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 Ceux qui t'aiment comprendront

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Shawn Page
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MessageSujet: Ceux qui t'aiment comprendront   Mar 1 Fév 2011 - 3:10

Spoiler:
 

INTRODUCTION

PETIT MUSÉE - BUREAU D'ULYSSE

« — Elliot, je suis désolé de te demander ça mais il faut que tu m’aides. Si, toi, tu as choisi d’être Neutre, moi, en revanche, je n’ai pas choisi mon camp. D’autres, comme moi, n’ont rien décidé non plus... ce n’est pas normal, tu le sais. Mais le choix de ta neutralité ne peut pas être exempt de compassion et de solidarité. Je ne te demande pas de prendre parti mais de m’aider à décider des lignes de mon destin. Cette histoire, c’est ça... c’est exactement ça... c’est prendre mon destin en main. Sauf que pour avancer, je vais avoir besoin de mes amis. »

Ulysse se tenait assis en face d’Elliot. Je ne savais pas s’il s’était rendu compte que, tout le visage et la voix accaparés à essayer de le convaincre, dans son emportement, il avait saisi les deux mains du chanteur. Ce dernier le regardait comme s’il découvrait son ami pour la première fois. Il paraissait être en prise à une réflexion intérieure intense où il réévaluait le réel degré de sympathie qu’il avait éprouvé jusqu’ici pour Ulysse. Du coin de l’œil, parfois, il venait me regarder. Il ne s’attardait pas sur moi. Il s’était mis à me détester à la seconde même où Ulysse lui avait expliqué la raison de notre visite chez lui. Il me regardait pour surveiller mes expressions. Il voulait savoir ce que cela me faisait, si cela m’émouvait autant que lui de voir son ami s’abaisser à une telle demande, si je mesurais la difficulté avec laquelle il supportait une telle situation, si j’avais conscience que tout cela était certainement de ma faute. A quelques mètres d’eux, je restais impassible. Mes yeux ne les quittaient pas mais je feignais de suivre la discussion avec une attention retorse. Lointaine.

Je n’ai jamais été fin psychologue. Je réprouve d’ailleurs la discipline. Cependant, si on me l’avait demandé, j’aurais mis ma baguette au feu qu’Ulysse en aurait crevé sur place si Elliot avait retiré ses mains d’entre les siennes. Il s’accrochait à lui comme à une bouée. Elliot était le solide rivage qu’Ulysse avait peur de quitter pour son grand voyage. Il ne partirait pas sans la bénédiction de son ami. J’étais persuadé, en les regardant tous les deux, que si Elliot avait refusé d’aider Ulysse tout en bénissant néanmoins son initiative, Ulysse aurait quitté le rivage pour vivre ses propres aventures. Il en aurait eu le cœur brisé mais libéré. Mais si Elliot s’était opposé à la quête d’Ulysse, même en lui accordant ce qu’il était venu demander, Ulysse en aurait crevé. Là, devant mes yeux.

Je me serais cru devant une scène du Cid, l’acte III où Chimène se lamente de ne pouvoir haïr Rodrigue, l’assassin de son père. Son honneur l’oblige à se venger. Son amour lui prescrit de pardonner. Rodrigue apparaît soudain pour mettre un terme à ses dilemmes. Il s’offre à la vengeance de sa bien-aimée. Chimène refuse de donner la mort à Rodrigue : « Va, je ne te hais point ! » lui dit-elle. Et ce sont là toutes les paroles qui emmèneront notre héros à vaincre les Maures aux portes de la ville. Ulysse attendait son va-je-ne-te-hais-point libérateur.

Je restais suspendu aux lèvres du célèbre chanteur. Les magazines ne relateraient jamais ce que je voyais de mes propres yeux et j’éprouvais plus de curiosité à connaître les répercussions de la réaction d’Elliot qu’à savoir s’il accepterait de nous vendre l’Amiral. L’évidence venait de me frapper :

« Elliot sait-il qu’Ulysse est amoureux de lui ? »





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Dernière édition par Shawn Page le Sam 2 Avr 2011 - 0:18, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Ceux qui t'aiment comprendront   Mar 1 Fév 2011 - 14:50

Il le savait au fond de lui mais ne il ne se l’avouerait jamais à haute voix, et encore moins devant moi. Ce n’était pas une question d’amour-propre ou l’idée que l’aveu de mon attirance pour lui mettrait à rude épreuve sa virilité – quoique je ne me sentisse jamais moins viril d’aimer un homme autant, sinon plus, qu’une femme – c’était une question de sensibilité. Elliot était sensible et avait de l’égard pour les sentiments d’autrui quand bien même ne les partageait-il pas. Ses yeux bleus au-dessus desquels ses sourcils blonds s’étaient froncés avec dureté se refusaient à fuir les miens. Ses prunelles étaient si étincelantes et si honnêtes, que j’y pouvais compulser sans peine la batterie de questions qu’il était en train de se poser. L’évidence de mon entichement l’effleura certainement aussi. Elliot était certain de ne pas pouvoir répondre de la manière que j’espérais aux sollicitations de mon cœur et, malgré que j’eusse toujours pris soin de préserver mes espérances de la dure réalité afin de rêver encore un peu qu’un jour il m’aimerait comme je l’aimais, je ne m’étais jamais menti à ce sujet : j’espérais sans trop y croire.

Depuis le début de la conversation, j’avais plus ou moins occulté la présence de Shawn. Mes efforts s’étaient tous concentrés sur Elliot si bien qu’après quelques minutes, Shawn n’était pas plus présent à mes yeux que le porte-manteau à l’entrée. Le Dschubba se tenait debout un peu plus loin. Sa respiration était calme et régulière. Il ne bougeait pas, ne prenait pas de place, ne dérangeait pas. Des regains de sa présence ressurgissaient lorsque les prunelles bleu acier d’Elliot déviaient en sa direction avant de revenir promptement vers moi.

Elliot paraissait embêté, agacé et désolé. Il m’en voulait de le mettre dans une telle situation. Il était même probable que, par extension, il en voulût à Jezabel de m’avoir fait Soumis. Sans elle nous n’en serions pas là. Il me donnait l’impression de se battre avec acharnement contre l’impulsion de se lever et d’aller casser la gueule de Shawn à défaut de savoir sur lequel d’entre nous il était le plus juste de cogner en premier. Des trois, j’étais très certainement le plus calme. Shawn et Elliot étaient des impulsifs. Shawn, eau frémissante qui bouillait jusqu’à exploser. Elliot, bassin paisible qui pouvait subitement être tari par les tempêtes les plus dévastatrices.

Soudain, Elliot retira ses mains des miennes. Je sentis une brisure à l’intérieur de moi. J’eus la sensation stupide qu’il me lâchait dans le grand bassin et que j’allais me noyer. Mon cœur allait flancher. Il allait parler et je me rendis compte que je n’étais pas prêt à entendre sa réponse. Mais à ma grande surprise, la seconde d’après, ses deux mains couvaient les deux miennes :

■ Tu m’demandes pas de te faire confiance ? Commença-t-il après un trop long silence. Son accent irlandais s’ébranla dans mes oreilles et vint tarir mes inquiétudes. Je perdis les premiers mots qu’il prononça dans une profusion de battements du cœur. Je n’entendis que la suite et compris le début à rebours. Tu m’promets même pas que tout se passera bien. Tu prends même pas la peine de me bobarder. Un petit mytho qui me donnerait bonne conscience pour me faire croire que je ne trahirai pas Sacha pour rien. Ulysse, putain, tu te rends compte, hein, tu te rends compte que tu me demandes le pire ? Y a pas un irlandais sur Terre qui trahirait son frère ! Tu me demandes pas tout ça. Tu me rassures pas parce que... tu sais que j’ai déjà confiance en toi. C'est ça, hein ? Je suis gagné d'avance... C'est ce que tu penses. Okay. t'as pas tord...

Il se recula dans sa chaise et ses doigts glissèrent le long des miens jusqu’à les quitter complètement. Il tapota rapidement sur le rebord de mon bureau, comme sur un tam-tam, puis laissa ses mains tomber sur le haut de ses cuisses. Il ne m’avait pas quitté des yeux une seconde mais je sentais déjà que son attention avait été transférée sur Shawn :

■ Mais promets-moi qu’à lui je peux lui faire confiance.

Il jeta le pronom “ lui „ avec autant de dédain qu’il aurait mis dans son accent s’il avait voulu le qualifier de “ bâtard „. A côté de nous, Shawn réagit instantanément. Il sentit le fiel d’Elliot l’alpaguer et il se redressa sur toute sa colonne vertébrale pour entamer son plaidoyer. Je tournai la tête vers le Dschubba conscient que la question d’Elliot ne m’était pas du tout destinée. L’irlandais finit par tourner son visage vers Shawn. Il ne souriait pas. Il le combattait du regard. Il attendait que Shawn lui apporte les assurances que j’avais évité de donner. J’implorais presque le Dschbba du regard de se montrer plus docile qu’à l’accoutumée. Je ne m’imaginais pas séparer les deux sorciers s’ils se lançaient dans un duel.

Good Lord. Qu’est-ce que ça va être quand Sacha sera là... commençai-je à angoisser.
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MessageSujet: Re: Ceux qui t'aiment comprendront   Mar 1 Fév 2011 - 16:30

Dès le départ, je savais que ce type me reviendrait jamais. Il avait un regard trop assuré, limite arrogant. J’avais l’habitude de ces regards quand je croisais des gens - souvent des mecs - qui me reconnaissaient dans la rue ou à une soirée. Parfois ils se montraient un rien violent ou agressif, parfois ils faisaient mine de ne pas m’avoir vu. Pas reconnu. Ensuite, si les présentations étaient faites, ils me jouaient le coup de la moue dubitative. Puis le type s’effaçait parce que moi, réellement, j’en ai jamais rien eu à branler des sceptiques.
Dès qu’Ulysse m’avait fait entrer dans son bureau et que mes yeux s’étaient pris les pattes dans ceux de Shawn, j’avais senti que je n’étais pas face à un simple sceptique qui mime l’indifférence. J’allais détester ce type mais je ne savais pas encore pourquoi. Un quelque chose de louche dans son regard. Puis Denali m’a expliqué. Ca sentait pas bon leur histoire. En dehors de l’énormité de devoir trahir un pote, ça sentait pas bon du tout.

Shawn s’était approché du bureau et il me toisait sans parler. Il empestait la sérénité et l’insolence mais, malgré la pestilence de ce qu’il m’évoquait, je discernais une brèche derrière laquelle brillaient des desseins qui n’avaient pas l’air mauvais. Pourtant, ça m’agaçait.
J’étais persuadé qu’il était en train de se demander ce que j’avais envie d’entendre pour ne pas me lever sur le champ et lui mettre mon poing dans la gueule. Dans mon angle mort, je sentais la présence d’Ulysse. Son angoisse était palpable, son impatience presque aussi étouffante que cent caresses qu’on ne désire pas. Une partie de moi voulait lui donner l’accolade et le rassurer. J’avais envie de l’encourager dans la délivrance des autres Soumis mais je voulais qu’il réfléchisse encore sur la façon dont il pouvait y arriver. Il devait forcément y avoir une autre façon. L’autre partie de moi avait eu envie de lui coller une mandale dès qu’il avait suggéré que le seul moyen de faire libérer 100 000 personnes d’un coup était de convaincre Sacha de se rendre à Antarès. Et Shawn était en charge de l’arrestation de Sacha.

Si mes yeux pouvaient parler, ils papillonneraient des insultes qui me feraient moi-même rougir. Je méprisais Shawn et, à travers lui, toute l’Opposition et toutes les Jezabel.

- Tu peux. Tu peux me détester tant que tu voudras et ça ne serait pas incompatible avec la confiance que tu pourras m’accorder. Je me fous d’être ton souffre douleur du moment que j’arrive à mes fins.

Si à la fin de sa phrase il avait osé le rictus, je me serais levé d’un coup et les sortilèges auraient plu sur sa gueule d’ange. Mais il m’avait parlé avec respect et dignité malgré les mots qu’il avait choisis. Il s’approcha jusqu’à ma chaise et me tendit la main. Cette fois il sourit mais ses lèvres souriaient en dehors du contexte. Je ne sais pas pourquoi il souriait. Un merci, peut-être ? Non... c’était plus que ça. Il me donnait l’impression de me remercier et de m’encourager pour une autre affaire dont on ne m’aurait pas encore mis au courant. Quelque chose qui serait à suivre... Comme son regard charbon glissa subtilement en direction d’Ulysse, je fronçai de nouveau les sourcils. Je ne comprenais pas ce sourire, ou pour l’instant, je n’avais pas envie de le comprendre, et j’avais soudain l’impression que ce type faisait tout ce qui était en son pouvoir pour me mettre mal à l’aise ou pour se faire détester de moi.
Je me suis levé. C’était ma dernière chance de lui coller une beigne mais j’ai serré sa main sans conviction.

- Je t'attends dans le couloir, Ulysse, dit-il en se dirigeant vers la porte. Il avait intelligemment décidé qu'Ulysse et moi avions besoin d'intimité. Merci Elliot... j’aimerais t’assurer que tout se passera bien mais je doute que mon opinion te satisfasse. Pourtant, ceux qui t’aiment comprendront. Ceux qui nous aiment vraiment comprennent toujours.

Le bâtard passa la porte et me laissa seul avec Ulysse pour que nous réglions les détails de la rencontre entre Sacha et Shawn. Je voulais en parler directement à Sacha. Il était hors de question que je ne le revisse pas une dernière fois avant de le vendre à ses ennemis. Je devais lui expliquer de vive voix... mais avant, il fallait que j’efface du visage d’Ulysse cette expression si mélancolique qui avait kidnappé de ses traits la joie de vivre, l’assurance et la beauté.

Je me tournai vers lui. Sous haute tension. Son regard était devenu gris et délavé. Il retenait une décharge d’émotions dont il devait se délivrer pour partir guerroyer en paix. J’ouvris mes bras autour de ses épaules et je le serrai. Il a étouffé ses sanglots dans mon épaule et on n’a plus bougé jusqu’à ce que le silence redevienne.

Deux heures plus tard, j’étais face à Sacha.


♠ Tu es sûr que c’est ce que tu veux faire ? ♠ le questionnai-je par la pensée.




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Sacha de Lansley
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MessageSujet: Re: Ceux qui t'aiment comprendront   Mer 2 Fév 2011 - 2:47

Non. Je n’étais sûr de rien. Mais à ce point de l’histoire, était-ce réellement très grave de n’avoir plus de certitude ?


Ceux qui t'aiment comprendront


ILE WHITE


C’était l’endroit de l’histoire où un pas en avant pouvait me faire sombrer dans le précipice. Un pas en arrière, me briser l’épine dorsale. Un pas d’un côté ou de l’autre ne changerait plus rien. J’étais au centre du problème. Immobile. Debout. Et droit. Malgré le froid et la force du vent. L'île White me mordait et me griffait de ses ongles glacés comme une maîtresse à la libido frénétique. J'étais debout sur elle. Cavalier sans monture. Au milieu de son ventre blanc et de son néant. Debout sur le gros point noir collé au visage difforme de la vie. Je n’étais pas à un carrefour puisque je n’avais pas le choix. Du moins, pas de choix qui m’auraient flatté. Ce n’était même pas une embûche. Elliot m’avait prévenu par la pensée avant même mon arrivée. C’était l’endroit exact où tous les choix que j’avais fait précédemment m’avaient emmené.

Je ne pouvais en vouloir à personne. Surtout pas à Elliot qui me regardait à travers la fourrure de sa capuche baladée par le vent glacial de l’antarctique. Ecœuré d’avoir été exploité pour jouer les oiseaux de mauvais augure. Il affluait dans mes pensées pour me questionner, s’enquérir de la moindre de mes idées. Allais-je m’enfuir ? Me battre ? Avais-je un plan ? Devait-il m’aider à immobiliser Shawn pendant que je m’enfuyais ? Fallait-il prévenir quelqu’un à la Résistance ? Elinor ? Mélusine ? Emmett ? Quelqu’un ? Vite, m’urgeait-il avec une précipitation qui confinait à l’autoritarisme, vite, je devais me décider car Shawn n’attendrait pas longtemps les bras ballants. Ma tête était un capharnaüm. Je n’arrivais plus à bloquer ses pensées pour les empêcher de venir contaminer les miennes. Je n’avais plus l’espace de réfléchir. L’ancien Serdaigle réfléchissait à toute berzingue, inconscient de l’immobilité qu’il infligeait à mes propres réflexions cependant que j’étais plus occupé à me protéger de ses incursions intempestives qu’à trouver des solutions.

En admettant que j’eusse pu trouver le temps ou l’espace de réfléchir, le résultat aurait-il été si différent ? L'ombre d'une idée m'avait soudain frappé. Pas très fort. A peine effleuré en réalité.

Je n’en voulais pas à Ulysse non plus, emmitouflé dans son Canada Goose grande expédition, les yeux désespérément rivés à Elliot. On pouvait lire un grand attachement dans ce regard-là. La neige aveuglante où le soleil se baignait réverbérait l’étincelle de fierté et de désolation qui illuminait son regard. Avais-je déjà vu un regard plus avide de couver et de protéger l’être aimé ?
Ulysse ne me regardait pas. Lorsqu’il me fut présenté, ses yeux restèrent suspendus à mes lèvres mais jamais à mon regard. Il était prêt à entendre ce que j’allais dire mais il refusait de voir la vérité de ce que je ressentais. Il s’était fait une raison or croiser mon regard risquait de le faire revenir sur ses décisions. Il ne pouvait pas envisager de remettre tout en question. Tout était déjà trop tard.
Ulysse se forçait à ne ressentir aucune compassion pour moi. Je n’étais pas une personne. J’étais une figure dont on racontait parfois la vie dans un journal. Un fantôme légendaire qui passe d’une bouche à l’autre mais qui n’a pas vraiment de consistance. L’être glaise recouvert des oripeaux que la rumeur a cousus sur lui. Des mots, des mensonges, un semblant de vérité... qu’en savait-il ? Il ne voulait pas se poser la question. Il se l’était déjà trop posé avant d’aller parler de tout cela à Elliot et ses motivations étaient venues flanquer une raclée à ses principes les plus forts. Je n’étais que l’appât auquel Antarès mordrait pour accéder à la liberté de milliers de personnes. Je n’étais qu’un laissez-passer pour la liberté d’autrui. Il ne fallait pas me regarder, l’entendais-je se répéter en boucle dans sa tête tandis qu’il contemplait le profil d’Elliot, il ne fallait pas me regarder, il ne fallait pas changer d’avis, pas avoir pitié, il ne fallait pas me regarder... pas me regarder. Il mettait tellement d’effort à appliquer ce leitmotiv que j’en vinsse à croire qu’une cape d’invisibilité m’avait soudainement recouvert.

Et aurais-je pu en vouloir à ce Shawn Page ? Moins vêtu que les deux autres, il était pourtant celui des trois qui tremblait le moins. Sa longue robe de sorcier noire et ornée de fourrure de renard encadrait son cou et laissait sa chevelure brune au gré du vent. Shawn Page était un soleil noir. Il brillait comme une nuit. Il était flamboyant comme un charbon abandonné au milieu de toute cette neige. Son regard était aussi sombre que le mien. Malgré tous les efforts qu’il y mettait, il eut du mal à faire l’éclipse de l’estime qu’il me portait. J’aurais peut-être dû me sentir flatté. Cependant, je me pris, pour la première fois de ma vie, en pitié. Je n’avais jamais eu pitié de moi-même. Il fallut que je croise le regard envieux de Shawn Page pour ressentir battre dans mon sang et les ressacs de mon âme, toute la pitié que je m’inspirais. N’étais-je pas la pitié elle-même alors qu’un jeune homme, à peine sorti de l’adolescence, enviait tellement ma vie, ma femme, mon histoire et mon nom qu’il était prêt à les sacrifier pour appartenir à mon histoire. N’était-ce pas ironique que les enfants se mettent à vouloir tuer le prince des voleurs pour le simple plaisir d’être l’historique assassin du prince des voleurs ? Encore que Shawn Page était bien plus qu’un assassin. Loin d’être un lâche, il était de la pire espèce des bandits : un kamikaze. Il donnerait sa vie pour ses idéaux. A quelques détails près, je me reconnaissais dans mon bourreau. J’aurais donné la mienne pour la Résistance.

Et c’est ce que, présentement, avec grand pitié et peu d’émoi, je m’apprêtais à faire :

- Elliot, dis-je en premier, prends ce pendentif et apporte-le à Seth.

Je gardai autour de mon cou une petite chaînette au bout de laquelle une vieille clé pendait contre ma poitrine mais donnai à Elliot le pendentif au double pouvoir que le Djinn Itchî m’avait offert. Pile et face m’avaient permis de me dupliquer ou de voyager dans le temps. Seth le vampire trouverait quoi en faire m'avait un jour dit Caleb Sutham... Aujourd'hui était le moment du leg dont j'ignorais alors l'essence.

Ulysse suivait le ballet de nos mains tout en continuant d’éviter rigoureusement de croiser mon regard.

- Transplane avec Ulysse... j’ai à parler avec le jeune monsieur Page, ajoutai-je en ôtant la chevalière de Juge Lara Impartial pour la passer à l’annulaire d’Elliot. L’objet m’avait toujours permis de transplaner dans les lieux où le transplanage était interdit. Nous étions arrivés ici grâce à un portoloin qui gisait aux pieds de Shawn. Un vieux cintre en fer qui allait finir par être englouti par la neige. Cela serait tant mieux. Lui et moi resterions coincés dans cette Forêt d'Etat.


// Dès que tu peux, donne ma chevalière à Mélusine. //

Il ne me restait que mon alliance, la clé rouillée autour de mon cou, un sourire flagorneur aux lèvres et l’envie, une dernière fois, de me battre à l’amiable avec un Opposant. Que Shawn s’en sorte vivant ou mort, je me rendrai ensuite.

Si mes calculs sont bons, me dis-je vaguement amusé, monsieur Page n’a pas le droit de me tuer.
Les Soumis, je peux bien les libérer sans lui.





Walked out this morning
Don't believe what I saw
A hundred billion bottles
Washed up on the shore
Seems I'm not alone at being alone
A hundred billion castaways
Are looking for a home
(Police)

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Shawn Page
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MessageSujet: Re: Ceux qui t'aiment comprendront   Mar 8 Fév 2011 - 17:06

Après le départ d’Elliot et Ulysse, je me sentis soulagé et presque euphorique. Je l’avais pour moi tout seul. Après six mois de poursuite, d’enquêtes et le sacrifice de ma réputation au sein de l’Opposition, j’avais enfin réussi à l’avoir en face de moi tout seul, pour moi seul. J'étais encore inconscient du danger dans lequel j'étais. Il ne déçut pas tout le fantasme idéal que je m’étais forgé autour de sa personne. Il émanait ce prestige extraordinaire des chefs. Sa présence remuait l’atmosphère instable sans qu’il ait à prononcer un mot. Il luisait de force et d’absolu comme un astre brulant qui aurait fait fondre la neige autour de lui rien qu’en clignant des yeux. Son vêtement écru à capuche concourait à le rendre princier.

Même si pas plus de quatre années nous séparaient, je me sentis comme un enfant devant le héros de ses histoires du soir. Ca serait un grand honneur de me battre contre lui ; car, si je ne devais me fier qu’à une chose depuis que nos deux compagnons nous avaient laissés seuls, Sacha de Lansley brûlait d’envie de me décapiter et son regard brun et assuré qui me consumait sur place aurait pu lancer un Avada Kedavra en guise de salutation que cela ne m’aurait pas surpris.


Copyright Crédits Photos : Glacier Antarctique - Sunrise at Neumeyer Channel © Gerhard H'depohl/Ciel et Espace | Glacier Antarctique - Neko Harbor © Gerhard H'depohl/Ciel et Espace | Péninsule, côte ouest, Antarctique, Janvier 2003 © Alice Aubert | Port Lockroy, Antarctique, Février 2007. © Sebastian Copeland.


Nous étions en haut d’une falaise d’une douzaine de mètres de hauteur, dans une plaine neigeuse suspendue entre des glaciers rocheux, dont le plus haut sommet devait être à mille mètres du niveau de la mer, et une cuvette en forme de haricot d’un kilomètre de circonférence et remplie d’eau gelée. L’île n’était constituée que de ces trois paysages : un glacier blanc, un lac qui se débattait contre le gel et près duquel quelques pingouins plongeaient du haut d’un plongeoir naturel formé par l’érosion des roches, et une banquise plate et virginale par delà laquelle on ne voyait que l’océan nerveux. Sacha se tenait dos à la falaise. Je me pris à me demander s’il serait assez fou pour s’enfuir en sautant du haut de la falaise dans cette eau de glace.

Un petit sourire en coin m’annonça qu’il venait de lire mes pensées. Il y répondit sans faux-semblant :

« — Je ne suis pas suicidaire.
— Pourquoi avez-vous renvoyé Ulysse et Elliot. Ils auraient pu être témoins.
— Témoin de quoi ? Joua-t-il, toujours sans bouger autre chose que ses lèvres.
— Témoin du fait que je respecterai ma parole si vous acceptez de vous rendre de votre plein gré... témoin de... de...
Sa question, pourtant toute bête, m’avait désarçonné. Je me demandais de quoi Elliot et Ulysse auraient pu être les témoins. J’avais lancé la phrase sans me poser la question. Juste pour parler parce qu’être en la présence de l’Amiral seul, sans témoin justement, me sembla tout à coup très audacieux. S’il décidait de me trancher le cou, de me jeter à la mer ou de me tuer sur place et de me laisser enneiger par la prochaine tempête... qui serait témoin de l’assassinat ? Lorsque je lui parlai de témoin, aurais-je inconsciemment voulu parler de personnes qui auraient pu garantir ma vie ? Je voulais bien me battre contre lui parce que mes six derniers mois n’avaient été motivés que par une rencontre. Elle pouvait bien se terminer en duel de neurones ou en duel de sorcier, ce qui comptait était de l’affronter. Mais lui voulait plus certainement me tuer. Je me sentis en danger. Le sourire noir de Sacha ne me détrompa pas. Il s’avança d’un pas et je reculai d’un autre.
Je me mis en position de défense. Toutefois, il n’était pas question de me laisser impressionner sans réagir ou de me laisser tuer sans riposter si tel était son ambition.
— Vous allez me tuer ? Lui demandais-je.
Il éclata de rire en sortant sa baguette plus vite que l’idée m’en vint. Deux secondes plus tard, il m’avait cloué au sol, dans la neige, et il était assis sur mon ventre. Le long de mon corps, mes deux bras étaient immobilisés sous ses tibias. Sa main droite pressait mon cou jusqu’à l’étranglement et la gauche avait brandi sa baguette entre mes deux yeux. Dans son geste rapide, sa capuche était tombée et ses cheveux retombèrent devant ses yeux. Je voyais à peine son regard. Je n’avais plus que ma voix pour me défendre. Sacha était intelligent et intuitif. Je comptais sur cette intelligence pour me soustraire à la mort :
— Tu as raison, commençai-je en le tutoyant. Puisqu’il comptait me tuer, je trouvais que ça nous rapprochait. Un peu d’intimité ne me tuerait pas plus. Il desserra légèrement son emprise sur ma gorge pour me laisser parler. Je poursuivis très lentement en essayant de trouver son regard entre ses mèches de cheveux. J’aperçus un œil sous un sourcil froncé sévèrement. Je ne compte pas beaucoup dans le grand puzzle de tes emmerdes. Tu peux me tuer maintenant. Personne à part Ulysse et Elliot ne se doutera de rien. Elliot est ton ami, il ne te trahira pas... Ulysse a l’air si épris d’Elliot qu’il mentira ne pas savoir ce qui m’est arrivé si Elliot le lui demandait... je suis déjà mort. Alors prends mes dernières paroles et ma dernière volonté avant de me jeter l’Impardonnable final. Il faudra que tu rapportes ces paroles... »

Je m’étais accordé un très bref sursis mais si Sacha acceptait, il me paraissait suffisant pour éviter de me battre et de mourir, éventuellement. Ma seule certitude depuis le début était que si nous nous battions, je n’avais aucune chance.

« Je ne veux pas me battre... je sais que je perdrai. Je n’ai pas peur de la mort... j’ai peur de partir sans comprendre pourquoi je pars... »






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MessageSujet: Re: Ceux qui t'aiment comprendront   Ven 18 Mar 2011 - 0:22

Je n’avais pas assez de finesse psychologique, de temps et de vanité pour deviner que Shawn Page me connaissait suffisamment et contre toute attente, pour qu’il fît jouer mes neurones plutôt que ma baguette. Sa question et sa doléance firent mouche et je me retrouvai en un rien de temps curieux de ce que sa langue abjecte aurait pu me dire pour se dérober à la mort.

Il dit peu de mots en vérité. Il cherchait plutôt les miens. Il voulait que je parle. Non... il voulait que je pense. A la seconde même où il parachevait de me confier son ignorance de ce qui lui vaudrait une mort certaine, je compris à la fois que le jeune homme avait l’agilité mentale qui me manquait en ce moment même et qu’il venait de jouer son va-tout pour la vie et de l’acquérir.
En effet, si je devais me poser sérieusement la question : « Pourquoi dois-je tuer Shawn Page ? Qu’a-t-il fait pour mériter de périr ? » la réponse serait « rien ». Ni plus. Ni moins. Rien. Nada. Shawn Page n’a rien fait. Shawn Page s’est trouvé au mauvais endroit. Il est l’émissaire des mauvaises personnes. Si je tue Shawn Page, je tue ma dignité. Si je le tue, je ne suis qu’une bête. Je suis à l’origine et au bout du doigt que je dresse pour dénoncer l’immoralité et les immondices de mes ennemis. Je ne suis que sauvage et vain. Si je tue Shawn Page, je tue sans raison. Seulement parce que je suis fatigué, las et énervé. Parce que je ne comprends plus rien à ce qui se passe autour de moi. Je le tue comme certains boivent un verre pour oublier. Pour m’enivrer de sang et de mort, pour me pourrir et mieux mériter le sort qui m’est promis. Je le tue gratuitement. Sans raison. Pourtant, il a des raisons, lui, une histoire qui l’a amené ici et jeté sous mon poids. Son sang pulse sous mes cinq doigts et je ne suis personne pour arrêter son histoire. Il est en vie ; et parce que je suis fatigué, fâché et que je ne comprends plus rien, parce que mon cerveau en a assez de réfléchir à ce qu’il est juste et bon et bien et beau et valeureux de faire, je me mets à tuer pour oublier ? Pour me venger de l’absolu tout qui me frustre ? Pour me livrer à Myr, sans âme, et mériter les souffrances post-mortem qui m’attendent ? C’est ça que je suis devenu ? Un tueur en série sans foi, sans pays et sans loi ? Un fugitif de plus qui tue simplement parce qu’il est à cran ? Si je tue Shawn Page, je fuis. Je ne suis rien. Je ne vaux rien.

- Je vaux mieux que ta vie, m’entends-je soudain murmurer en baissant ma baguette d’entre ses deux yeux.

Je ne me relève pas pour autant.

- Ca, je le sais, dit-il en ayant l'air douloureusement sincère. Ca me désarçonne encore un peu plus. Il a investi ma tête mais pas ma détermination. Il sera ma porte vers Antarès à défaut d’être celle vers les Enfers de Myr. Mon poing part sans trop que je comprenne pourquoi. Je le frappe violemment à la joue. Sans doute que je veux lui faire payer d’avoir failli se faire tuer sans raison.

- Quelles paroles voulais-tu que je rapporte ? Me mets-je à siffler entre les dents en le regardant droit dans les yeux malgré mes cheveux en rideau me tombant devant le visage.
- Dans un camp ou dans l’autre, il faut libérer les Soumis. J’ai promis que je ne mourais pas sans avoir veillé à la délivrance des Soumis des pays Résistants.

Ma main l’agrippe plus fort au cou. Ce n’était pas la réaction qu’il attendait. Je refuse de croire que je suis assis sur le ventre d’un héros. J’ai du mal à imaginer qu’un Opposant puisse partager mes desseins et mes combats. La simple idée me fait vomir. Je ne veux rien avoir en commun avec le plus chétif d’entre eux.

- Qu’est-ce que tu racontes ?

J’abois contre lui et je lui balance deux ou trois autres coups. Il tarde à répondre. En parlant plus vite, il aurait mangé trois coups en moins.

- Ulysse... bégaye-t-il sans que je voie qu’il a agilement fait tourner sa baguette entre ses doigts pour la diriger vers moi, dans mon dos, il m’a aidé à te contacter à condition que je délivre les Soumis comme lui. La seule façon que j’ai trouvé pour ce faire est de promettre à Antarès de faire libérer instantanément tous les Soumis restant si je lui rapportais Sacha de Lansley vivant.
- Dois-je comprendre que mort je n’ai plus de valeur à ses yeux ? Je ne suis plus un enjeu ?
- Tu te méprends sur ses intentions... il ne cherche pas à t’éliminer... mais à te recruter.


Il me faut bien une minute entière, avec ses soixante secondes et son silence, pour me remettre de cette nouvelle. Quelle est donc cette blague inédite ?

Shawn Page ne me laisse guère plus que cette minute avant de prononcer un maléfice contre moi. Je sens mon dos s’ouvrir, la chair de mon dos s’ouvrir et le sang chaud de ma carcasse souiller et engloutir le blanc de mon manteau. Retombant sur le ventre, le visage ceint par une peur étrange, je mords la neige qui me mord à son tour de son froid brûlant. Shawn Page m’a repoussé en arrière pour se libérer de moi en profitant de la surprise de l’attaque. Je retombe comme une masse le visage contre l’hiver éternel de l’Antarctique.

Je ne lui accorde que ce moment pour me surprendre. Je me relève aussitôt que j’ai compris ce qu’il venait de faire. Mes cuisses, mon torse et mes bras sont lacérés de la même manière que mon dos. En dessous de moi, la neige est rouge et rose par endroit. J’ai assez de fièvre et de force pour régler l’affaire en un duel.

Je lui renvoie son dernier maléfice en le forçant par la magie noire à retourner sa propre main contre lui. Son regard sombre est étonné de ne pouvoir commander à ses propres gestes. Il voit l’extrémité de son arme se diriger vers sa gorge et des filaments jaunes en jaillir. Chaque fil doré pénètre son vêtement noir charbon et creuse dans sa peau pour aller chercher le sang qui coule dessous. Une giclée rouge macule la neige.

Malgré le sang et les sortilèges que nous nous lançons tout en essayant tant bien que mal de rejoindre la rive de la cuvette lacustre, nous tenons debout et aucun de nous deux n’acceptera de tomber le premier. Pendant que nous nous battons, il me promet que ce qu’il m’a dit au sujet des Soumis est pure vérité. Il est possible de les délivrer en me livrant vivant à Antarès.

- Pourquoi perds-tu ton temps à te battre contre moi si tu crois qu’il est possible de les faire délivrer de ton vivant ?

Page rit et me lance un sortilège que j’évite mais qui va se répercuter contre le flanc de la montagne. Celle-ci tremble, crache quelques pierres et se fissure jusqu’à la racine. Il me sourit pleinement en constatant mon étonnement. Il a voulu m’éviter. Ce sortilège ne m’était pas destiné mais il veut que je sache qu’il pourrait me tuer. Très bien. Je le sais. Et je n’en ai jamais douté... seulement maintenant c’est moi qui ne comprends plus ce qui me vaut de périr par la baguette de Shawn Page puisque son maître lui a ordonné de me ramener vivant.

- Pourquoi te bats-tu contre moi si tu dois me ramener vivant ?

Shawn a l’air d’un enfant heureux. Je crois que la seule chose qu’il veut, c’est se battre contre moi. Comme s’il s’amusait. Comme si oser dresser sa baguette contre moi était sa façon de briser le lien qu’il aurait aimé avoir avec moi. Que dois-je faire ? Le laisser jouer ? Epargner sa vie ? Que veut-il que je fasse ?

- Qui voudrait mourir sans avoir combattu ? Rit-il en assortissant son rire d’un nouveau maléfice qu’il m’envoie en reculant. J’ai très peu à bouger pour l’éviter. Maintenant que j’ai deviné qu’il n’oserait pas me tuer, j’ai de nouveau très peu à craindre de lui mais j’aimerais le comprendre. Ce que je veux Sacha, c’est que tu poursuives ta destinée. C’est à toi de délivrer ces Soumis... je vais t’y aider parce que je l’ai promis à Ulysse en échange de te rencontrer.... je vais t’y aider en te laissant me tuer mais non m’assassiner. Mais tu dois dire à ma mère que je suis mort en héros sinon elle serait capable de venir me sortir de Myr pour rouspéter que je n’avais pas le droit de mourir sans la prévenir. En tout cas, je ne serais pas mort sans raison, dit-il essoufflé et souriant. Rapporte ces paroles à Fei, tu la trouveras à Poudlard, à mon père aux Etats-Unis et à ceux qui me connaissent... je veux qu’un Opposant soit mort pour sauver les Soumis. Dans cette guerre incompréhensible, Sacha de Lansley, je voudrais qu’on sache que ce n’est pas la couleur d’un camp qui fait l’homme. Ceux qui m’aiment comprendront !

A cet instant, Shawn a lancé un sort que j’ai deviné aussi puissant et maléfique que celui qui a fait trembler la montagne. Pour me défendre, j’ai armé un bouclier et jeté aussi promptement que la première fois un sortilège miroir pour le renverser. Le jeune homme a été propulsé à trente mètres de l’endroit où il était. Son corps à valsé dans l’eau du lac. J’étais abasourdi, prenant encore son geste pour un suicide déguisé. J’ai couru vers la mare où son corps flottait. J’ai plongé pour le ramener vers le rivage, je l’ai serré contre moi pour ne pas le perdre parce que les forces m'abandonnaient et que j'étais engourdi. Le froid a ankylosé mes membres, mes blessures en ont profité pour se laver et répandre leur carmin sur l’ensemble de mon long manteau.

Le petit jeu de Page, j'ose à peine le comprendre désormais...

- Page ! Page ! Lui crie-je quand nous sommes tous les deux gisant sur la rive. Page ! Ouvre les yeux. J'entends que tu respires ! Respire ! Dis-moi que je ne rêve pas ! Ne meure pas en mettant ce fardeau sur mes épaules !

Je le frappe de mon poing... je ne sais pas si son cœur bat encore. Comme je devine que le duel est terminé, qu’il ne cherchera plus à me combattre, je ferme les yeux. Mes membres tremblent de froid, mes idées sont aussi paralysées que mon corps pourtant, avant de sombrer dans le sommeil, il me reste une pensée plus ou moins claire de cet instant :

« Délivrer les Soumis en se rendant... devenir Opposant... un Opposant héros parmi les Résistants... un Résistant héros parmi les Opposants... »

Comme si je ne m’y étais pas attendu, me dis-je. Comme si cette issue ne m’avait jamais effleurée. La rencontre avec Shawn a seulement tout précipité. Si Antarès me voulait vivant, cela changeait mes perspectives. Ca se préparait. Ca s'envisageait. Vivant. Dans l’Opposition. Shawn voulait mourir pour entrer dans mon camp en héros sans trahir le sien. Sa plus belle victoire serait post-mortem
... être celui qui m'avait converti. L'Opposition, ça voulait dire retrouver Charlotte. Vivre avec elle et notre enfant. Ca voulait dire soigner mes incertitudes par la force des choses. Rendre à Mélusine la légèreté qui était la sienne avant de croiser ma route. Ca voulait dire d’autres choses plus compliquées... Shawn a-t-il raison ? Dans un camp ou dans l’autre, est-ce l’acte, l’idée ou les desseins qui font l’homme ? Serais-je un autre Sacha si je ne suis plus Résistant ? Dois-je faire ce sacrifice pour libérer toutes ces personnes ?

Le sommeil et la douleur de mes plaies m’ont saisi... je poursuivrai ces réflexions si à mon réveil rien ne les a effacé.





Walked out this morning
Don't believe what I saw
A hundred billion bottles
Washed up on the shore
Seems I'm not alone at being alone
A hundred billion castaways
Are looking for a home
(Police)

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MessageSujet: Re: Ceux qui t'aiment comprendront   Ven 1 Avr 2011 - 1:47

Mon message est bien passé.

Tout est noir et froid.

Il a hésité mais il a répondu à ma requête.

Mon propre bras... il a retourné mon propre corps contre moi. Comme si, malgré tout, il ne s'était pas résolu à me frapper d'un sortilège mortel.

Mon corps est retombé comme une loque sur l'eau du lac. J'ai eu l'impression que mon thorax rencontrait le bitume. Mon souffle s'est coupé, mon nez, ma gorge, mes poumons se sont emplis d'eau. Le froid m'a frappé, enrubanné dans ses courants de fer, serré dans ses bras... j'ai étouffé.

Tu me ramènes à la surface, Sacha. Je sens tes bras...
Pourquoi tant de politesse? Tu aurais pu laisser mon corps se noyer. Je voulais, je voulais mourir avec courage. Je suis mort maintenant et j'attends qu'on m'ouvre les portes de Myr.

J'ai aimé mon bref passage sur terre. Les bastons avec les connards de Hawk Ring. Ma mère, folle, étouffante, aimante. Ma mère qui m'emmenait chez le Médicomage dès que j'avais le malheur d'éternuer, ses quarante coups de fils par jour, ses questions et ses remarques indiscrètes "Oh, mon fils, si elle te donne du plaisir, tu verras que c'est tout ce qui comptera dans dix ans. Alors, quoi ? Tu l'épouse ta chinoise ? Une goï, ça, oui, mais je l'aime bien cette petite." Elle avait fini par capituler face à mes choix de cœur. Elle les trouvait excentrique, à l'instar de l'Opposition qui n'a jamais compris mon fonctionnement, mais ils étaient mes choix et mine de rien, tout fonctionnait bien pour moi. Je n'avais pas à me plaindre. Fei, il faudra que tu pardonnes, je n'avais rien prévu... et je t'aimais tellement.

Il fait noir et froid, mes poumons sont chargés comme le plomb, je sens encore les poings de Sacha frapper ma poitrine mais je ne me réveillerai pas. Ainsi était l'échange. Ainsi étaient les clauses de mon contrat tacite avec Ulysse. Je n'ai qu'une parole, aussi stupides soient mes promesses j'ai le grand honneur de les tenir.

Il y avait un conte que Veronica me racontait autrefois. Un homme était descendu dans les enfers pour chercher sa bien-aimée. Les légendes sorcières pullulent elles aussi de mythes où la mort n'est un ultime voyage. Maintenant que je suis rendu au néant, pourrais-je combattre la mort elle-même ? Ca ! Monsieur de Lansley ! Si je me battais contre Ankou, le duel de l'au-delà vaudrait bien autant que le nôtre ! Si ma mère me savait croire en de pareilles légendes d'outre-tombe, elle me ferait revivre la passion du Christ.

« — Je n'ai pas peur de mourir, lui dis-je sans force dans la voix et les yeux incapables de s'ouvrir pour le regarder une dernière fois. Ankou est mon prochain défi et je lui vendrai mon âme pour revenir torturer jusqu'au dernier lycan de cette folle Terre... et toi aussi... si... si tu n'as pas trouvé une façon de mettre fin à ces conflits. Depuis l'enfer ou ailleurs, je te prendrai tout ce que tu as... si tu échoues et que je suis mort pour rien... Je n'ai pas peur de mourir... »

Ce n'était pas exactement comme ça que je voyais mon weekend mais qui peut prévoir où la vie s'arrêtera ? Le sang sature mes bronches. Il reflux par mon nez, ma bouche et mes oreilles. Au milieu de ma grande cape noire qui me servira de linceul, je rêve que mes combats d'outre-tombe m'amuseront autant que ceux d'ici bas.


EPILOGUE

Royaume de Myr, les Enfers.

Puis une étrange odeur parvint aux narines du trépassé. Comme du plastique brûlé... sa plante de pied caressait un sol rocailleux et dur. Ses jambes étaient crispées et ses bras raides tout le long de son corps. Au loin, il entendait des cris, la mer et comme un brasier énorme réchauffer l'atmosphère lourde et irrespirable de l'endroit où il se trouvait. De ses oreilles, son nez et sa bouche, un mélange nauséabond de sang séché et poudre grisâtre qui s'élevait du sol à chacun de ses pas lui collait à la peau. Petit à petit, sa mémoire s'effaça. Depuis combien de temps marchait-il ? Il ne savait pas. Ses yeux pleuraient du charbon, les vents et la pluie lui donnèrent bientôt l'aspect d'une statue de glaise, aux oreilles, au nez et à la bouche rouge bordeaux.

Un jour, Shawn ouvrit les yeux. Le ciel était rouge et quelques arbres décharnés faisaient des grimaces au vent. Il avait tellement marché dans ce désert infini, qu'il en avait oublié que son corps savait voir, entendre et ressentir. Il était arrivé devant une grande muraille derrière laquelle dépassait une tour colossale en haut de laquelle brillait un feu. La muraille, pourvue de deux massives portes d'entrée de plusieurs mètres de haut, étaient protégées par deux gardes. Les deux hommes étaient masqués. L'un d'eux s'approcha de Shawn :

« — Qui va là ?

C'était la première fois que Shawn entendait une voix. Il se rendit compte qu'il comprenait ce langage, il décida donc de répondre. Sa voix était enrouée. Il cracha du charbon avant de pouvoir parler :

— Je suis l'homme qui marche, dit-il enfin.

Les deux gardes se regardèrent par les petites fentes de leurs masques en acier.

— As-tu un nom ? demanda le même garde.
— Je ne crois pas.

Le deuxième garde regarda les oreilles, la bouche et le nez de Shawn par lesquels le sang séché miroitait parfois. Il désigna les orifices du sorcier à l'attention de son acolyte.

— Il saigne en Myr.

Shawn les écouta confabuler jusqu'à ce que sa constance s'atténue. Il était enfin en face d'êtres humains, aussi, rester devant une grande porte fermée dont il ignorait ce qu'elle cachait le rendait fou d'impatience. Puisque c'était la manière la plus primitive et la plus naturelle qu'il avait en tête pour obtenir ce qu'il voulait, il brandit son poing face au nez du deuxième garde. Devant la faiblesse de Shawn, celui n'eut aucune peine à le contrer.

— Tu es un Incarnat. On n'en attendait pas...
— Entre...

Les deux battants de la grande porte s'ouvrirent très lentement, dans un bruit étouffé de pierre et une odeur de plâtre calciné.

— Si tu es ici c'est qu'Ankou a des projets pour toi, l'enseigna un des gardes. Il finira par venir à ta rencontre... »


Ainsi mourut Shawn.
Ainsi entra-t-il au Royaume de Myr pour écrire le septième livre des Chroniques de Myr :

« Livre VII Comment Messunc perdit Sidth »





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MessageSujet: Re: Ceux qui t'aiment comprendront   Mar 5 Avr 2011 - 3:14

On ne pouvait pas dire que j’étais emballé à l’idée de le laisser seul avec ce Shawn dans tout ce désert de givre. Ils allaient s’étriper loin de tout, loin du monde. Trouverait-on leurs corps? Ca faisait assez mélo mais je les imaginais mal s’asseoir en tailleur et commencer à tchatcher de leurs dernières vacances, de la rentrée de Noah en maternelle ou de la hausse des prix du kilo de citrouille. Jusqu’à ce que j’atteigne les abords de la forêt de Poudlard qu’il m’avait laissé en flash visuel bien à l’intérieur de ma tête avant que je transplane, je me faisais un sang d’encre et j’étais surexcité. Objectif, trouver Mélusine. Je me le répétais en boucle, comme si j’avais pu être assez stupide pour oublier cette drôle d’exigence... qui me donna beaucoup à penser par la suite.

♠ Dammit! J’avais toujours dit que je voulais rester Neutre. ♠

Tu parles. Je me sentais tellement coupable d’avoir voté oui au référendum! Raison invoquée? J’allais devenir père, incongruité d’élever un enfant dans un monde qui ne ressemble à rien d’autre qu’un champ de bataille... Choix du lâche. Choix oiseux quand on voyait où ça m’avait mené. Je le regrettais amèrement. Sacha était bien un père et il élevait son gosse mieux que certains parents indignes. J’avais encore à l’esprit cette belle image de lui en train de jouer une chanson pour son fils, docilement assis sur ses genoux à Noël.
Moi, j’aurais été un père indigne, qui sait... Où était passé mon putain de sens des valeurs au moment de mettre mon bulletin dans les urnes? Dans le slip à Antarès, pour sûr.
Mais aujourd’hui, je ne suis ni Neutre, ni Résistant, ni rien de tout ça... je suis le messager d’un pote. Il m’a aidé quand nous nous sommes présentés, Jay et moi, la bouche en cœur, un scénario dans les mains et aucun producteur. Il n’a pas posé de question sur mes motivations, il m’a demandé combien je voulais, il n’a jamais récupéré son blé, il a produit et porté Bad Timing avec générosité alors qu’il détestait notre réal... je lui dois plein de trucs. Il faudra bien que je la trouve Mélusine. Où qu’elle soit, même en Sidh, j’irai la chercher.

Pour ne pas perdre la précieuse chevalière qui a l’air de renfermer un sacré pouvoir, je l’ai passé à mon majeur. Mon annulaire était trop fin. Il a des sacrées grandes mains, Sacha, me fais-je la réflexion. Il est à peine plus grand moi... mais il fait masse. Dans tous les sens du terme. Avant ce jour, je le savais mais je l’avais jamais vraiment analysé. Il est grand et un poil impressionnant... il l’a toujours été. Pourtant, qu’est-ce qu’il a changé! Je me souviens de ce gringalet perpétuellement en rut de nos années lycée. Si on m’avait dit à cette époque que ce même Sacha deviendrait une sorte d’icône politique, ça m’aurait bien fait marrer. Pour moi, dans le meilleur des cas, on filait son nom à une position du Kamasutra.

Que sommes-nous tous devenus?



HOLLYWICH

La première chose qui me frappe en transplanant en Angleterre, c’est la chaleur. Il ne fait pas plus de 5 degrés mais je viens d’une contrée où il en faisait moins cinquante. Même avec des sortilèges servant à amoindrir l’impact de la froideur sur nos corps, l’antarctique était insupportable. L’air chargé, piquant, difficilement respirable et pourtant tellement pur.

J’ai déposé Ulysse chez moi car dans la panique c’était le seul endroit que j’avais pu visualiser avant de transplaner. Je me suis assuré qu’il allait bien.
Il était replié sur lui-même et il se tenait le ventre. Il m’a expliqué, au bord de l’écœurement, qu’il avait déjà transplané avec Emreis McEwan et un certain Casey Call. Ca lui avait fait le même effet. Ca allait passer, essayait-il de me rassurer... ça allait passer mais sa main restait agrippée à mon avant bras, comme s’il était pris de vertiges. J’ai posé la mienne sur son dos jusqu’à ce qu’il se redresse.
C’est des choses qu’on fait.

- T’es sûr que ça va?[i]

Il s’est relevé doucement, il a inspiré, m’a regardé droit dans les yeux et il m’a embrassé sur les lèvres. Je suis resté complètement tétanisé. J’ai rien fait. Ses lèvres sont parties doucement de ma bouche. Son geste était spontané, brusque mais... curieusement suave.

■ Va, m’a-t-il dit avec un air aussi bien dévasté que confiant qui me conjurait de ne pas demander d’explication. Seth... c’est ça ? Je crois que tu dois lui donner ce pendentif que tu portes autour du cou.

Je suis resté scotché à son regard encore quelques secondes avant de reprendre mes esprits.


♠ C’était quoi ça?! Shocked

- Je... Je savais pas quoi dire.
■ Il n’y a rien à dire, Elliot. Ne te prends pas la tête. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Des gens t’attendent, casse-toi maintenant.

J’ai filé. Des gens m’attendaient, c’était vrai. Seth, oui, mais ce n’était pas la priorité. Sacha m’avait demandé de donner sa chevalière à Mélusine. Cette chevalière m’avait permis de transplaner de la Prison d’Etat à la Grande-Bretagne en un rien de temps. Un transplanage idéal (pour qui était sorcier, n’en déplaise à Ulysse auquel cela avait retourné l’estomac), comme j’avais jamais vécu. Cette bague était formidable. Pas d’impression de passer dans le chat d’une aiguille... c’était plutôt les montagnes russes à grande vitesse. Arrivée élégante sur le plancher des vaches... comme si j’avais été aspiré de l’Antarctique et déposé par le Zéphyr hurlant, ici, à Hollywich. Sans souci.



POUDLARD

J’ai pas touché les pieds sur sol depuis deux secondes que je cours déjà en direction du Café Campus. C’est seulement hallucinant d’avoir la possibilité de transplaner à Poudlard ou de faire d’aussi longs trajets sans en devenir malade ou risquer d’être désartibulé.
J’arrive essoufflé au Café Campus. C’est pas l’image du lieu que Sacha a mis dans ma tête mais je ne sais pas où situer l’endroit précis qu’il m’a montré. J’imagine mal Mélu dans un endroit pareil mais il y aura certainement des étudiants qui pourront m’orienter vers elle.

Je comprends mon erreur une fois sur place. En me voyant rentrer, il y a comme un gros et long et pesant silence. Il y a des fois idiotes, des fois soûlantes, des fois démotivantes où j’oublie
qui je suis dans l’œil des autres.
Foutre! Mes épaules s’affaissent. Je suis dépité. 5, 4, 3, 2, 1, 0. Explosion. Le raz de marée met moins de quelques secondes à m’emporter. Je me retrouve entouré d’une vingtaine de sorciers et sorcières munis de parchemins, de livres de cours et des calepins tendus vers moi pour que je les signe, et des filles lèvent leur pull pour que je griffonne un autographe sur leur bide.


♠ Merlin! Heeelp! Je veux Mélusine! ♠

Je peux pas transplaner de Poudlard devant autant de gens... Demain les gros titres m’assassinent et me taxent de mage noir. Je suis foutu... je suis coincé.

Dans la masse informe et étouffante de visages et de corps qui m’oppressent, je sens soudain qu’on me tire par le bras vers le bas. Je me retrouve accroupi malgré moi, entouré d’une colonnade de jambes et ma main est dans celle de...

- Morgane? je soupire rassuré. Un visage connu.

Au-dessus de nous, les jambes nous piétinent presque. Personne n’a compris que j’étais seulement un petit peu plus en-dessous. "Bah où est-il?" s’exclament-ils.
Morgane a les joues roses en me regardant. Je trouve ça mignon mais si elle savait à quel point y a pas à rosir. Quand elle s’aperçoit qu’elle tient encore ma main, elle la lâche vivement mais garde le contrôle sur elle.

- Tu es fou de débarquer dans un endroit plein de midinettes et de jeunes ados. Ils vont te manger tout cru... il faut t’enfuir.

Fuir. La chevalière de Sacha.
Pour tout dire, j’aime pas l’influence qu’elle a sur moi. Elle est lourde, elle est chaude, elle s’empare de mon aura, de quelque chose de doux et de souple à l’intérieur de moi, un peu comme la bague du Seigneur des Anneaux. Mais elle pourrait me sauver si je l’utilise maintenant... Aller! Qu’elles aillent se faire foutre mes appréhensions! Je transplane d’un coup après avoir saisi le bras de Morgane que j’emmène avec moi.

Nous apparaissons près de la cabane d’Hagrid, au calme. Elle est étonnée que je puisse transplaner dans Poudlard. Je lui atteste très promptement que j’en suis particulièrement abasourdi moi aussi mais que c’est bien utile. Sans lui laisser le temps de répliquer, la chance que j’aie me frappe soudain. Ca fait un peu mal au crâne d’être frappé aussi violemment par la chance, du coup, je me laisse emporter et je prends Morgane, la cousine de ME-LU-SI-NE, dans mes putains de bras.

- Cooool! C’est toi!! fais-je en hurlant de joie quand je réalise. La cousine de Mélu. Je pouvais pas mieux tomber. Ca va depuis Noël?

On parlote, on rit, on prend des nouvelles et je prends mon temps car je ne me vois pas lui demander de but en blanc où se trouve sa cousine. Mais je finis par venir sur le sujet. Je pipote des trucs au sujet de la raison précise pour laquelle je veux voir Mélu. Pas dupe, l’Ecossaise me répond que je devrais attendre demain pour la voir parce que Mélu est...

- En Thaïlande!

Visage déconfit.
Tronche de six pieds sous terre.

- Tu te moques ?
- Du tout.
- Bousamerde, je grommelle.
- Non, c’est génial la Thaïlande, fait-elle semblant de ne pas comprendre.
- Elle est en mission?
- Non... pas à ce que je sache...

Elle hésite à me donner des infos. Elle reste vague. Je suis peut-être un pote de sa cousine ou de Sacha mais je ne suis pas de son camp. Ni d’Ecosse, ni de la Résistance. J’imagine que pour avoir l’information, il faut que je lui apporte une preuve que c’est capital pour moi.
Je lève le dos ma main face à elle pour qu’elle voie la chevalière aux initiales de Sacha.

- Sacha, ton Amiral, a des problèmes, lui dis-je doucement en souriant, en la priant silencieusement, en mettant toute mon énergie dans le contrôle de mes impulsions pour ne pas lui faire peur plus que nécessaire, je sais que c’est difficile pour toi de me faire confiance...
- Surtout que d’après Witch Magazine, tu as encore donné un concert privé à New-York pour la bande de Trolls...
- C’était en janvier! j’essaye de me défendre, pour le nouvel an, ça n’a rien à voir! Et puis c’est mon métier de chanter!

Elle glousse, elle se foutait de moi. Je suis tombé dans le panneau.
Je lui souris, bêta, en me calmant.

- Je sais pas pourquoi mais c’est comme ça: Sacha m’a demandé de donner cette chevalière à Mélusine. Il y avait Emmett, il y avait Egon, il y avait Berenice, Enym, sa femme ou le Ministre de la magie... mais il a demandé après ta cousine. Enfin, il a même pas demandé... il m’a seulement demandé de lui remettre sa chevalière. Il est en danger, Morgane... alors s’il te plaît, dis-moi où je dois aller pour trouver Mélusine. Je ne sais pas si Sacha veut qu’elle se rende auprès de lui ou si c’est seulement un legs... mais si c’est un legs, ça veut dire qu’il ne compte pas revenir... or moi je veux qu’il revienne.

Ca y est. Contaminée. Je l’ai inquiété. Cool.
Elle finit par me dire où se trouve Mélusine.

- Dans l’hôtel d’Oriane et Mareva Coolwater, à Phuket... tu l’attires pas dans un traquenard, hein?
- Je sais pas où je l’attire... mais si je lui donnais la chevalière, même sans lui demander d’aller le rejoindre, qu’est-ce que tu crois qu’elle ferait?

Elle répond pas mais m’offre un sourire qui répond à l’évidence de ma question.
Je remercie la petite Ecossaise avec piété et je transplane aussitôt.


♠ Comment transplaner en Thaïlande? ♠

De la Thaïlande, les seuls endroits que je connaisse sont les alentours d’un petit bar près de Patong beach et un casino de Phuket ville où j’ai donné un concert il y a deux ans. C’est déjà ça!
J’y transplane sans hésitation après avoir rassemblé au mieux ma mémoire de ces lieux de fêtes
Sur place, ma doudoune est de trop. Je suis crevé. Je me sens sale. En comptant bien, je n’ai pas dormi depuis 28 heures et j’ai fait quatre pays en moins d’un jour.
La bague commence à me faire tourner la tête, le manque de sommeil, la folie, le stress mais ça sera bientôt fini. Je touche au but.



PHUKET
Précédemment... "Kalista Rouge et Rose Iccam" Lien vers

Sur place, je fais avec les moyens du bord: taxi-moto direction l’hôtel...
J’ôte mon manteau, mon pull, mes boots et tout le tralala. Cette chaleur est insoutenable. Si Mélusine doit aller là-bas en catastrophe, mes effets lui seront plus utiles qu’à moi, voilà pourquoi je décide de ne pas les abandonner en chemin et de me les coltiner jusqu’à l’hôtel de celle qu’on nomme la Dame Rouge.

Quand j’entre dans l’établissement, je dois presque me battre pour dépasser la porte d’accueil et qu’on accepte de me laisser entrer. Après tout le tintamarre que je fais, j’attire l’attention d’un responsable qui amène Mareva jusqu’ici.

- Elliot O’Malley? S’exclame-t-elle. Qu’est-ce que vous faites ici?

Elle me regarde de haut en bas. J’ai l’air d’un romano. Pieds nus, un pantalon GoreTex de ski relevé aux genoux, un marcel blanc distendu dans lequel je transpire comme un porc, mes boots dans une main et mes affaires sous le bras, l’air crevé et désemparé.

- Je dois voir Mélusine, dis-je seulement. C’est perso...

Il fait soudain si chaud malgré la climatisation que je manque de tomber dans les pommes. Enfin, je manque pas... je tombe dans les pommes. Je me réveille affolé quelques heures plus tard. Le visage de Mélusine au-dessus moi. J’ai tellement pas la force de m’expliquer des heures... je retire la chevalière d’un geste sans énergie, tout fatigué que je suis. Je prends sa main et je passe l’anneau à son index. Heureux de m’en débarrasser enfin.
Derrière la jeune femme, j’entends un enfant et d’autres voix familières... mais mon objectif, le seul, c’est Mélusine.

- Il a des problèmes, dis-je à bout de force, volontairement bas et sur le souffle. Prends mes fringues... tu vas en avoir besoin... Prison d’Etat de... de l’Ile White. Shawn Page... chantage. Opposition... Antarès l’attend, finis-je dans un murmure presque inaudible avant de retomber dans ma compote de pommes.

Même si pendant tout le circuit en taxi-moto je n'ai eu de cesse de me demander pourquoi ELLE, pourquoi le don de sa chevalière à Mélusine, et qu'il a fleuri énormément de conjectures à ce sujet, au moment de lui donner l’anneau, il m'avait semblé avoir été plus discret que jamais. Je nous savais regardé et écouté, je sentais la présence des autres que je ne voyais pas dans cette pénombre... bizarrement, je me sentais le gardien d'un secret que je n'avais pas envie de disperser. Ma voix fut assez basse pour que seule Mélusine m'entende. Elle avait le choix de faire de cette information tout ce qu’elle voulait en son âme et conscience.

Le reste de l'histoire, leur appartient... (suite Lien vers)






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Ceux qui t'aiment comprendront
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