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 La théorie des contraires

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Sacha de Lansley
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MessageSujet: La théorie des contraires   Lun 10 Jan 2011 - 23:22


3 Novembre 2012

M. etc,

Je n’aime pas les introductions courtoises des correspondances. Les comment ‘vas-tu – moi, je vais bien’. Pas que je m’en foute. Seulement, le fait même d’écrire une lettre à quelqu’un induit qu’on en brigue l’écho et que cet écho comprendra implicitement les réponses aux questions qu’on se pose. Ensuite, me résumer en un ‘je vais bien’ quand j’ai 50 cm de parchemin à remplir me paraît être une sorte de gâchis méprisant pour les belles Lettres, le plaisir ou le besoin d’écrire et pour ce pauvre parchemin qui aurait, dès lors, préféré rester du papyrus ou un cuir, bien vivant, dessus le dos de l’animal dont il a été extrait.

Je n’aime pas les introductions courtoises des correspondances. Toutefois, je ne corresponds pas puisque, pour que le terme soit juste, me faudrait-il encore obtenir une réponse.
Alors telle est mon introduction. Une protestation. Une lettre implique implicitement que son expéditeur espère une réaction de la part de son destinataire. Quelle qu’elle soit. Un notaire envoyant ses factures, espère que ses honoraires seront réglés. Un ministre envoyant un projet budgétaire à ses conseillers attend d’eux une critique. Un Capitaine écrivant une missive, comportant des questions claires et une requête, attend de son destinataire une réponse. Un signe de vie.

Tu n’as pas répondu à mon dernier message. Je suis donc en droit de me plaindre.
Et je le fais.
Je me plains. Juste pour me donner une raison de t’écrire.

Sais-tu que dès l’âge de huit ans, j’ai tenu un journal intime où je retraçai toute les lignes de ma vie? J’y consignais bien plus que mon âme. J’éprouvais un insupportable besoin de coucher sur le papier tout ce qui se passait, tout ce que je pensais, tout ce que je ressentais et vivais. O. - qui était alors une sorte de tuteur et de père par procuration quand le mien ne s’intéressait à moi que pour la descendance que je lui aurais un jour donnée - me l’avait offert. L’outil lui permettait de suivre secrètement mes écueils et l’état de ce que j’étais car la moindre ligne lui était transmise à mon insu dans un second journal qu’il détenait.

B., une sorte de sacripant vagabond recueilli par ma mère à l’adolescence et qui me servit d’ami et de démon jusqu’à mes dix-sept ans lorsque, d’un autre côté, il servait d’amant à cette dernière, me fit un portrait éloquent d’O. et m’orienta sur la piste de sa duperie. Les deux hommes entretenaient, depuis de longues dates, une sorte de rivalité dont j’étais le principal objet. C’est alors que j’atteignis mes onze ans que j’ai réalisé que B. avait raison : mon journal intime n’était qu’un cheval de Troie placé au plus profond de mon cœur et de mon esprit. O. me surveillait et formait son éducation autour de mes confidences sur le papier ou anticipait les mauvais coups si j’avais eu le malheur de l’écrire dans mon journal. Au lieu d’en être furieux, j’ai mieux appris mon latin et mon grec ancien et je me suis mis à écrire dans ces langues mortes pour mieux faire respecter mes secrets. L’adolescence arrivait à grand pas et j’entendais qu’elle soit la porte ouverte sur ma liberté. J’avais déjà été enseigné par O. que l’égarement et les vendettas ne résolvaient jamais définitivement aucun problème. L’intelligence était tout ce dont l’homme était pourvu pour riposter aux infortunes. Cet adage me paraissait sensé et je tachai désormais de le suivre ; et encore aujourd’hui, malgré que la vie d’un homme rend le principe plus difficile à appliquer que lorsque la vie n’est qu’adolescente.

Pour me contrecarrer, O. a appris le latin et le grec ancien. Selon lui, un bon ennemi devait être un ennemi qui savait utiliser et comprendre les armes de son adversaire afin de les surmonter et de les retourner contre lui. Aussi, alors que nous nous trouvions à l’un des rares repas réunissant mère, père, fils et duègne, O. a dit en grec pour que ses propos demeurent obscurs aux oreilles de mes géniteurs qui prirent notre conversation pour un enseignement de plus:
ὅτι μὲν ὑμεῖς, ὦ ἄνδρες Ἀθηναῖοι, πεπόνθατε ὑπὸ τῶν ἐμῶν κατηγόρων, οὐκ οἶδα: ἐγὼ δ᾽ οὖν καὶ αὐτὸς ὑπ᾽ αὐτῶν ὀλίγου ἐμαυτοῦ ἐπελαθόμην, οὕτω πιθανῶς ἔλεγον. καίτοι ἀληθές γε ὡς ἔπος εἰπεῖν οὐδὲν εἰρήκασιν. μάλιστα δὲ αὐτῶν ἓν ἐθαύμασα τῶν πολλῶν ὧν ἐψεύσαντο, τοῦτο ἐν ᾧ ἔλεγον ὡς χρῆν ὑμᾶς εὐλαβεῖσθαι μὴ ὑπ᾽ ἐμοῦ ἐξαπατηθῆτε ὡς δεινοῦ ὄντος λέγειν.

Ses propos étaient tirés de l’Apologie de Socrate. Je reconnus le texte sur lequel je m’étais déjà appuyé pour apprendre le grec en autodidacte.

Traduction: ‘Je ne sais quelle impression mes accusateurs ont faite sur vous. Pour moi, en les entendant, peu s'en est fallu que je ne me méconnusse moi-même, tant ils ont parlé d'une manière persuasive; et cependant, à parler franchement, ils n'ont pas dit un mot qui soit véritable. Mais, parmi tous les mensonges qu'ils ont débités, ce qui m'a le plus surpris, c'est lorsqu'ils vous ont recommandé de vous bien tenir en garde contre mon éloquence.’

Il désignait clairement B. et K. - une autre des actrices de mon enfance - qui m’avaient mis en garde contre lui et ses discours. Je ne savais qui croire. Je devins méfiant des trois. Et par la suite, méfiant de tous. J’avais cependant encore besoin de leurs enseignements, aussi contradictoires soient-ils. B. m’enseignait la débauche, la liberté, le droit à me défendre et à contredire mon environnement, à m’émanciper des besoins de la caste D.L. et à assouvir les plus impures aspirations qui s’offraient à mon âme. O. s’occupait de me rendre solide et intraitable, de réagir avec stratégie et discernement, d’oublier l’inconstance des amours et des amitiés qui distraient l’âme, de ne savoir compter que sur moi-même et sur le seul don dont Merlin n’était pas à l'origine et qui ne résultait que de moi: une cervelle. L’un officiait pour les mérites de l’aventure et des passions et l’autre pour ceux du savoir froid. Mes parents, là-dedans, me nourrissaient et s’étaient occupés de me baptiser onze années auparavant. Depuis que j’avais quitté le sein de ma mère, il ne me fut donné d’eux qu’une indifférence caractéristique des gens de leur rang. Je ne m’en plaignis pas. Cette indifférence serait le cortège de mes plus grandes aventures quand viendrait le temps de rendre des comptes à la vie.

Ainsi donc, avais-je un journal. Je l’ai offert en 7ème année à E.R., ma meilleure amie - si, d’amis, je peux accepter l’idée qu’il en soit de meilleurs que d’autres -, pour que sur Terre, je m’habitue un peu l’idée que je n’étais rien si j’étais tout seul. Elle ne pouvait lire l’histoire des mes plus jeunes années mais elle possédait en dur ce que j’appelais mon âme et tous mes secrets.

J’ai acheté un second journal, car j’éprouve continuellement le besoin de vomir ce que m’inspire la vie, et ce second journal, je l’ai abandonné tout récemment, en avril 2012 lorsque je suis devenu moldu. Une instabilité m’avait fait perdre tous mes pouvoirs magiques. Depuis j’ai retrouvé l’ensemble mais j’ai perdu mon journal. J’estimai, à ce moment-là, que je devais grandir et que je n’avais plus besoin de mes confessions quotidiennes pour survivre à l’intense activité intérieure qui était la mienne et aux questions que je me posais. J’en souffre. Je t’en fais la confession. Mon esprit est un aspirateur à sensations et à idéologies approximatives. Quand je ne les vois pas noir sur blanc, j’ai comme l’impression que mes pensées et mes journées sont des rêves et qu’elles n’ont jamais existé.

J’ai du mal à accepter l’idée qu’une fois que les choses ont été vécues, ressenties et pensées, elles n’existent plus que dans un souffreteux passé qui finira par devenir poussière. Matérialiser ainsi l’ensemble de ce que je croyais être me conférait, ô fiévreuse vanité, un peu d’immortalité.


    Manuscrit joint à la lettre.

    Cher journal,

    J’ai hésité à te reprendre car tu fus pour moi le compagnon d’une époque naïve où je pensais qu’en confinant mes pensées, ma vie et mes désirs à l’intérieur de toi cela me les rendrait plus vraies dans la mesure où, même non partagés, les mots gagnent en puissance quand on leur donne une forme noire sur blanc. Or, rien ne devint jamais plus vrai ou plus faux après chaque ligne que j’écrivis en ton cœur de papier.

    Relater mes affres, mes souffrances et mes non-dits n’avait aucun sens si ces secrets ne m’encraient pas dans une réalité, qu’elle fut la mienne ou celle des autres. Aucun sens non plus si leur addition en encre et en temps n’égalait pas en valeur la somme de tous mes tourments. L’accumulation des mots n’effleura jamais aussi bien que je l’aurais espéré la réalité de ce que je vivais. J’avais envie d’être réel et, au bout d’une centaine d’encriers, je n’étais ni plus ni moins que moi-même : un enfant de deux mètres, un mensonge éhonté, une vérité douteuse, une anecdote d’ivrogne, une table sans pied, un clown malade, un sourire défiguré, un épée de papier, un grain de sable brisé, une fleur inodore, un cancre travailleur, une métaphore défilée, un cartable vide, un adjectif sans nom, un verbe sans sujet, un néant incomplet. Un sentiment empaillé.

    J’avais à cette époque une difficulté certaine à comprendre pourquoi je vivais et à accepter ce à quoi j’aspirais. Oui. J’avais, me semble-t-il, quelques aspirations. L’écrire, ce n’était pas assez.

    Depuis, j’ai un peu vieilli et je songe que les mots écrits ne valent pas plus que ceux que l’on dit. Toutefois, je n’ai pas assez vieilli pour prétendre mieux me connaître et me comprendre car, s’il est des choses qui ont évoluées dans ma perception du monde et des gens, il en est d’autres qui sont restées intactes comme, par exemple, l’indifférence que je me porte. Et cela me fait toujours autant sourire de constater que plus je me fous de moi-même, plus les gens m’accordent un crédit affligeant.

    Je me fous de moi mais pas de ce que je pense ou des raisons qui motivent mes actes.

    Tout cela pour te dire, cher journal, qu’écrire ou non en toi, ne changera rien à ma vie et n’apportera pas de tableau plus clair des chapitres de celle-ci.

    C’est très solennellement que je vais te déposer dans le fond de cette caisse en bois. Je suis très heureux d’avoir pu t’expliquer, enfin, après tout ce temps, les raisons de mon éloignement. Ce n’est pas la première fois que je romps une relation mais c’est la première fois que j’essaye d’en expliquer la raison à l’intéressé… N’est-il pas ironique que la seule rupture où je crois me comporter correctement soit une rupture avec un vulgaire objet?

    Pour ma part, bien qu’au final tu ne me fus utile en rien de ce que j’attendais de toi, je ne te résume pas à un simple outil mais à un compagnon fidèle qui me prêta de l’espoir et gonfla secrètement mon orgueil quand je me démotivais face à la vanité des rêves que je faisais.

    Adieu,
    Salue-moi, camarade de papier.
    Tu ne seras plus mon narrateur mais je te promets de ne jamais cesser de penser, même mal, même de travers, même sournoisement. Toujours avec détachement et ironie, je serai Sacha. Sacha de Lansley.


Aujourd’hui, je me sens périssable et incomplet.
Je n’ai cependant pas repris de journal et c’est au hasard d’un besoin, ou plutôt de la nécessité de t’écrire pour être certain que tu as vraiment existé, aussi exaspérante fus-tu, que je remplace sans réellement savoir pourquoi, mes anciens journaux pour une correspondance avec toi.

Je suis bien trop vaniteux pour t’obliger à me répondre et me retrouver dans l’espérance de quelque chose qui proviendrait de toi (ou de toute autre personne). Je ne te demande rien et encore moins d’avoir des opinions à mon sujet. Tu n’es pas sans savoir ce que je sais faire des opinions d’autrui. Nonobstant, accepte une seule fois de me répondre que ton cœur bat toujours.

Ton Capitaine, quoi qu’il en soit.






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MessageSujet: Re: La théorie des contraires   Sam 15 Jan 2011 - 23:28

Il s'appelle Gorgonzola. Il est daltonien, un chouïa envahissant et adore le sang de dragon. Accessoirement, c'est aussi une chauve-souris. Plus endurant que mon vieil hibou.




le 12 novembre 2012,



Capitaine,



Mon cœur est une usine à rêves. Même en cas de grève, il continue de tourner. Mais il tourne de travers et ses rouages sont tout rouillés. Il ne sait plus où donner de la tête alors il frappe à toutes les portes. Des fois, il fait un vacarme du tonnerre. D'autres fois, il sombre dans un mutisme sans fin. Il aime me sonner les cloches au milieu de la nuit jusqu'au petit matin. Tapage nocturne pour réveil en fanfare.
Certains ont le cœur narcoleptique. Le mien est insomniaque.
Il rit, parfois. Il pleure. Souvent. Il rame et il tempête.
Alors, oui, je suppose qu'il bat.


Je n'ai jamais réussi à tenir un journal. Je ne dois pas avoir assez de volonté. J'ai essayé, quelques fois, parce que j'avais peur d'oublier. Oublier la beauté d'un sourire ou le goût d'un gâteau. Mais les mots sont trop faibles pour traduire une image, une odeur, une saveur. Difficile de décrire l'impalpable avec trois pattes de mouche. Je ne suis pas assez patiente.
La vie tient à des détails que je suis incapable de retranscrire. Et pourtant, ce sont ces détails que j'ai peur de perdre. Des bouts de rien qui font que mon tout est tangible.
Peut-être qu'en vérité, je n'ai pas le courage. En général, j'écrivais juste des banalités.
Aujourd'hui, 20 mars, je suis allée me balader à Arbroath. Je n'avais jamais vu autant de mouettes. Le marchand de glaces, amusé par mes genoux écorchés, m'en a offerte une. Elle m'a dégouliné sur les doigts. C'était amusant, comme si j'avais du sang vert. Je ne pourrais plus jamais manger une glace à la pistache sans y repenser. J'avais neuf ans. Bref. Rien qui puisse donner envie de se relire sans une once de pitié. J'ai commencé. Recommencé. En quinze ans, je n'ai même pas rempli un grimoire. Pour vraiment jouer le jeu, il faut coucher son âme sur le papier. Mon âme est mieux au chaud dans le secret de ma tête. Crainte d'être lue. De se relire. Deux ou trois fois, j'ai jeté des mots, noirci des pages avec tout ce qui me passait par le cœur, j'ai tout lâché, tout dit, tout raconté, pour essayer de m'expliquer ma vie ou un bout d'instant. Cette encre et ce papier ont fini dans le feu. Les flammes étaient belles, vives. Étrangement écarlates.

Et quoi écrire? Tout? Trop long.
Quoi négliger? Et si ce 'mis de côté' était la clef de voûte de demain alors que je le laissais dans un coin?

J'ai trouvé la technique pour raviver ma mémoire. Dans un petit carnet rouge, il y a une liste de noms, d'adjectifs, de verbes. Ou même de nombres. Des dates. Une suite de signes insensés. Chaque mot vit en autarcie. Chaque mot est une clef à souvenirs. Comme autant de mots de passe. J'y archive un terme après l'autre et il me suffit de le lire, de le toucher doucement du doigt pour raviver l'image, ranimer l'instant. Le mot doit être bien choisi pour, par-delà les jours qui passent, conserver son pouvoir évocateur. Parfois, j'en invente un. Emathizpur. Il sonne comme une formule magique. Emathizpur a un goût de pluie froide, son ciel est noir, la mer du Nord est agitée. Dans le port d'Edimbourg, les bateaux se déhanchent sur l'eau. On ne sait plus trop s'ils dansent ou s'ils sont ivres. Les nuages se déchirent et se déversent sur ma tête. J'ai un peu plus de treize ans. Je suis en train de grandir et je déteste ça. J'ai lu qu'il existait un pays où on pouvait rester enfant éternellement. Je n'ai aucun goût pour l'immortalité, c'est le fait d'être mortelle qui rend la vie intéressante. Aucun goût non plus pour la stase. Rester toujours la même, erk. Mais je trouve ça injuste de ne pas avoir le choix. De subir le passage obligatoire. Je monte à bord, en partance pour l'inconnu. Il n'y a personne. Le pont est déserté. Je glisse. Je gîte. La proue est mon objectif. Devant moi, le mer, déchaînée et sauvage, prouvant encore aux hommes qu'elle n'appartient qu'à elle. Elle se laisse apprivoiser mais ne fait jamais de promesses. Elle me renvoie mon salut, me baptisant d'une vague. Un éclair craque l'obscurité. Je crie aussi fort que l'orage. J'aime ce moment de tension, ce laps de temps entre la lumière et le son. J'aime le monde tel qu'il est. Le monde est indomptable. Ce soir-là, la lune, pâle et ronde, se voile la face derrière les nuages.

Ma liste est longue et elle sonne comme une poésie bizarre, sans queue ni tête. J'aime à penser qu'elle me ressemble. Si on devait se définir par des mots, peut-être que ce seraient ceux-là.

J'ai trouvé ma parade. Mes sésames à mémoire. Mon shazam.
Ma dernière entrée est "M.A.A.". Miroir Aux Alouettes. Je ne sais plus si c'est moi ou le monde.

Pour le reste, quand ça déborde, quand la vie me harcèle, j'écris mais à des gens. Est-ce qu'on ne vit pas que dans la mémoire des autres? On y survit, au moins. Je me disperse un peu aux quatre vents. J'éparpille des bouts de moi aux quatre coins de mes amitiés. Des bouts de moi seulement. Je n'aime pas vraiment l'idée de quelqu'un qui saurait tout de moi. Je n'aimais pas. Je m'éparpillais. Du passé. Je n'écris plus depuis deux ans.


Par contre, ce qui me fascine, depuis que je suis en âge de comprendre que le jour succède à la nuit, ce sont les rêves.

Où va-t-on quand on dort? Qui rejoint-on? Est-ce que ça n'est pas seulement quand la nuit tombe qu'on devient libre, sans entrave? Voyage-t-on? Que voit-on? Et surtout, qu'est-ce qui fait qu'on oublie?

Qui fait que l'écran de nos paupières devient un Cinémagic nocturne? Il y en a pour tous les goûts. Des petits contes naïfs aux couleurs acidulées. Des comédies dramatiques. Thriller. Drame. Horreur. PG - 18. Fantastique. Le tout à forte tendance autobiographique. Une unique spectatrice. Une séance unique. Et même pas de pop-corn.

J'ai un grimoire, relié de cuir, à l'odeur chaude et un peu ancienne, où j'archive mes escales en pays oniriques. Personne n'y a jamais touché, n'en a jamais rien lu. Sauf une fois, une Verte. Trois lignes. Par erreur. Elle l'a regretté. De tout ce que l'on vit, il n'y a rien de plus personnel. On peut partager l'existence de quelqu'un mais on restera toujours à la périphérie de ses rêves. C'est la seule chose qui n'appartient qu'à soi.
Les rêves sont le plus puissant des veritaserum. On s'endort et les masques s'effritent. Les histoires qu'on se raconte s'évaporent. On ne ment pas quand on sommeille. On n'est jamais plus vrai qu'alors. Les rêves ne nous épargnent rien. Aucune vérité qu'on aimerait se cacher. Ils nous mettent face à ce que nous sommes. Ils dressent de nous un portrait surréaliste. Ils sont le reflet de nos peurs et de nos espoirs. Nos vides, nos trop-pleins, nos amours, nos rancœurs et nos désirs. Et je trouve parfois les rêves plus tangibles que la réalité.
Une projection, puissante et vulnérable de notre vérité, dans toute son imperfection, dans toute sa grandeur. Notre face cachée, ce que l'on garde secret, scellé, tout au fond de nous. On s'y défoule, on y compense nos manques, on y dessine nos espérances, on y affronte nos craintes. On y aime sans peur et on y croit sans timidité. On s'y harcèle soi-même pour s'aider à se comprendre.

Je crois aussi qu'ils nous indiquent la voie, vers où se tourner. J'ai souvent réagi à mes rêves. A tort ou à raison, mais il est souvent difficile de les ignorer. Les rêves qui sont encore capables de me faire frémir quand je les retranscris sont autant de clins d'œil. J'aime à penser qu'il y a une moi plus sage, muette le jour, bavarde la nuit, qui me guide et qui sait mieux que moi s'y retrouver dans ce bazar qu'est ma vie. Alors, je l'écoute. Jusqu'ici, elle ne m'a jamais trahie.
Je n'obéis pourtant pas à grand monde. Tu le sais.

J'aime rêver autant que je déteste ça. Je m'évade ou je m'enfonce. Le réveil est souvent une délivrance teintée d'amertume. Un regret lancinant de retrouver une réalité bancale. J'attend et j’appréhende Morphée avec autant de forces. Restless dreams.

Ce qui est étrange, avec les songes, c'est que je reste moi mais sans être moi. Je ne sais pas comment te l'expliquer. Je me sens moi mais, pourtant, ce moi n'est pas celui que je porte au grand jour.
Parfois, je suis même moi dans le corps d'un autre, et, alors, je suis moi et je suis elle. Ou lui. Un personnage fictif, tiré d'une histoire ou d'une légende. J'ai été Jane de Bad Timing. Gwenog Jones, la capitaine de Quidditch. J'ai été une prêtresse de l'Ancien Culte.
Je n'avais jamais rêvé que j'étais un Autre bien réel.

Deux nuits avant ta lettre, j'ai rêvé que j'étais Toi.


Etc.




Post scriptum: je n'avais rien reçu. J'aurais répondu. Je crois.




« When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up.
I wrote down ‘happy’.
They told me I didn’t understand the assignment,
And I told them they didn’t understand life. »
John Lennon


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MessageSujet: Re: La théorie des contraires   Lun 17 Jan 2011 - 18:19

12.12.12


Blablabla...


Excuse-moi ce délai. La Vie m'a flanqué une nouvelle fessée. J'ai eu à me venger de l'affront et le plus clair de mon temps s'en est trouvé réduit à ne plus être que du temps à sommeil et à anxiétés.


Si ton cœur bat, même de travers, au moins bat-il.


Bon.

'Accio courage.'

La nouvelle ne tardera pas à se répandre. Si tu ne l'as pas déjà apprise, je te la confie en propre. Je vais être de nouveau père. J'ai appris par G. et S. - que j'avais chargés de la surveiller en mon absence - que le ventre de C., ma femme, s'était arrondi. Ils m'ont fait suivre une lettre... et voilà. Papa.

Je vais faire preuve d'une prudence qui ne m'est pas coutumière pour écrire le paragraphe suivant. Je t'avoue que j'ai déjà déchiré six parchemins et qu'il me semble qu'il n'existe aucune manière idéale de t'écrire ce que j'ai à t'écrire. J'ai fini par m'abandonner aux maladresses avec l'espoir que tu combleras par ton discernement et ta sensibilité les mots et les idées qui recèlent de chacune.

J'ai donc délibéré interminablement. J'ai biffé, déchiré et jeté plusieurs versions de cette lettre uniquement pour le quatrième paragraphe qu'elle contient. Je voulais que ce passage t'explique que j'étais heureux d'être de nouveau père malgré l'obscur contexte dans lequel cette naissance aura lieu. Je ne voulais cependant pas trop insister sur cet évènement pour des raisons qui me sont assez compliquées à écrire sans trahir C. et sans trahir, non plus, les choses que j'ai pu un jour de te dire. Ces choses, je les ai toutes pensées malgré ce que notre A. commun a pu t'en conter, enivré par la jalousie et un excès de protectionnisme. La naissance de cet enfant me jette dans un vase de contingences encore plus profond que celui dans lequel j'étais déjà. La prison de mes péripéties se réduit de plus en plus, j'y ai à peine la place pour tenir debout et regarder en l'air. J'ai le sentiment que ce que je veux sera toujours tu par ce qu'il faut. J'ai des questionnements insolites sur ce que l'Amour a fait de nous depuis la nuit des temps, sur son influence tragique dans les cœurs de ceux qui le ressentent, sur les vertus de ses pouvoirs, sur l'insanité de ses conséquences. L'Amour s'inspire de toute chose et brime avec brio les intentions les plus honnêtes en faisant tourner en bourrique les personnes sujettes à son influence. Dans les littératures, il est délivrance. Pour moi, il est prison. Je ne demanderai à personne de venir m'en délivrer. Cependant, les personnes auxquelles Il m'a lié se doivent de reconnaitre le sentiment avant les actes sinon ils se pourraient douter de ma sincérité. Malgré que j'aie toujours pensé que les actes surpassaient les paroles ou, du moins, donnaient à celles-ci une emphase plus concrète que de simples mots. A la rigueur, le mot couronne les actes mais qu'en penser lorsqu'on se doit de rester réservé et pétrifié?
Si mes sentiments étaient un navire, ainsi dirait-on que le capitaine possède une merveilleuse et riche embarcation qu'il ne peut gouverner sans risquer de sombrer... et de faire sombrer avec lui tous les ports et les terres un jour accostés.

J'en ai fini avec ce sujet. Je tenais à te l'apprendre moi-même. Parce que.

Arrivé à cet endroit de ma lettre, je n'aurais jamais cru qu'il serait si difficile d'imaginer que l'attente de ta réponse me plongerait probablement dans une insupportable impatience.

Je n'attends rien de spécial. Enfin, je ne sais pas ce que je t'attends.
Seulement que tu comprennes.

Lucy, tu es énervante. J'espère que tu le sais.

J'ai aimé chaque ligne, ainsi que ce qu'il y avait entre les lignes, de la réponse que tu m'as faite.
Je me suis beaucoup moins réjoui de la morsure que ton Gorgonzola a faite à mon petit N. Une chauve-souris, pour un sorcier de cinq ans, c'est comme une invitation aux expériences sadiques. La bestiole n'aura pas apprécié.

Etrange que la même nuit, nous rêvâmes l'un et l'autre de l'un et de l'autre. J'éprouve désormais plus de retenue à te dire les choses que j'adorais d'antan te dire pour te faire rugir. Aussi ne te raconterai-je pas mon rêve car, si tu n'es pas face à moi, je détesterais louper ne serait-ce qu'une seule de ses quinte d'humeur. Nonobstant, ancienne lionne, si tu es plus courageuse que moi, dis-moi de quoi tu rêves, je te dirai qui tu es.

Je ne t'embrasse pas. La nuit dudit rêve m'a rapporté une réminiscence où il m'a semblé que tu étais devenue ma créancière pour cette chose-là... je ne saurais jamais si ce n'était qu'un rêve ou un excès de la réalité mais, dans ce rêve, les étoiles au plafond de ta chambre avaient un parfum Outaouais très prononcé.

S.





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MessageSujet: Re: La théorie des contraires   Mar 18 Jan 2011 - 13:11

Non datée - 12.12.12 "L.S. adresse toutes ses félicitations à M. & Mrs D.L. et leur souhaite beaucoup de bonheur."


C'est la version officielle façon mensonge diplomatique.
Fais-en ce que tu veux.




le 15 décembre 2012,


Rien à dire.
Rien à penser.
Ne rien penser.
Ne rien dire.


Quand j'étais petite, j'avais un petit mouton qui s'appelait Bertram. Il devait avoir subi un sortilège de jeunesse éternelle parce qu'il est toujours resté aussi petit. Tout blanc et pelucheux, avec des yeux noirs tout tendres. Il se blottissait toujours sur mes genoux quand ma mère me racontait des histoires le soir. Ma préférée était celle de Lao et la confiture d'étincelles.
Il était une fois un petit garçon né avec de grandes oreilles et de grands yeux, comme si, jamais, il ne serait satisfait avant d'avoir capté jusqu'à la moindre lumière, jusqu'au moindre murmure, toutes les bribes de ce qui faisait que le monde était monde. Il avait l'air un peu ahuri et passait pour l'idiot du village, à croire encore, toujours, en des légendes oubliées. Il avait des idéaux extravagants et était peut-être un peu fou. On se moquait doucement de lui parce qu'il était différent. Lui ne se souvenait pas d'un jour où il n'avait pas rêvé à de la confiture d'étincelles. Il ne savait pas ce que c'était mais il avait la certitude que c'était ce qui manquait à la vie. A tout le monde, il demandait si ils auraient un peu de cette confiture pour lui. La plupart lui riait au nez. Quelques uns tentaient de lui expliquer qu'une telle chose n'existait pas. Et puis, d'abord, une confiture d'étincelles, pour quoi faire? Le seul à croire à cette histoire était Mouche, le dragon phobique. Quand Lao fut assez grand pour comprendre que les sourires qu'on lui adressait n'étaient pas nécessairement des signes de bonne humeur ou d'affection, il quitta le village, un baluchon sur le dos, en compagnie de Mouche. Ils visitèrent le monde et le monde leur plut bien. Mais partout, nulle trace de la confiture d'étincelles. On se moquait moins de lui, en partie à cause de Mouche qui avait des allures terrifiantes, en partie parce que les gens ne parlaient pas la même langue.
Selon les soirs, les péripéties de Lao et Mouche variaient.
De belles rencontres.
Des mystères à laisser dans l'obscurité.
Une pointe de poésie.
[...]
Mais la fin était toujours la même.
Un jour, Lao arriva devant un volcan en éruption et c'était le plus beau spectacle qu'il eut jamais vu. Au mépris des avertissements des adultes qui savaient tout, il s'approcha de cette gerbe de flammes et de lave, Mouche sur les talons. Voilà. Il touchait son rêve du bout des doigts. Du volcan s'échappaient des tonnes et des tonnes de confiture d'étincelles. Des litres de magma tirés des entrailles de la terre (j'adorais ce mot, "magma"). Le feu se fit plus fort, jaillissant de toute part. D'aucuns disent que Lao s'envola in extremis sur le dos de Mouche, en route vers d'autres cieux. Mais ceux-là n'ont jamais compris la valeur d'un rêve. Ils ne comprennent pas que Lao ait pu sourire si fort et qu'il se soit évaporé dans ces étincelles, ravi d'avoir défié tous ces gens qui le croyaient fou. Il n'a pas vaincu, il ne s'est pas fait vaincre. Le feu est devenu lui. Il est devenu le feu. Et passe l'éternité à se faire des tartines de confiture d'étincelles.
J'avais parfois l'impression de voir apparaître le fantôme de Lao, ou plutôt, son esprit. Son sourire était gravé au fond de ses yeux et il avait la beauté de ceux qui ont cru et sont allés jusqu'au bout.


123 aurait dû être le sézame pour l'inauguration du Grain de Folie. C'est le nom d'une petite échoppe du Doxyham qui a pour ambition de proposer de l'inutile, du fantasque et du poétique. Qui n'a jamais rêvé d'acquérir un authentique faux-jeton ou quelques gouttes de sang-bleu? C’est un peu fou, furieusement décalé mais c'est une idée qui plaît. C'est ma petite fierté. Mais 123 est devenu une poitrine compressée, un black-out sur des illusions coriaces, un sourire amer et l'envie furieuse de changer d'air. De respirer une autre atmosphère. C'est aussi ma tête contre un mur et la pensée d'A. appelée à la rescousse.


M.


P.S.: Je ne vais pas faire semblant d'être ce que je ne suis pas. Se conformer aux attentes des autres ou essayer de leur plaire à n'importe quel prix... ça n'est pas mon credo. Si on m'aime, que ce soit au moins pour ce que je suis, et non pas pour ce que je parais être. Je préfère qu'on me déteste pour ce que je suis plutôt qu'on puisse m'aimer pour ce que je ne suis pas. Mëme toi. Surtout toi.
A mon sens, les gens qui procréent en temps de guerre sont inconscients et égoïstes. Qu'ont-ils à offrir comme paysage émotionnel? La vue des flammes, le chant des combats et le goût de la peur.
Ton espérance de vie est à la hauteur de notre espérance de paix... Et un enfant ne devrait jamais grandir sans père.
Mais j'ai aussi envie de te dire qu'aujourd'hui, on a tellement peu d'opportunité d'être heureux que, quand un bout de bonheur passe à portée de main, il faut s'en saisir et ne plus jamais le laisser repartir, l'enfermer à double-tour, à contre-cœur, contre son cœur pour le laisser s'épanouir à sa chaleur. Alors, il devient plus grand et plus fort, et nourrit ton existence à grands coups d'espoir et de rêve.
Je ne suis pas assez altruiste pour me réjouir pour toi. Ca viendra. Peut-être.

P.P.S.: si tes sentiments étaient un navire, les miens seraient une île naufragée, qui n'a que l'horizon à perte de vue, dont la rescapée scanne les distances, guette les bateaux. De temps à autre, un de ces bateaux, imposant et magnifique, s'égare dans ses eaux, sans que, jamais, elle ne se décide à le prendre. Peut-être que c'est mieux. Peut-être qu'elle n'y survivrait pas.
Ce n'est pourtant pas l'inconnu de la destination qui lui fait peur. Ce qui devrait l’inquiéter, c'est d'en rester à jamais le passager clandestin. Pourtant, ce qui l'inquiète, en réalité, c'est la peur de n'avoir plus ni l'envie ni la force de remettre pied à terre, et, un jour de tempête, de sombrer avec, sans même chercher à se débattre.
L'ombre de ce navire est immense et engloutit tout son paysage. Elle en oublie de regarder vers le ciel. Dans le ciel, pourtant, il y a ce bel oiseau migrateur, prêt à la prendre dans ses ailes pour l'emmener vers un meilleur ailleurs. L'oiseau s'éloigne, devient un petit point noir dans le bleu infini. Elle ne désespère pas réussir à oublier sa fascination empathique pour la mer et envahir les airs.




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MessageSujet: Re: La théorie des contraires   Mar 18 Jan 2011 - 21:02

16 décembre. Aux aurores.

J'ai lu et relu ta dernière lettre. La première version de la réponse que j'allais t'écrire a flambé dans ma cheminée. Il est plus difficile de te répondre que d'écrire dans un journal intime. Parce que mon journal ne me répondra jamais. Il a mon cœur mais pas de cœur.

J'ai décidé de garder le cap. Demeurer modéré. Quoi qu'il en coûte.
L'autre, maladroite et peu avertie, gît au feu. Celle-ci est présentable.

Et je ne me sens pas moins moi-même quand les choix que je fais déçoivent ceux qui n'en sont pas les bénéficiaires. C'est ainsi, mademoiselle M. Le choix est un reflet de soi. Qu'on aime ou qu'on méprise ce qu'on interprète de ce reflet, il n'en reste pas moins notre choix. Une infime partie de soi. Et, l'on ne saurait juger sur un choix l'intégrale valeur d'une personne.

Ne me juge pas sur mes choix. Si les choix font les hommes, un seul choix ne fait pas tout l'homme.

Ceci étant dit, il me semble que tu as du de Lansley dans la plume. Celui qui en moi est mort a survécu dans l'encre de tes lettres.

Je t'aimais mieux avant. Quand tu n'étais que toi même, sans amertume, sans cynisme rancunier.
Et en même temps, je ne peux t'en vouloir. Je ne peux, non plus, me flatter de t'avoir empoisonné.

C'est ce que je ressens - et, cette fois, c'est moi qui suis Amertume.

Il fut une époque où j'aimais plus que tout piétiner ce qui était beau. J'aimais posséder le beau uniquement le temps de l'accoutrer de laideur. Le beau était inutile. Il n'avait qu'une seule perspective : dégradation graduelle jusqu'à extermination totale de ce qui l'avait un jour fait beau. Et cette brièveté de l'existence était ce qui rendait beau le beau. Dans ma folie puérile, j'accélérai seulement le processus de pourrissement. J'aimais dégurgiter la laideur et m'en aller, ébloui de fierté pour l'œuvre dévastée. Ces belles choses étaient des filles, des garçons, ma famille pour ce qu'elle pouvait receler de beauté, les relations bienheureuses qui unissaient les gens, un cours à Poudlard, un instant féérique, une croyance, la foi... bien souvent des vertus ou des notions dites positives ou bénéfiques. Plus j'avais souillé, plus j'étais heureux. En regardant aujourd'hui les ravages que j'ai laissés derrière moi, et la difficulté avec laquelle les paysages ont été reconstruits après mon passage, il se peut que j'éprouve une certaine honte.

Si d'une manière ou d'une autre, tu as le sentiment que je t'ai pollué, pourri, souillé, corrompu - choisi les termes que tu préfères - et que je te pollue encore, ferme au navire fantôme le port de tes îles secrètes. Vole avec l'oiseau migrateur... parfois la mer est cruelle et incertaine. Si tu voulais un monde de certitudes, tu n'aurais jamais dû regarder vers l'horizon.

Et malgré tout ce que j'ai lu, je ne peux m'empêcher de ne vouloir pas me défendre. Et de te donner raison. De trouver charmant ta bataille passablement manipulatrice contre les chaînes qui m'emprisonnent. De me laisser entrevoir un vague chantage manuscrit. De tout ce que tu n'écris pas mais que je lis.

Propos sibyllins à lettre sycophante.
Tu déchiffreras ce que tu as bien envie d'y déchiffrer.

S.






Walked out this morning
Don't believe what I saw
A hundred billion bottles
Washed up on the shore
Seems I'm not alone at being alone
A hundred billion castaways
Are looking for a home
(Police)

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MessageSujet: Re: La théorie des contraires   Sam 22 Jan 2011 - 17:36

Sycophante est un joli mot. J'ignore ce qu'il veut dire. Je préfère l'ignorer. Il sonne bien mais il sonne dur.


le 16 décembre 2012,

Je crois que j'aurais aimé lire cette première mouture de lettre, celle que je devine directe et sans ambages.
Je me perds au milieu de tes phrases. Tu y embrouilles mes idées.
Ou alors mes idées étaient-elles déjà tellement emmêlées que ma perception en bafouille?
Je ne sais pas.
Je ne comprend pas.

J'essaie de repousser dans un coin ce que j'ai envie de comprendre pour me concentrer sur ce que je suis supposée lire. Ou alors, j'essaie de repousser dans un coin ce que je suis supposée lire pour me concentrer sur ce que j'ai peur de comprendre. Un habile mélange des deux. Je ne suis pas une intellectuelle. Je ne suis pas non plus une sensible. Ou alors, je le suis trop, je le suis mal.
Ces mots sonnent comme des excuses. Peut-être en sont-ce. Je ne suis pas très douée dans cet art et je ne suis pas sûre d'avoir envie de me perfectionner. On fait ses excuses aux gens quand on pense avoir mal agit envers eux. Ca n'est pas mon cas.

Tu n'as pas compris non plus. Au royaume des mécompréhensions, tu es mon digne dauphin. Ca ne me console pas vraiment.

Je t'ai exprimé mon sentiment du mieux que je le pouvais. Le premier coup passé, et il m'aura fallu à peine quelques heures, je me suis mise à sa place. A la place de ton enfant. C'était aussi illogique que spontané. Je m'en serais bien abstenue. Je l'ai imaginé au milieu des flammes, des combats et de la peur, mais ça n'était pas si important parce que tu lui faisais rempart. Grandir dans l'amour d'un père, c'est ça, pour moi, se sentir en sécurité, envers et contre tout. Et puis je l'ai vu te perdre. Parce que c'est ma peur la plus profonde. Je ne sais pas si c'est l'acte le plus généreux ou le plus cruel que de donner la vie sans pouvoir fournir la promesse d'être là pour la voir s'épanouir. L'amour d'une mère ne pourra jamais combler l'absence d'un père. On en devient bancal. Je sais de quoi je parle.

Et voilà, comment, en voulant parler de toi, je me retrouver à te raconter ma vie.

Cet enfant arrive et tu l'aimes déjà. Ca se sent en filigrane de toutes tes phrases. C'est un fait, pas un choix. Et je ne vois pas où un quelconque jugement a sa place là-dedans. Il me semble que la conclusion à ma pensée était: "sois heureux". J'aurais dû comprendre que cet enfant est la plus belle chose qui te soit arrivée. Mais je crois que la beauté est inaltérable. Ne m'accuse pas de quelque chose dont je suis incapable. La seule chose que j'ai remis en cause, c'est le "maintenant", quand l'avenir est tellement incertain. Non. C'est faux. Dans ce "maintenant", il y a aussi un pourquoi. Le ventre d'une femme ne s'arrondit qu'à partir du troisième mois. Il suffit alors de compter à rebours. Ce qui nous porte à juste après le Canada. Il me semble que le message est clair: il n'y a pas de place pour moi dans ta vie. Tu t'es assuré de m'en offrir la preuve. C'est difficile d'être extatique après un tel constat.

C'est immature de s'inventer des histoires. Et c'est ridicule d'être jalouse. Il n'empêche que ça fait mal. C'est d'autant plus risible que, depuis le début, je savais que ta vie était assez riche sans avoir besoin d'une intruse. C'était ça, le passager clandestin.

Et, dans ce cas, tu ne peux pas me reprocher d'espérer, même en vain, de réussir à t'oublier un jour. En vain. Je ne sais pas non plus désaimer. Il me semble que j'ai le droit d'aspirer à autre chose qu'un manque permanent. Tout comme j'ai le droit d'être amère.

Je ne t'en ai pas fait le reproche. Pas vraiment. Si. Un peu. C'est pourtant de ma faute si j'accorde trop de foi aux rêves, quand ils ne sont que cela. Des rêves.


Ce rêve que j'avais fait... aucun comédien, aussi doué soit-il, n'aurait pu le rejouer. Les didascalies étaient réduites à l'extrême, les dialogues au néant. Ca n'était qu'émotion et ressenti.
Mon rêve s'ouvre sur la vue familière de l'Ecosse que m'offre ma fenêtre (la fenêtre de chez moi, pas celle de chez ma mère). Je m'y suis arrêtée une fois de plus, prétexte futile pour pensées vagabondes. Elles errent sur le chemin tant parcouru des souvenirs canadiens. Ma poitrine y a appris un seul prénom. Elle en a fait un refrain monocorde et poignant. En cinq lettres, elle me décline l'éventail des sentiments. Au conditionnel. A l'imparfait. Mais cette fois, il y a un écho. Une voix chante en canon. Une fois éveillée, l'impossible redevient une option mais, dans mon rêve, mes cinq lettres rimaient avec les huit siennes. Jusqu'à ne plus rimer du tout. Elles s'étaient fondues les unes dans les autres. Ca ne faisait ni treize, ni deux, ni vraiment une. Un silence. En plus beau. Pour moi, le silence est vide. Celui-ici était pleine. Et soudain, c'est comme si je devenais hypersensible. Je perçois tout, je sens tout. Tout devient aiguisé, ma perception s'affine. Mon regard s'absorbe dans mon reflet sur la vitre, dilué par le paysage au-dehors. Mais, entre les branches, ce n'est pas mon visage, pâle et auréolé de boucles rousses, qu'on devine, mais le tien. Rien d'étrange, pourtant, juste l'envie de sourire. Mes lèvres qui s'étirent. Tes lèvres. Les notres. C'est un sourire comme j'en ai perdu le goût. Un vrai sourire qui réchauffe et irradie. Pendant encore un temps, je me sens juste Moi dans toi. Je sens ce que tu es et c'est tellement plus que tout ce que j'avais pu un jour sentir. Ton Toi est peut-être ailleurs. Sur le moment, je ne m'en étais pas souciée. J'étais Toi et c'était... je ne sais pas. Soudain, sans rupture ni transition, ton Toi est là sans que mon Moi se sente à l'étroit pour autant. Mon Moi se tend vers ton Toi, l'accueille, annihilant les distances. Ton Toi est serein. Mon Moi est paisible. Confiants. Leurs frontières s'évaporent. Toi et Moi deviennent perméables. Ici, il n'y a ni corps, ni peau, ni ego pour faire obstacle. C'est juste comme deux énergies qui se perdent l'une dans l'autre, qui fusionnent. Impossible de savoir si Moi est une partie de Toi ou Toi une partie de Moi.
Et je me réveille. Le réveil est déchirant.

Deux jours plus tard, je recevais ta lettre.
Moi qui refuse de croire au detsin, j'avais pourtant envie d'y voir un signe.

J'ai voulu oublier ce rêve. Un mois plus tard, il emplit toujours ma tête. Je m'étais promis de ne jamais te le raconter.

Tu vois, en plus d'être partiale, détestable, amère, cynique et rancunière, je suis folle. Je tourne la carte. J'ai une araignée indélogeable collée au plafond.

Je n'avais pas le droit de faire ce rêve. Ni de le convoquer à nouveau, en attendant le marchand de sable. Mais mes rêves, c'est tout ce qui me reste.
Peut-être qu'en définitive, ce sont les gens qui ont raison. Les rêves ne sont rien d'autre que des divagations mentales, sans queue ni tête.

Le navire s'éloigne. Sur son île, les yeux morts, elle adresse un sourire vaillant au capitaine. Il sonne faux, mais, de si loin, il ne rendra compte de rien. Il n'y avait jamais eu de place pour les incertitudes. Toutes les cabines étaient prises.
Je n'ai jamais été une alternative, à peine une escale. Pourtant, et, malgré les évidences, je serais partie à l'autre bout du monde si tu me l'avais demandé. Et tous les oiseaux migrateurs du monde n'y auraient rien pu. Malgré les incertitudes. L'horizon aurait été un champ d'espoir. J'aurais été incapable de faire demi-tour. N'avoir plus ni l'envie ni la force de remettre pied à terre. Submersible à souhait, elle serait de ceux qui, à l'image du capitaine, coulent avec le bateau. C'est idiot. De nos jours, on ne meurt plus d'avoir le cœur qui sombre.

L'ombre du navire, en s'éloignant, a laissé son empreinte sur sa peau. Le soleil, maintenant, lui fait mal. Elle a perdu l'accès au ciel. Et pourtant, si tout était à refaire, elle regarderait encore l'horizon. Elle a toujours cru être une fille de l'air. Son baptême, à treize ans, lui avait pourtant dit qu'elle était une fille de l'eau.


Il est tard. Il est tôt. La nuit s'étire doucement.


Je te relis et je ne te comprends pas. Enfin, si, je conçois très bien la partie où il est question des choix qui ne me concernent pas. Quelqu'un de plus sage que moi se serait abstenu de commentaire sur cette future naissance. Je suppose que j'ai pris un droit que je n'avais pas. J'ai enrichi mon point de vue au début de cette lettre. Je ne m'en excuse pas pour autant.
C'est tout le reste qui m'échappe. Où est-ce que j'avais parlé de pollution, de pourriture, de souillure ou encore de corrupion? Je me souviens avoir glissé, entre deux lignes que j'avais mal, que j'avais peur, que je n'arrivais pas à oublier. Que je n'avais aucun droit sur ton avenir alors que tu envahissais le mien. Qu'alors, j'essayais de t'y gommer en vain, mais que je gardais l'espoir d'y parvenir un jour. C'était ma manière de te dire que, quoi que je ressente, quels que soient mes envies et mes désirs, je n'ai aucune prise sur toi et je n'en mendierai pas. Je ne m'accrocherai pas comme une désespérée. Gouverne donc ton navire sans crainte.

Ma tête est pleine de tes fantômes. Je la préfère hantée que vide.


A la première lecture de cette lettre-là, j'avais cru sentir... percevoir... autre chose. Un quelque chose qui me plaisait bien. Ma raison ma raisonné. C'était juste mes rêves qui me collaient à la peau. Gouverne ton navire. On rouille à rester immobile. Gouverne ton navire. Eloigne-toi de mes eaux troubles. Si, comme tu le prédis, je dois sombrer, je préférerais que tu sois au loin.

Gouverne ton navire.
Prend soin de toi et sois heureux,


M.



Il y a beaucoup de ratures, de bavures. Je n'aurais jamais le courage de me relire. De recommencer cette lettre. Je profite d'être épuisée pour mettre ma censure aux arrêts.
Je ne suis pas sûre de supporter une réponse à cette lettre. Je ne suis pas sûre de supporter une non-réponse à cette lettre. Fais ce que tu veux. Je n'attends rien de toi. Je ne te demande rien.




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MessageSujet: Re: La théorie des contraires   Jeu 27 Jan 2011 - 19:42


24 décembre 2012


Sans intro. Même pas un 'etc' ou un 'blablabla'.

J'ai été horrifié que tu assimiles la naissance d'un enfant à l'égoïsme de ses parents ou aux potentielles mésaventures qui pourraient les frapper. Tu as involontairement placé la tête de cet enfant sous des auspices funestes et j'ai détesté cet assemblage syntaxique. C'est ce qui t'a valu ma dernière réponse. J'étais blessé et outré, et c'était injuste de m'octroyer l'être à compter que je n'attendais rien de toi. Je voulais seulement t'annoncer cette nouvelle avec mes propres mots et je n'avais pas prévu la façon dont j'accuserai réception de ta réaction.
Quand je te parlais de "contexte obscur", je parlais moins de guerre que d'abyssaux questionnements.
Toutefois, quand on attend un enfant, on ne pense pas au pire mais au meilleur qu'on pourrait lui offrir. Je ne pense pas que je vais mourir, je ne pense pas que je suis infime, je ne pense pas que le monde est épouvantable quand je suis sur le point de voir éclore la vie. Je pense seulement que c'est arrivé et qu'il faut garantir à l'être à venir tout ce qui se fait de mieux pour le protéger. Et cet être sera mon enfant, et la chair de ma chair. Si le monde avait été en paix, mon point de vue n'aurait pas beaucoup différé. Bien que la mort a toujours été, à mes yeux, la plus grande aventure que j'aurais pu vivre, désormais que je suis père et que je vais l'être encore, j'aurais aimé faire l'impasse sur cette dernière aventure.

Je fais la trêve des beaux mots et des formules littéraires. Parlons franc puisqu'il semblerait que nous avons toujours manqué de clarté l'un envers l'autre.

Je suis revenu du Canada et d'Édimbourg, criblé d'interrogations et d'incertitudes. Je me suis senti dépossédé de mon libre arbitre parce que mes obligations, qu'elles soient familiales ou professionnelles, m'empêchaient de tourner simplement le dos au passé pour te tendre la main et te proposer un autre futur.

Je me suis demandé si j'en avais seulement envie. Partir. Tout lâcher. Etre méprisé plus qu'alors et torturer C. Les premiers jours, je n'ai pas trouvé de réponses. Je savais seulement qu'il était infect que mon bonheur suggère le malheur d'une autre. J'étais vide alors. Les yeux pendus à ma fenêtre, à regarder l'automne engloutir l'été. Tu emplissais tout ce que je désirai. Tu obscurcissais les résolutions que je m'étais faite en quittant le pas de ta porte. L'automne a été exécrable avec moi. Il m'a fait tourner en bourrique. J'étais apathique. Et heureusement, je n'avais guère assez de force pour sombrer dans la folie. Si je pensais à ma femme, la seconde d'après, sans comprendre comment tu étais arrivée là, c'était ton visage que je voyais derrière mes paupières closes. Alors, j'ai cessé de dormir pour cesser de te voir, parce qu'il fallait à tout prix te chasser de mes pensées. Parce que mon navire ne voguait pas très droit et que je ne voulais entraîner personne avec moi dans un naufrage imminent. Parce que j'avais compris que tu voulais le ciel et que la mer t'effrayait...

C'est alors que j'ai reçu tes lettres et que je me soupçonne de n'avoir rien compris ou d'avoir été assez couard pour ne pas chercher à réellement comprendre. La mer ne te faisait pas si peur que ça.

Alors, M-etc, je te retourne ta réplique. Si tu m'avais dit 'ne pars pas, reste avec moi', crois bien que je serais resté. Car à cet instant où l'Écosse disparaissait en ne laissant de moi que le souvenir d'un CU dans la paume d'une main, j'aurais tout abandonné sur un coup de tête pour ne jamais repartir.

Mais notre obsession jumelle pour la dissimulation aura fini par avoir raison de nous et de cette brèche à l'ouverture anodine où nous aurions pu nous faufiler et tout aurait été possible.

Tu n'as rien dit. Et moi, je n'ai rien demandé non plus. Chacun paralysé dans ses propres croyances et ses propres faiblesses, le silence a gagné.

A qui en vouloir? Aux phrases qui ne sortent pas ou qui sortent écorchées? A la paternité? Aux cœurs aveuglés? Aux bateaux en perdition, aux oiseaux en migration, aux sibylles cachotières? Je n'en veux à personne. Ni à moi, ni à ce qui n'est pas moi.

J'ai rêvé des heures que tu venais frapper à la fenêtre de l'automne. Tu n'es jamais venue. Tu es restée un rêve que je m'étais forgé et que j'avais cru vrai.

Pourtant, ta raison a raisonné de travers dernièrement. Oui.
Mes courriers auraient pu bien te plaire.
Ceux-là, tu les as bien sentis.

Cependant, une fois encore, nous échangeons nos incompréhensions, nos différences, nos dissonances, ce qui nous sépare plutôt que ce qui nous lie. Pas plus que moi, tu sembles avoir envie de le prononcer. Sans doute parce que, comme je te le disais dans ma lettre datée du 3 novembre, concernant mon journal, lorsqu'on verbalise ce qui se passe à l'intérieur, cela rend bien trop vrai ce qui existe à l'extérieur.

J'en déduis que ce que nous dissimulons - néanmoins assez mal ces derniers temps - a peur d'exister. Je respecte les appréhensions qui nous retiennent. Je conçois être à l'origine de nombre d'entre elles. J'assume pleinement entretenir l'équilibre entre 'ce qui aurait pu' et 'ce qui est devenu'. Je veux les deux plutôt que n'avoir rien. Comme toi, je préfère ma tête remplie de fantômes plutôt que vide.



Il me reste beaucoup de choses à écrire mais je n'ai plus l'esprit pour le faire.
Alors je me suis contenté de reprendre tes lettres pour qu'elles se répondent mieux aux miennes.

Tu écris " je crois que la beauté est inaltérable. Ne m'accuse pas de quelque chose dont je suis incapable."
Je précise: Je t'ai accusé de plusieurs choses dans ma lettre, sauf de celle-ci. Je n'ai jamais dit que tu altérais la beauté. A ces lignes, je te parlais exclusivement de moi. De la façon dont je peux négligemment - ou effectivement - pourrir ce qui est beau. Je te demandais s'il m'était resté d'anciennes habitudes qui auraient pu te blesser ou te maltraiter au point que tu me croies capable d'apprécier ou d'espérer faire de toi 'le passager clandestin de ma vie', selon tes propres mots. Soit l'on vit avec moi, soit l'on vit contre moi. J'aurais préféré t'abriter ailleurs que dans mes secrets. Parce que tant que tu es un secret, tu es un secret contre C. Et je n'aime pas lui infliger ces fourberies. Mais jamais, au grand jamais, je n'accepterai que tu te traites comme l'intruse de ma vie.

Tu écris: " Je n'ai jamais été une alternative, à peine une escale."
Je réponds: Tu t'insultes sans mon consentement. Vois-tu d'où me viennent mes interrogations sur le fait que j'aurais pu te polluer sans le vouloir? Tu écris des choses à ton sujet qui me paraissent violentes en plus d'être rigoureusement fausses. Comme tu sais que je suis un grand prétentieux, j'ai présumé que j'avais causé des dégâts incurables qui te faisaient écrire ce genre de conneries. Car autrement, je t'aurais cru incapable de t'accorder si peu de valeur à mes yeux après tout ce que j'ai pu te dire dans l'ascenseur. A moins que, ce jour-là, tu fus sourde ou que, depuis, tu eusses perdu la mémoire.

J'ai écrit: "L'Amour s'inspire de toute chose et brime avec brio les intentions les plus honnêtes en faisant tourner en bourrique les personnes sujettes à son influence. Dans les littératures, il est délivrance. Pour moi, il est prison. Je ne demanderai à personne de venir m'en délivrer. Cependant, les personnes auxquelles Il m'a lié se doivent de reconnaitre le sentiment avant les actes sinon ils se pourraient douter de ma sincérité."
Tu devrais relire ce passage plus souvent avant de m'écrire d'autres bêtises. Je suis les personnes sujettes à son influence. Je suis en prison. Quand aux "personne(s)" qui suivent, il ne s'agit pas de moi.

Tu écris: " Je ne sais pas non plus désaimer."
Je précise: Si cette phrase bourrée de négatifs est une litote, tu me laisses sans voix et je te réponds muettement que je ne suis pas si différent.


Sans conclusion. Même pas un 'blablabla' ou quelques 'etc.'


S.


P.S.: J'ai cessé de croire que les autres étaient des imbéciles,
Donc, souvent j'évite de dire aux gens ce qu'ils savent déjà.
Il y a beaucoup de choses que tu sais et que je ne dis pas.
Ne l'ignore pas. Montre-moi que tu battrais les plus habiles.



_____________________________________________________


Envoyé le 26 décembre

L'encre et les parchemins ne remplacent pas un derme et les sens.
Ca m'a fait plaisir de te voir hier soir.

J'espère que tu excuseras ma mère pour son comportement envahissant.
Si tu l'excuses, j'en serais enchanté.
Comme ça, au moins l'un de nous deux lui aura montré un peu de miséricorde.
Moi... J'en suis incapable. Quoi qu'elle fasse.

Je serai en introuvable du 27 décembre au 8 janvier.
Je t'écrirai certainement dès mon retour pour te souhaiter une bonne année.

Take care.

S.






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MessageSujet: Re: La théorie des contraires   Mar 1 Fév 2011 - 22:09

26 décembre 2012,

C'était bon de te voir.
Et de te toucher.

Le tête-à-tête avec ta mère s'est révélé plutôt... intéressant.
J'ai connu pire. Je ne lui en veux pas.
A dire vrai, le reste de la soirée a quelque peu éclipsé son intrusion.

Ma nuit s'est teintée d'argent.

Whaterver you do & wherever you go, be careful,

M.


31 décembre 2012,

Le 21 décembre, je suis restée pétrie d'indécisions.

Jusque-là, j'avais beaucoup argué aux soit-disant prophètes que la seule fin était celle d'une ère, dessinée par le calendrier inca. Que cette date n'était que le tournant, comme un premier janvier, mais à l'échelle millénaire. Mais le matin du 21.12.12, les doutes me sont tombés dessus. Et avec eux les regrets. De tout ce que j'aurais pu dire, de tout ce que j'aurais pu faire. De toutes ces choses dont le temps était désormais compté.

Au matin, j'errais dans les rues d'Edimbourg, inapte à prendre une décision. Si le soleil se levait sur mon dernier jour, je voulais te revoir une dernière fois. Te voler un regard, t'arracher quelques mots, chaparder un instant. Te dire des choses que je ne pensais pas ou d'autres que je pensais trop fort, juste pour te retenir et t'avoir à moi, ne serait-ce que cinq minutes, même dix secondes.

Je me suis retrouvée à hanter le Q.G.. QG. où, bien sûr, tu n'étais pas. J'ai fini vautrée dans un coin, en compagnie d'une bouteille d'encre et d'un rouleau de parchemin, à t'écrire une lettre que je ne t'enverrais jamais. Avec ma réponse du 16, je pensais de toute façon avoir tiré un trait définitif sur tout ce à quoi j'avais pu aspirer et j'étais persuadée que ta missive précédente constituait les dernières nouvelles que j'aurais jamais de toi.
Je n'ai jamais autant aimé avoir tort.

J'écrivais, alors. J'avais besoin d'écrire, d'épancher sur papier le capharnaüm de ma tête. Un elfe de maison me visitait de temps à autre, armé de discours abracadabrantesques.

Minuit est venue sans que je m'en aperçoive. J'ai posé un point final et j'ai tout jeté au feu. C'était ma façon à moi d’effectuer mon deuil.
Le lendemain, pourtant, j'ai récidivé. Et tous les jours jusqu'à ton corbeau du 25. Ces oiseaux de malheur portent mal leur nom.


Le ciel de mon automne était couleur détresse, douleur et insomnie. Mes draps s'étaient imprégnés de ton odeur et de celle d'A.. La sienne, fugace, s'est évaporée la première. La tienne, tenace, m'a harcelée jusqu'à l’insupportable, me forçant à affronter mes choix. J'ai fini par fuir, non pas mes choix -je n'ai d'ailleurs jamais eu l'impression d'avoir choisi quoi que ce soit, ou qui que ce soit; pour moi, choisir, c'est impliquer sa volonté dans le processus, c'est s'octroyer un pouvoir de décision- mais mes évidences. La mer me faisait bel et bien peur mais uniquement parce que je me savais incapable de résister à ses appels bien longtemps. J'ai pourtant lutter. Le ciel voulait enfin de moi et moi, je voulais désespérément concilier les deux. L'air et l'eau mélangés n'ont pourtant jamais rien donné d'autre que du brouillard. Des tempêtes, des ouragans, des raz-de-marée. Pour avoir un arc-en-ciel, il faut en plus un peu de soleil. Personne n'a jamais su capturer un rayon de soleil au creux de ses doigts.

J'ai beaucoup rêvé, moi aussi. Mon imagination est sans limite quand il s'agit de me dessiner des utopies, à opposer aux dystopies quotidiennes.


Je me suis beaucoup interrogée ces derniers temps.
Quand quelque chose m'échappe, j'ai besoin de comprendre, c'est plus fort que moi. Enfin, disons quand le quelque chose en question a fait vibrer une corde sensible.
J'ai accompagné ma mère à TASKS (elle est bénévole, là-bas, à ses heures perdues). J'ai observé. J'ai écouté. Je lui ai posé des tonnes et des tonnes de questions comme je sais si bien le faire. Sur elle. Sur moi. Sur nous. Je cherchais quelque chose mais j'ignorais quoi exactement. Elle, elle a cru que je voulais lui faire une annonce voilée. Je l'ai rassuré. Je n'étais ni assez sage, ni assez mature. Elle m'a beaucoup raconté. Des anecdotes, des détails, des ressentis. Mais tout ça me restait étranger et lointain.
La vérité, c'est que je n'ai jamais envisagé la relation parent-enfant qu'à sens unique. Je suis une fille. I'm a daughter. Je n'arrive pas à envisager la réciproque.

Je parle de compréhension, mais, en définitive, c'était plutôt une tentative d'appréhension.

Le soir de Noël, je t'ai vu avec ton fils. Le piano, la chanson.
Planquée dans un coin, j'avais le cœur serré et les yeux humides. Depuis Ottawa, mes glandes lacrymales frôlent la suractivité. Passons. Là n'est pas la question.
Je vous ai vu et j'ai trouvé ça beau. Quelque chose m'a lentement percuté. Je ne sais pas comment t'expliquer ça.
Je ne demande jamais pardon parce que j'ai tendance à considérer les excuses comme une marque de faiblesse. Au même titre que reconnaître ses torts. C'est exposer l'une de ses failles au regard d'autrui et, hum, ça n'est vraiment pas quelque chose que j'accepte facilement. Néanmoins, je tiens à te présenter mes excuses. Je ne sais pas faire ça bien. Le manque d'habitude. Je voudrais m'excuser de ne pas avoir compris. Je t'ai vu avec N. et c'était évident. Dans ma tête, jusqu'alors, ça ne l'était pas du tout.
Je me suis permise de méjuger sur de simples a priori alors que je déteste quand on en fait autant pour moi.
S'il n'est pas trop tard pour revenir sur mes paroles, ou, plutôt pour les nuancer...

La dernière année avant son accident, J. m'avait tanné pour qu'on ait un enfant. Je n'étais pas beaucoup plus souple à l'époque. En guise refus, j'avais invoqué des raisons similaires, pour me cacher que j'avais peur. C'était devenu presque un tabou entre lui et moi. Je partais dans des paranoïas insensées et lui m'en voulait de ne pas comprendre son désir. Je prenais chaque caresse comme un reproche à mon ventre trop plat. Je sentais son regard s'attarder sur les nouveaux-nés (et même les moins nouveaux) mais je n'en démordais pas. J'ai toujours été la plus têtue des deux. J'étais trop jeune. J'étais trop libre. Trop indépendante. Trop folle. Trop égocentrique. N'importe quel prétexte était bon à prendre. Et moi, je prenais son envie pour un caprice. Ça n'est pas important.


1er janvier 2013,

Aujourd'hui, j'ai fait un truc complètement fou.
J'ai vu treize lever de soleil pour saluer la nouvelle année.

J'avais profité de la trêve de Noël pour aller voir T. et sa mère P.. Comme ça, sur un coup de tête. J'étais restée en contact avec lui parce qu'il avait éveillé ma curiosité et parce que je m'étais promis d'y revenir un jour, juste pour profiter de l'endroit, sans obligation et sans impératif. Je m'y suis découvert une passion pour la nourriture locale. Rien à voir avec ce que nous propose la plupart des magasins de chez nous. En mieux.
C'est là-bas que j'ai vu mon premier lever de soleil 2013.
Et puis, j'ai transplané d'est en ouest, avec un petit détour vers l'Australie. L'inde. Le Zimbabwe. La République Tchèque. La France. Le Sud de l'Angleterre. L'Écosse. L'Irlande. Pour finir au Canada, désartibulée.
J'aurais dû m'en douter. Faire attention. Mais mon enthousiasme a tendance à gommer mon bon sens ou ma fatigue. Et puis, ça n'était qu'un petit bout de jambe et un peu de sang qui teintait la neige de là-bas. Ça a pourtant été mon aurore préférée. Peut-être la neige, le froid pénétrant, la réverbération. Ou juste les souvenirs.

J'étais dans le parc et les arbres nus jouaient aux ombres chinoises avec le ciel, teinté d'un beau rouge. C'est dans ce parc que j'ai croisé le chemin de Magdalene, une des filles de l'Université. Elle m'a sauté dessus, enthousiasmée par mon "déguisement écossais". En kilt avec de la neige jusqu'aux genoux, tu m'étonnes... Elle est trop déchirée pour faire le constat de tous les autres détails. Ses copines l'ont rejointes. Elles étaient parties dans un délire où il était question de pancakes et de patins à glace. Elles m'ont laissé là dans un dernier sourire. Un peu embêtée, néanmoins, parce que j'étais coincée ici, sans la possibilité de rallier l'Écosse si je voulais rentrer entière. J'ai échoué dans le quartier sorcier sans trop savoir comment. Sans trop savoir comment, je me suis soudain retrouvée nez-à-nez avec une vieille connaissance de Poudlard, exilée au Canada. C'est elle qui m'a réparé le mollet et offert l'hospitalité. La fatigue nous rend toutes les deux un peu allumées mais au-dessus d'une boisson chaude avec quelques anecdotes du temps de Poudlard à l'appui, on ne se rend compte de rien.

Je t'écris d'un bout de sa chambre d'étudiante.

Si la pensée m'a traversée et l'envie m'a saisie, je suis pourtant restée dans Ottawa, loin de la forêt et de ses lacs.
Les dernières vingt-quatre heures passées là-bas sont justement pleines de brouillard. Il a fallu composé avec trop d'informations, trop de nouvelles données, physiques, mentales, émotionnelles et, je ne sais pas... un peu surnaturelles. Il y avait d'abord eu le lac, avec tout ce que ça avait pu bouleverser dans mon ordre établi. Puis la nuit avec A. où je tentais maladroitement de me raccrocher à ce qui était jusque-là mes certitudes. Les révélations de la Spirite, qui me confrontaient à tout ce en quoi je ne croyais pas. L'ascenseur où j'ai peut-être été sourde mais où tu as été aveugle. Ton coma. Ma tête n'est pas si bien faite qu'elle puisse assimiler autant de choses d'un coup. Quand le trop plein menace, elle fait un black-out complet dont on ne ressort qu'avec hésitation. Je te l'ai dit, j'ai beaucoup d'imagination, tendance incontrôlable. Difficile, parfois, de faire le tri entre le vrai et le faux.

Les mots sont parfois plus beaux quand ils sont émotifs et muets. Quand ils répondent à tous ceux que je n'ai pas dit.

Bonne année Capitaine,

M.

P.S.: une petite question sans cesse me turlupine,
Qui ne fait pas partie de ce que je sais déjà.
Au beau milieu du Parc de Strathcona,
Qu'avait de si particulier le dos de Mélusine?





« When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up.
I wrote down ‘happy’.
They told me I didn’t understand the assignment,
And I told them they didn’t understand life. »
John Lennon
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Sacha de Lansley
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MessageSujet: Re: La théorie des contraires   Sam 12 Mar 2011 - 23:01

le 6 janvier 2013,

J'avais laissé tes lettres là où tu sais pendant mon escapade à travers le monde et mon retour comme un pèlerinage.
J'avais eu envie de les emporter avec moi, en particulier la dernière, comme un rappel constant à la réalité, mais j'avais besoin de les savoir en un lieu sûr. A l'abri de tout et en particulier des regards.

J'ai donc écrit de mémoire, sans réagir de manière particulièrement pertinente ou percutante, mais je préférais les choses ainsi.
Néanmoins, je voulais te dire que...

... les étoiles de ma chambre sont aussi réelles que les portes closes d'un ascenseur.
... les secrets qu'elles gardent me sont aussi précieux.
... tes propres litotes me coupent le souffle, font bafouiller ma raison et font de ma poitrine un tambour erratique.




19 janvier - Lettres groupées.

Je n'ai pas pu les envoyer au moment où je les écrivais.
Elles auront peut-être moins de sens, pas le même sens, plus aucun sens, ainsi groupées.
Prends de chacune ce qui te fait du bien et abandonne le reste dans l'oubli.
La dernière de moi succède aux lettres de toi que j'ai trouvées sur mon lit en rentrant le 9 janvier.
La dernière de toi était datée du 6/01.

Quoiqu'il arrive désormais, je voulais que tu possèdes tout ça.
A tord et à travers. Surtout de travers. A l'endroit et à l'envers.
Si tu dois être mon envers, ou mon endroit, mon Singulier Contraire,
Ne te laisse jamais abuser par mes apparences et figures d'apparat.

Sacha de Lansley


'No Hablar mas de poesia aplastando las flores salvajes...'





La nuit du 31 décembre au 1er janvier

Elle l'a passé avec les gens de son camp. Je n'ai rien pu faire pour l'empêcher de partir. Ca m'a rongé. Ca m'a bouffé toute la nuit. J'ai pensé à elle sans cesse, jusqu'à m'en donner des migraines. Les cernes ont ombré mon regard déjà sombre et je n'ai pas décollé mes rétines de l'obscurité de cette bonne vieille forêt noire où je me suis caché.
C'est dans ces instants de solitude où j'ai tellement peur de la perdre ou qu'on vienne me l'enlever, que je me souviens de la folie et de la férocité avec laquelle je l'aime.

Le 31 décembre, en haut d'un vieux chêne que j'avais oublié tant je l'ai délaissé, j'étais emmitouflé dans une couverture qui pique et qui m'a vaguement replongée dans un de ces rêves étranges que je fais régulièrement et dans lesquels tu te roules, tu t'enroules, te déroules et m'enroules avec impudeur. Un jour, j'avais pourtant promis de te chasser de mes rêveries si osais t'y attarder. C'est sans doute un mensonge de plus que je m'étais fait en croyant bien te duper alors que je ne dupais que moi.

Voilà que je recommence.
Ca me fait sourire mais ce n'est pas drôle.
Je souris parce que je peux pas pleurer pour ça.
C'est trop débile. Ca ne mérite pas d'autres larmes que celle du rire.
Regarde! Fou dément que je suis!
Peut-on réellement et sincèrement - en l'espace de deux paragraphes - confirmer l'amour qu'on éprouve pour sa femme et l’assujettissement à sa déraisonnable attirance pour une autre?

Ce n'est pas pour te blesser que je te confie mes états d'âme la concernant. Et loin de moi l'idée prochaine de te faire de vaines promesses entourloupées de cochonneries hypocrites comme certains hommes savent si bien les servir: i.e. « Je te promets que je la quitterai... mais pas tout de suite, tu comprends, c'est difficile pour elle. » Je ne te promets rien parce que je ne sais rien d'autre que ce que je t'ai déjà écrit. Je reste le capitaine d'un bateau sans rame.

Par politesse, par déférence, il est probable que je ne devrais rien te confier de ce chapitre-ci de mon long silence... d'ailleurs, peut-être m'as-tu écris en mon absence. M'écris-tu? Pour me chamailler ou pour m'aimer bien? Peut-être réfléchis-tu. Reviens-tu sur les paroles que tu m'as données. Aurais-tu vraiment tord? Pourrais-je t'en vouloir ou me sentir trahi? Non. Cela serait même sage. Peut-être désaimes-tu mieux que tu pensais parce que, où que tu es et où que je sois, tu me maudis car tu devines la douleur que je ressens de la savoir si loin et de me sentir si modique quand elle n'est pas là. Malgré tout ce que je t'ai dit et que je pense tendrement.

Mais tu sais que rien ne me cause plus d'ennui que les bonnes manières et, à moindre échelle, que la politesse - surtout quand elle est fausse. (Ne nous y trompons pas, j'apprécie néanmoins toujours les civilités de bases. Les grotesqueries que j'aime parodier ou oublier rien que pour embêter mes interlocuteurs. J'aime les civilités et certaines politesses sociales dans le but unique de les maltraiter.) Ici, il ne s'agit que d’honnêteté, pas vraiment de politesse. Aussi cruelle puisse-t-elle se révéler sous le voile vertueux dont elle est recouverte, j'ai besoin d'honnêteté avec toi. Même si d'une phrase à l'autre et à mesure que se déroulent mes parchemins je suis susceptible de me contredire tout à fait, tout en ayant été sincère dans l'une et dans l'autre de mes phrases, je veux essayer de te confier, au fur et à mesure que j'écris, que tout ce que tu remets en question dans ma vie, ne remet pas en question mes sentiments et les engagements que j'ai pour ma femme. C'est mon drame et ma vérité. Je pense que tu l'avais compris... mais il fallait que je l'écrive.

De plus, je suis toujours persuadé que tu m'as ensorcelé exprès pour mieux te moquer de moi plus tard. Avouons-le, vulgairement parlé, cette hypothèse serait plutôt bien fait pour ma gueule.

C'est le 31 décembre pas tout à fait fini. Dans le ciel, les feux d'artifices du petit village d'à côté. Dans le fond, les clameurs d'un moment heureux qui va pointer le bout de son nez. Les sons s'étirent et s'égayent. Clameurs qui chevauchent sans victoire jusqu'à mon oreille, englouties par le profond silence de la forêt.

Je ronge mon frein. Je me demande ce qu'elle fait, qui elle embrassera pour la nouvelle année.
Je ronge mon frein. Même refrain et cerveau dupliqué. Je me demande ce que tu fais. Certain, néanmoins, que tes chaussettes extravagantes, ton corps araignée et tes cheveux ennemis de la gravité attireront moins de convoitise que les balcons de ma femme...
Ah! Celle-ci n'était pas mauvaise! J'aurais aimé que tu sois en face de moi pour que, cette taquinerie-là, je te la serve assaisonné au rictus assassin et au regard provocateur. Il me manque (parfois) d'utiliser toute la matière que j'ai en ma possession pour t'affubler de mes plus belles répliques. Mes sentiments pour toi ont détraqué mon sens critique. Si demain je me mets à porter des chaussettes rayées, je te maudirai pour un peu plus de trois décennies.

Les douze coups ont retenti. Je pense à toi comme une obsession brûlante et je te combats avec la même fièvre. Je resterai encore debout jusqu'à minuit + 7 heures avant de tenter de dormir.

Masochiste malséant, j'aime que ce silence et les absentes sculptent mes paranoïas avec le couteau aiguisé de la folie. Ca me fait bien souffrir. Mais souffrir généreusement. Avec une douce amertume. Juste pour moi. Dans ma vie à moi. Dans mon cœur à moi et à cause de moi.
Égoïstement.

Cela faisait assez longtemps que je n'avais pas été égoïste.
Merlin comme j'avais oublié à quel point il est plaisant d'être décharné par ses doutes, ses turpitudes et ses vanités! Plaisant, douce M., de n'être qu'imparfait. Un parfait humain.




2 janvier 2013

Je suis en planque.
Caché. Pour changer.

Je veille sur les derniers préparatifs. Suis la bonne direction des préparatifs pour l’événement à venir. Le monde s'arrondit de plus en plus et j'arrive à peine à croire que ce monde n'abrite qu'un seul être. Bref. Il m'a fallut organiser les derniers arrangements afin de pouvoir être présent le jour J. Pas simple.


Je l'écris maintenant et en vrac au cas où je venais à l'oublier.
C'est la raison de ce message.

Il faut que tu t'entraînes à me promettre que lorsque le terme arrivera, où que je sois et quoi que je fasse, tu poursuivras les travaux engagés aux côtés d'E.A, d'E.S, d'E.Y... et même d'A. Depuis la mort d'E.C. tout le monde est aux abois.

Même si on m'a promis de belles choses pour que je voie cet enfant naître, en dépit de toute la crédulité qu'on essaye de me prêter, je ne suis pas certain qu'on me laisse vraiment m'en retourner tranquillement pour aller pouponner.

Je ne veux pas qu'on me protège, qu'on m'escorte ou pis, qu'on m'aide. J'aimerais seulement que tout ce qui a été fait jusqu'ici ne soit pas perdu parce qu'il m'a pris l'idée folle d'assister à la naissance de cet enfant.

Une fois de plus, je ne m'excuserai pas de ramener sur table ce chapitre de ma vie.
Tant que tu peux, prends-moi avec.

Je dois y aller...
J'essayerai de terminer plus tard.



6 janvier 2013

J'ai perdu le fil de ce que je t'écrivais auparavant. Ce qui motivait mes mots à ce moment s'est dissout dans de drôles de pensées.
Je continue de faire des rêves plutôt évocateurs sur des instants revisités par mon imagination... La Spirite m'avait prévenu mais je dois dire que je ne m'attendais pas à un tel débordement de... ils m'ont parfois l'air si vrai... Les réflexions, les sensations, les goûts, les sons et les bruits...

Tu as eu la gentillesse de me raconter un de tes rêves. Pour observer une égalité parfaite entre nous, je devrais te partager un des miens mais tu me prendrais pour un fou si je t'en faisais le récit. Pour un fou ou une sorte d'obsédé. Je n'ai pas peur de la deuxième suggestion. Tu m'as toujours traité d'infâme et d'obscène. Je suis d'ailleurs plutôt d'accord avec ce jugement bien que j'ai cessé de le revendiquer dès mes dix neuf ans révolus.
Toujours est-il que ces rêves sont déroutants. Je m'en extirpe doucement... incertain d'avoir vécu ou rêvé mes rêves. Incertain d'être réveillé ou de dormir encore tandis que je me lève, que je marche et que je vis. Mes jours et mes nuits sont tous si déroutant. C'est le terme juste. Déroutant. Pas d'autre mot. Hors des sentiers connus.

Je ne sais plus si je t'écris en rêve ou en vrai.... si la dernière fois que je t'ai vu tu étais en train de me jeter des sortilèges pour m'empêcher de te suivre dans la Foret Interdite, si tu m'offrais une vieille clé rouillée ou si tu frappais à la porte de mes appartements pour ne me rien dire et t'en aller presque aussi furtivement.

La nuit du 16 décembre, j'ai rêvé ce rêve... il m'a fallu une journée entière pour me convaincre qu'une fois réveillé, je n'étais plus l'hôte des cette contrée onirique.

Je file un très très mauvais coton...

Ca commence sur une dispute. M. et S., évidemment...

[…]

Je crois qu'il n'y a rien à dire vraiment au sujet de ces rêves. Ni au sujet de celui-ci.
Une vie dans un rêve. Un rêve dans la vie.
Je ne sais pas trop.
Te le raconter n'était pas pour te mettre mal à l'aise.

Enfin, si. Un peu. A peine.
J'aime toujours autant t'exaspérer.

S.




11 janvier 2013

J'ai trouvé tes lettres délicatement posées sur mon lit par l'elfe F. Dix jours avant, je pensais que tu aurais signé placé cette année 2013 sous le sceau des bonnes résolutions. Qu'à force de réflexion, tu aurais fini par te détourner de nos correspondances. Que tu aurais été sage. Plus que moi. J'ai souris en constatant que tes bonnes résolutions ne comprenaient pas la préservation de nos santés mentales.

Je ne les ai pas lu tout de suite. Les savoir là était amplement suffisant et j'appréhendais cependant encore leur contenu. Sûr que le désamour était notre meilleure issue. Je me suis allongé, sans me déchausser. J'ai posé les parchemins sur mon buste et je me suis endormi. J'étais crevé. J'avais l'impression de n'avoir plus dormi depuis mon coma.

Je me suis réveillé dix-huit heures plus tard. Quelqu'un a posé N. sur mon ventre.
Je ne me serai probablement pas réveillé autrement.
C'est la première fois que je passe une nuit sans rêver... il me semble. A moins que je sois toujours en train de rêver. Que, cette nuit, je dormisse à l'intérieur même de mon rêve et que je t'écrive alors que je dors toujours.
Quelle que soit la vérité de ce que je vis ou ne vis pas ces dernier temps, en me réveillant, je me suis senti reposé. Relaxé.
Ca m'a fait du bien.

J'ai ouvert la lettre du 31.
J'ai ouvert celle du 6 janvier qui en terme de lignes faisaient moitié moins qu'un tiers de tiers de la précédente et en terme d'efficacité m'a terrassé sans avertissements préalables.
Ma mémoire du plafond étoilé est quelque peu éborgnée. J'ai des murmures et des discours déformés ; il me reste une caresse et peut-être un baiser. Ce puzzle incomplet suffit à hanter mon imagination. Et plus encore, je suis heureux que nos figures de styles sachent mieux que nous se comprendre et se regarder dans les yeux.

Je n'ai rien envie d'écrire au sujet de ces deux envois, de peur d'en dénaturer le contenu. Un jour, j'espère toutefois que l'occasion me sera donnée de t'entendre me raconter toutes ces choses alors que je suis éveillé.

S.

P.S.: Le dos de Mélusine comportait peut-être la même cicatrice que la locataire au visage dissimulé d'un de mes rêves récurent. J'ai voulu en avoir le cœur net. Mais je n'ai pas pu comparer sur le moment... J'étais distrait.
Plus tard j'ai compris que ça n'était pas la peine. Depuis que j'avais vu le dos de Mélusine, la femme du rêve avait rendu son bail au bénéfice de cette dernière. Une squatteuse de première.





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MessageSujet: Re: La théorie des contraires   Mar 5 Avr 2011 - 3:35

Préambule

Précédemment... Lien vers "Ceux qui m'aiment comprendront"

On ne pouvait pas dire que j’étais emballé à l’idée de le laisser seul avec ce Shawn dans tout ce désert de givre. Ils allaient s’étriper loin de tout, loin du monde. Trouverait-on leurs corps? Ca faisait assez mélo mais je les imaginais mal s’asseoir en tailleur et commencer à tchatcher de leurs dernières vacances, de la rentrée de Noah en maternelle ou de la hausse des prix du kilo de citrouille. Jusqu’à ce que j’atteigne les abords de la forêt de Poudlard qu’il m’avait laissé en flash visuel bien à l’intérieur de ma tête avant que je transplane, je me faisais un sang d’encre et j’étais surexcité. Objectif, trouver Mélusine. Je me le répétais en boucle, comme si j’avais pu être assez stupide pour oublier cette drôle d’exigence... qui me donna beaucoup à penser par la suite.

♠ Dammit! J’avais toujours dit que je voulais rester Neutre. ♠

Tu parles. Je me sentais tellement coupable d’avoir voté oui au référendum! Raison invoquée? J’allais devenir père, incongruité d’élever un enfant dans un monde qui ne ressemble à rien d’autre qu’un champ de bataille... Choix du lâche. Choix oiseux quand on voyait où ça m’avait mené. Je le regrettais amèrement. Sacha était bien un père et il élevait son gosse mieux que certains parents indignes. J’avais encore à l’esprit cette belle image de lui en train de jouer une chanson pour son fils, docilement assis sur ses genoux à Noël.
Moi, j’aurais été un père indigne, qui sait... Où était passé mon putain de sens des valeurs au moment de mettre mon bulletin dans les urnes? Dans le slip à Antarès, pour sûr.
Mais aujourd’hui, je ne suis ni Neutre, ni Résistant, ni rien de tout ça... je suis le messager d’un pote. Il m’a aidé quand nous nous sommes présentés, Jay et moi, la bouche en cœur, un scénario dans les mains et aucun producteur. Il n’a pas posé de question sur mes motivations, il m’a demandé combien je voulais, il n’a jamais récupéré son blé, il a produit et porté Bad Timing avec générosité alors qu’il détestait notre réal... je lui dois plein de trucs. Il faudra bien que je la trouve Mélusine. Où qu’elle soit, même en Sidh, j’irai la chercher.

Pour ne pas perdre la précieuse chevalière qui a l’air de renfermer un sacré pouvoir, je l’ai passé à mon majeur. Mon annulaire était trop fin. Il a des sacrées grandes mains, Sacha, me fais-je la réflexion. Il est à peine plus grand moi... mais il fait masse. Dans tous les sens du terme. Avant ce jour, je le savais mais je l’avais jamais vraiment analysé. Il est grand et un poil impressionnant... il l’a toujours été. Pourtant, qu’est-ce qu’il a changé! Je me souviens de ce gringalet perpétuellement en rut de nos années lycée. Si on m’avait dit à cette époque que ce même Sacha deviendrait une sorte d’icône politique, ça m’aurait bien fait marrer. Pour moi, dans le meilleur des cas, on filait son nom à une position du Kamasutra.

Que sommes-nous tous devenus?



HOLLYWICH

La première chose qui me frappe en transplanant en Angleterre, c’est la chaleur. Il ne fait pas plus de 5 degrés mais je viens d’une contrée où il en faisait moins cinquante. Même avec des sortilèges servant à amoindrir l’impact de la froideur sur nos corps, l’antarctique était insupportable. L’air chargé, piquant, difficilement respirable et pourtant tellement pur.

J’ai déposé Ulysse chez moi car dans la panique c’était le seul endroit que j’avais pu visualiser avant de transplaner. Je me suis assuré qu’il allait bien.
Il était replié sur lui-même et il se tenait le ventre. Il m’a expliqué, au bord de l’écœurement, qu’il avait déjà transplané avec Emreis McEwan et un certain Casey Call. Ca lui avait fait le même effet. Ca allait passer, essayait-il de me rassurer... ça allait passer mais sa main restait agrippée à mon avant bras, comme s’il était pris de vertiges. J’ai posé la mienne sur son dos jusqu’à ce qu’il se redresse.
C’est des choses qu’on fait.

- T’es sûr que ça va?

Il s’est relevé doucement, il a inspiré, m’a regardé droit dans les yeux et il m’a embrassé sur les lèvres. Je suis resté complètement tétanisé. J’ai rien fait. Ses lèvres sont parties doucement de ma bouche. Son geste était spontané, brusque mais... curieusement suave.

■ Va, m’a-t-il dit avec un air aussi bien dévasté que confiant qui me conjurait de ne pas demander d’explication. Seth... c’est ça ? Je crois que tu dois lui donner ce pendentif que tu portes autour du cou.

Je suis resté scotché à son regard encore quelques secondes avant de reprendre mes esprits.


♠ C’était quoi ça?! Shocked

- Je... Je savais pas quoi dire.
■ Il n’y a rien à dire, Elliot. Ne te prends pas la tête. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Des gens t’attendent, casse-toi maintenant.

J’ai filé. Des gens m’attendaient, c’était vrai. Seth, oui, mais ce n’était pas la priorité. Sacha m’avait demandé de donner sa chevalière à Mélusine. Cette chevalière m’avait permis de transplaner de la Prison d’Etat à la Grande-Bretagne en un rien de temps. Un transplanage idéal (pour qui était sorcier, n’en déplaise à Ulysse auquel cela avait retourné l’estomac), comme j’avais jamais vécu. Cette bague était formidable. Pas d’impression de passer dans le chat d’une aiguille... c’était plutôt les montagnes russes à grande vitesse. Arrivée élégante sur le plancher des vaches... comme si j’avais été aspiré de l’Antarctique et déposé par le Zéphyr hurlant, ici, à Hollywich. Sans souci.



POUDLARD

J’ai pas touché les pieds sur sol depuis deux secondes que je cours déjà en direction du Café Campus. C’est seulement hallucinant d’avoir la possibilité de transplaner à Poudlard ou de faire d’aussi longs trajets sans en devenir malade ou risquer d’être désartibulé.
J’arrive essoufflé au Café Campus. C’est pas l’image du lieu que Sacha a mis dans ma tête mais je ne sais pas où situer l’endroit précis qu’il m’a montré. J’imagine mal Mélu dans un endroit pareil mais il y aura certainement des étudiants qui pourront m’orienter vers elle.

Je comprends mon erreur une fois sur place. En me voyant rentrer, il y a comme un gros et long et pesant silence. Il y a des fois idiotes, des fois soûlantes, des fois démotivantes où j’oublie
qui je suis dans l’œil des autres.
Foutre! Mes épaules s’affaissent. Je suis dépité. 5, 4, 3, 2, 1, 0. Explosion. Le raz de marée met moins de quelques secondes à m’emporter. Je me retrouve entouré d’une vingtaine de sorciers et sorcières munis de parchemins, de livres de cours et des calepins tendus vers moi pour que je les signe, et des filles lèvent leur pull pour que je griffonne un autographe sur leur bide.


♠ Merlin! Heeelp! Je veux Mélusine! ♠

Je peux pas transplaner de Poudlard devant autant de gens... Demain les gros titres m’assassinent et me taxent de mage noir. Je suis foutu... je suis coincé.

Dans la masse informe et étouffante de visages et de corps qui m’oppressent, je sens soudain qu’on me tire par le bras vers le bas. Je me retrouve accroupi malgré moi, entouré d’une colonnade de jambes et ma main est dans celle de...

- Morgane? je soupire rassuré. Un visage connu.

Au-dessus de nous, les jambes nous piétinent presque. Personne n’a compris que j’étais seulement un petit peu plus en-dessous. "Bah où est-il?" s’exclament-ils.
Morgane a les joues roses en me regardant. Je trouve ça mignon mais si elle savait à quel point y a pas à rosir. Quand elle s’aperçoit qu’elle tient encore ma main, elle la lâche vivement mais garde le contrôle sur elle.

- Tu es fou de débarquer dans un endroit plein de midinettes et de jeunes ados. Ils vont te manger tout cru... il faut t’enfuir.

Fuir. La chevalière de Sacha.
Pour tout dire, j’aime pas l’influence qu’elle a sur moi. Elle est lourde, elle est chaude, elle s’empare de mon aura, de quelque chose de doux et de souple à l’intérieur de moi, un peu comme la bague du Seigneur des Anneaux. Mais elle pourrait me sauver si je l’utilise maintenant... Aller! Qu’elles aillent se faire foutre mes appréhensions! Je transplane d’un coup après avoir saisi le bras de Morgane que j’emmène avec moi.

Nous apparaissons près de la cabane d’Hagrid, au calme. Elle est étonnée que je puisse transplaner dans Poudlard. Je lui atteste très promptement que j’en suis particulièrement abasourdi moi aussi mais que c’est bien utile. Sans lui laisser le temps de répliquer, la chance que j’aie me frappe soudain. Ca fait un peu mal au crâne d’être frappé aussi violemment par la chance, du coup, je me laisse emporter et je prends Morgane, la cousine de ME-LU-SI-NE, dans mes putains de bras.

- Cooool! C’est toi!! fais-je en hurlant de joie quand je réalise. La cousine de Mélu. Je pouvais pas mieux tomber. Ca va depuis Noël?

On parlote, on rit, on prend des nouvelles et je prends mon temps car je ne me vois pas lui demander de but en blanc où se trouve sa cousine. Mais je finis par venir sur le sujet. Je pipote des trucs au sujet de la raison précise pour laquelle je veux voir Mélu. Pas dupe, l’Ecossaise me répond que je devrais attendre demain pour la voir parce que Mélu est...

- En Thaïlande!

Visage déconfit.
Tronche de six pieds sous terre.

- Tu te moques ?
- Du tout.
- Bousamerde, je grommelle.
- Non, c’est génial la Thaïlande, fait-elle semblant de ne pas comprendre.
- Elle est en mission?
- Non... pas à ce que je sache...

Elle hésite à me donner des infos. Elle reste vague. Je suis peut-être un pote de sa cousine ou de Sacha mais je ne suis pas de son camp. Ni d’Ecosse, ni de la Résistance. J’imagine que pour avoir l’information, il faut que je lui apporte une preuve que c’est capital pour moi.
Je lève le dos ma main face à elle pour qu’elle voie la chevalière aux initiales de Sacha.

- Sacha, ton Amiral, a des problèmes, lui dis-je doucement en souriant, en la priant silencieusement, en mettant toute mon énergie dans le contrôle de mes impulsions pour ne pas lui faire peur plus que nécessaire, je sais que c’est difficile pour toi de me faire confiance...
- Surtout que d’après Witch Magazine, tu as encore donné un concert privé à New-York pour la bande de Trolls...
- C’était en janvier! j’essaye de me défendre, pour le nouvel an, ça n’a rien à voir! Et puis c’est mon métier de chanter!

Elle glousse, elle se foutait de moi. Je suis tombé dans le panneau.
Je lui souris, bêta, en me calmant.

- Je sais pas pourquoi mais c’est comme ça: Sacha m’a demandé de donner cette chevalière à Mélusine. Il y avait Emmett, il y avait Egon, il y avait Berenice, Enym, sa femme ou le Ministre de la magie... mais il a demandé après ta cousine. Enfin, il a même pas demandé... il m’a seulement demandé de lui remettre sa chevalière. Il est en danger, Morgane... alors s’il te plaît, dis-moi où je dois aller pour trouver Mélusine. Je ne sais pas si Sacha veut qu’elle se rende auprès de lui ou si c’est seulement un legs... mais si c’est un legs, ça veut dire qu’il ne compte pas revenir... or moi je veux qu’il revienne.

Ca y est. Contaminée. Je l’ai inquiété. Cool.
Elle finit par me dire où se trouve Mélusine.

- Dans l’hôtel d’Oriane et Mareva Coolwater, à Phuket... tu l’attires pas dans un traquenard, hein?
- Je sais pas où je l’attire... mais si je lui donnais la chevalière, même sans lui demander d’aller le rejoindre, qu’est-ce que tu crois qu’elle ferait?

Elle répond pas mais m’offre un sourire qui répond à l’évidence de ma question.
Je remercie la petite Ecossaise avec piété et je transplane aussitôt.


♠ Comment transplaner en Thaïlande? ♠

De la Thaïlande, les seuls endroits que je connaisse sont les alentours d’un petit bar près de Patong beach et un casino de Phuket ville où j’ai donné un concert il y a deux ans. C’est déjà ça!
J’y transplane sans hésitation après avoir rassemblé au mieux ma mémoire de ces lieux de fêtes
Sur place, ma doudoune est de trop. Je suis crevé. Je me sens sale. En comptant bien, je n’ai pas dormi depuis 28 heures et j’ai fait quatre pays en moins d’un jour.
La bague commence à me faire tourner la tête, le manque de sommeil, la folie, le stress mais ça sera bientôt fini. Je touche au but.



PHUKET
Précédemment... "Kalista Rouge et Rose Iccam" Lien vers

Sur place, je fais avec les moyens du bord: taxi-moto direction l’hôtel...
J’ôte mon manteau, mon pull, mes boots et tout le tralala. Cette chaleur est insoutenable. Si Mélusine doit aller là-bas en catastrophe, mes effets lui seront plus utiles qu’à moi, voilà pourquoi je décide de ne pas les abandonner en chemin et de me les coltiner jusqu’à l’hôtel de celle qu’on nomme la Dame Rouge.

Quand j’entre dans l’établissement, je dois presque me battre pour dépasser la porte d’accueil et qu’on accepte de me laisser entrer. Après tout le tintamarre que je fais, j’attire l’attention d’un responsable qui amène Mareva jusqu’ici.

- Elliot O’Malley? S’exclame-t-elle. Qu’est-ce que vous faites ici?

Elle me regarde de haut en bas. J’ai l’air d’un romano. Pieds nus, un pantalon GoreTex de ski relevé aux genoux, un marcel blanc distendu dans lequel je transpire comme un porc, mes boots dans une main et mes affaires sous le bras, l’air crevé et désemparé.

- Je dois voir Mélusine, dis-je seulement. C’est perso...

Il fait soudain si chaud malgré la climatisation que je manque de tomber dans les pommes. Enfin, je manque pas... je tombe dans les pommes. Je me réveille affolé quelques heures plus tard. Le visage de Mélusine au-dessus moi. J’ai tellement pas la force de m’expliquer des heures... je retire la chevalière d’un geste sans énergie, tout fatigué que je suis. Je prends sa main et je passe l’anneau à son index. Heureux de m’en débarrasser enfin.
Derrière la jeune femme, j’entends un enfant et d’autres voix familières... mais mon objectif, le seul, c’est Mélusine.

- Il a des problèmes, dis-je à bout de force, volontairement bas et sur le souffle. Prends mes fringues... tu vas en avoir besoin... Prison d’Etat de... de l’Ile White. Shawn Page... chantage. Opposition... Antarès l’attend, finis-je dans un murmure presque inaudible avant de retomber dans ma compote de pommes.

Même si pendant tout le circuit en taxi-moto je n'ai eu de cesse de me demander pourquoi ELLE, pourquoi le don de sa chevalière à Mélusine, et qu'il a fleuri énormément de conjectures à ce sujet, au moment de lui donner l’anneau, il m'avait semblé avoir été plus discret que jamais. Je nous savais regardé et écouté, je sentais la présence des autres que je ne voyais pas dans cette pénombre... bizarrement, je me sentais le gardien d'un secret que je n'avais pas envie de disperser. Ma voix fut assez basse pour que seule Mélusine m'entende. Elle avait le choix de faire de cette information tout ce qu’elle voulait en son âme et conscience.

Le reste de l'histoire, leur appartient...





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