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 Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite

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Sacha de Lansley
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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Jeu 4 Nov 2010 - 20:46

‘Ouvre d’abord les yeux et, alors seulement, lui, te verra.’

Il la regardait et ne détourna les yeux à aucun moment. Il ne supportait pas qu’on lui tienne tête. Surtout pas dans les moments où il était fébrile. Il n’aimait pas non plus qu’on se soumette sans discuter. Dominer une personne ou une situation juste parce qu’on avait le pouvoir d’intimider ne retournait d’aucun mérite. Il aimait mériter la récompense de ce pour quoi il avait combattu. Il combattait Mélusine. Le mérite à gagner était de la voir baisser ce putain de regard sans qu’il ait un mot à prononcer.

‘Ne me regarde pas. Ne dis rien. N’ajoute rien. Laisse-moi tranquille.’

Ses yeux récitaient des avertissements à tour d’iris. Il avait fallu qu’il attende d’avoir la peau noire pour les avoir bleutées.
Le physique d’Elgin parasitait ce qu’il avait l’impression de transmettre naturellement quand il était lui-même, avec son regard brun et ses cheveux qui tombaient devant. Sa gueule à lui respirait le mépris pour la bienséance, la détermination et l’espièglerie. Ses sourires en coin étaient un vacarme assourdissant qui mettaient des soufflets aux calmes et aux bienpensants. S’il fronçait les sourcils, le dessin de ses prunelles décrivait un paysage d’émotions brûlantes. Des armes affûtées prêtes à servir si son interlocuteur persistait sur la voie qu’il avait choisie. Il était une tête à claque, comme Isis le lui avait chanté un jour, et il était d’accord avec cette description minimaliste. Si on avait envie de le frapper, c’était qu’il était bon à ce qu’il faisait. Il dérangeait. Il nasardait. Avec outrance. Avec plaisir. Avec persévérance.

‘Ne me regarde pas. Tourne les yeux si tu n’es pas capable d’affronter ce qui se passera ensuite.’
Tel était le principal avertissement que ses pupilles brunes savaient décocher silencieusement.

Mais Elgin, sa peau caramel et son regard océan doux et profond écornaient les efforts d’une vie à se créer des barrières et des arsenaux efficaces. Elgin était charmant et exotique. Il provoquait instantanément confiance et douceur. Quand Elgin forçait les traits et voulait repousser l’assaillant, on avait plutôt l’impression qu’il mettait un ‘s’il te plaît’ à la fin de tous ses regards. On aurait dit qu’il se questionnait ou souffrait d’incertitude. On avait envie de le braver pour l’aider. On le respectait et on n’aurait jamais eu envie de lui mettre une claque. C’était un échec total pour le Sacha à l’intérieur qui brûlait d’envie d’attirer la main de Mélusine sur sa joue. Pour qu’elle le gifle. Ainsi, il aurait gagné. En la faisant sortir de ses gonds, il pouvait lui-même sortir de cet ascenseur. La violence est le point final à toute sorte de discussion. Elgin ne provoquait pas la violence. Même si dedans, Sacha faisait tout son possible. Même si McEwan savait qu’au-delà de l’apparence ce n’était pas un gentil métis qu’elle avait en face d’elle et qu’elle dévisageait. C’était Sacha et sa tête à claques.

‘Si tu étais un sens, tu serais sa vue.’

Elle ne baissait pas les yeux. Sacha perdait.
Il soupira et regarda la main tendue. Ses yeux s’étaient baissés et avaient rompu le contact visuel.

Il ne voulait pas toucher cette main. Il voulait tout le corps.
Il se fichait des yeux qui le regardaient avec insistance. Ce n'était pas son corps.
Il avait essayé de lui dire ‘tais-toi’ mais le visage d’Elgin manquait de clarté.
Elle avait posé la question et la question le désarmait.

‘Plus tu te rapproches de la fin du chemin, plus tu te brûles.’

Inutile de lutter. Il se rendait.

‘Tu cherches un sentier sur lequel tu marches déjà.’

- Ca ne serait pas ‘mal’, murmura-t-il las, ça serait problématique. Si on doit se choisir et que rien ne s’impose, je choisis de ne pas te choisir. Ou sois donc le Miroir mais je ne serai plus le Gardien. Trouve-toi un autre contraire à réfléchir. Je ne veux pas être ‘vu’, Et Cetera. Surtout pas par toi.

Il s’appuya contre le mur de l’ascenseur et leva sa main pour qu’elle rejoigne celle que McEwan lui offrait. Il ne comprenait pas cette offre. Il la saisit machinalement. C’était l’indice physique de sa capitulation.

Tout ce qu’il refusait d’entrée de jeu était systématiquement annihilé la minute d’après quand elle était trop près. Quand allait-elle comprendre qu’il n’arriverait pas à lutter? Si l’initiative de la dissipation de ce brouillard confus ne venait pas d’elle, lui serait incapable de la repousser. Au mépris de toutes les sommations d’Amba. Si vraiment, elle était le Miroir, cette attraction irrationnelle n’irait pas en s’arrangeant.
Sans subtilité, Amba lui avait fait comprendre un peu plus tôt, au réveil, que leur nuit avait été reposante et que désormais il était rassuré sur les sentiments de Mélusine à l’égard de Sacha.

- Ce n’est pas à toi qu’elle pense en s’endormant, avait-il dit à Sacha quand ils s’étaient croisés sur le palier du premier étage avant d’aller prendre les petits déjeuners.
- Et on peut savoir ce que j’en ai à foutre? Avait-il répondu en essayant de fuir les précisions. Comme prévu, il n’avait pas dormi de la nuit. Son cerveau s’était retourné dans tous les sens. Compter les hippogriffes n’avait pas fonctionné non plus. Il avait entendu les murmures qui provenaient du toit. Il avait entendu les allées et venues de moments dont il avait été exclu. Il les avait détestés avec force tous les deux.
- Toi, rien. Mais moi, j’ai besoin que tu le saches.
- Amba, lâche-moi avec McEwan. Tu ne comprends rien.
- Sans doute. Mais je vois. Et ce que je vois est pitoyable.


Sacha avait retenu sa main à deux centimètres du nez d’Amba. Dans la paume du Dyode scintillait une boule de feu jaune qui était dirigée contre le cœur de l’Amiral. Ils étaient restés ainsi pendant quelques secondes. L’un essayant de dissuader l’attaque de l’autre. Ils avaient tous les deux fini par regarder en direction de l’escalier qui menait au salon et à la cuisine. La boule de feu s’éteignit et la main de Sacha se baissa complètement.

- Ne me parle plus d’elle.
- Ne la touche plus.


Amba était descendu avec le sourire pour préparer le petit déjeuner de Mélusine. La main gauche de Sacha avait fini dans le mur. Geste idiot qui provoqua une fracture qu’il leur cacha. Alors qu’il était gaucher, c’était sa main droite qu’il avait tendue à McEwan.
‘Tu dois affronter la douleur, déshabiller ton âme des apparats,
Comprendre, fendre en son cœur l’origine de tes scrupules.’

- On m’a fait une menace de mort très explicite tout à l’heure. Si tôt le matin. Charmant.
Si je te touche, mes jours sont comptés,
se moqua Sacha. J’aimerais bien vivre encore un peu.

Il lâcha la main de McEwan.

- Ou pas...

Contre toute sagesse, contre toute attente, il l’embrassa. Il s’était penché. Ses mains étaient restées dans ses poches. Seules leurs bouches étaient en contact. Il l’embrassa sans pudeur, sans retenue. Par envie. Par provocation. Pour que le triangle soit isocèle. Deux côtés égaux et advienne que pourra du troisième côté.

Il se détacha de quelques centimètres. Son regard bleu se riva à celui de McEwan:

- Tu comprends pourquoi tu ne peux pas être le Miroir?

//A côté de toi, je fais n’importe quoi... et c’est quand on fait n’importe quoi, qu’on devient n’importe qui, n’est-ce pas?//

- Si cette histoire de trousseau de Clés à laquelle Emmett tient tant est vraie - et je suis désolé de ne pas t’avoir dit plus tôt que j’étais le Gardien, ça a dû me sortir de l’esprit -, alors il faudra que je reste concentré... et en vie. La chose est impossible depuis maintenant quelque temps. Je ne suis pas concentré quand tu es près de moi et je ne vais pas rester très longtemps en vie tant que je continue à avoir envie de toi.

Sacha recula. Un sourire abandonné pointait sur la bouche d’Elgin.

- Ca te dérange peut-être de l'entendre mais c'est comme ça. Être enfermé dans un ascenseur avec toi n'arrange rien. Tu es complètement inconsciente, sourit-il pour tenter une pointe d'humour. Et tu sais mes faiblesses et la facilité déconcertante avec laquelle je succombe à la tentation. J'aimerais de tout mon cœur que ça ne soit qu'une histoire de sexe. Ça serait facile à arrêter. Mais je ne le promets pas. Parce que c'est plus que ça. Et je ne l'explique pas. J'ai peut-être toujours su que tu étais ce Miroir... et je le refuse. Je refuse de te laisser t'engager sur cette voie incertaine. Je refuse de continuer à te regarder sans te toucher. Je refuse que tu me vois. Je refuse cette douleur. Je refuse de supporter plus longtemps le poids de ma culpabilité. Soyons sincères... Quel que soit l'endroit où se placent tes attirances et tes réticences, quel que soit le niveau de ton indifférence et tes cas de conscience, ils ne sont qu'à moitié plus légers que ceux qui pèsent sur moi. Si tu restes, je pars. Si tu pars, je reste. Amba serait un bon Gardien et il ne demande que ça... et sans doute que toi aussi.

Il se tourna vers la porte. Fini. Dit. Expulsé. Sorti. Con mais libératoire.

- On rentre à Londres dès ce soir. Je vais écourter la master class. On n’a plus rien à faire ici. Tout ça me tue...

//Amba... tu es très long à la détente...// Nargua Sacha qui savait que le Dyode était aux aguets depuis un bon moment déjà.
//Je termine ce que je suis en train de faire et je viens te casser la gueule.//
//Et qu’est-ce que tu es en train de faire?//
//Coffre de la 607.//
//...//

Sacha appuya sur le bouton du sixième étage de l’ascenseur:

- Le Dyode récidive, lâcha-t-il exaspéré. Il aurait préféré continuer de discuter avec Mélusine. Il voulait entendre ce qu'elle aurait pu dire en retour. Il voulait savoir ce qu'elle pensait. Si elle croyait réellement être le Miroir. Si le Miroir choisissait d'être choisi, si le Gardien choisissait son Miroir. Choisissait d'être Gardien ou de ne plus l'être. Etait-ce aussi facile? Pouvait-on donner sa démission quand on était une Clé? Isis avait bien refusé plus d'un an la fatalité d'être une Iccam. Lui en voudrait-on de ne pas vouloir partager avec ses compagnons le destin des Quatre Clés? Trop de questions. Pas de réponses. Et le Dyode l'obligeait à remettre à plus tard le dénouement. Sacha eut l'impression que ce n'était pas la première fois. Un jour, peut-être, il s'habituerait à ces interruptions intempestives.

Les portes s’ouvrirent. Sacha s’était posté devant l’ouverture, McEwan derrère lui. Face à eux, le visage calme d’Amba. Le Dyode attrapa Sacha par la nuque pour le tirer de force en dehors de l’ascenseur. En quelques instants, l’Amiral était allongé sur le dos. Amba lui avait jeté une décharge semblable à celle qu’Umbrès avait utilisée lors du combat blanc pour exterminer tous les intrus d’un seul geste. On décompterait le nombre de fractures supplémentaires à celle de sa main quand ils auraient regagné l’Angleterre et Sainte Mangouste. Pragmatique, Sacha y vit l’opportunité de faire passer sa fracture initiale pour une de celles provoquées par le Dyode.

Quelqu’un avait rappelé l’ascenseur.

L’attaque surprise d’Amba avait provoqué un tel tremblement que les alarmes de sécurité de tout le bâtiment se mirent à résonner. Mais à leur étage, personne ne sortit des chambres. Les portes étaient verrouillées. On entendait des cris apeurés de personnes qui n'osaient pas sortir de leur suite. Sacha restait étendu sur le sol. Malgré les maux, il souriait.

‘On cherche toujours si loin,
Ce qui se trouve à côté.
Miroir ou Gardien,
Vos contraires vous ont attiré.’

- Tu l’as cherché, hurla Amba, hésitant à venir en aide à celui qu’il était censé protéger.

//Je sais...// Pensa Sacha qui n’avait pas la force de parler. //Je voulais savoir si tu déconnais.//

- Et bien maintenant tu sais. Relève-toi, on doit partir. Il ne faut pas qu’on nous trouve là.

//Je ne peux pas bouger, Amba.//

Méfiant, le Dyode s’approcha de Sacha. En dehors des petites coupures sur son visage et ses mains, il l’ausculta rapidement d’un œil ennuyé. Sacha grimaçait de douleur malgré un petit air satisfait qui persistait sur le visage d’Elgin:

- Désolé... je ne pensais pas y être allé si fort. J’ai encore du mal à maîtriser les pouvoirs d’Umbrès... C’est pour ça que je n’aime pas la magie, que je n’en fais jamais...

//Arrête de me raconter pas ta vie. C’est pas grave. Aurais-tu l'amabilité de me faire transplaner?//

- Transplaner dans cet état? Non... tu vas y rester. Je...

Amba se tourna vers Mélusine, penaud et affligé:

- Désolé à toi aussi pour... enfin... Je... C’est parce qu’il... et je...


//La ferme! J’ai mal, Amba. Tu m’as cassé deux côtes, la main gauche et je ne sens plus mes jambes. On se tire, tu lui feras les yeux doux plus tard. Et va reposer ce que tu as volé!//

- Je... il veut que je le fasse transplaner, expliqua Amba, toujours accroupi à côté de Sacha. Je ne pense pas que ça soit bien... mais on n’a pas le choix. Je dois aller reposer quelque chose... Tu peux transplaner avec lui et je vous rejoins à la maison?

//NON!!! Elle ne me touche pas! Je ne transplane pas avec Etc-McEwan!//

Amba sourit à Mélusine:

- Il est enchanté de rentrer avec toi plutôt qu’avec moi. Il s’excuse de t’avoir embrassé,
continua-t-il de prétendre traduire les pensées de Sacha. Il n’a pas envie de toi... il disait ça pour me rendre jaloux. Il a réussi.

//C’est faux, McEwan. J’assume. J’étais sinc...//

Amba brouilla la connexion spirituelle de Sacha et Mélusine.
Pendant que ces deux gamins étaient tous dévoués à se disputer dans un moment des plus inopportuns, deux agents de sécurité apparurent par les portes de l’ascenseur. Ils s’en extirpèrent avec promptitude.

- Qui êtes-vous? Que se passe-t-il? Lança le premier en les braquant tour à tour avec son arme de service.
- Il est blessé? S’enquit le deuxième en mimant le premier, arrêtant son révolver sur Amba tandis que l’autre finit par choisir de tenir Mélusine en joue.

A leurs yeux, d’après la scène qu’ils découvraient, le Dyode et Mélusine venaient d’agresser Sacha.





Walked out this morning
Don't believe what I saw
A hundred billion bottles
Washed up on the shore
Seems I'm not alone at being alone
A hundred billion castaways
Are looking for a home
(Police)

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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Lun 15 Nov 2010 - 23:10

Pour couper court à l'afflux d'émotions contradictoires, rien de tel qu'une arme à feu braquée sur la poitrine. Ça vous desséchait les tentations ambiguës comme les angoisses spontanées. Ne subsistaient qu'une vague panique et une irritation grandissante. Ça. n'était. Vraiment. Pas. Le. Moment. Mais alors, vraiment pas le moment de venir la gaver avec des questions de sécurité. La raison parvenant à l'emporter sur l'impulsivité (ô victoire!), Mélusine finit par se détourner du Capitaine pour faire face aux vigiles, une expression peu amène gravée sur le visage. Pour en atténuer un peu la violence, elle se força à fixer le sol devant ses pieds. Imprimée sur sa rétine, l'image de Ian persistait, tenace, pâle comme une hérésie. Elle ferma les yeux de toutes ses forces mais rien n'y faisait.

- Qui êtes-vous?", répéta le grand type blond, raffermissant son emprise sur son arme. Le silence commençait à le rendre nerveux et son index flirtait dangereusement avec la gâchette.
De tout ce que la guerre avait mis à nu, la fragilité de la condition humaine face aux armes moldues était sans conteste la pire. Se savoir à la merci d'une telle invention qui lui balancerait juste assez de plomb dans la peau pour briser le fil ténu de son existence lui filait des cauchemars à tour de nuit. Un bruit courrait, néanmoins, dans la Résistance. On serait sur le point de mettre la main sur un antidote aux armes à feu, un truc assez puissant pour parer à la technologie moldue. Mélusine aurait aimé que ce bruit soit un peu plus qu'un simple écho. Une réalité tangible, preuves à l'appui. Il fallait se contenter d'un peu d'utopie. Elle aurait aussi voulu partir dans ce genre de croisade et en revenir avec ce elle-ne-savait-quoi qui sonnerait le glas de sa crainte des Ordinaires. Un mal et son remède. Le monde semblait ainsi fait qu'à chaque chose, il fallait son contraire, comme pour rééquilibrer une balance imaginaire. Rien n'était créé sans qu'existe également ce qui le rendrait faible et désarmé. Ou invulnérable pour peu qu'on accepte l'existence et la réalité de cet autre. On lui en avait fait la démonstration pas plus tard que ce matin...
Encore fallait-il y parvenir. Baisser la garde. Définitivement.
Ça n'était ni l'heure ni le lieu.
La tension ambiante épaississait l'atmosphère à la rendre irrespirable.

'Lucy Stonemarten.'
*Lucy Stonemarten.*

Elle n'arrivait pas à déterminer ce qui la faisait le plus paniquer, indépendamment de tout le reste: le pistolet pointé sur son propre sein, l'arme qui menaçait Amba ou la silhouette, muette, de Ian Elgin, à la merci du premier venu. Elle songea avec une pointe d'amertume à cette époque où elle aurait tout donné pour le voir impuissant face à elle, juste pour se prouver qu'il n'était ni si menaçant ni si intouchable. A combien, au contraire, maintenant, elle aurait eu besoin de sentir qu'il était là, solide, prêt à la rattraper alors qu'elle se sentait si souvent sur le point de flancher.
Il était temps de laisser la place à:


"Lucy Cartier..."

Comme elle l'avait vu faire tant de fois au cinéma moldu, elle leva les mains au ciel en affectant un air vaguement coupable. Mélusine n'avait jamais pensé qu'on puisse se sentir aussi ridicule alors.

"Je suis Lucy Cartier."

On ne se méfiait jamais de ceux qui parlaient d'une voix douce, le regard baissé, comme abdiquant leur droit à la fierté. Elle ne faisait que jouer sa partition, qui devait amener ces deux types à baisser leur garde. Juste un peu.
Lucy avait toujours manqué de saveur. Trop futile. trop superficielle. Il fallait bien qu'elle serve à quelque chose, enfin.


"Mon mari m'a suivie jusqu'ici et il m'a..."

Coup d'œil furtif audit mari qui ne bronchait pas. Le Dyode n'essayait pas de prendre les choses en main, de tout faire à sa place. Elle éprouva un brusque élan d'affection pour lui. Bien. Il commençait à la connaître. Et à la comprendre. Peut-être. Un peu.

"...pour... pour me trouver dans les bras de mon amant."

Et quoi? Ils étaient dans un hôtel, après tout. Les clichés ridicules avaient bon dos.
Lucy eut la décence de rougir.


"Et... euh..."

A ce point du récit, le silence était encore l'arme la plus efficace.
Quand, comme Mélusine, on ne savait pas mentir sans que ça se devine comme un voyant rouge clignotant à tout berzingue, et que l'improvisation était difficile compte-tenu de la menace évidente d'une arrestation en suspend, il n'y avait que deux solutions. La première: coller au plus près de la vérité pour paraître sincère et éviter de se trahir par la suite. La deuxième: laisser le silence parler pour soi et ses interlocuteurs dresser leurs propres conclusions. L'imagination humaine était sans limite. Il aurait été dommage de la brider.
Lucy baissa les bras, releva la tête, les défiant de nier qu'on puisse l'aimer deux fois.
On attendait d'une femme comme Stonemarten qu'elle ait les nerfs fragiles et qu'elle se mette rapidement à renifler sous l'émotion. Mélusine s'exécuta docilement, le ventre noué de constater combien ses larmes venaient facilement. Les hommes étaient tellement prévisibles. Les vigiles ne firent rien pour l'empêcher de fouiller dans son mini-sac quand elle fit mine d'y chercher un mouchoir pour éponger ses yeux. Celui qui visait Amba lança même à son collègue:


- Ok. Aidan, préviens le Monfort.

Pas très menaçant.
Avant d'ajouter, un peu bourru:


- Allez, ma p'tite dame.... Mais aussi, il faut savoir choisir...

Trop.
C'était trop.
Choisir.
Très précisément la chose à ne pas dire.
Les deux moldus se seraient que des catalyseurs, des exutoires à son malaise. Tout remontait à la surface, en vrac. La frustration. La fatigue. La détresse. La colère. La peur. L'incertitude. La solitude. Ce tout qui paraissait être en pleine expansion, comme une énorme bulle d'elle-ne-savait-quoi. Gonflant, gonflant, jusqu'à ne laisser plus de place à rien d'autre. Elle n'entendait plus que des mots insensés tinter à ses oreilles. Son champ de vision semblait restreint à une seule perspective. Elle s'était déjà retrouvée dans ce genre d'état auparavant mais jamais à ce point. Elle se sentait à deux doigts de tout lâcher, de tout envoyer valser, et, au lieu de s'en inquiéter, elle se sentait paradoxalement, étrangement, sereine. Pour la première fois depuis dix jours, sa tête était vide d'Amba, de Sacha, de Gardien, de Miroir, de prophétie ou de Spirite et ça faisait un bien fou. Juste un bouillonnement intérieur qui ne mènerait qu'à l'explosion, à la violence.
Ses doigts avaient fini par atteindre sa baguette, ce qui était le véritable but de l'opération. Puis, tout s'enchaîna à toute vitesse.
Il y eut des éclairs de lumière. Visuellement, c'était plutôt sympa. Le premier type tomba à terre. Le second, Aidan, l'imita avec cinq secondes de retard, coupé en pleine phrase. Une voix grésillait encore dans son talkie-walkie.
Elle n'avait même pas touché sa baguette. Elle se tourna vers Amba, croyant y trouver une explication mais il se contentait de la dévisager avec une expression qu'elle n'était pas sûre d'aimer.

Mélusine ouvrit la bouche. La referma. Pour finir par articuler un:
"On s'en va."

Deux pas. Ses jambes ne la portaient plus vraiment. Elle s'affala plus qu'elle ne s'assit aux côtés de de Lansley.

"Qu'est-ce qu'il a?", demanda-t-elle sans lever les yeux, les sourcils froncés et le regard inquiet..

"Deux côtes cassées. Et la main gauche. Plus les jambes, peut-être."

Il était clair dans son attitude à elle qu'elle n'accepterait ni remarque ni suggestion. Sa baguette à la main, elle semblait pourtant hésiter.

"Ils ne sont pas morts. Ils sont juste..."

Et s'ils n'étaient pas juste... , elle ne voulait pas le savoir.

Ferula!"

Des bandes apparurent à l'extrémité du morceau de bois pour s'enrouler autour du mollet de de Lansley, afin de constituer une attelle de fortune. Forte de ce premier succès, elle réitéra l'opération, de manière à consolider l'ensemble des os sinistrés. Agir la calmait. Entre deux sortilèges, elle lança à voix basse, mais sans hésitation aucune - sans provocation, non plus - :

"A moitié plus légers, tss... Tu te vantes, capitaine."

Les dernières bandelettes se fixèrent autour de son torse. Elle ne put se retenir d'y poser la main. Sous sa paume, elle sentait le cœur de Sacha pulser. Sur sa chemise, ses doigts tremblaient, alors que sa voix, qui s'élevait à nouveau, se voulait ferme:

"T'as pas intérêt de crever. Je te l'interdis.">

Sur ces mots, qui n'étaient pas aussi solides qu'elle l'aurait voulu, la jeune femme se releva pour s'éloigner de quelques mètres. C'était l'option la plus sage. A Amba qui la fixait toujours, avec cet air qui l'aurait fait se sentir coupable si elle en avis eu la force, elle asséna, calmement, comme une évidence:

Tu ne veux pas que je rentre avec toute seule avec lui."

*Alors, ne me tente pas.*
La réponse à sa demande d'un peu plus tôt.
Il ne pouvait pas l'inviter à passer la nuit avec lui pour ensuite la laisser faire
ça. Ça n'était pas humain de jouer ainsi avec ses nerfs. Ou alors, c'était la croire beaucoup plus forte qu'elle ne l'était. Si personne ne lui opposait de Résistance, ça n'était pas ainsi qu'elle réussirait à maintenir son semblant de self-control pour conserver l'équilibre précaire de leurs relations à tous les trois.

"Je m'en fous de ce que tu as volé. On a plus besoin de nos vies qu'eux de leur grigri." Son mépris pour la richesse se devinait en demi-teinte. "On rentre ensemble."

Elle devenait une adepte du mot "ensemble", synonyme de "tous les trois".
Parallèlement, son "reste avec moi" était à peine voilé.


"On se prépare mais on ne va pas à Londres. On va chez ma mère."

C'était leur meilleure option. C'était aussi la seule.
Londres. Pourquoi faire?
Hors de question de ramener l'Amiral dans cet état au Q.G.. Leur crédibilité en prendrait un coup. Et l'orgueil de Mélusine par la même occasion. Non, la seule solution, c'était se réfugier à Edinburgh où sa mère pourrait soigner Sacha sans poser trop de questions. L'hôpital n'était même pas en option. Avec des milliers de livres sterling à la clef, on ne pouvait faire confiance à personne pour garder le secret médical le temps de le rapapilloter. Gwen McEwan, donc. Elle avait suffisamment pratiqué sa fille pendant vingt ans pour venir à bout de n'importe blessure. Et on pouvait se fier à elle les yeux fermés. Sa mère était, au final, la seule personne de Grande-Bretagne à réunir ces deux qualités. C'était ce qu'elle leur répondrait pour le cas où l'un ou l'autre ose discuter sa décision.
Depuis quand elle décidait? Depuis qu'elle se montrait la plus mature des trois, à brider ses désirs, à renier ses émotions et à taire ses pensées.
A grand renfort de mouvements précautionneux, Mélusine aida Amba à remettre de Lansley sur ses jambes. Les soins qu'elle lui avaient prodigué lui permettrait de transplaner sans trop de dommage. Rien de plus.
Ils tanguaient tous un peu mais c'était seulement la fatigue.

Un bruit dans l'escalier adjacent se fit entendre.
Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour comprendre de quoi il s'agissait. Les renforts. Pas pour eux, malheureusement. Dans son enthousiasme, elle avait oublié les caméras de vidéo surveillance, petits gadgets dont les moldus raffolaient, surtout les moldus riches. Son regard sauta de Amba à Sacha. Elle n'hésita pas longtemps. D'un côté, il y avait ces deux hommes qu'elle refusait de perdre. De l'autre, l'ennemi qui réveillait sa rage, sa fatigue et son envie de combattre. Refoulant la panique, elle se détacha d'eux et se dirigea à grands pas vers les intrus. Elle ne se retourna que le temps de lancer:


"Allez-vous-en."

*Et reviens me chercher.*

Depuis le début, elle savait que ce serait un choix qu'elle aurait un jour à faire. Et depuis le début, elle savait qu'elle le ferait sans hésiter. A choisir entre elle et le Capitaine, elle choisissait le Capitaine.
Au final, protéger le Gardien se révélait presque comique.
Auparavant, elle aurait juste pensé que mourir à sa place lui ferait les pieds.

'Tu dramatises, là...'

Évidemment. Si on ne pouvait plus s'amuser...


"Et j'entends vous retrouver dans l'état dans lequel je vous ai laissé..."

Là-dessus, sans s'assurer que le message était bien passé, elle s'élança vers les nouveaux venus pour donner aux deux hommes le temps de disparaître.
Ça n'était pas juste un renfort. C'était tout un bataillon. Génial. On n'était jamais trop nombreux face à la fureur d'une femme aux abois. Quand elle entra dans leur champ de vision, elle leur sourit.


"Accio guns!"

Elle l'avait trouvé toute seule, son antidote aux balles. Il suffisait d'une bonne dose d'adrénaline pour faire carburer sa poitrine et sa tête.
Tous à ses pieds. Les pistolets.

'Pas mal...'

Ouaip.
Fière de sa petite victoire, elle adressa à la bande de vigiles un sourire encore plus grand. Provocateur.
Sauf que... Ils étaient une petite dizaine. Elle était seule. Et le fait qu'elle soit une femme et eux des hommes ne les arrêta que le temps d'une hésitation. D'un coup de baguette, elle jeta un "
Incendio" aux pistolets moldus, sans être certaine de l'efficacité d'un tel sort, avant de les regarder tous s'approcher. Bah, au moins, c'était un peu plus égalitaire comme bataille. Pas de plomb pour venir lester le tout. Juste une histoire de force brute, de souplesse et de coups de genoux bien placés. Avec un peu de chance, elle pourrait en mettre deux ou trois H.S..


16.11.10.
Oui. C'est pas bien. J'ai édité la fin. Mais il en manquait un bout.
Au pire du pire, si ça te gêne, zappe tout ce qu'il y a après
"On n'était jamais trop nombreux face à la fureur d'une femme aux abois.".
Je supprimerais le reste si nécessaire.




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Sacha de Lansley
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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Sam 22 Avr 2017 - 17:02

Jour 13

"Le coma est une protection de l'esprit. Une pause quand la vie fait trop mal. Son corps souffre et son esprit part ailleurs."



- McEwan, si tu voulais quelque chose de moi, il fallait me le demander. Il fallait me le dire. A ce moment-là, j’aurais été prêt à tout claquer pour toi. Sur un coup de tête. Je ne me suis pas posé la question des répercussions que ça aurait eu. Elles me faisaient peur, elles me faisaient chier mais j’aurais été jusqu’au bout. Tu as choisi Amba. Je me suis fait une raison.

Le miroir se brisa. Aucun objet ne l’avait percuté. Il s’était brisé. Tout seul. D’un coup. La colère. Le visage de Sacha se reflétait, incomplet, dans les différentes pièces de ce puzzle. Il reposa le petit miroir à main sur la table de nuit et tourna la tête de l’autre côté. La glace se répara. Toute seule. D’un coup. Aussi vite qu’elle avait été brisée.

Sacha ne se voyait pas lui dire ça. Il se raisonna une dernière fois avec amertume. Il devait les laisser tranquille. Il ne pouvait plus se permettre de se tourmenter pour une fille qui n’était pas sa femme. Son attirance inexpliquée pour Mélusine devait prendre fin. Maintenant. Qu'il le veuille ou non.

Amba entra doucement dans la chambre. Sacha se demanda depuis combien de temps le Dyode était là. Devant la porte. Il se tenait silencieux, près de l’encadrement. Depuis que Sacha était sorti du coma et les excuses échangées à demi-mot avec lui, le fils de L’Ombre paraissait fuir le regard du jeune Amiral. Il se comportait avec une distance empreinte de considération que Sacha ne connaissait pas auparavant.

- Il faut y aller, finit-il par dire avec douceur. C’est le treizième jour. On doit retourner au QG.

Sacha n’avait pas envie de rentrer. De retrouver sa vie d’avant. Amba devait s’en douter, ce qui aurait pu expliquer le tact inaccoutumé dont il faisait preuve. Pas envie. C’était un peu tôt. Il le sentait. Son esprit, ses convictions et sa santé subsistaient fébrilement. Un rien le ferait basculer par-dessus la rambarde du raisonnable. Il serait bien resté à Edimbourg pour profiter encore un peu des soins de madame McEwan. Pardon. De Gwen. La mère de Mélusine les avaient corrigé à plusieurs reprises lorsqu’un ‘madame’ leur avait échappé malgré l’invitation qu’elle leur avait faite, dès leur arrivée, de l’appeler par son prénom. Il se sentait bien, loin de tout. Dans ce petit quartier sorcier constitué de baraquements et de résidences écossaises, il se sentait à l’abri. Comme un nouveau chez lui. Il s’était même habitué à la décoration épouvantable de la chambre de McEwan.

Par prévention, Amba s’approcha de lui et l’aida à se tenir assis puis à descendre du lit. Sacha campait sur les rives du silence. Depuis la fin de son coma, il n’avait pas beaucoup conversé avec son hôtesse ou ses deux compagnons. Comme avant l’entrée d’Amba dans la chambre de Mélusine, il ne se parlait plus qu’à lui-même lorsque, soulagé, il se retrouvait seul. Prémisses d’une folie qui n’augurait rien de meilleur. Il ne se souvenait que très peu de ce qui s’était passé dans le couloir de l’hôtel. On le lui avait raconté. Il était resté sans avis. Sans envie.

Ils se rendirent tous les deux dans le séjour et Amba continua de soutenir Sacha pour l'aider à avancer dans le couloir.

En quittant la pièce, il eut l’impression d’y laisser un souvenir confus mais précieux et qu’il aurait préféré emporter avec lui. Il eut beau forcer sa mémoire, il n’y planait qu’ombres incertaines et âpre nostalgie.





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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Sam 13 Mai 2017 - 2:19

BulletBulletBullet

C'était le moment où les rêves se dispersaient à pas de loup pour laisser émerger la réalité. Sous ses doigts, l'épiderme était chaud, rassurant, pulsant doucement au rythme d'un cœur endormi. Mélusine n'avait pas besoin d'ouvrir les yeux pour savoir à qui appartenait cette peau. Elle savait. Elle sentait.

Dans sa chambre, au beau milieu de son lit agrandi par magie, elle était restée là longtemps, entre Amba et Sacha. En éveil. En alerte. Tout son corps replié dans ses frontières, dans son périmètre de sécurité.

Le sommeil l'avait prise pour la faire s'échouer sur son torse et, dans cet instant fragile entre le sommeil et le réveil, tout lui parut soudain limpide, évident. La place de chacun dans ce triangle bancal. Simple. Facile. Logique. Le monde se résumait soudain à lui. Et elle n'avait plus peur. Elle n'avait plus froid. Elle n'était plus seule.
Dans son dos, la perception qu'elle avait d'Amba s'était faite discrète, presque impalpable. Tout contre son capitaine, elle se laissa bercer par ses inspirs et ses expirs, qui faisaient écho aux battements de son cœur. Sa propre poitrine leur répondait en rythme.

Sa respiration se faisait moins profonde. Une main effleura sa taille du bout des doigts avant de s'y poser.

"Il pourra revenir à lui à n'importe quel moment."

Mélusine se mussa un peu plus contre lui.
Ils restèrent là, sans bouger. L'instant était trop vulnérable pour risquer de le briser. Trop parfait pour se hasarder à le dénaturer. Lovée contre son corps, elle se déroula pourtant lentement, jusqu'à sentir la tiédeur de son souffle caresser sa joue. Elle respirait à sa bouche et la tête lui tournait. [/i]A trop mourir, on pose les armes. Respire encore, mon doux mensonge. Que sur ton souffle, le temps s’allonge. Et que mes rêves s’accrochent à tes phalanges...[i] Enfin, ses lèvres se refermèrent sur les siennes, goûtant les trois D, tour à tour, puis simultanément. Douceur. Désir. Et Désespoir. Tout était tellement plus simple, moins oppressant quand il faisait noir.

A trop se serrer contre lui, elle perçut le moment où l'étreinte de son bras se détendit. "Ca peut n'être qu'une fausse alerte, un sursaut avant de replonger." Alors que Mélusine s'ouvrait à lui, elle le sentit sombrer à nouveau dans l'inconscience.

La solitude se fit écrasante.
Ses paupières s'ouvrirent sur le noir.

Le réveil à l'affichage fantasque avait tellement plu à Mélusine qu'Amba l'avait emballé dans ses affaires en guise de souvenir de voyage. Il trônait désormais sur sa table de chevet et défiait l'obscurité d'un 3:74 volontaire. Traduire: quatre heures trente-sept.
Elle avait dormi à peine deux heures.
Elle passa les deux suivantes en pensées vagabondes et migraineuses. Elle ne pouvait pas se permettre de fermer les yeux, de se rendormir. Elle avait des apparences à sauver et, ces temps-ci, c'était une mission presque aussi difficile de que sauver le monde.

Quand bien même elle aurait dû parce que, parce que... Elle n'eut pas la force de se détacher de lui.
La nuit serait sa complice, muette et fiable.

Qui le saurait?

"Il ne se souviendra probablement de rien."




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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Sam 13 Mai 2017 - 2:23

BulletBulletBullet


Les blessures de l'un s'étaient plus ou moins renfermées. L'autre souffrait dans son égo. Rien de grave.

Avec de la potion Poussoss, du Lonéat, quelques Episkey et autres bandages, Sacha était dans la capacité de se mouvoir seul. Il se tenait encore recroquevillé et avait besoin d'un soutien pour se tenir droit. On lui avait diagnostiqué non pas deux mais trois côtes cassées, une fracture des métacarpes et du radius, presque résorbée, une très longue plaie ouverte dans le dos et deux vertèbres déplacées qui étaient la cause principale de sa paralysie des membres inférieurs - lesquels étaient intacts -, ainsi que diverses coupures bénignes au visage et aux bras.

- Mais qui vous a fait ça, mon pauvre ami?

Sacha n'avait pas répondu à la question. Il venait d'ouvrir les yeux après 46 heures et demie de coma. Au-dessus de son visage, à son chevet, se tenait une femme dont on ne pouvait pas ignorer le lien de parenté avec McEwan. A son réveil, ses idées étaient brumeuses. Il avait l'impression d'avoir été drogué. D'avoir ingurgité des tonnes de Philtre de Confusion.

- Je m’appelle Gwen. Vous vous souvenez?

Froncement de sourcils. Non. Il ne se souvenait pas. Un peu... Peu.

Il essaya de se lever. Le drap tomba jusqu’à ses hanches. Il se rendit compte qu'il était pratiquement nu. Sa nudité ne l'aurait pas arrêté dans son impulsion. Il avait plusieurs fois choqué la fille, il pouvait bien poser la mère sur le même pied d'égalité. Le sourire frondeur qu’il adressa à Gwen trahit sa pensée. Mais soudain, sa vision s’obscurcit, la tête lui tourna. Son sourire se déforma en une grimace qui faisait écho aux diverses douleurs qui parcouraient son corps. Son corps... Smile. Il était dans son corps. Feu Elgin ne lui manquerait pas.

La tête cognait. Le dos brulait. "Vous savez que je suis dingue de votre emmerdeuse de fille?" Il essaya de se lever mais il se ravisa aussitôt, quand sa douleur au dos le lança de plus belle. Il fut incapable de juger si ce qu'il venait de dire était une pensée ou s'il l'avait prononcé. Il s'était rallongé convenablement, aidé par les mains protectrices de la femme au visage familier. Elle souriait, amusée.

Alors Sacha se rendit compte qu’Amba se tenait à quelques pas en arrière, derrière elle. Lui ne souriait pas. Son visage était fermé et préoccupé. L’Amiral devina que le Dyode était désolé de l'avoir mis dans cet état. Un coup de sang.

- C'est moi, se dénonça-t-il en s'approchant du lit. C’est moi qui lui ai fait ça.

La femme sentit une certaine tension dans la petite chambre. Elle sourit une dernière fois avant de prendre congé.

Amba vint s'assoir près de la tête de Sacha, à la place qu'avait occupée Gwen.

- Je te présente mes plus plates excuses. Je me suis emporté.

Sacha ne répondit rien. Il se fichait des excuses. Il avait cherché Amba et il méritait ce qui lui était arrivé. Il alla jusqu’à penser qu’il se l’était infligé en toute connaissance de cause. Une redevance fixée en fractures et en griffures, en réponse à son mépris des avertissements clairs et répétés d’Amba. Néanmoins, il prenait un tel pied à le voir s'aplatir qu'il décida de garder le silence encore un peu.

- Oh, parle-moi! Dis-moi quelque chose, au moins.

Il ne répondit toujours pas. Il tourna la tête vers le plafond où un mobile étoilé lui renvoya, par flash énigmatique, un souvenir qu’il prit pour un rêve embrouillé qu’il avait fait pendant son coma.

Trouvant ses performances d'acteur géniales, il forcit le trait en lâchant un soupir désespéré.


'Jusqu'où cet idiot va-t-il aller?' s'amusait-il aux dépends du Dyode.

- Je comprends que tu m'en veuilles, céda Amba. Si ça peut te soulager, après que tu aies perdu connaissance, on a continué à se battre. Je n'ai brutalisé personne. Ce traitement t'est jalousement réservé... Mélusine est saine et sauve. Elle s'est battue comme une lionne et j'ai mis fin au conflit en les endormant tous. La police est arrivée quelques heures plus tard et a trouvé les vigiles allongés comme des belles au bois dormant dans la suite 604 où j'avais volé ma ferraille. J'ai tout été rapporter hier. Dis quelque chose, Sacha...
- Je n'ai rien à dire, Amba.
- Pourquoi tu as fait tout ça? Pourquoi tu lui as dit tout ça? Et ta famille? Et ta femme?...
- Je ne sais pas... c'est plus fort que moi. C'est ce que je ressens pour elle et c’est comme ça. Tu devrais moins te soucier de mes sentiments que des tiens.


Amba se tut. Un sourire amer voila les traits parfaits de son visage.

- Si vous êtes Miroir et Gardien, et tant que cette histoire n'aura pas trouvé chapitre final, je ne saurai pas quoi ressentir. Quand je vois les couples que la Tantra Genèse a déjà généré, je crois que, pour l'instant, ce que je peux ressentir ou non n'a pas sa place là-dedans. Bon, maintenant, arrête de faire le con et dis-moi "je te pardonne, Amba" comme ça, je me tire.
- Tire-toi.


Amba sourit. Tel était Sacha.

- Merci, murmura le Dyode avant de prendre congé.


Puce


Quelques heures plus tard, Sacha s'était levé et habillé avec l'aide de Gwen. Il avait eu un bon repas, une bonne douche et tout s'était déroulé comme si la situation était des plus normales. Madame McEwan, pardon, Gwen n'avait pas posé une seule question. Elle avait alimenté la conversation sur ce qu'il y avait à voir dans les environs ou d'autres généralités qui ne forçaient personnes à trop se dévoiler. Amba raconta sa balade de la veille avec Mélusine alors que Sacha était encore dans le coma.

Derrière un silence glacial, il camoufla la jalousie que leur escapade lui avait inspirée sans se douter un instant que Mélusine s’était chargée de le faire voyager à sa manière et de lui tenir compagnie quand il était cloîtré dans son sommeil sans fin.
Gwen, incrédule, sourit en taquinant Sacha et lui promit que la prochaine fois qu’il viendrait, s’il était un homme libre, il pourrait voir tout ce qu’il voulait de Doxyham et d’Edimbourg. Il n’avait pas renchérit. Il s’était levé pour aller s’allonger dans la chambre de Mélusine.

Pendant des heures, ainsi allongé, Sacha avait réfléchi à ce qu'il allait raconter à Emmett. Il opta pour la vérité: "McEwan est le Miroir et je ne veux plus être le Gardien. Prends cette information et ne m'en parle plus jamais."

L’endroit lui apportait sérénité et chaleur. Pourtant, de cette pièce, il n’avait connu que le silence et l’ombre des nuits. Enfin... lui semblait-il.





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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Sam 13 Mai 2017 - 2:42

BulletBulletBullet


Amba venait de transplaner pour un aller-retour rapide à Ottawa. Et Gwen s'était subtilement souvenue d'une course urgente à faire ou d'un rendez-vous. Mélusine ne lui avait prêté qu'une oreille inattentive. Elle était déjà ailleurs.

Son corps rejoignit sa tête en ralliant sa chambre dès que la porte d'entrée se referma sur Gwen.
Il était toujours là, immobile. Inchangé. Elle refusa d'accorder à son inquiétude plus de prise que celles qu'elle lui avait déjà usurpées. Inchangé. Immobile. On pouvait mourir de dormir trop longtemps?

Avec une délicatesse qui ne lui était pas coutumière, elle se glissa à ses côtés pour se recoucher près de lui. Elle apprivoisait doucement son contact.

Elle resta là un moment, très long ou très court, les yeux fixés sur son plafond décoré d'étoiles chatoyantes. Il lui suffisait d'un peu d'imagination pour y broder le décor du lac d'Ottawa. Le toucher de la brise. L'odeur de l'eau. Les couleurs de la nuit. Le son de ses diastoles. Le goût de lui. Elle sourit à demi. Un sourire triste, bancal, broyé.

...

"Je n'avais jamais été en Amérique. Les étoiles sont différentes, là-bas. On les dirait plus lointaines. Inaccessibles."

...

« Comme toi... comme moi... »

...

"J'ai la tête pleine de questions qui ne veulent pas se taire. Tu sais, Amba... Il est rassurant et réconfortant. Il me réchauffe quand tu me brûles. Il n'y a pas de mieux ou de moins bien. C'est juste... différent. Avec lui, je me sens bien. Mais avec toi, je me sens moi. Amba et moi, ça aurait été tellement simple, facile. C'est lui que j'aurais dû... Pourquoi a-t-il fallu que tu... que je...? Ca sort pas. Ca ne veut pas sortir. Tu sens? Ca reste prisonnier à l'intérieur et ça m'étouffe. Je n'arrive pas à..."

...

« Par pitié, finis tes phrases! Tu me rends fou. Parle-moi encore... j’ai besoin de ta voix. »

...

"Ne me dis pas que l'avenir du monde repose en partie sur mes épaules, entre mes mains. Enfin, c'est complètement ridicule! Non mais vraiment... tu m'as vue?"

...

« Je ne te vois pas. Je te sens. Hier nuit, je te sentais aussi. Tu n'aurais pas dû t'arrêter.
De mille saveurs, une seule me touche lorsque tes lèvres effleurent ma bouche.
De tous ces vents, un seul me porte. Lorsque ton ombre passe ma porte.

Si c’est ta main sur ma poitrine, je t’envoie en morse tout ce que j’ai à te dire.
Sientes mis latidos de corazón. Bouse. Je ne connais pas le morse... c’est bête.
Ce n'est plus qu'un cœur qui bat et qui ne veut rien dire. »

...

"Tu sais, dans l'ascenseur, avant que tu... Il y a des trucs bizarres qui me sont venus à l'esprit. Tu te souviens de la Grande Ourse? A l'époque, j'ai eu l'impression que tu me rattrapais, que tu m'arrachais au mauvais chemin et que tu me poussais dans la bonne direction. Et si toute cette histoire c'était ça? Se propulser dans la vie de l'autre pour se modeler doucement. C'est nul comme idée. Mais si, par exemple, à chaque fois qu'on se rencontrait, qu'on se rencontrait vraiment, il y avait quelque chose en nous qui se reconnaissait, qui s'accordait lentement à l'autre... tu crois que c'est possible? Oui, je sais, c'est n'importe quoi. Laisse tomber."

...

« Non... Ne t’arrête pas. Parle-moi. Je m’ennuie ici... Je ne vois rien. Il fait noir. Et il n'y a que ta voix.
Je m’ennuie et, pour être sincère, je n’ai plus envie de me réveiller. Je veux juste t’entendre me dire n’importe quoi.
Habla conmigo... »

...

"C'est juste que... tu n'es plus là et j'ai l'impression de me perdre un peu. Mon corps réagit à ta présence mais mon cœur reste muet. Reviens. J'ai besoin qu'il batte. Reviens."

...

« Accroche-moi à toi. De tout ton corps. De toute mon âme.
Je produirai un battement sur deux et tu battras le reste.
Quand tu seras fatiguée de ressentir, je ressentirai pour deux. Il faudra m’aider à tenir,
car je re-sens très peu.
Et si tu en as assez de réfléchir, je penserai entre nos parenthèses.
Je te donne mes yeux. Je te donne ma bouche. Je t’offre mes sommeils. Et mes multiples couches.
Je te donne mes bras. Je te donne mon ventre et tout ce qui fait Sacha. Et tout ce qui me fait mal.
Prends mes soupirs. Donne moi des larmes.
Mes yeux auront une pupille qui ne sera que tienne. Tu me prêteras ton autre quand je serai aveugle.
Nous serons borgnes à deux et ça nous fera rire.
Si ton cœur est muet, le mien est surchargé.
Mais peut-être qu'à nous deux, nous ferions un être presque entier.* »

...

"Reviens."

...

« Seuls sur nos cendres, en équilibre, mes poumons pleurent, mon cœur est libre.
Ta voix s’efface de mes pensées. J’apprivoiserai ma liberté.
Et mes rêves s’accrochent à tes phalanges...
»

...

"Je t'en prie."

...

"J'ai besoin de toi. J'ai besoin de savoir que tu existes. Je t'en prie. Reviens."

...


Sa mère et Amba revinrent ensemble. Mélusine les soupçonna d'avoir fait un bout de trajet de concert. Elle préférait ignorer ce qui s'y était dit. Elle se contenta de se lever à la hâte, laissant la culpabilité lui broyer encore un peu le cœur.

"Tu veux bien aller faire un tour?" lança-t-elle au Dyode. "Avec... avec moi, je veux dire."

Elle l'entraîna dans une balade au travers d'Edimbourg, lui faisant découvrir sa ville de l'intérieur. Ils évitèrent soigneusement les sujets délicats, se contentant de banalités lancées sur un ton de fausse bonne humeur. Mélusine savait qu'elle ne trompait personne mais elle avait besoin d'essayer.
Le doute avait germé dans sa poitrine et y faisait éclore une débauche de mauvaises herbes.
Ils arpentèrent des petites ruelles de la vieille ville au charme désuet, évitant les lieux communs où les touristes abondaient. Ils mangèrent une glace sur la pelouse d'un jardin privé avant de se faire mettre dehors par un propriétaire grincheux jurant en gaélique. Ils escaladèrent une muraille et prirent le soleil de la fin d'après-midi. Il y eut beaucoup de silence qui se délaissa progressivement de sa gêne pour devenir simple et riche. Tout du long, Mélusine était tiraillée entre le besoin de rentrer et l'envie de s'éloigner au maximum. Amba fit preuve d'un tact touchant en lui épargnant remarques et questions indiscrètes. Elle aurait eu trop peur de commencer à parler pour ne plus s'arrêter.





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Dernière édition par Mélusine McEwan le Lun 15 Mai 2017 - 22:53, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Sam 13 Mai 2017 - 2:43

BulletBulletBullet

Nous étions donc le treizième jour de leur mission. Le lendemain du réveil de Sacha. S’ils ne rentraient pas, Emmett et les autres Résistants tireraient la sonnette d’alarme.

Les deux garçons avaient atteint le salon. C’était l’heure du départ. Des au revoir.

Ils remercièrent leur hôtesse et la saluèrent.

Mélusine ne les accompagna pas au QG.

Tout au long de cette dernière journée, la première qu’il passa debout et en pleine possession de ses moyens, Sacha s'était évertué à tromper les apparences avec maladresses et parfois avec violence. Du vide et du rien pour Etc-McEwan qu'il refusait de voir. Pas de regarder. De voir. Ses yeux se posaient sur elle mais ils étaient inhabités. Ils ne disaient rien quand il la croisait. Ce n'était pas un retour à la période où il l'ignorait. C'était une décision réfléchie pour mieux se protéger. Autant avait-il fait tout son possible pour sourire et entretenir de bonnes relations avec Gwen, autant avait-il savamment ignoré Etc-McEwan. Il lui avait fait parvenir ses remerciements par le biais d'Amba et la seule parole échangée fut un "salut", dans la matinée.

'Je ne dois plus la voir. Je ne peux plus la considérer comme un élément de ma vie.'

Cela ne l'avait pas empêché, une fois seul, d'imaginer les derniers mots qu'il aurait voulu lui donner. D'avoir des discussions imaginaires avec elle sans se douter jamais qu’il les avait bien eues. De lui poser clairement les questions qu'il avait à son sujet sans imaginer qu’il avait déjà obtenu les réponses. Peut-être, encore, de lui faire des excuses. Une explication plus claire quant à son refus catégorique de continuer à être le Gardien. La crainte qu'elle lui inspirait pour l’équilibre de son ménage. Sa jalousie face au lien si simple qu'elle entretenait avec Amba. Pourquoi avec lui tout était toujours si compliqué?

La déprime avait commencé un peu avant le moment des adieux.

L'Amiral capitaine se tenait debout. Seul. Enfin débarrassé du soutien d’Amba qu’il refusa plus longtemps. Il voulait transplaner seul.

Les quelques heures passées à Edimbourg avaient été les plus calmes et les plus rassurantes qu'il avait vécu depuis longtemps. Le temps avait semblé ne jamais s'être soucié du domicile écossais. Il y avait des oiseaux qui chantaient, une belle flore estivale qui diffusait son parfum jusqu'aux balcons de l'habitation du petit bourg. Il regrettait de n'avoir pas eu le droit - et la possibilité - d'aller faire un tour en ville. Tout ce qu'il vit de l'Ecosse fut le panorama qui déroulait sa verdure par les fenêtres du troisième étage de l’appartement des McEwan.

Un dernier regard pour Gwen.

Un crac. Transplanage. Amba partit le premier.

Sacha resta debout en face de Mélusine. Il hésita. Fit un pas en avant. Un de plus et il aurait été contre elle. Gwen disparut pour un autre mystérieux rendez-vous.



Regarde, il gèle
Là sous mes yeux
Des stalactites de rêves
Trop vieux
Toutes ces promesses
Qui s’évaporent
Vers d’autres ciels
Vers d’autres ports
Et mes rêves s’accrochent à tes phalanges...

Un autre pas et...
Non. Pas d’autre pas.

Il prit la main de blablabla-McEwan, tourna sa paume vers le ciel, se pencha doucement au-dessus du dextre et, de son index, y traça un C majuscule et un U. Il ferma son poing et le recouvrit du sien. Puis il recula d'un pas. L'observa un long moment sans parler. Sans lui dire rien de concret. Il photographiait simplement cette image.

Pour dernier geste, il finit par tendre sa main vers le visage de Mélusine et caressa sa joue. Il lui donna un regard qui n’était ni vide, ni inhabité. Il y crépitait une de ces vieilles chansons mélancoliques qu'on se raconte quand on s'en va.

- Si je te retrouve dans un de mes rêves, je te vire.

Devait-il croire en ce qu'il venait de dire? Ce n'était qu'un trait d'humour balancé sans conviction. Il s'évanouit dans un sourire assez tendre qui remplaça tout ce qui lui était interdit de révéler et de donner en un pareil instant. Ces deux journées dans le sombre coma avaient essayé de lui prouver que Mélusine pouvait entrer plus profondément en lui que ce qu'il avait pu penser et les deux mois à venir lui prouveraient qu'il ne saurait pas la virer de ses pensées aussi facilement qu'il le disait.

La caresse du bout des doigts s’éteignit au bout de son menton.

D'une manière incompréhensible - et dont il ne saurait probablement pas l'origine de la sensation -, il se sentit lié à elle... par la chair. Par l'intérieur de soi. Cet intérieur de soi placé entre l'âme et la peau. La sensation était partie de la main qui caressait la joue de McEwan et s'était révélée à l'ensemble du reste de son corps. Ca n'avait duré qu'une fraction de secondes. Il crut même rêver cette sensation, être toujours enfermé dans son coma où rien n'était vrai mais où tout paraissait possible et paisible. Il crut rêver sa main sur sa joue. Un geste que - pour rien au monde -, quelques années auparavant, il n'aurait eu l'idée d'amorcer sans qu'il finisse par une cruauté.

Il sourit et s’évapora aussitôt, inconscient de l'empreinte qu'il emportait avec lui et qu'elle lui avait abandonné comme une clé ouvrant toutes les issues de sa geôle onirique. Sa main était encore sur son menton, il n’avait pu se résoudre à le lâcher avant de transplaner. Il avait attendu la dernière seconde pour s’en séparer.





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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Sam 13 Mai 2017 - 2:53


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"Un Miroir sans Gardien, je ne sais pas ce que ça vaut... Mais, moi, sans toi, je ne suis pas sûre d'y arriver. Je ne suis même pas sûre d'en avoir envie."

Amba aurait dû savoir que frapper les choses d'un interdit ne faisait que les rendre plus désirables. Comme si elles avaient besoin de ça...

"Il y a eu cette fois où... je me suis retrouvée dans les profondeurs d'un loch, avec un Être de l'Eau. C'était vraiment une expérience étrange... magnifique. Mais avec mes petits poumons tristement humains, je me suis vite retrouvée à court d'air -ça n'était pas prévu au programme, enfin, là n'est pas la question puisque c'est arrivé- et, à ce moment-là, dans la confusion liée à la panique, à l’étouffement progressif, j'ai vraiment cru que j'allais mourir. Et, au lieu de tout ce à quoi je m'attendais... tu t'es déjà imaginé à quoi ressemblait la mort? Enfin, je veux dire, pas seulement l'après mais le moment précis du basculement, quand ta vie s'éteint? Soit disant qu'on voit défiler sa vie devant ses yeux avant qu'elle soit soufflée comme une bougie... mais ceux qui racontent ça ne sont jamais morts, alors, au final... c'est drôle, je n'ai jamais pensé à demander à Nick, ou à un autre fantôme, ce que ça faisait... je le ferais, un jour... tu crois, qu'au final, c'est comme quand on s'endort? On glisse doucement dans une sorte d'inconscience, alors que le réel s'efface peu à peu...? Je n'en sais rien... "

...

"Pour ce qui est de mourir, je ne sais pas, mais, pour ce qui est de presque mourir, par contre... on ne contrôle plus rien du tout.... il y a juste comme une partie de soi, détachée, qui observe mais sans réagir. Il y a la panique et les réflexes. Et puis, il y a ton visage."

...

"Ton visage flottait là, à mi-chemin entre mes yeux et ma conscience. Et ton regard était tellement.... triste. Intense. ca m'a pognardé et donné un regain d'énergie. Comme si tu m'interdisais de mourir."

...

"Maintenant, c'est mon tour. Je t'interdis de mourir. Tu n'as pas le droit de me laisser là."

...

"J'aurais peut-être dû me rendre compte, à ce moment-là, déjà, que tu occupais une place plus importante que celle que je voulais bien t'accorder. Mais j'ai toujours été très douée pour me voiler la face"

...

Gwen, Amba et Mélusine veillaient Sacha à son chevet, à tour de rôle. Il fallait que quelqu'un soit là au moment où il se réveillerait. Si il se réveillait. Sa mère était confiante, elle assurait que oui, mais, dans trois heures et douze minutes, cela ferait deux jours entiers qu'il avait sombré dans la coma.

Depuis l'excursion express d'Amba à Ottawa, Mélusine avait pris l'habitude, lorsque venait son tour de garde, de se glisser sous ses draps, aux côtés du capitaine et de parler doucement. De tout et de rien, la plupart du temps. Parfois, elle écoutait juste son souffle, lent et régulier. Imperturbable. Elle ignorait ce que les autres en pensaient. D'exu trois, elle était celle qui passait le plus de temps enfermée dans la petite chambre. Sa mère devait la forcer à sortir, à prendre du repos. Mais sitôt loin des étoiles, l'inquiétude la frappait de plein fouet et son attention était systématiquement détournée du repas, d'Amba, de la plante verte qui fleurissait sur la cheminée, du chat boiteux, des paroles rassurantes qui sonnaient creux.

"La dernière nuit à Ottawa, j'aurais voulu la passer avec toi. Tu ne sauras jamais à quel point. Mais... mais il y avait la demande d'Amba et, à ce moment-là, j'avais envie de croire que l'aimer suffirait. Me suffirait. La veille seulement, j'aurais donné n'importe quoi pour qu'il me demande de dormir avec lui. Le changement était trop brutal. Je ne savais pas où j'allais, ce que je sentais alors je gardais la ligne de conduite que je m'étais tracée. Ça faisait tellement longtemps que je... qu'il squattait ma tête, à occuper mes pensées. Je n'avais jamais espéré lui plaire aussi. Lui plaire vraiment, pas comme on peut plaire au premier sourire, pour un sourire ou parce qu'on a de l'allure. Et, au moment où je pouvais enfin l'avoir à moi, tu.... enfin, je... j'avais plus besoin de toi que j'avais envie de lui... ou le contraire. Besoin, envie, je... Et ça me révoltait. Ce que je voulais.... j'avais juste demandé à pouvoir l'aimer, goûter un peu de tendresse et d'affection. C'était beau comment il me regardait. Mais voilà que mon propre cœur me faisait obstacle. J'en étais malade et je le refusais. J'avais besoin de croire que c'était encore possible, de taire tout ce que tu pouvais me faire ressentir, juste pour pouvoir profiter d'instants avec lui. Avec lui, c'était chaleureux et simple, même si je n'arrivais pas à le toucher, cette nuit-là. IL y avait ton ombre entre nous deux et je n'ai pas de gomme à ombres. Dans un petit flacon, je lui avais donné une de ces histoire que je me raconte le soir, quand je m'endors, et où il avait le premier rôle. Je me raccrochai comme je pouvais à ce que j'étais encore en mesure de lui donner.
Je n'ai pas dormi, cette nuit-là. Dès que je fermais les yeux, c'était toi que je voyais. Alors j'ai gardé les yeux grands ouverts, me faisant violence pour ne pas te rejoindre et je me suis concentrée sur lui. Il était beau et touchant dans son sommeil. Je n'avais pas envie de lui dire adieu. Je suis peut-être très imparfaite mais je me refusai à rêver de toi dans ses bras à lui. Je l'aime trop pour ça. J'ai presque réussi à me convaincre que tout rentrerait dans l'ordre, le lendemain. Sauf que le lendemain...."


...

"La dernière nuit à Ottawa, j'aurais voulu la passer avec toi. Sous ma douche, mes larmes étaient amères. Je m'imaginais retournant à ma chambre et te demander de me prendre contre toi. De ne plus me lâcher. On sait toi et moi comment... enfin, qu'on aurait... mais je n'étais pas prête à ... et je ne pouvais pas... pas avec Amba dans la chambre d'en face. Je l'aime et il... je me sens bien avec lui. Et il ne mérite pas que je..."

...

Elle était là, une fois de plus.
On lui avait dit une fois qu'il fallait parler aux gens dans le coma. Où qu'ils soient, ils nous entendaient. Mais on disait la même chose des plantes, auxquelles il fallait s'adresser en les arrosant. Son ficus comme son thuya n'avaient jamais répondu. Le petit forsythia sur le rebord de sa fenêtre était resté muet.
Elle continuait de raconter, pourtant. Pour exorciser, peut-être. Pour expulser tout ce qui l'étouffait. Ces mots qu'elle aurait été incapable de prononcer à voix haute face à lui, elle les lui offrait alors qu'il était endormi.


"Mais le plus difficile, ça a été l'ascenseur.
Est-ce que tu imagines ce que ça a pu être pour moi, de tourner délibérément le dos à Amba pour m'enfermer là-dedans seule avec toi? Il aurait pu m'expliquer, j'en suis sûre. Je ne comprend rien à cette histoire de Prophétie. Ça ne m'intéressait pas des masses, jusqu'à présent. On devait trouver le Miroir, ok. Tu le voulais, je le chercherais pour toi. Ok, il y avait un Gardien dans l'histoire. Mais... mais après. Il y a deux autres clefs, c'est ça? Pourquoi des Clefs? Pourquoi pas, je ne sais pas, moi, des Elus? Dans les histoires, les prophètes annoncent l'arrivée des élus. oui, je sais, je lis trop d'histoires. Ça nourrit l'imaginaire et ça rend le réel plus riche."


...

"Mais dans cet ascenseur, tu m'as dit... Sur le moment, c'était trop. Tu sais comment c'est... tout s'archive mais tu n'en retiens qu'un petit bout, pas le plus important. Je me souviens du nom d'Amba que tu jetais encore entre toi et moi, comme un refus, comme une barrière. Tu ne m'as laissé le temps de répondre à rien. Il y avait déjà Amba de l'autre côté des portes. Toi et lui... j'ai parfois l'impression qu'il n'y a pas de place pour moi entre vous deux. Vous êtes tellement... entiers. Je me sens souvent de trop avec vous dans la même pièce que moi. Je suis jalouse de lui. Je suis jalouse de toi. Il y a quelque chose qui vous lie et qui m'exclut. Chacun, c'est comme si vous m'interdisiez d'être moi. Vous me placez entre vous et c'est... Pourquoi ne pas m'avoir laissé le temps de te répondre? Qu'est-ce que tu craignais? Je t'ai laissé me toucher, j'ai répondu à ton baiser... et, l'autre soir, près du lac... après ça, comment est-ce que tu as pu croire que Amba... que tu... laisse tomber."

Longtemps, elle resta silencieuse, collée à sa poitrine, épousant le côté de son corps.
C'était tellement étrange de le sentir là, tout près d'elle et pourtant de ne pas le sentir. Présente absence.


"Est-ce que tu sais seulement que je suis là? Que je n'arrive pas à te quitter? Ou est-ce que tu es perdu tellement loin, aux confins des limbes?"

Sous ses doigts, sa peau était nue. Les soins étaient plus faciles à réaliser sans l'encombrement des vêtements. Elle était stupide d'être jalouse de sa propre mère, juste parce qu'elle l'avait touché aussi.

' Surtout qu'elle l'a soigné quand tu en étais incapable. '

Elle n'avait vraiment pas besoin d'un complexe d'infériorité en ce moment.
Elle chassa la pensée. Elle chassa tout le reste, tout ce qui n'était pas lui. Ça n'avait plus d'importance. Elle observa ses doigts graviter sur son torse. A peine plus qu'un effleurement. A peine plus qu'un murmure :


« Est-ce que tu me sens ? »

Elle eut, l'espace d'un bref instant, la sensation que son sang avait pulsé plus fort. Mais ça n'était que son palpitant à elle qui déraillait, de l'avoir sous ses doigts, si proche et pourtant si loin. L'espoir vous faisait croire n'importe quoi.

« Dis-moi que tu me sens... »
« Envoie-moi un signe. »

Des idées bizarres flottaient sous son crâne.
Quittant sa chaleur à regret, elle passa son débardeur par-dessus sa tête. Son jean et le reste de ses vêtements suivirent le même chemin, sauf qu'en l’occurrence, certains s'esquivèrent par le bas plutôt que par le haut. Question d'anatomie. Elle était presque aussi nue que lui et, étrangement, elle ne se sentait pas plus faible pour autant. A peine plus vulnérable, peut-être.
Comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, elle se rallongea à ses côtés,  sa poitrine contre son torse. Étourdie de sentir son épiderme collée contre le sien.


« Dis-moi que tu me sens... envoie-moi un signe... » répéta-t-elle, avec toute la ferveur d'une prière d'enfant.

Elle écouta son cœur battre, à grands coups sourds.
Se penchant pour l'embrasser encore, ce fut son corps qui entra en contact avec le sien. Peau nue contre peau nue.  Toute elle contre tout lui. Elle frémit. Lui aussi.
Son signe se dessinait sous le couvert des draps. Elle-même hésita alors entre le sourire et les larmes. Posa une main légère, hésitante sur son sémaphore.

« Tu...? »

Sa main tremblait légèrement, incertaine de certitudes.
Au diable les doutes, les pourquoi et les comment. Les "je ne devrais pas et les "il faudrait mieux que je...".
Parce que c'était lui, elle se découvrait capable de tendresse et de douceur. D'attention. D'abstraction. D'altruisme. Elle s'oublia elle-même. Elle l'appela de tout ce qu'elle était. Elle l'appelait des lèvres, elle l'appelait des doigts, des mots et des murmures. Elle y mit le cri de son âme, ses battements de cœur qu'elle lui sacrifia. Son prénom, Sacha, Sacha, qu'elle pouvait enfin prononcer sans ciller, sans rougir, sans avoir peur de se trahir. Sacha. À l'infini, vibré par chacune des cordes à émotion.




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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Sam 13 Mai 2017 - 2:53

Sacha. Dis-moi que tu me sens... envoie-moi un signe.

Frisson long. Peau réactive. Chair de poule.

N’est-ce pas la plus belle chose que j’ai jamais entendu. Mes oreilles abruties par le silence entendent à nouveau. Mon cœur dépoli des ombres s’enivre de saveurs familières qui me rappellent des limbes où je me suis perdu. Une peau d’abricot et de feutre doux se presse contre ma cage thoracique où l’inspiration et l’expiration se font plus denses. Plus présentes. Plus vibrantes. Plus vivantes. Mon corps saurait reconnaître contre lui une poitrine, si petite soit-elle. Aussi invalide soit-il. Une poitrine derrière laquelle bat un cœur dont je reconnais le rythme assourdissant. McEwan. Oui. C’est toi que je sens. Pourquoi me rappelles-tu ? N’étais-je pas mort ? N’étais-je pas enfin délivré de la folie de ma vie ? Tu me libères ou tu m’emprisonnes ? McEwan… tes seins, ton ventre, ton haleine près de ma bouche chante des mélodies mélancoliques. Tes suppliques sont autant d’incantations qui remettent la vie où voulait s’installer la mort. Sais-tu que je suis ton esclave ? J’obéis à tout ce que tu veux de moi. Je te donne tout ce qu’il me reste, quand bien même ce qu’il me reste n’est qu’un souffle, une poussière, un doute…

Elle me rappelle. J’accours. J’émerge. Je fais ma révérence au sommeil éternel, et m’élance contre l’odeur subtile et nacré de sa peau diaphane. McEwan.
Mes yeux encore fermés éprouvent le peu de lumière qui perce dans la pénombre de la pièce. Où suis-je ? Une odeur inconnue et familière tout à la fois. Effort incommensurable, mes yeux luttent et s’ouvrent. McEwan. Ta bouche est très près de la mienne. Tes lèvres charnues m’incantent en silence. Ton œil pleure une larme sèche.
Je ne sais pas résister à ton corps chaud qui réveille le mien. Tout entier. Tout contre les lois de l’attraction. Tout rigide et fort d’envies qui le dépassent. Mon corps ébaubi d’abord, se maîtrise ensuite et s’emporte. Faisant fi du bien et du mal. Ignorant jusqu’à leur existence.
 
Tandis que les yeux de Sacha s’ouvraient petit à petit, son corps jusqu’alors immobile cherchait instinctivement tout ce qu’il pouvait avoir de contact et d’unité avec celui de Mélusine.
Il la pressait contre lui, de la taille, d’abord, du buste ensuite. Il enfouissait son visage dans la chevelure épaisse et fut étonné de se savoir vivant. Car cette odeur, ce parfum étaient bien trop réels pour n’être qu’une matière à rêve. Les rêves ne savaient pas confectionner de belles effluves comme celle-ci. A l’orée du sommeil et du réveil, il s’offrit la liberté d’ignorer encore un peu s’il se trouvait dans un rêve ou dans une réalité. Il fondit sur elle, réelle ou rêvé, lentement mais brûlant comme la cire nouvelle sur le bois d’un bureau illuminé par une chandelle. Quand il prit sa bouche et sa langue dedans sa bouche et contre sa langue, il sut bel et bien que le rêve était loin derrière et qu’elle était bien là devant. Mélusine.
 
Avait-on le droit de parler de son sexe et de certifier sans rougir que, grand et éveillé, il appelât à lui la chair contre laquelle il se trouvait, tous les atomes et toutes les cellules, à la recherche d’une fusion ou d’un besoin inexprimable ? Je ne sais pas. Mais Sacha n’était que désir. Les blessures dormaient encore dessus sa peau. Il ne les sentait pas. Il n’était obnubilé que par ce corps élastique et grand et fin qui se pressait contre lui et qui s’appliquait à le caresser en retour pour le posséder un peu plus, caresse après caresse.
 
« Hey, toi... tu es drôlement nue dis donc » soupira-t-il comme un secret. Il embrassa le coin de ses lèvres.
Puis partit explorer.
 
Etait-ce une main sur ce gracieux derrière adamantin ? Oui.
Etait-ce un soupir chanté dans une chevelure de feu ? Oui.
Etait-ce sa bouche et sa langue qui habilement étaient descendues jusqu’au sommet d’un sein petit ? Oui.
Puis cette bouche avide et éperdue repartie à la conquête du cou de Mélusine.
Et tandis que ses mains à elle cherchait son anatomie à lui et que son bassin à lui ne contredisait rien de ses gestes à elle, dont il se fit plus esclave encore que les marées soumises au cycle de la lune, leur bouche devinrent une unité parfaite. Fiévreuse. Lumineuse.
Ils s’embrassèrent comme un rêve seulement peut le permettre. Les jambes entremêlées et les mains logées aux endroits les plus érotiques que Merlin eut créé…
Temps suspendu.


Mais le chaos et la raison savent toujours s’insinuer où ils ne sont invités…
Le baiser soudain devint poison.
Sacha éveillé et pleinement conscient fut rappelé par la Terre. Le cœur. L’histoire. Les serments éternels.

‘Charlotte. Merde. Qu’est-ce que je fais bordel !’
 
Il écarta son bassin de celui de Mélusine et sa bouche se referma en un dernier baiser.
-        Je fais n’importe quoi… je ne peux pas.
Silence. Il se reprit. Sans la lâcher pour autant.
-        Je fais n’importe quoi... mais tu n’es pas n’importe quoi… Tu le sais, hein ? C'est juste que... Je ne peux pas. Et ‘je ne peux pas’ n’a jamais voulu dire ‘je ne veux pas.’

Le savait-elle ?

Il la pressa contre lui, avec force, une dernière et longue fois. Jusqu’à ce que son corps se rapproche un peu plus de l’état où elle l’avait fait sortir. Sommeil. Platitude. Trépas volontaire. Quand la fièvre fut éteinte et que les étendards furent baissés, il accepta de la libérer de sa domination.
-        Je m’excuse… je m’excuse tellement. Si tu savais comme j’ai envie et si tu pouvais comprendre comme je ne peux pas.
 
Il roula sur son côté et regarda autour la pièce qu’il découvrait pour la première fois.
‘Où suis-je ?’ se demanda-t-il avant que sa pupille n’explore un amoncellement de détails parlant lui prouvant sans effort que ce devait être la maison de Mélusine… de sa famille.
 
Il amena sa main sur la tempe de la jeune femme et en écarta une lourde mèche emmêlée. Ses doigts se perdirent dans le roux et il regretta encore que ce ne fut pour toujours.
 
-        J’ai dormi longtemps ? Où est Amba ?

Terre à terre. Tangible. Absurde. Nécessaire… telle était la réalité.





Walked out this morning
Don't believe what I saw
A hundred billion bottles
Washed up on the shore
Seems I'm not alone at being alone
A hundred billion castaways
Are looking for a home
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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Sam 13 Mai 2017 - 2:57

Elle se figea, juste un instant, en sentant les bras de Sacha se refermer sur elle. Ses paupières tremblèrent, capitulèrent un instant. Elle se laissa emprisonner contre lui, couler sur sa peau.

Eh, tu es drôlement nue, toi...

A peine le temps de sourire, timidement, pas le temps de répliquer. Une petite moue effrontée vite avalée par un baiser. Réfléchir ? Pourquoi faire ? Instinctivement, elle se lova un peu plus contre lui et l'embrassa de plus belle. Dans ce baiser, il y a de tout. L'affolement de l'avoir perdu pour de bon, le soulagement de le sentir s'animer sous ses doigts, la détresse des sentiments qui la dépassent, l'acceptation qu'il n'était pas besoin de tout comprendre pour ressentir, le plaisir simple de s'abandonner sans réfléchir, le goût de l'interdit, aussi, un peu. La folle satisfaction d'avoir su le ramener.
C'est étrange d'oser enfin. Agréable. Libérateur. Enivrant.
Ne plus se limiter, ne plus se brider, ne plus dissimuler.
Tout s'emballe au rythme de son cœur qui ne sait plus où donner de la tête. Mains éclaireuses qui partaient en reconnaissance. Souffles mêlés qui démontraient une fois pour toute que respirer était une activité accessoire. Corps qui se cherchaient, se trouvaient, mais protestaient qu'on n'était jamais assez près. Pudeur qui s'évaporait, pensée qui disparaissait.  Exploration, incitation, invitation. Il n'y a jamais assez de deux bouches ou de quatre mains pour venir à bout du besoin de le toucher, d'être touchée, de s'abandonner, de se fusionner. Mais...

Je ne peux​ pas McEwan, on déconne.

Elle serait peut-être plus convaincue si il ne la serrait pas à la souder à lui. Elle lui jette un regard voilé. Les mots tournent dans sa tête, dénués de sens. Un autre de ses soupirs meurt à deux centimètres de sa bouche. Il essaie de le rattraper dans un baiser qui s'attarde, qui s'emballe, qui déborde, mais qui finit par s'échouer dans son cou. S'y dépose un murmure que le sang enfiévré qui pulse jusque dans ses oreilles l'empêche de comprendre. Elle sait juste que sa tête est vide, que le serrer contre elle est la seule chose qu'elle sait encore faire. Ses sens protestent mais elle ne bouge pas, plus. Elle se contente de le garder fort dans ses bras, immobiles, sans une pensée de travers, et peut-être que le monde va l'oublier là et qu'elle n'aura plus jamais à ouvrir les yeux, à se décoller de sa peau et à vivre dans un monde où elle ne peut pas le toucher. Un autre de ses ''je ne peux pas'' se fraye  dans son cerveau embrumé. Elle le fait tourner dans tous les sens jusqu'à ce que les mots prennent un sens. A contre-cœur, contre son corps, elle le repousse juste assez pour croiser son regard. Elle a besoin de ce regard-là pour accepter. Un regard d'une douceur qui la fait capituler. Elle s'échoue à côté de lui. Il ne la lâche pas, elle ne le lâche pas non plus.

Je ne peux pas.

Elle le sait. Du moins, elle sait qu'elle devrait le savoir. Le comprendre. Elle reste encore silencieuse parce qu'elle a besoin de calmer la tempête dans son esprit. Elle ne peut pas se résoudre à le lâcher, pas encore. Pas comme ça.

Tu n'accepterais jamais d'être l'autre femme.

...

Même pour une nuit.

Qui le saurait ?

Lui. Toi. Et ça te détruirait un peu. Tu ne saurais pas être cette fille-là.

Elle continue de se taire. Elle ne fait pas confiance à sa langue mais elle fait confiance à son cœur. C'est son cœur qui lui dicte d'étendre une main jusqu'à toucher sa joue à lui. Il y a de la douleur dans ce geste, peut-être aussi dans son regard. Mais la douleur n'est rien face à l'amour qu'il y a dedans.

Elle se rend, elle accepte.
Et parce que même sa tête ne peut rien y trouver à redire, elle retourne se lover contre lui. Le sommeil tarde un peu. Elle en profite pour se shooter à sa peau. Elle finit par s'endormir contre lui.
Anyway, il lui est revenu.





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