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 Et si...

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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Re: Et si...   Ven 3 Déc 2010 - 17:21

Impossible pour Norah/Elinor de se permettre une quelconque remarque par rapport aux révélations faites par Elliot. Etait-ce Elliot ou Ulysse qui parlait? Si c'était Ulysse, alors Elliot jouait sacrément bien la comédie. Bien qu'Elinor ne doutât pas des qualités artistiques d'Elliot, elle perçut dans son regard un voile de tristesse qui l'interpela au point de la convaincre qu'il y avait bien un fond de vérité qui la toucha. A partir de là, Norah devint plus tactile avec lui.

Elle le regarda enfiler son déguisement d'un air amusé, satisfaite d'avoir eu cette idée. Personne ne pourrait s'imaginer qu'une star pourrait se cacher sous ces habits et encore moins sur un vélo en plein Central Park.

Devant les vélos, Elinor se mit à sourire aux remarques d'Elliot. Ils se sentiraient finalement ridicules à deux. La location se fit vite. Elinor déposa son sac dans le panier qui trouva subitement un intérêt aux yeux de la jeune fille privée de magie, et régla sa selle sans trop de difficultés. Elle enfourcha sa monture et avança grâce à la pointe de ses pieds jusqu'à Elliot. Elle l'agrippa par l'épaule et finit de se tracter à ses côtés pour lui murmurer à l'oreille:

- Moi aussi je les trouve moches ses vélos.

Elle ponctua ses paroles d'un clin d'oeil et lança leur balade en souriant. A dire vrai, ça faisait très longtemps qu'Elinor avait autant souri. Les courants d'airs glaciaux firent voltiger les longues mèches brunes qui dépassaient fièrement de son bonnet. bientôt son visage se mit à vivement ressentir le froid et elle dut faire d'horribles mouvements de ses maxilaires pour les désengourdir et continuer à sourire. Sourire simplement parce qu'elle était bien, loin de tout, de sa vie et de ses problèmes, de ses déceptions et de ses craintes. Retrouvant rapidement ses réflexes de garçon manqué, Elinor lâcha le guidon et remonta son col, après quoi elle étendit les bras, projetant au sol l'ombre d'une croix ondulante. Elle se sentit libre, tout le contraire de ce qu'elle reflétait d'habitude. Depuis combien de temps n'avait-elle pas senti un réel bonheur l'envahir?

La course les gagne bientôt, déclarant entre eux une fausse rivalité au gré du parcours qu'ils avalaient. Elinor se mit en danseuse et força sur chaque coup de pédale à sentir ses quadriceps brûler sous cet effort intense qu'elle n'avait plus l'habitude de faire. Elle fut vite hors d'haleine et obligée de lui concéder deux victoires qui scélèrent la fin de l'étape. Ulysse se plaça à son niveau et engagea la conversation.


- J'ai vu tout à l'heure que tu étais tatouée. Moi aussi... il représente quoi ton tatouage?

- Celui-là? C'est un triskel enserré par un dragon. J'aime bien ce symbole celtique à trois branches, je le trouve apaisant. Il représente les trois éléments et le dragon apporte une touche de protection et de diversité dans les origines et les cultures. mentit-elle en sentant ses yeux piquer.
Elle pédala légèrement plus vite que lui pour qu'il ne voit pas son visage se rembrunir et sur ses joues couler quelques larmes.les traces humides lui donnèrent l'impression de geler sous l'efet du vent. Elle les essuya d'un revers de manche et ralentit la cadence. Ouh-là, ce courant d'air me fait pleurer dis-donc. En fait, ce n'est pas mon seul tatouage, il y en a d'autres moins en vue. Celui-ci fut le premier. C'était vrai. Mais les autres étaient aparentés à des souvenirs plus doux, des symboles positifs d'où Antarès banni. Il lui serait plus facile d'en parler que de son triskel.

Mais ça attendrait. Une tour déchira le ciel gris et au fur et à mesure que les deux cyclistes avançaient, un ensemble architectural colossal fit son apparition.

- Wow.

Juché sur un ensemble rocheux surplombant un petit lac gris, le Belvedere Castle avait de faux airs de Poudlard. La remarque effleura la bouche d'Elinor mais y resta prudemment tue.

- C'est étrange. La ligne de démarcation du sol donne l'impression d'une ligne d'eau. Tu ne trouves pas? On dirait que les pierres d'en dessous reflètent la construction du dessus comme pourrait le faire le lac. C'est marrant. Le style est truffé d'imitations de styles jusqu'à ce qu'il en ait une identité propre. Il y a du Vaux, du Mansart et du Vauban dans les influences, ça fait très français en fin de compte.

L'enthousiasme d'Elinor ferait de Norah une intellectuelle, ce qui la rapprocherait encore un peu plus de son faux double. Cela ne la dérangea pas. Elle aimait bien cette étiquette qui lui était accolée parce qu'elle l'avait voulue. C'était flatteur pour son élitisme et son égo.

Ils s'approchèrent de l'entrée où ils mirent pied à terre et rangèrent leurs vélos. Elinor remit son sac en bandoulière et prit le bras d'Elliot sans attendre qu'il le lui offre, peut être même qu'il n'en aurait pas eu l'idée. 'Pour faire un peu plus touriste' s'efforça-t-elle de penser alors que la vérité venait d'une habitude antérieure à Elliot.

-Et toi mon cher Ulysse, quel est ton tatouage? Que représente-t-il et où l'as-tu?

Ils arrivèrent bientôt sur une terrasse où s'avançait un porche soutenu par une belle colonnade. S'offrit alors à leurs yeux une vue imprenable sur le parc, ses pelouses, ses forêts, et son lac. Norah lâcha le bras d'Ulysse et s'avança vers la balustrade pour profiter pleinement du spectacle. Une sensation de paix l'envahit et l'enjoignit à rester là, sereine. La notion de temps lui apparut soudain comme primordiale dans la vie. Prendre le temps, être maître de son temps. Voilà un précepte de vie qui lui sembla fondamental et tellement éloigné d'elle jusqu'à présent.

Elle appuya son bassin contre la balustrade et posa ses mains parallès à son corps sur la pierre glacée.

- Tu ne trouves pas que tout paraît simple ici?
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Elliot O'Malley
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MessageSujet: Re: Et si...   Mar 7 Déc 2010 - 18:09

- C'est une croix arménienne. Je me suis fait tatoué à 17 ans dans le dos de mes parents. Pour moi, comme symbole à la signification univoque depuis la nuit des temps, la croix symbolise la vie, le dynamisme qui anime le monde tel qu’il s’offre au regard de l’homme. Elle se termine en douze pointes. Chacune des quatre branches se termine en trois pointes. C'est mon chiffre porte bonheur. Quatre préceptes subdivisés en trois axiomes. Terre, eau, feu et air. Terre comme la chair, le fruit du travail de l'homme, eau comme la vie, reproduction de soi et poursuite de ses rêves, feu comme la passion, l'irréfléchi, et air comme esprit, la conséquence, la spiritualité. Bref, toute une histoire pour une simple croix qui porte les 12 principes de ma vie.

Il faisait bien trop froid pour que je me dessape et que je lui montre. Quand nous fûmes à l'abri des regards indiscrets, parce que je ne voulais pas trop attirer l'attention sur nous maintenant que nous avions la paix, je créai un transfert lumineux de l'imagerie de mon tatouage. La réplique était de taille 1/1 et elle apparut devant nous pour disparaitre aussitôt mes explications terminées.

Ensuite, il y a eu un super silence. Pas un de ceux qui sont gênants. Un de ceux où t'as juste envie de respirer et de te sentir bien. De rien dire. De prendre.

- Tu ne trouves pas que tout paraît simple ici?
- Carrément...

Quoi dire de plus?

Tu vois, c'est pas parce qu'on sait écrire (et, surtout vendre) quelques lignes toutes en musique sur deux ou trois parties de l'anatomie féminine ou chevauchées fantastiques par delà leur corps en pierre de lune qu'on se sent capable de décrire la plénitude qu'une brise fraîche, une inconnue et un Park rougeoyant peuvent procurer. Dès que je vis quelque chose qui me paraît sensationnel, j'ai envie de le coucher sur le papier et de gratter les cordes de ma guitare pour l'animer et y insuffler l'énergie motrice qui a fait se mouvoir mes sentiments. C'est un tic, c'est comme ça, c'est dans ma tête, c'est dans ma nature. Tout est musique et paroles. Tout battement de cœur devient un rythme, un padam padam qui n'attend que de fleurir. Je ne suis jamais une terre aride.

En cet instant, je sens la mélodie, elle s'immisce doucement dans les cordes du vent, dans mon sweat noir I Love NY, sur mes lèvres béates, derrière les lunettes où mes yeux bleus admirent l'éternité.
Le petit air pétille, il vient me chercher. Il veut que je le déploie, que je m'amuse avec. Je me force à garder la bouche fermée parce que je ne veux pas que Norah me prenne pour un Fred Astair du dimanche. Je compte pas faire des claquettes mais, voilà, c'est ma vie, la musique est une maladie.
C'est d'abord un son lointain, un tempo, des doigts qui claquent. Puis ça devient la caresse des brushes sur la peau des sablages d'une batterie. Comme si un jazz voulait germer au cœur du froid, dans mes oreilles ouvertes sur ce que me murmure le paysage devant nous.
Ensuite, quelques sons de basse, une guitare imaginaire s'ajoute, timide, puis enjouée. Ils se font leur petit concert dans ma tête. Les chœurs apparaissent et j'invente que Norah fait partie des choristes et m'accompagne dans ce délire improvisé.

Dans les paroles qui s'improvisent dans mon crâne déjà enthousiaste, je repense à la fille au mono-sourcil, ça me fait rire, elle devient source d'idées. Ca me fait rire, même si un jour, l'une de ces filles finira par m'envoyer tout droit dans les bras d'un Détraqueur si elles continuent de me pousser autant à l'hystérie. Mais avec Norah, c'est comme si j'étais devenu inviolable. Les flics pourraient bien venir m'arrêter, je continuerais de claquer des doigts avec Norah en repensant au paysage autour du Belvédère.
Je crois que mes cordes vocales s'étirent, elles me chatouillent la gorge pour que j'ouvre ma bouche, pour que je laisse sortir l'air de mes poumons. Un petit la timbré gagne, un sol si do déambule sur ma langue. Mes lèvres s'ouvrent. Je souris à Norah. Je suis vaincu par la maladie, autant lui en faire profiter. C'est hyper contagieux.
Les alentours sont plutôt calmes. A part un type qui surveille l'entrée du Belvedere, un peu plus loin en contre bas, on est seuls. Les autres touristes sont un peu partout, un peu partout mais plus loin, un peu partout mais plus loin et trop stones à cause du froid. Ils prennent des photos, suffoqués d'émoi par le château écossais déposé, comme une blague, rien que pour moi, telle une imitation de Poudlard sur le haut de la butte de Vista Rock.

Je lui fais un clin d'œil complice qui annonce que je vais faire un truc terriblement tordu; en tout cas, dans notre situation. Ma main gauche scande un rythme dont la musique est secrètement retenue dans ma tête. Le temps qu'elle comprenne ce que je m'apprête à lui faire faire, ça rempli le suspens. Ma main droite sort ma baguette et transforme le guide japonais en petite boîte creuse de même forme et de même dimension. Je fais flotter la boîte devant elle, à la hauteur de son nombril, et lui intime de se caler sur le rythme que scande mes doigts pour battre le rythme dessus, avec deux feuilles mortes de platane métamorphosées en minis balais à drums que je lui fais apparaître pour accompagner sa mini batterie.
Baguette rangée après avoir fait apparaître cinq cordes tendues à une guitare imaginaire. Je gratte les cordes tendues au vide, comme si j'avais une guitare de vraie consistance entre les mains. En un rien de temps, nous avons un rythme plutôt cool et amusant. Je m'assois à califourchon sur le muret, en face de Norah, et j'expulse les paroles et l'air qui n'en peuvent plus d'avoir attendus.



"Paroles":
 


On s'emporte, ça me fait sourire. L'improvisation gagne la cime du toit du Belvédère. L'écho nous revient pour participer aux chœurs. Mon pied bat la mesure, j'ai Norah plein les yeux et plein le sourire. Ca fait mille ans que j'ai pas chanté pour une seule paire d'oreilles et ça me fait un tel bien, j'ai l'impression de lui donner un peu de mon intimité à ses dépens. Si elle savait que je n'étais pas Ulysse, elle comprendrait peut-être. Mais je m'en fous, ce qui compte, c'est juste Norah sur fond de Central Park, avec ma air guitar à cordes et des paroles pas brillantes inspirées par madame mono-sourcil. Ca non plus, Norah elle doit pas s'en rendre compte.

L'impro s'arrête. Je m'écroule de rire. Dans un jet de paillettes, mon instrument invisible qui n'a que des cordes, les balais à batterie et le guide disparaissent ou reprennent leur forme normale. J'ai pas trop calculé comment je me suis retrouvé à serrer Norah dans mes bras. C'était la joie, la joie et la camaraderie toute simple.

Je lui ai rendu son corps, j'ai bien réajusté ma casquette et j'ai retiré mes lunettes. Je voulais qu'elle ait un peu de mon vrai regard. Qu'elle sache que j'étais sincèrement heureux et que je partageais son avis: c'est beau et c'est simple.

Je lui ai tendu mon bras pour qu'elle le reprenne. C'était l'heure d'aller visiter ce petit resto étoilé de Manhattant dont elle m'avait parlé:

- On va déjeuner? Lui ai-je fait avec ma tête des grands jours.

J'avais l'estomac qui criait famine.

Nous sommes remontés sur nos terribles vélos à paniers en osier. J'ai encore fait quelques remarques pas folichonnes sur nos montures, en m'empêchant de parler argot pour qu'Ulysse soit un peu moins familier que moi. Sur le chemin, j'explorai encore ma partenaire d'un jour.

Je dois avouer que je ressens à chaque fois une certaine appréhension quand je lui pose des questions parce que j'ai peur qu'ensuite, elle me les retourne et que je me retrouve dans la position où je doive lui mentir. Mais j'ai vraiment envie de connaître Norah. Plutôt que de poser des questions sur sa vie, je lui pose des questions sur les moments de sa vie ou sur comment elle fonctionne, comment elle pense, qui elle est. Comme ça, si mes interrogations m'étaient retournées, j'aurais toujours moyen de trafiquer mais pas de beaucoup.

Je lui demande si elle voyage beaucoup, les pays qu'elle a déjà visité, ses préférés et pourquoi. Je lui demande, sans avoir l'air d'y toucher, si elle vit avec son fils ou si c'est compliqué, c'est à dire, garde partagée et tout le toutim juridique. On se raconte les musiques qu'on aime bien, les derniers films qu'on a vu. C'est pas les mêmes puisque je vais jamais voir de films moldus... mais je devrais. On se fait des jeux du questions-réponses sur des trucs à la con: couleur préférée, pires et meilleurs souvenirs, les plats qu'on déteste et les pires personnes qu'on a déjà rencontrées. Pour moi, c'est un type que j'appelle Fred Dellamico, un soi-disant collègue auquel je refourgue tous les défauts de mon ancien agent, Stefano Dellamico. On parle de notre enfance; Ulysse a passé la sienne en Irlande avant d'aller dans cette magnifique école de sorcellerie qu'est Poudlard. Il a été à Serdaigle et il était fou de Quidditch... tiens, c'est bizarre. C'est au moment où je me mets à parler de Quidditch que l'impression que j'ai déjà vu Norah se réveille de nouveau. A qui me fait-elle penser bon sang?

- Franchement, si tu peux, je ne sais pas trop de nos jours ce que les non sorciers savent exactement des sorciers ou non, mais il faut que tu assistes à un match de Quidditch. C'est le meilleur sport sur Terre. Heuuu avec le football, je rectifie en riant.




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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Re: Et si...   Lun 27 Déc 2010 - 18:39

"Je n'aime pas quand les non-dits prennent le pas sur l'expression des sentiments. Toutes mes fragiles convictions vacillent avec l'envie qui me vient de tout lui avouer. Mon estomac se noue.
Depuis que je suis avec lui je me sens bien. Quand je parlais de simplicité c'était tellement vrai! Un paysage, deux personnes qui s'apprécient, un moment vécu à deux pour un souvenir unique... enfin presque. Un petit pincement torture mon cœur trop lourd. Et c'est le moment qu'il choisit pour libérer sa magie. Ce n'est pas tellement la performance baguette en main qui rayonne de lui, mais ce pour quoi il vit. En se mettant en scène pour mes seuls yeux, il libère Elliot de sa condition d'Ulysse, et là il devient lui-même magique. Je l'envie. Plus exactement j'envie ce qu'il dégage. Est-ce que ça m'arrive, ça? Enfin, il est né pour ça, c'est une évidence. Je continue à admirer la simplicité et la sincérité avec lesquelles il arrive à distiller du plaisir dans mon cœur.

Il ne me laisse d'autre choix que de saisir ces baguettes improvisées et jouer avec lui. Je joue pour la première fois depuis trop longtemps."


Elinor jouait du piano. Elle n'avait jamais fait de batterie mais s'y mit avec joie d'autant plus que la rythmique n'était pas très complexe. A plusieurs moment elle reprit les échos de certains mots à la tierce, "Yes you did" et des "OhOhOh" de circonstances. C'était un moment de liberté fabuleuse. Quand tout s'arrêta, elle mit un quart de seconde à le suivre dans son rire car cette privation soudaine l'affecta. Elle considéra qu'elle venait de vivre un instant rare et privilégié, se mit à sourire, toute timide et gênée de sa réaction. Tout retomba, l'ambiance, les métamorphoses, le silence.

Norah se retrouva au chaud dans les bras d'Ulysse et se mit à rougir, accompagnant ainsi sa néotimidité de tout l'artifice girlish qui se respecte. Dans son regard il y avait toujours autant de gêne alors que dans celui de son camarade ne régnait que l'ivresse de l'instant. C'est alors que son estomac cria famine.

- Allons manger, oui. Je meurs de faim aussi.

Avec ça elle agrippa son bras et partit avec lui sourire aux lèvres tout en pensant à ce que pourrait être la vie de cet homme sans la musique. Pouvait-il seulement exister sans? Il faisait certainement partie de ces gens bénis de Merlin qui avaient découvert ce pour quoi ils étaient faits et qui vivaient pour ça. Norah laissa échapper un soupir en enfourchant son vélo.

Le sport les réchauffèrent, mais les questions d'Ulysse firent monter le rouge aux joues de Norah. Cette fille était incorrigible et trahissait chacune de ses émotions par un comportement physique notable. Incorrigible, certes, mais que dire de la jeune femme qui lui servait de prête nom? Elinor naviguait avec délicice d'habitude dans l'art du mensonge, surtout depuis quelques mois, mais là, elle était totalement déstabilisé par ce personnage qu'elle venait de créer et dont elle louait inconsciemment la sincérité... Elle réussit néanmoins à donner des réponses évasives, tout en lui retournant des questions assez vagues pour qu'il puisse s'en sortir avec facilité et ne pas avoir à lui divulguer quoi que ce soit de sa vraie vie.

- ... J'adore voyager. J'ai pas mal bourlingué, en France principalement. J'adore ce pays, ses monuments. Je suis allée à Cuba aussi, plus récemment... Des voyages, le pont se fit jusqu'à la famille, point plus délicat. Sagement, Elinor laissa Noah caché pour se concentrer que sur son petit Elliot. Une frange de vérité éclata au grand jour. Comment pourrait-il connaître le petit Elliot Derwent? Mon fils, je l'ai adopté. Il a quatre ans et s'appelle Elliot. Sa mère était ma meilleure amie et me l'a confié juste avant de mourir. Son père était déjà décédé. Ce n'est pas évident tous les jours... souffla-t-elle en pensant également à Noah. Je pense qu'il manque d'un père et je me demande bien j'arrive à faire une bonne mère... Interrogations d'une affligeante banalité...

Elle continua à l'écouter parler de son enfance, en ce demandant intriguée si c'était vraiment la sienne. A sont tour elle lui dévoila tout l'amour qu'elle avait reçu petite, de son enfance londonienne, en n'y mettant que des généralités. Et puis il parla de quidditch la culpabilité regagna Elinor. Elle avait été gardienne à Serpentard, plutôt bonne joueuse... Et s'il remettait un nom sur ce visage? Elle en écarta la possibilité en se disant que ses performances n'étaient quand même pas restées dans les annales.

- Bien, je vois que je commence à avoir de l'influence sur toi! s'exclama-t-elle en riant avec lui et éludant toute réponse de sa part.

Un taxi les emmena loin du parc de leur aventure vers Manhattan. Le palace où résidait Elinor n'était pas très loin du restaurant. Elle estima qu'elle pourrait rentrer à pied s'ils restaient dans le coin. La jeune femme régla la course et se dirigea vers une vitrée où elle s'engouffra la première, évitant que les premiers regards des clients ne se dirigent vers Elliot. On les emmena dans un petit coin tranquille, à l'abri des regards. Fort heureusement, le personnel de l'établissement avait du métier et de la discrétion. Avec eux, elle pensa que la célébrité de son compagnon ne serait pas un handicap. La table était sobre mais sophistiquée et mise avec goût, comme le reste du cadre: dorures, meubles rafinés, couleurs chatoyantes, le tout donnait une ambiance cosie tout à fait classieuse dans laquelle les deux jeunes gens détonnaient par leur accoutrement de touriste.

- Je suis contente de manger ici. J'ai l'habitude d'aller dans les meilleurs restaurants des lieux que je visite. Je les sélectionne toujours sur internet avant de partir... Euh, vous autres sorciers vous savez ce que c'est un ordinateur, non? Enfin bref, je fais en sorte de toujours choisir avant de partir comme je disais.

Un serveur leur apporta la carte et leur annonça les suggestions du chef et les vins assortis, puis il regagna l'office, laissant les deux jeunes gens faire leur choix. Quitte à se faire plaisir, Elinor opta pour le menu dégustation du Chef. Là, pas question de choix, il s'agissait d'un menu surprise composé des spécialités du Chef avec les vins les plus appropriés servis au verre. Elinor passa les deux commandes et apéritifs avant de reporter son attention sur Ulysse.

- Es-tu gastronome Ulysse? Je t'ai emmené ici sans vraiment te laisser le choix. Je ne voudrais pas que tu sois mal à l'aise.

Elle le scruta de son meilleur regard d'avocate en plein interrogatoire lorsque le maître d'hôtel vint à leur rencontre plein de déférence et de manières plus pompeuses les unes que les autres, le tout s'ajoutant à un costume strict tiré à quatre épingles. De fines moustaches recourbées à leur extrémité et gominées conscienceusement parachevaient ce tableau si atypique.

- Je vous prie de bien vouloir m'excuser messieurs dames. Pour le genre de clientèle que vous représentez, nous avons une salle à disposition à l'étage, à l'abri des regards et sollicitations indiscrètes... Si vous le souhaitez, nous pouvons vous y installer. Nous sommes absolument confus de ne pas vous y avoir placés dès votre arrivée et le Chef vous présente ses plus plates excuses.

Un silence confus suivit immédiatement ses paroles et Elinor ne sut comment renverser la situation sans trahir leur petit jeu. Elle lança un regard énigmatique à Elliot, le suppliant mentalement de trouver une solution à cette situation embarrassante.
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Elliot O'Malley
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MessageSujet: Re: Et si...   Sam 22 Jan 2011 - 23:01

De toute façon, je n’avais rien pigé au français... même traduit, le nom des plats ne me disait absolument rien alors le menu dégustation du chef était aussi bien. Depuis quelques années maintenant, et suite à une mitoyenneté régulière avec le phénomène Jackersson, j’étais habitué à ce genre de lieux où les menus ne présentaient les prix que sur les cartes des messieurs.
En arrivant devant la façade, je dois avouer que j’ai ressenti comme une certaine hantise.
Pas vis-à-vis de la bouffe qui serait immanquablement délicieuse mais en raison des souvenirs liés à ce genre d’établissements.

Je me serais bien vu dans un rustique resto italien, un poil plus populaire, où on bouffe sur le coin d’une table, où la nappe est en papier et où, le plat de pâtes qu’on t’apporte, tu sais pertinemment qu’il y en a trop et que tu le finiras jamais, même si on te laisse trois heures devant ton assiette. La proprio, une grosse mama brune aux cheveux grisonnant, fait la cuisinière et la serveuse, sa fille, belle comme un cliché de cinémagik rital, est aussi ravissante que la mère est repoussante. On se demande comment l’une a pu enfanter l’autre. La jeune femme aide la mama au service et sait répondre à la clientèle habituée qui se montre toujours un peu mielleuse avec elle.
L’odeur de sauce tomate et de vieille huile se répand dans toute la pièce. Il fait trop chaud, ils mettent toujours le chauffage à fond et les fourneaux sont mal isolés malgré un petit ventilo qui tourne 365 jours sur 365, quel que soit le temps.
Évidemment, il y aurait eu le padre, assis à une table du fond avec ses copains du quartier, des vieilles racailles dont les parents fabriquaient de l’alcool dans les soubassements du resto dans les années 20, pendant la prohibition. Ils jouent aux cartes, ils tchatchent en italien, on dirait qu’ils se bastonnent mais ce n’est que leur façon de parler. C’est animé et bruyant. On s’entend plus dans ce genre de resto mais on y mange gras, on y mange bien, on y mange heureux et simple.

Mais il y aurait eu un bémol de taille... alors ma hantise et mes regrets s’effacent et laissent la place au plaisir de la promenade gustative à venir.

Le bémol, c’est que le resto de mes rêves, populos à donf, c’est le resto où la télévision ou la radio tournent en boucle. C’est le resto où t’as toujours un vieux grincheux qui lit son journal face à son plat de pastas, un resto où t’as une tablée de djeun’s qui viennent tout le temps manger à l’œil parce que, la mama, elle les a vu grandir, elle les aime comme ses propres gosses et les engueule pareil. D’ailleurs, elle les trouve toujours trop maigres: "Ma qué! Rico, ta mère elle te nourrie plus ou quoi! C’est quoi ces jambes! On f’rait pas tenir deux hirondelles sur tes genoux sans qu’ils se plient dans l’autre sens. Mange, fils! Et arrête de regarder ma fille comme ça!"
Depuis qu’ils sont mômes, ils ont une ardoise qu’ils pourront jamais payer même s’ils travaillaient jusqu’à 150 ans. Ce sont des jeunes qui amènent la fraîcheur et les divertissements de leurs âges. Ils parlent du dernier concert où ils sont allés, ils rêvent en grand de choses qu’ils pourront jamais vivre et qu’ils ont été piocher dans la presse poisseuse de chez la coiffeuse ou des couv' de magazines qui s’étalent sur les établis des buralistes.
Dans ce resto que j’aurais aimé, pas de musique de fond lounge ou classique. Une télé ou une radio, sur fond de tintement de verrerie et de vaisselle manipulée dans la cuisine (bien trop proche de la salle) par un jeune plongeur qui se tape en secret la fille de la patronne.
Une télé ou une radio où, en ce moment, mes titres passent en boucle parce que le concert de demain soir est énorme et que mon nouvel agent veille à la promo.
Un resto italien comme j’aime mais où ma sale tête aurait été démasquée en trois secondes. L’évènement du quartier. Des gens sympa mais vite étouffants. Ils auraient fait tomber le masque trop vite, ça n’aurait pas été méchant mais Norah... elle aurait compris que je lui ai menti or j’aurais aimé être le premier et le seul à lui révéler la vérité en temps voulu.

J’ai souris un peu amer en entrant. C’était la meilleure barricade de la ville, ce genre d’établissements. C’était la raison pour laquelle les célébrités aimaient ces endroits. Ils étaient hors de portée du populaire. C’était horriblement apaisant d’être coupé du monde pendant un instant. Le personnel veillait toujours à ce que notre tranquillité soit respectée. Souvent, ils en faisaient des tonnes mais c’était pour séduire la clientèle. Les prix étaient exagérément hauts pour repousser les bourses qui n'auraient pu s'offrir ce genre de service... qui n'en avaient pas besoin. Discrimination par l'argent. Chacun dans ses petites bulles et on n'en parle plus.


Je détestais ces endroits. Je me cloitrais plus volontiers dans la villa où au palace de la Licorne. J’avoue, c’était pas mieux... mais c’était ma façon à moi d’avoir la paix.

Jay raffolait de ces endroits. Pourtant, elle préférait qu’on la voie plutôt qu’on l’ignore. Elle ne les aimait pas parce qu’on y était tranquille et que, une carte sans les prix pour la fille, c’était le prix à payer pour bénéficier de cette tranquillité et de cette qualité. Elle les aimait justement pour la qualité du service et l’impression de vivre à rebours ses rêves de princesse, ses rêves de petite fille où tout le monde est à ses pieds.

Il y avait toujours un vieux riche ringard qui venait pour nous dire que leur fille avait adoré notre film ou qu’il serait ravi de nous avoir à dîner. J’en avais super raz le bol de dîner plus souvent chez les autres que chez moi.

En tout cas, je suis entré dans ce resto avec Norah et j’ai pas tiqué longtemps.
Je devais me faire une raison et ce choix accidentel était le meilleur qu’elle aurait pu faire.
Toutefois, le plaisir de l’anonymat déguisé ne dura pas longtemps.


Le maître d’hôtel rapplique comme s’il venait de se rendre compte qu’un doxy flottait dans la soupe.

♠ Là, c’est la bouse! ♠

Je suis resté comme un con au début. Un peu paralysé par la soudaineté de son intervention. Je l’avais pas pu venir. J’ai pas été très spontané dans mon mensonge mais je suis parvenu à m’en sortir... enfin je crois.

Ca servait à rien de batailler avec monsieur moustache, il avait l’air d’avoir une super conscience professionnelle. J’aurais pu lui jeter un petit maléfice de confusion par-dessous la table mais le temps de retard que j’avais eu sur son intervention était devenu trop large, et ma gêne était quant à elle trop évidente pour que je réussisse à justifier l'utilisation de ma baguette sans éveiller les soupçons de Norah. J'étais Serdaigle, il fallait que je me serve de ma tête. En l'occurrence, j'avais l'impression qu'aujourd'hui j'étais plutôt Serpy.

J’ai fini par me descotcher la tronche de troll qui s’était agglutinée sur tous les traits de mon visage et par tourner la tête vers Norah.

Je lui fais des yeux, style "ce mec déraille" (Méfiant), mais je me lève et je tends le bras à Norah pour qu'elle le prenne avec manière afin de jouer le jeu du maître d’hôtel:

- Vous excusez pas, on s’en fout. Mais puisque vous le proposez de manière si charmante, on va y aller dans ce petit carré VIP.

Il fait une petite courbette à la con et se met en marche devant nous pour nous montrer le chemin. En marchant, je me penche à l’oreille de Norah et je lui dis d’un ton espiègle, au bord du rire - mais Merlin seul sait comme, en réalité, je suis affreusement mal à l'aise:

- Je sais pas pour qui il nous prend mais autant en profiter.

Putain de bordel de goule en slip! Comment j’ai eu chaud!
Mais je dois assurer la suite du repas sans que ça se reproduise.

Moustache nous place. Il tire la chaise de Norah et attend qu’elle se soit assise avant de nous demander si tout va bien.

- Ouais, c’est excellent. Il manque juste les apéros qu’on a commandé quand on était sous classés, je lui fais un peu moqueur.

Quitte à faire celui qui profite de la situation, autant le faire bien.
Il me fait une tête, le pauvre Moustache, on dirait que je viens de lui dire que son poisson n’était pas frais. Il s’excuse et se tire fissa vers l’escalier par lequel on est monté pour arriver dans ce petit coin à l’écart du reste du resto. Il attrape notre serveur au vol et fait des gestes tout en retenue mais vachement vénères en nous désignant discrètement, d’un rapide mouvement des yeux en notre direction. A mon avis, il lui remonte les bretelles. Ca me fait rire, alors je ris sans me cacher en regardant Norah:

- T’es cap’? Quelle que soient la ou les personnes pour qui ils nous prennent, on se fait passer pour un couple de stars jusqu’à la fin du repas. S’ils nous gaulent tant pis... sinon, c’est cool, on va être servi comme des rois.

Ils sont plus rapides que des vif d’or pour nous rapporter l’apéro. C’est pas du tout ce que Norah à commandé par contre. C’est une bouteille de Dom Pé'. Le serveur qui arrive est celui qui nous avait placé en bas. Il s’attèle à l’ouverture de la bouteille qu'il nous dit offerte par la maison pour "sa clientèle de luxe". Il a l’air tout miteux. Il me baragouine des excuses et, dans son stress, l’ouverture de la bouteille se fait avec beaucoup de difficulté:

- Je...je... suis désolé monsieur, O’M...

Je le coupe in extremis. D'un coup, il fait 200°C dans mon T-Shirt.

- Mais c’est pas grave! J’essaye d’être joyeux. Et pour tenter de mettre fin à son calvaire - et au mien -, je fais tout pour le congédier:

- Laissez-moi faire... Je vais l’ouvrir cette bouteille.

Je me lève sous ses yeux effarés. Il guette la réaction du maître d’hôtel, un peu plus loin dans la salle principale, et dont les moustaches sont limite à faire un tour sur elles mêmes à cause de la vapeur qui sort de ses narines. Mon pote Moustache est rouge de colère contre son apprenti. Cool. Une aubaine pour me tirer d’ici sous couvert de vouloir arranger les choses. Je sais pas encore comment je vais faire, mais je vais le faire.

Pour commencer, je joue celui qui se rend compte de sa boulette et je rends sa bouteille au serveur. Mais je reste debout.

- Merde... vous allez vous faire engueuler à cause de ce que je viens de faire, hein?

Je me frotte la tête, emmerdé, mais je rajoute avec complicité:

- Je reviens tout de suite, je vais arranger ça. Excusez-moi, charmante demoiselle, fais-je poliment pour Norah avec un ultra grand sourire de la mort que j'ai appris sur Bad Timing.

Je m’éloigne de notre table, descends l’escalier en bas duquel Moustache fulmine. Quand il me voit me diriger vers lui, il se radoucit mais se penche une nouvelle fois pour amorcer ses excuses. Je l’interromps direct et le force à se redresser et à me regarder droit dans les yeux. Je me mets bien dos à Norah pour que, de là où elle se trouve, elle ne voit pas mon visage. Parce que, faut le dire, dès que je lui ai tourné le dos, c'était fini le sourire à la Bad Timing. Je suis vénère.

J’entraîne Moustache un peu à l’écart mais toujours dans le champ de vision de la mezzanine et de Norah et, entre mes dents serrées, je lui balance, crispé et très rapidement, sans trop délier mes phrases qui sortent comme des missiles:

- Vous me mettez dans une sacrée bouse...

Je l’attrape au col. Nos visages sont à trois centimètres.

- Je suis là en scred... avec la seule personne sur Terre qui sait pas qui je suis alors me gâchez pas le plaisir de l’anonymat! Je suis en train de kiffer, tu comprends! Elle ne sait pas qui je suis et j’veux que ça reste comme ça. Vous êtes très compétent, très sympa, tout ce que vous voulez mais là, non... stop!
- Exc..exc-...excusez-m-m-m-moi, monsieur, O’Malley, je..j-j-j-e...
- Rhaaa, je vous en prie. C’est pas grave, me retins-je de lui crier dessus une nouvelle fois. J’essaye d’être calme mais je parle toujours super vite. Pour l’instant, j’ai réussi à sauver les apparences mais je vais avoir besoin de votre aide puisque vous avez failli tout faire foirer. Vous prévenez votre personnel: qu’importe ce qui arrive, agissez tous comme si j’étais quelqu’un d’autre!...
- M-m-m-m mais qui-qui-qui...?
- Mais qui vous voulez! Un autre sorcier! On s’en fout! - Calmos, Oma. Calme. Tout doux. Je vais re-péter un plombs - Faites comme si vous pensiez que j’étais...
Je m’interromps. Je réfléchis. Je sais pas à qui je ressemble. A Justin Timberlake? Non. Il est plus gros. Bref. Je le regarde comme une évidence.
- A qui je ressemble?
- A Elliot O’Malley...
- Mais non! Tout le monde sauf moi! Humpf
Quel crétin, Merlin! Surprised
- Ah... heu... oui... Je... vous ressemblez à... il semble faire un effort intense en me dévisageant pièce par pièce. Vous ressemblez à Sacha de Lansley! Idée fait-il satisfait avec un eurêka dans le regard.
- Gné! Surprised N’importe quoi! fais-je complètement éberlué, avec la tête du gars à qui vient de trouver la fève alors qu’il a pas du tout envie de s'afficher. Mais la proposition me va. Je ressemble pas du tout à de Lansley mais admettons. Vous agissez comme si j’étais Sacha de Lansley. Vous m’appelez monsieur de Lansley et tout le barda... et je ferai celui qui accepte de se faire passer pour Sacha de Lansley en faisant mine de se jouer de vous. C’est compris?

A sa tête, je vois bien qu’il n’a rien compris mais il a trop peur que je fasse un scandale. Il acquiesce. Je le lâche. Soulagé, il me sourit.

- Et vous engueulez pas le môme à cause de moi... je rajoute en désignant le jeune serveur, c’est pas de sa faute... c’est... c’est uniquement de ma faute, fais-je dépité en me rendant compte de l’ampleur que prend la situation.
- Aucun problème, monsieur de Lansley. Notre établissement est prêt à subvenir à toutes les... originalités des gens de votre classe. Et la demoiselle, qui serait-elle si vous n'êtes pas qui vous êtes censé être?

Je me passe la main sur le visage. C’est n’importe quoi.... qui est-elle? Ben c'est Norah...

- Heu... c'est... je sais pas. C'est qui vous voulez... c'est une anonyme, c'est sa femme, sa maîtresse, on s'en fout Surprised
- Mais sinon qui est-elle?
- Vous flairez le ragot ou quoi? lui fais-je suspicieux.

Il s'offusque.

- Non, c'est pour mieux mentir.
"Mentir". Le mot me noue l'estomac. Je réponds calmement mais un peu sombre.
- C'est juste une copine. N'allez pas convoquer la presse pour dire qu'O'Malley a une nouvelle conquête... sinon Jezabel va m'envoyer des gueulantes pendant trois semaines.
- Je ne sais pas ce qu'est une gueulante mais ce n'est pas le style de l'établissement. Merci pour ces précieuses informations. Je vais en discuter avec votre serveur et veuillez m'excusez une nouvelle fois pour ce malentendu.

Il hoche la tête. Bon... Faut y retourner. Finalement, je crois que Moustache a bien compris mon problème et il a l’air bien décidé à me faire plaisir. La situation l'amuse. Je sens qu’il va falloir que je lâche un putain de pourboire à tout le personnel.

♠ Si je sors de là sans m’être fait gauler, je leur enverrai 1500 G... ♠ me dis-je en soupirant.

Je regagne notre petite mezzanine et je me rassois. Ca m’a donné chaud cette histoire. Je trinque avec Norah, toujours un peu chamboulé par ce qui vient de se passer mais je fais tout mon possible pour continuer de sauver les apparences. Le jeune serveur est reparti depuis un moment. Dès que j'ai quitté Moustache, il s'est fait coincer par lui. Il avait l’air de le briefer. Cool...

- A nous, notre rencontre et aux rêveries d'un jour, fais-je en levant mon verre avant de le boire d’une traite.

Je m’étais promis de plus boire d’alcool mais, là, c’est ça ou je me pends à la rampe du resto.

Je me ressers et bois le second plus tranquillement. Le stress retombe. Je souris à Norah et je lui explique... enfin,
je lui mens...

- Moustache était prêt à virer le serveur juste parce qu’il m’a laissé ouvrir la bouteille. Ca déconne pas dans ce resto. Mais tout est arrangé.

Je termine à peine de parler que le serveur arrive presque aussitôt avec des émulsions de je-ne-saurais-jamais-quoi, annoncée avec un français parfait. Il dépose les plats devant nous en commentant d’un air très détendu:

- Les émulsions surprises du Chef. Mademoiselle.... (Il dépose le plat de Norah devant elle, avant le mien). Et, voici pour vous, monsieur de Lansley... émulsion de homard à la maraîchère, sans coriandre, comme demandé.

Bon... la bonne nouvelle, c’est que le petit est bien briefé. La mauvaise, c'est que j'ai failli m'étouffer avec ma gorgée de Champagne en l'entendant m'appeler "de Lansley" avec un naturel déconcertant. Je bave le Champ' dans mon assiette. Pour réparer les dommages et m'essuyer, je prends ma serviette et profite de me cacher derrière pour lui faire une grimace qui veut dire "dis, t'en fais des tonnes là, calmos, loulou". Ca fait très bizarre de se faire appeler de Lansley... comme si ce fugitif hors pair allait se la couler douce dans le premier resto cosy de New-York...
A la pensée de Sacha, j'ai de nouveau ce flash chelou. Ce sentiment bizarre de déjà vu lorsque je regarde Norah.

♠ Ulysse, Sacha... et après Seth? Aujourd’hui, je suis tous mes amis. ♠

Je souris à Norah dès que le serveur est parti:

- Bon... Ben maintenant on sait pour qui ils me prenaient, fais-je innocemment. Ange




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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Re: Et si...   Dim 20 Mar 2011 - 16:09

Seul un "Cap" sortit de sa fine bouche. Pour tout le reste de la scène elle fut reléguée au rang de spectatrice d'une mauvaise farce. A nouveau la culpabilité se faisait sentir, et cette fois-ci, elle concernait tout et tout le monde. Elle le regarda partir avec soulagement, en plaignant dans son for intérieur le garçon qui allait se faire tancer par sa hiérarchie et notamment Moustache. La lividité qui s'était emparée de son visage lui tordit l'estomac. Elle était l'instigatrice de tout ça, et avait provoqué une enchaînement de conséquences qui n'était pas sans la perturber.

Finalement elle savoura ce moment de solitude et fit le point avec Norah comme si elle était assise en face d'elle.

- C'était une journée de dingue.

Passer la journée avec une star mondiale, c'est dingue. Que cette star ne se doute pas que vous l'avez reconnue, c'est dingue. De protéger cette star pour protéger sa rêverie d'un jour, c'est dingue. Ce qui est réel, c'est que cette situation ne pouvait pas durer éternellement et qu'elle allait recevoir le retour de bâton sans trop tarder. Elliot allait-il en avoir marre de cette Norah et la virer dès la porte franchie? Son esprit se mit à divaguer jusqu'à visualiser son double face à elle... Norah lui sourit, avec franchise et reconnaissance, comme si son inconscient la remerciait... Elinor ne fut même pas surprise de cette apparition.

- Je crois qu'on peut dire ça.
- Mais vous, enfin toi, tu l'as reconnue à la star?
- Jusqu'à preuve du contraire je suis une émanation de ton cerveau tordu... Miss Redgrave. Je suis toi, tu es moi sans vraiment que j'existe et tu le sais? Alors pourquoi cette question absurde? Et pourquoi parler avec ton esprit?
- Aucun doute, tu es bien moi...
- A une nuance près. Je suis le toi que tu aimerais être. Je suis le toi que tu fantasmes depuis trop longtemps.
- Comment ça?
- Je suis avocate et mère. tu n'as rien modifié de ça de ta vie. Donc les bases sont les mêmes. Je suis souriante, compréhensive, joviale, toujours de bonne humeur. La bonne copine sympa... et hétéro.
- J'ai jamais dit que tu l'étais. répliqua-t-elle en froçant les sourcils.
- Ah oui? Est-ce que tu as laissé entendre le contraire à Ulysse?
- Non.
- Ah!
- A quoi ça rime?
- Hey, oh, je ne suis que ton inconscient moi!
- Et je suis en train de te parler ... répondit l'autre en souriant.
- Je me suis beaucoup amusée aujourd'hui, donc toi aussi.
- Oui.
- Alors arrête avec tes et si, et si... Arrête de te remettre en question.
- Mais j'ai fait des progrès!
- C'est vrai, et en premier grâce à Sacha! Vis ta vie. Je te laisse, il arrive... Elle lui fit un clin d'oeil et son image s'évapora dans l'ambiance feutrée du restaurant...

Elliot revint s'asseoir à la table l'air plutôt serein. Elle ne le quitta pas des yeux et lui sourit.

- A nous, notre rencontre et aux rêveries d'un jour!
- Aux rêveries... et à la vie.

Elle l'écouta parler, s'empêtrer dans ses explications, menton posé dans la paume de sa main, perdue dans ses yeux. Seul le serveur put l'arrêter. Elle se laissa servir les yeux brillants devant ce plat qui réveilla son estomac. L'eau lui vint à la bouche, titillant ses papilles... depuis le temps qu'elle en rêvait de ce restau... Elle prit une gorgée du précieux liquide pour se rincer le palais, mais elle le garda en bouche et profita de chaque note aromatique... Un pur délice... jusqu'à ce que...

- monsieur de Lansley...

Le millésime fit un drôle de parcours, quitta sa bouche pour décaper ses sinus, mais préféra ne pas sortir, évitant ainsi à la jeune femme une petite humiliation. Il redescendit dans sa gorge et termina sa course dans son estomac, laissant les yeux brillants à Elinor, satisfaite de ne pas avoir tout recraché sur ce pauvre garçon.

- Bon... Ben maintenant on sait pour qui ils me prenaient

"Non tu n'es pas Elinor, non tu n'es pas Elinor, non tu n'es pas Elinor..." la phrase tourna en boucle dans sa tête pour mieux se convaincre de ne pas sortir une vacherie... Au prix d'un effort surhumain ( le second en quelques secondes), elle réussit à donner une réplique crédible, ne laissant pas du tout percevoir les sentiments qu'elle avait envers...

- Je suis flattée. Ils doivent sans doute me prendre pour Charlotte Léonhart! Tu te rends compte! Une actrice d'une telle importance! C'est fou ça ! finit-elle avec une lueur de malice dans le regard.

Le repas se termina dans la joie et la bonne humeur. L'ensemble du personnel joua la comédie à la perfection, tout comme les deux convives. La conversation prit des allures de banalité affligeante satisfaisant pourtant au mieux Ulysse et Norah. Pour peu les passants auraient pu entendre leurs éclats de rire filer dans les rues et les habiter de leur gaité. Une fois le digestif avalé, Elinor se leva à regret et régla l'addition comme elle l'avait promis. C'était le moins qu'elle pouvait faire. Moustache les abreuva de compliments et se répandit encore en excuses pour sa méprise du début de soirée. Qui sait ce qu'il avait déjà dû faire pour satisfaire les exigeances d'une star? Eliot n'avait peut-être pas été le plus excentrique.

Une fois sur le trottoir, l'atmosphère se fit chargea de non-dits et de regrets. Elinor posa son regard sur ses chaussures et fourra ses mains dans ses poches, ne sachant comment entamer la conversation. C'était le moment ou jamais... "C'est le moment ou jamais." C'était le moment ou jamais. "Allez vas-y." Si elle ne le faisait pas...

- Hum... Je ne sais pas trop comment dire ça mais...


Dernière édition par Elinor Redgrave le Sam 26 Mar 2011 - 13:41, édité 3 fois
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Elliot O'Malley
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MessageSujet: Re: Et si...   Mar 22 Mar 2011 - 15:09

Je ne sais pas ce qu’elle s’apprêtait à me dire mais son visage était grave - et emmerdé - et je ne crois pas que j’avais envie d’entendre ce qu’elle allait me dire. J’étais heureux et aveugle. J’ai décidé d’être heureux et aveugle pour de bon, même si au cours du repas plusieurs indices idiots, combinés à mon intuition, m’avaient bel et bien alerté que quelque chose n’allait pas comme il aurait fallu. Quelque chose n’était pas comme ça aurait dû l’être...
Ce n’était pas à dire que ça aurait dû être pire ou mieux, j’avais passé un excellent moment et tout paraissait tellement à sa place! J’avais pas envie de plus. J’avais pas besoin de plus ou d’autre chose. Si l’heure ne tournait pas pour me jeter inexorablement dans les bras de mon agent et que me faire appeler "monsieur de Lansley" à tout va n’avait pas fini par m’exaspérer, j’aurais pu rester des heures pendu aux lèvres et aux sourires de Norah. C’était agréable. C'était naturel comme tous les autres instants passé avec elle aujourd'hui. Un truc chez elle m’avait mis à l’aise dès le début, malgré ce
petit quelque chose récurrent et que je ne parvenais pas à identifier. Un petit quelque chose qui planait au-dessus de nous. Au-delà mon mensonge à moi...

J'ai commencé à gamberger... me mentait-elle aussi?
J'ai eu envie de me protéger. Arrêter le cramage de neurones. Non, non, non, je ne voulais pas y penser. Je voulais continuer d’être aveugle et ignorant et heureux. C’était si confortable d’être à elle, à la merci de rien d’autre que d’une blague, une question innocente, un sourire parfait, un sarcasme bienvenu. Tout était parfait et je tenais à ce que ça le reste. C'était kiffant la vie dans le monde des si. Pas le courage de me décourager.

♠ Laisse-moi être Ulysse jusqu’à la dernière minute, priaient mes yeux.

[i]Je voulais tellement qu’elle se taise, qu'elle ne me dise pas ce qui ce cachait derrière ce début de phrase et ce regard bizarre. Je voulais pas qu’elle élucide le mystère de ce drôle de truc qui planait au-dessus de nous.
J’avais plus le cœur à lui dire que je n'étais pas qui j'avais prétendu être. J'avais pas la force de lire la déception dans son regard.

Dans ses yeux, là, tout de suite, on dirait qu’elle comprend et qu’elle ressent mes dilemmes. Comment fait-elle?
Je le sais au fond, comment elle fait. Mais c’est pas grave... je fais le sourd, l’aveugle, le handicapé de la réalité. Je veux encore un peu, juste un petit peu, rester personne, l’Ulysse de Norah. Et qu’elle soit la Norah d’Ulysse.

"Ne parle pas, ne dis rien, Norah" lui conjurent mes yeux et mon sourire un peu amer.

Je sais pas comment ma main se retrouve sur sa taille, je comprends pas comment je peux me laisser aller à attirer cette taille contre moi. Son buste suit l’élan insufflé et, jusqu’au bout de sa nuque qui se raidit sous mes doigts, tout Norah est contre moi. Nos bouches se disent adieu. C’est mieux que la vérité un baiser. C’est un merci, c’est une poussée de désir, c’est un vol qualifié de sensualité... si Norah devait me faire appeler à la barre pour témoigner, j’avouerai tout : « je te kiffe, Norah. Quoi qu’il arrive désormais, qui que tu sois et quoi que je devienne à tes yeux après, maintenant, à l’instant, je te kiffe et j’aimerais être l’infini pour rester plus longtemps dans ce baiser. »

Comme je suis incapable de domestiquer mon désir et mon besoin de me noyer dans le point final de notre rêverie en duo, je préfère m’écarter.

Elle recule aussi, doucement, sans brusquerie, certainement inconsciente de l'envie soudaine qui m'a embrasé et que je plie en quatre pour la cacher dans le fond de mon corps. Elle me regarde comme si je venais de descendre d’une soucoupe volante. Elle recule d'un autre pas, hésitant... ses yeux me disent des trucs que je comprends pas. Je voudrais qu'elle dise quelque chose et je voudrais qu'elle ne parle surtout pas. Je ne sais plus bien ce que je veux. Tout et son contraire, ça n'a jamais été très possible. Peut-être que j'aimerais lire dans ses pensées pour le deviner sans le lui dire et sans qu'elle sache que je sais ce qu'elle essaye de me dire… mais je ne sais rien. Je lis pas dans les pensées, ni dans les yeux. Le langage non verbal féminin est trop, trop compliqué.

On se résigne. Elle me soulage d'un mince sourire abandonné au coin de ma bouche. Elle me remercie d'un clignement chaleureux des paupières. Je comprends pas pourquoi elle dit merci des yeux. Je comprends pas ce qui la stresse… je ne cherche plus vraiment à comprendre. Je suis obstiné. Il vaut mieux ne pas savoir, me dis-je encore et encore. Je suis obstiné et encore distrait par le baiser.
Ses lèvres ont répondu à l'appel, ai-je remarqué. Pas comme un "j'en veux plus. Encore plus. Allonge-toi là sur le trottoir, Ulysse, et envoyons-nous en l'air comme des hippies, ça sera super chouette". Plutôt comme un "adieu, je suis désolée".
Je sens qu’elle va partir en courant, après ce deuxième pas en arrière... je pourrais l’arrêter, l’empêcher de s’enfuir... je devine qu’elle va partir quelques secondes à peine avant qu’elle parte... mais je la laisse s’envoler.

J’ai pas la force, j’ai pas le droit de la retenir.
Je peux rien lui promettre parce que tout a commencé sur un mensonge.

Elle disparait au coin de la rue.
Mon sourire et le goût de Norah restent figés sur mes lèvres.

J’enfonce mes mains dans mes poches. Demi-tour. Mon hôtel.

Retour des lunettes noires, capuche sur le ciboulot. Demain les premières répètes. Ce soir les premières interviews. La vie reprend sa course.

Je marche d’un pas pressé, je suis sur le point de regretter de ne pas lui avoir couru après. Mais la vie c'est pas un film. On a jamais la fille à la fin. On se galoche pas sur un "happy end" en technicolor.

Arrivé à l'hôtel, j’emprunte la porte de service des cuisines car l’entrée a été prise d’assaut par les fans américains qui campent derrière les barrières installées depuis mon arrivée. Des flics, sans doute appelé par le directeur du palace, veillent à ce qu'aucun ne franchissent les rubalises. Ascenseur. Soixante-deuxième étage. Ca me laisse le temps de m'impatienter. J'hésite six fois à rebrousser chemin pour retourner au restaurent et interroger Moustache.
Je ne tiens plus en place mais arrivé aux alentours des étages 40, je me calme. J'abandonne mon caprice (mais je ne l'oublie pas).

Je suis pressé d’être dans ma chambre. Arrivé dans la suite squattée par les musiciens et mon nouvel agent artistique, je me dirige vers ma chambre, vers mon lit.

- Salut Elliot! T'étais où?
- C'est quoi cette biffe? T'as fait le touriste, se moque Alex en voyant le sweat que Norah m'a acheté.

Je ne réponds pas.
Ils n'insistent pas, se jettent des regards entre eux en me laissant m'enfuir vers ma chambre dont je claque la porte.

Allongé sur mon pieu, le regard qui parcourt le plafond à la recherche du visage de Norah, je rêvasse. J'y revois le film de la journée et je colmate sur des images de vélo de grand-mère à panier débile, de muraille en pierre du belvédère, de concert improvisé sur les vibes des feuillages d'automne, de course poursuite dans le métro, de disques volés, de sweat et de casquette I Love NYC, de resto. D'un baiser d'adieu.

Chouette journée.
Pendant les trois jours de répétition et les concerts, je vais tout oublier pour me concentrer sur le boulot.

Mais le lendemain, avant le début des répétitions, je me réveillerai avant les autres, aux aurores. Je ferai parvenir le dédommagement prévu au resto. Ca me bouffera toute la journée. Je finirai par m’y rendre moi-même en fin de journée.

Moustache sera étonné de me voir. Il me remerciera pour le large pourboire envoyé dans la marinée. Je l'aurais interrompu avant la phrase suivante.



Epilogue ~ Et après?




- Vous savez, la fille avec qui j’étais hier... c’était pas Charlotte de Lansley.

Moustache est en train d’aider son personnel à dresser les tables pour le service du soir. J'ai une émission dans une heure avec le reste du groupe. La voiture attend devant le restau. Dedans, mon agent, le prod et les musiciens attendent sans trop comprendre quelle mouche m'a piqué:

- Magne-toi, Elliot, on va être à la bourre sinon, m'explique Ravina.


- Sauf votre respect, Monsieur O'Malley, je sais que ce n’était pas Charlotte de Lansley... et vous n’étiez pas Sacha de Lansley non plus, croit-il heureux de se foutre de ma gueule.

Je garde mon sang froid. Je me fous devant lui, entre la table suivante et la paire de couverts qu’il tient. Je dois avoir l’air fortissimo grave et dolcissimo bouillonnant. Comme si c’était une question de vie ou de mort mais que je comprenais que c'était pas la peine de casser la gueule au maître d'hôtel pour autant.

- C’était qui? Elle est revenue depuis hier? Vous l’aviez déjà vu?

Le maître d’hôtel ne sait pas si je perds la boule ou si je me moque de lui. Il a l’air épuisé par tous ces "caprices de star" doit-il penser, mais il garde lui aussi son sang froid. Il me contourne sobrement et va à la table qu'il doit redresser:

- Vous autres, européens, vous avez parfois des mœurs étranges, commente-t-il dans sa barbe en pensant que je n'ai rien entendu. Comment pourrais-je connaître une femme que vous-mêmes ne sembliez pas connaître? Elle n’est pas revenue.
- Si elle revient, dites-lui qui je suis... que je suis désolé de lui avoir menti. Dites lui que j’ai envie de la revoir. Je dois la revoir, vous comprenez... si elle passe, dites-lui juste de... de... de rien... Laissez tomber.

Sous les yeux éberlués de Moustache je ressors, grimpe dans la Limo qui démarre aussitôt. Ma tentative de retrouver Norah est vaine et stupide. Ainsi seront aussi les suivantes. Vaines et stupides. Je suis trop con. Comment je vais la retrouver au milieu de six milliards d'êtres humains? Depuis ce jour, je n'ai pas faibli. Je suis déterminé à la retrouver pour m'excuser en personne et savoir ce qu'elle était sur le point de me dire avant que je l'interrompe. J'y pense tout le temps. J'aurais voulu savoir.




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