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 Habeas Corpus

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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Habeas Corpus   Mer 15 Déc - 20:12


Nom du responsable RP : Mélusine McEwan
Noms des participants : Stan Shield ● Mélusine McEwan
Lieu(x) où se déroule l’histoire : Westfield London ● Londres
Date(s) / Echelle du temps : 15 décembre ● fin de matinée
Pitch du sujet au départ : Mélusine a invité Stan pour qu'il l'accompagne à la fête de Noël. Noël? Ok. Mission instruction. Parmi les nombreux rituels humains, les courses de Noël. Au programme, les éternels cadeaux... et un costume pour la soirée.
Chronologie : après Roméo + Juliet et La douleur. En fait, après tous les sujets en cours ou terminé mais avant le Joyeux Noël.
Avertissement : Standard [X] Sexualité [ ] Violence [ ] Idées pouvant être choquantes [ ]
Raison de l’ouverture du RP Express : RP liberté avant Noël. Pour le plaisir de faire une parenthèse "Bonne Humeur".
Administrateur ayant donné l’accord : L'OMBRE Bullet Accepté [X] Bullet Refusé [ ], en cas de refus, voici le motif invoqué : ...




- Et passez de bonnes fêtes.
"Ouais."


Une micro-pause.

"Dites, vous croyez au Père Noël?"
- Suspect Pas vraiment, non.
"..."
"Joyeuses fêtes à vous aussi."

"Tu vois, Neptune...? Le Père Noël, soit on y croit, soit on n'y croit pas. Pas vraiment, c'est juste pour ceux qui aimeraient y croire encore mais qui ont perdu la foi."
, asséna-t-elle, sans se soucier d'être hors de portée d'oreilles. "Moi, j'ai décidé d'y croire. Tant qu'on ne m'aura pas prouvé qu'il n'existait pas..."

Derrière eux, il y avait les deux-trois boutiques qu'ils avaient déjà visitées. Devant eux, il y avait les deux-cents-cinquante-deux qui leur étaient encore inconnues. Déprimant. Elle avait choisi Londres pour le dépaysement personnel et Westfield London pour son immensité anonyme. C'était tellement grand qu'on s'y perdait facilement. Et il y avait tellement de monde qu'on se vautrait facilement dans l'illusion d'être entourée. Tout ce dont elle avait besoin.

Zappant volontairement une boutique ornée d'une pomme croquée qui ne proposait rien de bien intéressant, elle continua l'histoire qu'elle avait commencé de raconter à Stan avant sa petite incursion chez
Hotel Chocolat, pause gourmandise (oui oui, même avant de passer aux choses sérieuses) obligeait.

"Et, donc, la poudre de cheminette lui permet d'aller dans toutes les cheminées de toutes les maisons du monde entier. Par la grâce de sa cape d'invisibilité, Nick passe incognito, laissant juste une odeur d'orange et de chocolat derrière lui -tiens, tu en veux un? Ce sont mes préférés? -. Et son retourneur de temps lui permet d'honorer chaque foyer, en une soirée, à minuit pile."

Dans ses yeux qui peinaient à s'éclairer, ces derniers temps, une petite lueur s'était allumée doucement, à la mention de la nuit de Noël. Il lui suffisait de se concentrer suffisament fort sur quelque chose et tout allait mieux. Un peu.

'Un peu, c'est déjà bien.'

Et Stan l'aidait aussi, à sa façon. Candide et simple.
C'était pour cette raison qu'elle avait été le voir, une première fois. Lui parler.
Qu'elle y était retournée, une seconde. L'inviter.
Qu'elle l'avait retrouvé, une troisième. L'initier.
Dilapider chaque grain du sablier. Le temps passait trop doucement en solitaire.


"C'est ton tour... Tu veux aller où?"

Il y avait l'embarras du choix...


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Stan Shield
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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Mer 15 Déc - 21:39

Stan marchait à côté de Mélusine car il était impensable de marcher dessus, dessous ou entre Mélusine. Il marchait donc à côté d’elle, avec ses mains dans ses poches trouées, sur un rythme de promenade qui valsait comme des feuilles sous le vent. Il regardait dans tous les sens car tous les sens attiraient son regard et qu’il ne voulait pas faire de jaloux. Le seul sens dans lequel il ne regardait pas était celui qui menait à Mélusine. Il n’avait pas besoin de la regarder puisqu’il l’écoutait.
Et il écoutait toujours attentivement la fille aux cheveux rouges parce qu’elle lui expliquait bien les choses. Par exemple, ce Saint Nicolas, c’était quelqu’un ! Stan s’était bien demandé qui était cet homme en rouge apparu depuis quelques jours dans la capitale et représenté sur de nombreuses publicités et vitrines des magasins. Une célébrité à la mode, avait-il envisagé pour solution la plus probable. Et, à en juger par ce que lui avait dit Mélusine, il était très certainement sorcier. Il utilisait la magie des êtres à baguette et s’habillait pratiquement comme eux. Si ce vieil homme se ressemblait si peu d’une image à l’autre, c’était parce que personne ne l’avait vraiment vu. Certains pensaient même qu’il n’existait pas. Mais pas Mélusine. Alors Stan, qui avait confiance dans son amie, décida que le père de Noël existait bien et qu’il fallait mieux avoir la foi plutôt que rien du tout.

"Je veux aller où ?"

Stan s’arrêta subitement de marcher. Il aimerait bien aller en Grèce, sur l’île où il avait été élevé, mais il avait promis à Mélusine d’aller à la fête de Noël de ses amis avec elle. Il révisa son désir à quelque endroit plus proche. Ses yeux visitèrent la galerie bondée où on ne voyait plus rien tant il y avait de choses qui obstruaient l’œil. Il en contourna de nombreuses mais se cogna toujours à des obstacles colorés, clignotant et se mouvant sans cesse. Il ramena alors ses deux yeux sur des lieux plus proches de lui. A côté d’eux, une famille qui comptait quatre personnes, dont deux qui n’avaient pas encore leur taille adulte, parlait des cadeaux que le père Noël allait leur rapporter. Stan offrit un sourire comblé à la sorcière :

- Tu vois, eux, ils pensent comme toi, murmura-t-il.

La famille entra dans un magasin qui s’appelait Choice car la mère insista pour que son mari trouve un nouveau costume pour le réveillon.

Stan haussa les épaules, sans conviction, et désigna la même enseigne. La Grèce était définitivement trop lointaine et Choice était juste à côté.

- Blanc ? se contenta-t-il de demander.

Il regarda son propre vêtement et celui de Mélusine. Ils n’avaient pas besoin de vêtements puisqu’ils en portaient déjà. Mais Mélusine avait précisé que la couleur des habits qui devaient être portés le soir de la fête était le blanc. Stan n’avait rien de tel ni sur lui, ni chez les Shield.
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Jeu 16 Déc - 8:27

'La vérité sort de la bouche des enfants.'

Et entrait dans l'oreille d'un adulte pour ressortir par l'autre. Ca expliquait le fonctionnement du monde.
Mélusine échangea un regard complice avec un des bouts de chou (oui, c'était un garçon; dans le cas contraire, ça aurait été un bout de rose, paraissait-il, paraissait-il parce qu'elle, elle était presque sûre d'avoir plutôt été un bout de citrouille) qui avait levé les yeux vers eux, comme si il avait senti qu'ils parlaient d'eux. Il les rapatria tout aussi vite. Ces deux-là étaient des géants, des intrus à son univers et on lui avait bien dit, à lui et à sa sœur, de ne pas parler aux étrangers. Autant pour elle.

La jeune femme pâlit légèrement en détaillant le choix de Neptune-les-yeux-bleus. Chiffon et essayage. Elle avait espéré garder ça pour la fin, quand la fatigue exigerait d’eux qu'ils se dépêchent. Elle n'avait jamais été une fashion addict et n'entendait pas commencer aujourd'hui.

'Courage! Fuyons!'

A grand renfort de pas en avant.


"Du blanc pour toi, oui. Moi, par contre..."

Si le dress code était à la neige, elle allait piocher dans l'obscurité. On était allergique à l'effet uniforme ou on ne l'était pas.
D'un pas volontaire qui cachait mal son envie de pulvériser le record "laps de temps entre l'entrée et la sortie", Mélusine dirigea Stan entre les rayons, le réorientant quand il s'engageait sur la mauvaise voie.


"Euuuuuuuuuh. Non, ça, on en a pas besoin.", marmonna-t-elle devant des étalages qui proposaient dentelle et satin. "Là, c'est mieux. Tu devrais trouver ton bonheur... Je vais faire un tour par là-bas et on se retrouve ici dans cinq minutes?"

Pas besoin de beaucoup plus. Elle savait déjà ce qu'elle voulait. Ou plutôt, ce qu'elle ne voulait pas. Il ne restait plus qu'à piocher dans le maigre choix qui lui restait.
Et si elle s'en voulait un peu d'abandonner Stan avec son regard perdu, elle se promit que cinq minutes, ça n'était pas si long. C'était tout juste trois cents secondes. Pas de quoi casser cinq pattes à un hippogriffe.


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Stan Shield
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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Jeu 16 Déc - 13:58

Ayant du mal à me contenter de 20 lignes. En spoiler, l'inutile:
 

Mélusine l’avait abandonné dans un couloir bordé de portants où étaient classés, par couleur, des vêtements pour les hommes. Une femme s’approcha de Stan et elle lui barra la route avec le même sourire large que les ouvreuses du théâtre qui en voulaient après son billet. Familiarisé avec cette manière de fonctionner, Stan en déduit que, tout comme au théâtre, la femme attendait de lui de l’argent. En échange de quoi, elle lui donnerait ce qu’il était venu chercher : un vêtement blanc.

- Je peux vous aider, monsieur ?
- Je cherche un vêtement blanc pour la fête de Noël.

Il fouilla dans la seule des quatre poches de son pantalon qui n’était pas trouée et choisit parmi la liasse de billets celui avec un 20. Il le tendit à la femme souriante qui laissa tomber son sourire par terre. Ca ne devait pas lui suffire. Stan en donna un second. Le grand sourire de la vendeuse se brisa en mille morceaux, ce qui dégagea de la place sur son visage et permit à ses yeux tous ronds d’occuper tout l’espace ainsi libéré.

- C’est pour quoi faire ? demanda-t-elle.

Stan était enchanté que, pour une fois, ça soit à lui d’expliquer quelque chose à quelqu’un. Très souriant, il lui apprit :

- C’est pour que vous me trouviez un beau costume.

Etourdie, la femme haussa les épaules, regarda autour d’elle, parut satisfaite que les autres vendeuses ne les voient pas, empocha les deux billets, les fourrant dans son corsage, et recouvra un sourire aussi large, sinon plus large que le premier qu’elle lui avait fait. A cela de différent que ce sourire ne barrait plus la route de Stan mais lui ouvrait tous les couloirs de vêtements.

- Un vêtement blanc... très bien, sir.
- Non, je m’appelle Stan, rectifia-t-il quand elle s’était trompée.
- Oui... heu, d’accord... Stan. Quelle taille faite-vous ?

Stan écarquilla ses yeux et trouva que cette femme ne savait pas se servir des siens. Mais l’Etre de l’Eau était patient et ne s’amusait jamais à souligner l’ignorance des autres car lui-même se savait ignorant d’un grand nombre de choses. Il écarta les bras et recula d’un pas pour lui montrer à quel point il était grand.

- Je suis grand comme ça.
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Jeu 16 Déc - 20:24

Les vendeuses qui, décidément, avaient été bien coachées, obtinrent moins de résultat avec Mélusine. Elle esquiva la première entre deux rayons, jeta un sort de confusion à la deuxième (oui, oui, elle savait, c'était pas bien) qui se mit alors en devoir de déplier tous les pulls présentés dans son rayon et de les accrocher, manche à manche, en les nouant deux par deux. On obtenait ainsi une farandole de pulls et l'idée était assez chouette. Il aurait suffi d'un soupçon de magie pour les faire danser à travers le magasin. Alors, peut-être, Mélusine aurait pu commencer à aimer Choice. Mais elle résista à la tentation. Et se fit happer par la troisième demoiselle à l'uniforme impeccable made in Choice.

- Je peux vous aider, madame?
"Mademoiselle."
, siffla-t-elle.
- ... mademoiselle.
"Non. Vous ne pouvez pas."


Si elle faisait des efforts pour être Mélusine avec son entourage, les inconnus (et surtout les vendeuses aux ongles peints en fushia) ne bénéficiaient d'aucun traitement de faveur. Avec eux, elle était comme elle se sentait. Agressive pour agressée. Cassante pour cassée. Pas de la faute de la fille, vraiment, ni de ses ongles flashys. Elle n'avait besoin ni de mépris ni de condescendance. Elle sentait son regard qui sautait négligemment de son kilt à ses chaussettes dépareillées en passant par ses cheveux ébouriffés. Leur métier était de vendre de l'apparence. Pouvait-on leur en vouloir de s'arrêter au paraître? Peut-être que non. Pouvait-on lui demander de passer outre? Certainement pas.
Libérée de la contrainte des intrusions intempestives (les vendeuses s'esquivaient comme si elles avaient subi un sortilège protéiforme), Mélusine put se consacrer à ses éliminatoires.

'Moche. Moche. Moche. Archi-moche. Pas trop moche mais carrément trop cher. Moche. Moche. Moche. Ultra-méga-moche.'

Trop bleu. Trop rouge. Trop court. Trop fanfreluche. Trop fille. Trop femme.
Trop, trop, trop.
Mais jamais assez.


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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Ven 17 Déc - 18:00

Un ange passa. La vendeuse, les bras ballants, regardait Stan, les bras écartés. Qu’est-ce que c’était que cet énergumène qu’on lui avait envoyé ? Elle chercha quelque chose autour d’elle. D’aucuns auraient dit une caméra cachée. Elle ne trouva ni caméra ni camarade vendeuse pour l’aider. Elle souffla un bon coup et s’approcha de Stan, bien décidée à ne pas se laisser perturber par cet étrange individu. Une fois face à lui qui restait les bras écartés, sans fatiguer, elle sortit d’une pochette qu’elle avait autour de la taille un ruban avec beaucoup de chiffres dessus. Elle déroula le ruban chiffré et enlaça Stan avec celui-ci. Une fois autour de la poitrine, une fois autour de la taille, puis autour des hanches, puis sur la longueur de sa jambe droite, de même pour le bras droit, et une dernière fois autour de son cou. Pour cette dernière fois, il fléchit les genoux, somme toute intrigué, pour l’aider à atteindre son but.

- Baissez vos bras maintenant.

Stan obéit.

- Je dirais dans les 1 mètres 85... 120 pour la poitrine, 116 pour la taille, hanche 124, bras 66, jambe 112,5 et cou 45. Ca nous fera un bon 58 voire un 60.

Tous ces chiffres donnèrent le tournis à Stan qui ne répliqua rien. Il était occupé à chercher la formule qui pouvait résoudre cette étrange équation. Il remua beaucoup d’opérations mais ne tomba jamais sur 58 ou sur 60. Elle l’amena vers une penderie et tira d’un cintre un costume blanc cassé après avoir vérifié l’étiquette.

- Passez ça, ordonna-t-elle en lui donnant le cintre.
- Le passer où ? demanda Stan.
- Mais sur vous ! s’exaspéra la vendeuse.
- Sur moi ?
- Bah oui, sur qui d’autre ?

Stan eut un regard pour Mélusine à l’autre bout du magasin, aux prises avec une autre vendeuse. Il doutait que Mélusine passe un costume si grand sur elle ou même sous elle. Même si elle était grande, elle devait préférer les jupes écossaises et les chaussettes rayées. Mais en blanc.

- Je reviens, reprit la vendeuse devant l’air ahuri de Stan, je vais vous chercher une chemise pour aller avec. On pourra faire des retouches rapides si vous avez besoin d’ajustement... pour 40£, j’peux bien faire ça, soupira-t-elle en s’en allant.

Stan posa le cintre et commença à déboutonner sa chemise noire. Il la retira et la posa à la place de la veste. Des femmes qui entrèrent dans le magasin se mirent à pouffer en le voyant à demi nu dans le magasin. Une autre, moins souriante, tourna la tête en rougissant et s’enfuit. Un homme qui marchait comme une femme le siffla de loin en estimant les muscles de ses bras nus. Un autre détourna l’attention de sa conjointe en lui montrant un costume bleu sur un mannequin en pastique. Mais la conjointe se tordit le cou, qui fit presque un tour sur lui-même, pour que ses yeux ne puissent pas se détacher de Stan qui sentit ces yeux qui n’étaient pas les siens s’agripper à lui. Comme il avait déjà deux yeux en parfait état de marche, il les rendit à sa propriétaire avec un grand sourire. Toutefois, l’Etre de l’Eau ne comprit pas tout le désordre qu’il venait de provoquer. Le pantalon qu’il avait dans les mains était-il si beau qu’il rendait tout le monde envieux ? Stan se regarda dans le miroir. Il ne vit rien d’autre que son ventre, ses épaules, son visage étonné et ses bras.
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Dim 19 Déc - 10:41

Il y eut soudain un quelque chose dans l'air qui modifia sensiblement l'atmosphère. Le type précis de quelque chose auquel Mélusine n'aurait absolument pas prêté attention en temps normal. Mais les temps étaient tout sauf normaux et sa sensibilité avait subi des évolutions étranges. Elle n'était pas sûre d'aimer ça. Le "quelque chose" lui fit malgré tout lever la tête. Il suffisait de suivre des yeux les regards d'à peu près tout le monde dans le périmètre du magasin.

'Humph.'

Comme elle disait. Humph.
Le groupe de petites jeunes filles qui jacassaient à quelques pas d'elle s'étaient mises à glousser sous le couvert de leur main. Petits rires pour grand tapage de nerfs.

'Contrôle-toi!'

Elle sentait déjà son sang tourner. Sa magie, comme ses humeurs, était devenue erratique. La dernière fois, les vitres de sa petite maison avaient volé en éclat, sous le joug d'un cauchemar. La fois d’avant, c'était un bâtiment tout entier qui s'était retrouvé dépourvu de lumière. Les plombs avaient sauté. La fois encore avant...

'Contrôle-toi!'

Respirer à grands poumons. Ca n'était que des rires. Immatures mais des rires quand même. Retour au calme, les yeux fixés sur Stan.
Tiraillée entre l'amusement et une pointe de culpabilité de l'avoir ainsi abandonné en plein magasin, Mélusine se précipita vers Neptune, bousculant deux-trois des petites jeunes filles au passage. Les vêtements volèrent. Un peu. Autant pour le self-control. Une petite voix lui soufflait qu'il valait mieux arriver avant que le pantalon ne rejoigne la chemise. Une idée, comme ça, volage et fugace. Arrivée sur place, elle se posta devant lui, maigre épouvantail qui peinait à distraire l'attention.
Elle avait parfaitement compris qu'il serait trop long d'expliquer à l'homme-poisson le pourquoi et le comment. Ce pourquoi et ce comment qui devenaient des vérités quand on commençait à grandir. La lente progression du tabou des corps. Les regards qui changeaient. L'espèce humaine qui se clivait . Hommes d'un côté, femmes de l'autre, sans véritable entre-deux possible.Le corps qui tendait à devenir objet. Le règne de l'apparence.
Une fois de plus, mieux valait agir que parler.
La pudeur était une chose étrange. Il était parfois plus aisé de se mettre à nu devant des inconnus que face aux gens qu'on aimait. Sa veste à capuche, son sweat et son kilt rejoignirent la chemise de Stan tandis qu'elle défiait leurs spectateurs du regard. Voilà. Il n'y avait pas de quoi rire, pas de quoi porter de jugement, occupez-vous de vos soucis au lieu de mater mon ami.

Chaque chose entraînant sa conséquence, l'attention de chacun s'en trouva renforcée. Bouse. Celle de la sécurité aussi. Double-bouse. Qui approchait à grands pas. Outrage à la pudeur, blablabla. D'autant plus que quelques individus, croyant peut-être à de ces happenings, s'étaient mis en tête de les suivre dans leur audace. Un "vanessa Beecroft" flottait dans l'air.


"Ca va, ça va, on n'est pas tout nus, non plus."

Etrangement, son attaque énerva le vigile.

"Et elle, vous ne l'arrêtez pas?"

L'affiche juste en face de la vitrine. Une femme nue, allongée dans une posture lascive, dont on ne voyait rien ais dont on devinait tout. Quel rapport avec la voiture dont elle était censée vendre l'image? Aucun. En comparaison, son propre marcel et son shorty faisait figure d'habit de nonne. Certes, l'habit ne faisait pas la nonne mais..
A force de râleries et d'explications confuses, Mélusine obtint qu'on les laissât tranquille pour peu qu'ils recouvrent leurs secondes peaux. Elle acquiesça et tendit un sourire d'excuse à Stan.


"Viens... On va faire les essayages."

Au passage, elle embarqua deux ou trois tenues, attrapées au passage. Elle ne se rendit même pas compte qu'elles étaient toutes blanches.


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Stan Shield
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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Mer 22 Déc - 22:38

Quoi que Mélusine ait pu faire, les dizaines d’yeux avaient rebondis sur elle à tel point que le pantalon de Stan ne fut plus une attraction intéressante pour les autres. Elle s’était dévêtue. Stan pensa qu’elle désirait aussi essayer son costume blanc. C’était décidément un costume qui faisait beaucoup d’envieux que la vendeuse lui avait trouvé. La femme était revenue entre temps. Elle avait écouté les négociations de Mélusine et, quand elles arrivèrent à leur terme et que Stan n’eut rien compris à ce qui se passait, la vendeuse lui fourra sa chemise dans la main.

- J’en ai ma claque, avait-elle décidé.

Stan trouva qu’il aimerait lui aussi en avoir sa claque. Mais il n’en avait pas le temps. Ses yeux étaient rivés aux vigiles. L’Assassymbe continua de dévisager les deux agents de sécurité tandis que Mélusine le traînait vers les cabines d’essayage. A cet instant, il n’eut pas la présence d’esprit de demander ce qu’étaient de telles cabines. Il souriait aux messieurs de la sécurité de toutes ses dents. L’Etre de l’Eau était persuadé d’avoir été en présence de deux demi géants ce qui, pour Stan, équivalait mathématiquement à un géant entier. Il les aurait pensé plus barbus. Ils n’avaient d’ailleurs pas l’air aussi violent qu’on avait bien voulu lui faire croire mais, une chose était certaine, ils n’avaient pas non plus l’air très content.

"Quelles étranges oreilles, ils ont", pensa-t-il en contemplant les fils en caoutchouc qui tortillaient de leurs oreilles à leur cou comme des fils de téléphone. Enchanté par cette rencontre, il leur fit un signe d’au revoir de la main. Il se retourna ensuite pour regarder devant lui mais, la seconde d’après, "devant lui" n’avait plus de perspective. Ils étaient dans une énorme nasse à rideaux longs. Près de lui, la fille allumette avait les bras chargés de vêtements blancs. Absorbé par les demis géants, il ne l’avait même pas vu les prendre. Pour l’aider, Stan la débarrassa et posa l’ensemble sur un pouffe carré installé dans l’une des deux nasses. Comme elle n’était plus cachée par la montagne d’habits, il eut comme un choc en scrutant le buste de Mélusine.

"..."

Devant sa poitrine, elle portait les napperons triangulaires maintenus en leur milieu. Presque identiques à ceux qu’il avait vu un peu plus tôt dans l’allée où elle avait prétendu qu’ils n’en auraient pas besoin. Curieux, il tendit son index vers l’endroit où se rejoignaient les deux triangles, en plein milieu de son thorax, agrippa la jointure tout doucement et tira légèrement pour en appréhender la matière. Du tissu... En lâchant sa prise, un léger ploc résonna sur la poitrine de la fille allumette.

- C’est la lingerie, en déduisit-il. Les sirènes en ont des comme toi... ça ne s’appelle pas lingerie et c’est bien plus solides, paraissait-il s’inquiéter sincèrement. Comment un tissu si fin pouvait-il correctement protéger les seins nourriciers ? Les Etres de l’Eau femelles, qu’elles soient sirènes guerrières, naïades ou candices, favorisaient les coques, les conches ou creusaient leurs armures dans les roches volcaniques sous-marines quand elles ne les avaient pas nus. Comment ferais-tu en cas d’attaque d’un autre assassin ? la questionna-t-il avec la même inquiétude de la savoir un jour blessée par manque de protection efficace. Il t’en faut des plus solides.

"Je pourrais lui en offrir des vrais pour son cadeau de Noël..."

Ils furent soudain interrompus par sa vendeuse revêche qui passait par là. Elle vint devant la cabine, les dévisagea en mille morceaux, comme son ancien sourire, écarta les bras, saisit les rideaux de la nasse et les referma sur eux.

- La pudeur, s’il vous plaît, la pudeur... siffla-t-elle exaspérée, de derrière le rideau, en s’en allant vers d’autres clients.

Stan était stupéfié. Quelle drôle de pêcheuse ! La vendeuse venait de les attraper, elle et Mélusine, comme deux poissons dans un casier.

- C’est quoi la pudeur ? finit-il intrigué en constatant qu’elle les avait faussement emprisonnés. Une blague immature, s’imaginait-il.
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Mar 28 Déc - 19:44

Un immense sourire se dessina sur le visage de Mélusine. Depuis combien de temps cela ne lui était pas arrivé? Aucune idée mais c'était toujours trop longtemps. Elle laissa son sourire la contaminer toute entière et envahir leur espace. Puis, elle le prit dans ses bras et le serra brièvement contre elle, dans une étreinte qui n'était ni troublante ni gênante, sans être emotionless pour autant. Juste simple. Simple comme une poignée demain. Comme une poignée de corps. Amicale.

"Stan Shield, je crois que, définitivement, je t'aime bien."

Avant de relâcher complètement son emprise sur lui, alors qu'une main demeurait sur son bras, elle déposa un baiser sur sa joue.

"Merci.", dit-elle, simplement.

Un air de déjà-vu flottait, parfumant l'atmosphère étroite de la cabine d'un relent de pluie et de bonne humeur.

Parce qu'elle ne savait pas comment répondre à sa question plus que parce qu'elle était frappée d'une vague de pudeur rétroactive, Mélusine s'offrit un rapide face-à-face avec ses options vestimentaires, les dévisageant tour-à-tour, peu convaincue. Elle finit par jeter son dévolu sur la plus simple de toute et l'enfiler les deux pieds devant. Elle n'était jamais très sûre du mode d'emploi à suivre. Il n'y avait aucune indication utile sur les étiquettes. Elle noua à la hâte le lien sur sa nuque. Enfin, elle eut une petite moue qui ne s'adressait qu'à elle-même.


"Alors? Tu en penses quoi?>"

Sur l'échelle du ridicule, de 0 à 10, elle s'administrait un 6. C'était pas trop mal pour une tenue de soirée, compte tenu qu'on ne pouvait pas faire grand chose dedans. Enfin, au moins, elle pourrait faire des pas décents, sans exploser la couture dans un excès d'enthousiasme. Pouvoir bouger dans un vêtement était tout de même sa vertu principale. En dehors de tenir chaud. Et de se voiler la peau.

"La pudeur, c'est..."

La pudeur, c'était...

"C'est très abstrait. Disons que, dans ce cas précis, c'est un code. Un peu comme la politesse."

Une forme d'hypocrisie afin de survivre en société.

"De la même façon qu'il y a certains rites quand on croise un autre être humain, qui fait qu'on ne peut pas toujours dire ce qu'il nou démange de dire, on ne peut pas exposer son corps au regard des autres. Hiver comme été, on se couvre, plus ou moins, pour se protéger du froid ou du soleil mais aussi des regards. On camoufle le minimum..."

Rapide mouvement des mains en directions de ses propres minimums.

"... Ce qui différencie les femmes des hommes et qu'on ne montre qu'à... euh... certaines personnes. La pudeur, c'est un peu la timidité des corps. Tu ne t'affiches que quand tu es en confiance. Sinon, les autres prennent ça pour de la provocation. Au fond, on n'a pas un rapport très sain au corps. On le cache ou on affecte de le faire, on dévoile, on suggère mais c'est toujours dans un but ou dans un autre. Et euh..."

Et, euh, il y avait d'autres notions qui sous-tendaient le tout mais de là à les exprimer sans ambiguïté...

"Ca, c'est pour la pudeur physique. Mais il y a aussi la pudeur émotionnelle et, c'est une autre histoire. Bref... Ca...", tentat-t-elle d'expliquer en indiquant les deux bretelles qui dépassaient de sa robe. "Ca, ça ne protège que du regard des autres. Quand on se bat, ça ne sert pas à grand chose."

Haussement d'épaules vagues.


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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Ven 31 Déc - 8:43

- Je pense que ce n’est plus vraiment toi mais je ne saurais pas te dire pourquoi.

Parce qu’au-delà de la pudeur, Stan était incapable de concevoir qu’un vêtement pouvait jouer le rôle d’apparat. Ce qu’il en pensait n’avait aucune vérité esthétique. Tout comme le pantalon de son costume qui avait attiré tant de regards alors que, dans le fond, ce n’était rien qu’un pantalon.

Mais en écoutant Mélusine, il réalisa que ce n’était pas tant le pantalon que les gens regardaient ou évitaient de regarder. C’était lui. Juste lui. Nu et sans pudeur. Quelle découverte étrange ! Les Hommes se servaient de leurs vêtements pour se protéger autrement que pour se protéger des agressions de la nature. Stan comprenait qu’il faille se protéger du froid ou du vent. Eux se protégeaient aussi du soleil grâce à leurs vêtements. La nature avait pourtant œuvré de manière clairvoyante. Elle avait demandé aux arbres et aux rochers de donner de l’ombre, elle avait offert les fonds marins aux Etres de l’Eau pour qu’ils se réfugient dans les abysses, elle avait prévu les coques et les coquillages pour cuirasser le sein féminins... à aucun instant Stan aurait pu imaginer que l’Homme avait besoin de se protéger du regard des autres Hommes comme on se protégeait de la pluie, du soleil ou du vent. Quelles drôles de créatures l’univers avait créé ! Ils se camouflaient dans leurs vêtements et ces derniers ne servaient guère à les protéger que d’eux-mêmes. De leurs yeux, aux uns et aux autres. Qu’y avait-il de si différent dans leurs yeux pour qu’ils concourent avec les péripéties de la Nature ? Stan regarda dans les yeux de Mélusine et n’y vit rien d’autre qu’un sourire logé dans une prunelle entourée d’une jolie couleur autour.

Dissimuler ce qui différenciait l’homme de la femme et qu’on ne montre qu’à certaine personne.

"A qui ?"

Stan réfléchit longtemps à cette phrase. Les corps étaient timides. Il ne fallait les montrer qu’aux gens de confiance. Stan, depuis quelque temps, n’avait qu’une confiance relative dans les Hommes. Il faisait confiance à Mélusine. Ainsi donc, pour le moment, elle ne pouvait qu’être la seule à voir ce qui le différenciait des femmes. Penaud, il baissa son regard sur son propre corps, où la différence était la plus probante, puis le releva vers la ceinture de Mélusine puis tout le long de son buste jusqu’à sa poitrine puis jusqu’à ses yeux. Il était désespéré.

"C’est très compliqué. La politesse est plus simple", pensa-t-il un tantinet dépité.

Tout cela signifiait en somme que s’il voulait être accepté par les humains, il fallait qu’il adopte ce code : se protéger du regard des autres hormis de celui des personnes de confiance. Heureusement qu’il était venu faire les courses avec Mélusine. Face à qui d’autre pouvait-il désormais être lui, dans son plus simple appareil ou dans les tristes oripeaux des Hommes ? Peu de gens en réalité.

Il passa lentement sa chemise et la boutonna. Tout était très serré. Son cou. Il allait étouffer. Toujours perdu dans ses réflexions, il décida qu’il devait faire un effort pour se fondre dans la masse et éviter les problèmes. Si tout à l’heure Mélusine s’était mise nue devant les autres, ce n’était pas pour essayer son costume...

"C’était pour me protéger des regards des autres. J’ai fait une bêtise, alors..."

Stan sourit très embêté :

- Je suis désolé pour tout à l’heure... Je veux bien essayer... de faire de la pudeur. Je ne me déshabillerai plus devant les gens, sauf toi, parce que j’ai confiance en toi.

Il regarda les robes d’un peu plus près et en désigna deux autres au hasard :

[1] [2]

- Essaye en une autre. Celle-ci ressemble à la robe de nuit de Juliette.
Juliette devait faire confiance à Roméo et aux spectateurs,
murmura-t-il pour lui-même en songeant à la scène de la nuit de noces. Elle a retiré sa robe de nuit devant tout le monde même si elle prétendait ne le faire que pour les yeux de Roméo.

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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Dim 2 Jan - 20:34

C'était partie intégrante de son métier, en quelque sorte. S'offrir en spectacle.
Montrer l'amour, la peur, le désespoir. L'expulser de soi par le biais d'un autre. Le corps se faisait outils pour exprimer la réalité des émotions. Les acteurs tiraient le voile sur ce qu'ils étaient pour mettre un peu de leur âme dans le personnage qu'ils incarnaient. Ce n'était plus eux que l'on pouvait voir; plus vraiment, en tout cas, puisque ce qu'ils étaient servait très certainement de base à ce qu'ils devenaient. Un sorte de renversement. Une impudeur pudique. Le reste du monde n'existait plus, comme si une vitre s'était dressée sur le devant de la scène, isolant Roméo et Juliette. Exit le public. Ne restait plus que Juliette et sa confiance en Roméo. Son amour pour lui ne souffrait pas la pudeur. Ceci, Mélusine tenta de le traduire en mots maladroits pour Stan, tandis qu'elle regardait la robe qu'il lui avait suggéré.
Elle ne s'y connaissait vraiment pas en atours féminins. Alors:


"Une chemise de nuit? Hum, l'idée pourrait être amusante mais se pointer à la soirée en chemise de nuit, c'est, euh..."

Un peu gênant. Pas tant pour les convenances que pour les sous-entendus que certains pourraient y voir. On ne savait jamais quel tordu on pouvait croiser. Néanmoins, c'était l'avis de Stan et, sans s'y plier les yeux fermés (Mélusine ne pliait jamais), elle pouvait au moins... essayer. Elle enleva la première mouture avec un soupçon d'appréhension. Se déshabiller devant une foule, c'était une chose. Se déshabiller dans une cabine exigüe en tête-à-tête. Et pourtant, non. Enfin, si... C'était moins difficile, contrairement à ce qu'elle avait pu pensé. Ca tenait à ce qu'il y avait au fond d'un regard. Et dans le regard de Stan, qui, d'ailleurs, était passablement inattentif, elle était un être humain. Pas une femme. La différence était de taille, à son sens. Elle sourit doucement, comme ça, sans raison. Et passa sa robe avec d'autant plus de docilité.

'Ca n'est pas si moche.'

Mais ça n'était pas elle non plus.
Est-ce qu'on imprimait ce qu'on était à son style vestimentaire? Peut-être. En tout cas, elle avait été tout de suite en phase avec la remarque de Neptune. Ca n'était pas elle. A se jeter un bref coup d'œil dans le miroir, elle se faisait toujours l'effet d'une étrangère. Elle pourrait toujours se réfugier sur son bon vieux kilt qui, en théorie, était un costume de cérémonie. Sauf que non. Impression diffuse et étrange d'avoir envie d'être différente, au moins un peu, pour une raison inavouable.


"C'est pas ça non plus, je crois. Je me sens..."

Stan semblait tout étriqué dans son costume. Ca non plus, ça n'était pas lui.
Mélusine s'approcha de son compagnon et défit les deux boutons du haut en glissant:


"Tu sais, tu n'es pas obligé de..."

Ils en avaient déjà parlé. Et la jeune femme était toujours tiraillée entre l'envie de le garder un peu sauvage, vrai, et le refus de laisser à quiconque l'opportunité de le juger sur l'air qu'il avait, décalé. Tout le monde n'y verrait pas forcément de la poésie et de l'innocence. Entre l'innocence et la naïveté, il n'y avait qu'un tout petit pas. La première était charmante. La seconde prêtait à rire. Il n'empêchait qu'à chaque rencontre avec Stan, elle avait l'impression de lui voler un peu de son entierté. A chaque fois, elle avait l'impression de le forcer à faire un pas de plus vers le dénaturé et elle détestait cette idée. Pourtant, elle était incapable de renoncer à leur amitié naissante. L'amitié aussi pouvait être égoïste parfois. Il faudrait qu'elle pense à s'en excuser, un jour. Ou à le remercier, à sa manière.

Nouvelle robe. Troisième choix. Un peu mieux.


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Dernière édition par Mélusine McEwan le Lun 3 Jan - 10:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Lun 3 Jan - 10:42

Pendant que Mélusine essayait ses robes, Stan était définitivement ailleurs. Costume blanc. Nudité. Juliette. Roméo. Confiance. Amour. Pudeur. Coquillages. Etre de l’Eau. Humain. Différence. Homme. Femme. Que de choses tourbillonnaient dans ses yeux perdus et lui faisaient perdre la vue. Il se sentait aveugle malgré les yeux grands ouverts. Toutes ces choses étaient là, impalpables, mais il ne les avait jamais ressenties auparavant. Simplement parce qu’il les ignorait. Sa vue manquait de clarté. Quand il la recouvra, c’était que Mélusine venait de le libérer du col de sa chemise. Deux boutons en moins et il se sentit mieux. Pourquoi mettre des boutons jusqu’en haut et un nœud ou une cravate si c’était pour en mourir ? Mais les hommes sur les publicités du rayon des costumes de soirée avait le nœud noir, alors Stan voulut le nœud noir. Juste pour l’avoir. Pour que le nœud noir efface, un peu artificiellement, la différence qui existait entre lui et les hommes.

Il avait tellement envie de tout comprendre, d’en savoir encore plus sur tout, de se fondre dans leur paysage et d’avoir un chez lui, qu’aucun sacrifice ne serait de trop. Les humains le passionnaient. Il était reconnaissant à Mélusine de passer du temps avec lui et de diviser ce même temps en l’apprentissage de certains concepts. Il ne leur restait jamais beaucoup de cet autre moitié de temps pour que lui aussi lui apprenne des choses. Qu’aurait-il à lui apprendre ? Que savait-il qui aurait pu plaire à la fille aux cheveux rouges ? Il trouverait une façon de la remercier. En commençant, peut-être, par arrêter de... "Lui faire honte" avait dit la femme vampire. Oui, c’était une bonne chose. Faire attention à ne rien faire qui jette l’opprobre sur elle. Comprendre mieux et plus vite pour qu’elle n’ait jamais l’envie d’arrêter de passer du temps avec lui et de lui apprendre ces choses sur les Hommes. Homme.

"Je ne suis pas humain mais je suis un homme."

Il regarda Mélusine en lui souriant. C’était comme s’il la voyait pour la première fois. Si Roméo et si Juliette, si pudeur et si regards tournés, si confiance et si amitié, si nasse fermée contenant à peine une personne debout, si joues rougies et homme et femme, alors il n’avait rien à faire ici quand elle essayait ses vêtements. Ce n’était pas que la confiance, réalisa-t-il soudain.

Aussi ressentit-il un élan de tendresse instinctif pour elle. C’était ainsi qu’on disait quand on éprouvait de l’attachement pour quelqu’un. Car si tout ce qu’elle lui avait dit était vrai alors faire de la pudeur n’était pas seulement une question de confiance pour les Hommes mais une sorte de don pour un homme en particulier. Les Hommes avaient l’air de considérer leurs corps comme une pièce secrète qu’on parait des atours qu’il fallait selon l’occasion et le temps. On montrait cette pièce secrète uniquement à certaines personnes lorsque ses murs étaient nus et qu'on ne pouvait en voir que la naturelle architecture. Juliette à Roméo. Mélusine à Stan. Une femme à un homme, un homme à une femme.

Si l’accès à la vision du corps était tacitement réglementé, cela signifiait qu’ils estimaient que leur corps et ce qu’ils en faisaient avaient une grande valeur. Le corps n’était pas qu’un outil pour chasser, se protéger ou se reproduire. Ils y ajoutaient un tas de concepts étranges tout autour. Leur corps exprimait, il était même capable de tromper et de reproduire des expressions pour raconter une histoire, comme les comédiens de Roméo et Juliette. Ils considéraient leur corps comme une œuvre d’art. Et Mélusine exposait son œuvre en se libérant de sa pudeur. Ainsi Stan voyait la pudeur comme une sorte de politesse. Il avait déjà saisi le concept de la politesse. L’assimiler de cette manière lui était plus facile à accepter cette différence notoire entre les êtres instinctifs et les êtres d’Au-Dessus. De ce fait, Stan eut soudain le pressentiment qu’il n’avait pas le droit à cet accès-là de Mélusine. Il n’aurait pas su l’expliquer. La réponse était au bout de ses lèvres ou flamboyante devant ses yeux mais il ne savait pas la verbaliser.

Son cœur se mit à battre de la joie d’avoir compris et son sourire n’arrêtait pas de grandir. Quand le sourire fut trop grand pour rester sur ses lèvres, il se transforma en rire. Il sortit de la cabine sans s’expliquer après avoir embrassé Mélusine sur la joue. C’était le premier acte d’amitié dont Stan faisait consciemment preuve depuis qu’il avait quitté son île. De l’amitié comme Roméo et Mercutio. Tout ce qu’il savait était que Mélusine était humaine et que si telle était l’importance que les humains portaient à leur corps alors seule, la confiance ne lui donnait pas le droit de prendre la pudeur de Mélusine ou d’en accepter le don.

- Cette robe est belle, tu es belle, dit-il en se glissant en dehors de la cabine dont il prit soin de refermer le rideau. Ce tissu jouait donc implicitement le rôle de la politesse. De la pudeur. Protection du regard des autres. Protection du corps timide. Tout devenait si clair tout à coup.Mais vous n’allez pas ensemble non plus.

Un certain équilibre devait probablement se faire. Stan, en diamant brut, devait être taillé pour gagner en valeur. "Taillé" ne signifiait pas "dénaturé", jamais il n'aurait pensé que Mélusine ou l'influence des Hommes lui retirerait ce qu'il était au fond. De son côté, Mélusine, en pierre taillée, devait trouver la monture qui se mariait à la forme et aux couleurs qu’elle avait déjà. Sans dénaturer, là aussi, sa beauté originelle.

- Aide-moi à trouver un nœud pour le cou et je t’aiderai à trouver la robe qui va avec toi. Ensuite, il faut partir d’ici, j’en ai assez de m’habiller et de me déshabiller. Il faut acheter les cadeaux... et puis je commence à avoir envie d’aller à l’eau.


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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Mar 4 Jan - 19:45

Le rire de Stan vint insidieusement lui chatouiller le moral. ca n'était pas un éclat moqueur et égoïste mais plutôt une trille de bonne humeur communicative. Mélusine l'attrapa au vol et l'envoya lui gonfler les poumons. Ses propres zygomatiques se mirent à leur tour à tressauter. Rire sans raison. Sans raisonner. Ca ne dura pas longtemps mais c'était bon. La bonne humeur retombée, vite, vite, ré-enfiler ses oripeaux t quitter la solitude impersonnelle de la cabine. Vite, vite, retrouver l'homme-poisson. Elle avait besoin de compagnie, hier, aujourd'hui & maintenant, demain. Tous les jours d'avant et ceux d'après. Dela compagnie pour ne pas devenir folle. De la compagnie pour mettre ses pensées en sourdine et colmater les manques avec un peu de sucre. Le sucre fondait quand les nuages se mettaient à pleurer, la nuit venue. Mais la nuit était loin.

Ils finirent par dénicher un nœud pour Stan, petit papillon noir qui arracha un autre sourire à Mélusine. Les tenues de soirée des sorciers étaient beaucoup plus à son goût à elle, tout en décadence et en excentricité mais c'était un peu passé de mode et ça n'était pas du tout le style de Neptune.
Leur errance au milieu des chiffons trouva son point final quand son compagnon sortit triomphant d'une fouille approfondie. C'était épatant de sobriété. C'était blanc. Adjugé vendu à l'unanimité fois deux. Oubliée la résolution des teintes obscures, balayée par l'envie d'en finir avec les essayages pour passer à sa partie préférée: les cadeaux de Noël.

Peauroitage derrière une file d'attente mille-pattes. Passage en caisse. Grimaçage devant les chiffres accompagnant le £. Exhorbitage du porte-monnaie.
Retour à l'air libre conditionné de l'allée passante.

Plus que deux cents cinquante-et-une.
Poundland? Non. Lush? Non plus. Blackwell? Non.
Partout, une débauche de vitrines offrant le meilleur, le moins cher, le -30%, le plus beau, le plus magique, ce dont vous avez toujours rêvé, etc. Autant d'attrapes-bonheur inefficaces. Le tournis s'empara d'elle et, avec, l'appel du dehors.
Le shopping, ça n'était définitivement pas son truc.


"Viens. Je connais un endroit qui nous ira déjà mieux."

Le Christmas Market. Pleine de petites cabanes de bois débordantes de couleurs, de lumières, d'odeurs et de saveurs. Un village au cœur de la ville.
Et de l'entraîner par la main en direction de la sortie.
Le temps d'y arriver, Mélusine avait d'ores et déjà fait trois escales gastronomiques. Les marrons grillés qui lui réchauffaient les mains sentaient trop bon pour être honnêtes.


"Tiens, goûte! Noël, c'est aussi la douceur sucrée de la châtaigne. Moi, j'adore ça."

Sourire gourmand.

"Quand j'étais petite, on en faisait dans la heminée. C'est presque aussi bon que les brochettes de patacitrouilles grillées."

Un instant de silence, comblé par le brouhaha de la foule.
Le marché de Noël, enfin.


"Dis, Stan? Chez toi... enfin, chez les êtres de l'eau, vous avez quoi comme fêtes?"

Et de pencher son nez sur la stand d'un fabriquant de jouets en bois, de toutes les formes, de toutes les peintures.


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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Mer 5 Jan - 12:48

Tout suintait de couleurs et de parfums différents et rien ne finissait de clignoter. Stan en prenait plein les yeux et s’interrogeait intérieurement sur à peu près tout ce qu’il approchait. Il dépieuta la châtaigne et la mangea après l’avoir regardé longuement. C’était bon. Il en reprit une seconde tout en répondant à Mélusine au sujet des fêtes :

- Oui, nous avons des qaït’wen mais nous ne fonctionnons pas comme les humains pour ce que vous appelez les dates. Notre calendrier change selon les lunaisons et non pas les révolutions solaires. Chaque période synodique de la lune correspond à un mouvement des mers, à chaque nouvelle lune, nous fêtons Psamathée. Vous comptez en semaines, nous comptons en lunes. Psamathée serait un peu comme votre dimanche. Il y a aussi la qaït’wen de Laomédie. C’est la fête des courants chauds. La fête de Naïade, pour les gésines et les créations, de Neso pour la victoire des Etres d’En-Dessous sur ceux d’Au-Dessus... je ne sais pas à quand ça remonte. La fête de Halimède, pour regrouper les ethnies, de Protée après chaque tempête, de Thalassa pour les unions ou de Sao quand Neptune est cachée par la lune... les Etres de l’eau regardent beaucoup le ciel. Bientôt il y aura la qaït’wen de Galatée et Despina. Je n’aurais le droit d’y aller que lorsque je serai Hanaïem... ce qui n’est pas prêt d’arriver.

Stan fronça les sourcils. Il venait d’avoir une drôle d’idée. Il ne pouvait rien apprendre à son amie sur ce qui se passait hors de l‘eau mais il avait une connaissance aussi, sinon plus pointue, que les humains sur ce qui se passait En-Dessous. Il se tourna vers elle et lui demanda :

- Tu m’apprends ici, je peux t’apprendre En-Dessous. Hanaïem est le mot pour décrire les créatures masculines des eaux qui ont déjà vécu « E’kin ». Quand nous étions dans le lac, tous les deux, l’homme sirène aux cheveux noirs m’a demandé si tu étais E’kin. Pour les Assassymbes, E’kin désigne l’âme qui résulte de l’union spirituelle, charnelle et matérielle de deux êtres. Lorsqu’on s’unit à un autre être, on partage nos corps, nos esprits et nos possessions et ça donne un troisième corps. « E’kin ». E’kin n’est pas une personne ou la description de l’état d’une personne par rapport à soi mais le résultat de l’addition de soi à l’autre tout entier pour décrire une union. Pour faire plus simple, mais ça ne serait pas tout à fait juste de le décrire comme ça, on pourrait dire qu’E’kin est la petite ami ou le petit ami, la femme, l’épouse, le mari... l’autre de soi. Mais il n’existe pas le rapport de possession qui existe pour les humains. On ne dit jamais que nous sommes à quelqu’un d’autre. « Je suis le mari de Mélusine », ça ne voudrait rien dire. On n’appartient à personne, on devient autre quand on se lie à quelqu’un. Donc, je ne suis pas E’kin alors je ne peux pas devenir Hanaïem.

La traduction la plus proche de cette dernière phrase aurait pu être : « Je suis vierge ». Hanaïem étant l’état d’un Assassymbe qui avait déjà vécu l’E’kin. Un homme.

- Mais je peux t’emmener fêter Larissa, c’est la nuit des essences.
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Mer 5 Jan - 20:51

La subtilité de la chose échappa complètement à Mélusine qui se contenta de regarder Stan d'un air vaguement rêveur.

"Tu sais, des fois, j'ai l'impression que je suis pas née du bon côté de la surface... que j'aurais été plus à ma place dans ton monde."

C'était peut-être de fréquenter l'homme-poisson et de découvrir à chaque fois son point de vue si particulier sur des non-sens. Peut-être d'voir été dans l'En-Dessous et d'en avoir gardé l'empreinte. Peut-être d'aimer ce qu'elle en apprenait à chaque escapade, réelle ou mentale. Peut-être d'avoir eu un frisson à la mention de E'kin.

"Tu es quelqu'un de rare, Stanislas Shield. Ton Autre doit être quelqu'un comme toi. Et ça ne court pas les rues."

Elle était soudain prise d'un étrange sentiment de protection, comme à l'égard d'un frère qu'elle n'avait pas. La première venue ne pouvait pas avoir Stan. Elle devait le mériter. Passer des épreuves, prouver sa valeur et...

'Et tuer un dragon, mener à bien trois quêtes mortelles, faire un aller-retour jusqu'à la lune... Ca ne te regarde pas, tu sais?'

Mais...

'Mais rien. De quel droit tu t'octroies un avis sur celle qui sera sienne?'

Elle reprit en bafouillant:
"Enfin, je veux dire que..."

Et zut!
Silence.


"Est-ce que tu crois que moi aussi, j'aurais droit à l'E'kin? Ou c'est seulement pour les êtres de l'eau?"

Est-ce que son E'kin à lui était forcément quelqu'un de l'Eau, comme lui?

"Est-ce que tu crois que... que ça pourrait être...? Tu sais... Mais ça ne peut pas, pas vrai? S'il vit déjà E'kin avec quelqu'un d'autre... Puisqu'il est marié. Pourtant, j'aimerais que... Il est tout le temps dans ma tête, Stan. Et je ne ..."

Mélusine se parlait à elle-même plus qu'elle ne s'adressait à Stan, soulevée par des questions, mue par la nécessité d'essayer de les énoncer à voix haute. Sans grand succès. Elle resta un moment silencieuse, tandis qu'ils déambulaient au milieu des passants, sans vraiment prêter attention aux petits échoppes. Devant ses yeux, défilaient des images de ce à quoi cet E'kin-là aurait pu ressembler. Mort-né. Né de l'espoir. Mort de la réalité.
Ne jamais être à quelqu'un d'autre et pourtant...
Au bout d'un long instant, elle secoua la tête de toutes ses forces et se rattrapa au visage de son compagnon pour rallier le monde réel.


"J'aimerais que tu m'apprennes En-Dessous. Et j'adorerais que tu m'emmène fêter Larissa. Je ne suis pas sûre d'avoir compris ce que c'est mais ça me plaît."

Si ses yeux étaient encore un peu brouillés, son ton vibrait de sincérité. Elle avait envie de connaître ça. Larissa et tout le reste. En faire son monde d'adoption.
Le shopping de Noël était un peu passé aux oubliettes.


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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Dim 9 Jan - 11:17

Spoiler:
 

- S'il est tout le temps dans ta tête, c'est que ta tête lui a ouvert ses portes. Tu dois lui demander si tu es aussi dans la sienne. Si oui, c'est qu'E'kin est en devenir. Mais E'kin ne dépend pas du simple sentiment amoureux. Il faut l'échange et l'abandon de soi au privilège d'E'kin. Vos esprits sont ouverts l'un à l'autre, mais avez-vous ouverts vos cœurs, votre passé et vos âmes ? Etes-vous capables de partager le corps et la vie matérielle ? C'est cette volonté et cet équlibre dans l'échange qui crée E'kin. Il faut avoir le courage de faire évoluer ce qu'on est pour être disponible à être E'kin. Les humains... je crois, je ne suis pas sûr... ont du mal à le faire car ils ont besoin de posséder l'autre. Les passions qui les déchirent, comme Roméo et comme Juliette, ont tendance à sacrifier E'kin au besoin d'appartenance et de reconnaissance des gentes. Lui ou un autre, tu trouveras E'kin si tu es assez sûre, sereine et déterminée pour le trouver. Chercher est moins effrayant que trouver parce qu'alors qu'on trouve, il faut apprendre à transformer tout ce en quoi on croyait jusqu'ici. Cette remise en question et cette abdication sont idéales mais peut-être inhumaine.

Elle lui avait dit qu'il était rare. Une personne rare c'était comme la pluie dans le désert. Stan trouvait que c'était une bonne chose alors il sourit émerveillé de devenir la pluie dans le désert rien qu'en une phrase. Elle ajouta que son E'kin devait être elle aussi rare que la pluie dans le désert. Pourtant, ce que Stan espérait de son E'kin n'était pas la rareté. Les arbres et les algues étaient moins rares que la pluie dans le désert mais ils avaient la faculté de plaire à Stan et, auprès d'eux, il se sentait à l'aise. Les plantes et les algues lui donnaient son oxygène et prêtaient leur beauté aux paysages. Stan pensait son E'kin serait ainsi : un souffle perpétuel qui apporterait beauté et paix à son paysage, à son univers. Il pourrait s'en nourrir mais aussi prendre soin d'elle. La dynamique de l'échange serait tel qu'il se sentirait dans l'E'kin comme une pièce essentielle à la mécanique du monde. Pour l'instant, ce n'était pas le cas. Il se sentait incomplet parce que le monde le rejetait. Il n'était pas adapté au monde. Alors, avait-il décidé en son âme et conscience, lorsqu'il aurait trouvé sa raison d'être dans l'En-Dessous aussi bien que dans le monde des Deux Jambes, il serait prêt à reconnaître son E'kin.

Il l'expliqua comme il put à Mélusine mais la fin de son explication fut distraire par un stand qui lui déroba toute son attention. Ses yeux gris mouchetés d'or tombèrent dans un petit cochon qui avait une fente sur le dos. Le stand proposait différents petits cochons tous colorés et décorés de façon différente. Stan les trouva beaux et amusant. Il décida qu'il en voulait un malgré qu'il ne sache pas si l'objet avait une utilité. La fente dorsale était commune à toute les "tirelires" (lut-il le terme exact sur la pancarte). Il en saisit une avec précaution, la secoua avec moins de précaution près de son oreille, finit par collé son oreille contre la fente.

"Peut-être que, comme on entend la même dans les coquillages, ces objets sont fait pour entendre la ferme... la forêt ou la ville."

Il guetta le bruit de la circulation dans la fente du cochon mais n'y entendit rien de spécial. L'intérieur était vide. Il tendit à Mélusine celui sur lequel il avait jeté son dévolu et l'interrogea :

- Qu'est-ce qui est assez petite pour entrer dedans ? A quoi ça sert ?

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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Mar 11 Jan - 16:43

Combien de fois fallait-il s'être trompé avant d'être à même de vivre ça? Est-ce qu'on en était seulement capable quand on avait été élevée avec les préceptes humains? Est-ce que l'insatiable besoin qu'avaient certains de se reproduire n'était pas une manière détournée de chercher l'E'kin sans jamais y toucher vraiment? Ou était-ce là la manière humaine de le vivre parce qu'on s'était trop coupé des vérités de l'En-Dessous? Ou encore, était-ce ce à quoi les sorciers et les moldus pouvaient se raccrocher parce que eux n'y avaient pas droit et devaient rester dans une forme imparfaite d'amour? Après tout, de toutes les caractéristiques, il n'y avait rien de plus humain que l'imperfection. C'était leur signe distinctif. Et, d'ailleurs...

Perdue dans ses pensées, ce fut un petit cochon rouge qui se pointa en éclaireur pour lui montrer le chemin du retour. Mélusine le tourna entre ses mains, tandis qu'elle revenait au moment présent.


"C'est une tirelire en porcelaine."

'Porc-celaine! Ahaha! Tu crois que si c'était un taureau, ce serait un bœuf-felaine?'

Ca ne méritait même pas de réponse. Extirpant une Noise du fond de son sac, elle la glissa dans le petit cochon, qu'elle secoua doucement. Un léger tintement leur parvint.


"On s'en sert pour mettre de l'argent. Un peu comme un porte-monnaie... En fait, non. Un porte-monnaie, c’est pour l'argent dont tu as besoin au quotidien. Une tirelire, c'est pour l'argent que tu économises."

A n'en pas douter, économiser était encore un concept étranger à l'univers de Stan.

"Tu mets de l'argent de côté pour t'acheter quelque chose de plus cher, plus tard. Certains veulent une maison ou un balai de course. Ou un voyage de l'autre côté du monde. Moi, quand j'étais petite, j'économisais mes mornilles pour m'acheter un dragon-volant."

Un dragon-volant était l'équivalent sorcier du cerf-volant. En plus fun. IL était animé par un sort et se déplaçait ainsi au gré du vent mais aussi de sa propre volonté. Les spectacles de dragons-volants l'avaient toujours laissée rêveuse.

"Ma tirelire à moi avait la forme d'une citrouille. Mais lui, il est mignon tout plein. Vous acceptez les mornilles?"

Le vendeur, un peu éberlué par la teneur de leur conversation, oublia un instant de hocher la tête. Oubli vite réparé en vue de la transaction financière. Et le petit cochon tintant échut entre les mains de Stan. Pendant qu'il l'admirait, Mélusine ne réussit pas à résister à la tentation. Un petit coup de baguette magique et le porcin de porcelaine lui chatouillait la main de sa petite langue rose et froide. A l'origine, il était seulement supposé tir-bouchonner et dé-tir-bouchonner sa petite queue en tir-bouchon. Tant pis.
L'homme poisson avait ce talent de lui changer les idées. Il y mettait un peu de couleur. Oh, ça n'était pas encore un arc-en-ciel mais... Exit les idées noires. Elle avait les idées en gris colorés.


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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Dim 16 Jan - 16:14

Les Shield avaient laissé suffisamment d'argent pour qu'il n'ait pas à travailler. Ils lui avaient même légué un patronyme. Avant les Shield, Stanley Shield ne s'appelait pas Stanley Shield. Le vieil homme humain à qui on l'avait confié à sa naissance avait appris par les parents de l'Etre de l'Eau qu'il s'appelait Haven Doroweïem Moebius. Quand le vieil homme mourut, Haven prit le prénom de son père adoptif pour le porter toujours en lui. Il s'appelait Stanley. C'est ainsi, qu'à seize ans, Haven Doroweïem devint Stanley. Les Shield changèrent Moebius en Shield. D'après tout le monde, cela faisait moins Etre de l'Eau, cela lui faciliterait l'insertion dans le monde. Stan ne demandait qu'à être inséré dans le monde. Il prit ce qu'on lui offrit.

Stan acheta deux tirelires de plus. L'une pour offrir à la fête de Noël et une pour lui qui ne bougeait pas. Stan avait parfois peur des objets qui s'animaient seuls mais il ne le dit pas à Mélusine car on ne refusait jamais un cadeau. En échange de sa petite tirelire, il donna lui un merci. Il n'aimait pas les objets qui bougeaient seuls mais il aimait les cadeaux. Et en échange de ses deux tirelires, il paya l'homme qui le regardait avec des yeux aussi gros que des cochons de porcelaine lorsque l'Ere de l'Eau lui tendit deux billets de 20£. Un pour chacune.

- Il y a trop, jeune homme.

Stan regarda tour à tour les billets qu'il tendait et le prix affiché. Une brume perplexe s'abattit dans les pépites d'or de son regard, les fracassa en centaines de grains de poussière qui se dissipèrent à son clignement des yeux pour ne laisser qu'un bleu profond. L'homme ne prit qu'un des billets et rendit la monnaie à Stan. L'Etre de l'Eau prit les paquets que l'homme lui tendit. Le regard de Stan était toujours appauvrit de ses pépites d'or. Quand il fronçait les sourcils, ça donnait cette impression que ses yeux n'étaient plus que bleus.

Quand ils se furent éloignés, il regarda à nouveau la monnaie dans la paume de sa main. Il envoya danser les pièces dans la tirelire qu'il comptait garder pour lui. Les pièces se chamaillèrent doucement avant de se calmer et de rester sagement dans le gosier du cochon rouge.

- C'est la première fois qu'on m'échange de l'argent contre de l'argent, remarqua Stan à haute voix.

Dans l'En-dessous, le troc était de mise. Ici, c'était un peu pareil, s'était-il dit un jour. Sauf qu'on échange les vêtements et les objets contre des petits bouts de papiers. Toutefois, jusqu'à aujourd'hui, on ne lui avait jamais donné de pièces en échange. Un billet avec 5 et plusieurs pièces !

Probablement que les autres fois, chez Choice, au théâtre, au supermarché ou dans les boutiques de thés, les gens lui auraient rendu la monnaie s'il avait été accompagné de Mélusine. C'est-à-dire d'une personne qui aurait pu contrôler la confiance que Stan avait accordée aux commerçants.

- Chez Choice, la vendeuse ne m'a rien rendu.

Il avait payé comptant et avait fait l'appoint. 260£. Mais il parlait de la jeune vendeuse qui avait accepté ses 20£.

- Etrange...

Ils marchèrent et visitèrent d'autres stands où Stan acheta d'autres cadeaux pour la fête. Il se promit de revenir seul pour acheter celui de Mélusine. Maintenant, il avait compris le processus d'achat: choisir, donner de l'argent, recevoir la monnaie et partir après avoir compté sa monnaie.


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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Habeas Corpus   Jeu 20 Jan - 19:13

Cette fin de parcours des courses de Noël fut parsemé de ces remarques d'une pertinence naïve dont Stan avait le secret.
Mélusine se fit la réflexion que, si l'homme poisson apprenait à paraître comme un être humain, elle désapprenait un peu les clichés et les habitudes que l'on appelait normalité. Elle se surprenait à porter un regard neuf sur les choses et à adopter un point de vue qui n'était pas dicté par son éducation mais par ce qu'il y avait effectivement à voir. Les choses venaient par flash et s'en allaient aussi sec. Mais, durant ces brefs intervalles, il lui semblait qu'elle touchait à quelque chose de plus... vrai.

Elle regarde autour d'elle, s'arrache à sa culture et trouve le spectacle étrange. La danse humaine est bizarre. Les piétons semblent tous filer dans deux directions contradictoires. L'avant des uns est l'arrière des autres. Ils filent droit devant, en prenant bien garde de ne pas se toucher, les yeux vissés sur leurs chaussures comme si elles avaient l'intention de finir la route sas eux. Personne ne levait les yeux au cie pour regarder les nuages. Mais, quand ils se parlaient, leur cérémonial répondait à une véritable chorégraphie: rester à un pas l'un de l'autre. Elle connaissait ce sentiment d'agression inconscient, quand quelqu'un pénétrait son périmètre de sécurité. Pour être bien, gardons nos distances. Voilà. Ce petit mètre entre "eux" et "moi".

Elle s'amusait ainsi de l'absurdité de certains comportements humains. Et, tout à son étonnement et sa curiosité, elle en oubliait un peu sa propre histoire.

Stan et elle flannèrent encore un moment parmi les stands puis l'appel de l'eau se fit sentir. Mélusine lui attrapa la main pour transplaner hors de Londres. Ils se retrouvèrent dans le premier lieu qui lui était passé par la tête: un petit bout de littoral tout au sud de l'Angleterre. Elle ne se souvint même pas d'y avoir un jour fait escale. Neptune retrouva son élan avec quelque chose qui ressemblait à du soulagement. Mélusine, de son côté, se contenta d'y tremper le bout d'un orteil. Un bout d'un orteil seulement. Dyode que c'était froid! Ah. non. C'était vrai. Elle ne croyait plus aux Dyodes.

Un peu plus tard encore, ils prirent le chemin du retour, par transplanage again. Elle s'étendit en commentaires et questions anodines. Inutiles. Elle retardait au maximum le moment de se séparer... qui finit pourtant à arriver. Elle camoufla son sentiment d'abandon derrière un sourire et le salua une dernière fois de la main. Le rendez-vous avait été donné pour le 25, à Pré-au-Lard.

Alors que sa silhouette disparaissait dans le paysage, son sourire s'évanouit. La compagnie de Stan lui faisait du bien. Philtre d'oubli momentané. Une petite dose à intervalle régulier rendait sa vie plus douce. Mais les effets secondaires étaient désastreux. La solitude en était d'autant plus dure, et froide, difficile à asumer. Et tout ce qu'elle avait refoulé dans un coin revenait à la charge.

Le soleil se fanait sur l'horizon.

Il était temps de rentrer.


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