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 Le Nouveau Monde près de chez soi

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Loevi Leroy
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MessageSujet: Le Nouveau Monde près de chez soi   Mar 19 Oct - 20:52

Loevi s'accroupit près du bac en plastique et en retira l'un des tout petits chiens en peluche pour le regarder de plus près. Bien sûr, le minuscule animal synthétique n'aboyait pas en remuant la queue, comme on serait en droit de l'attendre d'un jouet sorcier. Ce n'était qu'un vulgaire porte-clés moldu. Encore que, depuis quelques temps, les babioles envoûtées envahissaient lentement mais sûrement le marché. Il devenait de plus en plus courant de croiser un gamin moldu avec un gadget sorcier entre les mains. C'était la dernière mode, si l'on en croyait les journaux - qui ne devaient pas avoir grand chose d'autre à se mettre sous la baguette pour en arriver là.

Laissant échapper un soupir de lassitude, la jeune fille jeta le petit chien au milieu des siens et se redressa. Le magasin était plutôt fréquenté, à cette heure. Une armée de ménagères empressées s'alternaient avec un autre bataillon de bonnes femmes en quête des dernières fournitures oubliées pour la rentrée de leurs bambins ou de la bonne affaire du moment. Le tout en un ballet ininterrompu de couleurs mornes et de cris de crécelle qui lui donnait presque le tournis. Elle soupira à nouveau, enfonça les mains dans ses poches et sortit du magasin, non sans se faire bousculer une fois ou deux. Les Moldus étaient vraiment des gens bizarres.

Depuis son retour de Russie, quelques mois plus tôt, Loevi Leroy, Héritière de Sang Pur (officiellement, du moins) s'intéressait au monde moldu, et à tout ce qui le constituait. Elle en avait assez de toute cette gangrène magique dans laquelle elle évoluait depuis l'enfance et qui ne faisait qu'empirer avec le temps, et elle estimait qu'un peu de simplicité ne pouvait lui faire que du bien. Mais, passé de "Cracmol" ou non, il n'en restait pas moins que l'adaptation était assez difficile.

Bien sûr, elle avait d'autres raisons d'être là, sinon elle serait rentrée chez elle depuis longtemps. Et c'était d'ailleurs surtout parce qu'elle ne voulait pas rentrer chez elle qu'elle avait décidé de poursuivre cette espèce de voyage initiatique. Traverser une partie de la planète - en avion, qui plus était - lui avait donné un goût nouveau de la liberté. Un parfum d'aventure.

Elle avait eu envie de voir du monde, d'enrichir ses expériences. La face moldue du Royaume-Uni, puisqu'elle avait encore de fortes responsabilités au pays et à l'école, lui avait paru un bon commencement. Elle apprenait, petit à petit. Mais elle se lassait vite. La vie sans magie n'avait aucun attrait, à ses yeux. Trop morne, trop sage ; trop difficile. Elle avait beau ne maîtriser sa magie que depuis peu - trois courtes années, plus d'apprentissage que d'usage - elle s'y était attachée comme à une bouée de sauvetage. Les souvenirs d'avant étaient trop douloureux ; et la vie moldue ne cessait de les lui rappeler, lui posant sans cesse la même question :


Et si tu n'avais jamais récupéré la maîtrise de tes pouvoirs, qu'aurais-tu fait ? Aurais-tu appris à vivre comme eux, loin de ton univers ?

Un univers qu'elle chérissait et haïssait tout en même temps.

Merlin ! comment s'en sortaient-ils ? Certes, ils avaient inventé tout un tas de choses fort intelligentes que la magie encore capricieuse de Loevi, malheureusement, continuait allègrement de détraquer malgré elle. Non, même si elle était restée la pseudo-cracmole qu'elle avait été habituée à être, elle n'aurait jamais pu vivre comme ces humains ordinaires. Rien n'avait jamais pu fonctionner convenablement près d'elle. Pas très longtemps, en tout cas.

Heureusement, tout cela avait changé. Un peu.

Pourtant, la jeune fille ne pouvait s'empêcher d'être attirée - fascinée - par les Moldus. Elle ne se l'expliquait pas, c'était comme ça. Aussi, quelques blasée qu'elle put se sentir, elle revenait toujours là, au milieu d'eux. A la recherche de quelque chose, peut-être. Mais quoi ? Un nouveau souffle. Une nouvelle vision de monde. Qui savait ?

Elle n'analysait pas très bien ses envies et ses aspirations, tant celles-ci se contredisaient. Elle avait cessé de se poser des questions ; il suffisait de le vivre, après tout. Et il y avait encore tant de choses à découvrir, tant de choses qu'elle ignorait encore... que voulait-elle réellement ?

Elle leva la tête vers le ciel, comme s'il allait répondre à toutes ces questions qu'elle ne se posait pas vraiment. Au moins, le temps était revenu à la normale. Depuis qu'Antarès avait obtenu gain de cause. Elle arrivait enfin à dormir normalement - et à ne plus choper de rhume à tout va - ce qui lui permettait de se consacrer pleinement à ses études, et à son paternel. Un regain d'énergie qui était fort bienvenu. D'autant qu'elle n'avait pas renoncé à chercher Eleanor - jamais ! - que l'Opposition avait soigneusement planquée comme un trésor hors de prix.

Même Patrick Leroy, pourtant bon Shaula à la botte d'Antarès, n'en parlait pas. Savait-il seulement quelque chose à ce sujet ?

Fatiguée de réfléchir à ces problèmes insolubles, Loevi secoua la tête et entra dans la première boutique qu'elle vit - une bijouterie. Peu intéressée, elle haussa les épaules et s'apprêta à ressortir, mais l'éclat des pierres attira son regard et la retint devant les vitrines, comme un Lumos attire les papillons. Ce monde était fou - mais elle-même l'était à peu près autant.

Foutus Moldus. Foutus sorciers.

Foutue vie.





Spoiler:
 


Dernière édition par Loevi Leroy le Ven 29 Oct - 19:44, édité 1 fois
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Ulysse Denali
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MessageSujet: Re: Le Nouveau Monde près de chez soi   Mar 26 Oct - 19:28

Je me tenais devant la vitrine où s’alignait les gemmes, l’or et l’argent. J’hésitais depuis plus de dix minutes sans être parvenu à me prononcer. Mes dilemmes se renvoyaient joyeusement la balle. Si j’achetais quelque chose de coûteux, il serait mal à l’aise. Si ça ne l’était pas assez, il ne comprendrait pas la valeur que je mettais dans ce présent. Si mon choix se portait sur un bijou trop extravagant, il ne le porterait pas. Si je le prenais discret, j’aurais l’impression d’avoir fait un cadeau invisible.

Et quelle pierre ? Fallait-il une pierre ou pas ? Un pendentif ? Une gourmette ? Une chevalière ? Je ne l’avais jamais vu avec un autre bijou que son bracelet en cuir, peut-être était-ce parce qu’il ne les aimait pas et je faisais fausse route depuis le début. Un pull de Mongolie ? Un parapluie d'une grande marque ? Non... C'était trop insignifiant. Trop commun. Je le voulais embarrassé à une mesure juste et heureux de se voir offrir un cadeau. J’en aurais été malade si, en lui offrant mon présent, j’avais relevé dans son regard ne serait-ce qu’une once de déception ou de perplexité. Je voulais bien choisir car ce cadeau était compliqué. Il n’avait pas d’autre but que d’être un cadeau.

J’étais reparti dans mes tergiversations. Une bague ? C’était simple et discret mais l’avoir toujours sous les yeux en faisait un cadeau qui faisait partie de soi. Je recherchais quelque chose qui fasse partie de lui. Quelque chose qui le fasse penser à moi dès qu’on lui demanderait d’où venait ce bijou ou quand il poserait les yeux dessus à chaque fois qu’il lui faudrait la retirer pour se laver les mains.

Mais l’indécision régnait dans tous mes choix. Une bague, ça faisait “ mariés „. C’était un cadeau qu’on offrait à une femme. A un homme en de moindre occasion. Si toutefois l’homme en question était son petit ami. Elliot n’était pas mon petit ami.

Dès mon arrivée dans la boutique, j’avais fatigué la vendeuse qui ne m’avait pas témoigné beaucoup de patience. J’ai fini par lui dire que j’allais réfléchir et que je reviendrai vers elle quand mon choix sera fait. Elle allait devoir attendre encore un peu.

Juste à côté de moi, une jeune fille fixait la vitrine. Je ne savais pas si elle était sujette aux mêmes contingences que moi mais, me trouvant à bout d’idée, je me suis mis à engager la conversation. Une inconnue qui ne tirerait aucun enjeu commercial de ses conseils, m’en donnerait peut-être de plus sincères que la vendeuse. Je sortis les mains de mes poches et m’avançai vers la vitrine qu’elle regardait :

■ Vous aussi vous avez du mal à faire un choix ?

L’entrée en matière était assez polie pour qu’elle me réponde sans avoir peur - outre le fait que je n’avais jamais eu un visage qui appelait la méfiance - et suffisamment détaché pour qu’elle n’imagine pas que j’essayais de la séduire.

Je lui souris avec un air de compassion, convaincu que nous partagions une sorte de solidarité naturelle face à la difficulté d’un achat couteux et certainement significatif. Que cela soit pour soi ou pour quelqu’un d’autre, investir dans un bijou ne se fait jamais sans réflexion. Restait à savoir si la demoiselle avait envie de perdre son temps dans une discussion de comptoir improvisée.

L’un dans l’autre, il ne me coûtait pas une livre d’essayer.

■ A votre avis, rajoutai-je après deux secondes de pause, si je devais offrir un bijou à un homme qui a déjà tout ce qu’il lui faut dans la vie pour lui témoigner mon amitié, que devrais-je prendre ?

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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Le Nouveau Monde près de chez soi   Mar 2 Nov - 21:52

Toute à ses mornes pensées, Loevi sursauta lorsqu'un inconnu parla près d'elle. Elle releva la tête vers lui, et s'avisa que c'était bien à elle qu'il parlait ; il n'y avait personne d'autres dans les parages immédiats et, de toute façon, elle ne pouvait pas se tromper sur la direction de son regard. Elle jeta un dernier regard sur la vitrine, comme surprise de la trouver là, et revint à lui.

-Oh, non, je... Pas vraiment.

Elle ne cherchait rien, surtout. C'était plus de la curiosité qu'une réelle intention d'acheter. Lui, par contre, semblait rencontrer quelques soucis. Elle esquissa une moue désespérée qu'elle tenta maladroitement de dissimuler et regarda en direction de la vendeuse, mais celle-ci avait trouvé de quoi s'occuper pendant un bon moment en la personne d'une jeune femme visiblement très fébrile, accompagnée de ce qui paraissait être son - peut-être - futur mari. Bouse, elle allait devoir répondre à sa place.

Aussi bien. Ça lui ferait les pieds, et un peu de cette expérience qu'elle avait cru rechercher en traînant chez les Moldus. Même si, à force de flâner en solitaire, elle avait presque perdu l'envie de faire de nouvelles rencontres.


-Je ne suis peut-être pas la mieux placée pour vous conseiller, répondit-elle lentement. Je ne m'y connais pas tellement en bijoux...

Elle n'en avait jamais possédé elle-même ; personne ne lui en avait jamais offert, et elle-même ne s'y était jamais vraiment intéressée. De son côté, elle ne se souvenait pas de la dernière fois qu'elle avait offert un bijou à quelqu'un - en avait-elle seulement jamais offert ? La réponse était bien évidemment non.

-Je dirais... Essayez quelque chose qui vous ressemble, s'entendit-elle dire, abasourdie d'oser donner des conseils sur quelque chose qu'elle ne maîtrisait absolument pas. Après, tout dépend de ce qu'il aime porter comme bijou, je suppose...

Elle hocha la tête et se surprit à sourire. Cette situation n'avait rien d'ordinaire pour elle.

-Excusez-moi, je n'y connais rien du tout, en fait. Comme vous pouvez le constater, les bijoux et moi ça fait deux, dit-elle en montrant ses mains et ses poignets d'un seul geste. Pour être tout à fait honnête, je ne sais pas bien ce que je fais ici.

Elle n'avait personne à qui offrir quoi que ce soit parmi ce qui se trouvait ici. Ah, si. Il y avait bien Elinor. Mais depuis son retour de Russie, elle ne l'avait pas recontactée une seule fois, pas avec tous les secrets qu'elle avait rapportés de son lointain voyage. Elle savait pertinemment que l'avocate saurait tirer d'elle toutes les confidences qu'elle voulait, et ça, Loevi ne pouvait pas le permettre. Alors... un bijou pour se faire pardonner son silence ? Aucun moyen que ça marche. Et Elinor risquait de le prendre mal.

Sans compter cette fichue Rachel, qui lui mettait toujours les nerfs en pelote. Elle aurait bien tout fait pour les séparer, mais Elinor n'aurait certainement pas apprécié. Bref ; elle n'avait pas le droit de se mêler de sa vie amoureuse.

Quant à Eleanor... Il faudrait déjà qu'elle la retrouve avant de songer à lui offrir quoi que ce soit d'autre que la liberté qu'elle lui promettait en silence depuis plus d'un an maintenant.

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Ulysse Denali
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MessageSujet: Re: Le Nouveau Monde près de chez soi   Jeu 4 Nov - 22:25

La vision de sa mine lorsque je la tirai de ses rêveries me fis très vite regretter de l’avoir dérangée. Elle adressa un regard légitime en direction de l’employée du magasin. Cela devait être dans l’espoir qu’elle la sorte du dénuement dans lequel ma demande la mettait. Son coup d’œil confirma l’indisponibilité du secours qu’elle espérait. Elle se résolut à me répondre et sa mine n’était pas moins désespérée. Ce qui se dégagea d’elle au moment où elle leva les yeux vers moi une nouvelle fois me mit mal à l’aise un instant. Je me promis de la délivrer de ma présence dès qu’elle m’aurait donné sa réponse.

Je me sentais tellement mal de l’avoir perturbé à ce point que j’eus envie de prendre mes jambes à mon cou avant même qu’elle ne me réponde. La liberté que j’avais prise et que je prenais souvent, me mettant spontanément à discuter avec n’importe quel inconnu dans la rue ou en attendant le métro, bousculait les autres dans une sorte d’embarras mortifié. On ne s’attendait jamais vraiment à être dérangé par un inconnu alors qu’on était bien confortablement assis dans sa petite bulle. Certaines personnes réagissaient plutôt bien, d’autre coupaient court, comme si on avait profané les 10 commandements, et d’autres encore, comme cette jeune femme, essayaient d’affronter le malaise que ce genre de situation provoquait dans l’espoir que le pénible ne s’attarde pas trop longtemps dans leur vie. On était tellement mieux dans sa bulle !

Je conservais un sourire poli, même si je pressentais qu’il avait quelque peu fané. C’était gênant. Le moment était gênant. Il fallait vraiment que j’arrête de parler aux gens comme ça. Nous n’étions pas à une époque où les gens aimait qu’on les aborde en parlant de la pluie et du beau temps. Tout avait une valeur ; et le temps, plus que toute autre chose, était une valeur qu’on n’avait pas le droit de soutirer à l’improviste. Epoque triste, racornie et râpeuse. “ Mon voisin est peut-être un tueur „ et se barricader est la meilleure chose qui reste à faire. Epoque paranoïaque, égotiste et, tristement, c’est dans l’ordre des choses.

Il m’avait paru plus compliqué de l’écouter depuis que j’avais ressenti ce froid. J’entendis cependant le conseil. Je devais choisir quelque chose qui me ressemblait.

“ Mais je ressemble à quoi ? A une bague ou à un pendentif ? „

Seul le petit sourire qui suivit parvint à effacer une bonne moitié de mes appréhensions. Elle se détendait et se prêtait au jeu. Même si elle conclut en se dédouanant.

Je ne voulais pas être impoli et tourner les talons aussitôt le conseil délivré. Je lui souris en hochant la tête pour apprécier silencieusement le conseil puis, un peu plus tard, je fis un léger non de la tête pour signifier que son manque d’expérience en joaillerie n’était pas dérangeant. Du moins, elle n’était pas un grand inconvénient dans la vie. Sauf si on était joaillier, c’est évident.

Je cherchai une formule polie pour la délivrer enfin de l’embarras que ma présence lui avait causé quand elle glissa une dernière phrase. Toute petite et qui n’avait sans doute pas la moindre importance. Mais j’étais une bonne oreille. Je connaissais les variations de la voix et la conjugaison de tous les regards par cœur. Parce que j’avais beaucoup écouté et beaucoup regardé les gens et parce qu’il était peu de choses qui pouvaient réellement susciter mon indifférence. J’étais fier de trouver un intérêt et un sens à presque tout.

Cette dernière petite phrase était un échange en bonne et due forme. Je lui avais donné quelque chose de ma vie, qu’elle n’avait absolument pas requis, et malgré elle ou en toute connaissance de cause, elle me donnait un indice sur la sienne. Nous étions quittes. Quelque chose sur lequel rebondir... Et si je ne le voulais pas, que cette parenthèse n’avait été qu’un accident affable, l’échange prendrait fin maintenant et on retournerait à nos vies respectives.

“ Je ne sais pas bien ce que je fais ici. „

A comprendre qu’elle n’était pas entrée dans la boutique pour y faire un achat. A comprendre aussi, et en une plus fine mesure, qu’elle n’avait rien à faire ici.

Que je la questionne et l’issue était prévisible :
    □ Ah oui ? Et pourquoi êtes vous donc rentrée ?
    □ Juste pour regarder. Je n’ai pas l’argent pour tout ça.
    □ C’est vrai que c’est cher.
    □ Oui. Enfin, j’espère que vous trouverez votre bonheur.
    □ Je vous remercie pour votre petit conseil. Je vais réfléchir encore.
    □ De rien, bonne fin de journée.
    □ De même.

Echange de banalités terminé. Délivrance dans la minute de l’insupportable inconnu qui a pris possession d’un peu de son temps.

Que je la délivre moi-même au plus vite :
    □ Je ne sais pas bien ce que je fais ici.
    □ C’est un bel endroit. Les parures sont jolies. On n’a pas besoin de raisons marchandes pour entrer dans ce genre de boutique. Elle attire l’œil malgré soi. En tout cas, je vous remercie pour votre petit conseil. Je vais réfléchir encore. Bonne journée, mademoiselle.
    □ De rien, bonne journée, j’espère que vous trouverez votre bonheur.

Quoi qu’on fasse dans ces situations, ce n’était que l’ordre des mots qui changeait. La finalité était la même.

Je me décidai pour une troisième formule : l’ignorance et la courtoisie.

■ Ne vous excusez pas. C’est moi qui suis désolé de vous avoir importuné. Je prendrai votre conseil en compte... et si je dois vraiment lui offrir quelque chose qui me ressemble, ce n’est pas dans cette boutique que je trouverai mon bonheur. Merci... je n'y aurais jamais songé seul.

Et d’ignorer ce petit bout de phrase qui me faisait pourtant tant réfléchir et qui avait attiré ma curiosité naturelle.
Je la laissai au bras de la mystérieuse raison qui l'avait faite entrer dans la boutique, ne supportant plus l’idée de m’être atrocement imposé dans la quiétude de sa journée.

Je lui adressai un sourire convaincu et empli de gratitude :

■ Je vous souhaite une bonne journée. Je vous remercie.

Après un dernier coup d’œil à la vitrine qui ne faisait rien qu’à me rendre indécis, je tournai le dos à la jeune fille.

A la porte, deux hommes entèrent au moment où je sortais. Ils étaient vêtus de costumes et de chemises noires haut de gamme et mon cœur se mit à battre quand je levai les yeux vers leurs visages masqués. Un hold-up.

Je n’eus pas le temps de réfléchir. Le premier me repoussa brutalement à l’intérieur tandis que le second ferma la vitrine avant de faire volte-face et de se tourner vers le comptoir en braquant son arme devant lui. C’était une baguette de sorcier. J’étais sidéré.

■ Ladys and Gentlemen, ceci est un hold-up. Veuillez lever vos mains en l’air et aucun mal ne vous sera fait. Nous serons sortis dans trois minutes si vous coopérez.

Le second était déjà arrivé au comptoir. Il tenait une mitraillette dirigée sur la vendeuse qui ne m’avait été d’aucune utilité, c'était vrai, mais ce n'était pas une raison pour la tuer. Il me fut très difficile de garder mon sang froid sans réagir. J'avais esquissé un mouvement pour m'interposer mais la mitraillette s'était retournée vers moi, avec rapidité, pour m'interdire le moindre geste. Il fit un non de la tête pour me sommer de rester à ma place, puis il se tourna de nouveau vers la vendeuse :

■ Si tu déclenches l’alarme, ta tête repeindra tous les murs. Pas de conneries. C'est valable pour tout le monde. A la moindre tentative de super-héros, je tire.

Elle pleurnichait, effrayée. Le bijoutier n’était pas plus impassible.

Les mains en l’air, tout comme le jeune couple de clients, je ne bougeais plus. L’homme armé qui, lui, ne devait pas être un sorcier, entreprit de nous regrouper et de nous attacher deux par deux derrière le comptoir avec des colliers de serrage en plastique. Nous étions six otages. Il nous ordonna de nous asseoir.

Il attacha le patron à son comptoir tandis que le premier, celui avec la baguette, barricadait la vitrine avec un sortilège qui referma le rideau coulissant en fer. Quand la bijouterie fut plongée dans le noir, il leva la baguette devant lui en notre direction :

■ Accio téléphones portables ! Accio baguette ! Accio armes !

Le butin fut amassé à ses pieds. Je n’eus pas le temps d’être étonné de voir que, dans le lot des objets qu’il avait collecté, une baguette s’était effectivement glissée. J’étais terrorisé à l'idée qu'ils n'obtiennent pas ce qu'ils étaient venus chercher sans faire acte de violence mais étrangement calme tellement la situation me dépassait. Le sorcier me mettait plus en confiance que son complice. C’était probablement parce qu’il avait eu une manière très courtoise de nous braquer quand l’autre était plus bourru. Le sorcier restait d’un calme olympien. Son complice se montrait plus stressé mais c’était lui qui était allé vers les réserves de la bijouterie en emmenant avec lui la vendeuse. Le sorcier restait debout, face à nous, dans la boutique. Les masques étaient des masques neutres de théâtre. Le visage blanc en plastique du braqueur restait dirigée vers nous. Il était impossible de savoir ce qu'il regardait vraiment, son âge ou son état émotionnel. Seule sa voix nous indiquait qu'il était calme et plutôt jeune. De ses mains gantées, il ramassait les téléphones et la baguette et les mit dans un sac en plastique de WallSmart. Il n’y avait aucune arme dans le lot.

J’avais été attaché avec la jeune fille qui m’avait donné conseil. Nous avions tous les mains liées dans le dos, les deux Serflex passaient l'un dans l'autre. Le braqueur sorcier s’avança vers nous et s’accroupit en face d’elle :

■ Je vous la rendrai quand nous serons partis, dit-il d’un ton prévenant et toujours aussi aimable. Je mis du temps à comprendre qu'il parlait certainement de la baguette. Elle sera dans la première poubelle au carrefour de la rue, en sortant à gauche... avec les portables.

Il se releva et cria à l’attention de son complice qui n’était toujours pas revenu :

■ Dépêche-toi !
■ Elle est trop émue, brailla le second depuis l’arrière-boutique, elle n’arrive pas à composer le code de leur coffre ! On se casse !
■ Non. On ne part pas sans la pierre. Ca mettra le temps que ça mettra mais je ne ressortirai pas d’ici sans ce bijou. Viens chercher le patron...

L’homme fondit en larmes sous le coup de l’émotion quand il comprit que le sorcier parlait de lui. Il ne fut pas plus apte que la vendeuse à se mettre à la disposition des deux braqueurs. Le sorcier soupira sous son masque.

■ Oublie ce que j'ai dit... le patron ne t’aidera pas plus.
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Le Nouveau Monde près de chez soi   Lun 8 Nov - 19:50

L'individu parut hésiter un court instant, comme pas bien certain de la tournure qu'il devait donner à la rencontre ; brève, si Loevi ne se trompait pas sur l'intention dissimulée par ce bref silence. Et, de fait, il s'arrangea pour couper court, aussi poliment que possible. *Alors quoi ? songea l'étudiante sans oser paraître pour autant plus mal élevée que lui. C'est bien lui qui est venu me parler, non ? Pourquoi il s'en va, maintenant ?* Peut-être que sa réponse lui avait convenu, en fin de compte, puisqu'il avait décidé que son cadeau ne devait pas provenir d'une bijouterie. Ou alors Loevi lui avait paru si peu engageante qu'il avait préféré battre en retraite...

C'était si peu étonnant, après tout. Elle n'était pas connue pour sa grande sociabilité, loin de là.


-Ce n'est rien. Je suis contente d'avoir pu vous aider au moins un peu, dit-elle en souriant. Bonne journée à vous aussi.

Elle le regarda se diriger vers la porte, passablement frustrée de ce que son comportement trop renfermé lui ai tronqué sa première vraie expérience du monde "extérieur", avant de revenir observer la vitrine, déjà moins fascinée par les éclats de l'or et des pierreries. Elle ne vit pas entrer les deux individus, repoussant l'inconnu qui l'avait abordée vers l'intérieur de la boutique en le menaçant d'une baguette - mais elle les entendit.

-Ladies and Gentlemen, ceci est un hold-up. Veuillez lever vos mains en l’air et aucun mal ne vous sera fait. Nous serons sortis dans trois minutes si vous coopérez.

Elle releva brusquement la tête, prise de court. Elle qui avait toujours vécu dans les langueurs réflexives des batailles verbales à la BloodDust mit un bon moment avant de comprendre ce qui arrivait. D'autant qu'elle ne saisissait pas en quoi cet absurde objet noir informe que brandissait le deuxième homme, celui qui n'avait pas de baguette magique en main, pouvait terroriser à ce point la pauvre vendeuse et le couple qui se trouvait près d'elle, sans compter le bijoutier, trois pas plus loin, et le jeune homme qui aurait déjà dû se trouver dehors. Elle imita néanmoins les autres et leva les mains au-dessus de sa tête, la mine sombre - l'autre était armé d'une baguette, après tout, qu'il soit un vrai sorcier ou non, et tant qu'elle ignorait la nature exacte de cet objet noir, mieux valait jouer la prudence.

*Pas de connerie, pas de héros. Ok. Pas tout de suite.* Elle n'allait pas se laisser faire comme ça, c'était une certutide. Elle se donnait seulement le temps d'analyser la situation, de trouver le bon moment - et elle agirait. Elle se fichait bien du danger, elle se fichait bien d'être attachée à un pauvre Moldu sans défense. Elle avait sa baguette en poche et, maintenant, elle savait s'en servir. Elle pouvait fair...

-Bouse... marmonna-t-elle en sentant sa baguette s'échapper de sa poche.

C'était bien sa veine. Le bonhomme était un vrai sorcier, c'était au moins une certitude de gagnée - pas franchement joyeuse, en attendant. Elle se sentit soudain nue, comme surexposée, privée ainsi de son seul moyen d'user de la magie. Impossible d'utiliser un quelconque informulé, surtout sans baguette - elle était bien loin d'atteindre ce niveau, cursus scolaire spécialisé ou pas. Elle fulmina en silence, le regard plus noir qu'une nuit d'orage. Le sorcier dut le remarquer, car il vint s'accroupir devant elle pour lui assurer que sa baguette lui serait rendue, jetée comme un détritus au milieu des ordures.


-Merci, vous êtes trop aimable, railla-t-elle, furieuse.

Il se redressa, avec cette fois un sourire moqueur aux lèvres, et s'en alla rejoindre son coéquipier. Apparemment, les choses ne se passaient pas comme prévu. Messieurs les braqueurs étaient venus chercher une petite pierre précieuse mais une pauvre porte de coffre lui barrait la route à son butin. Quel dommage... Bizarrement, personne ne semblait penser à la baguette comme à une solution acceptable ; pourtant, à ce qu'elle en savait, même si tout le monde s'était plus ou moins habitué à voir traîner des sorciers ici et là, personne n'avait songé à se protéger d'eux.


-Oh ? fit-elle mine de s'étonner, fielleuse. Alors on ne sait pas jeter d'autre sortilège qu'un pauvre Accio ?

-Les coffres sont protégés contre la magie, maintenant, boufonne, cracha le braqueur à l'objet noir.

Ou alors elle l'ignorait.


-Que c'est bête, fit-elle alors, passant outre l'insulte. Vous voilà bien désemparés. C'est dommage, vous allez devoir partir sans ce que vous étiez venus chercher.

Le couple la regardait avec des yeux horrifiés, l'air de se demander quel Veracrasse avarié elle avait ingurgité avant de venir. Apparemment, aucun des Moldus ici présents n'avait remarqué son statut de sorcière - et tant mieux pour elle ! Tous aussi stupides qu'ils étaient, ils étaient capable de croire qu'elle aurait pu les sauver d'un petit coup de baguette magique. Les choses se passaient rarement aussi facilement - ne serait-ce que parce que l'ennemi aussi avait son petit coup de baguette magique en réserve - et, de toute façon, elle ne l'avait plus, ce fichu bâton de bois détraqué. De fait, ainsi désarmée, elle paraissait complètement folle aux yeux de ceux qui l'entouraient à cet instant.

Mais Loevi n'avait pas peur. Elle avait toujours eu un côté bravache qui s'était affirmé à l'adolescence, puis lorsqu'elle avait rejoint son père dans le seul but de briser le petit monde d'Antarès de l'intérieur. C'était encore pire depuis qu'elle avait tenu tête à un vampire pour en ressortir, non seulement en un seul morceau et toujours gorgée de sang, mais avec en prime l'une des plus belles associations de ce siècle. Loevi Leroy BloodDust ne craignait rien ni personne.

Elle aurait dû.

Le prétendu moldu s'approcha vivement d'elle et lui frappa le visage de son objet noir, l'envoyant valser à terre, et avec elle l'homme à qui elle était attachée. Il aurait bien lâché un peu plus la bride à sa frustration si son coéquipier ne l'avait pas retenu, d'une poigne ferme sur son bras.


-Arrête, siffla le sorcier. On avait dit pas de coup, sauf en cas d'absolue nécessité.

-Et elle, c'est pas une absolue nécessité ?

Loevi cracha un mince filet de sang sur le sol, frémissante. Il ne l'avait pas ratée ! Elle avait tellement mal qu'elle se demandait si elle allait pouvoir parler. Mais, en tout cas, elle parvint à rire ; un rire un peu fou, parce que, en fin de compte, elle l'était peut-être un peu.

-Je ne suis qu'une pauvre gamine désarmée, s'exclama-t-elle entre deux éclats de rire, avec une élocution plus fluide qu'elle ne s'y était attendue. Et vous avez peur de moi ?

-J'ai pas peur de toi ! brailla l'autre.

-Arrête, on n'a pas le temps pour ça...

-Et moi j'veux lui faire payer son insolence, répliqua l'autre, rouge de rage. J'veux la buter !

Et Loevi riait toujours.



HJ:
 
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Ulysse Denali
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MessageSujet: Re: Le Nouveau Monde près de chez soi   Dim 14 Nov - 16:56

Spoiler:
 

On m’avait attaché à une folle furieuse. Elle faisait tout son possible pour attiser la rage des deux casseurs. Je n’avais aucune prétention quant à la psychologie des êtres humains et encore moins celle des femmes mais il m’a semblé que celle qui était dans mon dos n’avait que faire du reste des otages. Autrement, comment pouvait-elle persister à rendre compliqué quelque chose qui aurait dû être simple ? Ils volent. On se tient tranquilles et ils se tirent. La police ferait le reste. Mais sa grande bouche allait tous nous faire tuer.

Elle s’était mise à rire. La patience du moldu s’amoindrissait à vue d’œil. Pas besoin de voir son visage pour le deviner. Bientôt, celui qui était sorcier n’eut plus assez de poigne pour retenir son coéquipier qui brandit une nouvelle fois son arme. Je n’aimais pas plus les super-héros que notre casseur mais l’idée qu’on puisse frapper une femme avec une telle violence me hérissait le poil. Instinctivement, avant que la crosse n’atteigne le visage de la fille, je nous tournai d’un vif geste pour recevoir le coup à sa place. Putain ! Ca faisait super mal. Au regard de la douleur lancinante sur ma joue, je n’eus aucun regret. Ce coup était violent. Il lui aurait démonté le visage. Je fus expulsé en arrière et me cognai la tête contre le comptoir en marbre.

L’homme masqué me regarda me remettre douloureusement de son coup. Son arme était encore en l’air, en suspend. Il était resté stupéfait.

■ Tu es con ! me lança-t-il. Elle méritait ce coup...
■ Prenez votre bijou et allez-vous en, eus-je du mal à articuler.

Ma joue chauffait. Je n’arrivais pas à ouvrir les yeux. Je savais que j’étais affalé contre le comptoir et j’entendais les pleurs étouffés de la fiancée.

Le sorcier vint interrompre l’anicroche en attrapant solidement son camarade par l’épaule. Pour la première fois, le ton monta entre les deux hommes :

■ Pas de violence ou je te stupéfixie.

L’autre maugréa en réajustant son masque. Leur querelle dura un petit moment. Je profitai du sermon pour glisser mon mécontentement à la femme à laquelle j’étais attaché. Je parlais sèchement mais la douleur conjuguée à l’urgence de la situation ne pouvait pas me rendre plus poli que ça :

■ Sérieusement, fermez-là. lui dis-je. Si vous avez envie de mourir à coup de crosse ou d'une balle dans la tête, c’est votre problème mais moi j’ai une vie que j’aime. Et un cadeau à donner...

J’essayai de me redresser et d’ouvrir un œil. J’aurais bien aimé l’avoir en face pour lui dire encore comment son comportement m’indignait. Mon souhait fut étrangement réalisé. Je ne m’étais pas rendu compte que le sorcier casseur s’était approché de nous. Ses jambes étaient devant moi. Il vint s’accroupir et sa voix chantante traversa le masque cependant qu’il brandissait sa baguette sur moi et l'agitait comme un chef d'orchestre, sur le rythme de sa voix :

■ Gentleman et raisonnable, observa-t-il enjoué. Vous allez peut-être me servir à quelque chose... Visiblement nous allons passer un peu plus de temps que prévu tous ensemble, poursuivit-il en se relevant pour s’adresser à chacun d’entre nous.

Le second braqueur, que je n’avais pas vu quitter la boutique à la fin de leur dispute, revint de la salle du fond avec la vendeuse. Il l’attacha avec le patron et les fit asseoir avec les autres otages.
Il soufflait très fort dans son masque. Il était toujours énervé par la jeune sorcière.

Le sorcier braqueur agita sa baguette et tous nos papiers d’identités furent attirés pareillement qu’il l’avait fait avec nos téléphones.
Par déduction, j’avais très vite compris auquel d’entre nous la baguette appartenait. C’était ce qui devait donner tant d’assurance et d’effronterie à ma codétenue. Ne savait-elle pas que l’arme que tenait le deuxième braqueur pouvait avoir raison de nous à la moindre saute d’humeur ? Il paraissait ne pas savoir aussi bien résister à la tension que son coéquipier. Il n’y avait, selon moi, rien de plus dangereux qu’un imbécile tenant une arme à feu.

Le sorcier se mit à lire les prénoms et les noms de chacun à haute voix, parlant toujours avec un air fantassin et grandiloquent d’acteur de théâtre :

■ Robert Gray et Monica McCain...

Ca devait être le jeune couple. Ils tressaillirent en regardant le sorcier décliner leur identité.

■ Philbert... ce n’est pas un nom, ça, Philbert... où vos parents avaient-ils donc la tête ? commenta-t-il pour le bijoutier. Philbert Degrassi, Felicia Foster, Loevi Leroy et Ulysse Denali...

Il jeta nos papiers dans la vitrine et écarta les bras :

■ Je suis enchanté de faire votre connaissance. Si j’avais pu, je vous aurais serré la main mais pour l’instant, vous allez rester attacher... sauf Ulysse.

Le deuxième tourna la tête brutalement pour objecter :

■ Quoi ?! Tu perds la tête !
■ Sauf Ulysse, disais-je. poursuivit-il sans prendre en compte l’intervention de son partenaire. Ulysse me paraît être un homme sensé et plein d’altruisme pour ses semblables. Pour cette raison, Ulysse va vous surveiller pendant que mon ami (que vous appellerez le Méchant) et moi (que vous pourrez appeler le Gentil) serons en train de percer le coffre ! A l’ancienne ! sembla-t-il s’amuser encore.

Une seconde plus tard, mes mains étaient libres.
Le sorcier s’approcha pendant que je me massais les poignets, très méfiant. Je sentais la contrepartie arriver :

■ Ulysse, je ne suis pas pour la violence mais, si, quand nous revenons, il y a les flics, un otage qui manque ou ne serait-ce qu’un poil de cul d’Occamy de travers dans cette pièce, je tue Monica. Si j'entends un bruit, je tue Philbert, si un de vous manque, je tue ceux qui reste.

Monica sursauta et se mit à pleurer à son tour.
Il termina en s'adressant à Loevi d'une voix basse et obligeante:

■ Si mademoiselle Leroy veut bien se donner la peine d’avoir un peu plus de discernement, j’apprécierais intimement que tout le monde s’en sorte indemne.

Il se tourna vers les issues et jeta un sortilège sans le formuler. Il me sembla avoir entendu des bruits de cadenas et de cliquetis. Puis le bruit de la rue disparut. La pièce était fermée et insonorisée. Il fit apparaître un flacon d’alcool. Le Méchant comprit tout de suite et grognassa :

■ Tu ne veux pas non plus leur offrir les croissants et le thé ?

Le Gentil fit encore mine de ne pas avoir entendu la remarque et me tendit le flacon :

■ Soignez votre joue et votre camarade. Nous revenons dans une dizaine de minutes pour vérifier que tout se passe dans le plus grand calme...

Les deux hommes disparurent, emportant nos effets personnels avec eux. Nous laissant seuls.

J’avais le flacon d’alcool dans les mains. J’avais déjà vu Elliot se soigner avec sa baguette... je savais que certains sortilèges pouvaient faire en un rien de temps ce qu’il m’avait demandé de faire pour Loevi et moi. Il s’amusait. Il voulait que nous souffrions. Que nous ne soyons que de pauvres moldus. Je l’avais toujours été... mais la sorcière en face de moi ne savait peut-être pas encore combien le manque de perspectives magiques pouvait rendre la vie un poil plus douloureuse.

Je lui souris malgré moi et m’agenouillant près d’elle :

■ Je suis désolé de vous avoir crié dessus... pas d’héroïsme, s’il vous plaît... je veux bien comprendre que la situation vous paraisse bien plus terre à terre que celle que vous pourriez rencontrer dans votre monde de magie, mais ici, de ce côté-là de la vie normale, une kalach reste une kalach et on ferme sa bouche quand on en est la cible... penchez vous sur le côté, je vais soigner cette vilaine blessure.

Le coin inférieur de sa lèvre saignait toujours. J’arrachai ma doublure de manteau pour l’imbiber avec l’alcool.
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MessageSujet: Re: Le Nouveau Monde près de chez soi   Dim 23 Jan - 18:01

Spoiler:
 



Elle attendit le choc du deuxième coup, mais il ne vint pas exactement comme prévu. Il y eut bien une méchante secousse, mais aucune douleur. Ce n'est qu'en entendant le gémissement étouffé du type derrière elle qu'elle comprit ce qui venait de se passer - elle n'avait jusqu'alors pas réalisé qu'elle avait fermé les yeux. Quelle honte. Ses paupières se rouvrirent brusquement et, stupéfaite, elle resta pétrifiée une dizaine de secondes... jusqu'à ce que l'apprenti chevalier servant n'y aille de son sermon. Elle se reprit instantanément, indignée. Alors là, c'était trop fort !

-Au moins je serais morte en faisant quelque chose, moi... grommela-t-elle tout bas, en se demandant distraitement ce que pouvait bien signifier "une balle dans la tête".

Mais elle n'était pas sûre qu'il l'ait entendue. Le sorcier s'était de nouveau avancé vers eux, ayant visiblement obtenu gain de cause dans la dispute qui l'opposait à son acolyte, et il l'avait abreuvé de compliments - des compliments - sur sa couardise. Le comble. Bon, il ne fallait sans doute pas s'attendre à mieux de la part de braqueurs. De gentils otages bien obéissants, c'était ce qu'ils préféraient, après tout. Excepté que ça ne convenait pas du tout à notre sorcière en furie. Elle avait soif de combat. Soif d'action, de violence. Soif de sang, peut-être.

Ça ne lui ressemblait absolument pas.

Mais rien ne lui ressemblait plus depuis longtemps.

Le sorcier s'empara de tous les portefeuilles de la pièce, visiblement fort intrigué par l'identité de ses malheureux hôtes. Il lut un à un les noms sans paraître pouvoir s'empêcher l'agaçante petite pique en direction du bijoutier qui frissonna si violemment que Loevi leva les yeux au ciel, irritée. A l'écoute de son nom, elle changea d'expression pour darder un regard noir sur l'inconnu. Qui était-il pour oser prononcer son nom sans rien ressentir ? Leroy, c'était un nom tellement commun, il n'avait certainement pas fait le lien avec l'énergumène patenté qu'était son père, Patrick Leroy, attaché à deux Ministères européens et, surtout, grand serviteur s'il en fut d'Antarès. Un personnage pourtant connu en Angleterre. Merlin ! Que n'aurait-elle pas donné en cet instant pour que son véritable patronyme, celui qui lui valait courbettes et obséquiosité terrifiée, soit noté sur ce foutu papier d'identité !

Sa colère s'enflamma à cette seule pensée. Elle haïssait sa famille à ce point.

Elle fut pourtant bien tentée de lui cracher ce nom au visage, histoire de le voir pâlir et se rendre compte de ce qu'il faisait, mais il avait d'autres projets que de l'entendre rectifier sa trop grande méprise. Il détacha l'humain derrière elle. Par tous les sorciers de l'univers... Son complice ne semblait pas d'accord, bien sûr, mais le sorcier n'avait pas l'intention de s'écarter de sa pensée, et le Moldu se retrouva libre. Merlin. Loevi ferma les yeux, complètement navrée. Cette virée au pays des Moldus virait au franchement bizarre. C'était du grand n'importe quoi. Et elle était toujours aussi désarmée qu'au jour de sa naissance - dans tous les sens du terme, supposait-elle.

Le Gentil - elle avait envie de ricaner à ce surnom grotesque - adressa un avertissement très clair à l'humain avant de se tourner vers elle pour faire de même. Elle faillit lui répliquer quelque chose - qui aurait probablement sonné comme "Je ne peux pas vous promettre d'être plus intelligente qu'un Scroutt à pétards", mais elle se retint au dernier moment, se contentant de fixer sur lui un regard déterminé et hautain qui la trahissait peut-être tout autant. Il ne releva pas. En fait, ce fut son acolyte qui releva.


-Tu ne veux pas non plus leur offrir les croissants et le thé ?

Cette fois, Loevi ricana ostensiblement, mais aussi très brièvement. Pour cette fois, le regard du "Méchant" l'avait convaincue de la boucler quelques minutes. Pas plus. Elle ne tiendrait pas plus longtemps. Elle bouillait d'agir. Mais encore une fois, son chevalier servant avait un bon sermon en tête, qu'il lui servit tiède avec un soupçon de condescendance - quoi d'autre ? Elle n'appartenait pas au même univers, comme il venait de le lui rappeler, et elle n'y comprenait rien, selon lui. Quoi, la vie n'avait pas la même forme des deux côtés de la barrière, ni le sang la même couleur ? La bonne blague. Elle ignorait ce qu'était une kalach, mais elle connaissait parfaitement le pouvoir destructeur d'une baguette magique et rien ne pouvait lui paraître plus dangereux que ça.

Mais elle avait des humains ordinaires en face d'elle, elle ne devait pas l'oublier. Elle ferma les yeux et tenta de se calmer ; ce qui n'eut pas exactement l'effet escompté, il fallait bien l'avouer.


-Je savais que les humains étaient faibles, mais là... soupira-t-elle, cédant à une brusque vague de lassitude. Ulysse, c'est bien ça ? dit-elle plus haut en relevant les yeux vers lui, d'un ton qui lui parut acceptablement posé. Ne croyez surtout pas que mon "monde de magie" ressemble à un conte de fée. On se bat, nous, pendant que vous vivez votre petite vie tranquille. On risque notre peau, pour vous garantir vos droits et pour préserver notre liberté. Et je vous assure, on meurt aussi facilement que vous. Vous connaissez notre existence, très bien. Mais vous ne savez rien de nous. Vous ne savez rien du tout. Alors s'il vous plaît, ne me prenez pas pour une pauvre princesse ignorante qui ne connait rien à la vie. J'en ai vu d'autres. Vous n'avez pas idée à quel point j'en ai vu d'autres...

Fermant alors les yeux, étrangement mélancolique, elle pencha distraitement la tête sur le côté et poussa un glapissement de surprise lorsque l'alcool entra en contact avec sa peau blessée.

-Bouse... souffla-t-elle ensuite, les yeux écarquillés comme d'énormes soucoupes, sous le choc de la douleur inattendue. Mais ça va pas la tête ! Bouse de dragon et morve de troll ! Ça fait mal, votre truc ! Vous voulez me tuer ou quoi ?

Elle se débattit un instant avec ses liens dans le but de poser la main sur sa lèvre, mais rien à faire. Elle abandonna sa brève lutte. Furieuse, elle darda alors un regard flamboyant sur l'humain avant de soupirer et de se laisser aller contre le comptoir, vaincue.

-Je ne peux pas rester sans rien faire, articula-t-elle enfin, consciente plus que jamais de l'infranchissable mur qui la séparait de ces êtres dits "ordinaires" - si différents d'elle. Vous êtes faibles, et parce que vous êtes faibles, vous êtes lâches aussi. Mais pas moi, je ne le suis plus. Je me suis trop longtemps laissée faire, et je refuse de recommencer. Vous pouvez comprendre ça ? demanda-t-elle, presque implorante, en regardant de nouveau Ulysse droit dans les yeux. J'ai juré d'agir, j'ai juré de protéger. Ne me demandez pas de rester les bras croisés, je ne le pourrai pas. Si vous voulez que je me taise, il faudra m'assommer, peut-être même me tuer.

A ces mots, la jeune femme fondit en larmes dans les bras de son petit ami. Loevi lui accorda un bref regard, dépourvu de toute colère, avant de revenir à Ulysse.

-Je ne sais pas ce que je peux faire, je l'admets, dit-elle. Mais je refuse de ne rien faire. Si vous ne m'achevez pas, alors aidez-moi.

Jamais son regard n'avait supplié quelqu'un de cette façon. Pourtant, elle ne se faisait aucune illusion. Ces humains sans courage resteraient campés sur leurs positions, et elle ne pourrait rien faire d'autre que brailler son désaccord. Il y avait une chose qu'elle apprenait, douloureusement.

Elle ne pourrait jamais prétendre se mêler aux humains.
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MessageSujet: Re: Le Nouveau Monde près de chez soi   Sam 16 Avr - 10:59

Cette fille m'énervait. Je ne l'aimais pas. Je n'aimais pas ses manières. J'avais l'impression d'être en face de ma petite nièce qui me réclamait de la couvrir pendant qu'elle faisait le mur alors que je lui avais répété six fois non. Loevi était jeune, il est vrai. Son âge devait-il excuser son inconscience et – plus irritante encore – son insistance ? Elle me suppliait de la comprendre et de me mettre à sa place pour je ne sais quelle vindicte intérieure. A aucun moment je n'avais senti qu'elle aurait essayé de faire l'inverse et de se mettre à la nôtre. De comprendre mes réticences et les raisons de nos craintes. Ce qui faisaient pleurer Monica et Félicia tenait autant à notre situation désespérée qu'à l'insistance quasiment pathologique de Loevi à proférer des paroles qui nous feraient tous descendre histoire que mademoiselle assouvisse ses élans justiciers. Aveuglée par son besoin d'action, elle mettait nos sentiments de côté et n'avait strictement aucun regard pour notre frayeur, sans doute trop superflue pour elle. Je la trouvais prétentieuse autant qu'elle devait me trouver couard. Je n'étais pas féru d'action. Je n'étais pas un super guerrier. Je n'avais jamais aspiré à le devenir. J'étais un homme précautionneux et prudent. Un homme de la pensée. J'avais probablement tord et cent ou un million de personnes auraient pu me le reprocher en me démontrant par A + B que je devais faire quelque chose, être aussi borné et motivé que Loevi pour faire quelque chose et ceci au péril de nos six vies. Mais non. NON et re non. Ma tête ne fonctionnait pas ainsi. Ma tête évaluait la situation et constatait que nous avions beau être plus nombreux que nos agresseurs, nous étions loin de rivaliser avec leurs armes. Une kalach, reste une bordel de kalach et rien n'y faisait dans mon cerveau.

J'ignorais ce qui pouvait la motiver autant. Elle était au bord des larmes, comme si le manque d'action aurait pu lui coûter la vie plus qu'une balle dans la tête.

J'étais resté face à elle sans bouger. A l'intérieur, je me voyais la gifler pour la ramener à la raison et la remettre à sa place pourtant je n'avais jamais été violent. Était-ce à ces extrémités agressives que ce genre de situations nous menait inexorablement ? Nous devenions des bêtes, des animaux gouvernés par leur instinct de survie. Un égoïsme naturel et primaire. Je ne pouvais pas me laisser submerger. Ni par la peur, ni par la folie de cette sorcière.

A tout problème, il existait plusieurs solutions, me figurais-je plein d'un nouvel espoir sans la quitter des yeux. Mon regard devait être sévère, vide et las. Ma main restée en suspend près de son visage durant tout son laïus injurieux se remit à tamponner sa lèvre. Il fallait que je bouge, que je fasse quelque chose de doux pour elle afin d'étrangler au plus vite la remonté de violence qu'elle m'avait soudain inspiré. J'avais besoin de réfléchir. J'avais besoin de silence. Ma main agissait de manière mécanique. La soignais-je ou la blessais-je ? Il n'y avait guère plus de différence entre ce qui faisait du bien ou ce qui faisait du mal quand la liste des choix était si restreinte. Toutefois, je savais que je n'avais aucune envie de blesser intentionnellement un être quel qu'il soit. Même cette emmerdeuse.

Sans même me soigner, je rebouchai le flacon d'alcool et laissai gésir sur le sol les bouts de tissus imbibés de sang.

Le silence était devenu pesant. Dans l'arrière boutique, on entendit le bruit d'une perceuse. Les deux brigands avaient commencé à percer le coffre. Le bruit qui nous parvenait était étouffé. Au plus près d'eux, il devait être à son comble. Si nous devions envisager de faire quelque de bruyant pour nous sortir d'ici, c'était le bon moment.

Je n'avais pas confiance en Loevi, elle ne m'avait absolument pas convaincu car personne ne pourrait jamais me convaincre de quoi que ce soit en m'insultant ou en me traitant de faible, cependant je n'étais personne pour lui interdire d'agir en son âme et conscience. Même si ses façons étaient grossières et inspirées par des promesses incertaines qui ne me concernaient pas, je ne pouvais pas prétendre que ma vision de la situation préconisait mieux que la sienne l'action ou l'inaction. Je n'en savais rien. J'étais perdu. Si elle pensait pouvoir nous tirer de là tout en arrêtant les deux malfrats, je ne pouvais pas l'empêcher de tenter sa chance.

Certes, je le regretterai. Mais j'aurais plus de remords à n'avoir pas envisagé d'autre solution.

Je soupirai en cherchant du regard quelque chose pouvant m'aider à la libérer de ses liens. Je fouillai les tiroirs derrière le comptoir et finis par en sortir une paire de ciseaux. Les ciseaux étaient petits mais ils étaient un outil et, surtout, une arme comme une autre si Loevi envisageait d'utiliser la force pour contredire la force.

Je coupai les liens de chacun mais en m'approchant du couple, Monica recula paniquée :

■ Non, s'il vous plaît ! Ne nous délivrez pas ! S'ils reviennent et qu'ils nous voient libres...

J'avais envie de me retourner vers Loevi pour qu'elle ait un boulevard grand ouvert jusqu'au visage effrayé de cette femme. Comprenait-elle la profondeur de notre peur ? Ce n'était pas qu'on ait ou pas le même sang ou que les plaies d'une sorcier saignent moins ou mieux ou plus rouge que celle d'un moldu. Il devait exister autant de moldus et de sorciers faibles. Le monde comptait très certainement autant d'imbéciles des deux côtés mais, là, dans cette pièce, les statistiques importaient moins que la réalité. Et dans la réalité, nous avions peur. Personne n'avait à nous le reprocher.

Je souris à Monica pour lui montrer que je la comprenais et que je compatissais. Je respectais son choix en repoussant les ciseaux que je rapportai ensuite à Loevi pour qu'elle en fasse ce qu'elle voulait maintenant qu'elle était libre. En croisant le regard de la sorcière, j'essayai de lui transmettre avec insistance le sous-entendu que la demande de Monica suggérait : prudence. Tout le monde ne voyait pas l'affaire sous le même angle.

Notre liberté était relative. La pièce était toujours fermée et insonorisée, sa baguette était dans une poubelle dans la rue et les deux hommes étaient armés. Le faisceau de possibilités était on ne peut plus restreint mais je décidai d'y croire alors je me mis néanmoins à sa disposition. A deux nous serions plus forts, même si elle me considérait comme un chétif humain sans pouvoir magique. J'avais toujours ça en travers de la gorge. J'avais un orgueil. N'en déplaise à mademoiselle Know-it-all.

■ Que voulez-vous faire ? lui demandai-je froidement.
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MessageSujet: Re: Le Nouveau Monde près de chez soi   Mar 19 Avr - 19:34

Un long silence suivit les dernières paroles de Loevi. Sous le regard insistant et plutôt inquiet des autres otages, Ulysse l'humain reprit sa tâche sans rien répondre, la désapprobation peinte sur tous les traits de son visage comme un masque accusateur. Elle ne put réprimer un grognement de douleur et un éclair de fureur au fond des yeux alors que le liquide lui brûlait de nouveau la lèvre - ces moldus avaient tout de même des techniques de soins plutôt barbares. Ce manège silencieux dura bien quelques minutes, et Loevi sentait monter le besoin instinctif de frapper ce pauvre imbécile pour la douleur qu’il lui infligeait sans état d’âme.

Il pouvait ne pas l’approuver et avoir un minimum de compassion, tout de même. … Non ?

Elle retint à grand peine un soupir de soulagement qui franchit quand même ses lèvres quand la piqûre sur sa blessure – bénigne, nom d’un troll ! – s’arrêta. C’en était fini de la petite séance de torture. Elle espérait qu’il était satisfait de sa petite vengeance et qu’il ne viendrait pas lui faire subir une autre de ces manies moldues totalement absurdes ; mais était-ce vraiment ainsi qu’on soignait des plaies, chez eux ? Il pouvait aussi bien avoir profité de sa totale ignorance, pour ce qu’elle en savait. Au fond, quelle importance ?

Lassée, elle reposa sa tête contre le comptoir et ferma les yeux. De toute cette épreuve d’endurance physique à deux Noises, elle n’avait retenu qu’une chose : ni lui ni aucun d’entre eux n’allait l’aider. Ils n’avaient peut-être pas envie de mourir, mais il n’y en aurait pas un pour avoir le cran de se rebeller, quitte à en subir les conséquences retour. Non, parce qu’ils avaient trop peur d’échouer, ils n’envisageraient jamais qu’ils puissent réussir. Pour Loevi, même un échec était préférable à l’inaction – mais elle avait ses propres raisons, et tout comme ces humains inoffensifs ne les comprendraient sans doute jamais, elles faisaient que la sorcière, elle non plus, ne pourrait jamais comprendre les raisons des humains.

Ce fut donc avec une stupéfaction extrême qu’elle sentit ses liens se relâcher subitement. Elle rouvrit brusquement les yeux sur Ulysse qui se relevait pour aller éprouver le tranchant de sa nouvelle arme sur d’autres cordes. Qu'est-ce que... Elle écarquilla les yeux sur ses mains de nouveau libres, abasourdie à l'idée que son plaidoyer ait pu fonctionner. Elle ne l'aurait certes jamais admis, mais elle avait fini par se résigner, autant que son besoin irrépressible d'agir le lui permettait : avec rage et frustration.

Et maintenant, elle était libre d'agir.

Elle le regarda de nouveau, cet humain plus si désarmé que ça malgré le ridicule inhérent à la taille et au degré de dangerosité qu'elle pouvait accorder à l'arme en question d'un simple coup d'œil, en se demandant si elle devait lui être reconnaissante d'avoir accéder à sa requête. C'était tellement inespéré qu'elle eut un long moment de flottement. qui ne l'empêcha pas de lâcher un "
Pfff" d'exaspération en entendant les gémissements affolés de la jeune femme toujours accrochée à son cher et tendre. Tout le monde n'avait pas le même cran.

Loevi détourna le regard. Peut-être seulement ne voulait-elle pas voir dans les yeux de cette femme ce qu'elle-même aurait pu ressentir, quelques années plus tôt, dans la même situation. Les gens changent... elle avait changé, et cette nouvelle facette d'elle-même lui faisait parfois peur. Mais ce n'était pas vraiment le moment d'y songer. Elle avait à faire.

Ulysse revint vers elle et lui fourra son outil dans les mains. La jeune sorcière observa l'objet d'un air perplexe, sans bien comprendre l'utilisation qu'elle pourrait en faire. Un sorcier ne savait guère utiliser qu'une baguette, tous ces trucs moldus ne servaient qu'à leur embrouiller la tête. Et, dans le cas présent, ce machin l'embarrassait plus qu'autre chose. Elle le tourna et le retourna dans ses mains, dubitative, avant de passer un doigt sur le métal.


-Aouch... lâcha-t-elle alors que la minuscule lame entaillait sa peau en faisant perler une toute petite goutte de sang.

Bouse, ça coupait plutôt bien, ce truc. Une espèce de double épée miniature pour défense... Pas très utile pour elle, a priori. En désespoir de cause, elle tenta de diriger un flot de magie à l'intérieur de l'objet, tâtonnant pour savoir si elle pouvait s'en servir de baguette de remplacement mais, comme prévu, ça ne servit strictement à rien. Ce truc ne pouvait en aucun cas servir à la magie. Elle le rendit à Ulysse.


-Gardez-le, vous en aurez sans doute plus besoin que moi, dit-elle.

Ce qu'elle voulait faire, hein... Elle fut soudain prise d'un doute, une espèce de compression brusque et inopinée de sa poitrine, comme si un poids tombait tout d'un coup sur elle. Tous les regards s'étaient rivés sur elle, et si ceux du couple étaient surtout remplis de crainte, les autres trahissaient, en plus de leur peur, un début de quelque chose, une petite étincelle d'espoir. Exactement ce qu'elle avait redouté. Maintenant qu'elle prenait les choses en main, elle était devenue leur héroïne d'un jour. Mais qu'est-ce qu'ils croyaient, à la fin ? Que parce qu'elle était sorcière, parce qu'elle faisait sa bravache, elle allait pouvoir les tirer d'affaire ?

Ulysse, lui, ne semblait pas partager cet élan d'espoir, mais c'était peut-être pire. Il lui avait tout de même donné sa chance, et il comptait bien qu'elle s'en serve à bon escient - c'était gravé au burin sur son expression.

Mais que pouvait-elle bien faire ? Elle avait été envahie d'un tel besoin de faire quelque chose, n'importe quoi, qu'elle n'avait pas réfléchi au moindre plan. Elle n'avait pas la plus petite idée de ce qu'elle pouvait faire. Elle était privée de baguette magique, donc rien pour canaliser sa magie qui, de toute façon...

Une petite minute... Depuis quand sa magie avait-elle besoin d'une baguette pour foutre la bouse ?


-Vous feriez mieux d'aller vous cacher derrière le comptoir, dit-elle alors en s'en éloignant, plus assurée que la seconde précédente. Ça risque d'être plutôt dangereux pour vous si vous restez dans mes pattes.

Pour elle aussi, mais ça, ils n'avaient pas besoin de le savoir. Ça ne les dérangerait de toute façon certainement pas si elle ne ressortait pas indemne de cette affaire, après la tempête qu'elle leur préparait. Si elle ne mourait pas dans l'opération, ils se chargeraient sans doute d'y remédier. D'avance, elle s'excusa intérieurement. Aussi bien envers ces pauvres humains qu'envers son professeur, qui avait passé tant de temps à tenter de lui apprendre l'inverse de ce qu'elle s'apprêtait à faire. Si elle en réchappait... Mieux valait qu'il n'apprenne jamais rien de cette journée. Si c'était possible.

Un silence de plomb s'abattit sur l'intérieur sombre de la boutique, et la perceuse choisit ce moment précis pour arrêter également de gémir. C'était le moment ou jamais. Prenant une grande inspiration pour se donner du courage, Loevi ferma les yeux et se concentra tant qu'elle le put, se remémorant les conseils cent fois répétés de Wyndham - ceux qu'elle n'était jamais parvenue à suivre. Inspirer, expirer, calmement... Vider son esprit de toutes ses pensées parasites, une à une... Elle n'avait pas le temps pour ça, aussi essaya-t-elle d'accélérer la cadence, commettant sa première erreur. Elle savait ce qui pouvait arriver quand elle s'y prenait mal ; mais pour une fois, c'était exactement ce qu'elle recherchait.

Restait à espérer que la malchance soit encore avec elle.


*Allez ! Allez !* se répétait-elle en sentant la panique la gagner peu à peu. Rien ne se produisit. Rien ne changea. C'était à peine si la magie bouillonnait à l'intérieur d'elle. Merlin ! Mais que devait-elle faire pour mettre le feu aux poudres ?

-L'espèce de... entendit-elle hurler devant elle.

Ce n'était pas vraiment à ce genre de malchance qu'elle pensait.

Rouvrant vivement les yeux, elle eut tout juste le temps d'apercevoir le sorcier déviant l'objet noir que son camarade pointait sur elle avant de se sentir brusquement partir en arrière, renversée droit sur une vitrine d'exposition qui éclata dans un fracas de verre et de diamants ; un enchaînement de détonations assourdissantes lui déchira les tympans et le plafond cracha sur la pièce une épaisse poussière de plâtre. Elle entendit à peine les cris affolés des autres otages.


-Mais ça va pas, la tête ? On avait dit pas de grabuge ! Ce truc était seulement censé leur faire peur, pas les trouer comme du fromage !

Étalée au milieu des débris de la vitrine, complètement sonnée, Loevi tentait de reprendre ses esprits et de comprendre ce qui venait de se produire. Elle ressentait une douleur cuisante au bras ; un coup d'œil lui confirma l'impensable. Elle avait été touchée - elle saignait. Qu'est-ce que c'était que cette arme non identifiée, cette kalash ? Les humains étaient terrifiants, au moins autant que certains sorciers... Elle se mit à trembler, envahie par la peur et le froid. Elle s'était mesurée à ça, sans préparation ni certitude que tout allait marcher comme elle le voulait...? Ils étaient perdus !

-Regarde-les ! Ils étaient en train de nous monter une mutinerie ! Et bien sûr, que c'est qui mène ?

Entre ses doigts crispés sur son épaule gauche, la sorcière sentait le sang s'écouler doucement, chaud et pétillant, comme s'il était en ébullition. Elle avait encore la tête qui tournait et des crépitements parcouraient tout son corps depuis la blessure, lui hérissant désagréablement les poils des bras. Et soudain elle sentit l'espoir renaître...

-Et qu'est-ce qu'ils pourraient bien faire, hein ? Laisse-moi régler ça.

Sa magie défectueuse allait exploser.
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Le Nouveau Monde près de chez soi

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