Forum de jeu de rôle par écriture alternée sur le thème de l'univers magique de Harry Potter de JKR pour adulte et jeunes adultes
 
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 Et si...

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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Et si...   Mar 26 Oct - 8:49

"La plus parfaite des vies devrait satisfaire l'exigence de ne point connaître le regret. Une vie lambda a su composer avec quelques regrets et suivre bon an mal an les chemins tortueux en découlant. Une vie inutile n'est qu'une enfilade de regrets qu'on ne peut dépasser pour aller de l'avant.
Est-il possible de changer? Peut-on passer de l'une à l'autre? La vie permet-elle de bifurquer?
J'ose croire depuis longtemps qu'on est le produit de nos choix, voire de notre capacité à faire des choix, que ceux qui sont incapables d'en faire sont de ceux qui subissent la vie sans la vivre à la brûler. Mais quand on est privé contre nous de la capacité de décider, qu'on n'a plus le droit de vouloir, peut-on dire qu'on est encore soi? A-t-on encore une existence propre? Vit-on?..."


La bille du stylo s'arrêta de rouler lorsque la jeune femme leva les yeux sur l'océan de verdure qui l'entourait.

Elinor était assise en tailleur sur un banc en bois rongé par l'âge et les gravures laissées par les adolescents en mal d'amour. A côté d'elle un écureuil grignottait les restes d'un gâteau en toute quiétude. Central Park respirait de vie et de paix en ce matin automnal. Les animaux entamaient leur routine quotidienne et les joggeurs familiers se croisaient souriants, satisfaits de retrouver les points habituels de leur ronde. Certains se saluaient en parlant, d'autres d'un simple signe de tête.

Cela ne faisait que deux jours qu'elle était à New-York et cette ville lui semblait être un paradoxe vivant. LA ville d'Antarès, haut lieu d'Opposition, de règne sans partage, de violence... et voir ce quotidien sans relief, dans toute sa banalité... c'était énorme, une publicité vivante. "Antarès Land: vivez le quotidien tranquille d'une ville ordinaire". C'était effrayant, tellement différent de ce à quoi elle s'attendait bêtement ! Bien sûr tout le monde n'est pas Opposant ici. Ici aussi quand on est différent, il faut fermer sa gueule et filer les droit.

Elle secoua la tête de dépit et ajusta son bonnet gris correctement, puis elle fit de même avec son écharpe assortie. Elle se remit à écrire sur son précieux carnet. Aujourd'hui elle ne plaidait pas et pouvait profiter de sa journée. Depuis quelques temps, elle s'était aperçue que ses plaisirs solitaires de femme moderne étaient en fait constitués en grande partie d'écriture et de nature, rien d'extravagant. A cet instant, elle était servie. Elle continua ainsi à écrire au gré de son spleen pendant un temps indéfini. Quand elle en eut assez, elle ferma son carnet, se laissa glisser sur le banc et ferma les yeux. Seuls le bruissement des feuilles et le bruit sourd des foulées de coureurs sur la terre réussirent à la tenir éveillée pendant quelques temps. Puis elle se laissa aller et s'endormit.



HJ: Je n'attends rien si ce n'est une rencontre. J'aimerais bien avoir le plaisir de poster avec un joueur que je ne connais pas ou avec qui je n'ai jamais posté.


Dernière édition par Elinor Redgrave le Mar 7 Déc - 15:07, édité 1 fois
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Elliot O'Malley
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MessageSujet: Re: Et si...   Mar 26 Oct - 17:28

J'ai pas touché le sol depuis deux heures que j'ai déjà réussi à m'attirer des ennuis. J'ai le syndrome du poisseux. Le type qui choisit toujours la file qui va le plus au ralenti. Le mec pas foutu de faire trois mètres sans s'attirer une crotte de chien sous la semelle, le gars pas frais qui a des cernes comme l'océan indien sous les yeux et qui a confondu, ce matin, avant de prendre l'avion, son dentifrice et sa crème pour hydrater la peau. Sur ce dernier détail, j'enfonce mon micro dans la bouche du premier qui se fout de moi. Ouais, O'Malley se fout de la crème hydratante le matin... je tiens à ma peau, quoi.

A New York, c'est un peu les vacances des lunettes noires. J'ai pas à faire le mariole derrière mes verres fumés parce que les ricains se regardent pas les uns les autres. T'es tranquille, tu peux flâner d'un endroit à l'autre sans qu'on se demande où c'est qu'on a déjà vu ta tronche. Les Paquita sont emmitouflées dans leur manteau, les mecs à valisettes foncent dans le subway pour regagner leur petit appartement blindé et être devant le match de baseball avant les premières pubs, et moi, je glande rien depuis qu'on m'a tiré mon portefeuille à Canal Street, à l'ouest de Chinatown.

J'aurais jamais dû aller chez les niak avec mon Canadagoose à 900$, la Rolex débile que Jay m'a offerte et un Pepe jeans sur les fesses. C'était comme leur crier "braquez-moi, j'ai plein de fric". C'est ce qu'ils ont fait. Je suis sorti de chez le disquaire avec les bras chargés de trésors des années soixante dix. On m'avait conseillé d'aller acheter des médiators et des disques chez un petit disquaire réputé pour sa large collection de 45 tours moldus. Bah, j'en aurais profité même pas trois secondes et ils auront jamais quitté leur sac plastique.
J'ai couru sur un kilomètre mais après j'ai arrêté. J'ai hésité à sortir ma baguette pour les stopper mais comme personne n'avait foncièrement l'air d'avoir envie de m'aider ou d'accepter ma présence dans ce quartier, j'ai pas voulu faire d'esbroufe. C'était que des disques.
Puis j'ai voulu me réchauffer en allant boire un chocolat chaud dans un quartier plus accueillant... en payant, je me suis aperçu qu'on m'avait tiré mon portefeuille dans le métro. Je reprendrai plus le métro ici.
Heureusement, la fille de la patronne m'a reconnu. Elle avait mon dernier CD pour les moldus. Elle a demandé une photo et un autographe en échange du chocolat. Je pouvais pas dire non et pour une fois que la célébrité m'aidait à me sortir d'une galère au lieu de m'enfoncer encore plus dedans, j'allais pas faire l'imbécile.
Avant que le café se transforme en hall de gare, j'ai déguerpi, une quarantaine de flashes plus tard.

Finalement, les moldus m'ont un peu cassé les pieds... et en même temps, c'est plutôt cool. Ca fait du bien d'avoir les mêmes emmerdes que les autres pour une fois. Il m'était pas arrivé un truc aussi stupide et banal depuis des années. Maintenant, quand ma vie craint, elle craint corsé. Elle craint pas qu'à moitié, elle craint comme c'est pas possible de craindre pour une vie. Elle craint l'alcool, elle craint la duperie, elle craint la mort, elle craint la déception et les remises en question, elle craint les premières pages de Voilou où ma vie s'étale sans concession, elle craint les mensonges de la presse et l'Opposition qui m'oppresse. Mais elle craint rarement d'avoir fait tomber un verre de rouge sur son pantalon tout neuf ou de s'être pris un râteau par la plus jolie fille de la soirée. Les petites choses qui énervent mais qui ne sont pas très graves. Tout est devenu si grave dans ma vie... finalement, me faire piquer mon larfeuille, c'est un truc cool. Normal. Reposant.

Je suis pas retourné à l'hôtel après m'être fait détrousser. Il y a des choses à faire sans argent dans une ville aussi grande, des gens à rencontrer, dans un lieu aussi cosmopolite. J'avais pas envie de m'enfermer. Les répétitions commencent demain, j'en ai pour trois jours de dingueries. Aujourd'hui, c'est mon seul temps de repos depuis des semaines et je compte en profiter.

En sortant du subway, je me suis fait accoster par une touriste japonaise qui m'a pris pour un New Yorkais. Elle voulait savoir où se trouvait les deux tours et comment s'y rendre. "Ca a pas sauté ces trucs-là?" j'ai demandé pas très au courant de l'actualité moldue. Ils les avaient peut-être reconstruites entre temps... Elle m'a dit que si, les tours avaient sauté et que ç'avait été un drame. Je voulais bien la croire. Mais non, a-t-elle continué en japanglais, on les avait pas reconstruite. Il y avait autre chose à la place. J'étais pas au courant. Je pouvais même pas dire en quelle année ça s'était passé. Elle m'a regardé comme si je sortais d'hibernation et que j'avais pas vu le monde depuis des lustres, c'est pas faux. Mais elle m'a expliqué gentiment qu'elle voulait aller déposer des fleurs et faire photos. Je savais pas lui répondre mais je l'ai aidé à trouver quelqu'un qui pourrait l'orienter mieux que moi. J'ai vachement pratiqué mon japonais à force d'aller au Japon pour les concerts. Je faisais l'interprète entre elle et le New Yorkais. Je me suis rendu compte que je pouvais suivre une discussion easy. La touriste était épatée. Elle m'a demandé comment j'avais appris la langue. J'ai menti en disant que c'était à force de regarder des mangas à la télé. Ca l'a fait marrer. Pour me remercier, elle m'a filé son guide. Elle m'a dit qu'elle repartait le lendemain et qu'elle comptait pas revenir ici. C'était cadeau. J'ai pris.

J'ai ouvert une page au hasard et j'ai planté mon doigt sur la première ligne qui s'était glissé dessous. C'était écrit central Park. C'était bon ça, un parc. Pas besoin d'argent!

Je suis donc, sans thune, à arpenter les allées de Central de Park. J'observe un peu autour de moi. Tout le monde est dans sa petite vie, ça fait du jogging, ça boit du Starbuck dans des gobelets, ça rit, ça vit.

Je cherche un banc pour lire un peu le guide et trouver des quartiers où j'aurais jamais le temps d'aller. Il y a un banc où une nana au bonnet gris est carrément endormie dessus.
Il y a assez de place pour deux. Je me glisse à côté d'elle sans la réveiller et je commence à feuilleter l'ouvrage.

Soudain, y'a un ballon en plastique qui arrive droit sur nous. Plus particulièrement, sur la femme endormie. Par réflexe, avant qu'elle soit défigurée, je sors ma baguette et je crie:

- Windgardium leviosa!

La balle se met à changer de trajectoire et à flotter dans les airs. Les gosses sont aux anges. Ils 'approchent en observantun peu mieux l'effet de la magie. Ils regardent leur balle qui joue à la soucoupe volante, planant à quelques trente centimètres du visage de la femme à côté de moi. Elle l'a échappé belle. Dans le bric à broc et la confusion, mon guide est tombé par terre.
Les mères, plus flippées, récupères leur progéniture et n'osent pas venir récupérer le ballon:

- On s'en va, Henry, c'est un sorcier...
- Mais c'est chouette, des sorciers! Il dit, Henry.

Je trouve qu'il a raison, Henry, mais c'est sa mère qui gagne. Elle l'emmène loin de moi.
Il tape du pied et râle qu'il veut récupérer son ballon. Sa mère ne cède pas. Henry pleure comme si on lui avait coupé un bras. La mère rougit. Toute l'attention se dirige vers eux.

D'un mouvement de baguette, je fais suivre le ballon auprès de l'enfant qui se trouve déjà à une bonne quarantaine de mètres de nous. Je lui fais un clin d'œil complice. Il arrête de pleurer, récupère son ballon et me fait un petit signe de la main pour dire au revoir. Je le regarde partir, emmené par la mère hystérique d'avoir vu voler une balle. Elle essaye de lui faire jeter le ballon comme si l'objet était devenu une bombe atomique.


♠ J'aurais tellement voulu que Jezabel ne perde pas le bébé... ♠

Aujourd'hui, je serais pas à New York à me geler les doigts de pieds dans un parc si j'avais été papa. Je serais avec ma femme et mon gosse. Je serais pas le même homme.

Je me tourne vers la rescapée pour prendre des nouvelles:

- Ca roule? Je demande de mon incorrigible accent irlandais. Vous avez failli vous refaire faire le portrait par l'apprenti Ronaldo.


♠ C'est chelou, pour une fois, c'est elle qui me rappelle quelqu'un... J'ai une impression de déjà-vue... ♠



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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Re: Et si...   Mer 27 Oct - 10:17

Un cri soudain arracha l'anglaise à son profond sommeil. Sa part consciente reconnut un sort, un des plus simples qu'il soit rectifia son esprit. Le reste de son être ne savait plus où elle était. La dureté des planches la fit définitivement revenir à elle. Le dialogue entre la mère et l'enfant la ramena à sa vie. Elle se redressa immédiatement et découvrit le visage de son sauveur. Le silence s'installa entre eux pendant que la petite famille s'éloigna.

Il est des jours où pour croire à la réalité, le rêve est nécessaire, car quand la réalité prend des allures de rêves, on ne sait plus que croire. La force du rêve, c'est qu'il n'est pas prophétique. En l'occurence, pour tester le moment, faire appel au rêve était un bon moyen de discernement. Tel le ressentit Elinor.

- Si ça avait été Samir Nasri j'aurais rien dit, enfin pour le vrai. Il aurait presque pu m'écraser la face avec ses crampons s'il l'avait voulu. Samir Nasri n'était pas là et n'apparaitrait pas par enchantement au détour d'un tronc d'érable. Elliot, lui, était bien là.

Sa phrase resta suspendue dans les airs.

Cet accent à la forte tonnalité Irlandaise, ce visage, elle les aurait reconnus entre mille mais n'arrivait pas à croire à la réalité de cette présence. Son visage ne laissa rien transparaître de son état. Elliot O'Malley. Enorme, c'était énorme. Son rythme cardiaque s'accéléra comme celui d'une collégienne sous l'effet de surprise réalisée. De près il avait bien la même tête que celle qu'il avait à Poudlard, moins poudrée et sophistiquée que celle qu'il a sur la couverture de ses albums. Une seule chose la déçut: son accoutrement. Elle ne pensait pas qu'il était aussi ostentatoire dans la vraie vie, ce malgré son appartenance au monde du show-business... Mais bon!

Pour une fois Elinor n'essaya ni de réfléchir, ni de s'interroger. Elle laissa le destin s'emmêler dans cette matinée. Pour ne pas qu'il se doute de son trouble, elle préféra poursuivre dans sa fan attitude de football. Oui Elinor était toujours aussi moldue de football, d'Arsenal en particulier, mais non de Fabregas. Son chouchou à elle était français, tout comme ce bon Wenger, c'était Samir Nasri. Malheureusement pour Elliot, elle avait en horreur Ronaldo...

- Excusez-moi, mais je suis une grande fan d'Arsenal, alors, les simagrées de sa sainteté Christiano Ronaldo, j'en ai rien à cirer. Enfin, voilà. Merci pour le coup de baguette quoi, je ne sais pas depuis combien de temps je me suis endormie. elle ponctua sa phrase d'un sourire.

Il était avec elle. A Poudlard ils n'étaient pas de la même promotion. Avait-il, quoi, un, deux ans de moins? Ils ne s'étaient jamais vraiment parlé, juste croisés. Alors quand la célébrité tomba sur O'Malley, elle ne fit pas partie de la horde de filles en furies qui s'inventaient toutes sortes de liens avec lui juste pour se faire mousser et entendre les autres glousser dans leur dos. Elinor avait au moins cette constante: elle restait toujours elle-même. Toujours. Trop même.

Et si? Façon polie de se réinventer en imaginant la vie qu'on aurait pu avoir si et seulement si on avait été autrement ou si on avait fait les bons choix. Pour les enfants, Noah et Elliot comme les autres, la torsion de la réalité pour la faire basculer dans le jeu et l'imaginaire partait d'un vigoureux: "On dirait que...". Et si...

Apparemment il ne l'avait pas reconnue, normal. Inutile de faire revivre Poudlard dans de stériles conversations nostalgiques (ou pas d'ailleurs). C'était une personne privée qui avait droit à son intimité. Elle avait su à 17 ansce que ça faisait quand Voilou, Ici Londres et autres avaient parlé de sa grossesse et de son lien avec Sacha, elle avait morflé. Depuis, jamais plus elle n'avait ouvert un de ces torchons, même dans la salle d'attente de Sainte-Mangouste. Alors voilà. Par respect pour lui, elle avait beau avoir tous ses albums et connaître la plupart de ses chansons par coeur, elle préférait passer pour l'instant pour une ignorante.

Et si Elinor n'était plus Elinor mais une avocate anglaise lambda? On dirait qu'elle s'appellerait Norah, qu'elle aurait bien 22 ans mais qu'elle serait toute autre. Après tout, ils étaient aux Etats-Unis, dans un contexte particulier, et ne se reverraient sans doute jamais. La décision fut prise en une fraction de seconde, elle claqua en l'air pour que s'ouvrent les portes d'une mystérieuse journée.

- Je m'appelle Norah. A qui ai-je l'honneur? lui demanda-t-elle en tendant une main glacée vers lui.
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Elliot O'Malley
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MessageSujet: Re: Et si...   Mer 27 Oct - 12:08

Même si je cherche très loin, je crois pas avoir jamais rencontré une Norah. Elle doit me rappeler quelqu'un comme ça arrive souvent. Je lui tends ma main pour faire poli, pour dire bonjour normalement. Je la serre avec un sourire radieux.
Ensuite, c'est chelou. Juste avant de décliner mon identité, j'ai comme une appréhension qui se transforme petit à petit en fantasme.
Tout me paraît si facile et si authentique que j'ai pas envie de gâcher ça. Un parc, une rencontre fortuite, une main tendue et deux sourires. J'aimerais que ma main reste plantée dans la sienne et que tout s'arrête un moment. Que cette main, toute simple, tendue avec délicatesse dans un acte de politesse des plus basiques, me renvoie dans le passé. Une envie subite de n'être pas moi-même. De revenir en arrière, comme quand j'étais un Serdaigle qui se souciait que ses cours, de ses résultats aux exams, de la fille qu'il allait inviter au bal de fin d'année et de fêter la victoire de son équipe au dernier match de Quidditch.

Je ne veux plus être l'artiste aux lunettes noires, ni ce type chelou que je croise parfois dans le miroir, avec un regard qui se demande s'il a fait les bons choix sans jamais trouver la réponse tant que le jour suivant n'est pas arrivé, et le jour d'après, et le jour encore d'après. Une crainte boulimique de ne jamais comprendre pourquoi et comment j'en suis arrivé là. Si j'ai envie d'être là.

Elle aurait été comment ma putain de vie si j'avais dit à Delamico que, non, faire la première des Bizzar' m'intéressait pas. Si j'avais dit que je préférai rester à Poudlard U pour faire des études supérieures. Que j'avais une copine, que je devais la choyer, que j'avais une famille et que je voulais pas lui faire payer le prix de mes rêves. Mon rêve, c'est quoi après tout? Je sais plus trop...

Et si je changeais de rêve pour une fois. Si ma vie était un songe. Je m'en fous, c'est pas un vrai mensonge... c'est comme si Norah dormait encore sur son banc et que tout à coup à son réveil, elle se retrouvait dans un autre rêve... sans trop le savoir. Je serais un personnage de ce rêve, je serais un Elliot réaménagé... non, pas Elliot... j'en ai assez d'être Elliot.
Je serais ce type habillé trop blingbling, sponsorisé par l'air du temps, à qui on a volé son larfeuille y'a deux heures. Paumé à New York pour une histoire de... de fille... je serais venu d'Irlande pour voir une fille que j'ai aimé mais qui aurait refait sa vie avec un autre. Ca n'aurait pas eu grande importance parce que je me serais déchiré sur les magasins pour me remonter le moral. je serais une sorte de Jezabel au masculin. Ca serait tellement bien d'être insouciant. Ca serait tellement le kiffe que mon seul souci soit d'avoir été trahi par une femme.

Et si je n'étais plus Elliot? Ca changerait cette journée? Elle serait comment la vie de mes rêves aujourd'hui?
J'ai envie d'être mytho, j'ai envie de quitter mes Puma et d'être un quidam qui a une vie normale, loin du bruit, des conneries, de la réalité. Juste une fois, pas longtemps, juste le temps d'ouvrir les paupières et d'être ailleurs... Elle a pas l'air de "m'avoir déjà vu quelque part", ça me donne envie de saisir l'occasion. De toute façon, demain, ma vie nous rattrapa bien assez tôt. Ca ne serait pas un gros mensonge, non, ça serait un petit bond dans une autre dimension...

- Je m'appelle... Ulysse. Enchanté, Norah.

♠ Qu'est-ce que je raconte? Tant pis... Ulysse a fait des grands voyages... ♠


J'espère qu'elle a pas trop relevé l'hésitation. C'est le premier nom qui m'est venu à l'esprit.

Je lâche sa main. Mon sourire se froisse un peu... je m'en veux de lui mentir...

♠ C'est pas un mensonge, Elliot, c'est de l'oxygène. ♠

De toute manière, elle apprendra bien assez tôt qui je suis... alors, peut-être qu'elle comprendra pourquoi j'ai dit n'importe quoi. Peut-être qu'elle me pardonnera et qu'elle saura qu'elle a été mon monde à part, mon royaume du "et si" l'espace d'un après-midi. Elle se dira que j'avais besoin de ça, d'être pas moi pendant quelque temps, de goûter à l'anonymat et de soigner mes incertitudes. Elle saura qu'elle a contribué à une chouette incartade de ma vie, que je lui en suis redevable et que j'ai apprécié, avec sincérité, l'évolution inopinée d'une rencontre dans le monde du si. Une seule minuscule demi-journée. Je demande pas plus.

M'abandonner.

- Je suis là depuis environ dix ou quinze minutes... vous étiez déjà endormie quand je suis venu m'assoir, je lui dis. Quant à Arsenal...

Je ne connaissais qu'un seul nom de joueur de football moldu. Elle doit certainement être moldue si elle aime le foot... Quoique, ça veut rien dire. J'aime le basket et je suis pas moldu. Sur le fait que je suis un sorcier, je ne peux rien altérer puisque j'ai déjà sorti ma baguette. Mais si je devais changer quelque chose dans ma vie, ça serait pas ça. Ca serait tout le reste. De toute manière, je suis tellement sorcier que je pourrais jamais imaginer ce que c'est que d'être moldu. Je gafferai tout le temps. Comme la fois où Fatou m'a demandé de faire du café... j'ai failli tuer sa cafetière.

- Je suis pas très connaisseur du football. Désolé pour le crime de lèse majesté.

Je ramasse mon guide à l'aide de la baguette. Je la range dans mon blouson mais je garde le bouquin dans la main:

- Vous êtes d'ici? Je demande en lui montrant la couverture où c'est écrit "New York for Japonese".




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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Re: Et si...   Lun 8 Nov - 10:11

Cette connivence involontaire avait plongé la jeune fille dans un vent de légèreté infinie auquel le poids de son existence n'avait plus de réalité propre, et vola en éclats.

Ce souffle d'inconnu ouvrit une parenthèse de nouveauté enchantée que la plus puissante magie n'aurait pu égaler, et présenta un éventail de possibilités.

Un soupir faillit s'échapper de sa bouche. Elle parvint à le retenir et à le muer en sourire. Celui-ci s'agrandit à la remarque du dénommé Ulysse sur le football.

- Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas un crime. J'ai une forte tendance à m'emporter dès qu'on me parle de foot. souffla-t-elle en haussant les épaules feignant de s'excuser. Je pensais que mon accent me trahirait comme le vôtre. Vous êtes irlandais n'est-ce pas? Moi je suis anglaise et présente à New-York pour affaire, an english woman in New-York. finit-elle en souriant.

Un troupeau de joggeurs passa devant eux, brisant la magie l'instant, et quelque part, la joie d'Elinor. Une chose la chagrinait et commençait à la faire douter du bien fondé de la légèreté de sa démarche:
l'équation n'était pas identique pour tous les deux car une inconnue faisait défaut à Elliot. Il ne savait pas qu'elle savait qui il était vraiment... Que se passerait-il si jamais il le découvrait? Pourrait-elle noyer le poisson?

Mais il n'y avait pas que ça. Tous les deux avaient à peu près le même âge, c'était assez évident physiquement. Alors, comment allait-elle s'y prendre pour prétendre qu'elle ne le connaissait pas de Poudlard si elle lui avouait être sorcière? Et si elle le lui cachait, comment allait-elle réussir à se priver de magie ? Si un gros morceau de son coeur appartenait au monde moldu, réussirait-elle à se faire passer pour une moldue pur sucre? "Sapristi ! J'ai parlé du coup de baguette ! J'ai parlé du coup de baguette ! Il va se douter de quelque chose, c'est sûr !"Merlin, elle n'avait pas anticipé ça ! Comme quoi, s'inventer une vie, ce n'est pas aussi simple qu'il peut y paraître.

Tout un flot d'interrogations et de difficulté apparurent soudain aux yeux de l'imposteuse. Pour une fois elle refusa de se prendre la tête, et de prendre chacune l'une après l'autre. Ce serait même une des principales caractéristiques de Norah: une bonne humeur perpétuelle, contagieuse, qu'aucun obstacle ne saurait remettre en cause. Elle fit même le choix d'essayer de prendre chacun de ses défauts et de les prendre à contre-pied, ce qui lui semblait difficile mais pas impossible.

- Comment pouvez-vous avoir un guide pour japonais visitant New-York? s'étonna-t-elle en espérant dévier ainsi tout soupçon. Vous êtes plein de mystères Ulysse, à moins que New-York ne soit qu'une escale dans votre Odyssée?

Devant eux, un groupe de touristes passa, suivant une femme replète gesticulant. Autour d'elle, tout le monde semblait saisi d'émotion. La petite femme s'arrêta et désigna un immeuble qui bordait le parc. Certaines personnes sortirent leur appareil pour photographier la bâtiment de loin. Apparemment, leur guide les convainquit d'attendre d'arriver devant l'immeuble.

- Je me demande ce qu'ils vont voir là-bas. Vous avez vu? Ils semblent tous chamboulés par ce que leur raconte cette dame. Je serais curieuse de les rejoindre. Elinor lâcha la petite troupe du regard pour fixer Elliot de ses grands yeux verts. J'ai la journée pour moi. Si ça vous dit de jouer le visiteur lambda, nous pourrions commencer par infiltrer discrètement ce petit comité et voir ce qui se cache derrière cet immeuble qui ne semble pourtant rien avoir d'extraordinaire. Je peux aussi vous inviter à boire un café pour vous remercié d'avoir évité à mon visage d'être tuméfié. A moins que vous ayez déjà plannifié votre journée bien sûr.

Elle n'avait nullement l'intention de le laisser planté là comme ça et d'abandonner son rêve d'évasion l'espace d'une journée, mais elle se devait de lui laisser le choix. Norah était un joli prénom. Elle serait avocate et moldue. Découvrir le reste et voir si elle aurait pu aimer sa vie serait à découvrir, pareillement en ce qui concernait Ulysse pour Elliot. Jouer un personnage, dissimuler sa vie et sa nature, il y avait un certain côté excitant qui faisait refléter à nouveau une certaine joie sur le visage d'Elinor.


Dernière édition par Elinor Redgrave le Dim 14 Nov - 7:57, édité 1 fois
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Elliot O'Malley
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MessageSujet: Re: Et si...   Sam 13 Nov - 21:08

C’est lancé, je ne peux plus reculer. Je suis Ulysse, je suis devenu mon pote Ulysse. Sauf que mon pote Ulysse est un moldu et qu’il est sacrément ridicule en balai. Je suis juste un nom qui cache une vie imaginaire. Je n’ose pas trop pipeauter Norah. D’abord, je suis un piètre menteur. Même si aujourd’hui, là, maintenant, j’ai envie d’être le roi des mytho et de me forger une vie nouvelle et tranquille et normale et sans concert ou autographe, j’ai quand même un petit remord. Ca reste un mensonge.

Elle a l’air si gentil cette Norah que ça me fend le cœur de la mener en bateau. Je me promets que dès que cette journée s’achève, je lui dis moi-même la vérité. Et surtout, je la remercie.

Son idée de jouer les touristes lambda me dit beaucoup.

Elle est anglaise. Je suis irlandais. On est européen. On est des touristes. On fusionnera assez facilement dans le groupe.

Je me lève pour lui montrer physiquement mon assentiment à cette proposition. Ma main tendue vers elle, je l’aide courtoisement à se lever. Je garde bien mon guide de touriste japonais sous le bras mais je range la baguette.

- Go, Norah. C’est une très bonne idée. Moi aussi je veux savoir ce qu’il a d’aussi chouette ce bâtiment tout moche. Et quand nous en aurons marre de marcher, c’est moi qui vous inviterez à boire quelque chose... si le guide est allemand, par contre, on aura l’air de deux idiots. Je maîtrise pas aussi bien l’allemand que le slang...

Nous marchons vers le groupe. En chemin je lui raconte la raison pour laquelle je me suis retrouvé avec un guide japonais. Pas la peine de mythonner, je lui raconte la vraie histoire. La japonaise perdue, les disques volés, le trajet dans le subway et mon portefeuille trouvé par un pickpocket dans ma poche intérieure de blouson. Mince! Mon portefeuille! Je n’ai plus de portefeuille... je ne peux pas l’inviter à boire quoique ce soit... je suis devenu Ulysse le SDF. Bouse!

En même temps, ça n’a pas l’air de la gêner plus que ça que je sois un sorcier. Elle semble même plutôt à l’aise avec le concept. J’ai connu des moldues plus sceptiques.
A la fin de ma narration de l’épique vol de disques et de portefeuille - que je rallonge pour en faire des caisses comme tout mec qui respecte. Là où, dans la réalité, on se fait détrousser par un petit chinois d’un mètre soixante qui court vite, dans ma version masculine, ils étaient dix ninjas, je me suis bien battu mais, quand même, ils étaient dix ninjas. Allez savoir ce que dix ninjas voulaient à ma collection de Van Halen et d’Aerosmith... Je souris assez pour qu’elle comprenne que j’en fais des caisses. Elle ne saura jamais vraiment le fin mot de cette histoire mais on aura bien ri.

- Bon, en gros, finis-je en riant, si on va boire quelque chose quelque part, c’est vous qui m’invitez... c’est trop piteux mais je trouverai le moyen de me racheter.

Quand je lui aurais dit la vérité, je filerai des places de concerts ou je l’inviterai en loge, en backstage ou tout simplement à dîner... sauf si à la fin de la journée je me rends compte qu’elle est relou. Je suis gentil mais pas tarte.

Entre temps, nous sommes arrivés près du groupe. Ce n’est ni de l’allemand ni de l’anglais, c’est de l’espagnol. Super. Je ne parle pas un mot d’espagnol. Ca me fait rire.

Je glisse à l’oreille de Norah que je ne sais dire que "agua por favor"; avec mon accent irlandais, je crois que c’est pire que tout.

- En même temps, si je ferme bien ma bouche, et que je hoche la tête dès que quelqu’un fait "haaa!" ça devrait passer...


J’espère qu’elle parle le spanish pour que je connaisse enfin le secret du bâtiment tout laid.
On se cale dans la masse, je fais des "basta cusì" quand je frôle quelqu'un, sans me douter que c'est italien et pas du tout espagnol et qu'en plus ça ne veut pas du tout dire "excusez moi" mais "c'est assez"/"ça suffit"...
Une drôle d'espagnole au mono-sourcil me dévisage et fait des gros yeux ronds. Ce genre de regard que je connais... c'est le fameux "mais je t'ai déjà vu quelque part, toi..."

♠ Merde! ♠

Elle commence à me dire quelque chose en espagnol et à sortir une feuille de papier et un stylo en gloussant. Son excitation monte. Elle commence à parler fort, trop fort. Des gens se retournent sur nous.
Finalement, je prie pour que Norah comprenne pas un mot d'espagnol. Une autre fille qui accompagne celle qui a un mono-sourcil se met à sautiller et à parler en espagnol. Je fais des "non, non" désespéré de la tête et je répète sans fin "basta cusì", sans imaginer, encore une fois, que cette fois-ci, si c'avait été espagnol, c'était exactement ce que j'aurais voulu leur dire: NON C'EST ASSEZ! RAZ LE BOL! JE ME CASSE!

Je souris maladroitement à Norah en haussant les épaules pour lui montrer que je ne sais pas ce qui leur prend:

- Heu, on va peut-être pas rester... elles sont bizarres,
lui dis-je, en tachant d'éviter son regard. J'ai la tête tournée vers ailleurs, où on ne peut pas lire dans mon regard combien je suis gêné et combien j'ai réellement envie d'être ailleurs.

J'attrape Norah par le coude et je l'éloigne du groupe d'espagnols qui s'est tout retourné quand il a entendu les deux nanas commencer à parler d'Eyot Romali. Heureusement qu'on comprend rien aux espagnols quand ils essaient de parler en anglais. Mais je suis limite, là. Même avec deux "basta cusi" et trois "agua por favor", je peux pas m'en sortir.

Je souris en faisant un grand geste d'au-revoir de la main. On est déjà à deux cent mètres du groupe dans une allée bordée d'arbres et qui conduit vers un petit pont quand je m'arrête de speeder:

- Je suis désolé, je dis à Norah essouflé par notre course, finalement, je préfère visiter juste avec vous...

Je tends mon guide japonais à Norah sans essayer d'expliquer quelle mouche m'a piqué.

- On a toujours un guide japonais. Je comprends mieux le japonais que l'espagnol...

Je dois trop avoir l'air minable. Ca sera plus compliqué que je pensais d'être Ulysse.



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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Re: Et si...   Mar 16 Nov - 12:16

L'écoute de son histoire de ninjas fut entrecoupée de gloussements de sa part. Il ne s'agissait pas de gloussements niais pouvant accompagner deux pouffements de pétasses de base en transe à la sortie d'un hôtel. Elle était heureuse car cette récurrence dans l'emphase masculine lui manquait quelque part. L'influence masculine dans sa vie était représentée par Louis, Hadrien, et Sacha. Dénominateur commun: la paternité, même si pour Sacha, c'était différent eu égard à la relation d'amitié fusionnelle qui les unissait. Mais avec lui, rien n'était pareil et au final, Elinor n'avait pas d'amis homme.
Quand il finit, elle riait aux éclats.

- Vous avez déployé tant d'efforts pour y parvenir que je ne peux refuser. lui glissa-t-elle toute souriante. Nous déjeunerons donc ensemble, je vous invite avec plaisir.

Ce moment de joie fut de courte durée. Il ne fallut pas plus de quelques secondes à quelques pintades du groupes pour démasquer le vedette derrière le supposé touriste trop bling-bling du groupe. Obvious. Ils auraient tellement dû s'en douter que s'en était affligeant de honte de se faire pister comme ça.

La réalité avait tendance à courir vite pour nous rattraper. Tout juste si elle nous flanquait pas de fessée, comme si c'était lui faire insulte que d'avoir envie de s'en extraire l'espace d'une journée. D'un côté elle n'avait pas tort, choisir une star de la chanson comme compagnon d'évasion, ce n'était pas malin. En même temps, on ne choisit pas les gens pensant comme soi, c'est déjà pas mal qu'il y en ait.

Elinor trouva le fait dommageable car elle venait de comprendre que l'immeuble dont parlait la guide était le Dakota Building, celui-là même devant lequel John Lennon s'était fait assassiner. Too bad... Contrairement à son amie Tuppence, Elinor aimait bien les Beatles. Peut-être que si elle avait été jusqu'au lieu-dit, elle se serait laisser submerger par une certaine émotion elle aussi.

Elle le suivit presque à regret. Quand ils arrivèrent au pont, elle lui sourit timidement, hors d'haleine.

- Y a pas de soucis... Heureusement que j'ai mis une bonne paire de baskets ce matin, je ne savais pas que je rencontrerai Usain Bolt!

D'un geste gracieux elle remis son bonnet et son écharpe comme il faut sur elle, en cherchant ce qu'elle pourrait dire pour donner un peu plus de normalité à cette fuite.

- L'espace d'un instant j'ai cru que vous étiez ... Elle laissa planner sa phrase en l'air jusqu'à ce que les mots descende en piqué sur leur victime.... gay. Déguerpir devant des filles, moches certes, mais quand même tout en étant sapé de la sorte, c'est chelou. Mais bon, puisque vous préférez m'avoir toute seule pour vous... Les yeux de la jeune femme pétillaient d'espièglerie. Enfin... En même temps, quand on a la chance d'être avec moi, quoi de plus normal... finit-elle en souriant pour appuyer sur sa fausse vanité et renverser finement le poids de la renommée d'Elliot sans avoir l'air d'y toucher.

Finalement, elle retira l'écharpe de son cou. Leur footing l'avait laissée bien réchauffée. Elle l'enroula autour de son poignet, puis quand elle forma une boule, la glissa bien au fond de son sac besace en prenant d'y dissimuler sa baguette pour ne pas se trahir. Une main glissa autour de son cou dénudé pour ajuster le col de sa chemise noire qui dépassait de son blouson en cuir. Machinalement, sa main se porta jusqu'au tatouage de sa nuque et le découvrit quelques instants.

- Alors maintenant, Monsieur "Je suis tellement le plus fort en japonais que je peux me servir de ce guide", où est-ce que tu m'emmènes Ulysse?

Le tutoiement était venu de manière naturelle. Puisqu'ils devaient passer du temps en semble, ce n'était pas choquant pour Elinor qui se mettait à essayer de penser comme cette Norah. Sa retenue naturelle lui aurait interdit de tutoyer cet homme qu'elle ne connaissait pas. Pas Norah.

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Elliot O'Malley
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MessageSujet: Re: Et si...   Dim 21 Nov - 15:32

- D'abord, je ne suis pas gay - même si des fois, je pense que je vais finir par changer de bord - et qu'est-ce qu'elles ont mes fringues? Ai-je demandé d'emblée en reculant de quelques pas pour qu'elle y regarde encore un peu. Ca me permet d'éviter de justifier encore un peu plus la raison de ce sprint. Elles sont super mes fringues. Ca tient chaud, c'est tout ce qui compte...

Streetwear blingbling mais cool. Je fais le faux vexé parce que je m'en fous, pour de vrai. Je ne serai pas plus susceptible en Ulysse qu'en Elliot.

- ... et vous avez raison... J'ai beaucoup de chance d'être avec vous.

Je ne suis pas avare de sourires. D'abord, je me sens désolé pour le sprint et, en plus, j'ai l'impression qu'elle aurait bien aimé visiter la maison ou écouter le guide... Merlin! Non. Ca voudrait dire qu'elle a compris l'espagnol!
On pourra toujours revenir quand le groupe sera passé. Je me dis qu'en attendant, on pourrait rester dans Central Park. Ca ne manque pas d'activités et de coins à visiter.

Tandis qu'elle retire son écharpe, j'ai le temps d'apercevoir un bout de tatouage qui ressemble à un triskell. J'ai aussi un tatouage. Ca pourra toujours me faire une discussion sous le coude pendant le chemin, des fois que je me retrouve à cours de mots.

Elle se moque de mon guide. Ou de moi. Je souris rapidement en l'ouvrant pour le feuilleter et trouver une béquille.

Je trouve vite la page de Central Park. Plus par les illustrations qu'autre chose. J'ouvre la page qui liste les activités et je me place à côté d'elle pour qu'elle profite aussi du guide. Même si elle n'y capte rien.

- Bon alors...

Je souffle. Mon niveau me permet de comprendre certains kanji et hiragana mais pas de là à le traduire. C'est cependant assez pour lire les mots "vélo" et "location". Je lui désigne le paragraphe concerné de l'index. Une image d'une famille sur des vélos hollandais et une adresse: Loeb Central Park Boathouse. Parking lot, East Drive at 74th Street.

- On peut se louer des vélos et se balader un peu ici. Il y a...

Je m'appuie sur le Guide pour lister des endroits conseillés:

- The Adventure Playground... mouais, ça doit être pour les gosses. On peut essayer de trouver Alice in Wonderland... Traverser le Arthur Ross Pinetum, Azalea Pond et le Balcony Bridge... je sais pas. Les images ont l'air chouette. Il y a aussi le Belvedere Castle et on peut finir avec le Bethesda Terrace. En vélo, on en aura pour une petite heure et demie. Et ce que je te propose ensuite, c'est de sortir de Central Park pour aller se perdre dans la ville... une chose est sûre, je prends plus le métro... Je pense que je t'abandonnerai quelques minutes histoire d'aller à mon hôtel chercher de l'argent. Je transplanerai pour aller plus vite. J'ai du mal à supporter l'idée de pas avoir un sous en poche... et en plus, il faudra que je te rembourse la location des vélos. Qu'est-ce que tu en dis? T'as envie qu'on rajoute des choses à la liste de cette journée? On doit se faire plaisir tous les deux...


Il faut aussi que je trouve une bonne excuse pour éviter les lieux où il y a foule. Je veux pas d'autre spanish au monosourcil.


♠ Merde, à la garder loin de la foule, elle va finir par croire que je suis un vieux dragueur ou un sale pervers... déjà qu'elle pense que j'ai le look pour... ♠

D'ailleurs, il va falloir penser à se parler de nos vies. Quitte à passer une journée ensemble, autant qu'on ne reste pas complètement des inconnus.

Je lui pose une première question personnelle pendant qu'on se remet en marche - vers la location de vélo? J'ai le guide sous les yeux, je suis le chemin suggéré par la map à travers les allées qui mènent à la maison aux bateaux en face de laquelle se trouve la boutique. On en a environ pour dix minutes de marche.

- T'es mariée? Un copain? Question légitime: je ne te drague pas, je suis sevré pour les douze années venir de ce côté-là... Mais qu'est-ce que t'es venue faire à New York toute seule?



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MessageSujet: Re: Et si...   Ven 26 Nov - 15:59

Les bras croisés, petit sourire en coin, la jeune femme écouta patiemment la tirade d'Ulysse sur ses fringues tout en pensant que tête nue comme ça, où qu'ils aillent, Elliot serait vite découvert et que leur petit jeu serait quant à lui bien bref. Elinor fit cravacher son cerveau pour trouver une solution jusqu'à ce qu'il prononce quelques mots d'une douceur infinie. "J'ai beaucoup de chance d'être avec vous." Et voilà, comme ça.

Elle avait lancé les mots en l'air comme ça, là, sans y prêter plus de conviction que ça, et lui, il venait de les reprendre de volée pour leur donner du relief, un fond de vérité qui les faisaient tourbillonner autour d'elle comme pour la protéger, le tout enveloppé de sourires exprimant une profonde gentillesse. Totalement désarmée par l'instant, Elinor n'essaya même pas de batailler avec sa raison. Disait-il ça avec conviction? Le pensait-il? Ce n'était pas ce qui comptait le plus. la vérité, c'était que cette étrangère n'avait entendu de telles phrases à son propos que trop peu souvent pour qu'elle puisse s'habituer à leur chaleur. C'est con de se faire toucher en plein coeur par quelqu'un à qui on ment sciemment. Le pire, c'est que ça met encore plus mal à l'aise.

Lui aussi mentait. Mais pourquoi? Son costume de star était-il trop grand pour lui? Il lui montrait son plan, se débattait avec cette langue pour essayer de trouver et de lui faire croire qu'il s'y entendait. Elle y jetait un oeil distrait, préférant le regarder lui. Ce n'est que lorsqu'il parla de ce qui était écrit qu'elle se sentit relativement impressionnée. Finalement il la comprenait peut-être cette langue difficile. Elliot était à Serdaigle avant...

- Bon alors... On peut se louer des vélos et se balader un peu ici. Il y a...

Du vélo? Et un vélo hollandais en plus? Même pas le truc sportif style VTC ou autre, non, un vélo hollandais, le truc qui ressemble à un Vélib' parisien pas frais... En voilà une drôle d'idée. Un vélo. Si elle s'était imaginée un jour faire du vélo (hollandais) avec Elliot O'Malley en plein Central Park, alors là... Quoi que bon, avant, New-York s'appelait New-Amsterdam. "Manquerait plus qu'un panier devant le guidon pour faire bucolique, tiens..." pensa-t-elle. Mais bon, il en fallait plus que ça pour contrarier Norah, car Norah devait être quelqu'un qui respirait la bonne humeur - sauf en parlant de foot, bien évidemment - et la joie de vivre. Alors vélo de mémé ou pas...

- Très bonne idée. se força-t-elle à répliquer. On n'a qu'à faire ce que le guide recommande sur tous ces sites. Sincèrement, ce qui te plaira me plaira. Je ne connais rien ici de toute façon, et puis, tu es le maître du guide Jedi, le seul à le comprendre. La seule chose que j'aimerais faire c'est t'inviter dans un bon resto à midi. J'aime la gastronomie et je sais qu'il y a un bon restaurant étoilé à Manhattan. Je sais que c'est pas donné, mais je t'invite, ne t'en fais pas. J'espère que tu me fais confiance.

Ils se mirent en chemin de bonne humeur. Tout semblait aller pour le mieux lorsqu'Elliot posa les deux questions auxquelles il fallait s'attendre et auxquelles pourtant, elle n'avait pas préparé de réponse.

- Célibataire, je suis célibataire.

Le mensonge est un art, surtout pour un Serpentard. Sauf que quand on grandit, il y a des choses qu'on n'a pas envie de dissimuler parce qu'on en est fier. En cela, Elinor était comme toute mère du monde, fût-elle sorcière ou moldue.

- En fait je suis mère célibataire, Sa vie commençait à la rattraper et déformait peu à peu l'histoire qu'elle avait commencé à se raconter, nourrissant sa culpabilité envers Elliot. Quand elle se frotta à la question du métier, elle hésita encore une fois. Se dire avocate était repartir vers la vérité. Mentir pouvait l'entraîner vers des problèmes concernant un métier auquel elle ne connaîtrait rien. à New-York pour le boulot, mais aujourd'hui, c'est repos. Vous pouvez me poser la question, il n'y a pas de problème. Que vous est-il arrivé pour que vous vous sentiez immunisé de l'amour à ce point? Je drague pas, question légitime, être mère à mon âge découragerait n'importe quel prétendant. affirma-t-elle avec aplomb sans préciser la nature de son activité.

Autosatisfate de sa réponse, elle continua son chemin avec lui, en jetant parfois un oeil distrait au guide. Ils passèrent un petit pont enjambant un ruisseau et quelques arbres majestueux lorsqu'une voix attira Elinor. Un peu plus loin sur le chemin se tenait une guérite multifonctions en matière de nourriture et de souvenirs. Devant elle se tenait un homme noir grassouillet qui hurlait pour vanter la qualité de ses produits qui étaient aussi gras que lui, du moins pour les hot-dogs.

- Je trouve qu'il nous manque quelque chose pour faire touristes... Je reviens.

Elle s'en alla vers la cabane en bois et se mit à discuter avec le gérant. Les deux personnes se mirent à gesticuler, désigner quelques produits, et discuter. Elinor sortit son porte-monnaie et paya l'homme qui lui tendit un sachet en plastique sur lequel était imprimé un fier "I love N. Y.". Il paraissait assez lourd et gonflé. Lorsqu'elle revint vers lui, elle afficha un large sourire.

- Voilà. La panoplie des parfaits touristes. Non parce que là, tu n'es pas en tenue pour enfourcher un vélo hollandais mon gars.

Du sac elle sortit un bonnet estampillé NYPD qu'elle mit à la place de celui qu'elle portait déjà. Elle prit ensuite un sweat pourpre avec une grosse pomme rouge dessus et l'enfila après lui avoir donné le sac qui contenait encore d'autres trésors. Quand il le prit, elle fit de son mieux pour faire entrer son pull dans son sac.

- Tu fais comme tu veux, c'est un cadeau. A la con, certes, mais un cadeau pour jouer les touristes. T'es pas obligé de tout mettre. En tous cas, ça m'a fait plaisir d'acheter ça. A Londres, on reconnait les touristes à leurs habits, sacs, casquettes et bonnets I love London. Ils se ressemblent tous et sont marrants. Je suis contente de jouer les touristes moi aussi... Elle écarta les bras et exposa fièrement le sweat qui dépassait de son blouson en cuir dans une pose quasi christique. Son grand sourire s'afficha de nouveau.

Bonnet, sweat noir avec un gros NY, tout y était. Le geste n'était pas anodin. Caché sous un bonné et des fringues improbables pour une star, il passerait plus inaperçu, du moins c'était ce qu'elle espérait. Mais il n'y avait pas que du calcul dans le geste d'Elinor, son sourire était franc, tout comme ses pensées. Protéger Elliot de sa célébrité, c'était protéger leur entente et leur moment de détente.

Elinor lui imposa de reprendre le chemin, lui laissant ainsi le choix de mettre ou non son déguisement. Ils étaient côte à côte et silencieux. Le paysage continuait à se dessiner patiemment autour d'eux jusqu'à ce que deux-cent mètres plus loin apparaisse une ringuette imposante de vélos noirs, impeccablement allignés par un loueur besogneux. A la grande horreur d'Elinor, chaque bicyclette gonflait son guidon derrière un large panier d'osier blanc. affraid "Rhooooooooo nonnnnnnnn! Le manque de bol ! On n'en fait plus depuis le vingtième siècle de ça !" Heureusement devant Ulysse, Norah parvint à contenir ses pensées.

- C'est original ces paniers. Je crois que ma grand-mère en avait un comme ça.
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MessageSujet: Re: Et si...   Jeu 2 Déc - 12:24

Quand je lui parle de vélo, elle paraît très enthousiaste. Tout a l’air de lui plaire à cette fille. On peut pas dire qu’elle soit dure à vivre. Pourquoi, moi, je me coltine les cinglées en tout genre et pourquoi y’a certains types qui tombent sur des Norah?
Sur le chemin, elle me dit qu’elle est mère et célibataire. J’ai une pointe de pincement au cœur, un truc minuscule mais qui fait mal et que j'ai appris à cacher. Je reste silencieux et j'écoute. Ca me renvoie à mes propres turpitudes. C’est dans quelle vie qu’on peut répondre à la cool "bah moi je serais papa aujourd'hui si j'avais pas laissé ma nana entrer dans l'Opposition sans rien faire."
On peut pas. Dans aucune vie on ne renchérit avec ses propres problèmes comme si c'était facile d'en parler. Je garde pour moi.

En tout cas, le visage de Norah rayonne de plus belle quand elle mentionne son enfant. Pour le moment, je ne veux pas faire le Sherlock Holmes de 3615 Meetic, alors j'évite l'investigation plus poussée, les pourquoi, les comment, les exclamations déplacées du genre "ah! Quel dommage! Qu'est-il arrivé au père?" Je déteste quand on me le fait, je ne me vois pas lui demander les circonstances de son célibat monoparental au risque d'enfoncer un couteau dans la plaie. La seule chose qui m'étonne est qu'elle n'insiste pas d'elle-même sur les détails courants que les mères adorent déverser avec fierté au sujet de leur progéniture. Y'a qu'à voir ma mère quand elle parlait de moi et qu'on lui avait rien demandé: "Oh! Alors mon fils il a six ans! Il est beau, mon fils, tu devrais le voir, il danse et il chante des heures, tout seul, en face de son public d'ours en peluche, debout sur le canapé du salon. Il chante bien. Il suit déjà des cours de piano mais cet été je vais le mettre à la guitare!" On aurait dit que ses phrases n'avait plus de points quand elle causait de moi. Si on l'arrêtait pas, elle pouvait continuer des heures.

Mes copines déjà mères sont un peu pareilles. Elles passent le plus clair de leur temps à discuter de leurs mioches avec les yeux comme des étoiles. Du petit rot trop "cute" après le biberon, à ces sublimes petites chaussures qu'elles vont leur offrir pour Noël, une mère est inextinguible quand il s'agit de son môme... mais pas Norah. Raison de plus pour ne pas insister et lui demander ne serait-ce que son âge.

Elle semble encore hésiter entre le tutoiement et le vouvoiement. Une minute elle me dit "tu" l'autre elle tape dans le "vous". Je lui confirme poliment qu'on peut se tutoyer après qu'elle me renvoie la question sur mon immunité amoureuse. Elle drague pas, dit-elle en reprenant ma formulation. Je lui dis pour rire que ça m'étonnerait bien. Je suis tellement génial que je comprends pas pourquoi on me draguerait pas. Evidemment, je ne me crois pas. C'est juste pour faire le cake. Pour lui répondre, je décide soudain que ce brave Ulysse a rencontré les mêmes soucis que moi à quelques détails près que j'évite de répandre.

- Je viens de me séparer d'une emmerdeuse invétérée et j'ai très mal encaissé. Je suis à New York pour oublier... Même si c'est moi qui suis parti, ça m'a laissé un goût amer. Je pensais avoir tout fait pour que ça marche mais, il y a un moment, où "tout" ne suffit plus. Où on se rend compte que si l'autre n'a pas envie que ça fonctionne, ça ne fonctionnera jamais... un mélange de confiance déçue, d'illusions perdues et de tragédie à la grecque. Je te passe les détails horribles de la séparation... je pense qu'aujourd'hui, être en couple ne dépend plus seulement de nos affinités psychologiques ou sexuelles. Si les histoires de camps, d'Opposition, de Résistance, de sorciers, de non sorciers viennent se conjuguer aux problèmes raciaux préexistant et aux inégalités des statuts sociaux... ça rend tout bien trop compliqué. Je vais peut-être attendre quelques années avant de repenser à fonder une famille...

Je fais l'impasse sur le moment incongru où elle disparait en direction d'une boutique pour revenir les mains chargées de trucs à touristes. Sincèrement, c'est la meilleure idée du siècle! Avec un attirail pareil, personne n'ira jamais me chercher sous un bonnet NYPD. Je retire momentanément la doudoune et la tend à Norah le temps de passer le sweat noir. En dessous, je n'ai qu'un pull col V en maille légère car grâce à la doudoune Canada Goose, pas besoin d'autre chose qu'un vêtement fin tellement on est protégé du froid. Je remets le manteau sans le zipper pour laisser le logo du sweat en évidence sur ma poitrine et je la félicite d'avoir trouvé ma taille sans me l'avoir demandé. Hélas, mais je fais passer la chose avec un sourire ravageur et un poil dragueur, je mets mes lunettes noires pour couronner le tout. Mon déguisement est nickel chrome. Je me sens ridicule mais protégé. J'accroche un petit badge NY à ma doudoune et nous reprenons le chemin.

Devant la boutique de vélo, je coince. Elle fait une remarque sur les paniers en osier bah moi j'ai un sourire jaune et le visage qui se décompose:

- Il manque plus les rubans multicolores aux poignets... je critique, désabusé. Non, sérieux, monsieur,
dis-je en interpellant le type qui s'occupe des locations, y'a pas moyen d'avoir des VTT ou des vélos... normaux?
- Qu'est-ce qu'ils ont mes vélos?
Répondit-il piqué au vif. Ils sont très beaux mes vélos? C'est quoi un vélo normal? S'ils vous plaisent pas, je...
- Okay, okay, no worry. Calmos. On prend deux vélos, je concède miné.

Norah a toujours l'air jovial. Elle sourit, elle trouve les petits paniers lui rappellent sa grand-mère. Bon. Je vais faire honneur à sa grand-mère, essayer de pas l'insulter et arrêter de tirer la gueule mais je vais avoir l'air d'une gonzesse sur ce truc. Je réalise pas deux secondes que Norah ressent la même chose que moi.

Nous enfourchons les vélos après avoir réglé les selles, les guidons et la location.

Donc si je résume bien: j'ai un bonnet NYPD, un sweat à touriste I love NY, un badge à l'effigie de la baie de New York sur la Canada Goose, des lunettes noires et je suis juché sur un vélo avec un panier en osier. J'adore New York...

Nous flirtons avec les allées et les râles de l'automne qui s'engouffrent dans les branchages au-dessus de nos têtes. Après un temps, je finis par oublier ce à quoi je peux ressembler. C'est juste agréable. On fait la course quand on aborde des côtes, je la bats deux fois et elle une fois. On passe devant divers bâtiments, lacs et aires de jeu à l'ambiance paisibles. On dirait qu'ici, le monde est normal. Quand nous reprenons un rythme de balade, je me place à côté d'elle et je la questionne sur son tatouage:

- J'ai vu tout à l'heure que tu étais tatouée. Moi aussi... il représente quoi ton tatouage?




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MessageSujet: Re: Et si...   Ven 3 Déc - 14:21

Impossible pour Norah/Elinor de se permettre une quelconque remarque par rapport aux révélations faites par Elliot. Etait-ce Elliot ou Ulysse qui parlait? Si c'était Ulysse, alors Elliot jouait sacrément bien la comédie. Bien qu'Elinor ne doutât pas des qualités artistiques d'Elliot, elle perçut dans son regard un voile de tristesse qui l'interpela au point de la convaincre qu'il y avait bien un fond de vérité qui la toucha. A partir de là, Norah devint plus tactile avec lui.

Elle le regarda enfiler son déguisement d'un air amusé, satisfaite d'avoir eu cette idée. Personne ne pourrait s'imaginer qu'une star pourrait se cacher sous ces habits et encore moins sur un vélo en plein Central Park.

Devant les vélos, Elinor se mit à sourire aux remarques d'Elliot. Ils se sentiraient finalement ridicules à deux. La location se fit vite. Elinor déposa son sac dans le panier qui trouva subitement un intérêt aux yeux de la jeune fille privée de magie, et régla sa selle sans trop de difficultés. Elle enfourcha sa monture et avança grâce à la pointe de ses pieds jusqu'à Elliot. Elle l'agrippa par l'épaule et finit de se tracter à ses côtés pour lui murmurer à l'oreille:

- Moi aussi je les trouve moches ses vélos.

Elle ponctua ses paroles d'un clin d'oeil et lança leur balade en souriant. A dire vrai, ça faisait très longtemps qu'Elinor avait autant souri. Les courants d'airs glaciaux firent voltiger les longues mèches brunes qui dépassaient fièrement de son bonnet. bientôt son visage se mit à vivement ressentir le froid et elle dut faire d'horribles mouvements de ses maxilaires pour les désengourdir et continuer à sourire. Sourire simplement parce qu'elle était bien, loin de tout, de sa vie et de ses problèmes, de ses déceptions et de ses craintes. Retrouvant rapidement ses réflexes de garçon manqué, Elinor lâcha le guidon et remonta son col, après quoi elle étendit les bras, projetant au sol l'ombre d'une croix ondulante. Elle se sentit libre, tout le contraire de ce qu'elle reflétait d'habitude. Depuis combien de temps n'avait-elle pas senti un réel bonheur l'envahir?

La course les gagne bientôt, déclarant entre eux une fausse rivalité au gré du parcours qu'ils avalaient. Elinor se mit en danseuse et força sur chaque coup de pédale à sentir ses quadriceps brûler sous cet effort intense qu'elle n'avait plus l'habitude de faire. Elle fut vite hors d'haleine et obligée de lui concéder deux victoires qui scélèrent la fin de l'étape. Ulysse se plaça à son niveau et engagea la conversation.


- J'ai vu tout à l'heure que tu étais tatouée. Moi aussi... il représente quoi ton tatouage?

- Celui-là? C'est un triskel enserré par un dragon. J'aime bien ce symbole celtique à trois branches, je le trouve apaisant. Il représente les trois éléments et le dragon apporte une touche de protection et de diversité dans les origines et les cultures. mentit-elle en sentant ses yeux piquer.
Elle pédala légèrement plus vite que lui pour qu'il ne voit pas son visage se rembrunir et sur ses joues couler quelques larmes.les traces humides lui donnèrent l'impression de geler sous l'efet du vent. Elle les essuya d'un revers de manche et ralentit la cadence. Ouh-là, ce courant d'air me fait pleurer dis-donc. En fait, ce n'est pas mon seul tatouage, il y en a d'autres moins en vue. Celui-ci fut le premier. C'était vrai. Mais les autres étaient aparentés à des souvenirs plus doux, des symboles positifs d'où Antarès banni. Il lui serait plus facile d'en parler que de son triskel.

Mais ça attendrait. Une tour déchira le ciel gris et au fur et à mesure que les deux cyclistes avançaient, un ensemble architectural colossal fit son apparition.

- Wow.

Juché sur un ensemble rocheux surplombant un petit lac gris, le Belvedere Castle avait de faux airs de Poudlard. La remarque effleura la bouche d'Elinor mais y resta prudemment tue.

- C'est étrange. La ligne de démarcation du sol donne l'impression d'une ligne d'eau. Tu ne trouves pas? On dirait que les pierres d'en dessous reflètent la construction du dessus comme pourrait le faire le lac. C'est marrant. Le style est truffé d'imitations de styles jusqu'à ce qu'il en ait une identité propre. Il y a du Vaux, du Mansart et du Vauban dans les influences, ça fait très français en fin de compte.

L'enthousiasme d'Elinor ferait de Norah une intellectuelle, ce qui la rapprocherait encore un peu plus de son faux double. Cela ne la dérangea pas. Elle aimait bien cette étiquette qui lui était accolée parce qu'elle l'avait voulue. C'était flatteur pour son élitisme et son égo.

Ils s'approchèrent de l'entrée où ils mirent pied à terre et rangèrent leurs vélos. Elinor remit son sac en bandoulière et prit le bras d'Elliot sans attendre qu'il le lui offre, peut être même qu'il n'en aurait pas eu l'idée. 'Pour faire un peu plus touriste' s'efforça-t-elle de penser alors que la vérité venait d'une habitude antérieure à Elliot.

-Et toi mon cher Ulysse, quel est ton tatouage? Que représente-t-il et où l'as-tu?

Ils arrivèrent bientôt sur une terrasse où s'avançait un porche soutenu par une belle colonnade. S'offrit alors à leurs yeux une vue imprenable sur le parc, ses pelouses, ses forêts, et son lac. Norah lâcha le bras d'Ulysse et s'avança vers la balustrade pour profiter pleinement du spectacle. Une sensation de paix l'envahit et l'enjoignit à rester là, sereine. La notion de temps lui apparut soudain comme primordiale dans la vie. Prendre le temps, être maître de son temps. Voilà un précepte de vie qui lui sembla fondamental et tellement éloigné d'elle jusqu'à présent.

Elle appuya son bassin contre la balustrade et posa ses mains parallès à son corps sur la pierre glacée.

- Tu ne trouves pas que tout paraît simple ici?
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Elliot O'Malley
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MessageSujet: Re: Et si...   Mar 7 Déc - 15:09

- C'est une croix arménienne. Je me suis fait tatoué à 17 ans dans le dos de mes parents. Pour moi, comme symbole à la signification univoque depuis la nuit des temps, la croix symbolise la vie, le dynamisme qui anime le monde tel qu’il s’offre au regard de l’homme. Elle se termine en douze pointes. Chacune des quatre branches se termine en trois pointes. C'est mon chiffre porte bonheur. Quatre préceptes subdivisés en trois axiomes. Terre, eau, feu et air. Terre comme la chair, le fruit du travail de l'homme, eau comme la vie, reproduction de soi et poursuite de ses rêves, feu comme la passion, l'irréfléchi, et air comme esprit, la conséquence, la spiritualité. Bref, toute une histoire pour une simple croix qui porte les 12 principes de ma vie.

Il faisait bien trop froid pour que je me dessape et que je lui montre. Quand nous fûmes à l'abri des regards indiscrets, parce que je ne voulais pas trop attirer l'attention sur nous maintenant que nous avions la paix, je créai un transfert lumineux de l'imagerie de mon tatouage. La réplique était de taille 1/1 et elle apparut devant nous pour disparaitre aussitôt mes explications terminées.

Ensuite, il y a eu un super silence. Pas un de ceux qui sont gênants. Un de ceux où t'as juste envie de respirer et de te sentir bien. De rien dire. De prendre.

- Tu ne trouves pas que tout paraît simple ici?
- Carrément...

Quoi dire de plus?

Tu vois, c'est pas parce qu'on sait écrire (et, surtout vendre) quelques lignes toutes en musique sur deux ou trois parties de l'anatomie féminine ou chevauchées fantastiques par delà leur corps en pierre de lune qu'on se sent capable de décrire la plénitude qu'une brise fraîche, une inconnue et un Park rougeoyant peuvent procurer. Dès que je vis quelque chose qui me paraît sensationnel, j'ai envie de le coucher sur le papier et de gratter les cordes de ma guitare pour l'animer et y insuffler l'énergie motrice qui a fait se mouvoir mes sentiments. C'est un tic, c'est comme ça, c'est dans ma tête, c'est dans ma nature. Tout est musique et paroles. Tout battement de cœur devient un rythme, un padam padam qui n'attend que de fleurir. Je ne suis jamais une terre aride.

En cet instant, je sens la mélodie, elle s'immisce doucement dans les cordes du vent, dans mon sweat noir I Love NY, sur mes lèvres béates, derrière les lunettes où mes yeux bleus admirent l'éternité.
Le petit air pétille, il vient me chercher. Il veut que je le déploie, que je m'amuse avec. Je me force à garder la bouche fermée parce que je ne veux pas que Norah me prenne pour un Fred Astair du dimanche. Je compte pas faire des claquettes mais, voilà, c'est ma vie, la musique est une maladie.
C'est d'abord un son lointain, un tempo, des doigts qui claquent. Puis ça devient la caresse des brushes sur la peau des sablages d'une batterie. Comme si un jazz voulait germer au cœur du froid, dans mes oreilles ouvertes sur ce que me murmure le paysage devant nous.
Ensuite, quelques sons de basse, une guitare imaginaire s'ajoute, timide, puis enjouée. Ils se font leur petit concert dans ma tête. Les chœurs apparaissent et j'invente que Norah fait partie des choristes et m'accompagne dans ce délire improvisé.

Dans les paroles qui s'improvisent dans mon crâne déjà enthousiaste, je repense à la fille au mono-sourcil, ça me fait rire, elle devient source d'idées. Ca me fait rire, même si un jour, l'une de ces filles finira par m'envoyer tout droit dans les bras d'un Détraqueur si elles continuent de me pousser autant à l'hystérie. Mais avec Norah, c'est comme si j'étais devenu inviolable. Les flics pourraient bien venir m'arrêter, je continuerais de claquer des doigts avec Norah en repensant au paysage autour du Belvédère.
Je crois que mes cordes vocales s'étirent, elles me chatouillent la gorge pour que j'ouvre ma bouche, pour que je laisse sortir l'air de mes poumons. Un petit la timbré gagne, un sol si do déambule sur ma langue. Mes lèvres s'ouvrent. Je souris à Norah. Je suis vaincu par la maladie, autant lui en faire profiter. C'est hyper contagieux.
Les alentours sont plutôt calmes. A part un type qui surveille l'entrée du Belvedere, un peu plus loin en contre bas, on est seuls. Les autres touristes sont un peu partout, un peu partout mais plus loin, un peu partout mais plus loin et trop stones à cause du froid. Ils prennent des photos, suffoqués d'émoi par le château écossais déposé, comme une blague, rien que pour moi, telle une imitation de Poudlard sur le haut de la butte de Vista Rock.

Je lui fais un clin d'œil complice qui annonce que je vais faire un truc terriblement tordu; en tout cas, dans notre situation. Ma main gauche scande un rythme dont la musique est secrètement retenue dans ma tête. Le temps qu'elle comprenne ce que je m'apprête à lui faire faire, ça rempli le suspens. Ma main droite sort ma baguette et transforme le guide japonais en petite boîte creuse de même forme et de même dimension. Je fais flotter la boîte devant elle, à la hauteur de son nombril, et lui intime de se caler sur le rythme que scande mes doigts pour battre le rythme dessus, avec deux feuilles mortes de platane métamorphosées en minis balais à drums que je lui fais apparaître pour accompagner sa mini batterie.
Baguette rangée après avoir fait apparaître cinq cordes tendues à une guitare imaginaire. Je gratte les cordes tendues au vide, comme si j'avais une guitare de vraie consistance entre les mains. En un rien de temps, nous avons un rythme plutôt cool et amusant. Je m'assois à califourchon sur le muret, en face de Norah, et j'expulse les paroles et l'air qui n'en peuvent plus d'avoir attendus.



"Paroles":
 


On s'emporte, ça me fait sourire. L'improvisation gagne la cime du toit du Belvédère. L'écho nous revient pour participer aux chœurs. Mon pied bat la mesure, j'ai Norah plein les yeux et plein le sourire. Ca fait mille ans que j'ai pas chanté pour une seule paire d'oreilles et ça me fait un tel bien, j'ai l'impression de lui donner un peu de mon intimité à ses dépens. Si elle savait que je n'étais pas Ulysse, elle comprendrait peut-être. Mais je m'en fous, ce qui compte, c'est juste Norah sur fond de Central Park, avec ma air guitar à cordes et des paroles pas brillantes inspirées par madame mono-sourcil. Ca non plus, Norah elle doit pas s'en rendre compte.

L'impro s'arrête. Je m'écroule de rire. Dans un jet de paillettes, mon instrument invisible qui n'a que des cordes, les balais à batterie et le guide disparaissent ou reprennent leur forme normale. J'ai pas trop calculé comment je me suis retrouvé à serrer Norah dans mes bras. C'était la joie, la joie et la camaraderie toute simple.

Je lui ai rendu son corps, j'ai bien réajusté ma casquette et j'ai retiré mes lunettes. Je voulais qu'elle ait un peu de mon vrai regard. Qu'elle sache que j'étais sincèrement heureux et que je partageais son avis: c'est beau et c'est simple.

Je lui ai tendu mon bras pour qu'elle le reprenne. C'était l'heure d'aller visiter ce petit resto étoilé de Manhattant dont elle m'avait parlé:

- On va déjeuner? Lui ai-je fait avec ma tête des grands jours.

J'avais l'estomac qui criait famine.

Nous sommes remontés sur nos terribles vélos à paniers en osier. J'ai encore fait quelques remarques pas folichonnes sur nos montures, en m'empêchant de parler argot pour qu'Ulysse soit un peu moins familier que moi. Sur le chemin, j'explorai encore ma partenaire d'un jour.

Je dois avouer que je ressens à chaque fois une certaine appréhension quand je lui pose des questions parce que j'ai peur qu'ensuite, elle me les retourne et que je me retrouve dans la position où je doive lui mentir. Mais j'ai vraiment envie de connaître Norah. Plutôt que de poser des questions sur sa vie, je lui pose des questions sur les moments de sa vie ou sur comment elle fonctionne, comment elle pense, qui elle est. Comme ça, si mes interrogations m'étaient retournées, j'aurais toujours moyen de trafiquer mais pas de beaucoup.

Je lui demande si elle voyage beaucoup, les pays qu'elle a déjà visité, ses préférés et pourquoi. Je lui demande, sans avoir l'air d'y toucher, si elle vit avec son fils ou si c'est compliqué, c'est à dire, garde partagée et tout le toutim juridique. On se raconte les musiques qu'on aime bien, les derniers films qu'on a vu. C'est pas les mêmes puisque je vais jamais voir de films moldus... mais je devrais. On se fait des jeux du questions-réponses sur des trucs à la con: couleur préférée, pires et meilleurs souvenirs, les plats qu'on déteste et les pires personnes qu'on a déjà rencontrées. Pour moi, c'est un type que j'appelle Fred Dellamico, un soi-disant collègue auquel je refourgue tous les défauts de mon ancien agent, Stefano Dellamico. On parle de notre enfance; Ulysse a passé la sienne en Irlande avant d'aller dans cette magnifique école de sorcellerie qu'est Poudlard. Il a été à Serdaigle et il était fou de Quidditch... tiens, c'est bizarre. C'est au moment où je me mets à parler de Quidditch que l'impression que j'ai déjà vu Norah se réveille de nouveau. A qui me fait-elle penser bon sang?

- Franchement, si tu peux, je ne sais pas trop de nos jours ce que les non sorciers savent exactement des sorciers ou non, mais il faut que tu assistes à un match de Quidditch. C'est le meilleur sport sur Terre. Heuuu avec le football, je rectifie en riant.


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MessageSujet: Re: Et si...   Lun 27 Déc - 15:39

"Je n'aime pas quand les non-dits prennent le pas sur l'expression des sentiments. Toutes mes fragiles convictions vacillent avec l'envie qui me vient de tout lui avouer. Mon estomac se noue.
Depuis que je suis avec lui je me sens bien. Quand je parlais de simplicité c'était tellement vrai! Un paysage, deux personnes qui s'apprécient, un moment vécu à deux pour un souvenir unique... enfin presque. Un petit pincement torture mon cœur trop lourd. Et c'est le moment qu'il choisit pour libérer sa magie. Ce n'est pas tellement la performance baguette en main qui rayonne de lui, mais ce pour quoi il vit. En se mettant en scène pour mes seuls yeux, il libère Elliot de sa condition d'Ulysse, et là il devient lui-même magique. Je l'envie. Plus exactement j'envie ce qu'il dégage. Est-ce que ça m'arrive, ça? Enfin, il est né pour ça, c'est une évidence. Je continue à admirer la simplicité et la sincérité avec lesquelles il arrive à distiller du plaisir dans mon cœur.

Il ne me laisse d'autre choix que de saisir ces baguettes improvisées et jouer avec lui. Je joue pour la première fois depuis trop longtemps."


Elinor jouait du piano. Elle n'avait jamais fait de batterie mais s'y mit avec joie d'autant plus que la rythmique n'était pas très complexe. A plusieurs moment elle reprit les échos de certains mots à la tierce, "Yes you did" et des "OhOhOh" de circonstances. C'était un moment de liberté fabuleuse. Quand tout s'arrêta, elle mit un quart de seconde à le suivre dans son rire car cette privation soudaine l'affecta. Elle considéra qu'elle venait de vivre un instant rare et privilégié, se mit à sourire, toute timide et gênée de sa réaction. Tout retomba, l'ambiance, les métamorphoses, le silence.

Norah se retrouva au chaud dans les bras d'Ulysse et se mit à rougir, accompagnant ainsi sa néotimidité de tout l'artifice girlish qui se respecte. Dans son regard il y avait toujours autant de gêne alors que dans celui de son camarade ne régnait que l'ivresse de l'instant. C'est alors que son estomac cria famine.

- Allons manger, oui. Je meurs de faim aussi.

Avec ça elle agrippa son bras et partit avec lui sourire aux lèvres tout en pensant à ce que pourrait être la vie de cet homme sans la musique. Pouvait-il seulement exister sans? Il faisait certainement partie de ces gens bénis de Merlin qui avaient découvert ce pour quoi ils étaient faits et qui vivaient pour ça. Norah laissa échapper un soupir en enfourchant son vélo.

Le sport les réchauffèrent, mais les questions d'Ulysse firent monter le rouge aux joues de Norah. Cette fille était incorrigible et trahissait chacune de ses émotions par un comportement physique notable. Incorrigible, certes, mais que dire de la jeune femme qui lui servait de prête nom? Elinor naviguait avec délicice d'habitude dans l'art du mensonge, surtout depuis quelques mois, mais là, elle était totalement déstabilisé par ce personnage qu'elle venait de créer et dont elle louait inconsciemment la sincérité... Elle réussit néanmoins à donner des réponses évasives, tout en lui retournant des questions assez vagues pour qu'il puisse s'en sortir avec facilité et ne pas avoir à lui divulguer quoi que ce soit de sa vraie vie.

- ... J'adore voyager. J'ai pas mal bourlingué, en France principalement. J'adore ce pays, ses monuments. Je suis allée à Cuba aussi, plus récemment... Des voyages, le pont se fit jusqu'à la famille, point plus délicat. Sagement, Elinor laissa Noah caché pour se concentrer que sur son petit Elliot. Une frange de vérité éclata au grand jour. Comment pourrait-il connaître le petit Elliot Derwent? Mon fils, je l'ai adopté. Il a quatre ans et s'appelle Elliot. Sa mère était ma meilleure amie et me l'a confié juste avant de mourir. Son père était déjà décédé. Ce n'est pas évident tous les jours... souffla-t-elle en pensant également à Noah. Je pense qu'il manque d'un père et je me demande bien j'arrive à faire une bonne mère... Interrogations d'une affligeante banalité...

Elle continua à l'écouter parler de son enfance, en ce demandant intriguée si c'était vraiment la sienne. A sont tour elle lui dévoila tout l'amour qu'elle avait reçu petite, de son enfance londonienne, en n'y mettant que des généralités. Et puis il parla de quidditch la culpabilité regagna Elinor. Elle avait été gardienne à Serpentard, plutôt bonne joueuse... Et s'il remettait un nom sur ce visage? Elle en écarta la possibilité en se disant que ses performances n'étaient quand même pas restées dans les annales.

- Bien, je vois que je commence à avoir de l'influence sur toi! s'exclama-t-elle en riant avec lui et éludant toute réponse de sa part.

Un taxi les emmena loin du parc de leur aventure vers Manhattan. Le palace où résidait Elinor n'était pas très loin du restaurant. Elle estima qu'elle pourrait rentrer à pied s'ils restaient dans le coin. La jeune femme régla la course et se dirigea vers une vitrée où elle s'engouffra la première, évitant que les premiers regards des clients ne se dirigent vers Elliot. On les emmena dans un petit coin tranquille, à l'abri des regards. Fort heureusement, le personnel de l'établissement avait du métier et de la discrétion. Avec eux, elle pensa que la célébrité de son compagnon ne serait pas un handicap. La table était sobre mais sophistiquée et mise avec goût, comme le reste du cadre: dorures, meubles rafinés, couleurs chatoyantes, le tout donnait une ambiance cosie tout à fait classieuse dans laquelle les deux jeunes gens détonnaient par leur accoutrement de touriste.

- Je suis contente de manger ici. J'ai l'habitude d'aller dans les meilleurs restaurants des lieux que je visite. Je les sélectionne toujours sur internet avant de partir... Euh, vous autres sorciers vous savez ce que c'est un ordinateur, non? Enfin bref, je fais en sorte de toujours choisir avant de partir comme je disais.

Un serveur leur apporta la carte et leur annonça les suggestions du chef et les vins assortis, puis il regagna l'office, laissant les deux jeunes gens faire leur choix. Quitte à se faire plaisir, Elinor opta pour le menu dégustation du Chef. Là, pas question de choix, il s'agissait d'un menu surprise composé des spécialités du Chef avec les vins les plus appropriés servis au verre. Elinor passa les deux commandes et apéritifs avant de reporter son attention sur Ulysse.

- Es-tu gastronome Ulysse? Je t'ai emmené ici sans vraiment te laisser le choix. Je ne voudrais pas que tu sois mal à l'aise.

Elle le scruta de son meilleur regard d'avocate en plein interrogatoire lorsque le maître d'hôtel vint à leur rencontre plein de déférence et de manières plus pompeuses les unes que les autres, le tout s'ajoutant à un costume strict tiré à quatre épingles. De fines moustaches recourbées à leur extrémité et gominées conscienceusement parachevaient ce tableau si atypique.

- Je vous prie de bien vouloir m'excuser messieurs dames. Pour le genre de clientèle que vous représentez, nous avons une salle à disposition à l'étage, à l'abri des regards et sollicitations indiscrètes... Si vous le souhaitez, nous pouvons vous y installer. Nous sommes absolument confus de ne pas vous y avoir placés dès votre arrivée et le Chef vous présente ses plus plates excuses.

Un silence confus suivit immédiatement ses paroles et Elinor ne sut comment renverser la situation sans trahir leur petit jeu. Elle lança un regard énigmatique à Elliot, le suppliant mentalement de trouver une solution à cette situation embarrassante.
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MessageSujet: Re: Et si...   Sam 22 Jan - 20:01

De toute façon, je n’avais rien pigé au français... même traduit, le nom des plats ne me disait absolument rien alors le menu dégustation du chef était aussi bien. Depuis quelques années maintenant, et suite à une mitoyenneté régulière avec le phénomène Jackersson, j’étais habitué à ce genre de lieux où les menus ne présentaient les prix que sur les cartes des messieurs.
En arrivant devant la façade, je dois avouer que j’ai ressenti comme une certaine hantise.
Pas vis-à-vis de la bouffe qui serait immanquablement délicieuse mais en raison des souvenirs liés à ce genre d’établissements.

Je me serais bien vu dans un rustique resto italien, un poil plus populaire, où on bouffe sur le coin d’une table, où la nappe est en papier et où, le plat de pâtes qu’on t’apporte, tu sais pertinemment qu’il y en a trop et que tu le finiras jamais, même si on te laisse trois heures devant ton assiette. La proprio, une grosse mama brune aux cheveux grisonnant, fait la cuisinière et la serveuse, sa fille, belle comme un cliché de cinémagik rital, est aussi ravissante que la mère est repoussante. On se demande comment l’une a pu enfanter l’autre. La jeune femme aide la mama au service et sait répondre à la clientèle habituée qui se montre toujours un peu mielleuse avec elle.
L’odeur de sauce tomate et de vieille huile se répand dans toute la pièce. Il fait trop chaud, ils mettent toujours le chauffage à fond et les fourneaux sont mal isolés malgré un petit ventilo qui tourne 365 jours sur 365, quel que soit le temps.
Évidemment, il y aurait eu le padre, assis à une table du fond avec ses copains du quartier, des vieilles racailles dont les parents fabriquaient de l’alcool dans les soubassements du resto dans les années 20, pendant la prohibition. Ils jouent aux cartes, ils tchatchent en italien, on dirait qu’ils se bastonnent mais ce n’est que leur façon de parler. C’est animé et bruyant. On s’entend plus dans ce genre de resto mais on y mange gras, on y mange bien, on y mange heureux et simple.

Mais il y aurait eu un bémol de taille... alors ma hantise et mes regrets s’effacent et laissent la place au plaisir de la promenade gustative à venir.

Le bémol, c’est que le resto de mes rêves, populos à donf, c’est le resto où la télévision ou la radio tournent en boucle. C’est le resto où t’as toujours un vieux grincheux qui lit son journal face à son plat de pastas, un resto où t’as une tablée de djeun’s qui viennent tout le temps manger à l’œil parce que, la mama, elle les a vu grandir, elle les aime comme ses propres gosses et les engueule pareil. D’ailleurs, elle les trouve toujours trop maigres: "Ma qué! Rico, ta mère elle te nourrie plus ou quoi! C’est quoi ces jambes! On f’rait pas tenir deux hirondelles sur tes genoux sans qu’ils se plient dans l’autre sens. Mange, fils! Et arrête de regarder ma fille comme ça!"
Depuis qu’ils sont mômes, ils ont une ardoise qu’ils pourront jamais payer même s’ils travaillaient jusqu’à 150 ans. Ce sont des jeunes qui amènent la fraîcheur et les divertissements de leurs âges. Ils parlent du dernier concert où ils sont allés, ils rêvent en grand de choses qu’ils pourront jamais vivre et qu’ils ont été piocher dans la presse poisseuse de chez la coiffeuse ou des couv' de magazines qui s’étalent sur les établis des buralistes.
Dans ce resto que j’aurais aimé, pas de musique de fond lounge ou classique. Une télé ou une radio, sur fond de tintement de verrerie et de vaisselle manipulée dans la cuisine (bien trop proche de la salle) par un jeune plongeur qui se tape en secret la fille de la patronne.
Une télé ou une radio où, en ce moment, mes titres passent en boucle parce que le concert de demain soir est énorme et que mon nouvel agent veille à la promo.
Un resto italien comme j’aime mais où ma sale tête aurait été démasquée en trois secondes. L’évènement du quartier. Des gens sympa mais vite étouffants. Ils auraient fait tomber le masque trop vite, ça n’aurait pas été méchant mais Norah... elle aurait compris que je lui ai menti or j’aurais aimé être le premier et le seul à lui révéler la vérité en temps voulu.

J’ai souris un peu amer en entrant. C’était la meilleure barricade de la ville, ce genre d’établissements. C’était la raison pour laquelle les célébrités aimaient ces endroits. Ils étaient hors de portée du populaire. C’était horriblement apaisant d’être coupé du monde pendant un instant. Le personnel veillait toujours à ce que notre tranquillité soit respectée. Souvent, ils en faisaient des tonnes mais c’était pour séduire la clientèle. Les prix étaient exagérément hauts pour repousser les bourses qui n'auraient pu s'offrir ce genre de service... qui n'en avaient pas besoin. Discrimination par l'argent. Chacun dans ses petites bulles et on n'en parle plus.


Je détestais ces endroits. Je me cloitrais plus volontiers dans la villa où au palace de la Licorne. J’avoue, c’était pas mieux... mais c’était ma façon à moi d’avoir la paix.

Jay raffolait de ces endroits. Pourtant, elle préférait qu’on la voie plutôt qu’on l’ignore. Elle ne les aimait pas parce qu’on y était tranquille et que, une carte sans les prix pour la fille, c’était le prix à payer pour bénéficier de cette tranquillité et de cette qualité. Elle les aimait justement pour la qualité du service et l’impression de vivre à rebours ses rêves de princesse, ses rêves de petite fille où tout le monde est à ses pieds.

Il y avait toujours un vieux riche ringard qui venait pour nous dire que leur fille avait adoré notre film ou qu’il serait ravi de nous avoir à dîner. J’en avais super raz le bol de dîner plus souvent chez les autres que chez moi.

En tout cas, je suis entré dans ce resto avec Norah et j’ai pas tiqué longtemps.
Je devais me faire une raison et ce choix accidentel était le meilleur qu’elle aurait pu faire.
Toutefois, le plaisir de l’anonymat déguisé ne dura pas longtemps.


Le maître d’hôtel rapplique comme s’il venait de se rendre compte qu’un doxy flottait dans la soupe.

♠ Là, c’est la bouse! ♠

Je suis resté comme un con au début. Un peu paralysé par la soudaineté de son intervention. Je l’avais pas pu venir. J’ai pas été très spontané dans mon mensonge mais je suis parvenu à m’en sortir... enfin je crois.

Ca servait à rien de batailler avec monsieur moustache, il avait l’air d’avoir une super conscience professionnelle. J’aurais pu lui jeter un petit maléfice de confusion par-dessous la table mais le temps de retard que j’avais eu sur son intervention était devenu trop large, et ma gêne était quant à elle trop évidente pour que je réussisse à justifier l'utilisation de ma baguette sans éveiller les soupçons de Norah. J'étais Serdaigle, il fallait que je me serve de ma tête. En l'occurrence, j'avais l'impression qu'aujourd'hui j'étais plutôt Serpy.

J’ai fini par me descotcher la tronche de troll qui s’était agglutinée sur tous les traits de mon visage et par tourner la tête vers Norah.

Je lui fais des yeux, style "ce mec déraille" (Méfiant), mais je me lève et je tends le bras à Norah pour qu'elle le prenne avec manière afin de jouer le jeu du maître d’hôtel:

- Vous excusez pas, on s’en fout. Mais puisque vous le proposez de manière si charmante, on va y aller dans ce petit carré VIP.

Il fait une petite courbette à la con et se met en marche devant nous pour nous montrer le chemin. En marchant, je me penche à l’oreille de Norah et je lui dis d’un ton espiègle, au bord du rire - mais Merlin seul sait comme, en réalité, je suis affreusement mal à l'aise:

- Je sais pas pour qui il nous prend mais autant en profiter.

Putain de bordel de goule en slip! Comment j’ai eu chaud!
Mais je dois assurer la suite du repas sans que ça se reproduise.

Moustache nous place. Il tire la chaise de Norah et attend qu’elle se soit assise avant de nous demander si tout va bien.

- Ouais, c’est excellent. Il manque juste les apéros qu’on a commandé quand on était sous classés, je lui fais un peu moqueur.

Quitte à faire celui qui profite de la situation, autant le faire bien.
Il me fait une tête, le pauvre Moustache, on dirait que je viens de lui dire que son poisson n’était pas frais. Il s’excuse et se tire fissa vers l’escalier par lequel on est monté pour arriver dans ce petit coin à l’écart du reste du resto. Il attrape notre serveur au vol et fait des gestes tout en retenue mais vachement vénères en nous désignant discrètement, d’un rapide mouvement des yeux en notre direction. A mon avis, il lui remonte les bretelles. Ca me fait rire, alors je ris sans me cacher en regardant Norah:

- T’es cap’? Quelle que soient la ou les personnes pour qui ils nous prennent, on se fait passer pour un couple de stars jusqu’à la fin du repas. S’ils nous gaulent tant pis... sinon, c’est cool, on va être servi comme des rois.

Ils sont plus rapides que des vif d’or pour nous rapporter l’apéro. C’est pas du tout ce que Norah à commandé par contre. C’est une bouteille de Dom Pé'. Le serveur qui arrive est celui qui nous avait placé en bas. Il s’attèle à l’ouverture de la bouteille qu'il nous dit offerte par la maison pour "sa clientèle de luxe". Il a l’air tout miteux. Il me baragouine des excuses et, dans son stress, l’ouverture de la bouteille se fait avec beaucoup de difficulté:

- Je...je... suis désolé monsieur, O’M...

Je le coupe in extremis. D'un coup, il fait 200°C dans mon T-Shirt.

- Mais c’est pas grave! J’essaye d’être joyeux. Et pour tenter de mettre fin à son calvaire - et au mien -, je fais tout pour le congédier:

- Laissez-moi faire... Je vais l’ouvrir cette bouteille.

Je me lève sous ses yeux effarés. Il guette la réaction du maître d’hôtel, un peu plus loin dans la salle principale, et dont les moustaches sont limite à faire un tour sur elles mêmes à cause de la vapeur qui sort de ses narines. Mon pote Moustache est rouge de colère contre son apprenti. Cool. Une aubaine pour me tirer d’ici sous couvert de vouloir arranger les choses. Je sais pas encore comment je vais faire, mais je vais le faire.

Pour commencer, je joue celui qui se rend compte de sa boulette et je rends sa bouteille au serveur. Mais je reste debout.

- Merde... vous allez vous faire engueuler à cause de ce que je viens de faire, hein?

Je me frotte la tête, emmerdé, mais je rajoute avec complicité:

- Je reviens tout de suite, je vais arranger ça. Excusez-moi, charmante demoiselle, fais-je poliment pour Norah avec un ultra grand sourire de la mort que j'ai appris sur Bad Timing.

Je m’éloigne de notre table, descends l’escalier en bas duquel Moustache fulmine. Quand il me voit me diriger vers lui, il se radoucit mais se penche une nouvelle fois pour amorcer ses excuses. Je l’interromps direct et le force à se redresser et à me regarder droit dans les yeux. Je me mets bien dos à Norah pour que, de là où elle se trouve, elle ne voit pas mon visage. Parce que, faut le dire, dès que je lui ai tourné le dos, c'était fini le sourire à la Bad Timing. Je suis vénère.

J’entraîne Moustache un peu à l’écart mais toujours dans le champ de vision de la mezzanine et de Norah et, entre mes dents serrées, je lui balance, crispé et très rapidement, sans trop délier mes phrases qui sortent comme des missiles:

- Vous me mettez dans une sacrée bouse...

Je l’attrape au col. Nos visages sont à trois centimètres.

- Je suis là en scred... avec la seule personne sur Terre qui sait pas qui je suis alors me gâchez pas le plaisir de l’anonymat! Je suis en train de kiffer, tu comprends! Elle ne sait pas qui je suis et j’veux que ça reste comme ça. Vous êtes très compétent, très sympa, tout ce que vous voulez mais là, non... stop!
- Exc..exc-...excusez-m-m-m-moi, monsieur, O’Malley, je..j-j-j-e...
- Rhaaa, je vous en prie. C’est pas grave, me retins-je de lui crier dessus une nouvelle fois. J’essaye d’être calme mais je parle toujours super vite. Pour l’instant, j’ai réussi à sauver les apparences mais je vais avoir besoin de votre aide puisque vous avez failli tout faire foirer. Vous prévenez votre personnel: qu’importe ce qui arrive, agissez tous comme si j’étais quelqu’un d’autre!...
- M-m-m-m mais qui-qui-qui...?
- Mais qui vous voulez! Un autre sorcier! On s’en fout! - Calmos, Oma. Calme. Tout doux. Je vais re-péter un plombs - Faites comme si vous pensiez que j’étais...
Je m’interromps. Je réfléchis. Je sais pas à qui je ressemble. A Justin Timberlake? Non. Il est plus gros. Bref. Je le regarde comme une évidence.
- A qui je ressemble?
- A Elliot O’Malley...
- Mais non! Tout le monde sauf moi! Humpf
Quel crétin, Merlin! Surprised
- Ah... heu... oui... Je... vous ressemblez à... il semble faire un effort intense en me dévisageant pièce par pièce. Vous ressemblez à Sacha de Lansley! Idée fait-il satisfait avec un eurêka dans le regard.
- Gné! Surprised N’importe quoi! fais-je complètement éberlué, avec la tête du gars à qui vient de trouver la fève alors qu’il a pas du tout envie de s'afficher. Mais la proposition me va. Je ressemble pas du tout à de Lansley mais admettons. Vous agissez comme si j’étais Sacha de Lansley. Vous m’appelez monsieur de Lansley et tout le barda... et je ferai celui qui accepte de se faire passer pour Sacha de Lansley en faisant mine de se jouer de vous. C’est compris?

A sa tête, je vois bien qu’il n’a rien compris mais il a trop peur que je fasse un scandale. Il acquiesce. Je le lâche. Soulagé, il me sourit.

- Et vous engueulez pas le môme à cause de moi... je rajoute en désignant le jeune serveur, c’est pas de sa faute... c’est... c’est uniquement de ma faute, fais-je dépité en me rendant compte de l’ampleur que prend la situation.
- Aucun problème, monsieur de Lansley. Notre établissement est prêt à subvenir à toutes les... originalités des gens de votre classe. Et la demoiselle, qui serait-elle si vous n'êtes pas qui vous êtes censé être?

Je me passe la main sur le visage. C’est n’importe quoi.... qui est-elle? Ben c'est Norah...

- Heu... c'est... je sais pas. C'est qui vous voulez... c'est une anonyme, c'est sa femme, sa maîtresse, on s'en fout Surprised
- Mais sinon qui est-elle?
- Vous flairez le ragot ou quoi? lui fais-je suspicieux.

Il s'offusque.

- Non, c'est pour mieux mentir.
"Mentir". Le mot me noue l'estomac. Je réponds calmement mais un peu sombre.
- C'est juste une copine. N'allez pas convoquer la presse pour dire qu'O'Malley a une nouvelle conquête... sinon Jezabel va m'envoyer des gueulantes pendant trois semaines.
- Je ne sais pas ce qu'est une gueulante mais ce n'est pas le style de l'établissement. Merci pour ces précieuses informations. Je vais en discuter avec votre serveur et veuillez m'excusez une nouvelle fois pour ce malentendu.

Il hoche la tête. Bon... Faut y retourner. Finalement, je crois que Moustache a bien compris mon problème et il a l’air bien décidé à me faire plaisir. La situation l'amuse. Je sens qu’il va falloir que je lâche un putain de pourboire à tout le personnel.

♠ Si je sors de là sans m’être fait gauler, je leur enverrai 1500 G... ♠ me dis-je en soupirant.

Je regagne notre petite mezzanine et je me rassois. Ca m’a donné chaud cette histoire. Je trinque avec Norah, toujours un peu chamboulé par ce qui vient de se passer mais je fais tout mon possible pour continuer de sauver les apparences. Le jeune serveur est reparti depuis un moment. Dès que j'ai quitté Moustache, il s'est fait coincer par lui. Il avait l’air de le briefer. Cool...

- A nous, notre rencontre et aux rêveries d'un jour, fais-je en levant mon verre avant de le boire d’une traite.

Je m’étais promis de plus boire d’alcool mais, là, c’est ça ou je me pends à la rampe du resto.

Je me ressers et bois le second plus tranquillement. Le stress retombe. Je souris à Norah et je lui explique... enfin,
je lui mens...

- Moustache était prêt à virer le serveur juste parce qu’il m’a laissé ouvrir la bouteille. Ca déconne pas dans ce resto. Mais tout est arrangé.

Je termine à peine de parler que le serveur arrive presque aussitôt avec des émulsions de je-ne-saurais-jamais-quoi, annoncée avec un français parfait. Il dépose les plats devant nous en commentant d’un air très détendu:

- Les émulsions surprises du Chef. Mademoiselle.... (Il dépose le plat de Norah devant elle, avant le mien). Et, voici pour vous, monsieur de Lansley... émulsion de homard à la maraîchère, sans coriandre, comme demandé.

Bon... la bonne nouvelle, c’est que le petit est bien briefé. La mauvaise, c'est que j'ai failli m'étouffer avec ma gorgée de Champagne en l'entendant m'appeler "de Lansley" avec un naturel déconcertant. Je bave le Champ' dans mon assiette. Pour réparer les dommages et m'essuyer, je prends ma serviette et profite de me cacher derrière pour lui faire une grimace qui veut dire "dis, t'en fais des tonnes là, calmos, loulou". Ca fait très bizarre de se faire appeler de Lansley... comme si ce fugitif hors pair allait se la couler douce dans le premier resto cosy de New-York...
A la pensée de Sacha, j'ai de nouveau ce flash chelou. Ce sentiment bizarre de déjà vu lorsque je regarde Norah.

♠ Ulysse, Sacha... et après Seth? Aujourd’hui, je suis tous mes amis. ♠

Je souris à Norah dès que le serveur est parti:

- Bon... Ben maintenant on sait pour qui ils me prenaient, fais-je innocemment. Ange


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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Re: Et si...   Dim 20 Mar - 13:09

Seul un "Cap" sortit de sa fine bouche. Pour tout le reste de la scène elle fut reléguée au rang de spectatrice d'une mauvaise farce. A nouveau la culpabilité se faisait sentir, et cette fois-ci, elle concernait tout et tout le monde. Elle le regarda partir avec soulagement, en plaignant dans son for intérieur le garçon qui allait se faire tancer par sa hiérarchie et notamment Moustache. La lividité qui s'était emparée de son visage lui tordit l'estomac. Elle était l'instigatrice de tout ça, et avait provoqué une enchaînement de conséquences qui n'était pas sans la perturber.

Finalement elle savoura ce moment de solitude et fit le point avec Norah comme si elle était assise en face d'elle.

- C'était une journée de dingue.

Passer la journée avec une star mondiale, c'est dingue. Que cette star ne se doute pas que vous l'avez reconnue, c'est dingue. De protéger cette star pour protéger sa rêverie d'un jour, c'est dingue. Ce qui est réel, c'est que cette situation ne pouvait pas durer éternellement et qu'elle allait recevoir le retour de bâton sans trop tarder. Elliot allait-il en avoir marre de cette Norah et la virer dès la porte franchie? Son esprit se mit à divaguer jusqu'à visualiser son double face à elle... Norah lui sourit, avec franchise et reconnaissance, comme si son inconscient la remerciait... Elinor ne fut même pas surprise de cette apparition.

- Je crois qu'on peut dire ça.
- Mais vous, enfin toi, tu l'as reconnue à la star?
- Jusqu'à preuve du contraire je suis une émanation de ton cerveau tordu... Miss Redgrave. Je suis toi, tu es moi sans vraiment que j'existe et tu le sais? Alors pourquoi cette question absurde? Et pourquoi parler avec ton esprit?
- Aucun doute, tu es bien moi...
- A une nuance près. Je suis le toi que tu aimerais être. Je suis le toi que tu fantasmes depuis trop longtemps.
- Comment ça?
- Je suis avocate et mère. tu n'as rien modifié de ça de ta vie. Donc les bases sont les mêmes. Je suis souriante, compréhensive, joviale, toujours de bonne humeur. La bonne copine sympa... et hétéro.
- J'ai jamais dit que tu l'étais. répliqua-t-elle en froçant les sourcils.
- Ah oui? Est-ce que tu as laissé entendre le contraire à Ulysse?
- Non.
- Ah!
- A quoi ça rime?
- Hey, oh, je ne suis que ton inconscient moi!
- Et je suis en train de te parler ... répondit l'autre en souriant.
- Je me suis beaucoup amusée aujourd'hui, donc toi aussi.
- Oui.
- Alors arrête avec tes et si, et si... Arrête de te remettre en question.
- Mais j'ai fait des progrès!
- C'est vrai, et en premier grâce à Sacha! Vis ta vie. Je te laisse, il arrive... Elle lui fit un clin d'oeil et son image s'évapora dans l'ambiance feutrée du restaurant...

Elliot revint s'asseoir à la table l'air plutôt serein. Elle ne le quitta pas des yeux et lui sourit.

- A nous, notre rencontre et aux rêveries d'un jour!
- Aux rêveries... et à la vie.

Elle l'écouta parler, s'empêtrer dans ses explications, menton posé dans la paume de sa main, perdue dans ses yeux. Seul le serveur put l'arrêter. Elle se laissa servir les yeux brillants devant ce plat qui réveilla son estomac. L'eau lui vint à la bouche, titillant ses papilles... depuis le temps qu'elle en rêvait de ce restau... Elle prit une gorgée du précieux liquide pour se rincer le palais, mais elle le garda en bouche et profita de chaque note aromatique... Un pur délice... jusqu'à ce que...

- monsieur de Lansley...

Le millésime fit un drôle de parcours, quitta sa bouche pour décaper ses sinus, mais préféra ne pas sortir, évitant ainsi à la jeune femme une petite humiliation. Il redescendit dans sa gorge et termina sa course dans son estomac, laissant les yeux brillants à Elinor, satisfaite de ne pas avoir tout recraché sur ce pauvre garçon.

- Bon... Ben maintenant on sait pour qui ils me prenaient

"Non tu n'es pas Elinor, non tu n'es pas Elinor, non tu n'es pas Elinor..." la phrase tourna en boucle dans sa tête pour mieux se convaincre de ne pas sortir une vacherie... Au prix d'un effort surhumain ( le second en quelques secondes), elle réussit à donner une réplique crédible, ne laissant pas du tout percevoir les sentiments qu'elle avait envers...

- Je suis flattée. Ils doivent sans doute me prendre pour Charlotte Léonhart! Tu te rends compte! Une actrice d'une telle importance! C'est fou ça ! finit-elle avec une lueur de malice dans le regard.

Le repas se termina dans la joie et la bonne humeur. L'ensemble du personnel joua la comédie à la perfection, tout comme les deux convives. La conversation prit des allures de banalité affligeante satisfaisant pourtant au mieux Ulysse et Norah. Pour peu les passants auraient pu entendre leurs éclats de rire filer dans les rues et les habiter de leur gaité. Une fois le digestif avalé, Elinor se leva à regret et régla l'addition comme elle l'avait promis. C'était le moins qu'elle pouvait faire. Moustache les abreuva de compliments et se répandit encore en excuses pour sa méprise du début de soirée. Qui sait ce qu'il avait déjà dû faire pour satisfaire les exigeances d'une star? Eliot n'avait peut-être pas été le plus excentrique.

Une fois sur le trottoir, l'atmosphère se fit chargea de non-dits et de regrets. Elinor posa son regard sur ses chaussures et fourra ses mains dans ses poches, ne sachant comment entamer la conversation. C'était le moment ou jamais... "C'est le moment ou jamais." C'était le moment ou jamais. "Allez vas-y." Si elle ne le faisait pas...

- Hum... Je ne sais pas trop comment dire ça mais...


Dernière édition par Elinor Redgrave le Sam 26 Mar - 10:41, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Et si...   Mar 22 Mar - 12:09

Je ne sais pas ce qu’elle s’apprêtait à me dire mais son visage était grave - et emmerdé - et je ne crois pas que j’avais envie d’entendre ce qu’elle allait me dire. J’étais heureux et aveugle. J’ai décidé d’être heureux et aveugle pour de bon, même si au cours du repas plusieurs indices idiots, combinés à mon intuition, m’avaient bel et bien alerté que quelque chose n’allait pas comme il aurait fallu. Quelque chose n’était pas comme ça aurait dû l’être...
Ce n’était pas à dire que ça aurait dû être pire ou mieux, j’avais passé un excellent moment et tout paraissait tellement à sa place! J’avais pas envie de plus. J’avais pas besoin de plus ou d’autre chose. Si l’heure ne tournait pas pour me jeter inexorablement dans les bras de mon agent et que me faire appeler "monsieur de Lansley" à tout va n’avait pas fini par m’exaspérer, j’aurais pu rester des heures pendu aux lèvres et aux sourires de Norah. C’était agréable. C'était naturel comme tous les autres instants passé avec elle aujourd'hui. Un truc chez elle m’avait mis à l’aise dès le début, malgré ce
petit quelque chose récurrent et que je ne parvenais pas à identifier. Un petit quelque chose qui planait au-dessus de nous. Au-delà mon mensonge à moi...

J'ai commencé à gamberger... me mentait-elle aussi?
J'ai eu envie de me protéger. Arrêter le cramage de neurones. Non, non, non, je ne voulais pas y penser. Je voulais continuer d’être aveugle et ignorant et heureux. C’était si confortable d’être à elle, à la merci de rien d’autre que d’une blague, une question innocente, un sourire parfait, un sarcasme bienvenu. Tout était parfait et je tenais à ce que ça le reste. C'était kiffant la vie dans le monde des si. Pas le courage de me décourager.

♠ Laisse-moi être Ulysse jusqu’à la dernière minute, priaient mes yeux.

[i]Je voulais tellement qu’elle se taise, qu'elle ne me dise pas ce qui ce cachait derrière ce début de phrase et ce regard bizarre. Je voulais pas qu’elle élucide le mystère de ce drôle de truc qui planait au-dessus de nous.
J’avais plus le cœur à lui dire que je n'étais pas qui j'avais prétendu être. J'avais pas la force de lire la déception dans son regard.

Dans ses yeux, là, tout de suite, on dirait qu’elle comprend et qu’elle ressent mes dilemmes. Comment fait-elle?
Je le sais au fond, comment elle fait. Mais c’est pas grave... je fais le sourd, l’aveugle, le handicapé de la réalité. Je veux encore un peu, juste un petit peu, rester personne, l’Ulysse de Norah. Et qu’elle soit la Norah d’Ulysse.

"Ne parle pas, ne dis rien, Norah" lui conjurent mes yeux et mon sourire un peu amer.

Je sais pas comment ma main se retrouve sur sa taille, je comprends pas comment je peux me laisser aller à attirer cette taille contre moi. Son buste suit l’élan insufflé et, jusqu’au bout de sa nuque qui se raidit sous mes doigts, tout Norah est contre moi. Nos bouches se disent adieu. C’est mieux que la vérité un baiser. C’est un merci, c’est une poussée de désir, c’est un vol qualifié de sensualité... si Norah devait me faire appeler à la barre pour témoigner, j’avouerai tout : « je te kiffe, Norah. Quoi qu’il arrive désormais, qui que tu sois et quoi que je devienne à tes yeux après, maintenant, à l’instant, je te kiffe et j’aimerais être l’infini pour rester plus longtemps dans ce baiser. »

Comme je suis incapable de domestiquer mon désir et mon besoin de me noyer dans le point final de notre rêverie en duo, je préfère m’écarter.

Elle recule aussi, doucement, sans brusquerie, certainement inconsciente de l'envie soudaine qui m'a embrasé et que je plie en quatre pour la cacher dans le fond de mon corps. Elle me regarde comme si je venais de descendre d’une soucoupe volante. Elle recule d'un autre pas, hésitant... ses yeux me disent des trucs que je comprends pas. Je voudrais qu'elle dise quelque chose et je voudrais qu'elle ne parle surtout pas. Je ne sais plus bien ce que je veux. Tout et son contraire, ça n'a jamais été très possible. Peut-être que j'aimerais lire dans ses pensées pour le deviner sans le lui dire et sans qu'elle sache que je sais ce qu'elle essaye de me dire… mais je ne sais rien. Je lis pas dans les pensées, ni dans les yeux. Le langage non verbal féminin est trop, trop compliqué.

On se résigne. Elle me soulage d'un mince sourire abandonné au coin de ma bouche. Elle me remercie d'un clignement chaleureux des paupières. Je comprends pas pourquoi elle dit merci des yeux. Je comprends pas ce qui la stresse… je ne cherche plus vraiment à comprendre. Je suis obstiné. Il vaut mieux ne pas savoir, me dis-je encore et encore. Je suis obstiné et encore distrait par le baiser.
Ses lèvres ont répondu à l'appel, ai-je remarqué. Pas comme un "j'en veux plus. Encore plus. Allonge-toi là sur le trottoir, Ulysse, et envoyons-nous en l'air comme des hippies, ça sera super chouette". Plutôt comme un "adieu, je suis désolée".
Je sens qu’elle va partir en courant, après ce deuxième pas en arrière... je pourrais l’arrêter, l’empêcher de s’enfuir... je devine qu’elle va partir quelques secondes à peine avant qu’elle parte... mais je la laisse s’envoler.

J’ai pas la force, j’ai pas le droit de la retenir.
Je peux rien lui promettre parce que tout a commencé sur un mensonge.

Elle disparait au coin de la rue.
Mon sourire et le goût de Norah restent figés sur mes lèvres.

J’enfonce mes mains dans mes poches. Demi-tour. Mon hôtel.

Retour des lunettes noires, capuche sur le ciboulot. Demain les premières répètes. Ce soir les premières interviews. La vie reprend sa course.

Je marche d’un pas pressé, je suis sur le point de regretter de ne pas lui avoir couru après. Mais la vie c'est pas un film. On a jamais la fille à la fin. On se galoche pas sur un "happy end" en technicolor.

Arrivé à l'hôtel, j’emprunte la porte de service des cuisines car l’entrée a été prise d’assaut par les fans américains qui campent derrière les barrières installées depuis mon arrivée. Des flics, sans doute appelé par le directeur du palace, veillent à ce qu'aucun ne franchissent les rubalises. Ascenseur. Soixante-deuxième étage. Ca me laisse le temps de m'impatienter. J'hésite six fois à rebrousser chemin pour retourner au restaurent et interroger Moustache.
Je ne tiens plus en place mais arrivé aux alentours des étages 40, je me calme. J'abandonne mon caprice (mais je ne l'oublie pas).

Je suis pressé d’être dans ma chambre. Arrivé dans la suite squattée par les musiciens et mon nouvel agent artistique, je me dirige vers ma chambre, vers mon lit.

- Salut Elliot! T'étais où?
- C'est quoi cette biffe? T'as fait le touriste, se moque Alex en voyant le sweat que Norah m'a acheté.

Je ne réponds pas.
Ils n'insistent pas, se jettent des regards entre eux en me laissant m'enfuir vers ma chambre dont je claque la porte.

Allongé sur mon pieu, le regard qui parcourt le plafond à la recherche du visage de Norah, je rêvasse. J'y revois le film de la journée et je colmate sur des images de vélo de grand-mère à panier débile, de muraille en pierre du belvédère, de concert improvisé sur les vibes des feuillages d'automne, de course poursuite dans le métro, de disques volés, de sweat et de casquette I Love NYC, de resto. D'un baiser d'adieu.

Chouette journée.
Pendant les trois jours de répétition et les concerts, je vais tout oublier pour me concentrer sur le boulot.

Mais le lendemain, avant le début des répétitions, je me réveillerai avant les autres, aux aurores. Je ferai parvenir le dédommagement prévu au resto. Ca me bouffera toute la journée. Je finirai par m’y rendre moi-même en fin de journée.

Moustache sera étonné de me voir. Il me remerciera pour le large pourboire envoyé dans la marinée. Je l'aurais interrompu avant la phrase suivante.



Epilogue ~ Et après?




- Vous savez, la fille avec qui j’étais hier... c’était pas Charlotte de Lansley.

Moustache est en train d’aider son personnel à dresser les tables pour le service du soir. J'ai une émission dans une heure avec le reste du groupe. La voiture attend devant le restau. Dedans, mon agent, le prod et les musiciens attendent sans trop comprendre quelle mouche m'a piqué:

- Magne-toi, Elliot, on va être à la bourre sinon, m'explique Ravina.


- Sauf votre respect, Monsieur O'Malley, je sais que ce n’était pas Charlotte de Lansley... et vous n’étiez pas Sacha de Lansley non plus, croit-il heureux de se foutre de ma gueule.

Je garde mon sang froid. Je me fous devant lui, entre la table suivante et la paire de couverts qu’il tient. Je dois avoir l’air fortissimo grave et dolcissimo bouillonnant. Comme si c’était une question de vie ou de mort mais que je comprenais que c'était pas la peine de casser la gueule au maître d'hôtel pour autant.

- C’était qui? Elle est revenue depuis hier? Vous l’aviez déjà vu?

Le maître d’hôtel ne sait pas si je perds la boule ou si je me moque de lui. Il a l’air épuisé par tous ces "caprices de star" doit-il penser, mais il garde lui aussi son sang froid. Il me contourne sobrement et va à la table qu'il doit redresser:

- Vous autres, européens, vous avez parfois des mœurs étranges, commente-t-il dans sa barbe en pensant que je n'ai rien entendu. Comment pourrais-je connaître une femme que vous-mêmes ne sembliez pas connaître? Elle n’est pas revenue.
- Si elle revient, dites-lui qui je suis... que je suis désolé de lui avoir menti. Dites lui que j’ai envie de la revoir. Je dois la revoir, vous comprenez... si elle passe, dites-lui juste de... de... de rien... Laissez tomber.

Sous les yeux éberlués de Moustache je ressors, grimpe dans la Limo qui démarre aussitôt. Ma tentative de retrouver Norah est vaine et stupide. Ainsi seront aussi les suivantes. Vaines et stupides. Je suis trop con. Comment je vais la retrouver au milieu de six milliards d'êtres humains? Depuis ce jour, je n'ai pas faibli. Je suis déterminé à la retrouver pour m'excuser en personne et savoir ce qu'elle était sur le point de me dire avant que je l'interrompe. J'y pense tout le temps. J'aurais voulu savoir.


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