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 To tame or to be tamed

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Willem Wyndham
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MessageSujet: To tame or to be tamed   Jeu 24 Mar - 20:18

Mercredi 26 octobre
Bureau du Pr. W. Wyndham

Les rendez-vous suivant ce premier tête-à-tête perdirent certes un peu de leur houle mais se déroulèrent dans un climat de tension non négligeable. Wyndham était parfaitement conscient, lorsqu'arriva le mercredi 12 octobre, puis le vendredi et le mercredi d'après, d'être encore sous le coup de l'examen d'inspection préparatoire. En silence et sous couvert de politesse, ils se jaugeaient mutuellement, sans dériver dans les esclandres de cette première fois. Les mots étaient mesurés et les gestes prudents. Sans doute n'aurait-il pas supporté de suivre le rythme de leur entretien initial. Quatre heures par semaine de défis, de harangues et de provocations se seraient vite révélés épuisants, surtout à compter qu'il avait, en parallèle, toute une tripotée d'étudiants à gérer au sein de ses propres cours. Et sans compter le contexte qui ne se prêtait pas exactement à la détente. Pas plus tard que la semaine passée, c'était Marrek Trevedik qui avait tout bonnement disparu de la circulation, laissant femme et enfants macérer dans la peur et les larmes. Trevedik, pourtant réputé pour sa prudence et sa neutralité, s'était peut-être tout simplement retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Le Gallois en gardait le souvenir d'un petit homme trapu à la moustache hésitante. Ils avaient brièvement collaboré en 2008, alors qu'une attaque avait été menée par un lobby anti-Moldu en plein Gloucester. Il avait fallu maîtriser et capturer la petite dizaine de quintapeds parachutés en plein centre commercial, puis effacer la mémoire de tous les témoins et trouver des explications plausibles pour justifier dégâts et victimes. Du travail comme le Ministère seul en raffolait. Membre du département des catastrophes Magiques, Trevedik s'était retrouvé enrôlé dans l'opération... Les temps étaient pourtant plus simples, alors, quand la population était simplement clivée entre ceux qui possédaient des pouvoirs magiques et ceux qui en étaient dépourvus. Ils se cachaient peut-être de leurs contemporains, mais les sorciers pouvaient prétendre à un bonheur relatif. Ou, du moins, à une certaine tranquillité...

Il était rare, pourtant, que Wyndham s'égare en pensées personnelles au cours de ces leçons particulières.
Il lui avait fallu deux semaines pour faire le point sur le cas Leroy et l'étendue du travail qu'ils allaient devoir fournir afin de pouvoir la présenter au diplôme au terme de son cursus. Et Wyndham ne pouvait s'empêcher de penser, qu'en dépit de ses prétentions, sa jeune élève n'y avait pas vraiment mis du sien. Le ton était demeuré froid et distant, les propos mesuré et pourtant, on sentait l'animosité poindre à tout moment. Pourtant, l'une n'avait jamais tenté d'exprimer ouvertement sa révolte tandis que l'autre gardait pour lui son point de vue sur la jeunesse britannique.

Définitivement, les rapports humains n'étaient pas du goût de l'enseignant. Mais on ne lui demandait pas son avis. Son compte à la Banque Gringotts était crédité chaque mois d'une somme pas si rondelette en échange de ses bons et loyaux services.

Le défaut principal qu'il pouvait trouver à l'élève Leroy était ses choix d'orientation. Avec un diplôme en Recherche et Application des Sortilèges comme ligne de mire, cela laissait très peu d'espace pour ses propres prédilections. A savoir les Sciences des Créatures Magiques et de la Recherche Anthropomagique. Comme compensation à ses efforts, il avait réussi à caser quelques leçons de rattrapage sur le sujet, entre deux séances de Stratégie des Sortilèges et de Métamorphose Avancée. Ils fonctionnaient ainsi par cycle d'une semaine, consacré à l'une ou l'autre des matières. Pour ce faire, Wyndham veillait parfois jusqu'au matin, le nez penché sur d'antiques grimoires qui n'avaient pas été dépoussiérés depuis une éternité. Il mettait ainsi un point d'honneur à maîtriser l'ensemble de leurs sujets d'études sur le bout des doigts, quitte à se fendre d'une politesse et d'une sociabilité de rigueur en rendant visite à l'un ou l'autre de ses collègues, en quête d'informations supplémentaires. Ainsi dut-il côtoyer à quelques reprises l'oisif Saint John.
Sans opinion.

L'heure n'était pas au verdict puisque s'annonçait la première séance motivante de l'année. Un petit quelque chose dans son domaine. L'œil plus vif que de coutume, le Gallois peinait à conserver son flegme et son indifférence habituels tandis que l’aiguille des minutes se rapprochaient furtivement du nombre douze. Bien qu'il ait passé la moitié de sa vie au milieu des créatures magiques, Wyndham n'en perdait pas son engouement pour les Créatures Magiques. Et la perspective d'une soirée dans un domaine familier avait de quoi en réjouir plus d'un. Tout en distance et en froideur, bien évidemment. Il n'empêchait... l'étude des sources magiques centauriennes était nettement plus stimulante qu'un banal cours sur la magie rouge.


Spoiler:
 


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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: To tame or to be tamed   Dim 27 Mar - 18:59

C’était déjà son troisième ou quatrième cours avec le professeur Wyndham, et Loevi ne faisait aucun effort pour dissimuler l’ennui qui la tenaillait depuis la première heure passée ensemble après leur combat inégal, le jour de la rentrée - événement auquel elle préférait ne pas penser, tant elle s’y était humiliée. A moitié avachie sur sa table, le menton posé au creux de la main et le regard blasé posé sur cet insupportable personnage, elle prenait ses notes d’une main distraite, transformant son parchemin en amas de signes noircis et parfaitement illisibles. Des gribouillages. Une ou deux fois, elle avait laissé échapper un ostensible bâillement, mais ça n’avait pas paru déranger le professeur qui s’était lancé dans un discours passionné concernant... les centaures, si elle avait bien écouté l’intitulé de la session. Cela ne la surprit même pas, d’abord parce qu’elle n’était pas d’humeur à être surprise, ensuite parce qu’elle connaissait déjà un peu l’hurluberlu. Parlez-lui de créatures magiques, plus rien n’existe alors dans son esprit.

Un véritable cas.

Sans stopper le grattement incessant de sa plume, qui griffonnait de grands traits au milieu de sa page, menaçant de déchirer le parchemin humidifié, elle tourna le regard vers la fenêtre. La nuit tombait. Au secours. S’il continuait comme ça encore longtemps, elle n’allait pas pouvoir se retenir plus longtemps avant de lui exploser à la figure comme le pétard mouillé qu’il la soupçonnait d’être. Elle avait fait des efforts pour ne pas répéter le cirque infernal de leur première rencontre, et ça avait plutôt bien marché... mais sa patience avait des limites, ces dernières années. Et il les testait dangereusement.


-J’ai une question, prof, lança-t-elle soudain d’une voix lassée teintée de sarcasmes, le coupant en plein milieu d’une phrase. Pas que vous m’ennuyiez avec vos créatures et tout le tintouin, mais quand est-ce qu’on passe aux choses sérieuses ?

Elle connaissait tout ça, tous ces aspects théoriques et toutes ces connaissances qu’elle avait passé tant d’années à apprendre rageusement en espérant compenser ses lacunes en matière de magie. Elle n’était pas là pour ça, son intellect allait très bien, merci pour elle. Visiblement, il n’avait pas encore compris son véritable rôle dans l’éducation - et dans la vie - de la jeune fille.

-Avez-vous l’intention de me faire user de la baguette ou considérez-vous que c’est trop dangereux de me laisser toucher à la magie ? Non, c’est à dire que vous êtes là pour ça, pour m’apprendre à m’en servir, vous savez ? C’est pour ça que je vous paye, désolée pour vos bestioles.

Elle n’était pas désolée pour deux Noises, bien sûr, et ils le savaient tous les deux. Elle le forçait à sortir de ses chemins de prédilection mais, si elle avait pu choisir, ce n’était certainement pas lui qu’elle aurait choisi comme professeur particulier, pour diverses raisons - et pas seulement parce qu’elle n’arrivait pas à l’apprécier, ce qui était bien le cadet de ses soucis. Malheureusement, ni l’un ni l’autre n’avait eu le choix. Elle dépensait beaucoup pour avoir ce privilège mais, apparemment, ça n’était jamais assez.

Quoi qu'il en soit, elle ne pouvait pas se permettre beaucoup plus de délai. Elle avait une cousine à retrouver, à sauver, et un talent magique détraqué à reconstruire. Et elle ne pouvait pas dire qu'Anderson avait été tellement efficace à l'y aider. Jusque-là, Wyndham non plus.


~¤~

Vendredi 4 juin 2010
Bureau du Pr A. Anderson


-Non ! Non ! Arrêtez ! ARRÊTEZ !

Le flux magique, incontrôlable, tourbillonna violemment durant encore quelques secondes, envoyant valser livres et objets à travers la pièce, avant d'aller s'écraser contre un mur où il s'évapora, laissant la jeune fille chancelante et hors d'haleine. Elle avait cru que la reprise de contrôle de ses pouvoirs, maintenant que son foutu tatouage inhibiteur de magie avait été désactivé, serait une simple formalité, mais après deux ans de misère, elle devait bien se rendre à l'évidence : obtenir la maîtrise complète et stable de ses pouvoirs allait lui demander beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps. Bien plus que celui dont elle disposait.

Et avec les conseils malavisés de cet abruti de vieux bonhomme sénile, elle n'était pas tirée d'affaire. A croire que quelqu'un soudoyait l'école dans son dos, et plus cher qu'elle, pour lui coller des gens incompétents dans les pattes. Ce qui n'était pas impossible - n'est-ce pas, monsieur Leroy ?


-Mais que faites-vous ? Que faites-vous ? s'égosillait Anderson d'une voix suraigue, saisi d'une panique hystérique. Vous allez finir par nous tuer ! Vous, moi, et tout le reste de l'école ! Vous êtes complètement folle !

-Si vous commenciez par m'expliquer comment m'y prendre ! répliqua Loevi en tachant de calmer le rythme erratique de sa respiration et des battements de son cœur. Vous ne faites que me dire... que je fais n'importe quoi ! ... Vous êtes un prof ou pas ? Bouse... lâcha-t-elle finalement en se pliant en deux, le souffle court, comme une coureuse à la fin de son jogging.

Ça faisait peut-être deux ans qu'elle s'entraînait, mais elle n'arrivait toujours pas à doser convenablement sa magie, pas après avoir dû passer toute son existence soit à forcer sur ses limites pour en extirper un mince filet tout juste utilisable, soit à tenter de retenir en vain une explosion littérale d'énergie parfaitement indomptable. Le juste équilibre, elle ne connaissait pas. Et Anderson n'avait pas l'air de savoir comment le lui enseigner. Ce n'était qu'un exemple de son incompétence notoire à remplir la tâche qui était la sienne.

Ereintée, lassée, elle se laissa tomber au sol, les yeux fermés. Elle sentit plus qu'elle ne vit ou n'entendit l'étincelle de magie qui crépita autour de sa tête, lui hérissant les cheveux et les poils sur les bras du vieux professeur qui bondit de frayeur. Elle avait encore du jus, et elle devait maintenir son état de concentration au maximum de ses capacités pour retenir le flux qui tentait encore d'échapper à son faible contrôle. Autant dire que la barrière les séparant de la catastrophe était mince.


-Vous êtes dangereuse, miss Leroy, murmura Anderson, si bas qu'elle faillit ne pas l'entendre - mais dans cet état de fatigue extrême, et avec ces grésillements magnétiques qui lui grisaient la peau, ses sens étaient comme intensifiés. Une créature aussi dangereuse que vous ne devrait pas être autorisée à vivre...


~~~

L'histoire ne raconte pas quelle fut la réaction de la créature en question.

Mais il est sans doute assez aisé de le deviner, quand on en connaît la conséquence...
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Willem Wyndham
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MessageSujet: Re: To tame or to be tamed   Ven 1 Avr - 15:52

Wyndham retint une réplique acerbe qui avait menacé de venir perturber son flegme coutumier. Si tout était façade, il se devait de rester le plus neutre, le plus sobre.
Le payer, lui? L'argent n'avait jamais été sa priorité, auquel cas il occuperait certainement un poste plus haut placé qu'enseignant, fut-ce dans une des Universités les mieux cotées d'Europe. L'aspect pécuniaire des choses n'entrait que très peu en ligne de compte mais la voir s'en servir comme d'un argument pour promouvoir ses petits désirs agaçait le Gallois. Jusqu'à preuve du contraire, il lui dispensait des cours particuliers à titre quasiment gracieux, si on négligeait la somme ridicule qui ajoutait quelques dizaines de gallions à son salaire mensuel. Il n'en dit rien, pourtant. Moins par contrôle de lui-même alors que l'envie de lui clouer le bec la tenaillait que par lassitude anticipée face à une discussion qui ne manquerait pas de dégénérer.

Sans sourciller, il termina donc son laïus sur les influences présumées des astres sur la magie centaurienne avant de se tourner véritablement vers la jeune femme.

- Elève Leroy, j'ai été engagé pour vous donner des cours particuliers. Si le programme ne vous convient pas, plaignez-vous à la direction et vous m'éviterez la peine de voir deux soirées de chacune de mes semaines gâchées en vain.

Le ton était à peine plus abrupt que d'ordinaire.
Il n'aimait pas être remis à sa place. Ne supportait même pas que l'on puisse tenter de le faire.
Il avait toujours mené sa carrière et ses cours en fonction de sa propre conscience et n'admettait pas que quiconque, en particulier quelqu'un qui avait plus besoin de lui qu'il n'avait besoin d'elle, remette en cause la façon dont il gérait les choses.

- Je fais donc ce pour quoi j'étais engagé. Je donne des cours. Et toute séance pratique est introduite par de la théorie. Que cela vous plaise ou non.

A moins qu'elle lui fournisse la preuve exacte autant qu'exhaustive qu'elle maîtrisait l'entierté des sujets abordés, il continuerait très certainement selon le même modèle. Cours magistral pour public solitaire suivi d'exercices pratiques pour mono-élève.
W. persista donc et termina le cours en question sans prêter la moindre attention aux sautes d'humeur de mademoiselle son élève. Il avait cette faculté, plus innée qu'acquise, de faire abstraction de tout ce qui l'entourait pour se concentrer pleinement sur ce qui l'occupait. C'était la raison pour laquelle il était si efficace sur le terrain, ne se laissant jamais distraire par les éléments annexes à l'objectif qu'il s'était fixé. Et si cela constituait également un handicap dans certains cas, il compensait ce léger défaut par autant d'entêtement et de persévérance qu'il avait en réserve. Cela n'était pas sans agacer ceux qui pouvaient le côtoyer. Qui devaient alors faire avec. Ou alors faire sans lui.

Ce soir-là, il fallut longtemps à l'élève Leroy pour décolérer et montrer un investissement réel dans l'exercice qui fut le sien.
En plein cœur de la forêt interdite, Wyndham l'emmena à la rencontre des centaures, avec l'espoir qu'elle serait assez futée pour les considérer, non pas comme un sujet d'études, mais comme des êtres à part entière, dont l'intelligence n'avait rien à envier à la sienne. Il s'agissait, principalement, de mettre en comparaison les deux formes de magie, humaine et centaurienne. Le but n'en était pas de déterminer la suprématie de l'une sur l'autre mais de constater que, toutes différentes qu'elles soient, elles avaient également bien des similitudes et surtout pouvaient compléter chacune les faiblesses ou les manquements de l'autre.

Wyndham avait pour cela organisé un meeting avec deux centaures de sa connaissance, moins réfractaires que la plupart de leurs semblables au contact avec les humains. Le principe de l'exercice s'était révélé d'une simplicité enfantine. L'élève Leroy faisait équipe avec le plus âgé des deux centaures, nommé Lamos tandis que Wyndham lui-même se retrouvait en binôme avec une jeune femelle du nom de Zania. Sans pour autant mener un concours sur l'équipe la plus efficace, ils s'attachèrent tous à combiner leur magie pour parvenir à former un duo véritable qui s'entraidait.

Les premiers essais furent un fiasco véritable tandis que la soirée se faisait plus vieille. L'énervement ne semblait pas vouloir quitter l'étudiante quand la fatigue prit la relève. Elle maintint malgré tous ses efforts jusqu'au moment où l'enseignant déclara forfait et proposa de reporter la suite de l'exercice à la séance du 2 novembre. Le rendez-vous fut donné à la lisière de la Forêt Interdite. La motivation était indispensable et la bonne humeur souhaitable, bien qu’optionnelle.


Samedi 29 octobre
Forêt Interdite

Nonchalant et affichant un air détaché et distant comme à son habitude, Wyndham attendait aux abords de la Cabane d'Hagrid. Il y avait encore un bon quart d'heure avant que quiconque puisse commencer à prétendre au retard et il s'interrogeait sur l'attitude qu'aurait Leroy. Oserait-elle pointer avec un peu d'avance pour entamer la discussion, poser quelques questions? Ou le provoquerait-elle en affichant un mépris délibéré pour les horaires? Si elle avait suffisamment écouté ses propres cours, elle saurait que les centaures ne s'arrêtaient jamais à des détails aussi désespérément terre-à-terre que les avances et les retards. Pour eux, le destin du monde se jouait à plus grande échelle. Ce qui n'était pas écrit dans les étoiles n'était pas sujet à préoccupation. Et si des curieux pouvaient les trouver étonnamment impliqués dans la guerre en cours, il s'agissait là d'une exception tout à fait inhabituelle.


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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: To tame or to be tamed   Jeu 7 Avr - 19:49

Ça n'était pas de sa faute. Ça n'était absolument pas de sa faute. Après le fiasco sans nom de son dernier cours particulier et la profusion de réflexions mal venues de certains de ses professeurs officiels, Loevi avait éprouvé beaucoup de difficultés à trouver le sommeil. Elle avait tourné ses échecs en boucle dans sa tête, cherchant les failles et les erreurs avec un acharnement proche de l'obsession. Elle voulait comprendre. Comprendre pourquoi sa magie continuait à lui échapper, encore et encore, alors que la source de toute cette instabilité avait été supprimée des mois, des années plus tôt. Mais la réponse, elle aussi, continuait à lui échapper.

Elle ne s'était pas réveillée. Ou plutôt, elle n'était parvenue à s'endormir, d'un sommeil des plus agités, qu'au moment où l'aube pointait son nez à l'horizon, et le manque de sommeil avait fait le reste. Bien sûr, elle n'ignorait pas que les centaures étaient capables de l'attendre des heures durant, plongés dans leur étude du ciel en oubliant, peut-être, qu'une insignifiante humaine devait leur rendre visite. En tout cas, ils se fichaient bien de notions telles que la ponctualité.

Ça ne serait pas le cas de Willem Wyndham.

Elle avait eu son lot de sarcasmes désobligeants, et elle savait qu'elle allait encore devoir essuyer les remarques acerbes de son nouveau professeur particulier, qui semblait prendre un malin plaisir à lui clouer le bec dès que l'occasion s'en présentait. A se demander s'il n'avait pas des tendances suicidaires - ou s'il se croyait vraiment au-dessus de tout. Si la jeune fille n'avait pas eu désespérément besoin d'un professeur au caractère fort et déterminé, elle aurait déjà fait en sorte qu'il soit remplacé. Elle le détestait depuis la première seconde... Elle n'avait jamais espéré apprécier le remplaçant d'Anderson, mais elle craignait qu'une haine ou un mépris affichés ne la freine dans son apprentissage. Elle avait déjà donné.

Cet homme avait juste de la chance. Enormément de chance. Elle s'étonnait encore de ne pas avoir rugi de colère après qu'il lui ait fixé son cours suivant un samedi... gâchant ainsi le temps précieux qu'elle consacrait à la recherche intensive de la seule personne au monde qui avait de l'importance pour elle. Non seulement elle n'avait rien dit, mais après des heures de délibérations intérieures, temps qu'elle n'avait pas réellement à disposition, elle avait finalement décidé de s'y rendre, envers et contre elle-même. Ce n'était pas pour lui. C'était pour ces centaures qui au final ne valaient pas mieux que lui, question indifférence. Il allait la rendre folle.


-Désolée pour le retard ! lâcha-t-elle tout à fait machinalement en arrivant près de la cabane du Garde-chasse, aux abords de cette maudite Forêt Interdite.

Elle aurait voulu ravaler ses paroles mais Wyndham se contenta de hausser un sourcil avec ce flegme détestable qu'il affichait toujours, et Loevi lui rendit un froncement de sourcils agacé. Foutu bonhomme ! Il ne pouvait pas agir normalement, pour une fois ? Non, c'était sûrement trop lui demander.


-Ils sont déjà arrivés, ou est-ce qu'on doit s'attendre à ce qu'ils nous aient oubliés entre deux étoiles ? lança-t-elle avec un soupçon d'irritation. Un soupçon, seulement.

-Nous sommes ici, humaine, déclara en réponse la voix de stentor de Lamos, tandis qu'il émergeait de la forêt en compagnie de la jeune Zania. Entre deux prévisions universelles, les étoiles nous ont rappelé votre présence en ces lieux.

Contre toute attente, le visage de Loevi vira au rouge tandis qu'elle se mettait à bredouiller des excuses incompréhensibles en direction des deux centaures, plus gênée qu'elle ne l'avait été depuis des années. Voilà où la conduisait son mépris pour le professeur Wyndham ! Elle avait voulu le faire tiquer, pas offenser les centaures ! Mais heureusement, chose rare pour un centaure, Lamos possédait un sens de l'humour bien affûté, quoique très particulier et pas toujours évident à déceler. Elle venait donc de se faire charrier par un centaure. Improbable. Mythique.

¤¤¤


Aux dernières heures de la matinée, le petit coin de forêt où s'étaient rassemblés humains et centaures résonnait d'un étrange écho ; le sifflement ininterrompu d'un grand ouragan qui tourbillonnait au centre de la clairière, seul rempart contre les maladresses incontrôlables de la sorcière. Le principe, simplissime, était d'apprendre à mêler magie des Hommes et magie des centaures, mais encore aurait-il fallu pour cela que la jeune fille soit capable de lancer un simple sort sans menacer d'embraser la végétation alentours au moindre mouvement de baguette.

Lamos faisait preuve d'une patience sans limite qui mettait Loevi presque aussi mal à l'aise que le regard imperturbable de son professeur, de l'autre côté de la barrière invisible des vents circulaires. Assis sur un rocher en lisière de forêt en compagnie de Zania, il observait sans un mot, sans même un cillement, les efforts désespérés de son élève pour combattre sa malheureuse condition. Elle détestait la sensation de ses yeux inexpressifs posés sur elle. Elle détestait la seule idée de le savoir là, si proche, remarquant chacune de ses faiblesses, ses méthodes anarchiques et... la fureur qu'elle ne parvenait pas à dissimuler au plus profond d'elle-même. Il la jugeait, en silence, dans le secret de cet esprit impénétrable. Il la jugeait. Point.

Il avait essayé de la guider, au début, professionnel jusqu'aux tréfonds de sa conscience, mais elle avait refusé de l'écouter, trop fière et trop honteuse à la fois pour admettre de lui concéder l'autorité à laquelle il pouvait prétendre. Elle ne voulait pas entendre l'agacement et le mépris dans sa voix. Pas alors qu'elle les ressentait elle-même avec tant de force, impuissante devant sa propre médiocrité. Elle n'avait pas besoin de voir le visage d'Anderson se superposer au sien comme pour l'humilier et l'inciter à...

Une puissante explosion projeta une motte de terre dans les airs, coupant court à ses pensées morbides. Une fois encore, sa magie avait déconné. Elle n'avait fait que ça toute la matinée durant. Loevi dut se faire violence pour ne pas tourner les yeux en direction de Wyndham. Elle savait parfaitement ce qu'elle trouverait sur son visage impassible.


-Ne vous découragez pas, humaine, lui dit Lamos de sa grosse voix rassurante. Vous étiez sur la bonne voie.

Loevi darda sur lui un regard profondément sceptique, elle-même découragée par la constance de ses échecs.

-Vous vous fichez de moi, là, l'accusa-t-elle, trop énervée pour songer à ménager la potentielle susceptibilité de la créature.

-Je suis parfaitement sérieux, répliqua Lamos avec un flegme désarmant.

L'étudiante ne répondit rien, mais il était évident à son expression qu'elle ne le croyait pas. Ce qui, visiblement, laissait le centaure de marbre. Avec lui non plus, on ne savait jamais vraiment à quoi s'en tenir.


-Reprenons.

Baguette fermement tenue en main, Loevi ferma les yeux et inspira profondément. C'était reparti.

Lamos y alla bien entendu de ses propres conseils, mais ceux-ci étant essentiellement destinés à la maîtrise de la magie centaure, ils étaient complètement inutiles à Loevi qui ne pouvait pourtant pas s'empêcher de les écouter avec attention, entamant sérieusement sa concentration.

Elle sentit l'air se mettre à vibrer au contact de sa peau, et pas seulement à cause de l'ouragan protecteur. Les poils de ses bras et de sa nuque se hérissèrent lentement, propageant un frisson à travers tout son corps -oh ça, ça n'était pas bon, pas bon du tout ! Effrayée, la jeune fille tenta de retenir les flots de magie en elle-même, s'imaginant déjà les dégâts qu'elle risquait de causer s'ils lui échappaient. La tornade du centaure ne suffirait pas à contenir ses débordements...

La poussière de la forêt crépita à ses oreilles comme des craquements de papier froissé, et de minuscules arcs de lumière jaillirent comme des éclairs autour de sa tête. Si ça continuait comme ça... Étrangement, les fourmillements désagréables redescendirent le long de ses bras, lui piquetant douloureusement les doigts avec un millier d'aiguilles invisibles.

Soudain, sans prévenir, sa baguette projeta des étincelles colorées dans toutes les directions comme un grand feu d'artifice. Surprise, Loevi lâcha le bout de bois qui alla s'échouer à ses pieds, crachotant sans fin une myriade de petites lucioles brûlantes. Elle n'en revenait pas - un truc comme ça ne lui était encore jamais arrivé. Que se passait-il au juste ? Courageusement, elle se baissa pour reprendre son bien, la tête pleine de questions. Alors qu'elle tendait la main, la baguette se mit à trembler, de plus en plus fort, projetant ses étincelles de plus en plus haut avec un crépitement qui devenait peu à peu une profusion de déflagrations assourdissantes.

Elle n'eut pas le temps de céder à la terreur. A peine le bout de son index avait-il effleuré le bois que l'instrument explosait en une multitude de fines échardes qui allèrent se planter dans ses mains et ses bras.

La jeune fille tomba en arrière, ses yeux écarquillés rivés sur la ligne grillée de pelouse où avait auparavant existé sa deuxième baguette magique. Cette fois, elle n'avait rien vu venir. Choquée, elle ne ressentait même pas la douleur, alors que quelques minces filets de sang traçaient de minces sillons sur sa peau.


-Eh bien, fit Lamos de son ton tranquille, l'air pas plus catastrophé que ça par l'incident. Voilà que vous ressemblez à un hérisson, l'humaine...

-Sérieusement, le centaure, répliqua-t-elle d'une voix blanche, tâchant de reprendre ses esprits. Vous n'êtes même pas drôle...

En tout cas, elle en était quitte pour un bref passage à l'infirmerie et une visite de courtoisie chez le marchand de baguettes du coin. Vie de bouse.
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Willem Wyndham
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MessageSujet: Re: To tame or to be tamed   Lun 16 Mai - 14:01


[Rapport] Séance du 29.10.11



A la suite d'efforts que nous pourrions qualifier de louables, en comparaison du passif de l'élève, les capacités magiques de Leroy ont, pour ainsi dire, explosé au grand jour. Il apparaît clairement que la jeune fille ne détient aucun contrôle sur ses pouvoirs, jugés anarchiques. Ainsi, en semble-t-elle privée, comme si une partie de son psychisme cherchait à dominer, oblitérer sa puissance jusqu'à la rendre inactive. Puis, sans signe préalable, il semblerait que les pouvoirs longtemps réprimés cherchent à se libérer du joug de l'esprit, pour renverser la domination et prendre à leur tour le contrôle du sujet.

Pourrions-nous aller jusqu'à qualifier ces symptômes à la manière d'une dichotomie magie/esprit?

Bien souvent, l'élève Leroy m'évoque une toute jeune enfant découvrant son potentiel magique. Celui-ci se manifeste alors de manière incontrôlable et ne semble régit que par des émotions extrêmes (peur, colère, panique, angoisse) pour la plupart à tendance négative. Peut-être irons-nous jusqu'à avancer l'hypothèse d'une absence de connexion totale (ou, pour le moins, consciente) entre le corps et l'esprit.
Car, de pouvoirs, notre jeune élève n'en est pas dépourvus. Il manque néanmoins à son contrôle le trait d'union nécessaire entre la volonté et la possibilité. Il existe en elle un blocage quelconque qui influe de manière particulièrement convaincante sur ses capacités de sorcière. Ainsi, sans doute allons-nous baser nos prochaines séances sur une approche différente de la magie, s'appuyant sur l'instinct plutôt que su la connaissance. Il nous apparaît comme absolument nécessaire que l'élève Leroy apprenne à domestiquer son potentiel, tant elle constitue, à ce jour, un danger. Pour son entourage mais plus encore pour elle-même.


Sa plume reposait sur le rebord de son encrier tandis que Wyndham parcourait ses notes en coup de vent. Il abhorrait cette paperasserie qu'il jugeait passablement inutile. Une perte de temps nécessaire pour satisfaire les hautes instances. Parce qu'il fallait rendre des comptes à qui de droit. Des comptes-rendus de séance, des notices faisant état des avancées de son élève, des descriptifs du programme et des exercices proposés. S'attendait-on à ce qu'il profite de ce temps des retenues pour emmener Leroy faire du tourisme culinaire? N'était-ce déjà pas suffisant de devoir lui consacrer deux de ses soirées hebdomadaires sans que l'on exigeât de lui de se montrer un employé modèle? En cela, plus encore qu'en tout autre chose, il regrettait son activité précédente où, à force de persévérance et d'efficacité, il était parvenu à obtenir une carte blanche qui le rendait, certes, seul responsable de ses actes et de leurs conséquences, mais qui, surtout lui octroyait une liberté véritable quant à ses méthodes, ses horaires et ses pensées. Les résultats seuls importaient, peu importait le moyen de les obtenir.
Evidemment, il s'agissait ici de l'avenir d'une jeune fille devenue cas désespéré au sein d'une Ecole de Haute Renommée. Mais cela ne justifiait pas tout. Des cancres, des difficiles, des rebelles, des pas-à-leur-place, Poudlard en avait connu plus qu'à son tour. Non. Il y avait certainement autre chose. Autre chose que la simple détermination d'une étudiante à réussir son SESAM. Plusieurs fois déjà, il s'était interrogé, en vain, sur la façon dont elle avait été capable de parvenir ne serait-ce qu’au niveau des ASPICs. Et Wyndham demeurait persuadé qu'une pièce du puzzle lui échappait. Et que, en l'absence de ladite pièce, il pourrait certes récolter quelques progrès mais sans jamais parvenir à un résultat véritablement concluant.

Clôturant ce chapitre de ses pensées, il roula le frêle morceau de parchemin, le scella d'un cachet de cire, avant de se plonger dans l'étude d'une récente acquisition. Il s'agissait d'un témoignage "époustouflant" d'un homme ayant séjourné pendant un trimestre sur l'île de Drear-la-Lugubre, tristement célèbre pour y abriter le seul nid de Quintapeds au monde. D'après la Gazette, l'ouvrage possédait tous les ingrédients pour faire sensation (soit, une raison suffisante pour inspirer méfiance et scepticisme à Willem Wyndham). L'auteur se prévalait d'avoir réussi à étudier les spécimens de l'île comme nul autre auparavant, ne récoltant au passage que de maigres cicatrices qui suggéraient que l'homme s'était contenté d'effectuer son travail de loin. Un livre grandiloquent sur les exploits tout relatifs d'un prétentieux inapte à tout travail de Magizoologie... Néanmoins, difficile, pour quelqu'un comme W. de boycotter un ouvrage de ce genre. Ne serait-ce que par acquis de conscience professionnelle, il se devait d'avoir lu La preuve par cinq.

Il en avait déniché un exemplaire en accompagnant l'élève Leroy pour l'obtention de sa nouvelle baguette. Sans mot dire, il l'avait entraînée, via transplanage d'escorte, chez un des personnages haut en couleurs de son réseau. L'homme, anonyme aux yeux des autorités, représentait une alternative au commerce officiel de baguettes. Non pas que Wyndham émit un quelconque jugement quant à la qualité des produits fournis par Ollivander et Cie mais son contact avait la spécificité de s'intéresser aux cas un peu plus... particuliers. Disons que quand les autres s'occupaient de la grande consommation, Finn Glewlwyd (car tel était son nom) s'intéressait aux outsiders. Aux bizarres. Ce que Wyndham s'abstint bien de préciser à l'élève Leroy. Comme tout fabriquant de baguette qui se respectait, Glewlwyd fit passer à la jeune fille une série de tests et de mesures supposée lui garantir une baguette en adéquation avec ses capacités et sa personnalité. Au terme d'une séance d'une bonne soixantaine de minutes, il fournit à Leroy un long ustensile de bois, sans piper mot. Il échangea un regard appuyé avec W. avant de les chasser hors de sa boutique à grands renforts de ronchonnements.

Sur le trajet du retour, Wyndham avait indiqué à la jeune fille que, dans un an et un jour, elle serait libre de se représenter auprès de Glewlwyd et qu'il serait à même de lui fournir la perfection, une baguette en phase absolue avec elle. Il s'abstint de préciser que ce genre de service allait coûter une petite fortune à Leroy. Au vu de la façon dont elle traitait l'argent, ce ne serait pas un problème pour elle. Il s'abstint également de lui révéler qu'il comptait lui-même lui rendre visite d'ici à un mois pour avoir son avis de professionnel. Glewlwyd était aux attributs magiques ce que Wyndham était aux créatures en tout genre: mieux qu'un passionné, un spécialiste. Il nourrissait ainsi l'espoir d'en découvrir un peu plus sur les bizarreries magiques de sa jeune élève. A titre purement professionnel, cela allait sans dire.



L’acquisition d'une nouvelle baguette par l'élève Leroy constitua, lors des séances suivantes, un excellent prétexte pour la soumettre à quelques exercices basiques concernant les sortilèges en tout genre.

Wyndham avait effectué quelques recherches avant de découvrir un ouvrage recelant ce dont il avait très exactement besoin. Le grimoire recensait quelques dizaines de sortilèges d'une utilité relative, pour la plupart oubliés. Mais leur très grand intérêt à tous (et c'était là le thème de l'ouvrage) était leur relation directe avec les émotions. Chacun des Sorts et Enchantement décrits et proposés dans ce livre avait pour source et/ou pour objet les sentiments et émotions diverses, à l'instar de l'Irae Maleficia ou du Maestatum, qui avait pour émotion liée, respectivement, la colère et la tristesse.


Vendredi 18 novembre
Salle Rosalind A. Bungs

Au terme des toutes premières séances, Wyndham avait décrété que leurs heures de "rattrapage" aurait désormais lieu dans l'une des nombreuses salles désertées du château. Son propre bureau recelait trop d'objets, grimoires et autres artefacts, mis en danger immédiat par la magie défaillante erratique de Leroy.S on sens de l'abnégation s'arrêtait très précisément au sacrifice de leurs rendez-vous bi-hebdomadaires. Son bureau était donc désormais territoire réservé. Ils s'y rendaient uniquement en cas d'extrême nécessité. Comprendre: pour ainsi dire jamais.

Ils avaient donc élu domicile dans cette vaste pièce du sixième étage dont les seuls occupants au cours du dernier siècle semblaient appartenir au seul règne arachnéen.
Lorsque Leroy arriva, ce soir-là, Wyndham était d'ores et déjà présent, assis sur une vieille chaise rafistolée qui ne tenait, c'était une évidence, que par une quelconque grâce magique. C'était une habitude éternelle: il était là le premier, toujours figé dans ses pensées, mine concentrée et regard hanté, sans daigner lever le regard à l'arrivée de son élève.

Une fois les courtoisies effectuées, qui se résumaient la plupart du temps à un pâle bonsoir, une rapide inspection de rigueur (état général, présence de la baguette, expression affichée sur le visage), ils attaquaient la séance où ils s'en étaient arrêtés la foi précédente.
Les mercredi commençaient tous par une rapide mise au point du travail effectué la semaine précédente. Les sortilèges émotifs, donc. Ils allaient très certainement y consacrer encore les deux séances à venir. Et au diable si l'élève Leroy trouvait encore à se plaindre de l'absence de tels sortilèges dans son programme SESAM.

- Bien, élève Leroy. Montrez-moi vos progrès en matière de... Timorium.

Egalement connu sous le nom de Maléfice de la Peur.
Lors de la séance précédente, elle avait tout juste réussi à lui arracher un bref et très vaguement désagréable, frisson dans la nuque. Rien à voir avec les tremblements escomptés. Parce que, oui, il faisait office de cobaye, en plus de son rôle de professeur particulier. Ainsi essuyait-il seul ses échecs d'enseignement, séance après séance.

Il dévisagea Leroy, une brève seconde, avant de lever sa baguette. Il réprima un bref rictus: précaution inutile. Il y avait fort à parier pour qu'il n'ait, encore une fois, nul besoin d'un Charme du Bouclier pour se protéger de la magie de l'élève Leroy.
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: To tame or to be tamed   Mer 1 Juin - 21:08

Loevi était peut-être une véritable calamité en matière de magie, elle n'avait pour autant pas eu besoin de tenir sa nouvelle baguette plus de cinq secondes pour se rendre compte que l'objet n'avait rien d'ordinaire ; c'était aussi et surtout le bonhomme qui la lui avait vendue qui n'avait rien d'ordinaire. S'il y avait une chose pour laquelle elle était douée, c'était bien pour repérer les bizarreries.

Tout avait pourtant commencé le plus normalement du monde, comme chez n'importe quel marchand de baguettes de la planète. Elle s'était soumise aux traditionnelles mesures de longueur de bras et autres écartements de narines sans se fendre du moindre commentaire - bien qu'elle n'ait jamais fait grand mystère de ce qu'elle pensait quant à l'utilité toute relative de cette tradition, que ses recherches sur le sujet n'avaient pas vraiment pu expliquer de façon satisfaisante. Elle avait aussi prêté sa main aux interminables essais de baguettes qui lui étaient ôtées plus vite qu'elles ne lui étaient confiées - ce qui n'arrangeait pas exactement son humeur déjà bien maussade. Le tout, comble du bonheur, sous l'œil insistant et inexpressif de Wyndham.

Si elle avait pu, elle lui aurait bien fait bouffer le mètre-ruban et quelques baguettes en bonus, rien que pour se passer les nerfs. Elle n'avait pas bien su ce qui l'avait poussée à le laisser la conduire chez cet homme étrange mais une chose était sûre : elle regrettait d'avoir accepté. Pourquoi ce prof de malheur avait-il insisté pour se rendre ici au lieu de la laisser acheter une baguette au rabais chez le marchand du coin ? L'outil aurait au moins eu le mérite de pouvoir tranquillement rendre l'âme sans qu'elle n'ait rien à en attendre d'autre.

Mais elle s'était tue durant tout le temps qu'avait duré cette inepte mascarade, contenant sa colère et maudissant Wyndham en elle-même sans parvenir à oser proférer le moindre son. Elle était peut-être une indécrottable tête de bois un peu grande gueule en plus de tout le reste, elle ne s'en débattait pas moins avec un irrépressible sentiment de honte et de culpabilité qui lui clouait le bec plus sûrement qu'aucun sortilège. Elle haïssait le silence tendu qui faisait partie intégrante de leur instable relation professeur\élève, d'accord, mais elle avait de loin préféré ça à la menace d'une quelconque remarque sur son habileté à tout détruire sur son passage. Elle ne l'aurait pas supporté.

En conclusion, l'homme lui avait tiré plus de Gallions qu'il n'aurait dû en avoir le droit et les avait presque fichus dehors sans même lui donner la moindre caractéristique concernant sa marchandise informe ; c'était Wyndham qui avait dû se charger de l'informer qu'une baguette définitive l'attendrait un an plus tard, même heure, même endroit. Ce qui pouvait expliquer la forme banale voire indéfinie de son bout de bois manifestement taillé dans le vif. Ou pas.

Elle ne pouvait nier que l'homme comme ses marchandises lui avaient laissé une étrange impression - comme un désagréable frisson dans le bas du dos. Il n'était pas dit qu'elle se convaincrait d'y retourner l'année suivante - sauf peut-être en cas de force majeure. Bien sûr. Autant dire qu'elle reviendrait.

En résumé, tout ce que la jeune fille avait retenu de l'aventure, en dehors des drôles de fréquentations de son professeur et des nombreuses marques laissées sur son bras gauche par les échardes, dissimulées sous un bandage qu'elle ne voulait presque plus retirer, c'était qu'elle y avait gagné rien de moins que sa troisième baguette magique. Et que, d'ici un an, si elle se décidait à retourner voir ce charlatan mystificateur, elle tiendrait la quatrième. Magnifique palmarès. Elle était sûre que personne au monde ne pouvait se targuer d'en avoir possédé autant - dans toute une vie.

Wyndham n'avait pas daigné commenter l'incident, ni ce jour-là ni les suivants, mais il semblait avoir longuement réfléchi à la question dans le secret de son esprit misanthrope, ce qui n'était pas tellement du goût de son élève attitrée. Dès l'instant où elle l'avait vu se plonger dans ses pensées, méditant sans doute aucun sur ce dont il venait d'être témoin, elle avait su qu'elle n'apprécierait pas les conclusions de ces cogitations silencieuses. Elle ignorait seulement, alors, à quel point elle pouvait avoir raison ; elle avait eu le temps de s'en rendre compte.


~¤~

La nouvelle lubie du professeur Wyndham rendait la jeune fille particulièrement perplexe. Non seulement les sortilèges concernés n'avaient pas grande chance de se retrouver à ses examens de fin d'études - comme elle se faisait un plaisir de le rappeler à la première occasion - mais, en prime, le thème choisi était plutôt... déconcertant. Les émotions ? Qu'est-ce qu'elle pouvait bien trouver d'utile à des sorts manipulant les émotions ? Ce n'était certainement pas avec ce genre d'absurdités qu'elle allait se battre contre Antarès ou retrouver Eleanor. Ni même obtenir son diplôme. A quoi ces âneries pourraient-elles bien lui servir ? Elle avait besoin de concret, pas de petites fleurs bleues, de fureurs exagérées ou de frayeurs nocturnes.

Elle n'avait rien dit, au cours des deux premières séances, ayant encore très nettement en mémoire la catastrophe provoquée dans la forêt et la honte et la culpabilité qu'elle en concevait encore. Avec ça, le silence obstiné de Wyndham avait fini, paradoxalement, par la mettre plus mal à l'aise qu'un bon sermon bien senti qui lui aurait permis, à tout le moins, de savoir à quoi s'en tenir. Il n'avait fait aucune remarque et, en un sens, c'était pire que d'essuyer une bonne crise de colère.

Bref, embarrassée comme elle l'était, et infiniment reconnaissante de le savoir encore là, déterminé à ne pas baisser les bras devant l'ampleur impensable de sa tâche, elle avait pris son mal en patience et avait supporté sans broncher cette étrangeté notoire de son professeur particulier.

Elle avait craqué au troisième cours.


-Bouse de dragon et morve de troll, ça va durer encore longtemps cette histoire ? s'était-elle écriée, agacée, se retenant de justesse de jeter sa baguette au sol dans un mouvement d'irritation. Je ne sais pas ce que vous avez en tête mais ça ne sert à rien ! Aucun examinateur censé ne demanderait à un étudiant de l'énerver sur commande, enfin !

L'incident avait failli tourner au désastre, exactement comme, quelques semaines plus tôt, lors de leur tout premier entretien. Il avait fallu les efforts combinés bien qu'un tantinet forcés des deux partis pour désamorcer le conflit naissant... et Loevi n'avait plus cessé de bougonner depuis lors.

~¤~

Connaissant l'insatiable soif de savoir de Loevi, apprentie Serdaigle ayant raté sa vocation, il était difficile d'imaginer une telle hypocrisie de sa part - et cela même si, en l'occurrence, la jeune Héritière s'abusait avant tout elle-même. Ce refus d'apprendre était parfaitement impensable venant d'elle, surtout considérant l'utilité réelle et concrète qu'elle pouvait retirer de l'affaire, contrairement à ce qu'elle voulait se faire croire. Pour qui avait un tant soit peu appris à la connaître ou cherché à suivre son chaotique parcours scolaire, il apparaissait évident qu'un tel comportement n'avait rien de très normal. C'était même tout le contraire.

Si elle n'avait aucune idée des intentions réelles de Wyndham, c'était uniquement parce qu'elle avait refusé de se pencher sur la question, devinant d'instinct qu'elle n'était pas prête à en accepter la réponse. Pas plus qu'elle n'était prête à accepter que cet homme qui n'avait jamais eu aucun lien avec elle ou avec sa famille ait pu si vite toucher du doigt le cœur même du problème magique dont elle souffrait.

La vérité, c'était que Loevi était effrayée - une chose qu'elle n'était pas prête à admettre, même simplement en elle-même. La sphère fragile de ses émotions était un domaine privé dont elle gardait farouchement les portes closes, bien décidée à ne plus revivre les souffrances que son âme conservait par devers elle dans les recoins sombres de ses archives mémorielles. Ces expériences que menait Wyndham avec elle menaçait de briser ces portes déjà branlantes... et Merlin seul savait ce qui attendait la jeune fille au-delà du seuil obscur de son propre cœur.

A mesure que les séances se multipliaient, Loevi en perdit peu à peu le sommeil ; elle devint si tendue que l'air finit par crépiter en permanence à ses oreilles, la mettant dans un état de nerfs épouvantable. Si Wyndham remarqua cette curieuse et inquiétante évolution, il n'en montra jamais rien, se barricadant derrière son inflexible flegme habituel. Elle commença à envisager de sécher ses cours particuliers... mais se présenta sagement à chacun d'eux, le corps et l'esprit malmenés par la fatigue et l'inquiétude grandissantes. Sa magie, elle, pointait aux abonnés absents.


~¤~

Ce jour-là, elle hésita longuement à entrer dans la salle de classe abandonnée qu'ils avaient investie quelques semaines auparavant. Elle savait que Wyndham serait déjà là à l'attendre, tranquillement assis sur sa chaise comme l'inébranlable statue de pierre qu'il était. Elle se souvenait l'avoir haï, par le passé - elle le craignait, à présent. Subitement, elle se trouva ridicule, et elle passa la porte.

Le regard du professeur la figea presque sur place : il lui paraissait à la fois plus indifférent et perçant que jamais. Elle se sentit nauséeuse. Il la salua poliment - elle ne répondit pas. Timorium... Elle acquiesça d'un simple signe de tête. Sans un mot, elle se dirigea vers une table pour y poser cape, gants et sac d'où elle sortit sa baguette informe, avant de rejoindre le centre de la pièce en faisant quelques moulinets du poignet.

De sa mésaventure, il ne lui restait qu'une série de fines cicatrices qui ne s'effaceraient sans doute jamais. Elles s'ajoutaient à celle qui lui dénaturait la paume de la main depuis deux ans, souvenir impérissable d'un voyage dans les futurs possibles qui l'avait marquée pour une seule et unique éternité. Elle ressentait de temps à autres des élancements douloureux sur toute la surface de son bras, et sa peau lui tirait parfois désagréablement. Les médicomages lui avaient assuré que les tiraillements étaient une conséquence tout à fait normale de l'incident - et que la douleur était exclusivement psychologique. Elle avait mal, c'était tout ce qui comptait à ses yeux.


-Vous saviez que la plupart des sorciers sont gauchers ? fit-elle d'un ton qu'elle tenta de rendre le plus badin possible, avec un succès tout relatif. Tout le contraire des Moldus, à ce qu'on m'a dit.

Elle se doutait que l'information le laisserait de glace - elle-même s'en fichait assez - mais elle avait éprouvé le besoin de dire quelque chose, n'importe quoi. C'était la première chose qui lui était venue en tête. Risible. Elle se tourna vers lui, à contrecœur, et se prépara. Il fit de même, avec un rictus significatif - rare marque d'humanité, dont elle se serait bien passée. Parfois, il ne levait même pas la baguette. Depuis son dernier coup d'éclat, elle ne représentait plus grand danger.

Elle croisa accidentellement son regard et baissa aussitôt les yeux avant d'avoir pu s'en empêcher. Il y avait plusieurs jours déjà qu'elle ne se sentait plus capable de le regarder en face, de soutenir son implacable sérénité. Il avait réussi à la pousser dans ses derniers retranchements, en instillant en elle une peur dont elle ne voulait pas reconnaître l'existence. Il avait gagné ce pouvoir sur elle. Instinctivement, elle le ressentait, sans parvenir à lutter contre.

Il tentait de percer l'armure fragilisée qu'elle avait eu tant de mal à ériger autour de son âme meurtrie - elle crevait de trouille.

Le sortilège était censé faire surgir du néant un profond sentiment de frayeur - créer la peur à partir de rien. A la seconde où elle prononça la formule, elle sut que, quoi qu'elle ait miraculeusement réussi à faire, le sort qui se jeta sur Willem Wyndham aurait un tout autre effet... Son cri d'alarme arriva trop tard : ayant perçu le danger, Wyndham tenta de se protéger mais, soit qu'il s'y soit pris avec un temps de retard, soit que cette étincelle de magie soit trop sournoise et trop puissante pour se laisser arrêter, le sort passa... et le percuta de plein fouet.

Loevi retint un nouveau cri, les yeux rivés sur lui, paniquée à l'idée de ce qui allait arriver maintenant. Ça y était. Elle avait provoqué une nouvelle catastrophe. Et cette fois, c'était le seul homme qui ait jamais voulu l'aider sincèrement qui allait en faire les frais.
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Willem Wyndham
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MessageSujet: Re: To tame or to be tamed   Ven 1 Juil - 13:49

Autant affronter un raz-de-marée avec sa seule main droite, levée en paravent. La comparaison n'était pas sans pertinence et Wyndham lui-même en aurait conclu ainsi s'il s'était trouvé à même de prononcer un quelconque jugement.

La puissance du sortilège de Leroy était telle que le maléfice en était presque visible. Palpable.
Le Gallois s'en retrouva prisonnier sans avoir pu émettre le moindre mouvement pour y échapper. Et les regrets comme les réflexes n'étaient pas à l'ordre du jour. Sans prévenir, une vague suffocante le submergea, annihilant toute réflexion, faisant la part belle aux émotions. Une émotion. Une terreur sans nom et sans origine connue, à l'instar d'une main immense et glacée qui resserrerait sans merci sa prise sur une frêle marionnette humaine. Quiconque ayant déjà été en proie à une angoisse de cette ampleur en aurait reconnu les symptômes. Paralysie. Suée arctique. Atrophie de la pensée empêchant tout raisonnement. Suffocation.

Plus particulièrement la suffocation.
Wyndham n'était pourtant pas du genre à céder à la panique mais il ne trouvait nulle prise sur l'ascendant que le sortilège avait sur lui. Pis, il se sentait entraîné de plus en plus loin, de plus en plus bas dans la spirale de frayeur qu'avait jeté sur lui l'élève Leroy. Au cours de sa carrière, il avait pourtant été maintes fois confronté au danger mais avait toujours conservé, sinon la tête froide, suffisamment de recul pour agir. Réagir. Ici, la logique à laquelle il se raccrochait, et qui voulait que son état ne soit que la cause d'un sortilège, s'effilochait à une vitesse affolante, le laissant bientôt seul aux prises avec une folie inquiétante. Leroy elle-même avait disparu de son champ de vision. Il se retrouvait aveugle et isolé, reclus dans un cocon de cauchemar et d'épouvante. Ses poumons peinaient à recracher de l'air, plus encore à en avaler. L'oxygène semblait se raréfier à mesure que sa respiration s'accélérait et des points noirs dansaient devant ses yeux. Il était seul. Désespérément et définitivement seul.

La glace qui imprégnait chacun de ses pores devint peu à peu chaleur suffocante tandis que des flammes commençaient à se dresser devant ses yeux. D'un point de vue extérieur, rien n'avait pourtant changé. Il n'y avait que la silhouette d'un homme lutant contre des affres intérieurs, rendue frêle par la tétanie. Et pourtant, Wyndham se retrouvait le spectateur privilégié d'un spectacle son et lumière où tout se teintait des nuances brûlantes et des craquements sinistres, singuliers d'un brasier. Tout était tellement criant de vérité qu'il aurait dû fuir. Prendre ses jambes à son cou. Décamper. S 'esquiver. Détaler. Mais il restait là. Figé.





Mercredi 11 juin 1980
Une masure aux alentours de Cardiff

Il s'était réveillé en sursaut.
Il lui fallut un petit moment pour comprendre que quelque chose ne tournait pas rond. Non, quelque chose n'allait pas. Et ça n'était pas comme ces nuits où maman marchait en dormant, allait et venait dans le couloir jusqu'à ce que Willem la ramène jusqu'à son lit et tire un drap sur elle, la quittant quand il était sûr qu'elle dormait pour de bon.

Non, il y avait das l'air quelque chose qui...
Tout lui sauta à la figure, comme dans ces cauchemars qu'il faisait à répétition et dont il s'éveillait en larmes, étouffant ses sanglots des deux poings pour ne pas réveiller celle, au sommeil si fragile, qui dormait dans la chambre voisine. Tout lui sauta à la figure. La chaleur étouffante. Les flammes qui léchaient la photo d'une prairie galloise accrochée au mur. Le crépitement sourd du feu. La fumée qui floutait l'atmosphère confinée de sa petite chambre d'enfant.

Pendant un instant, Willem ne put que rester là, hypnotisé par la beauté du feu. Figé, il regardait le spectacle de toute sa jeune âme. Un frisson le parcourut soudain. Une fois devenu grand, il l'identifierait comme l'instinct de survie. Il se sentit glacé, bien pire que face aux histoires qu'il lisait parfois, à la lueur d'une bougie, avant de s'endormir. Effrayé, il se rua hors de sa chambre, dont le plafond, grignoté par le feu, noircissait et s'effondrait en partie. Il courut de toute la force de ses jeunes jambes, plus vite qu'il n'avait jamais couru. Il ne voyait plus les flammes, ne sentait plus leur caresse brûlante. Il n'y avait plus que l'image de maman devant ses yeux. Il fallait qu'il la trouve. Il fallait qu'elle... Elle était là, debout mais les yeux fermés, au beau milieu du salon que l'incendie avait déjà ravagé à moitié.

Pleurant et s'étouffant à moitié, Willem se jeta sur elle, de tout son poids. Il parvint tout juste à 'ébranler. Elle ne se réveilla pas pour autant. La panique le gagnait. Elle lui avait bien dit quoi faire si jamais, pour le cas où, un jour... mais il ne se souvenait plus de rien.
Il hurlait maintenant. Il crevait de chaud. Il crevait de peur. Il avait du mal à respirer et ses yeux lui brûlaient. Il avait l'impression qu'ils se consumaient et que plus jamais il ne pourrait pleurer. Le feu les entourait de toute part. Et le sol commençait à craquer de partout, lui aussi. Au-dessus des cris du bois, des crépitements des flammes, le hurlement du garçon s'éleva. Plus haut, toujours plus haut. Rien ne pouvait l'arrêter. Presque rien. L'air ne voulait plus rester dans ses poumons. Il cherchait son souffle et ne le trouvait pas. Sa mère revint à elle alors que la tête de Willem lui tournait et que la brûlure de l'atmosphère était tellement forte qu'il ne sentait plus rien. Dans les mains de sa mère, sa baguette finissait de se craqueler dans une gerbe d'étincelles.

Les yeux de Willem se fermèrent alors que dans son ventre, la terreur finissait de lui dévorer les entrailles. Il n'y avait plus rien. Rien que du vide et de la peur.

Quand il revint à lui, il ne vit d'abord que du noir. La lueur de la lune mit longtemps à atteindre ses yeux brûlants. Ses pupilles lui faisaient mal. Il avait mal rien qu'à battre des paupières. Chaque mouvement lui tirait des grimaces mais les larmes ne venaient pas. Il toussait, toussait, aspirant l'air. Et chaque respiration lui faisait mal aussi. Au-dessus de lui, le visage baigné de larmes de maman. Et... était-ce la voisine? Oui. Mrs Dawkins. Mrs Dawkins qui tendait une baguette secourable à Wendy Wyndham. Elles échangèrent quelques mots. La voisine leur offrait un toit pour les jours à venir. Maman acquiesçait et promettait de la rejoindre bientôt à l'intérieur. Mais il fallait qu'elle s'occupe d'abord de Willem... Mrs Dawkins s'éloigna sans mot dire, par pudeur ou parce qu'elle ne supportait plus de le voir lui, gémissant, affalé dans l'herbe de son jardin.

- Shhhhhhhhhhhhh, Willy. Tout va bien maintenant... Tout va bien.

Elle avait ce ton qu'adoptait les adultes quand ils disaient quelque en quoi ils ne croyaient pas.
Sa voix était toute cassée, comme si elle avait mangé des cailloux. Cette voix qui n'était tellement pas sienne et qui n'était pas assez forte pour dire à la terreur de s'en aller.





Wyndham vacilla une nouvelle fois. Une ultime fois.
Les images affluaient. Il revoyait cette femme qui était sa mère pointer la baguette de la vieille Dawkins sur la tempe du jeune homme qu'il avait été et murmurer un sortilège d'Amnésie. Ce même barrage mental qui venait d'exploser sous le coup du maléfice dont il était victime. Tout lui revenait à la mémoire par rafale. Des souvenirs dont l'absence dans sa tête avaient participé à faire de lui ce qu'il était devenu.

La terreur première était toujours là mais elle avait pris forme. Il lui connaissait maintenant une origine et une cause. Et il sentait une sorte de contrôle lui revenir. La sensation de sa baguette dans sa main serrée. La perception de son environnement.
Pourtant, Wyndham tarda à réagir, dévorant mentalement le souvenir de cette nuit d'enfance volée comme s'il voulait en enregistrer le plus infime détail. Il commençait à réagir en homme adulte, mettant juste ce qu'il fallait de distance pour prendre du recul et analyser les faits et les actes. Il se vautra encore un peu dans la mémoire de ce soir-là, ne parvenant pas véritablement à s'en détacher, tandis que d'autres souvenirs, plus fluets, s'immisçaient par-delà la digue d'oubli forcé. Comme les pièces d'un puzzle qui trouvaient enfin leur place, des bribes de ces derniers mois avant sa rentrée à Poudlard s'ajustèrent d'eux-mêmes, recréant les liens tronqués entre l'avant et l'après. Justifiant des impressions bizarres et des malaises qu'il avait attribué plus tard à son manque de concentration d'alors. Pourquoi, en plein été, ils s'étaient retrouvés, lui et Wendy à aller de connaissances en famille quémander un toit pour s'abriter. Pourquoi il avait éprouvé tant d'impatience à gagner ce château d'Ecosse qui serait son foyer pour l'année à venir. Pourquoi à ce Noël-là, ils se retrouvèrent au pied d'un arbre famélique dans un studio à peine plus vaillant. Pourquoi...

Enfin, l'image de Leroy, le front pâle, l'œil fiévreux et l'expression inquiète, se fraya un chemin jusqu'à lui, l'obligeant à prendre ses distances avec le flot des souvenirs. La pression de la terreur s'était partiellement dissipée, face à sa mémoire qui affluait. Elle revint de plus belle quand il s'en détacha. Mais il avait acquis entre temps suffisamment de contrôle pour ne pas se laisser entraîner une seconde fois. Envahi par les tremblements et les sueurs froides, il parvint néanmoins à lever sa baguette, qu'il n'avait par miracle pas lâcher tout au long de l'épisode. Il lui fallut une demi-douzaine d'essais tous plus infructueux les uns que les autres avant de dresser entre lui et l'origine du "Timorium" un patronus vaillant, sous la forme d'un kelpie de lumière.

La peur s'évapora d'un seul coup, le faisant vaciller, tandis qu'il prenait conscience de combien cette émotion s'était emparée de lui, l'enserrant entre ses griffes pour ne plus le lâcher. Le soulagement qu'il éprouva était bien plus que cela. Il lui sembla qu'un vide s'était creusé en lui, que le temps viendrait combler doucement.
Nauséeux, il lui restait malgré tout une tâche à accomplir avant de s'effondrer.

- Elève Leroy... la leçon est terminée.

Sa voix n'était plus qu'un souffle et il ne voulait pas réfléchir au spectacle qu'il lui avait livré, les yeux fous de terreur, pâle et tremblant. Vulnérable. Affaibli.

D'un bref coup de baguette, il ouvrit grand la porte qui la mènerait à ailleurs. Ses gestes étaient saccadés, glaciaux. Son expression n'était guère plus amène. Il lui signifiait son congé sans laisser le moindre doute subsister.

- Nous nous verrons mercredi prochain.

Sa voix avait atteint des températures polaires.
Néanmoins, avant qu'elle ne puisse se détourner complètement et s'enfuir loin de cette pièce, il ajouta, dans un murmure:

- Nul doute que cela constitue un nette évolution dans votre pratique magique.

Sans ajouter un mot, il se détourna.
Il savait qu'il s'affalerait sur le moindre support dès qu'il serait enfin débarrassé de sa présence.
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: To tame or to be tamed   Ven 8 Juil - 22:34

Il ne se passa rien d'extraordinaire, au premier abord. Rien de plus que la vision d'un homme sombrant en un instant dans l'abime sans fond d'une terreur pure, primale. Wyndham ne bougea pas, frémit à peine ; seuls l'agrandissement fiévreux de ses yeux et la contraction soudaine de tous les muscles de son corps trahissaient la tragédie qui se déroulait en lui. Le mystère sinistre suscité dans le secret de son esprit brusquement égaré.

Le sort avait fonctionné au-delà de toute espérance.

En quelques secondes, il commença à trembler, comme si la tension qui l'avait gagné était trop forte, trop intense pour être supportée. Comme si tous les tourments imaginables avaient envahi sa conscience, ne laissant plus la moindre prise à la réalité. Son souffle lui manqua, le faisant suffoquer au point d'en perdre connaissance – ou d'en mourir. Son regard déjà absent se voila d'un soupçon de folie, de celles causées par les trop grandes douleurs ; sa main, loin de vouloir lâcher la baguette inutile, se crispa sur elle avec une force inouïe. La force de l'instinct.

Pétrifiée par une angoisse sourde, pâle reflet de celle qui dévorait le professeur par les entrailles, Loevi assistait à la scène, impuissante, incapable de choisir entre les deux voix qui se livraient bataille sans jamais trouver vainqueur. Une part d’elle, cédant à l’hystérie, lui hurlait de tourner les talons et de fuir, aussi vite et aussi loin que possible – l’autre moitié, plus sage, lui intimait d’agir, de faire quelque chose pour lui, n’importe quoi. De ne pas le laisser prisonnier de cette illusion effroyable qu’elle lui avait jetée au visage sans l’avoir jamais souhaité. Mais que pouvait-elle faire ? Cette scène fascinante et terrible qui se jouait devant elle, elle ne l'avait pas voulue.

Ou bien, au contraire, était-ce ce qu'elle avait si ardemment désiré ?

Elle avait voulu Wyndham en proie à ses émotions, elle l'avait voulu plus réel, plus humain que tout ce qu'il avait consenti à montrer de lui-même. Elle avait voulu le toucher, le troubler. Craqueler ce masque immuable qu'elle haïssait depuis le premier jour. Mais cela devait-il se faire à ce prix ? Devait-elle pour cela détruire l'homme qui se tenait devant elle, le détruire sans pitié pour tirer de lui un semblant d'humanité ? Etait-elle si cruelle ?

Non ! Ce n'était pas sa faute ! Après tant d'échecs répétés, elle avait cru que rien ne se produirait cette fois encore. Elle n'aurait pas dû pouvoir déclencher une telle catastrophe. Elle n'aurait pas dû pouvoir tirer la moindre étincelle de cette baguette informe qu'elle tenait encore entre ses doigts contractés. C'était sa magie, la seule responsable, sa magie et ceux qui lui avaient apposé ce sceau maudit qui l'avait amenée à tant d'incompétence !

L'apparition inopinée d'un Patronus aveuglant coupa court à tout ce cheminement absurde de pensée. Elle frémit en comprenant qu'il faisait barrière entre elle et son professeur, pour le protéger d'elle, de sa folie magique et de tout le mal qu'elle pouvait lui faire, volontairement comme involontairement. Il se protégeait d'elle. Il n'avait pas le choix – mais ce simple fait était comme un coup de poignard en plein cœur. Malgré tous ses efforts, elle n'était qu'une menace ambulante. Une créature dangereuse dont il fallait se prémunir.

Anderson avait eu raison. Elle n'avait pas le droit de vivre.

Elle frissonna violemment en entendant prononcer son nom, d'une voix si faible qu'il lui fallut un moment pour réaliser que c'était lui qui avait parlé. Wyndham. Elle n'avait pas besoin de regarder à travers cet éclat de lumière qu'il avait dressé entre eux pour savoir qu'il ne la regardait pas, qu'il ne la regarderait plus. La porte s'ouvrit brutalement et ce fut comme un second coup de poignard. Le troisième ne tarda pas. Elle se sentait plus douloureusement blessée qu'elle ne l'avait été depuis longtemps, et elle ne pouvait pas lui en vouloir.


-Nul doute que cela constitue une nette évolution dans votre pratique magique.

* Non... Non ! *

-Je suis désolée, je suis...

Il lui tourna le dos ; sa voix fragile se brisa net. Poussée par elle ne savait quel élan, elle saisit toutes ses affaires et s'enfuit hors de la salle sans un mot, sans un regard de plus, la vue brouillée par des larmes qu'elle ne se souvenait pas avoir versées. Depuis quand pleurait-elle ? Wyndham avait-il vu... ? Elle entendit un bruit sourd, celui d'un homme qui s'effondre sur la première table venue, à bout de forces.

Elle n'en courut que plus vite.


~¤~

Lundi 21 Novembre 2011

Professeur,

Je m'absente pour une durée de deux semaines à compter d'aujourd'hui. J'accompagne mon père en voyage diplomatique à l'étranger.
L'administration est prévenue.

Leroy

Hibou rédigé d'une écriture brouillonne et mal assurée, sur un bout de parchemin déchiré.

~¤~

Mercredi 23 Novembre 2011


-Ces petites choses sont d'admirables merveilles, s'extasiait un ministre italien dans un anglais plein d'images et de gestes. J'en ai offert un à ma petite-fille pour son anniversaire, l'an passé, et aujourd'hui encore elle en est enchantée. C'est un investissement, je vous l'accorde, mais je ne le regrette pas, croyez m'en !

-Voilà qui est bon à entendre, mon ami, répondit un député autrichien. Peut-être devrais-je alors songer à...

Loevi se désintéressa de la conversation, préférant observer la salle du restaurant où elle se trouvait avec son père et quelques hauts dignitaires internationaux qu'écouter le débat futile soulevé à propos des Rossignols Rouges. Rien à faire. Depuis son départ d'Angleterre, cinq jours plus tôt, elle était incapable de se concentrer sur ce qu'elle faisait, l'esprit accaparé par de sombres pensées qui tournaient en boucle sans lui laisser le moindre répit. Aux visages de ces vieux hommes politiques se superposait celui de Wyndham, blême, déformé par la peur la plus primitive qui soit ; à leurs voix se substituait son souffle tendu, glacé.

Elle ferma les yeux et inspira lentement, profondément, essayant sans trop y croire d’écarter cette image. Elle n'avait hésité qu'une courte seconde avant d'accepter d'accompagner Patrick Leroy à Paris, où il devait discuter de Merlin seul savait quelle affaire de première importance, et elle n'arrivait pas encore à savoir si elle regrettait sa décision ou non. D'ordinaire, elle s'y rendait à contrecœur, avec pour seule motivation le besoin d'agir. De trahir la cause Opposante. Trahir son géniteur. Mais cette fois, la raison était tout autre – et elle portait un nom. Le nom d'un homme qui n'était pas son père.

Si Leroy s'était douté de quelque chose, il n'en avait en tout cas rien montré. Il était naïf de croire que l'enthousiasme inhabituel et quelque peu exagéré de sa fille lui ait échappé, bien sûr, mais il ne s'était fendu d'aucun commentaire, trop heureux sans doute d'obtenir si facilement le bénéfice de sa présence. Pas pour elle-même – mais pour ce qu'elle représentait d'un point de vue purement politique, stratégique. Elle n'était qu'un pion à ses yeux. Elle avait fait la même chose de lui.


-Tout va bien, ma chérie ?

Retenant un frisson instinctif de dégoût, la jeune fille releva les yeux vers son père, qui penchait vers elle un air faussement inquiet. Un instant, elle espéra être meilleure actrice que lui. Il était naturellement doué pour le bluff, sauf quand il s'agissait de mimer l'amour paternel – il ne devait pas être très à l'aise avec le concept. Elle non plus. Mais elle avait observé. Appris.

-Je me sens fatiguée, père, répondit-elle à voix basse, jouant sur sa lassitude pour paraître épuisée. La journée a été longue...

-Oui, c'est vrai, acquiesça-t-il sans opposer la moindre difficulté. Tu n'as pas encore l'habitude. Pourquoi n'irais-tu pas te reposer ? Cela ne vous dérange pas, messieurs ? ajouta-t-il pour le reste de la tablée.

Les convives, tous des hommes, se répandirent en dénégations empressées et assurèrent à Loevi et son père qu'ils ne voyaient aucun inconvénient à ce qu'elle quitte le repas si tôt dans la soirée, ajoutant qu'elle avait une petite mine et qu'une bonne nuit de sommeil lui ferait sûrement le plus grand bien. Tout à fait hypocritement, Loevi les remercia d'un sourire qu'elle tâcha de rendre à la fois reconnaissant et contrit et se retira sur une révérence sommairement exécutée qui parut tous les ravir.

Elle traversa le restaurant de l'hôtel d'une allure aussi digne que possible, se retenant de presser le pas alors qu'elle n'aspirait qu'à retrouver la solitude oppressante de sa chambre, au tout dernier étage. A mesure qu'elle s'éloignait de son père et de sa joyeuse assemblée, elle sentait la maîtrise de son corps lui échapper ; un tic agita sa paupière droite, son menton se mit à trembloter légèrement. Sa poitrine se souleva comme pour aspirer plus d'air qu'elle ne voulait consentir à lui en céder. S'efforçant de garder le contrôle jusqu'au bout, elle gravit les marches des six étages en se focalisant sur le décompte acharné de chaque degré qu'elle franchissait, s'interdisant la moindre digression.

Avec un geste lent et mesuré, elle effleura enfin la porte de sa chambre, qui s'ouvrit après un léger déclic. La seconde d'après, elle refermait brusquement le battant derrière elle et s'y adossait, le souffle aussi court que si elle avait grimpé ces fichues marches en courant. Alors seulement, dans l'obscurité de la pièce luxueuse, elle laissa son masque diurne se fendre et disparaître, révélant le voile de hantise et de douleur mêlées qu'elle dissimulait depuis presque une semaine sous un vernis de bonne éducation. Un sanglot lui échappa enfin, résonna un instant avant de s'éteindre dans le silence, et elle se laissa glisser jusqu'au sol où elle se recroquevilla, les yeux grands ouverts sur le vide qui s'ouvrait devant elle.

Dans la vie même de Loevi, il y avait une large différence entre les jours et les nuits – c'était pire encore depuis l'incident du Timorium. Sous les rayons du soleil, elle tendait ses traits en un sourire forcé, figé, singeant de son mieux les bonnes manières et la soumission de bon aloi que son père attendait de son petit trophée BloodDust, ou affichait cette forte volonté et cette détermination qu'elle aimait arborer pour dissuader les gens de trop l'approcher ou les forcer à répondre à ses moindres désirs.

Mais, dans la noirceur de la nuit et de son âme mise à nu, elle se laissait envahir par ses propres ténèbres – tétanisée par la crainte d'elle-même et tenue en éveil par de violents cauchemars qui la réveillaient presque toujours en sursaut. Hantée par cette image d'un Willem Wyndham vulnérable, devenu victime d'une peur viscérale, solide pilier vacillant sur ses fondations. Par sa seule faute.

Pour avoir fait sombrer son professeur, elle sombrait à son tour.

Elle l'avait amplement mérité.

En vérité, elle n'avait pas mieux dormi ces cinq derniers jours qu'au cours des semaines précédentes ; seule une abondante couche de maquillage magique avait permis de masquer les affreux cernes noirs qui ornaient ses yeux – maquillage qu'elle pouvait rendre inefficace en à peine quelques heures. Elle continuait donc de stagner dans le même état qu'au moment où elle avait attaqué Wyndham, en équilibre instable entre frayeur et fureur. Proche sans doute d'une forme de folie qui menaçait à tout instant de s'emparer d'elle tout entière.

La folie, elle connaissait.

La culpabilité aussi.

Merlin, Wyndham allait-il bien ?


~¤~

Samedi 24 Décembre 2011


Emmitouflée dans son épaisse cape d'hiver, Loevi flânait sur le Chemin de Traverse en posant sur les vitrines et les gens un regard distrait, absent. Parfois, un objet ou une couleur retenaient son attention et, après avoir longuement observé ce qui avait titillé ainsi sa conscience, elle se demandait invariablement ce qu'elle cherchait, au juste. A priori, rien ; elle n'était venue que pour passer le temps, sortir un peu de l'atmosphère étouffante du manoir BloodDust. Pas pour acheter quoi que ce soit ni même rencontrer quiconque.

Pourtant, alors qu'elle venait de passer pas loin d'un bon quart d'heure devant la Ménagerie magique à tapoter sur la vitre comme une gamine pour attirer l'attention d'un adorable chaton brun, elle finit par comprendre. Et ce ne fut pas pour lui plaire.

Elle se redressa en grimaçant, agacée par son propre comportement. Ce qu'elle cherchait ? Rien de moins que quelque chose à offrir. Un cadeau. De Noël. Pour Willem Wyndham.

Merlin ! Quel Doxy l'avait piquée pour qu'elle se mette une telle idée en tête ? Ça dépassait l'entendement. Offrir quelque chose à un professeur, en particulier celui-là, était bien la dernière chose à faire, elle le savait pourtant très bien. Elle avait voulu se montrer polie envers Anderson, la première année, politesse qu'il lui avait bien mal rendue. C'était certain, on ne l'y reprendrait plus.

Surtout connaissant la position de Wyndham vis-à-vis de l'argent et de l'usage que l'Héritière BloodDust avait l'habitude d'en faire. Bref, elle n'avait que des raisons de ne pas s'encombrer de ces absurdes considérations hivernales.

Après un dernier coup d'œil en direction du chaton qui s'agitait au milieu de ses semblables comme s'il voulait qu'elle le prenne avec elle, elle resserra sa cape autour d'elle et s'éloigna d'un pas vif, bien décidée à s'ôter de la tête cette idée idiote de cadeau de Noël. Elle n'avait pas envie de lui donner quoi que ce soit, et il était assez évident qu'il n'avait pas envie de recevoir quoi que ce soit de sa part. A dire vrai, elle ne savait même pas s'il accepterait de la revoir. Sans doute pas.

Après son retour de France, Loevi n'avait plus remis les pieds à la salle Rosalind A. Bungs, ni même approché de près ou de loin du bureau de son professeur – ex-professeur, peut-être. En vérité, elle avait soigneusement évité de se retrouver devant lui, allant jusqu'à sécher également ses cours officiels ou s'éclipser dès qu'elle le voyait apparaître sur son chemin. Elle continuait de le fuir. Et elle craignait fort qu'il n'ait remarqué son manège – elle ne voulait pas se demander ce qu'il devait penser d'elle à présent.

Elle n'y pouvait rien, c'était plus fort qu'elle. Peu importait combien elle avait besoin de ses cours, de son aide, elle ne pouvait pas le regarder en face. Elle n'était pas prête à l'affronter. Et parce qu'elle était lâche, rien ne changeait. Ils ne s'étaient pas vu pendant plus d'un mois.

Cela lui semblait une année entière.


~¤~

Dimanche 1er Janvier 2012


Colis à l'attention de Willem Wyndham, professeur à Poudlard University, Royaume-Uni, en provenance de Chine.
Estampillé Huáng Yè Yīng Ltd*

A l'intérieur, un coffret de bois serti de nacre, sur lequel est gravé la terme Rossignol Rouge, renferme un petit rossignol dans un écrin de velours rouge. L'oiseau est en tout point semblable à un vrai, excepté ses yeux qui sont faits de deux petits saphirs brillants. L'objet semble inanimé.


A l'évidence, il s'agit d'une œuvre élégante et d'une rare finesse, exécutée par des artisans sorciers triés sur le volet. Un présent manifestement hors de prix.

Le paquet s'accompagne d'une carte imprimée à la baguette, impersonnelle et non signée, et d'une notice rédigée sur Vélin Dynastie, assurant la traduction instantanée du texte selon la langue du lecteur.


Notice:
 

Huáng Yè Yīng*:
 

~¤~

Mercredi 4 Janvier 2012


Trois jours s'étaient écoulés depuis la reprise des cours.

Trois jours durant lesquels Loevi avait recommencé à éviter son professeur particulier avec autant d'application qu'elle l'avait fait avant les vacances. Elle s'était fait porter pâle dès le premier jour, renouant avec son angoisse à la seule idée de croiser son regard, de découvrir au fond de ses yeux tout le mépris et la déception qu'il devait ressentir à son égard. D'y trouver la réponse à cette question qui la tenaillait depuis plus d'un mois – un rejet pur et définitif.

Trois jours durant lesquels elle n'avait cessé de l'observer du coin de l'œil, le détaillant avec obsession pour tenter de déceler les traces de son malaise, les séquelles possibles de cette virée en enfer. Pour s'assurer sans jamais y parvenir vraiment qu'il allait bien, qu'il était sorti indemne de tout cela. Il n'avait pas une seule fois paru se soucier d'elle, ni même seulement réaliser qu'elle était là, tout près, à un regard de lui. Plus inquiète qu'elle ne l'admettrait jamais.

Trois jours durant lesquels elle s'était interrogée sans fin sur ce qu'elle allait faire ce mercredi-là. Se demandant si elle devait se présenter à la salle Bungs, comme si rien ne s'était passé. Le voulait-elle ? Et, surtout, Wyndham serait-il là ? Elle songeait que non, pas après l'incident et toutes ces semaines de silence mutuel. Parfois, elle se mettait à penser que si, qu'il avait juré de ne pas la laisser tomber et qu'il ne reviendrait pas sur sa parole.

Deux minutes avant l'heure habituelle du rendez-vous, elle hésitait encore. Même arrivée devant la porte, effleurant la poignée du bout des doigts, anxieuse, elle hésitait encore. Et s'il n'était pas là ? Et s'il lui demandait de ne jamais revenir ? Elle l'imagina là, assis sur sa chaise à l'attendre, comme il le faisait toujours ; puis l'image de la salle vide s'imposa à son esprit, et elle sut qu'elle n'entrerait pas. Elle préférait ne pas savoir, continuer à croire un moment encore qu'il ne l'avait pas abandonnée, qu'il n'avait pas suivi l'exemple d'Anderson. Que ferait-elle, si c'était bien le cas ? Que ferait-elle s'il refusait de l'aider ?

Pourquoi, comment arrivait-il à la mettre dans un tel état de doute, d'insécurité ? Cela ne lui ressemblait pas, de se renfermer de la sorte au lieu de combattre les obstacles avec toute l'obstination qui la caractérisait. Ce n'était pas elle, cette résignation face à un homme qui prétendait prendre l'ascendant sur elle. Elle n'avait pas non plus pour habitude de s'inquiéter pour qui que ce soit, pas depuis longtemps. Ni de craindre le rejet – de qui que ce soit.

Wyndham était différent. Peut-être était-ce pour cela qu'elle le craignait autant – qu'il l'obsédait autant.

Elle recula d'un pas, irritée et effrayée. Elle commençait à comprendre que, quoi que lui réserve cette pièce ce soir, elle n'était probablement pas encore prête à l'assumer. Elle ramena sa main contre elle dans un geste impulsif, comme si elle s'était brûlée. Tout ça n'avait pas le moindre sens ; mais plus rien n'avait vraiment de sens depuis qu'il était entré dans sa vie. Elle se sentait complètement dépassée. Et c'est précisément pour cette raison qu'elle s'éloigna de la porte sans même avoir osé y frapper, indécise. Troublée.
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Willem Wyndham
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MessageSujet: Re: To tame or to be tamed   Dim 9 Oct - 10:24

A l'instar de tous les mercredis et de tous les vendredis soirs qui avaient précédé ce mercredi-là, Wyndham attendait, inconfortablement installé sur une chaise trop basse. Ainsi s'était-il tenu, le dos droit trahissant une tension qui n'affectait pourtant pas l'expression de son visage, le regard porté sur le parc du château par-delà l'unique fenêtre ouvrant la pièce sur l'extérieur.

Ce jour-là, pas plus que les précédents, le Gallois ne prêtait attention aux éléments qui l'entouraient. Le grincement du bois des charpentes ou le tapotement furtif des quelques souris qui hantaient le fond de classe ne parvenaient pas à le distraire de ses pensées. S'il y avait une chose dans laquelle Wyndham excellait, c'était bel et bien dans la puissance de sa concentration. Même la vue d'un Sombral tournoyant au-dessus de la Forêt Interdite ne lui arracha qu'un bref regard. Il guettait quelque chose au-delà des bruits quotidiens émis par un château en perpétuelle frénésie. Il guettait et se tenait prêt. A quoi exactement? Il n'en avait pas l'ombre d'une idée. Rien de précis mais peut-être un semblant de soupçon. Le bruit d'un pas. Un pas précis, léger. Familier. A ce jeu-là, il n'avait jusqu'à présent récolté que le «silence». L'absence. Qui, vendredi après mercredi et mercredi après vendredi, était venu poser un curieux mélange de soulagement, d'anxiété et de culpabilité sur la fébrilité de ces heures d'attente vaines. Le Gallois n'avait pas pour habitude de se vautrer dans l'auto-analyse et il s'était ainsi tenu à une distance prudente des questions que sa dernière entrevue avec l'élève Leroy aurait pu susciter. Il n'avait guère de temps à accorder à ses états d'âme et jugeait d’ordinaire comme une faiblesse que de se complaire dans des émotions alambiquées et tourmentées. Il s'était contenté de constater un retour glacial de son indifférence méprisante dans ses rapports humains, qui contaminaient malheureusement ses aptitudes professionnelles. Il se perdait ainsi parfois en réflexions stériles sur la façon dont Leroy avait bien pu réagir à ce dernier épisode de leurs entrevues bi-hedbomadaires. Pas un instant, pourtant, il n'envisagea ou ne craignit qu'elle ait pu s'être mis en tête de propager par le menu les «évènements» auxquels elle avait assisté. Lui qui avait toujours pris garde à tenir sa vie privée à l'écart de la collectivité (ce qui, au Ministère comme à Poudlard, relevait parfois du challenge) n'avait pourtant pas trouvé l'occasion de s'en réjouir. Pourtant, les jours suivants avaient filé sans que vienne se greffer une quelconque appréhension relationnelle à son mal être. Principalement, peut-être, parce que la jeune femme n'était pas réputée pour la richesse de sa vie sociale mais plutôt pour sa réserve et les distances qu'elle semblait instituer entre elle et autrui. Peu de risques, donc, qu'elle passe ses heures creuses dans la narration de la folie sous-jacente et des phobies de l'enseignant en Créatures Magiques. Mais également parce qu'il ressentait cette conviction profonde, née de leurs tête-à-tête rituels, qu'elle ne le trahirait pas. W. aurait été dans l'incapacité de formuler convenablement cette impression, qui n'avait fait que l'effleurer, mais elle le privait de l'appréhension d'entendre sur son passage rires et chuchotements. Pas le moindre murmure, ni la moindre bribe de feedback ne lui était parvenu. Étudiants comme collègues continuaient de l'appréhender avec un respect mâtiné de distance pour les uns, voire une franche antipathie pour les autres.

Tout était au mieux dans le meilleur des mondes.

Presque.

Des jours qui avaient suivi cette soirée du 18 novembre, il ne conservait qu'un souvenir diffus où s'entremêlaient des nuits gorgées de cauchemars et des jours traversés par la fatigue et des questions redondantes. Il n'avait que peu pensé à Leroy, obnubilé par la découverte récente de ces fragments d'enfance tronquée. Le congé de Noël était loin dans le temps et l'interrogatoire auquel il avait pensé soumettre sa génitrice s'était dissolu de lui-même. Une fierté bancale avait fini par le saisir, lui refusant le luxe de trouver les réponses ailleurs qu'en lui-même.
Les heures perdues à attendre Leroy, malgré son mot d'excuse et quand bien même il avait su pertinemment qu'elle ne se présenterait pas ces soirs-là, ces heures vacantes dans une salle vide, avaient été mises à profit pour sonder sa mémoire, à se demander combien de souvenirs d'enfance lui avaient été ainsi amputés. Mais curiosité puis entêtement ne l'avait mené nulle part. Il percevait bien des vides dans le récit de ses jeunes années, mais il lui était impossible de déterminer si ces amnésies avaient trait au temps qui effaçait naturellement images et sons, ou si elles étaient effectivement dues à quelques manipulations magiques.

Wyndham s'était ainsi retrouvé à flirter avec des idées qui était tout sauf saines et paisibles, et qu'il se hâtait de chasser lorsqu'elles se faisaient trop insistantes. Mais, en dépit de ses efforts répétés, la solution entrevue persistait à le harceler. En dépit de la terreur et de l'humiliation vécue, comment ne pas songer à réitérer l'expérience de ce 18 novembre. De toute évidence, Leroy avait besoin de s'entraîner. Et il lui était devenu presque vital, à lui, Wyndham, de se souvenir.

Quel genre d'homme était-il donc pour s'autoriser un tel raisonnement? Quelle folie l'avait saisi pour envisager une telle extrémité?

La disparition quasi-complète de l'élève Leroy dans son quotidien l'aida à se défaire de ces idées saugrenues. Quand arriva la fin décembre, il aurait presque juré n'y avoir jamais songé.
Mais, alors même que ces fameuses «idées saugrenues» se faisaient plus discrètes, par un délicat mouvement de balancier, ce fut ladite disparition de Leroy qui commença à lui chatouiller le subconscient. Un sentiment de malaise diffus qui lui était parfaitement étranger commença, mi-décembre, à le titiller désagréablement. De source sûre (il possédait suffisamment d'yeux et d'oreilles dans le château pour être tenu au fait des évènements au sein de l'école), W. savait que Leroy avait fini par reparaître. Elle menait sa drôle d'existence, se levait, déjeunait, assistait aux cours. Sauf aux siens. Sans commentaire.
Avec ces simples considérations, il n'était pas nécessaire d'avoir un Q.I. explosif pour comprendre qu'elle l'évitait. Charmant. Il ne s'agissait pas vraiment d'une question d'orgueil froissé (sa côte de popularité auprès de quelque public que ce soit n'avait jamais eu d' intérêt à ses yeux. Il agaçait, ennuyait, indifférait et c'était tant mieux). Il ne s'agissait pas non plus d'un sens du devoir chevillé au corps (s'il lui avait fallu courir après les retardataires et absentéistes en tout genre, il n'y avait pas assez de vingt-quatre heures dans une journée pour s'acquitter de la tâche). Il s'agissait... d'il-ne-savait-quoi et le simple fait de perdre du temps à essayer de s'en démêler l'exaspérait. L'attitude de l'élève Leroy l'agaçait. ... et son silence sans fin lui aiguisait les nerfs.


Les vacances de Noël avaient donc constitué un break agréable, mettant un frein au semblant d'agitation intérieure dont il était la victime non consentante. Break agréable qui l'avait plongé dans un retour bienvenu à la normalité... jusqu'à l'arrivée du colis. Il n'y avait tout d'abord prêté aucune attention. Wyndham, comme tout être humain normalement constitué, recevait son lot de courrier quotidien et ne se montrait pas toujours d'un empressement exemplaire à en découvrir le contenu.
Une fois déchiffrée, l'origine du paquet ne l'avait pas interrogé outre mesure. Ni même le fait qu'il s'agisse apparemment d'un présent un tant soit peu hors saison. Même quelqu'un de solitaire et de hautain comme lui se comptait quelques amis proches qui n'hésitaient pas à dépenser temps et gallions dans le seul but de lui faire plaisir... ou de s'attirer les faveurs d'un expert en Créatures Magiques avec contacts au Ministère en bonus. Mais, dans l'un ou l'autre des cas, amis ou lèches-bottes en veine de piston, les expéditeurs ne manquaient pas de joindre un mot à leur envoi. Ou de signer, pour le moins. Or, le colis en question ne recelait pas la moindre signe. Rien qui puisse lui permettre d'identifier l'expéditeur. Mais, après deux jours passés à infliger anti-maléfices et autres sortilèges de détection, que même quelqu'un de moins prudent que lui n'aurait manqué d'exécuter, Wyndham dut se rendre à l'évidence qu'il était la cible - une première! - d'un cadeau anonyme. La stupéfaction ne laissait guère de place à la satisfaction ou au contentement. Quelques jours supplémentaires s'avérèrent nécessaires pour qu'il saisisse l'ampleur du présent qui lui avait été fait.


A l'instar de tous les mercredis et de tous les vendredis soirs qui avaient précédé ce mercredi-là, Wyndham attendait, inconfortablement installé sur une chaise trop basse. Mais, à la différence de tous ces mercredis et de tous ces vendredis, une boîte estampillée de chine, reposait sur ses genoux. Son regard était tout aussi inexpressif qu'à l'ordinaire mais ses doigts caressaient avec légèreté l'oiseau inanimé qui reposait sous ses doigts.
Un tic agita sa paupière gauche, quelques secondes avant que ses lèvres ne remuent, prononçant la formule qu'il connaissait par cœur sans même l'avoir appris.

- "Réveille-toi, rossignol...

Ses yeux s'abaissèrent pour contempler le rossignol immobile.

- ... réveille-toi Absolem et chante pour moi" !

Un tressaillement agita le corps frêle du volatile, avant que ses paupières ne se soulèvent pour dévoiler deux yeux de rubis.
L'oiseau, éveillé, émit quelques trilles alertes, puis battit des ailes avec grâce et s'envola avec élégance dans la salle Rosalind A. Bungs, effectuant des cercles concentriques autour de W.
A croiser son regard animal, à observer son vol en silence, un sentiment étrange pinça la gorge du Gallois. Intraduisible.
Jusqu'à présent, il n'avait jamais adopté une quelconque créature, magique ou moldue. "Adopté" car en aucun cas, il ne considérait qu'un être humain soit à même de posséder un animal. Pas plus qu'on ne pouvait posséder un autre être humain. Il s'agissait avant tout de routes qui se croisaient, de compagnies qui s'accordaient. Il s'était pourtant refusé à accepter de prendre la responsabilité d'un autre être, de lui imposer son existence, d'entraver sa liberté, sa nature sauvage. Aujourd'hui, il y avait pourtant une nuance d'instaurée. Absolem, puisque tel était désormais son nom, n'était pas une créature vivante à proprement parler, mais un bijou d'artisanat magique et, en ce sens, cela faisait toute la différence. Wyndham pouvait accepter l'idée d'adopter un oiseau qui n'avait jamais été libre, sauvage ou même vivant. Et il puisait pourtant du réconfort à la vue du rossignol, à l'écoute de son chant. Et il...

Toute à sa découverte et à la joie presque enfantine qui s'était emparée de lui, il avait momentanément relâché son attention et faillit ne pas entendre la faible sonorité de pas incertains qui s'étaient égarés aux alentours de ce bout de couloir qui jouxtait la salle Bungs.

* Egarés...? *

Rien n'était moins sûr.
Avec l'instinct qui faisait de lui un formidable traqueur en milieu sauvage, Wyndham avait la certitude puissante que les pas au dehors, timides, n'avaient rien d'innocents ni d'hasardeux.
Mais déjà ils déclinaient et s'éloignaient.
Sans réfléchir, il détacha son regard d'Absolem, se saisit de sa baguette qu'il conservait toujours à portée de main et, d'un geste sec, lança un sortilège, faisant grincer les gonds de la porte qui s'ouvrit en grand. Le Gallois s'en détourna aussitôt, saisit d'une nervosité qu'il lui fallait à tout prix dissimuler. Se dirigeant vers une armoire en bois qui avait connu des heures meilleures, il s'acharna à tenter de ranimer son austérité et son indifférence qui avaient volé en éclat quelques instants plus tôt. Il lui semblait vital de parvenir à conserver son masque de froideur et de distance, même avec l'élève Leroy. Surtout avec l'élève Leroy.
Et, à l'instar des nombreux doutes qui l'avaient assaillis depuis cette soirée de novembre, W. se découvrait incapable de faire la part des choses, entre son désir de voir Leroy décliner une fois de plus leur rendez-vous et ce, pour sa propre tranquilité, et une autre aspiration qui était de se retrouver enfin face à face avec elle, de cesser de fuir comme un couard et d'affronter la situation. Avec froideur et distance. A condition qu'il y parvienne.

- Connaissez-vous le maléfice de Guineum, élève Leroy., interrogea-t-il le vide à voix basse. Son murmure devait néanmoins parvenir jusqu'au couloir. Et Wyndham était certain que l'élève Leroy ne parviendrait pas à se détourner d'une interrogation directe. Son ton, néanmoins, se démarquait de son intonation habituelle. Un soupçon plus fébrile, peut-être. Un semblant plus humaine. Rien de chaleureux ou d'amical pour autant. Juste l'impression qu'une fois n'était pas coutume, le véritable Wyndham perçait derrière son apparence austère.

De l'armoire, l'enseignant sortit une vulgaire poupée de son, attifée d'une robe de coton.
Il se retourna enfin, l'artefact magique coincé sous un bras.

- Il s'agit d'un sortilège complexe qui a pour but d'insuffler un semblant de vie à un objet inanimé. Bien que dépourvu d'âme, cet objet devient à même de réagir comme le ferait un être humain normal. Néanmoins, une fois le sortilège levé, l'objet en question redevient impersonnel et sans vie.

Dans sa main, la poupée demeurra silencieuse, se contentant de cligner des yeux, yeux qui ressemblaient à s'y méprandre à des boutons.

- Les sorciers recourent au Guineum dans le cadre d'expérimentation. En ceci, nous nous distinguons des Moldus qui effectuent leur test en tout genre sur des animaux, voire sur leurs semblables. Ce maléfcice est utilisé au sein du Ministère, par la Commission des Sortilèges Expérimentaux, notamment.

Sinon, comment tester puis rendre officiels des sorts d'une complexité ou d'une efficacité telle qu'il n'en existait pas toujours de contre-sort?
A mesure qu'il parlait, Wyndham sentait lui revenir l'entierté de son contrôle. Il gardait néanmoins le regard détourné de Leroy. Par précaution.

- Pour ce faire, nous utilisons souvent des objets anthropomorphiques. Leurs réactions sont calquées sur celles de l'être humain. La ressemblance en est parfois troublante.

Les objets soumis à Guineum semblaient ainsi victimes d'émotions qu'ils ne pouvaient pourtant pas ressentir.

- Le Guineum, ou sortilège-cobaye se révèle très utile dans de nombreux cas de figure.

Un silence.
W. soupira sans bruit. Il avait fait son choix. Il ne se soumettrait donc pas à la magie vacillante de Leroy pour tenter de retrouver ses souvenirs perdus.

* Pour l'instant... *, songea-til, comme s'il prenait plaisir à flirter avec le danger suscité par cette idée. Mais il devait résister. * Pour l'instant... *

- C'est ce que nous allons utiliser pour la séance d'aujourd'hui.

Il ne s'enquérit pas de sa santé. Ne demanda pas de nouvelles.
Il se comportait comme si rien ne s'était passé. Presque.
Mais le fantôme des non-dits semblaient flotter dans la pièce, entre lui et la porte.

Dans la salle R.A. Bungs, Absolem voletait gaiement.



Dernière édition par Willem Wyndham le Dim 1 Avr - 10:23, édité 2 fois
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: To tame or to be tamed   Jeu 15 Déc - 19:49

Le grincement de la porte résonna dans le silence comme le grondement sinistre du tonnerre, immobilisant l'étudiante en fuite à quelques pas seulement de l'ouverture désormais béante. Pétrifiée, tétanisée, elle écouta les bruits légers qui s'échappaient de la salle ; le couinement familier de semelles sur les pierres, le souffle d'une respiration que l'on tente d'égaliser, avec peine. De ses pensées subitement engourdies, elle ne parvenait à extraire qu'une unique certitude : il était là. Après tout ce temps, après toutes ces erreurs et ces absences muettes, il était là, à l'attendre encore et encore, avec obstination, persuadé qu'elle finirait par revenir à lui comme l'insecte attiré par la lumière.

Pourquoi ? Depuis quand ? Combien de temps avait-il passé, seul dans cette salle, à attendre quelqu'un qui ne venait pas ? Pourquoi s'être acharné malgré tout, pourquoi y avoir cru, quand tout tendait à lui prouver que c'était fini, qu'elle ne reviendrait plus ? Qu'elle ne voulait plus même seulement exister pour lui ? Qu'avait-il espéré ? Qu'avait-il pensé d'elle, l'absente, la parjure, l'éternelle lâche qui malgré toute sa morgue s'enfuyait au moindre faux pas ? Qu'avait-il... ressenti, durant ces longues heures de latence, d'inexistence ?

Tout cela, elle ne voulait pas le savoir. Parce que les réponses lui faisaient peur. Parce qu'elle ne comprenait pas, tout simplement. Elle aurait voulu disparaître, rejoindre le néant avant qu'elles ne lui parviennent d'elles-mêmes, réelles et brutales telles de lames de couteau.

Mais, presque aussitôt, sa voix lui parvint, rassurante et cuisante, comme le souvenir tremblant de ces quelques secondes d'horreur, l'écho inversé de ce jour qui aurait pu tout détruire. Elle avait quelque chose d'étrange, un soupçon de vibration inhabituel, une évocation de faiblesse et d'hésitation troublante, dérangeante. Car, au-delà de la question en attente, au-delà de la porte ouverte, de tous ces appels qui se faisaient le miroir douloureux du rejet absolu sur lequel ils s'étaient quittés, c'était cette voix, c'était l'étincelle d'humanité à peine perceptible et pourtant bien présente, c'était ce son seul qui retenait Loevi, paralysait chaque parcelle de son être. Un son qu'elle avait tant espéré, tant redouté d'entendre à nouveau...

Dans ces premiers mots, dans cette interrogation simple et pourtant si lourde de sens, dans ce grincement de gonds presque désespéré... dans ces quelques secondes insignifiantes s'étaient transmis plus de ressentis et de non-dits enfin formulés qu'ils n'en avaient eus jusqu'alors, comme si les silences et les frémissements, les intonations et les gestes invisibles avaient pu porter en eux la vérité nue, dépouillée, aussi vierge de corruption qu'un nouveau-né. La jeune fille y avait perçu comme un pardon mutuel, un besoin égal de se reconnaître, de s'absoudre, de tout recommencer. Avait-elle rêvé tout ceci ? N'avait-elle fait que calquer sur une réalité plus cruelle les esquisses de ses propres désirs ? Ou bien Wyndham partageait-il cette envie de tout oublier, de repartir à zéro ? Mais qu'aurait-il eu à se faire pardonner, lui qui était devenu victime ?

Il l'invitait, pourtant. Le message était clair, limpide, sans équivoque. Il l'invitait et n'attendait que son retour, tel l'enfant prodigue revenu parmi les siens. Tremblante, elle s'approcha de la porte ouverte, s'adossa contre le mur, incapable de se convaincre d'entrer, de se confronter au regard de cet homme qu'elle avait failli détruire d'un sort sans maîtrise. Puisqu'il voulait encore d'elle, de ce fardeau qu'elle représentait et représenterait sa vie entière, elle ne s'enfuirait pas, parce qu'elle avait besoin de lui, de sa présence, de son approbation, aussi. De cette maudite indifférence dont il ne se départait jamais, de cette touche d'humanité qui vacillait parfois en lui. De cette opiniâtreté qui l'attachait à elle envers et contre tout. De cette force à laquelle elle essayait désespérément de se raccrocher, et de cette infaillibilité qu'elle avait peut-être brisée... Mais il lui faudrait être pardonnée, et se pardonner elle-même, pour pénétrer dans le domaine privé qu'elle partageait avec son professeur.

Puis elle entendit et comprit ce que disait celui-ci, alors qu'il continuait sur sa lancée. Guinéum. De surprise, ses yeux s'écarquillèrent. Insuffler de la vie à un objet inanimé. Etait-il possible qu'il ait deviné, qu'il ait su... Elle ne se souvenait pas avoir jamais mentionné son nom à la firme chinoise, sur n'importe quelle ligne de la missive lourde en Gallions qu'elle avait envoyée pour passer commande. Pas même une signature, rien qui ait pu relier cette lettre anonyme à sa véritable expéditrice. Etait-ce sa façon bien à lui de la remercier pour ce présent dont il ne pouvait connaître la provenance ? Ou bien n'était-ce là qu'une simple coïncidence ?

A mesure que Loevi perdait contenance, la voix de Wyndham, elle, gagnait en force et confiance, comme s'il se gorgeait de l'assurance qui s'échappait de son élève. Elle l'écoutait parler avec l'impression grandissante que tout redevenait peu à peu normal - quand tout aurait dû sombrer dans le chaos. Elle ne méritait pas une telle indulgence de sa part. Quelle part d'humanité avait-elle ébranlée en lui pour qu'il prenne la peine de chercher à la mettre à l'aise ? Pourquoi ne pas l'accabler sous les reproches, lui dire enfin le fond de sa pensée ? Pourquoi lui laisser croire que l'incident n'avait plus aucune importance, quand il était porteur de tellement de souffrance qu'il en avait instillé un soupçon de folie au fond de son regard ? Pourquoi ne rien dire ?

Elle aurait souhaité qu'il laisse sa colère éclater, comme elle l'avait souhaité après qu'elle ait fait exploser sa baguette, en cette journée lointaine, au cœur de la forêt. Non, plus encore. Elle savait qu'il lui en voulait, elle le savait - pourtant il n'en disait rien, agissant comme si rien d'extraordinaire n'était arrivé, comme si toutes ces semaines de déni n'avaient jamais existé. C'était ridicule. Elle ne pouvait pas le supporter. Elle devait savoir exactement à quel point il la méprisait désormais - à quel point il la haïssait.

Dans le silence tendu qui suivit les dernières paroles de son professeur, un chant d'oiseau s'éleva soudain, doux et mélodieux, charmeur, aussi agréable à l'oreille que le tintement cristallin de clochettes d'argent. Avec un sursaut de stupeur, un battement de cœur manqué et un souffle retenu, elle réalisa qu'il s'agissait de l'oiseau, du présent qu'elle avait fait envoyer de Chine, exécuté par les meilleurs artisans sorciers du pays pour une somme qui lui paraissait, à elle, tout à fait dérisoire, mais en aurait ruiné plus d'un. Et, surtout, que l'oiseau était éveillé. Qu'il avait un nom. Et que, sans le moindre doute possible, Wyndham lui avait donné ce nom, et l'avait adopté. Il avait accepté ce cadeau venu de nulle part. Aussi simplement que cela.

Elle s'écarta vivement du mur et apparut dans l'encadrement de la porte, tremblante, son regard cherchant fébrilement la petite silhouette gracile de l'objet doué de vie, la trouva, et s'y fixa, brillant d'émerveillement. Un sourire étira lentement ses lèvres, tandis que sa vue se brouillait légèrement, voilé par des larmes qu'elle ne se sentait pas verser, à l'instar de ce jour maudit, des semaines plus tôt. Elle dut se retenir au chambranle pour ne pas tomber à genoux sur le sol.


-Le Rossignol Rouge... murmura-t-elle, fascinée, émue au-delà des mots - autant par l'oiseau lui-même que par la signification de sa présence, de son chant. Vous l'avez éveillé... !

S'il n'avait pas su encore à qui il devait cette dépense excessive autant qu'impulsive, c'était désormais chose faite. Mais Loevi s'en fichait bien. Que l'oiseau soit pour lui une présence joyeuse et éternelle était tout ce qu'elle avait souhaité au moment où elle avait finalement cédé à la magie de Noël.
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Willem Wyndham
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MessageSujet: Re: To tame or to be tamed   Mer 2 Mai - 19:16

Le dos tourné, Wyndham se garda bien de répondre. Et s'accorda même un temps de mutisme supplémentaire. Au grand jeu du silence, que valait quelques secondes contre près de deux mois ? Une peccadille.
Un temps de mutisme, donc, pour remettre de l'ordre dans ses idées et reprendre ses esprits. Rassembler froideur et distance par brassées. Rien ne filtrerait. Ni tressaillement, ni surprise, ni reconnaissance. L'aspect personnel de leur relation avait pris fin au mois de décembre.

Si elle l'avait mieux connu, elle aurait su que sur l'échelle des comportements qui en appelaient à son mépris, les cadeaux distribués en quête de pardon, ou pis, de services, arrivaient dans le trio de tête. Rien ne l'horripilait plus que cette manière qu'avaient les êtres humains à dépenser de l'argent pour recevoir l'absolution. L'absence d'un parent compensée par des présents hors de prix, une infidélité rattrapée par un bijou, une amitié achetée à grands renforts de pots-de-vin... Écœurant. Décevant. Le seul charme d'un cadeau était dans la spontanéité d'offrir, de faire plaisir, sans la moindre arrière-pensée. A peine supportait-il déjà la valse traditionnelle des paquets pour les anniversaires et Noël. Comme si il était nécessaire d'avoir une date cochée sur un calendrier pour penser aux autres. Hypocrisie de masse.
Et Wyndham ne doutait pas un seul instant que Leroy ait quelque chose à se faire pardonner. Une autre de ses gosses de riches qui ne négociaient les relations que par le biais financiers. Il y avait des choses que ni l'argent ni les faveurs ne pouvaient acheter. Et ces choses-là étaient les seules qui avaient l'approbation du Gallois.

Le sentiment d'aigreur qui pointait à travers de cet agacement trouvait sa source dans la pensée futile, et, certes, un peu déçue, d'être obligé d'admettre que personne (anonyme ou ami) ne lui avait offert cette merveille dans le seul but de lui manifester son affection, son admiration ou toute autre forme de sentiment positif. D'admettre qu'il n'était pas quelqu'un de si exceptionnel pour mériter un tel cadeau passé sous silence. Ses rares amis auraient pourtant pu être l'expéditeur mystère. Ils n'étaient pas. Pas plus que n'était un hypothétique, mais sympathique, admirateur. Tout le portait à croire qu'il ne suscitait pas ce genre de réaction chez autrui. C'était sans doute tant mieux.
C'était pourtant dans le silence, la discrétion, que l'acte même de s'excuser par cadeau interposé se trouvait racheté. Même lui ne pouvait renier le charme de ce genre de surprise, quand le mystérieux donateur préférait le secret aux honneurs... ou aux remerciements.


Si il s'était mieux connu, peut-être aurait-il néanmoins reconnu le petit pincement dissimulé sous le dédain, qui venait en contradiction avec ses propres principes. De là à être sensible au geste, en dépit de ses assertions... Il ne fallait tout de même pas exagérer !

Fidèle à sa décision, pas un mot ne franchit la barrière de ses lèvres. Il utilisa ce silence qui s'éternisait à bon escient, retrouvant, à chaque seconde qui s'écoulait, son aplomb ébranlé. Il suffisait pour ce faire de rassembler ses objectifs et s'y tenir : refouler toute forme d'humanité personnelle pour se consacrer seulement et uniquement à l'évolution du potentiel scolaire de l'élève Leroy, tenir à l'écart toute conjecture étrangère à l'ensemble du corpus de cours qu'il s'était donné pour mission de lui distiller et garder à l'esprit le but final qui était de voir Leroy décrocher son diplôme une bonne fois pour toute. Ceci fait, il pourrait s'en retourner à la monotonie de ses cours hebdomadaires. Et autant pour la pointe de mélancolie et de nostalgie qu'il ne manquerait pas de ressentir. Il était payé pour donner des cours particuliers, eh bien, il allait en donner !

- Sortez votre baguette, élève Leroy. Je vous prie.

Ces derniers mots étaient comme martelés, dénués de toute leur nuance polie. Mais au moins, sa voix ne lui avait pas failli. Elle était demeurée ferme, droite, sans le moindre tressaillement. Ainsi pouvait-il se retourner à nouveau, tout en se gardant bien de l'affronter du regard. Il n'oubliait pas, non plus, qu'il devait garder à l'écart la tentation fugace de recourir à elle pour s'en aller enquêter dans sa mémoire défaillante.

Comme une provocation à sa distance glaciale, le nouvellement baptisé Absolem vint fureter juste sous son nez et se poser sur son épaule gauche. Autour de sa propre baguette, les phalanges de Wyndham blanchir à force de crispation. Il cilla à peine et, d'un sortilège à peine trop nerveux, plaça la poupée de son dans l'espace entre lui et Leroy. La figurine flotta quelques temps dans les airs, avant de choir doucement sur un tabouret que le Gallois avait déplacé sous elle par un simple «Mobilis Cathedra».
Deux nouvelles secondes de silence où le regard n'avait que cette frêle poupée à laquelle s'accrocher.

- Nous allons travailler le «Imprudentiam» aujourd'hui. Un sortilège souvent méprisé et surtout méconnu. Aucun effet physique particulier. Il s'agit avant tout d'agir sur le mental en inspirant à l'adversaire un sentiment de témérité frôlant l'inconscience. Donner, en quelque sorte, à l'autre une impression de confiance, une foi en son potentiel et à sa supériorité qu'il ne devrait pas ressortir... et qui le conduira à se montrer imprudent.

Il suffisait parfois d'une seconde d'erreur, d'une maigre déconcentration, d'un soupçon d'inadvertance pour renverser l'issue d'un combat.
C'était la suite logique, et surtout prudente, de la dernière leçon particulière qu'il lui avait dispensé. Ils demeuraient dans l'enceinte des sortilèges liés à l'émotion... tout en s'éloignant des sentiments trop, disons, dangereux. Il s'était préparé à parer toute forme d'agressions, volontaire ou non et ne s'attendait pas à être à nouveau la victime d'une erreur comme celle de décembre. Mais on n'était jamais trop prudent.

- Je vous laisse vous préparer.
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: To tame or to be tamed   Mar 21 Aoû - 20:45

Ce fut la voix de son professeur qui tira Loevi de sa contemplation admirative et muette de l'oiseau enchanté ; sèche, tranchante, elle dissipa tout émerveillement dans les veines de la jeune fille, la ramenant brutalement au présent. La rappelant à l'ordre. Leroy, baguette. De ce tremblement d'humanité qu'elle avait perçu, ou cru percevoir, il n'y avait plus trace. Wyndham était tel qu'il l'avait toujours été... Non. Plus cassant, plus distant que jamais. Elle baissa enfin les yeux sur lui, à l'instant où il se tournait vers elle, évitant son regard comme elle l'avait évité, lui, pendant près de deux mois. Avec application.

Ce brusque retour à la triste réalité de leurs rapports conflictuels lui fit l'effet d'une pluie glacée, lui brûlant le cœur et les yeux, lui coupant presque le souffle. Le doute s'insinua en elle. Voulait-il réellement la revoir, reprendre le cours de leurs entrevues, quand elles lui imposaient tant de sacrifices, de frustration et de souffrance ? Ou bien son invitation à entrer, à le rejoindre, n'était-elle que le fruit de ses obligations envers l'école et envers elle-même ? Se forcerait-il à accepter sa présence, souhaitant au plus profond de lui-même la voir disparaître à jamais ?

L'avait-elle tant meurtri ?

Autour d'eux, le Rossignol poursuivait ses trilles enjoués dans l'indifférence la plus totale, insensible aux drames humains qui se jouaient sous ses yeux de pierre rouge. Jusqu'à ce qu'il vienne voleter sous le nez de Wyndham, le faisant loucher comiquement durant un long moment avant d'aller se percher sur son épaule. En d'autres circonstances, Loevi aurait peut-être souri, amusée par cette scène irréelle, attendrie par l'apparente fidélité de l'item magique pour son nouveau maître. Mais la brusque tension qui s'empara ostensiblement du professeur suffit à la pétrifier d'angoisse. Et fit naître une nouvelle question dans son esprit troublé.

Haïssait-il ce présent, maintenant qu'il savait avec certitude qu'il lui venait d'elle ? Mais, dans ce cas, pourquoi l'avoir éveillé en premier lieu ? Non. Avant qu'elle ne laisse échapper cette exclamation de surprise, quelques minutes plus tôt, il n'avait eu aucun moyen de relier l'oiseau à elle, et l'utilisation du Guineum, loin d'être un clin d'œil ou un remerciement voilé, n'avait été inspirée que par l'objet lui-même. Un objet dont il ne voulait plus.

Parce que c'était elle qui le lui avait offert.

Il parut sur le point d'attraper l'oiseau pour le jeter loin de lui mais, à la place, il déplaça une étrange petite poupée d'un coup de baguette nerveux et saccadé. Rien à voir avec la fluidité et la nonchalance habituelles de ses gestes. Wyndham était rongé par la fureur - à cause d'elle. Silencieuse, l'étudiante regarda la poupée tomber sur un tabouret et se redresser maladroitement, comme mue d'une volonté propre - le Guineum. Loevi sentit une boule enfler douloureusement dans sa gorge alors que la figure de la poupée se tournait vers elle, ses traits de tissu et ses yeux de boutons mimant une curiosité tout enfantine. Odieusement humaine.

Pourquoi cette petite chose qui ne faisait que ressembler à un être humain devait-elle la regarder vraiment, sans détour, alors que Wyndham refusait obstinément de lui faire la grâce de même un simple et bref coup d'œil ? Elle réalisait avec horreur que ce qu'elle avait tant redouté toutes ces semaines s'était bel et bien produit. Elle l'avait transformé. Elle l'avait rempli de colère, de haine et... de quoi d'autre ? De crainte ? N'était-ce que la réminiscence de cette peur viscérale qu'elle avait instillée en lui deux mois plus tôt ? Ou était-ce elle qu'il craignait, elle et ses multiples et imprévisibles dangers ? Au fond, ne se servait-il pas de cette poupée comme protection, afin de détourner de lui sa magie destructrice ?

Même en y mettant toute sa mauvaise foi, Loevi ne pouvait que comprendre. Et cela faisait mal. Très mal.

Elle écouta ses explications, prononcées d'un ton mécanique, professionnel - distant - en se demandant s'il lui pardonnerait jamais. Le pouvait-il ? Rien n'était moins sûr. Elle-même, si elle s'était trouvée à sa place... Il poursuivrait la tâche qui lui avait été confiée, pourtant, quoi qu'il arrive. Il ne dirait rien, ne ferait aucune allusion - il ne le faisait jamais. Mais peut-être s'emploierait-il à lui faire regretter la moindre de ses erreurs, passées et futures, jusqu'à assouvir entièrement le profond ressentiment qui l'étouffait. Et elle n'y pourrait rien.


-Je vous laisse vous préparer.

Elle pénétra dans la salle d'un pas lent et hésitant, incapable de résister à l'autorité de sa voix. Elle ne quitta pas des yeux la poupée qui elle-même gardait ses deux jolis boutons de cuivre rivés sur elle, et s'immobilisa à distance respectueuse de Wyndham, quand tout son corps semblait tendre vers lui, avide de... de quoi ? De pardon ? De chaleur ? D'affection ? Il ne pouvait rien lui donner - il ne voulait rien lui donner, rien d'autre que rage et mépris. Tout ce qu'elle méritait. Ce qu'elle avait toujours mérité. Obéissante, elle posa ses affaires à même le sol, à ses pieds, et tint sa baguette levée d'une main tremblotante. Elle avait refusé d'user de la magie depuis l'incident, sa baguette informe restant bien sagement rangée hors de portée immédiate - sauf ce mercredi-là, en prévision. Au cas où. La tenir de nouveau entre ses doigts lui parut très étrange, presque obscène.

Un soulagement, aussi.

Qui ne fit qu'accentuer malaise et culpabilité.

Sans un mot, sans une plainte, le visage aussi inexpressif qu'il lui était possible de le rendre, la jeune femme se prépara mentalement à sa nouvelle épreuve. Elle ne visait qu'une inoffensive poupée, qui ne ressentirait rien à travers ses graines de son et ses fils cousus - mais rien ni personne n'était jamais vraiment à l'abri avec elle. Elle le savait. Wyndham le savait. C'était sans doute la raison pour laquelle il ne tenta pas de réduire la distance qu'elle avait instaurée entre eux, dans cette salle qui n'avait jamais semblé si étroite.

Le silence était lourd, étouffant - surchargé de reproches et d'excuses qui refusaient de se formuler. Loevi n'osait pas parler la première ; elle n'était pas même sûre de sa voix, piégée au fond de sa gorge douloureuse à la recherche éperdue, vaine, des bons mots. Si Wyndham ne voulait rien dire, alors elle se tairait. Elle se tairait jusqu'à ce qu'il craque, jusqu'à ce que quelque chose change. Et si rien ne changeait, peut-être alors craquerait-elle avant lui, terrassée par les remords et la certitude grandissante qu'Anderson, depuis le début, avait eu raison de souhaiter sa mort.

D'ici-là, elle suivrait les pas de Wyndham, sans ciller, sans la moindre protestation, avec en elle la conviction de ne jamais pouvoir être pardonnée et la frustration des éternels non-dits qui s'accumulaient entre eux, menaces invisibles planant sans fin sur leur trop fragile équilibre.

Sur ses joues, les larmes s'étaient lentement asséchées.


~¤~


Loevi vécut les semaines suivantes dans une sorte de brouillard, avec la vague impression d'être devenue spectatrice de sa propre existence. Elle se levait, s'habillait, rejoignait la Grande Salle pour prendre son petit-déjeuner ; elle se rendait en cours, n'en manquant aucun, et écoutait d'une oreille distraite, peu concentrée, tandis que sa plume prenait consciencieusement des notes sur un parchemin vierge - privée d'encre. Elle déjeunait. Reprenait les cours. Dînait. Les mercredi et vendredi soirs, elle se rendait à la salle Bungs, sixième étage. Toujours en retard ; cinq, parfois dix minutes. Là, elle poursuivait sagement son entraînement privé. Sans un mot.

Elle mangeait peu, dormait par à-coups. Son visage, devenu inexpressif, ne reflétait qu'un profond vide intérieur ; son aspect effrayant amplifié par les cernes de plus en plus sombres et les traits qui se creusaient peu à peu. Si elle avait paru mal en point en janvier, après deux mois d'un sommeil agité par le souvenir de la terreur absolue où elle avait plongé son professeur particulier, ce n'était rien comparé à cette mine de mort-vivant et ce corps qui s'émaciait jour après jour. Ceux qui l'avaient connue durant sa jeunesse à Poufsouffle, s'il y en avait encore pour s'en soucier, n'auraient pas manqué de rapprocher cette vision de l'époque où la jeune fille, cédant à un désespoir abyssal, avait frôlé de près l'anorexie.

Seule Elinor, unique personne que Loevi ait réellement pu compter parmi ses amis, connaissait les causes de ce comportement - en partie, du moins. L'approche imminente de la date anniversaire de la disparition d'Eleanor suffisait à contenter ses possibles inquiétudes. Elle ne savait rien de ses rapports conflictuels avec ses professeurs, tant Wyndham qu'Anderson - la jeune Héritière éprouvait trop de honte à l'égard de ses pouvoirs toujours indomptés pour oser plus que de vagues allusions à leur sujet.

Avec Wyndham, l'atmosphère était plus tendue, glaciale, qu'elle l'avait jamais été. Mais l'étudiante n'offrait aucune prise ; elle agissait avec lui comme avec tous ses professeurs : silencieuse, appliquée quoiqu’inattentive, elle obéissait à chacune de ses consignes avec une docilité extrême, confinant à la soumission. Pas un regard dans sa direction, pas un mot plus haut que l'autre. Rien qu'une marionnette en mouvement répétitif au bout de ses fils.

Paradoxalement, sa magie n'avait jamais été aussi stable. Depuis qu'elle avait repris sa baguette en main, il n'y avait eu à dénombrer aucun incident, ni débordement ni carence magiques, bien que Wyndham parût toujours à l'affût du moindre dérapage, tel un chat guettant une souris à la sortie de son trou. Mais cette nouvelle stabilité avait un prix : la puissance. Si les sorts s'exécutaient désormais de façon égale, systématique et sans surprise, ils étaient en revanche dépourvus d'intensité. Ses Wingardium et autres Accio ne soulevaient rien de plus qu'une pauvre plume et ses métamorphoses ne provoquaient que des frémissements de couleurs. Ses professeurs continuaient à désespérer.

Et Wyndham à se taire.


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Vendredi 24 Février 2012


Loevi repoussa son assiette avec un soupir las ; elle n'avait fait que grignoter sans le moindre appétit et, malgré toute sa gourmandise, le dessert ne lui faisait pas envie. Autour d'elle, le bruit et l'agitation devenaient insupportables. Il était peut-être temps de tirer sa révérence... Elle se leva, jeta un rapide coup d'œil à la table des professeurs où Wyndham, l'air pincé, répondait à un voisin sans doute un peu trop bavard, et quitta la Grande Salle sur cette dernière image. Elle avait encore un peu de temps libre avant son cours particulier. Un peu trop - pas assez. Par habitude, elle se dirigea vers la tour d'Astronomie.

Cela faisait longtemps qu'elle n'y était plus montée. Petite fille, ses hauteurs avaient représenté son seul refuge, un havre de solitude au cœur d'un monde qu'elle ne comprenait pas. Qui ne la comprenait pas. Même sujette au vertige, elle venait là en quête de tranquillité, et de quelque chose sur quoi elle n'avait jamais pu mettre de nom. Cette peur primitive qui s'emparait d'elle à chaque fois qu'elle s'éloignait du sol semblait lui redonner un peu de force, de courage.

Elle n'avait pas toujours été victime de cette phobie des hauteurs : très jeune, au manoir, elle s'amusait déjà à grimper aux arbres et arpenter les toits jusqu'aux cheminées noires de suie, suivant son cousin dans ses jeux et ses défis, inconscients des dangers. Puis il y avait eu le premier cours de vol, le premier accident, les deux suivants... et tout avait changé. Le ciel avait soudain pris une allure angoissante, et le vide avait commencé à lui donner des sueurs froides.

C'était cette terreur viscérale qu'elle s'était plue à narguer par la suite, provoquant en elle une émotion plus puissante que toutes ces craintes qu'elle essayait d'étouffer. Avec le temps, c'était devenu son seul moyen de les faire taire. De les oublier.

Elle avait cessé de se rendre à la tour d'Astronomie à son entrée à l'université. Cette habitude absurde - cette preuve de faiblesse - ne cadrait pas avec ce qu'elle croyait être devenue : une jeune femme forte et déterminée, qui n'avait pas besoin de l'approbation des autres pour avancer, de comprendre le monde pour y forger sa place. Elle avait cru y parvenir. Et puis, hiver 2010... tout avait de nouveau basculé dans les ténèbres.

Elle avait regardé Natacha Palmirya, et avec elle Antarès et toute l'Opposition, reprendre Eleanor des mains de la Résistance en elle avait eu la naïveté de placer sa confiance. Impuissante, parfaitement impuissante malgré son tout nouveau poids politique - encore trop faible, trop fragile, une notoriété nouvelle née qui ne lui était, à cette époque, d'aucun secours. Elle s'était vue sombrer dans les affres du désespoir sans rien pouvoir y faire ; sans même essayer. Et l'angoisse des hauteurs était revenue la hanter.

Nuit après nuit, elle s'était tenue au sommet le plus élevé du château, pétrifiée à la fois par la détresse la plus profonde qu'elle ait jamais connue et par les vertiges. Sans dormir, sans manger - comme maintenant.

Après cela, lorsqu'elle avait réalisé qu'elle avait perdu sa trop précieuse cousine, dernière lueur d'espoir et de vie dans une existence faite de noirceur, elle en avait presque suffoqué de douleur. Profondément abattue, plus seule que jamais face à l'adversité, elle avait gagné la tour et, là, avait tiré son éternel poignard d'argent, héritage maudit d'une lignée de femmes assassines. Elle l'avait observé, longuement, songeant à ce futur possible - impossible - où un malencontreux incident l'avait projetée deux ans plus tôt. Un futur insensé où, désireuse d'empêcher quiconque de mettre la main sur Eleanor et ses mystérieux et convoités pouvoirs, elle avait elle-même mis fin à ses jours avant de se donner la mort, victime d'une sombre folie. Avec ce même poignard.

Et ce soir-là, anéantie par la disparition de sa chère Eleanor, Loevi avait dangereusement flirté avec l'image de cette lame d'argent perçant sa chair tandis qu'elle fredonnait, égarée, fiévreuse. Le sang avait perlé... et le geste lui avait soudain fait horreur. Elle avait violemment sursauté en laissant échapper un bref cri, rejetant le poignard loin d'elle d'un geste instinctif. Elle avait dû passer des heures, le lendemain, à chercher son héritage malsain dans les broussailles du parc.

Quelle différence y avait-il, au fond, entre ce jour-là et l'instant présent ? Le poignard, minutieusement dissimulé aux tréfonds de son armoire. Mais le reste - l'affliction, l'abattement - le reste n'avait pas changé. Elle n'avait pas non plus trouvé le moindre indice concernant Eleanor, après tout ce temps : même l'Opposition semblait avoir perdu sa trace. C'était à en devenir dingue. Entre ses vaines recherches et ses déboires avec Wyndham, Loevi était presque certaine de ne plus être tout à fait saine d'esprit.

L'avait-elle jamais été ?

Parvenue au bout de l'interminable escalier, l'étudiante ouvrit enfin la porte de bois qui s'écarta en grinçant sinistrement dans le silence de la nuit tombante ; un vent froid s'engouffra par l'ouverture comme pour la repousser en arrière mais la jeune femme sortit sans montrer la moindre hésitation. Elle se sentait appelée, ce soir comme les soirs précédents. Appelée par le vide qui n'attendait que l'instant où il s'étalerait sous ses pieds, dans toute sa grandeur.

Elle referma la porte, posa ses affaires au sol, avant de rejoindre le mur crénelé, les yeux rivés sur le soleil qui se couchait, au loin. Spectacle hypnotique qui mêlait sa voix à l'appel impérieux qui résonnait dans son âme depuis longtemps. Avec des gestes lents, presque sans y penser, elle agrippa la pierre, se hissa sur un créneau bas, s'offrant tout entière, tremblante, à la tempête glacée qui emprisonnait le sommet de la tour dans ses griffes acérées. Elle ferma les yeux, inspira profondément. Relâcha la pression de ses doigts sur les murets surélevés pour étendre les bras en croix, la tête rejetée en arrière. Goûtant les spasmes que le vertige instillait en elle. L'esprit engourdi, hanté par une seule pensée, une seule image, la même qu'un an plus tôt, presque jour pour jour : le visage souriant d'Eleanor.

Ce soir-là, contrairement aux précédents, Loevi n'entendit pas l'horloge du château carillonner, annonçant l'heure de son rendez-vous avec Wyndham.
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