulsé dans le néant par le galbe de ses jambes.
Je me repris en vitesse et vérifiai qu'elle m'étranglait toujours du mieux qu'elle pouvait et que je pouvais détacher mon bras de sa taille pour rendre un peu de décence à sa silhouette inversée. J'attrapai l'ourlet de sa jupe et le tirai vers le haut, à savoir vers son bas. Les vêtements n'ont jamais été conçu pour lutter contre la pesanteur.

- Dommage qu'on n'ait aucun lycanthrope pour nous rappeler à la décence, pas vrai?

Le sarcasme m'avait échappé mais on n'allait pas non plus se scandaliser d'un peu de peau dévoilée. Il y avait des spectacles plus désagréables. Spectacle qui, de toute façon, échappait totalement au public terre-à-terre. En bas, un semblant d'ordre commençait à regagner les rangs. Les sortilèges efficaces du groupuscule d'Aurors y étaient sans doute pour quelques choses. Les blessés étaient évacués via Mobili Corpus en direction de la sortie tandis que les ouvreuses tentaient de réguler le flot de pressés qui assaillaient l'entrée en salle. Au loin, la symphonie en trois temps des ambulances moldues retentissaient. Les petits cheveux de ma nuque se dressaient tout seuls sur ma peau. Je n'avais jamais compris pourquoi mais les sirènes d'alerte m'avaient toujours foutu le frisson. La sensation n'était pas désagréable.

- Hum... Alors...

Instant d'hésitation. Maintenant que je l'avais sous la main, je pouvais difficilement me contenter d'un "eh bien, c'était un plaisir de te revoir mais j'ai à faire, vois-tu". J'étais tiraillé entre des envies contradictoires. Un embarras léger, une formidable envie de rire et une incapacité chronique à trouver quelque chose de pertinent à dire. Depuis Rachel, j'avais un peu perdu l'habitude.

- Tu tiens vraiment à voir ce film ou je t'offre un thé?

Quitte à foirer ma mission, autant faire ça bien.
Evidemment, ça, c'était avant de comprendre que le liquide chaud et poisseux qui gouttaient de ma narine vers le sol était le sang s'écoulant de mon nez cassé. J'avais toujours eu une sainte horreur des effusions d'hémoglobine. Pour le moins, les miennes. Le sang des autres me laissait indifférent (et c'était un plus, parce qu'une hématophobie, quand on était hôte d'accueil à Ste Mangouste, aurait été vaguement handicapante et contre-indiquée) mais le mien. Je flanchais l'espace d'une seconde. Pas assez pour perdre connaissance, j'avais quand même ma fierté, mais suffisamment pour perdre la prise sur ma baguette et annuler les effets du sortilège. Le problème, c'était qu'en bas, il n'y avait plus grand monde pour amortir notre chute.

*Si elle oublie de se foutre de moi, on sera quitte pour la note de l'hôtel*, décidai-je, quand bien même cette même note m'avait valu des heures supplémentaires à la pelle, et ce, dès le soir même du 1er janvier.
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Alix Twain
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MessageSujet: Re: Couchés debouts assis   Mar 3 Mai 2011 - 1:15



Après l'atterrissage, Alix mit un certain temps pour reprendre ses esprits. Ils étaient de nouveau couchés sur le trottoir. Elle constata après un rapide comptage qu'elle avait tous ses bras et toutes ses jambes, tous les doigts et les doigts de pieds qui allaient avec, ainsi que la tête bien fixée sur les épaules. En l'occurrence, sur l'épaule de Sham.

Elle releva le visage tout doucement. Le choc avait été un peu violent mais le Caracas avait encore une fois joué les amortisseurs. Elle se hissa une tête plus haut, le long de son corps, afin d'atteindre la figure du jeune homme:

- Mais que tu es nul comme sorcier ma parole Surprised murmura-t-elle effarée avant de remarquer que son nez saignait abondamment. En le dévisageant, elle eut un moment de flottement. Il était là, en-dessous, et son visage allongé lui évoquait une affection instantanée malgré la situation clownesque. Ca va devenir une habitude chez nous de saigner du nez dès qu'on se voit, dit-elle en souriant et en se redressant à genoux à côté de lui. Si elle restait sur lui une minute de plus, elle... elle... Alors non. Il fallait qu'elle s'écarte.

Elle agissait avec une attention qu'elle ne se connaissait pas. Elle mettait tellement de précaution et de lenteur dans ses gestes (qui n'en étaient pas moins maladroits) que de loin on aurait dit un Ewok imitant le mime Marceau.

Dans ses souvenirs les plus tristes et ironiquement les derniers qu'elle avait de sa mère, elle se souvenait avoir été plusieurs fois interdite d'entrer dans la chambre d'hôpital de sa mère car tout le monde craignait le pire en sachant Alix à proximité d'une personne intubée. Déjà à l'époque, sa réputation de danger ambulant avait été placardée sur toutes les notices destinées aux internes de l'hôpital : "Attention à la petite Twain. Evitez de la laisser seule avec la malade." La faute au plateau à roulette où étaient entreposées plusieurs seringues chargées d'un vaccin quelconque. Le drame était survenu quand, en passant à portée de la tablette en inox laissée devant l'entrée d'une chambre, le nœud de la ceinture de sa robe s'était coincé dedans. Elle avait d'abord trainée la desserte à roulettes sur plusieurs mètres avant de se rendre compte que sa robe pesait vachement plus lourd qu'avant le dernier virage. Elle s'était retournée pour gronder le plaisantin qui tirait sur sa robe. Une desserte. Ca l'avait fait rire. Elle avait déjà vu faire son père dans une circonstance à peu près similaire. Elle savait comment il fallait s'y prendre. Elle avait tiré un coup bref et sec sur la ceinture de sa robe. L'effet escompté ne fut pas celui qu'elle imaginait. Le geste avait envoyé les trente-neuf seringues de la desserte se planter dans six internes, deux infirmières et un chirurgien qui discutaient non loin. On avait d'abord cru à une attaque terroriste mais ce n'était qu'Alix. 10 ans. Maladroite.

"Tant pis pour la jupe" pensa-t-elle en effaçant le souvenir maudit de sa tête. Alix ramena un coin de sa jupe vers le nez de Sham tandis qu'elle avança à quatre pattes jusqu'à sa tête pour la déposer sur ses cuisses. D'après Noé, il ne fallait pas rester la tête en arrière quand on saignait du nez.

- Il n'y avait pas un sortilège imparable qui aurait pu nous faire disparaitre quelque part, à l'endroit, saints et saufs ? Tu as voulu frimer, avoue... Bah tu frimes presque aussi mal que moi. C'est cool... sauf pour ton nez.

Certes, elle avait un coin de sa jupe dans le pif en sang d'un Sholahamas aux ordres d'un fanatique schizophrène mais cela ne rendait pas moins adorable le blessé. Elle le voyait à l'envers et elle eut soudain la sensation que c'était bien le seul angle sous lequel elle ne l'avait pas encore vu. Elle rougit et ses joues s'offusquèrent une nouvelle fois de toute cette activité injustifiée.

"Au lieu de rougir bêtement, il t'a posé une question, Twain. Thé ou ciné ?"
"Ah oui ! Le film !


Elle écarquilla subitement les yeux.

- Ciné... puis dîner ? Ou plutôt... pansement, ciné puis dîner.

Un silence. Elle voulait qu'il accepte. Elle voulait passer du temps avec lui, ne pas le laisser partir. Elle avait envie de le regarder dans les yeux, sobres, et qu'il lui raconte les morceaux du premier janvier qu'elle avait oublié. Ah ! Non ! Rectification ! Elle n'oserait jamais lui dire qu'elle avait oublié comment ils en étaient arrivés à louer une chambre, pourquoi exactement les lycans les avaient chassé et comment elle était rentrée. En tout cas, elle ne voulait pas qu'il s'en aille. Et dans sa tête, une petite voix maléfique (ou simplement le souvenir de la journée qu'elle avait passé à poireauter devant ces portes closes) lui disait de ne pas lâcher cette histoire de cinéma.

"Dis oui... Essa... pars pas comme ça."

Deux aurors s'approchèrent de leur emplacement au même moment. Ils contrôlaient que tout le monde avançait dans le plus grand calme. Alix, trop habituée à s'attirer tous les ennuis du monde, voulut se relever au plus vite pour montrer aux deux sorciers que tout allait bien au cas où ils commenceraient à trop s'intéresser à eux. Mais le bout de sa chaussure s'empêtra dans sa robe, l'empêchant de se redresser complètement. Le tissu se déchira sur tout sa longueur (woua ! la super jupe fendue à 99£ !) D'abord, coincé et avachie, elle se retrouva soudainement libérée et déséquilibrée. Elle perdit l'équilibre et boom boom badaboom. Dans le pauvre Sham.

- Sham ! je te promets que je ne le fais pas exprès, s'excusa-t-elle terriblement honteuse en retirant son genou du nez du Baratapas. Elle l'aida à se mettre assis et ne vit pas d'autre solution qu'appeler les deux aurors afin de sauver un peu ce qui restait du visage de Sham. Inconsciente de la discrétion que ce dernier aurait peut-être préférer conserver, elle leva la main en leur direction pour essayer d'attirer leur attention. Dissimulés par les nombreuses personnes qui avançaient comme du bétail à l'intérieur du cinéma et qui les voilaient, Alix eut du mal à se faire remarquer d'eux ou ne serait-ce qu'à attirer la pitié des fans de Lucas qui continuaient de marcher comme des zombies. Mais elle ne baissa pas la main.

- Par ici ! Booouuufff, Essa Crying or Very sad, je suis tellement désolée. Je suis désolée, je suis désolée, je suis désolée, couinait-elle en le serrant dans ses bras comme une poupée brisée. Je ne sais pas comment je provoque des catastrophes à répétition comme ça. On m'a ensorcelé à la naissance, je sais pas, il y a forcément une explication... je suis désolée. On fait ce que tu veux, on va où tu veux, tant pis pour le superfilmdelamortquituequej'attendsdepuisdesmoisetquiserapeut-êtreplussurlesécransdemain (You've got mail !). On va à ton hôpital de Sainte Bagouse, si tu veux... dis-moi ce que je dois faire pour que ce nez arrête de saigner... Hé ! Messieurs, par ici, s'il vous plaît ! Il y a un blessé grave du nez !
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MessageSujet: Re: Couchés debouts assis   Mer 25 Mai 2011 - 18:17

Une chose était certaine: si je survivais à cette journée, j'aurais largement payé de ma personne pour étayer la thèse "Le ridicule ne tue pas". J'espérais bien avoir droit à un remerciement quelconque en fin d'ouvrage.

Parce qu'à force de hurler dans tous les sens, Alix finit bel et bien par me trouver du renfort. Une paire Auror-Policeman* pour un simple nez cassé, c'était vraiment le summum de la honte. Certes, dans ce genre de petits accidents quotidiens, la victime perd toujours des quantités de sang ahurissantes (qui croirait que ce petit appendice qui rompt la planéité d'une figure humaine est innervée d'autant de vaisseaux sanguins?). Conclusion: l'anglais moyen est persuadé que vous êtes sous le coup d'une hémorragie dramatique et qu'il faut les urgences, le samu, une armée de secouristes, quinze sortilèges et autant de piqûres pour vous assurer quelques chances de rentabiliser votre espérance de vie. De la part d'Alix, c'était adorable. De la part du duo au masculin qui se pencha sur mon cas (et qui avait indéniablement quelque chose de Laure et Harding, le moldu tout en jambes et visage chevalin, le sorcier rond et patibulaire), un peu moins. Il me fallut un nombre incalculable d'imprécations, de déclarations, d'affirmations, saupoudrés de quelques menaces pour qu'ils finissent par me lâcher et partent s'occuper de cas plus graves que le mien. Entre temps, nous fûmes les spectateurs d'un véritable numéro comique, où sorcier et moldu surenchérissaient l'un sur l'autre et tenaient bien évidemment à prouver sa valeur au regard de son collègue. Il fallait m'amener de toute urgence au poste de soin le plus proche. Évidemment que non, il ne fallait surtout pas me déplacer, m'éviter tout mouvement sans examen préalable. Que nenni! De toute façon, un petit sortilège suffirait à me remettre les idées en place et me permettre de répondre à quelques questions! Quelles questions? Il ne voyait pas que j'étais aux portes de la mort et que je n'avais pas toutes mes facultés cognitives? Mais pas du tout, regarde, collègue, cette flamme au fond de ses yeux, on dirait presque qu'il sourit. Ah? Je souriais? N'étais-je pas en train de me moquer d'eux? Vraiment, monsieur, vous vous moquez? Mais non, et puis, tout ce sang... j'étais très certainement en train de perdre connaissance et mes lèvres qui s'étiraient n'était qu'un ultime rictus avant l'inconscience.

Et bla, et bla, et bla.

La situation aurait vraiment été grave, j'aurais eu le temps de mourir une bonne demi-douzaine de fois.
Au temps pour l'efficacité de nos héros modernes...

Mais l'orgueil était une chose fragile et, pour m'éviter les embarras d'un interrogatoire en règle que m'aurait peut-être attiré un excès de provocation ou de dénégation, je finis par accepter qu'ils fassent quelque chose. Je dus presque expliquer à monsieur l'Auror quel sortilège serait le plus efficace pour arrêter ma micro-hémorragie. Un Auror... On aura beau dire, trois ans d'études post-ASPICs vous apprenaient sans doute des tonnes de choses intéressantes pour sauver le monde mais quand on n'était pas capable d'empêcher deux pauvres narines de saigner... D'accord, d'accord, mettez ceci sur le compte d'un complexe d'infériorité. Moi, je devais me contenter d'indiquer Pathologie des sortilèges : 3ème étage et de suivre mes instructions à la lettre quand j'étais en mission, pendant que d'autres, par la grâce de neurones bien formatées, portaient secours à la communauté en danger. Il n'empêchait que je dus lui souffler un Episkey pour qu'il arrête de me pointer la baguette dessus et que lui et son acolyte s'éloignent enfin, avec la satisfaction du devoir accompli.
Juste avant son départ, Laure, le Moldu déguingandé, m'avait remis «mon» ticket d'entrée en m'adjurant de ne pas l'éparpiller une deuxième fois.

Voilà qui parait bien à la situation.
La respiration plus aisée maintenant que mes narines étaient dégagées et que j'avais pu retrouver une position assise, un peu plus digne, un sourire me chatouilla la gorge.
J'agitai le billet sous les yeux d'Alix:

- Allons donc le voir, ce filmdelamortquituesupermégatropbien. Mais avant...

Coup d'œil rapide à nos tenues. Nous n'étions pas exactement présentables dans nos vêtements repeints en incarnat. Et vaguement déchiré, dans son cas à elle. Pour la déchirure, je ne pouvais pas faire grande chose. Pour les taches d'hémoglobine, par contre...

Maintenant retrouvée la solitude relative au milieu d'une foule qui s'éparpillait, j'hésitais l'espace de deux secondes. C'était toujours dans ce genre de situation que j'avais la réflexion à la dérive. Dernière invention en date? La tentation de proposer ma baguette à Alix pour qu'elle tente un peu de magie sur moi. Eh quoi? Tout le monde s'était un jour posé la question de savoir si les Moldus ne possédaient pas quelques pouvoirs, mais trop faibles ou trop latents pour être vraiment rentables. Peut-être pas tout le monde mais moi, si. Après tout, même chez la population non-magiques, il y avait quelques étrangetés. En deuxième année, j'avais planché sur les guérisseurs et les médiums, ces gens qui étaient capables de guérir les autres par simple imposition des mains ou qui pouvaient entrer en contact avec les morts (nos fantômes?). Quelque part, il y avait bien quelque chose qui nous échappait, à nous autres sorciers, quand nous nous targuions de posséder une magie dont les Moldus étaient privés. Anomalies génétiques ou simples divergences de parcours, il semblait toutefois que nos concitoyens possédaient un potentiel à l'extraordinaire. Différent du notre et...

*McBrashen, plus tard les dérives réflectionnelles....*

Je me secouais mentalement et, donc, non, pas d'expérimentation avec la magie latente d'Alix. Un rapide sortilège dans sa direction, dans la mienne, Tergeo et le tour était joué. Je lui proposais mon bras, incertain de savoir si mon geste était une galanterie désuète ou une assurance que je prenais de ne pas la voir s'affaler sur le premier innocent venu.

Je préférai m'en réserver le privilège.

Il n'empêchait... Alix était carrément plus fréquentable quand elle avait 8 grammes dans le sang. Peut-être devrais-je la faire boire pour être certain que nous sortirions vivants de la séance de projection (qui savait ce qui pouvait se produire, au beau milieu de fans hystériques, dans l'obscurité d'un cinéma moldu avec malchance comme partenaire de jeu? Un éternuement mal placé réveillant un spot mal accroché? Une soudaine faille sismique secouée par un coup de talon au plancher? )... mais j'avais paradoxalement l'envie de la connaître sobre. Parce que, oui, évidemment, avec ou sans place, je l'aurais accompagnée voir ce foutu film. D'accord, j'étais finalement bien curieux d'assister au phénomène de l'intérieur. D'accord, comme tout le monde, je me posais quand même des questions sur qui était vraiment Antarès. D'accord, c'était un moyen comme un autre de rattraper ma mission qui commençait à filer un mauvais coton. D'accord, ma sœur m'avait bien formaté, pendant une quinzaine d'année, pour me rendre incapable de refuser quoi que ce soit à une fille, d'autant plus si elle garnissait sa prière d'un "s'il-te-plaît", d'un sourire ou de tellement de "je suis désolée" que je pouvais en commencer collection. D'accord, à partir du moment où elle en appelait à moi en me servant du Essa, elle aurait bien pu me demander de prendre d'assaut l'Empire Theater pour une séance particulière... D'accord, j'exagérai un peu.
J'étais tout simplement bien incapable de lui tourner le dos maintenant. Pas à une fille appelait mon lieu de travail "Sainte Bagouse".

Elle sembla hésiter un quart de seconde avant de poser sa main sur mon bras comme si elle croyait vraiment que j'allais partir en courant.
Et non, je n'allais pas reculer au premier faux pas. Au deuxième non plus. Enfin, tant qu'elle évitait mon nez. J'en avais encore l'utilité.

Au final, nous étions un peu empruntés quand nous pénétrâmes dans la salle de projection. Nouvelle aventure de la jungle urbaine: se frayer un chemin au milieu de l'agitation et débusquer deux places. De préférence autres que diamétralement opposées. Quelques années plus tôt, il m'aurait suffi d'un petit sortilège de confusion sur Moldus innocents pour obtenir gain de cause mais, désormais, nous étions un grand peuple mélangé et reconnaître les uns des autres n'était, parfois, pas une mince affaire.
Et, puisque nous étions les deux derniers spectateurs à rejoindre le rang des impatients, il nous restait donc une place tout devant et une autre au fin fond de la salle à nous partager. Direction le fin fond, une petite tonne d'arguments au bord des lèvres.

- Madame, monsieur...

A peine ai-je eu droit à un soupçon de regard avant que ces deux-là ne retournent à leur conversation.
Tentative numéro deux:

- Excusez-moi?
- Quoi?
- Est-ce que vous accepteriez de vous décaler d'une toute petite place?
- Hum... et pourquoi ça? Vous êtes deux et...
- Justement, je...
De toute façon, vous n'allez pas faire apparaître un siège supplémentaire comme par magie...
, asséna monsieur, sous-entendant que la conversation était close.

En déduire que j'avais une tête de Moldu...
Enfin, j'imagine que ça n'était pas le genre de choses qui s'écrivait noir sur blanc sur le front de quelqu'un. A moins d'avoir une baguette à la main ou de sortir sa robe de sorcier, nous avions tous deux bras, deux jambes, un nez (parfois un peu malmené par des jeunes femmes blondes maladroites), deux yeux, et caetera.

- En fait, si., le contrai-je, exhibant ma baguette et leur arrachant, par là même, à tous deux, un air horrifié. Quelques mouvements du poignet, deux-trois incantations en latin et un petit siège, qui valait bien le dernier des strapontins, apparaissait à la gauche de madame, tout en bout de la rangée. Je voudrais juste m'asseoir avec mon amie., conclus-je, espérant les attendrir un peu.

Pas sûr que l'appellation d'amie soit le terme le plus approprié mais je n'allais pas me lancer dans de longues explications bancales pour le compte d'inconnus.
Sans plus discuter, ils se décalèrent obligeamment. J'exécutais un rapide moulinet du bras pour indiquer la place désormais vacante à Alix, tandis que je m'asseyais sur mon siège de fortune. Je cillais brièvement de la voir traverser sans encombre le siège que je venais de créer de quelques sortilèges. Oui, traverser. Comme ça. Comme s'il n'existait pas. pourtant, quand je m'assis dessus, vaguement sceptique, mon strapontin avait toute la consistance du monde pour soutenir mon poids. Je ne dis rien mais nes neurones s'emballèrent pour expliquer le phénomène inexplicable. La conclusion à cette méditation express fut une trop grande fatigue. Il me faudrait un peu de repos, très certainement. Voilà. Une petite cure de calme que je me prescrivais pour dès que j'aurais un peu de temps à m'accorder. C'est-à-dire, pas demain la veille. passons.

Par la suite, notre couple de voisins essayèrent sans doute d'être discrets, ou peut-être leurs chuchotements à voix haute m'étaient vraiment destinés, mais je les entendais maugréer quelque chose à propos de laisser les cinémas normaux aux gens normaux et si on se mettait à se mélanger ainsi, où allait le monde. Si je les entendais, Alix, qui était assise juste à côté d'eux, pouvait les entendre aussi. Quant à savoir ce qu'elle en pensait. Etait-elle de ceux qui nous percevaient comme l'engeance d'un démon quelconque? J'en doutais. Je me souvenais plutôt de ses rires face à ma magie mais ma mémoire était trouble et l'alcool rendait euphorique et tolérant.

- Alors, comme ça, on t'a ensorcelée à la naissance?

Bien. J'avais deux heures vingt de film, pour réviser mon manuel de conversation et trouver de quoi alimenter la discussion sans passer soit pour un troll, soit pour un troll au carré. La situation commençait à virer un peu trop surréaliste à mon goût. Tant que nous étions aspergés par mon hémoglobine, il était facile de trouver tout et n'importe quoi à lancer sur le tapis. Mais, désormais que nous étions revenus à quelque chose de plus normal... Je n'allais quand même pas lui demander "Tu voulais du pop-corn?".

La salle commençait à s'obscurcir et les "shhhhhhhhhh" à s'élever de toute part. Il nous restait encore les bandes-annonces pour échanger quelques mots. Alors que le noir se faisait, c'était comme si son bras qui frôlait le mien sur l'accoudoir gagnait en chaleur, en importance, focalisant mon attention. Je n'avais plus grand chose sur quoi fixer mon attention pour éviter que mes pensées ne partent à la dérive. Je sentais son parfum mieux encore que quand je l'avais eu sous le nez et une chose en entraînant une autre, ce furent les souvenirs de ce soir-là qui refirent surface avec plus de force. Ceux que j'avais oublié, bien entendu. Ceux, à tout hasard, mettaient en scène un pied cambré, une bouteille de whiskey pur feu et une foultitude de possibilité qu'il fallait bien expérimenter. Pour le bien de la science, évidemment.
La séance allait être longue.

- Hem... Donc, euh...

Très très longue.

- Après le film, on devrait...

... filer à l'anglaise. Pas le temps de finir. La vieille dame qui était aussi ma voisine de derrière m'avait asséné un coup de canne sur le crâne. J'avais l'impression de faire un saut de quinze ans en arrière, quand, en troisième année, l'antiquité qui nous servait de professeure de Sortilèges punissait notre inattention d'un maléfice du Klouélbek des plus redoutable.

Pourquoi filer à l'anglaise? Parce que je n'étais sûrement pas le seul partisan dépêché sur les lieux et qu'on était typiquement au bon endroit et au bon moment pour assister à un attentat de premier ordre. Parano, moi? Si peu.

- Hem hem, continuai-je malgré tout, en baissant d'un ton. Après le film, je te montrerai comment on s'esquive à la sorcière.

Fanfarron? Moi? Si peu aussi.



* il se trouvait, par un effet indépendant de toute volonté, que le deuxième Auror était un véritable Moldu. You've got mail too.

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