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 Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite

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Sacha de Lansley
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MessageSujet: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Mar 3 Aoû 2010 - 14:27

Spoiler:
 

PREAMBULE

Jour 5

- EmemememeKéouan, debout. On a de la visite.
- Mmmm...


Elle jeta un coup d'œil au réveil moldu aux chiffres digitaux clignotant. Il la provoquait. Il affichait 4:69. C'était quoi le problème avec ce réveil? Rien. Rien du tout. Les moldus et les sorciers canadiens qui essayaient de mélanger la technologie et la magie. Il y avait des ratés. Le réveil avait presque les bons numéros. Mais dans le désordre. En réalité, il était 6 heures 49. Ils n'avaient dormi que trois heures.

Sacha soupira. Elle ne bougeait pas, continuant de dormir. Il s'assit sur le rebord du lit et se pencha lentement au-dessus de Mélusine qui venait d'enfouir sa tête sous l'oreiller rapiécé:

- Soldat EtCætera, debout. C'est un ordre. Si vous n'obéissez pas tout de suite vous serez privée de petit déjeuner. Ca serait dommage. Un bon jus de citrouille et des scones.

Il balada le petit sachet de scones au-dessus de son oreille – un jour, lors d'une rapide incursion dans le cerveau bordélique de l'ancienne Gryffondor, Sacha se souvenait être tombé sur un épisode où la mère de McEwan cuisinait des scones pour sa fille. C'était le repas qu'il avait demandé qu'on lui apportât le matin où on viendrait les chercher. Il fit bruir le papier du sachet ouvert qui diffusait une bonne odeur de pâtisserie dans la petite cabane. Il en sortit un qu'il enfouit dans sa bouche et qu'il mâcha avec une convoitise excessive.

- Hummm... quel régal, exagéra-t-il.

Il fit mouche. En moins de deux secondes – mais râlant et s'étirant avec des mimiques de gamine un matin avant d'aller à l'école – McEwan se leva enfin. Ses cheveux formaient une sorte de... il n'y avait pas de mot pour décrire ce qu'il voyait. Une couronne d'épis? Un bouclier anti-missile? Une réplique miniature des Twin Towers un 11 septembre?

- Mélusine, tu es charmante au réveil, dit Amba de sa voix de stentor en s'approchant du lit.

Les deux garçons étaient réveillés depuis trente minutes ; le vrombissement du moteur de la voiture de leur visiteurs les avait mis en état d'alerte immédiate. La Gryffondor n'avait même pas tressauté. Il vint s'asseoir entre Sacha et elle, forçant le sorcier à se pousser. Il embrassa Mélusine sur le front tandis que le sachet disparut des mains de l'Amiral et que les scones qui s'y trouvaient un instant plus tôt disparurent tout aussi rapidement dans le gosier de la demoiselle.

Sacha la regarda écœuré:

- C'est dégoûtant. Mâche au moins.

Elle lui répondit quelque chose qu'il s'apparentait littéralement à "Chacha!! Maichrouingouraille frfrfrmoprit chroi un chrououpmfsrcrunch?!!" Quoi qu'elle ait dit, d'après l'expression de son regard, Sacha comprit qu'il s'agissait probablement d'un reproche. Peut-être était-ce une question... Il haussa un sourcil et sourit en se redressant sur toutes ses vertèbres mais il resta assis, planté, devant elle:

- Mouais...
- On n'a pas mangé quelque chose de décent depuis plus de trois jours. Du calme, de Lansley,
la défendit Amba.

Depuis quand Amba parlait-il le McEwanien-la-bouche-pleine? Sacha le toisa sans riposter. Il lui appuya soudain la main au milieu de la figure pour le forcer à s'allonger en travers du lit et lui laisser le passage libre vers Mélusine à qui il tendit le verre de jus de citrouille qu'il tenait dans son autre main. Elle le saisit les yeux brillants de gourmandise, ne prêta aucune attention au jeu entre les deux hommes. Elle avait fini par s'habituer à leurs exaspérantes discordes.

- Je ne veux pas voir ça, ricana Sacha en fermant les yeux tandis qu'elle but d'un trait le jus de citrouille sans avoir encore pris la peine d'avaler les scones. Enfermés dans cette cabane pour anachorète Outaouais, plantée près d'un lac en plein milieu d'une forêt verdoyante, ils n'avaient rien mangé depuis ce qui leur paraissait être une éternité. Il comprenait sa gloutonnerie. Il n'avait pas besoin d'Amba pour la concevoir.

- Si tu ne veux pas voir ça, tu n'as qu'à sortir, suggéra l'enfant prodigue par provocation en se redressant.

Sacha l'ignora. Son attention était focalisée sur Mélusine. Il la regarda avec un air mystérieux sur le visage. Elle lui rendit le regard. Interrogateur. Elle devait se demander ce qui ne tournait pas rond chez lui depuis qu'ils étaient partis. Il ne s'était jamais montré aussi prévenant. Il lui arrivait souvent de la dévisager longtemps, comme maintenant, comme s'il essayait de percer un mystère. Puis, il détournait les yeux mais restait pensif. Pensif et silencieux.
Amba se sentit exclu. Il se leva et s'étira en retournant à la couche qu'il partageait au sol avec Sacha.

- Ils sont arrivés, dit Sacha à l'intention de McEwan pour rompre le silence. Ils attendent devant la cabane. On va pouvoir aller à Ottawa.

Il jeta sur son lit un passeport moldu et décrivit ce qu'elle y trouverait à l'intérieur pendant qu'elle continuait de mâcher les scones.

'Ces pâtisseries, les avalera-t-elle un jour?'

- Tu es Lucy Stonemarten, étudiante écossaise, 22 ans, née à Lerwick, dans les Shetlands. Tout juste arrivée d'Edimbourg pour un échange scolaire. Moldue. Comme tu le vois, sur la photo tu es brune... deux sorcières sont dehors, elles vont te... relooker. C'est comme ça qu'on dit? Amba sera André Cartier, un français. 25 ans. Comme monsieur sait parler une centaine de langues, la couverture lui ira comme un gant. Il sera agent de sécurité à l'université. Moldu. Et moi, je serai Ian Elgin. 35 ans, anglais, né à Londres. Séminariste pour douze heures de master class sur la culture de la magie pour les étudiants Ordinaires. Sorcier. Tu participeras bien entendu au séminaire.

Elle ne répondit pas et cligna des yeux déconcertés en direction de la porte. Elle les invitait à sortir. Lui et Amba. Elle voulait se changer. Il pensa que son mécontentement était la conséquence de la partie où elle devait se faire relooker. Pourquoi elle et pas lui? Parce qu'il n'y aurait pas assez de Polynectar pour deux et que Mélusine n'était pas recherchée dans 280 pays. Ca lui paraissait une bonne réponse des fois qu'elle s'aventure à poser la question... quand elle n'aurait plus la bouche pleine.

Il obéit sans répondre, ce qui ne manqua pas d'étonner la sorcière.

- Dehors, Umbrès junior. Dame Kéouan va faire sa toilette.

Amba sortit, Sacha lui emboîta le pas. Il laissa entrouverte la porte de l'unique pièce de la cabane qui donnait sur le lac et interpela les sorcières. Elles entrèrent dans la chambre avec deux malles pleines. L'une seraient la nouvelle garde robe de Lucy, l'autre l'attirail d'effets féminins pour sa transformation. Sacha sourit en songeant qu'une malle entière d'artifices ne parviendrait jamais à métamorphoser McEwan. McEwan était McEwan. Brune, blonde ou rousse. Elle serait toujours une catastrophe ambulante.

Amba alla se caler dans la voiture pour écouter de la musique et tenter de terminer sa nuit. Pendant se temps, Sacha rejoignit la silhouette bonhomme d'un monsieur à la grosse moustache grisonnante qui se tenait au bord du lac. Il s'appelait Amir. Amir Houssasse. Il était l'homme qui les prendrait en charge et qui leur avait apporté les passeports. Amir était Chancelier de l'université de Carleton. Il attendait Sacha avec un air songeur. Il n'arrivait pas à dissimuler son inquiétude:

- Sacha, vous êtes certain de ce que vous faites? C'est risqué. Si quelqu'un vous reconnait... s'il y a ne serait-ce qu'un accident.
- Aucune chance. Vous m'avez apporté du Polynectar pour dix jours. Je serai méticuleux. Je n'ai aucune envie d'échouer car j'en ai assez d'attendre caché que le monde continue de tourner au lieu de me lancer à la chasse à Antarès. Nous trouverons qui est Izabena la spirite. Que cette histoire soit une farce et attrape ou la vérité, je suis prêt à explorer toutes les possibilités pour déterminer qui est mon Miroir... et passer à autre chose.


Le brave homme soupira devant la force de volonté du jeune Amiral. Bien que le Canada soit devenu un pays Coopérant, le chancelier avait entretenu le réseau Résistant. Sans concession. Quand il avait entendu que l'Amiral recherchait des informations ou n'importe quel moyen de découvrir qui était le Miroir, selon les principes de la #Tantra #Genèse et de la #Prophétie du Centaure, Amir avait répondu. Lui-même ne savait rien mais une rumeur gonflait depuis près d'un an. D'après elle, une spirite moldue était élève à l'université de Carleton. Plusieurs étudiants rapportaient leur expérience au sujet de leur rencontre avec la spirite mais le sceau du secret interdisait à chacun de dévoiler son identité. La spirite trouvait qui avait besoin d'elle mais, si on la cherchait, on ne la trouvait pas. Cette femme avait le don de lire les signes et de parler aux esprits. Elle était issue d'une très ancienne lignée Ojibwé du Canada.
Selon Amir, personne ne se douterait jamais que Sacha s'appuierait sur une contribution outre-Atlantique, et qui plus est moldue, pour trouver des réponses à ses questions. Sacha n'avait pas tout de suite répondu à Amir mais l'enfermement à Poudlard University avait contribué à ressusciter sa foi en de telles fables. Il avait besoin d'action. En outre, comme la diversion à son spleen avait un lien direct avec la prospection du Miroir, Emmett ne s'était pas opposé à cette mission.

Au grand étonnement de tous (sauf d'Emmett qui n'avait pas paru étonné mais étrangement satisfait), Sacha avait choisi de partir en binôme avec Mélusine. Il n'avait jamais pris la peine de justifier son choix. Il restait très mystérieux ces derniers temps. L'on sentait qu'il était riche d'une extravagante vie intérieure mais il ne partageait jamais ses impressions et ses pensées. Néanmoins, on ne l'avait jamais connu aussi facile à vivre que depuis qu'il savait qu'il allait partir au Canada.

Après avoir consulté Umbrès et Rosà et que ces derniers donnèrent leur consentement, Emmett insista toutefois pour qu'Amba fasse parti du voyage. Le jeune être divin avait cela de commun avec Sacha qu'il démontrait de pouvoirs considérables. Aussi loin de l'Angleterre, Emmett ne voulait prendre aucun risque sur la sécurité de l'une des Clés. Sacha accepta cette dernière condition.

- T'as pas l'air enchanté qu'Amba vous accompagne... Qu'est-ce qu'il se passe? S'était inquiété Egon.
- Si. Ca va. Je m'en fous, en fait.

Amba s'était montré profusément enthousiaste à l'idée de revoir Mélusine pour laquelle il nourrissait une attirance qu'il ne prenait jamais la peine de dissimuler. Ce comportement paraissait agacer Sacha qui ne faisait pourtant aucune remarque ostensible à ce sujet-là. Il préférait le narguer sur une kyrielle d'autres sujets. Pour ennuyer encore un peu plus Sacha, Amba en avait fait des caisses au moment du départ pour le portoloin menant de l'autre côté de l'Atlantique – le voyage le plus éprouvant qu'il lui ait été donné de vivre. Avoir l'impression de passer dans un entonnoir pendant dix longues et insupportables minutes. Plus jamais. Il rentrerait en avion. C'était certain. A l'arrivée dans la forêt de l'Ontario, Sacha et Amba s'étaient disputés pour une raison que personne encore aujourd'hui n'était parvenu à comprendre. Mais les deux hommes savaient très bien pour quoi.

Cela allait de mal en pis dans la cabane. L'espace était trop réduit pour deux égos sur-dimensionnés. Quatre jours à attendre l'arrivée d'Amir. Pas un seul où Amba et Sacha ne s'étaient chamaillés pour un oui ou pour un non: la chasse et la pêche – ils étaient aussi mauvais l'un que l'autre dans ces disciplines. Étrangement, McEwan fut la seule pêcher quelque chose. Ca ne les avait nourri que le premier soir –, la couche de Mélusine, la façon de maintenir le feu, l'éclairage, les vêtements, les futurs passeports, les meilleures équipes de Quidditch, le plus beau pays du monde, Antarès, s'il allait pleuvoir ou faire beau, la reconstruction du toit. Tout était sujet à dispute et ils laissaient rarement Mélusine avoir voix au chapitre.

- A Ottawa, vous serez tous les trois logés avenue Laurier, près de Strathcona Park. Une maisonnette qui appartient au campus et qu'il nous arrive de louer aux professeurs. J'espère que cela fera l'affaire. L'un d'entre vous devra dormir sur le canapé du salon. Je suis désolé.
- Ne vous inquiétez pas, Amba sera ravi de prendre le canapé.


Deux heures plus tard, la porte de la cabane s'ouvrit. McEwan en sortit. Sacha resta bouche bée.

Quand il reprit ses esprits, il lui prit en premier l'envie de grogner. Il allait devoir supporter les commentaires d'Amba pendant toute la durée du voyage pour Ottawa. Il ne fit donc aucun commentaire à Mélusine. Elle aurait son lot de compliments par le Dyode. Il se contenta de la dépasser en lui jetant un vague regard et d'entrer dans la cabane pour aider les deux sorcières à ranger leurs malles et à les mettre dans le coffre de la voiture avec deux autres malles. Le véhicule était un pick-up assez imposant. Sacha avait passé son permis de conduire dans le Sud de la France néanmoins, il lui arrivait très rarement de conduire. Il n'aimait pas ça. Il appréhendait. Il aurait bien utilisé la magie mais il ne l'avait jamais expérimenté sur un objet mécanique moldu. Sa peur était infondée, néanmoins, à voir comment fonctionnaient les réveils, il craignait plus pour sa sécurité à bord d'un objet ayant subi un détournement magique qu'en face de six loups-garous affamés.


Jour 8

L'insertion au sein de l'université s'était passée sans aucun problème. Ils avaient utilisés leur première journée à trouver leurs marques et à récupérer leur sommeil. Amba était le seul qui n'avait pas besoin de déguisement. Il était allé faire les courses ; Sacha soupçonna que le Dyode s'était adonné à son petit pêché mignon pour la plupart des denrées et des objets qu'il avait rapportés: le vol.

Le soir, ils avaient pu dormir et se doucher. Ils étaient tous les trois en pleine forme. Comme prévu, Amba n'arrêtait pas de taquiner Mélusine sur sa nouvelle apparence. Comme prévu, les deux hommes se disputèrent le canapé. McEwan proposa qu'ils tirassent au sort. Sacha perdit.
Amir leur rendit visite pour savoir s'ils étaient prêts pour le lendemain. Cela serait leur première sortie dans la ville. Il ne restait plus qu'à tester le Polynectar. Sacha avait envoyé lui-même les cheveux de la personne à laquelle il souhaitait ressembler. Un adjuvant allemand, prénommé Egart qui fut ravi d'avoir été choisi. Il avait envoyé deux dread-locks à Sacha.




Les jours passèrent et ils trouvèrent très peu d'indications sur Izabena. Mélusine s'était liée d'amitié avec quelques étudiants et recueillit très vite des témoignages sur la spirite. Grâce à Amba dans la peau de l'agent de sécurité francophone, toutes les portes de l'université leur étaient ouvertes. Ils pouvaient fouiller où ils voulaient et se réunir sans peine pour débriefer à l'abri des regards indiscrets. Chaque soir, ils quittaient l'université à des heures distinctes et empruntaient des chemins différents pour rentrer à la maison avenue des Lauriers afin que personne ne se doutât qu'ils habitaient tous les trois ensemble.

Grâce au séminaire, Sacha pouvait orienter la discussion sur les différentes formes de magie. Les étudiants aimaient l'écouter raconter l'histoire des sorciers et, contrairement aux cours d'Histoire de la Magie de sa mémoire, personne ne s'était jamais endormi. On le suivait même dans les couloirs, la cour et le réfectoire pour l'entendre conter un rab des histoires sur les sorciers. Il rentrait épuisé de ses journées et s'affalait dans son canapé sans avoir le goût de parler plus. Il avait l'impression que sa langue avait pris du volume tellement il discourait dans la journée. Ce ne fut que le troisième jour que quelqu'un aborda les spirites pour comparer leur magie à celle des Omens et de la divination. Sacha n'était parvenu à rien obtenir de concret mais il gardait en mémoire la jeune femme qui avait fait le lien et qui s'était montrée très intéressée par tout ce qui concernait l'art de la divination chez les sorciers.

A la maison, Amba jouait les fées du logis. Sacha ne savait pas cuisiner, il laissait volontiers les tâches ménagères au Dyode. Voir Amba cuisiner avait quelque chose de surréaliste. Comme si la Vénus de Milo avait été sculptée avec deux poêles à frire à la place des bras. Leurs disputes ressemblaient plus à des altercations entre deux frères qu'entre deux ennemis jurés. Les deux hommes étaient seulement trop similaires en bien des points. Qui se ressemblait, ne s'assemblait pas forcément.

- Tête d'oppossum.
- Dyode au rabais.
- Passe-moi le sel.
- T'es Dieu, tu devrais pouvoir le faire venir à toi sans mon aide.
- Tu as vu, Mélusine? Ca ne sentirait pas le complexe d'infériorité ça?
- Amba... un petit duel de Sorcier Surdoué vs Petit Con de Dyode, ça t'irait?
- Dixit celui qui avait fait de la connerie un langage à part entière. Quand tu veux, mon vieux. J'ai besoin de me défouler. Pendant que tu racontes l'histoire de mes parents aux Ordinaires, moi je fais le pied de grue devant la porte...
- McEwan, tu arbitres?


Transplanage dans la forêt de l'Ontario sous leur apparence véritable. Duel jusqu'au petit matin. Pour rentrer, Sacha avait pris McEwan sur son dos. Les deux garçons avaient ri sur tout le chemin du retour, les visages tuméfiés, des courbatures partout, leurs paumes d'où étaient sorties tout un tas de maléfices et de sortilèges à la densité hors norme les brûlaient encore. Ils s'entendaient tous les deux très bien quand McEwan n'était pas là - ou qu'elle dormait. C'était un fait. Ou, la distraction du duel les avait tout bonnement apaisé. A la moitié du chemin, Amba insista pour porter Mélusine. Sacha le laissa prendre le relais. Il le regarda du coin de l'œil. Amusé de constater que son intérêt pour elle n'était pas feint.



Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite

Jour 9

Fin de journée. Parc de Strathcona.

Sacha était assis sur un banc. Il soufflait. Il avait trouvé cet endroit le deuxième jour de leur arrivée à Ottawa et c'était devenu son coin préféré. Il venait chaque soir se promener avant de rentrer à la maisonnette. Les nuits sur le canapé lui broyait le dos et le duel de la veille l'avait achevé de fatigue mais il ne se plaignait pas. Tous les matins, il était le premier levé. Il quittait la maisonnette aussitôt son café pris pour courir et se remettre les os en place. Il avait trop de fierté pour se plaindre. Il ne voulait pas donner à Amba une occasion de se foutre de sa gueule. Dès qu'ils avaient franchi le pas de la demeure, les querelles avaient reprises.

La journée de cour avait été épuisante. Sacha sautait au plafond dès qu'on lui touchait l'épaule. Amba lui avait jeté un sortilège qui l'avait propulsé en haut d'un immense sapin. Il lui semblait qu'il avait encore le tronc et les branches plantées dans le bras.

Ils étaient enfin parvenus à obtenir une piste sérieuse sur la spirite. La jeune femme, disait-on, s'était effectivement inscrite au séminaire. Restait à savoir derrière laquelle des trente six femmes participant au séminaire, la spirite se cachait. Sacha restait perturbé par la curiosité de l'étudiante qui ne se rassasiait jamais assez d'informations sur la divination. Plus d'une fois, elle avait fait mention de la magie des indiens. Elle faisait constamment dériver les sujets du jour vers une comparaison pointue entre la magie au sens moldu du terme et la magie au sens sorcier. Elle avait un teint caramel et de longs cheveux noirs. En d'autres circonstances, il lui aurait certainement fait une cour magistrale à l'instar de ses leçons qui ne perdaient pas leur public. Au contraire. Le mot avait couru et l'amphithéâtre se gonflait de jours en jours de néophytes.

Sous les traits de son corps d'emprunt auquel il avait fini par s'habituer, le jeune Amiral avait les yeux perdu dans le lac qui s'étendait devant lui. La population du parc se fit plus rare. L'heure était fraîche, agréable. Silencieuse. Il n'était vraiment pas pressé de retrouver Amba et leurs batailles incessantes.

Il se demanda s'il n'allait pas errer toute la soirée dans le coin, manger dehors, découcher.

'Peut pas...'

L'action du Polynectar ne ferait plus effet d'ici deux ou trois heures.

Il sentit soudain qu'on vint s'asseoir à côté de lui. Il rétracta ses bras pour laisser de la place mais s'aperçut que c'était tout simplement McEwan. Il la fuyait aussi. Il ne la regardait plus. Cela durait depuis qu'elle était devenue McEwan la Brune. Il ne la taquinait pas non plus. Aucune remarque en dessous de la ceinture depuis la cabane où il avait dû un jour la prendre à partie quand Amba avait insinué que faire l'amour avec un Dyode était plus spirituel et charnel que faire l'amour avec un vampire. Les quelques interactions que les deux anciens poudlariens avaient encore se résumaient aux débriefs et à ces étranges instants où Sacha paraissait déconnecté quand il regardait McEwan.

C'était la première fois qu'ils étaient seuls depuis qu'ils avaient quitté l'Angleterre. Sachant Mélusine ici, Amba ne tarderait pas à faire son apparition. Alors Sacha réfléchit. Il jeta à nouveau à McEwan ce regard mystérieux et impénétrable avant de se tourner complètement vers elle:

- McEwan, je peux regarder ton dos, s'il te plaît? Commença-t-il sans ambages. Je me pose des questions...





Walked out this morning
Don't believe what I saw
A hundred billion bottles
Washed up on the shore
Seems I'm not alone at being alone
A hundred billion castaways
Are looking for a home
(Police)



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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Ven 6 Aoû 2010 - 0:28

"C'est un ordre, mon capitaine?"

Le ton se voulait léger et vaguement ironique.
A peine assise, Mélusine envoya valser ses chaussures à talon qui lui donnait -à son sens- une démarche de clown alcoolique et s'assit en tailleur, dans les limites autorisées par cette foutue robe. Chassez le naturel, il revient au galop.

Lucy Stonemarten aimait s'habiller en bleu (il paraissait que ça allait avec ses yeux), assortissait la couleur de ses escarpins et de son sac à main (quel intérêt?), sac-à-main qui, entre autre, contenait à peine une flasque de jus de citrouille et un paquet de cookies anorexique, parlait d'une voix douce avec un léger accent écossais, écoutait en battant des cils, déjeunait avec quelques autres filles à Mike's Place et acceptait trois feuilles de salade avec un sourire ravi. Il n'y avait plus qu'à prier qu'Amba soit aussi legiliventer et leur serve un vrai bon ragoût de caribou avec de la poutine, gâteau de carottes et sirop d'érable à l'appui. En bref, Lucy Stonemarten était une fille qui gravitait à des lieux de l'univers mcewanien. Et il paraissait que c'était convainquant. Ca n'empêchait pourtant pas les gars du dernier rang, dans l'amphithéâtre, de la regarder avec un drôle d'air. Mais, dans l'ensemble, les canadiens étaient des gens plutôt... chaleureux.
Elle parviendrait peut-être à convaincre à nouveau Amba de lui rendre ses boucles cuivrées, ce soir aussi. Ok pour obéir (presque) docilement à la nécessité de se fondre dans la masse, mais une fois passé le seuil de l'avenue des Lauriers, prière de laisser les subterfuges sur le paillasson. Que les soirs, au moins, elle puisse être elle. Juste elle. A 100%. Et puis, elle aimait ces moments silencieux, teintés de concentration, où le Dyode s'occupait d'elle et que sa magie remplissait l'air d'une tiédeur à pics électriques. C'étaient des instants précieux pour lesquels elle sacrifierait sans peine une heure de sommeil. Parce que, évidemment, le matin, tout était à refaire.

Elle jeta un coup d'oeil à de Lansley.
Elle avait vraiment du mal à s'y faire. Entre sa nouvelle têtes et son comportement étrange, il lui fallait toujours un effort pour remettre les choses en place. En lui rendant son regard, elle se demanda à quoi le Polynectar touchait exactement. A l'apparence ou à l'essence? Là, si elle lui volait un cheveu, alors qu'il était lui dans le corps d'un autre, qu'elle le versait dans un peu de potion et qu'elle avalait le tout, lequel deviendrait-elle? Sacha de Lansley ou Ian Elgin? Non pas qu'elle tienne vraiment à incarner un clone du Capitaine pour la demi-journée, mais, pour le bien de science magique... Et pour sa propre curiosité.... Et puis, elle s'était toujours demandée ce que ça devait faire d'être un homme. C'était sûrement moins compliqué.


'Douce utopie, ma chère.'

Bref. Il n'empêchait qu'elle se posait la question. Le Polynectar n'était-il qu'une illusion grandeur nature ou affectait-il ce que l'on était? Ce qui aurait expliqué bien des choses. Sauf que les choses en questions dataient de quelques jours de plus.

"Non, parce que tu peux toujours courir pour que je te fasse un strip-tease en plein milieu d'un parc canadien."

Quand il avait ce regard-là, c'était déjà plus facile. un peu. Les râleries et les provocations venaient plus aisément.

"Un strip-tease tout court, en fait, capitaine."

Oui. Capitaine.
Tout d'abord parce qu'elle n'était pas assez inconsciente pour l'appeler "de Lansley" ou "Amiral" dans un lieu public et étranger, depuis qu'il avait échangé son titre de sorcier-le-plus-sexy-du-monde-et-de-l'univers-blablabla pour celui de sorcier-le-plus-recherché-du-monde-et-de-l'univers.


'Tu crois que c'est cumulable?'

Pas de commentaire.
Elle l'avait livré, une fois, il y a longtemps, et ça n'était pas une erreur qu'elle était prête de recommencer. Ensuite, Mélusine n'aimait ni les titres ni la hiérarchie, alors, même en temps normal, "Amiral", très peu pour elle. Elle laissait ça aux autres, si ça les amusait. Et puis, un titre, au fond, ça ne voulait rien dire d'autre que ce qu'on voulait bien y mettre. Et Capitaine, c'était le seul statut qui avait un tant soit peu de valeur à ses yeux. La Résistance, au contraire du Quidditch à qui elle avait tiré sa révérence, était une association à but non lucratif. Et si son "Capitaine" sonnait parfois un peu moqueur ou irrévérencieux, c'était juste son besoin de provoquer qui refaisait surface. Rien ne l'agaçait plus que le ton dégoulinant d'admiration avec lequel certains s'adressaient au chef de la Résistance. ok, c'était un type doué. Ok, c'était un héros. Ble. Bla. Bla. Mais sinon, c'était un type normal. Banal.
Capitaine, c'était la plus grande marque de respect et de confiance qu'elle pouvait offrir à quelqu'un. Mais ça, elle le gardait pour elle. Evidemment.

Passons.

Bon. S'il l'appelait par son vrai nom et qu'il ne faisait aucune remarque sur les risques à être vus ensemble (elle pourrait toujours, le cas échéant, appliquer la solution-de-secours-bidon numéro une: "Professeur Elgiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin, vous êtes teeeeeeeeeeeeeeeeeeeeellement passionnant. Vous pourriez me parler encore de ce que vous appelez la Trace?". A n'utiliser qu'en dernier recours), elle décida que ce banc était une sorte de no man's land, d'entre deux entre l'univers confiné de la maison et l'univers sauvage de l'Université.
Elle fouilla dans son petit sac, ce qui ne prit guère de temps. Coincée sous le paquet de cookies vides, il y avait sa baguette. Hors de question de s'aventurer dehors sans elle, malgré ses prétentions à la moldutitude. Il y avait également trois stylos et quelques feuilles. Elle sortit l'une de ces dernières, pliée en quatre. Des lignes bleuâtres courraient tout du long et, maladroitement, l'écriture de Mélusine essayait de les suivre. Il y avait quelques égratignures dans le papier. Mais aussi, ces stylos moldus étaient de vrais instruments de barbare. Il n'y avait aucun cours pour apprendre à s'en servir correctement.


"Une fille du groupe à lunettes m'a parlé de son frère qui aurait rencontré la spirite. Tout est là. Et il paraît que la femme que tu as remarqué se fait appeler Zeira."

Ce qui en soit, n'avait aucune valeur.
Elle-même se faisait appeler Lucy et tout le monde y croyait dur comme fer.
Bref. Les infos du jour qui valaient leur pesant de salade. Elle lui laisserait le soin de lire son mémo, plus tard. Il y avait seulement quelques détails supplémentaires qui, au choix, les aiguilleraient un peu mieux sur la bonne piste ou les perdraient un peu plus.

Elle ne dit rien pendant un temps. L'arbre qui lui faisait face lui était étranger de nom, de goût et d'odeur. Elle se demanda si c'était un de ces arbres à sirop.


"Tu sais... Je suis jalouse d'Amba.", lâcha-t-elle d'un ton badin. Elle voulait plaisanter, avant de s'apercevoir que sous son sourire, il y avait un fond vérité. Elle ne s'en était pas rendue compte avant de le formuler. "C'est parce que je me suis mise à ressembler à une vraie fille que tu m'ignores? Tu as peur que je sois devenue une petite chose fragile?"

Sa voix s'était teintée de ressentiment.
Tout d'un coup, les jours précédents lui pesaient lourds.
Elle ne comprenait pas, ne comprenait plus. Et ce qu'elle ne comprenait pas lui avait toujours fait peur. Gryffondor ou pas. Et ce qu'elle ne concevait pas, elle avait besoin de creuser pour le cerner.
Elle fronça les sourcils et serra ses jambes contre sa poitrine.


"Avant, c'est avec moi que tu ..."

Mélusine regardait droit devant elle. Finalement soulagée d'avoir mis le doigt sur ce qui la gênait. La peur de lui être indifférente. Il ne la regardait plus que comme s'il essayait de se souvenir de quelque chose, ne la taquinait plus, ne la provoquait même plus. C'était beaucoup trop reposant, trop calme. Comme s'il coupait doucement les attaches, prenait de la distance.
Le fantôme de son épouvantard flottait à proximité. Elle se souvenait de ce cours comme si c'était hier. L'ignorance. L'indifférence. Le froid. Le rien. Comme si elle n'existait plus. Il n'y avait rien de pire que de ne rien susciter chez les autres. Ni amour. Ni haine. Ni même un peu de curiosité.


'Oui, eh bien, maintenant, tu me secoues tout ça et tu arrêtes de chouiner sur ton sort.'

Bof.
Qu'est-ce qu'elle avait bien pu faire pour en arriver là? Il lui semblait que c'était une sorte de règle tacite entre eux qui leur donnait un statut spécial. Elle aimait cette impression d'être différente. Fléau numéro deux: être comme tout le monde.
Ou alors, elle avait tout inventé. Elle savait que c'était une de ses tendances. Projeter ce dont elle avait envie sur la réalité. Elle croyait juste avoir réussi à faire la part des choses, jusque-là.
Elle n'avait aucune idée de comment elle en était arrivée là. Ni de quoi faire pour y remédier.


"Moi aussi, je me pose des questions, tu vois."

Même pas un fond de rancoeur ou d'amertume. Elle ne les laissait plus filtrer. Un ton neutre comme une armure.

"Quant à mon dos, ..."

Elle était pudique. Quand ça l'arrangeait.
Lui était secret. Son dos à elle contre ses pensées à lui?
A tenter. Plus tard.


"T'as qu'à attendre qu'on soit rentrés à la maison. Ou alors..."

Une idée germa, un peu folle comme toutes les lubies.

"Amène-moi me baigner."

Elle avait repéré un lac la veille au soir. Tranquille. Désert.
Après tout, le Canada était le Pays des Lacs.
Et il devait bien y voir un maillot de bain dans la tonne d'affaire dont Lucy avait hérité.
En maillot de bain, il verrait son dos, et elle, elle pourrait sa baigner. Se défouler.




« When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up.
I wrote down ‘happy’.
They told me I didn’t understand the assignment,
And I told them they didn’t understand life. »
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Dernière édition par Mélusine McEwan le Sam 2 Oct 2010 - 22:57, édité 1 fois
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Sacha de Lansley
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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Mar 17 Aoû 2010 - 15:53

Il tenait encore le petit mémo dans la main. Ne l’avait pas déplié, ni regardé. Son esprit était obsédé par d’autres choses. Son regard flottait à l’horizon sans rien embrasser de précis. Il avait écouté chacune des paroles de Mélusine sans buter sur aucune d’elle. Avec plusieurs années de pratique rigoureuse en la matière, étouffer ses réactions derrière un fronton d’indolence lui était devenu un exercice aisé et naturel.

Il ne dévaluait pas ce qu’elle venait de dire. Au contraire, il y accorda une valeur inhabituelle car, d’une part, c’était la première fois qu’ils discutaient ensemble depuis très longtemps et, d’autre part, il savait que McEwan n’avait jamais été du genre à ouvrir ses pensées - pis encore, ses sentiments - à autrui sans que cela ne lui coûte. A sa façon, elle lui disait qu’il lui manquait. Elle s’interrogeait sur la distance évidente qu’il mettait entre eux.

Sacha profita de n’avoir pas son vrai visage pour accomplir ce qui suivit. Un masque grandeur nature. D’abord, il finit par ranger le mémo dans sa poche intérieure. Il le lirait plus tard, quand ils seraient de retour à la maisonnette. Ensuite, il replaça son bras sur le dossier du banc et se tourna complètement vers McEwan en élevant haut un sourcil critique.

- Primo, je ne veux pas que tu fasses un striptease. Même en fille avec des boucles brunes, tu restes aussi attirante qu’un balai à l’envers. Secundo, arrête tes 'capitaines', on n’est plus à l’école. Ian, c’est suffisant. Tertio, je n’ai jamais pensé que tu étais fragile. Je crois au contraire que tu sais très bien ce que tu veux et où tu vas. La seule fois où je t’ai vu fragile, c’est quand... laisse tomber.

Il se reprit de justesse. Il avait enterré ce moment-là. Avec le même ton sarcastique, il planta le dernier pieu.

- Tu me fatigues, au même titre qu’Amba si ça peut te rassurer. J’espère que ça remet tes compteurs à zéro. Comment une fille qui préfère se baigner devant moi plutôt que de simplement relever le haut de son vêtement pourrait-elle être innocente et fragile? Je ne te comprends pas. Tu joues à quoi?

Ces deux questions n’avaient aucune ambition de trouver une réponse. Sacha se leva subitement et tourna le dos à Lucy. Il s’éloigna, prenant le chemin du retour à la maison.

-Je rentre.

Cela ne l’incluait pas. Elle ferait ce qu’elle voulait. Il enfonça ses mains dans ses poches et remonta doucement l’allée désertée du parc en essayant de ne pas se reprocher ses mots.

N’avait-elle pas ce qu’elle voulait? Un conflit. C’était ça qui lui manquait. Il lui avait généreusement donné ce qu’elle demandait bien qu’il ne pensât rien de ce qu’il lui avait dit. C’était pour cela qu’il préférait tourner le dos. Le masque d’Ian Elgin ne souffrirait peut-être pas le mensonge aussi bien qu’il savait le faire avec celui de Sacha de Lansley.

Primo, il la trouvait belle dans cet accoutrement étrange. Il avait beau savoir que ce n’était pas elle, il ne pouvait s’empêcher, du bas de l’amphithéâtre, de lui jeter des coups d’œil de temps à autre pour essayer de lui ôter le pouvoir attractif qu’elle avait sur lui. Il n’aimait pas les manières de Stonemarten. Il préférait la voir s’empiffrer, mettre les deux pieds dedans, sa maladresse et ses grimaces garçonnes parce que, ainsi, elle avait l’air vivant. Mais elle bougeait différemment. Elle avait réussi à incarner un personnage sans difficulté. Ce n’était pas le personnage qu’il appréciait mais ce qu’elle en avait fait. Il en avait été stupéfait. La beauté avait moins de pouvoir sur Sacha que le rayonnement qui l’enjolivait. Parce que la beauté sans lumière, ce n’était qu’une pierre froide.

Secundo, il avait de la tendresse pour ses ‘capitaine’ à tour de phrases. Il leur trouvait plus de charme que les ‘boss’ ou pis, ‘mon Amiral’.

Tertio, il était hors de question qu’il aille quelque part avec elle où ce quelque part impliquait qu’elle fût à moitié dévêtue.

- Je suis désolé, murmura-t-il déjà loin, en souriant tout bas. La blesser intentionnellement restait l’arme la plus efficace pour  l’obliger à garder ses distances. L’obliger lui. Puis elle conséquemment.


Quand elle avait parlé d’aller se baigner, l’image de la femme des songes lui était revenue subitement. Il avait soudain été effrayé qu’elle puisse être cette femme au visage inconnu et qui ne disait jamais qui elle était. Cela aurait voulu dire que la révélation n’était pas loin. Bêtement, il s’était habitué à la rencontrer en songe. Une partie de lui souhaitait qu’elle s’en aille, l’autre voulait connaître la vérité. Il avait l’intime conviction que les rêves cesseraient quand le mystère serait levé. Il ne savait toujours pas pourquoi, dans ces rêves récurrents, la femme avait l’air si triste. Qu’avait-elle vu ou que savait-elle de lui pour que ce désenchantement lui prête un air si sordide?

" Dis-moi qui es-tu? Dis ce que tu as vu? Et si tu ne veux rien dire alors laisse-moi dormir... "

Etc...

C’était idiot. Il était si prêt...quand, déjà, s’était-il ainsi transformé en pleutre? Il s’arrêta de marcher mais ne se retourna pas. Sa réflexion était encore hésitante. Il regarda le sol, puis devant lui, la sortie. La silhouette d’Amba apparut au portail. Le dyode n’avait guère mis de temps à les retrouver. Cette apparition urgea les pensées de Sacha qui sourit. Le destin se chargeait de choisir pour lui. Saisi d’une folie passagère, il fit demi-tour en courant. Amba se mit à courir à son tour. Il sentit que quelque chose allait se passer. Sacha mangea les quelques mètres parcouru en transplanant devant McEwan. Il lui sourit comme un diable et l’attrapa à la taille. Amba transplana près d’eux mais c’était déjà trop tard. Sacha venait de disparaître en emportant Mélusine.


- Joyeux anniversaire, Charlotte.

Ma voix sort d’une ombre que les rayons de la lune n’arrivent pas à percer. La masse sous les draps bouge un peu. S’étire. Ecarte les bras. Se frotte les yeux. Se redresse sur son gros oreiller. J’avance doucement, sans faire de bruit. Le réveil affiche 22h15. La nuit est tombée d’un coup un peu après que j’ai transplané ici. Chez les parents de Charlotte. Je les ai observé de loin pendant une heure. Je voulais la voir mais je ne pouvais entrer. Comment l’aurais-je pu? ‘Salut, c’est moi. Oui. Je sais. Amiral bla bla bla, la télé – quel est mon meilleur profil? -, la Résistance. C’est surfait tout ça, vous ne pensez-pas? Bon. Désolé pour le dérangement. Je viens juste embrasser ma femme, votre fille, que j’ai lâchement abandonnée pour courir le gros méchant de l’histoire. Ne vous dérangez pas pour moi, je suis juste de passage.’ Impossible.

Je l’ai regardé vivre comme si vivre était facile après ce que je lui ai fait. Je ne sais pas si elle comprend mon geste. Je n’ai pas envie de lui demander. Je me rattraperai dans le futur. J’espère. J’y tiens.

Je me suis assis sur le rebord de son lit et je l’ai regardé se réveiller. Elle n’a pas cru que c’était moi. Ses yeux ont cherché l’erreur dans cette scène étrange. Nous étions un peu vieux pour ces choses là. Faire le mur. Rentrer dans la chambre de son amoureuse en douce pour emporter un baiser. J’étais pathétique. Ce n’était qu’un anniversaire mais ne pas lui souhaiter de vive voix, c’était un peu accepter que ce qui sépare est plus fort que ce qui lie. Hors de question de hocher la tête docilement.

Je me suis penché au-dessus d’elle pour l’embrasser en renouvelant mes congratulations pour la nouvelle année.

- Joyeux anniversaire... fais qu’il le soit autant que possible.

L’obscurité nous affublait d’un voile mélancolique. La main de la nuit accompagnait celle que je glissais le long de sa jambe et de sa hanche pour relever la chemise de nuit jusqu’à sa taille. Nous n’avons pas beaucoup parlé. Elle avait du se douter que je ne resterai pas. Elle laissa les questions inutiles de côté. Nous nous concentrâmes sur ce que deux adultes pouvaient attendre d’une main posée sur un ventre nu.

Là-bas, près du portoloin pour se rendre au Canada, Amba et McEwan m’attendaient. Amba devait être fou de rage que je leur fasse faux bond sans prévenir. C’était le seul instant que j’avais trouvé pour échapper à la surveillance du Dyode et d’Emmett... juste avant de partir. Il savait que je reviendrais et je savais qu’il n’alerterait pas Emmett au risque que la mission soit annulée. Au risque qu’il soit jugé incapable de garder un œil sur moi, tout omnipotent soit-il. Je savais aussi qu’il trouverait une explication, une excuse, pour Mélusine. Ce contre temps était partie de la mission. Pas d’inquiétude. Sacha allait arriver. C’était prévu. Attendre planté comme deux clous devant un entonnoir rouillé. C’était prévu. Pas d’inquiétude.

Amba ne doutait pas un instant de l’endroit où je pouvais me trouver. Il aurait pu venir me chercher de force mais il me laissa deux heures avant de commencer à s’immiscer dans ma tête depuis la colline déserte où McEwan et lui se trouvaient.

//Je te jure que quand tu vas arriver, je vais tellement te prendre la tête que tu regretteras à tout jamais de t’appeler de Lansley. Rapplique, maintenant! On ne peut plus t’attendre! Le portoloin perdra sa propriété magique dans dix minutes.//

Je me suis rhabillé après avoir embrassé le haut du sein de Charlotte. Je n’ai pas dit au revoir. Je n’ai pas précisé si je comptais revenir.

J’ai retiré mon alliance et je l’ai passé autour de mon pendentif.

- Tu me les gardes, lui ai-je dit. Je ne peux pas les emporter avec moi et je ne veux pas les laisser sans chaleur... Garde-les et je reviendrai les chercher.

Après avoir accroché le tout autour de son cou, après un baiser où respirer n’était plus essentiel, après quelques je t’aime, après quelques secondes, j’ai plongé dans les ombres mobiles que faisaient les arbres au-dehors. J’ai couru sur cent mètres comme un dératé. J’ai maudit à peu près tout ce que je possédais... et j’ai transplané.

Comme promis, Amba m’a fait une misère. Nous nous sommes disputés comme jamais. Nous n’étions déjà plus le 6 août. C’était une autre journée qui commençait. J’ai regardé ma main sans alliance toute la première nuit que nous avons passée dans la cabane. Je me suis senti nu. Incomplet. Vulnérable. Puis, le sentiment inconfortable que je ressentais est passé. Je l’ai enfoui. Me concentrer sur l’avenir était tout ce qui me restait.
Alors, ce soir, quand je vois le dos nu de McEwan qui se baigne dans le tiède lac d’Ottawa au mépris de tout ce que je suis - même ce que je suis pour de faux -, je me demande ce qui ne tourne pas rond chez moi. Je me demande pourquoi, depuis tout ce temps, je savais qu'elle était la fille des songes et pourquoi cela me fait si peur.







Walked out this morning
Don't believe what I saw
A hundred billion bottles
Washed up on the shore
Seems I'm not alone at being alone
A hundred billion castaways
Are looking for a home
(Police)



Dernière édition par Sacha de Lansley le Mar 25 Avr 2017 - 19:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Mar 31 Aoû 2010 - 15:52

Elle lui avait offert trente secondes de cheveux relevés, de dos dénudé, d'épaules tendues et de malaise certain. Pas plus. Face à lui, elle avait ensuite tournoyé sur elle-même, maillot de bain psychédélique à l'appui (léger accident de parcours), vaguement narquoise:

"Alors, ça te plaît? Je suis sûre que t'avais jamais vu un balai en maillot de bain..."

Enfin, si, une fois. mais ça ne comptait pas. Elle était encore apprentie balai, à l'époque.

"La maison Nimbus-&-Comète est fière de vous présenter la collection été 2012."

Avant d'effectuer une de ses révérences abracadabrantes, moulinets à l'appui et de courir se jeter à l'eau. Au sens propre.
Avant même d'être complètement immergée, Mélusine savait que son bain de minuit moins deux heures ne lui apporterait pas la paix escomptée, tout au plus, un bon moyen de se défouler des petites frustrations quotidiennes et d'y gagner un peu de calme. Depuis le début de leur séjour au Canada, elle avait les nerfs exacerbés par des sentiments antagonistes. Rien d'étonannt à priori, au vu des deux specimens avec qui elle faisait trio. Et puis, c'était le genre de situations qu'elle aimait, tiraillée par des émotions contraires à crier combien il faisait bon de se sentir vivre. Avec, d'un côté, de Lansley et son don de la provoquer, de l'agacer et de la forcer à donner, incognito, un peu du meilleur d'elle-même; de l'autre, Amba et son potentiel à l'extraire de la réalité pour lui faire rêver l'impossible; oui, tout était parfait. Tout aurait dû être parfait. Un petit séjour à l'étranger pour booster son émotiomètre et refaire le plein d'adrénaline. Sauf que, comme nous l'avons vu, les choses ne s'étaient pas tout à fait déroulées comme prévues. En plein trouble relationnel à ne plus savoir où poser le pied.
Elle savait donc que sa baignade n'était qu'une façon comme une autre de délayer le temps. Mais elle fit comme toujours dans ces cas-là: auto-administration d'une dose entière de mauvaise foi. Elle plongea tête la première, à la recherche de ce bien être que Neptune-les-yeux-bleus lui avait fait découvrir au fond d'un loch. Elle avait progressé, depuis, avec la volonté de ne rien gâcher la prochaine fois, si prochaine fois il y avait. Elle tenait maintenant cent-vingt secondes chrono sans pointer le museau à l'air libre. Fluidité des mouvements d'un corps qui se coule dans l'eau. Liberté étrange et poésie silencieuse. Juste assez de nouveauté et d'inconnu pour reléguer le reste au second plan. Se vider la tête à grands coups de bloup-bloup et faire fuir les poissons pour se prouver qu'on n'était pas si ridicule.



Ridicule...
Retour à la maison par transplanage express. Ca avait au moins eu le mérite d'être original à défaut d'être agréable. Et puisqu'elle avait provisoirement renoncé à comprendre, elle s'était contentée d'un petit sourire à la "mais oui, c'est toi le plus rapide..." mâtiné d'amusement, avant de suivre son instinct (à savoir son estomac). Guidée par ses narines, elle avait atterri dans la cuisine, le nez dans une marmite, à bénir Amba de noms qu'on n'aurait certes pas donné à un Dyode mais qui n'en étaient pas moins flatteurs. Dans le vocabulaire mcewanien, en tout cas. C'était le genre de petits détails qui aurait fait pencher Lucy. Elle aurait sauté sur le cuisinier, l'aurait épousé sur le champ et donné deux ou trois enfants dans la foulée. Si seulement Lucy aimait manger. Mais le cuisinier était aux abonnés absents. Mais elle n'était pas Lucy. Réservée  là où elle était extravertie, extravertie quand elle était réservée. Grandes déclarations, mariages, enfants, très peu pour elle.
Persuadée qu'elle trouverait bien une parade en cas d'accusations, Mélusine s'était servie d'un peu de ce truc qui sentait si bon, s'était installée en tailleur sur le canapé de de Lansley (sa robe émit un déchirement de protestation) et avait savouré le tout en regardant le feu qui dormait. En été aussi, oui. Poudre de cheminette et cas d'extrême  urgence obligent. Sans compter que pour les discussions expresses entre pontes de la Résistance, c'était plutôt pratique et discret. Amir était le seul à en connaître le chemin.
Planté deux chaises plus loin, de Lansley l'avait regardée sans rien dire, retombant dans son mutisme chronique (et prodigieusement agaçant). Très bien. Parfait. Elle allait faire pareil. Elle l'avait alors fixé, concentrée et silencieuse, à moitié ici et à moitié ailleurs. Ses yeux bleus droit dans ses yeux bruns. Jusqu'à ce qu'il baisse le regard. Il ne l'avait pas baissé. Elle non plus. Le bruit d'une porte qui s'ouvrait les avait fait abdiquer. Amba était de retour.


- Prépare tes affaires.

Un "C'est vrai? On y va?" souriant et enjoué en réponse. Question purement rhétorique.
A ce moment-là, elle avait déjà parcouru la moitié du chemin vers les escaliers.


Amba, tu es un Dieu..."
- Je sais. Rolling Eyes

Sourires amusés. Poursuite de la cavalcade vers sa chambre.
Là, ras-le-bol monumental et passager. Overdose de bleu. Au choix, un deux-pièces minuscule couleur du ciel, un une-pièce marine tellement échancré que c'en était à se demander s'il cachait encore quelque chose. Pas très envie de se balader à découvert. Elle s'était rabattue sur la dernière option, un bon vieux bikini. Et sur sa baguette. Le turquoise du maillot de bain lui sortait par les yeux. Tentatives. essais. Expérimentations... En lieu et place d'un magnifique écarlate, elle avait hérité de motifs colorés et psychés, à donner le mal de mer ou plus aguerri des montagnards. Tant pis.
Piccolo, scones au sirop d'érable, baguette, serviette de bain, elle s'était déclarée fin prête. Avait retrouvé de Lansley dans l'entrée, en grande disputation avec Amba. Ce dernier avait déjà grimpé les premières marches. Elle l'avait rejoint en trois sauts, à distance respectable.


"Amba."

Elle aimait prononcer son prénom. Pour tout. Pour rien. Un peu comme un haïku minuscule, un mantra à répéter parce qu'il faisait du bien.
Une fois de plus, elle était restée à moitié muette, à moitié rouge, pendant que sa beauté lui explosait à la figure. D'autres filles l'avaient remarquée, à l'Université. "The Glowing Guy" comme elles l'appelaient, de ce ton qui donnait à Mélusine l'envie furieuse de se délester de l'enveloppe trop étroite de Lucy et de retrouver sa bonne vieille batte. Il y en avait une, surtout, Jill ou Jean, qui se pâmait de manière ridicule, racontant par le menu détail, imitation à l'appui, comment il l'avait salué d'un "bonjour mademoiselle". Gnagnagna. Et qu'elle le trouvait trop sexy quand il parlait français. Gnagnagna again. Mélusine le préférait en italien. Nah.


"Amba. Laisse-moi une heure."

Sous-entendu "s'il-te-plaît".
Un "me" qui voulait dire "nous" mais c'était supposé passer plus facilement comme ça. Quelque chose avait traversé son regard, qu'elle n'était pas parvenue à identifier. Son corps à elle avait réagi plus vite que ses pensées. Elle le touchait presque quand son moi conscient avait exigé un peu plus de self-control. Elle avait rougi, encore, fait un pas en arrière, raté deux marches pour finir au bas de l'escalier sans trop savoir comment. De Lansley s'était retenu de rire à grand peine. Crétin.
Pendant qu'il l'avait prise par le bras en vue du transplanage, elle avait articulé "Lac d'Ottawa". En espérant ne pas se planter.



Ca n'était pas ainsi qu'elle réussirait à se laver de ce yo-yo émotionnel. Elle avait l'impression de vivre sous tension permanente et dormir (quand elle dormait) n'était pas d'un grand secours.
Penser à quelque chose d'apaisant? Peine perdue.
Et sa baguette qui était restée sur la rive! Dommage. Elle préférait ne pas penser à ce que cet abandon impliquait.
Dommage, donc. Dommage qu'elle ne puisse pas jeter un "Mobili corpus" à de Lansley, pour lui faire faire un petit plongeon dans le lac, tout habillé, à se faire traiter de gamine pour un éclat de rire, avec un peu de chance. On s'accrochait comme on pouvait aux vieilles certitudes, face au passé qui s'effritait. Un regret face à ce qui avait été et qui n'était plus. Mélusine s'en défendait bien, mais elle n'était plus sûre de désirer "ce qui avait été mais n'était plus". Elle se cramponnait à ses habitudes, à ce mode de penser, d'être et d'agir, parce qu'il était rassurant. Elle avait éprouvé des sentiments similaires à la lisière de l'adolescence, au milieu de ses jouets d'enfants, soigneusement répandus dans sa chambre. Elle les avait tous sortis pour maintenir l'illusion, pour se donner l'impression qu'il suffirait d'un rien pour rester la même. Elle avait cherché ce rien pendant tout un après-midi. Prenant une figurine, et essayant de rendre la vie qui était la sienne à ce petit bout de bois inanimé. Tentant de réveiller le feu sacré de son enfance où son imagination rendait réel le moindre détail, où elle créait un univers entier avec deux bouts de bois et trois dragons miniatures. En vain. L'enfance avait reflué devant elle, impuissante.

La jeune femme avait déjà fait trois fois le tour du lac. Elle attendait.
Elle guettait.

Sur la rive, Piccolo faisait le guet. pas que Mélusine soit vraiment inquiète. C'était plus un prétexte pour lui dégourdir les ailes.
Sur la rive, toujours, de Lansley la regardait. Elle lui rendit son regard. Brièvement. Avant de plonger sous la surface. D'après ses calculs, c'était désormais une affaire de minutes. Et en effet, quelques minutes plus tard, elle vit Ian Elgin sur le point de laisser la place à Sacha de Lansley. Sa peau s'éclaircissait, ses dreads se résorbaient, son épiderme gondolait faiblement. Le temps de rejoindre le bord, les choses étaient revenues à la normale. La vraie normale.
Elle sortit de l'eau en s'égouttant du mieux qu'elle pouvait, ce qui n'était ni très gracieux, ni très féminin. Une ombre soudaine (on remerciera la lune sans qui cet exploit n'aurait pas été possible) derrière ses paupières closes lui fit ouvrir les yeux. Sa serviette lévitait à quelques centimètres d'elle. elle s'y calfeutra en envoyant un bref signe de tête au capitaine en guise de merci, avant de se rapprocher pour s'asseoir à une distance respectable. Comme d'habitude, le vivet doré était venu mettre son grain de sel. S'il supportait très bien Amba, il n'en allait pas de même avec de Lansley. Il tournoyait autour de lui comme pour le mettre au défi d'approcher.


"Ca fait mal, Capitaine?"

Embouser un peu son monde n'avait jamais fait de mal. Capitaine encore, donc.
Ca faisait mal? Sous-entendu: de retrouver son apparence par carence de Polynectar. Sa propre expérience se limitait à une seule tentative. Tentative avortée qui l'avait vue échoir à l'infirmerie un jour de St Valentin. La curiosité n'admettait pas de limites.

Dans le silence (très relatif) de sa tête, Mélusine égrainait les questions qu'elle se posait. Il y en avait beaucoup. Aperçu.
Qu'est-ce que son dos pouvait avoir de si particulier? C'était un dos comme on en trouvait partout, avec des omoplates, le tracé de la colonne, une nuque et une chute de reins. Un peu plus pâle, un peu plus maigre que la normale. Un peu plus abîmé, aussi. Aucun intérêt.
Pourquoi le silence? Pourquoi les regards?
Pourquoi elle au milieu de ce duo de sorcier qui n'avait pas vraiment besoin d'une autre paire de bras? Une autre paire d'oreille, à la limite. Soit.
Pourquoi les étoiles et pourquoi la lune? Pourquoi le ciel et pourquoi le lac?
Pourquoi eux pour chercher un Miroir qui n'existait peut-être même pas? Elle se souvenait de leur arrivée rue des lauriers, et du rapide tour du propriétaire qu'elle avait effectué. Visitant la salle de bain, elle avait souri et dégringolé les escaliers pour trouver le Capitaine et le Dyode, et avait finalement tu son "j'ai trouvé le miroir! Il est rond avec une tache dans le coin gauche". Un elle-ne-savait-quoi l'avait retenue. C'était sans doute tant mieux.
La valse des questions continuait. Elle avait l'habitude. Il suffisait de les laisser filer sans leur prêter attention.

A l'abri de sa serviette de bain, elle eut un bref geste désignant son propre dos et lança un:


"Tu vois... pas le moindre petit scorpion..."

Un silence.

"De toute façon, si j'avais dû me faire tatouer, j'aurais choisi l'avant-bras."

Qu'elle tendit à la lumière.

"Mais j'ai les mains blanches."

Bien sûr que non, elle n'y croyait pas une seule seconde, à la théorie du soupçon. Enfin, pas trop.. C'était juste la seule option vaguement envisageable qu'elle avait trouvé.
On enchaînait.


"Tu crois qu'on rallie le ciel quand on meurt? Qu'on devient une étoile? Tout le monde? Ou alors, est-ce qu'il faut avoir brillé assez fort pour y avoir droit? C'est ce que je croyais quand j'étais petite."

Maintenant, elle ne savait plus trop.
Tout comme elle ne savait plus trop comment aborder ce qui la turlupinait. Alors, elle brodait. Divaguait.


"tu crois que c'est le destin de certains, de briller plus fort que les autres? Ou que c'est juste une histoire de volonté, de force de caractère... de hasard? Je n'aime pas beaucoup l'idée du destin. Ca a des allures de prison.

Mélusine se tut. Sourit vaguement. Elle était habituée à ce que son flot de questions restât sans réponses. Chacun y piochait ce qui l'intéressait au petit bonheur la chance. Les choix, les sélections de chacun faisaient sans doute la lumière sur ce qu'ils étaient. elle n'y avait jamais réfléchi. Et s'en portait très bien.




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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Mer 15 Sep 2010 - 18:53

Encore des questions à la McEwan.

Il n’avait pas répondu parce qu’il avait pris l’habitude de se dire que, quoi qu’il énonce, elle s’opposerait à ses théories avec une vivacité farouche ou une mauvaise foi toute-puissante. A la rigueur, il préférait qu’on soit d’accord avec lui pour le confort de n’avoir pas à discuter des heures pour ne rien dire.

A son goût, il trouvait rarement de verbe suffisamment attrayant et qui pût contredire ses arguments avec esprit. On s’insurgeait pour la forme des idées qu’il émettait mais on omettait de prendre en considération leur contenu. Le manque de tact dont il faisait preuve aveuglait ses interlocuteurs ou les rendait sourds à tout ce qui pouvait s’ensuivre. Ses détracteurs s’en arrêtaient aux portes de la réflexion et combattaient plus volontiers l’assurance et la grande gueule de Sacha que les idées de Sacha.

Sans s’enorgueillir d’être un avant-gardiste – ce qu’il n’était pas – il adorait explorer les formes cachées de la pensée en disant à haute voix ce que certains pensaient tout bas. Révéler l’atrocité et la noirceur dans le but de décrasser le monde de son lot de mièvreries et de naïvetés. L’indicible. Il aimait parler l’indicible. Mais la pauvreté des arguments qu’on lui opposait avaient fini par le lasser de provoquer. Bien entendu, il avait de temps en temps un hoquet de forfanterie. Des reliquats d’habitudes. Toutefois, il en était venu à taire ce qu’il pensait par paresse d’écouter ses interlocuteurs se battre contre lui et non pas contre ses idées.

Qu’aurait-il répondu à Mélusine à cet instant ?
Destin. Pff. Ce n’est pas une prison, c’est une excuse pour ne pas vivre sa propre vie et s'empêcher de jouir des amertumes qui la compose.

Pour briller, il faut évoluer dans l’ombre. C’est dans la noirceur qu’on voit la lumière. Ce sont les ténèbres qui mettent en valeur la lumière, et c’est bien dommage. Il n’y a que le soleil qui puisse briller en plein jour et, crois-moi, si j’avais rencontré un tel astre, quelqu’un qui m’éblouisse au point que mes yeux en pleurent, j’en aurais conservé la brûlure.
Pour moi, il n’existe pas de lumière et encore moins de destiné qui en soit l’origine ou le pavement. Tout le monde est noir, définitivement noir, uniformément noir, sans accroche.

Pour avoir envie de continuer à vivre dans ces ténèbres, le plus facile est de se voiler la face. De fermer les yeux. D’imaginer la lumière sous ses paupières closes. Ainsi, s’il fait noir, c’est normal. On ne voit pas la différence et on peut faire briller ce qu’on veut: un bon repas, une relation amoureuse, une partie de jambe en l’air, un voyage aux caraïbes, la réussite, la grâce de donner la vie, un homme, une femme. On peut voir la lumière dans la vanité de gagner de l’argent et du pouvoir. La lumière
imaginaire dans la vacuité réelle de ce que nous sommes et de ce que nous faisons. Pour voir tous ces mirages et en tirer bonheur et gloire, il faut avoir les yeux fermés.

Le destin n’a rien à voir dans tout ça. Tout est vide et le destin n’existe pas. On invente ce et ceux qui brillent parce qu’on a peur du vide.

Qui brille, McEwan ? Amba ? Peut-être. Mais Amba n’est pas un être humain.

Et d’omettre de préciser si sa dernière réflexion était le fruit d’une jalousie ou d’un constat discrétionnaire.

Il n’avait fait que soupirer en souriant en coin. La seule chose qu’elle pourrait tirer de lui serait une critique gentille au sujet de la manière étonnante dont elle pouvait poser des questions sorties de nulle part et qui n’amenaient pas de réponse censée. En tout cas, pas de réponse censée si la question lui était posé à lui.

Assis, Sacha avait les genoux repliés et il les retenait de tomber sur le côté avec ses bras cerclés autour. Il regardait le lac d’Ottawa où, en surimpression, la silhouette de Mélusine continuait de se baigner. Il revoyait la cicatrice malgré la nuit. Elle était comme un estuaire laiteux aux confins de la vallée de peau, d’omoplates et de la muraille de vertèbres. Il peinait à se souvenir si cette cicatrice était la même que celle de la femme des songes. Il avait envie de s’endormir instantanément pour s’empresser d’aller comparer.

Il ferma les yeux et attendit que le souvenir resurgisse. Rien n’apparut car son esprit regorgeait d’images encore chaudes de Lucy "McEwan" Stonemarten jouant les naïades.

Sacha ne parlait pas. Il rouvrit les yeux pour faire cesser ce harcèlement d’images et se leva de tout son soul, comme piqué par une mouche exotique. Il se dirigea à l’eau. Etc-McEwan n’y était plus alors il pouvait y aller. Étrange? Pas tant que ça. Le capitaine Amiral, en vérité, avait bien trop peur d’aller à la rencontre d’une situation qui aurait pu s’acoquiner de près ou de loin à celle de ses rêves. Une sensation qui était parfaitement contradictoire avec l’ardeur qui animait son besoin de résoudre ce mystère.
Il se délesta de sa chemise et de ses chaussures mais garda le reste. Pantalon et chevalière. Il ne fit que s’immerger. L’illustration grandeur nature de l’expression "garder la tête froide"... ou "refroidir ses ardeurs."

La baignade n’eut pas l’effet escompté. Elle ne le lava d’aucun des conflits de son esprit. Au contraire, elle les attisa. Elle ne noya pas l’odeur méphitique de la trahison que ses sens lui infligeaient. Elle augmenta le parfum de l’interdit. Son audace, trépanée par la souffrance du litige qui le bouleversait, l’amena à sortir de l’eau avec la même lucidité qui l’y avait conduit.
Il se dirigea droit vers McEwan et tomba à genoux en face d’elle, dégoulinant. Il la regarda avec une intensité soudaine. Ses lèvres semblaient avoir envie de dire quelque chose qui ne sortait pas. Comme la bouche ne trouvait pas de solution pour exprimer son tourment, il laissa place aux gestes. Le premier fut d’une maladresse à peine consentie. Il arrêta la main à hauteur du visage de Mélusine, près de sa joue.
Mais un nouveau conflit entre la parole, les yeux et les gestes anesthésièrent la tentative d’expression.
Enfin, réduisit-il à néant tout ce qu’elle avait réalisé pour se sécher en la saisissant dans ses bras. Il la pressa contre lui. Son visage était tombé contre son cou, contre la chevelure noire qui fut rousse en d’autres époques. Sa bouche respirait sur l’épaule pâle et grêle. Son coeur battait dedans le sien. Malgré lui, il l’avait soulevé pour que son buste soit à la hauteur du sien et que leurs formes respectives se complaisent dans une symétrie parfaite où les poitrines, les bras, les ventres et les têtes pouvaient avoir chacune une place confortable. L’une de ses mains pressait la tête brune dans son propre cou. La seconde, sans le faire exprès, s’était calée par-dessus la cicatrice.

Il voulait lui dire 'serre-moi, j’ai besoin de toi.'
Mais rien n’expliquait ce besoin. Pourquoi dire ce qu'on ne comprend pas. Ce qu'on ne conçoit pas? Il était incapable de deviner la raison pour laquelle il ressentait cette envie qui le congestionnait depuis des jours. Il ne disait pas "j’ai besoin de ton amour", "j’ai besoin de ta reconnaissance" ou "j’ai besoin de faire l’amour avec toi." Il se disait seulement qu’il avait besoin d’elle et il n’avait aucune idée de la manière dont une telle chose était concevable.

Parce que Sacha n’avait besoin de personne.

Alors, il ne dit rien. Il la serrait contre lui et sa prise était sauvage, comme lui. Sauvage mais sans violence.

Il n’obtint pas la grâce auprès de ses cas de conscience qui ne firent que croître de plus belle. Il n’avait pas d’adjectif pour qualifier les larmes qui lui brouillaient la vue et la pression de son cœur contre sa poitrine. Ce n’était pas comme si son cœur battait mais comme s’il se débattait. Il réalisa sur le tard, au moment il où décida de l’écarter de lui sans oser la regarder et sans oser s'en éloigner non plus, que tout ce qu’elle lui inspirait était organique. Il avait de l’amitié pour Manoue, de l’amour pour Charlotte et de la haine pour Antarès. Il était facile de qualifier ces relations. Mais pas pour elle, McEwan, dont il commençait à comprendre la folie indécente de son désir, de la contradiction de son écœurement et de son attirance, de la nécessité et de l'irrecevabilité de sa présence, non pas près de lui mais en lui. Pas comme du sexe. Non. Comme une partie de soi.

- Je m’excuse, dit-il tout bas. Il s'excusait pour la deuxième fois aujourd'hui. L'occurrence commençait à l'exaspérer.

Et, encore une fois, il n’expliquait rien. Cette fois, c’était parce qu’il ne savait pas.

- Amba va s’inquiéter pour toi, résolut-il de dire pour trouver un alibi et se sortir de cet instant.

Edité par 19.09.10, édité un peu par-ci, un peu par-là.





Walked out this morning
Don't believe what I saw
A hundred billion bottles
Washed up on the shore
Seems I'm not alone at being alone
A hundred billion castaways
Are looking for a home
(Police)

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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Lun 27 Sep 2010 - 23:40


Honesty - Billy Joël


Diastole.
Systole.
Once Again. And again. As a weakness. As a strength.Was it possible to feel so weak and so strong in the same time? Les choses ne devenaient impossibles que dès lors qu' on leur créait des frontières pour les contenir , dans de petites cases bien commodes, bien normales. Possible. Impossible. Était-ce vraiment si important, du moment que c'
était?
C'était dans le creux de ses bras, imprimé sur son épiderme, battant à bruits sourds au fond de sa poitrine. Un mélange de froid et de chaud dont Mélusine ne savait que faire. C'était vide et froid sur sa peau, maintenant, et comme une boule de feu près du cœur, une flamme dont elle n'était pas capable de déterminer si elle allait la réchauffer ou la brûler au trente-deuxième degré. Elle était prête à prendre la risque.

Diastole. La vie pulsait dans ses veines et c'était un sentiment étrange. Quand la réalité menaçait de vous faire perdre pied, il fallait se raccrocher à du tangible. De la chaleur humaine. Quitte à se retrouver désemparée et perdue quand l’emprise se distendait.
Systole. Un courant d'air se glissa entre lui et elle.  Il y avait juste assez d'espace pour peu que le courant d'air en question soit en légère surcharge pondérale. Elle frissonna. C'était le vent sur sa peau. Le vent était un produit de son imagination? De sa mauvaise foi? Alors, c'était la tombée de la nuit, le murmure de la terre ou le soupir des étoiles. Pas la peur. Pas le manque. Ni l'absence soudaine qui conférait au vide.
Statufiée, Mélusine luttait contre l'invasion des émotions et l'infiltration des pensées. La première partie de son programme était un échec total. Et si elle s'efforçait de rester immobile, c'était avec la certitude qu'elle ne pourrait plus s'arrêter de trembler. Tant qu'il la serrait contre lui, c'était évident, d'un naturel à la faire frémir rétrospectivement.
Mais ensuite...

Et soudain, ce fut trop. Trop facile de se rendre à moitié folle. Trop dur de garder le regard tourné vers l'intérieur.
Trop facile de la rendre à moitié folle. Trop facile de la laisser se débattre ainsi avec les émotions qu'il avait réveillé. Pour parer à la vulnérabilité, au doute et à tous ces états d'être, ces états d'âme: la colère. La colère, elle connaissait. C'était une émotion simple. Normale. Elle s'y abandonna.
Les mâchoires crispées et le regard résolu, elle lui fit face. Face à lui qui avait la tête ailleurs.

*Merde, de Lansley, à quoi tu joues? Si tu crois que je vais être capable de...*

Bref, il se trompait.
Mélusine prenait rarement la porte quand on lui indiquait la sortie. Par esprit de contradiction peut-être. Mais il n'y avait jamais grand chose d'intéressant derrière les portes grandes ouvertes. Elle leur préférait les serrures, toujours plus captivantes à titiller, à forcer. Moins ennuyeux. Raison de plus pour ignorer la perche tendue. Elle la mettait en réserve pour plus tard. La réserve était une petite porte de côté pour éviter les grandes affluences.
Relever les bras, les épaule et la tête.Sa main n'hésita pas. Mue par une nécessité que Mélusine ne s'expliquait pas, elle se glissa sous le menton du Capitaine, pour relever son visage vers le sien. Dans le très court laps de temps avant que leurs yeux se croisent, elle eut le sentiment qu'il n'était pas encore trop tard pour reculer, se détourner, partir en courant et tout abandonner. Renoncer était toujours plus facile.

* Regarde-moi.*

Puisqu'il tenait tellement à l'observer, c'était maintenant ou jamais. Maintenant. Qu'il la regarde.
Hésiter un instant, quant à elle, avant de faire le focus sur lui.
Laisser la colère déserter sans même chercher à la retenir.
Se retrouver un peu moins fière, une peu plus bancale sans elle. Désarmée. Forcée d'afficher ses propres yeux troublés, flous. Ses doutes. Ses incertitudes. Ses espoirs et ses peurs. Sa vulnérabilité. La foi aveugle qu'elle avait en lui. Ce flot d'émotions qu'elle ne contrôlait pas. Et tout ce tas de choses dont elle n'avait même pas conscience et dont le regard qu'ils échangeaient se faisait le témoin. Assumer le tout exposé en plein jour en désordre sur son visage. Ne même pas ressentir l'envie ou le besoin de s'en cacher.

Ses pensées filaient pêle-mêle, à toute vitesse. A pleine puissance. A s'étonner que la forêt n'en renvoie pas l'écho.

Le regarder était à la fois plus difficile et plus facile que ce à quoi elle s'était attendue. C'était d'abord mettre un visage et un nom à ..
ça.
C'était surtout accepter. Tout. Dans son ensemble. Aussi loin que cet ensemble portait.
C'était enfin se demander si elle l'avait jamais connu.
C'était finir ce qu'il avait commencé en la serrant contre lui. Mettre en pièce son armure sachophobe. En exposer le cœur nu et sensible, fragilisé par des années d’enfermement. Se résigner à le laisser l'atteindre... et la blesser sans même être sûre d'être en mesure de lui opposer une quelconque Résistance. Peut-être s'en doutait-elle depuis le début.

Les pensées continuaient leur panorama. Mélusine n'avait aucune idée de ce qu'il était à même d'en percevoir. Et inquiète de ne pas y accorder l'importance qu'elle aurait dû y mettre. Par contagion lacrymale, ses propres yeux étaient au bord de l’inondation, luisant de tout ce qui se refusait encore à affleurer, calfeutrés sous la surface.

Ses cogitations empruntèrent des chemins plus anciens. "Tu ne me détestes pas… Et ça t'embête ça, hein?". La jeune femme marmonna en gaélique, à toute vitesse, se libérant de l'emprise de son regard. Et puis, finalement:


"Je te jure que j'ai essayé. De toutes mes forces. Mais j'y arrive pas. Je n'y arrive plus."

Cinq ans pour y apporter une vraie réponse...
Son accent écossais s'était fait plus épais, faisant rouler les "r" à profusion, comme à chaque fois qu'elle perdait le contrôle et que les émotions reprenaient le dessus. Colère, petit bonheur du jour ou cafard tenace, et ses origines filtraient plus que jamais dans sa voix.
Trop tard pour s'inquiéter, elle paniquerait plus tard. Quand elle aurait plus de sommeil dans le sang.
Elle retrouva le contact visuel sans même un effort.
Sa main reposait sur son torse, qu'elle avait martelé comme pour ponctuer chacune de ses phrases. Elle émit un petit sourire piteux. Le temps pour ses doigts de remonter jusqu'à son visage qu'elle effleura à peine, comme si elle goûtait l'espace entre leurs deux peaux. Sa main finit sa course sur sa nuque, sa bouche sur la sienne. Même si elle ne l'aurait jamais défini ainsi, c'était un geste de capitulation et d'acceptation, autant que de réconfort ou de simple attraction. Simple... Les choses n'étaient jamais simples, pas vrai? Mais, en l'occurence, elles étaient agréables. Chaudes. Douces. Et réconfortantes.
Bien sûr que ça n'était pas sage. Mais elle avait toujours clamé son droit à la folie, et à suivre son instinct plutôt que sa tête. Elle était toujours vivante et plutôt en bon état. Elle aurait néanmoins préféré que son geste ne ramène pas à la lisière de sa conscience des images soigneusement refoulées. Le tableau était sensiblement le même. Son épaule nue. L'eau en arrière-plan. Mauvaise idée. Elle aurait dû oublier. Pas évident de se battre contre soi.
Elle se détacha de lui, le regard baissé, en se mordant furieusement la lèvre inférieure. Self-control. Panique. Frustration. Inquiétude. Incompréhension. Mais pas une once de regret.


"Je ne..."

Son timbre était à peine plus qu'un murmure, comme une concession au silence.

"Dis pas de bêtises..."

Lâché dans un souffle pour empêcher sa voix de vaciller.
Mélusine s'intéressait finalement à la poignée de sa petite porte de réserve.

*Je suis avec toi... qu'est-ce que tu veux qu'il m'arrive?*

Elle trouva cette pensée plus amère que nécessaire, avec un arrière-goût de regret. Discret. Presque indécelable. A voix haute, elle essaya d'y glisser un soupçon de bonhommie.


"Il sait où je suis et avec qui."

C'était tout. Point barre. Fin de l'épisode.
Il y avait ce poids sur sa gorge, inversement proportionnel à l'absence de la petite sphère écarlate à la base de son cou. Un Rappeltout n'avait pas sa place dans la panoplie de la parfaite petite Moldue.

Avec de petits gestes nerveux, elle arrachait méticuleusement les brins d'herbe à ses genoux. Ses doigts se teintaient de vert tandis que se formait une sorte de petit cairn végétal. En mémoire de qui? En mémoire de quoi?

Son regard était tombé par terre tandis que Mélusine essayait de tenir ses pensées au loin pour préserver l'instant. Pas si facile quand elle savait pertinemment que la moindre intrusion de sa subjectivité menaçait de tout foutre en l'air, de tout pervertir. C'était un peu comme quand on lui disait
"N'y pense pas. N'y pense plus.": ses pensées la ramenaient irrémédiablement à ce "y" et plus elle se battait contre ça, plus le "y" s'installait confortablement sous son crâne, au premier plan de sa consciene. Elle avait une certain expérience en la matière.
Envoyer sa raison à des lieues de là pour retarder le moment où elle se mettrait à réfléchir, à analyser. Faire le vide. Faire le plein. Regretter d'être si loin de son port d'attache qu'elle ne pourrait jamais archiver ce moment intact dans sa fiole à mémoire, où elle archivait un double de ces souvenirs essentiels au devenir de ce qu'elle était à présent. Elle aurait voulu pouvoir immortaliser l'instant dans sa pureté, dans son entièreté, avant que...
Cet instant ne resterait jamais tel quel, dénaturé, travesti par la mémoire, assujetti à la subjectivité, qui se mettrait à analyser, chercher, comprendre, traduire. Dans quelques minutes, peut-être même maintenant, tout de suite, à ce moment précis, ce qui faisait qu'elle était Mélusine McEwan allait y apposer sa patte, un filtre légèrement trouble qui transformerait tout, à un point tel que jamais plus elle ne saurait si ce qu'elle avait ressenti était véritable ou une sorte de fantasmagorie déguisée, une impression transformée en vérité. La translation d'une pensée en réalité. L'intuition cédait trop vite sa place à l'interprétation. Et les instants devenaient souvenirs. Certains en ressortaient grandis. D'autres diminués. Amoindris. Affadis. Ayant perdu de leur saveur et de leur perfection.

'Tu sais quoi?'

Hum?

'Tu n'as pas rougi une seule fois.'

Et?

'Et rien. Je me comprend.'

Super. Si quelqu'un comprenait quoi que ce soit ce soir, c'était mieux que rien, en théorie. Il fallait s'estimer heureuse qu'au moins un bout d'elle ne soit pas complètement larguée de la réalité, à se balader en funambule, les yeux bandés. D'ailleurs, elle n'était même pas...
Oh.
Bouse.
Elle aurait dû demander une heure et demi. Elle aurait dû deviner qu'il serait en avance. Parce que la silhouette qui les observait de l'autre côté du lac était en avance, pas vrai? Qu'avait-il eu le temps de voir? Pas grand chose, à tout parier. Elle l'aurait senti s'il avait été là.

'En l’occurrence, il n'y a que tes yeux qui l'ont 'senti'. Sans eux...'

Par réflexe, elle recula un peu. Légère réinterprétation de la scène de l'après-midi, pour un même résultat. Reculer quand on avait les genoux plantés au sol équivalait à se retrouver les fesses par terre. Personne ne sourit, cette fois-là. C'était bien dommage.
Le temps qu'Amba les rejoigne:


"Sacha...?"

Il fallait qu'elle corrige sur le champ cette faiblesse dans sa voix.

"Jolies chaussettes."

Tralalalilala. La. La.




« When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up.
I wrote down ‘happy’.
They told me I didn’t understand the assignment,
And I told them they didn’t understand life. »
John Lennon


Dernière édition par Mélusine McEwan le Dim 10 Oct 2010 - 13:56, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Mer 29 Sep 2010 - 13:09

"Il sait où je suis et avec qui."

McEwan n’y comprenait rien aux hommes. C’était dorénavant une certitude. Et Sacha devait être le plus mal placé à cet instant pour lui expliquer en quoi savoir où et avec qui ne rassurerait pas nécessairement Amba. Autrement, pourquoi serait-il venu jusqu’ici alors qu’elle lui avait dit qu’ils rentreraient dans une heure?
Le 'où' ne comptait pas. C’était le 'avec qui' qui ennuyait Amba. Où qu’ils soient, il craignait l’incidence de ce 'qui'.

Il était resté sur la rive même après que Sacha soit ressorti de l’eau pour aller directement vers Mélusine et la prendre dans ses bras. Il aurait voulu traverser le lac et les séparer mais une panique qu’il ne leur aurait jamais laissé entrevoir l’avait retenu de l’autre côté. Son poing s’était serré et il avait frappé le sol où il était accroupi.

AMBA ::

Ce n’était pas le voir la prendre dans ses bras qui m’a opprimé mais la détresse du geste. J’avais pris un tel soin à me trouver toujours entre eux pour éviter qu’on en arrivât à cette situation que je pris cette enlacement pour un échec personnel. Je n’ai jamais eu envie qu’ils se rapprochent. Ce n’était pas pour préserver la vie maritale de Sacha ni même l’intégrité des sentiments de Mélusine mais plutôt parce qu’il m’était insupportable d’imaginer qu’ils puissent se toucher et en avoir envie tous les deux. Mais il avait trop de détresse dans les bras de l’homme et trop d’empathie dans ceux de la femme. Je parle d’empathie car je suis mauvais joueur. Elle l’a embrassé sans qu’il esquisse lui-même l’effleurement des lèvres et mes doigts, enfoncés dans la terre pour corrompre mon besoin de le frapper, n’ont rien pu faire pour éviter ça.

C’était de la jalousie. Je n’ai pas les mêmes problèmes que de Lansley pour exprimer mes sentiments. Parce que les miens sont plus simples: j’aime ou je n’aime pas, je désire ou je ne désire pas et rien ne peut me détacher de mes appétences. Je n’ai pas de femme qui provoque de cas de conscience et je n’ai aucun antécédent avec celle que je convoite.

Et pourtant, c’est l’autre qu’elle embrasse.
Et c’est moi qui suis de l’autre côté de la rive.


Amba s’était relevé. Il considérait cet épisode comme une parenthèse nécessaire à l’aplanissement de leur relation à tous les trois. Il ne comptait pas jouer la cinquième roue du carrosse. Pis encore ! Il ne tiendrait pas la chandelle, il mettrait le feu. Rien n’était signé et qui pût le mettre sur le banc de touche. Il ravala sa fierté et sa déception et traversa le lac en leur direction, marchant sur l’eau.

Il atteignit leur rive sans une éclaboussure. Il se posta en face d’eux qui étaient toujours agenouillés non loin l’un de l’autre. Il avait de nouveau son petit air désinvolte et un sourire incrédule. Il grimaçait pour marquer son désaccord avec ce dont il venait d’être témoin mais ne fit pas peser sur eux autrement que par un léger ton railleur le jugement de l’opprobre :

- Vous faites n’importe quoi, vous deux.

Amba avait toujours été direct. Il avait conscience que dire les choses étouffait plus la gêne qu’elle ne l’attisait. Il fallait tuer le malaise et faire à ce que les choses soient claires dans leur triangle étrange.

- Relevez-vous, on va dîner. J’ai eu de la visite en votre absence.

Ils transplanèrent à la maisonnette. Dans le salon, Amir les attendait. Il n’avait aucune idée des drames sous-jacents qui se jouaient en face de lui mais il sentait que quelque chose, une aura différente, voletait autour d’eux et qu’il n’avait pas senti la première fois qu’il les avait vus. Il mit son impression de côté.

- Bonsoir, camarades, dit-il avec son air préoccupé qui n’affectait toutefois pas sa naturelle bonhomie, ma fille Dolorès m’a dit que demain dès l’aube, la Spirite comptait se rendre au Fairmont Château Laurier pour rencontrer un ministre qui l’a fait mander pour des affaires d’état. Sur le coup, Dolorès a refusé de me dire comment elle avait obtenu cette information mais - c’est la raison pour laquelle je suis venu vous voir sur le champ -, parait-il que la Spirite s’est assurée que cette information soit relayée auprès des bonnes personnes, à savoir le Gardien. Ce dernier devrait se trouver dans l’ascenseur le plus proche du lobby, demain à six heures du matin. Je n’y ai rien compris, à son charabia, et quand j’ai interrogé plus avant Dolorès, elle ne se souvenait pas m’avoir fait une telle confidence... elle était comme en transe.

Sacha resta de marbre. Quand il avait entendu le mot 'Gardien', Amba s’était arrêté une microseconde de touiller un ragout à l’odeur alléchante. Il écoutait. Il avait repris une activité vide de sens comme sortir deux assiettes d’un placard quand la table à manger était déjà dressée. Amir ne s’aperçut de rien.

Le chef des Résistants se sentit soudainement bousculé droit sur les rails qu’il lui avait semblé quitter le temps d’une escapade au bord du lac. Il était là pour le Miroir et pour rencontrer cette Spirite. Et voilà que la Spirite savait que le Gardien était au Canada et qu’elle lui envoyait un messager improbable pour lui donner rendez-vous.

Amir les quitta en renouvelant son incompréhension mais personne ne lui expliqua cette drôle de requête.

La nuit était sombre et fraiche. Comme Sacha, obnubilé par ses réflexions, ne paraissait pas avoir envie de parler de la nouvelle qu’Amir leur avait apportée, durant le repas, Amba bavarda avec Mélusine de son dernier casse dans un hôtel à Monaco. Mais personne n’était à la discussion.

Au moment de débarrasser, la jeune divinité brisa la glace:

- Je t’accompagne au Fairmont demain.
- Non, j’irai seul.
- Tu rêves.


Il y eut une courte dispute, plus motivée par ce qui s’était passé près du lac, que par tout autre problème de sécurité et d’effronterie. Ils finirent de débarrasser et le problème n’était pas résolu. Sacha refusait qu’on l’accompagne, Amba en voulait à Sacha de la proximité qu’il avait eu avec Mélusine, et personne ne parlait réellement ce qu’il pensait.

La maison était calme de nouveau. Du vent balayait l’allée. De rares voitures éclairaient par intermittence l’intérieur éteint du salon où Sacha s’était vautré dans son canapé. Pour faire une pause afin de mieux revenir à la charge, Amba était allé prendre une douche. Quand il revint dans le salon, il s’assit sur le rebord du canapé:

- Pourquoi tu l’as embrassé? Demanda-t-il sans détour.

Etrangement, Sacha ne se braqua pas. Il reposait sur le dos, les yeux ouverts sur le plafond, songeur. Tous les deux savaient que depuis le coin cuisine où elle finissait de ranger les plats, Mélusine les entendaient mais aucun ne freina la discussion.

- Je ne l’ai pas embrassé.
- Mais tu en as eu envie.
- Oui. Mais, de moi-même, je ne l’aurais pas fait.


Amba laissa un silence épaissir l’ombre du salon. Sacha n’avait pas bougé d’un pouce. Sa voix était fatiguée ou lasse ou vide. Monocorde.

- A quoi tu joues? S’enquit le Dyode.

Il n’y eu pas de réponse.
Amba reprit la parole, s’adressant cette fois-ci à Mélusine:

- Je peux dormir avec toi, ce soir, Mélusine?

La pointe de la baguette de Mélusine dirigeait le vol des assiettes jusqu'au placard. Ca lui donnait au moins l'impression de maîtriser quelque chose dans sa vie. Et c'était une façon comme une autre de rattraper une journée entière à jouer les Moldues. Lesdites assiettes s'éparpillèrent dans un grand fracas, redécorant le sol. Feue la vaisselle finit par atterrir dans la poubelle dans un ballet aérien désordonné où les murs en prirent pour leur grade.

- Dormir?

Sa voix exprimait clairement qu'elle ne pensait absolument pas à dormir. Quelle drôle d'idée que le sommeil... Son regard ne décollait pas de la poubelle.

- Euh... je... enfin...

Les sourcils de Sacha se froncèrent imperceptiblement. Il se s'était pas attendu à ce qu'elle réponde clairement à une demande sans équivoque mais il n’affecta aucun geste. Il tint sa respiration avant de tout relâcher d’un coup et de se lever brusquement:

- Cool, dit-il, je vais pouvoir dormir dans un vrai lit. Je prends ta chambre, McEwan.

Amba saisit brusquement le poignet de Sacha pour l’empêcher de s’enfuir:

- Nous irons voir la Spirite tous les trois.

Sacha se dégagea violemment, passa à côté de Mélusine et entreprit de monter les marches menant à sa chambre. Au dernier moment, il fit un pas en arrière et revint à sa hauteur. Il la regarda sans expression avant de l’embrasser sur la tempe :

- Qu’est-ce que ça voulait dire que tu as essayé de toutes tes forces mais que tu n’y arrives pas... plus?

La mémoire de de Lansley n’avait pas fait le lien avec des paroles qu’il avait proférées il y avait près de trois ans et demi.

- Parce que, moi, il y a ces choses que j’essaye de toutes mes forces de retenir, qui n’ont aucun sens, et qui m’empêcheront de dormir cette nuit, et d’autres encore, peut-être. Le grand drame, c’est que quelles que soient ces choses, lui – Sacha désigna Amba sans le regarder– peut les laisser aller, ça ne fera de mal à personne... ça te fera peut-être même du bien.

Sourire voilé d’incrédulité.

Elle n’aimait pas ça mais...

// Il veut dormir avec toi cette nuit parce que c’est le moyen le plus sûr qu’il a de savoir que ce n’est pas moi qui serai avec toi. Et il a raison de faire ça parce que je ne réponds plus de moi s’il ne joue pas les cerbères. //

Depuis qu’ils étaient revenus, c’était sa plus grande lutte. Son besoin de la prendre dans ses bras n’était à l’origine rattaché à rien de sensuel. Il avait été sous l’emprise de quelque chose de plus fort et de plus instinctif que la Terre. Mais désormais, il avait son corps tout entier qui appelait celui de McEwan. Ca l’énervait et ça le rassurait qu’Amba puisse faire barrage, car, c’était certain, LA bêtise lui pendait au nez pour peu qu’un frisson ou un frétillement de l’iris de Mélusine ne l’encourage sur les mauvais sentiers.





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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Sam 9 Oct 2010 - 23:36

Elle leva vers lui un regard vide.
Et elle était supposée accueillir ça avec calme, distance et maturité? C'était placer trop d'espoir et de foi dans son self-control défaillant.
La frustration le disputait à l'agacement. Une amertume légère mais insensée.


"Je ne suis pas sûre que..."

Le tout exacerbé par un sentiment alambiqué de déception et de soulagement à l'idée qu'il n'ait rien vu, rien lu, qu'il soit resté hermétique à ses pensées grandes ouvertes.

"Ca veut dire que j'ai lutté. Beaucoup et longtemps. Pour te détester. Comme je l'avais décidé. C'était confortable, à défaut d'être facile... et beaucoup moins dérangeant. J'avais ma haine en bandoulière, comme un paravent."

Mélusine eut un petit sourire triste, qui s'adressait plus à elle qu'à lui.

"Et je ne suis pas sûre d'assumer ce qu'il y a derrière."

Croisant les bras sur sa poitrine, elle ne put s'empêcher de le dévisager, de s'attarder sur ses traits. Quand ses yeux quittèrent les siens pour descendre à ses lèvres, elle se détourna et partit s'abîmer dans la contemplation du feu de cheminée.



On eut le bon goût de la laisser tranquille.



Un peu plus tard, elle sentit Amba se glisser à côté d'elle. Sans le regarder, pour ne surtout pas voir l'air qu'il affichait, elle souffla un Attend-moi avant de se diriger d'un pas décidé vers la cuisine. Elle en revint avec une flasque de jus de citrouille qu'elle avala, appuyée au chambranle en le contemplant, lui, songeuse. Vint le moment où le jus de citrouille ne lui fut plus d'un grand secours, puisqu'il était maintenant entièrement transvasé dans son estomac. Entre ses doigts, elle tournait et retournait la flasque à petits gestes nerveux et maladroits, comme agitée par un conflit intérieur. Finalement, affichant une résolution peu assurée, elle sortit sa baguette qu'elle pointa sur sa propre tempe en fronçant légèrement les sourcils. Lorsqu'elle détacha l'instrument de bois de sa peau, il y pendait un mince filament or pâle. Si les souvenirs étaient argentés, les rêves avaient la couleur de l'or pur. Les cauchemars étaient teintés de rouille. L'or pâle était réservé aux rêves éveillés, songeries et autres fantasmes diurnes. Elle déposa le mince filet, ni vraiment liquide, ni vraiment solide, dans la flasque. Elle s'approcha d'Amba et hésita une fraction de secondes avant de lui donner son extrait de rêverie solitaire :
Amba pour tout décor. Autour de lui, touche par touche, elle dessine la végétation du New Edinburgh Park.

Le vert des arbres, le bleu du ciel et le rouge du poitrail d'un oiseau dont elle ignore le nom.
Ces couleurs-ci sont fades, désaturées. Un peu brouillonnes.

Le visage d'Amba s'illumine. Elle sent de sa chaleur couler jusque dans ses veines.
Il tend la main. Elle s'y accroche. Il triche. Elle tombe sur lui. Il sourit. Elle rit. La vie est tellement belle parfois.
Il passe un doigt sur la ligne de sa mâchoire, remonte jusqu'à sa nuque, négligemment.
Il est concentré soudain. Confiant. De cette confiance communicative qui donne envie de croire que tout est possible.
Que tout est simple.

Et tout est simple.

Simple la caresse de ses lèvres sur les siennes.
Simple le sourire qui s'y glisse.
Simple ce baiser lumineux avec le ciel du Canada pour complice.

Ses doigts effleurent la peau de son dos et l'attirent plus près de lui.
L'étreinte devient solaire et elle s'y expose sans peur.

Puis, tout s'affadit doucement. Le sommeil la gagne. Glisse du flou dans la scène.
Elle s'endort avec la sensation d'un dernier sourire sur les lèvres.


"Ce n'est pas à lui que je pense quand je m'endors."

Déjà, elle s'éloignait. Elle avait besoin d'une douche. De sa première marche d'escalier:

"Tu peux le garder. J'en ai plein d'autres."

Premier étage. Escale à son ancienne chambre. Deux coups légers, tapés contre le bois de la porte.
Mélusine entra avant d'y avoir été invitée.


"J'ai besoin de prendre des affaires."

Sans attendre de réponse, elle se dirigea vers le petit placard, tournant le dos à de Lansley et entreprit de fouiller dans ses affaires. A elle. Celles qui étaient rouges, un peu usées et follement familières. Serviette de bain, pyjama. Les serrant contre elle, elle se retourna vers le lit, depuis lequel Sacha l'observait. Ou pas. Là encore, elle garda le regard baissé et, pour dissimuler sa nervosité, se mit à déblatérer sur tout et n'importe quoi. Surtout n'importe quoi. Elle récupéra au passage sa brosse et se tut brutalement.

"C'est un baume à l'Arnica. Fait maison et supra-efficace.", déclara-t-elle, avec un mouvement de menton à l'adresse du petit pot qui surmontait la pile de ses affaires. "Tu as l'épaule aux couleurs des Quatre Maisons." Du bleu, du jaune, du vert. Le tout auréolé de rouge. "Ca calmera la douleur."

Elle faillit avancer jusqu'à lui pour le lui donner en main propre, se ravisa et posa le pot en terre sur la commode, à deux bons mètres de Sacha.
Elle fit prestement demi-tour mais s'arrêta néanmoins au bout de quelques pas.


"J'aimais bien être Etc-McEwan. J'aurais pu te souhaiter un "Bonne nuit" plein d'ironie alors que là..."

Alors que là, elle avait juste envie de pleurer. Elle lui fit face une dernière fois, le temps de lui jeter un bref regard. Il n'avait pas bougé depuis son entrée, allongé sur son lit, son lit à elle qui était devenu son lit à lui, baigné d'ombres, tant et si bien que son visage lui était inaccessible.

Alors, Mélusine est sur le point de sortir. Sacha n’a pas bougé d’un iota. Il la suit des yeux. Il la regarde et il a l’impression qu’elle traîne une telle charge émotionnelle, un tel stress, qu’il s’en veut. C'est à cause de lui. Il ne compte pas s’excuser. Il en a assez de ce sentiment de culpabilité. Il voudrait qu’elle lui pardonne de le mettre dans cet état mais, cette fois, il ne dira rien. Puis, elle pose la main sur la poignée de la porte. Ca ne dure que quelques secondes toutefois il a le temps de s’imaginer, allongé comme un con sur son lit à regretter de n’avoir rien fait. De n’avoir rien dit. Dire pardon, encore? Non. Pourquoi 'pardon'? A quoi ça rime?

Un crac. Il transplane avec précipitation devant elle. Entre elle et la porte. Il y a juste assez d’espace pour lui. La porte à peine entrouverte claque dans son dos. Il s'appuie dessus.
Il prend Mélusine dans ses bras avec la même fragilité qu’un peu plus tôt près du lac mais, cette fois, le geste n’est pas triste. Ni désespéré. Toujours aussi irréfléchi mais en aucun cas empreint de cette impression complètement dingue de se trouver au bord d’un précipice et d’avoir envie d’y tomber pour ne plus avoir, l’espace de quelque secondes, le temps de la chute, l’impression d’être accroché à ce monde.

L’enlacement répond à son besoin de lui dire pardon sans les mots d’excuse qui vont avec. Il voudrait qu’elle prenne son corps et ses excuses et sa force dans la matière brute qu’il lui partage.
Il ne bouge pas. Il ne veut pas bouger. Il veut juste la serrer une dernière fois dans ses bras. Non. Il ne faut surtout pas bouger parce qu’il ne faut pas que l’étreinte devienne sensuelle sinon il a peur de ne pas savoir s’arrêter.

Du temps passe un peu. Moite. Chaud. Sourd. Sans tic-tac. Il aimerait croire que, quand il se détachera d’elle, elle comprenne enfin - ou une bonne fois pour toute - qui il est. Et ce qu’il ressent. Que cette fois, c’est bien Sacha de Lansley qu’elle a eu dans les bras. Un Sacha sans armure. Sans faux-semblant. Sans faiblesse. Sans orgueil. Sans arlequinade. Un Sacha qu'on ne connaît pas beaucoup.

Il ne fait jamais de promesse et il n’aurait pas le droit de lui faire celle-ci néanmoins, si elle se concentre bien sur le rythme de son cœur et les pulsions solides qui font trépasser chaque minute enfermés dans cette chambre et qui passent trop vite, elle comprendra qu’on n’a pas besoin de dire 'je suis à toi et je serai toujours là' pour que cette promesse existe.

Il la laisse partir.
Il n'a pas le droit de la retenir.
Heureusement qu'Amba l'attend. Heureusement... Dommage? Il ne sait pas.

- Bonne nuit, blablabla-McEwan.

Elle ne trouva rien à répondre. Sans doute parce qu'il y avait ce truc dans sa gorge qui l'empêcherait d'émettre le moindre son, et qui l'étoufferait certainement à moitié si elle tentait de déglutir.

Elle ferma la porte sur elle, pour s'y appuyer. Le temps de paniquer. Amba ne serait pas toujours là. Le temps d'espérer. Amba ne serait pas toujours là.



Sous la douche, elle laissa couler l'eau, brûlante, et se glissa au fond de la cabine.
Assise. Prostrée.
L'air était chargé de buée, de brouillard. L'atmosphère était dense, étouffante.
Des gouttes de pluie salée se déversaient par le siphon.


Un long moment avant qu'elle n'émerge. Une énième visite de courtoisie à la petite cuisine, d'où elle revint les bras chargés d'un plateau de victuailles. Jus de citrouille, pot de glace au sirop d'érable, chamallows, et cætera. Première incursion dans la chambre d'Amba.


"Tu saurais nous faire transplaner sur le toit?"

Ils feignirent de ne pas remarquer son ton légèrement trop enjoué. Et en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, ils dominaient l'Avenue Laurier, la tête directement sous les étoiles. Ils s'étaient installés et Mélusine avait laissé entre eux juste assez d'espace, quelques centimètres de vide, de rien, qu'elle n'arrivait pas à franchir. Ils mangèrent en silence, elle plus que lui, pendant que des tentatives d'explications tournoyaient dans sa tête. Elle lui savait gré de ce silence. Elle n'avait même pas le cœur de l'apaiser, de lui dire que ça ne se reproduirait plus, qu'elle regrettait. Si c'était à refaire, elle le referait, au détail près. Et si c'était à recommencer, elle recommencerait. Sans hésiter. Déclarer qu'elle avait fait une erreur était un insulte à sa réalité. Mieux valait se taire que mentir, même pour alléger, même pour se sentir mieux.

*Tu sais... j'ai toujours eu l'impression de me débattre, contre tout et contre tous. Et là... je ne sais pas... c'est comme si j'étais enfin en paix avec moi-même. Et ça n'a pas de prix.*

Enfin, à ce moment-là. Parce que, maintenant...
Non. Elle ne pourrait jamais dire ça.
Le silence s'épaississait. Du bout des lèvres, comme pour les rattraper, si ses paroles s'avéraient malheureuses, elle se résolut à murmurer un: "Tu m'en veux?" contrit.

'Tu as toujours l'option "je saute du toit", le cas échéant...'


- Oui. Je t’en veux. J’en veux à Sacha et je m’en veux aussi. Parce que j’ai l’impression que dans cette histoire aucun de nous ne se trouve où il a envie d’être en ce moment.

Il lui sourit. Un sourire communicatif. Contagieux. Son regard était encourageant. Ses yeux joviaux disaient qu’elle n’avait rien à craindre. Que tout se passerait bien. Amba avait cette faculté intrigante à savoir décocher le bon sourire et la juste expression quelles que soient les circonstances là où d’autres n’auraient émis qu’une grimace malhabile.

Le reste de la nuit n'appartenait qu'à eux. Mentionnons néanmoins que 1. vers les deux heures du matin, Mélusine fit semblant de s'endormir sur l'épaule d'Amba, juste pour qu'il le prenne dans ses bras et la ramène à sa chambre, 2. qu'elle fut trahie par son sourire, 3. qu'à son tour, Amba sembla sombrer dans le sommeil et que 4. Mélusine en profita pour lui souffler un "Merci d'être là.". Le bras du jeune homme autour d'elle la serra un peu plus fort contre lui.
5. qu'elle ne dormit pas. Pas le courage d'affronter les rêves qui ne manqueraient pas d'être les siens. L'état de veille ne valait pas beaucoup mieux, à compter que sa volonté peinait à faire encore obstacle à son inconscient. Ses pensées avaient tendance à vagabonder vers des terrains dangereux.
6., enfin, que ce fut une longue, très longue nuit.


*

Jour 10

Paresseux, le jour se levait à grand peine que Mélusine était déjà debout, abandonnant Amba avec le petit déjeuner pour prétexte. Transplanant dans la chambre d'en face. Pour s'assurer qu'elle n'avait pas rêvé. Même sans avoir dormi. Parce qu'on pouvait rêver les yeux grands ouverts. Et que le retour à la réalité aurait été trop... douloureux.
Mélusine ne resta que le temps de croiser son regard. D'esquisser un sourire timide. De s'enfuir au rez-de-chaussée dans un "crac" discret pour finir, dix minutes plus tard, affalée sur la table du salon. Le sommeil avait eu raison d'elle. Pas longtemps. Quelques minutes. Juste assez pour en émerger avec des images confuses pour toute mémoire à court terme et une mauvaise humeur digne de ses meilleurs jours. Le chocolat fumant que l'un ou l'autre avait placé devant son nez ne réussit pas à améliorer vraiment les choses.
Petit déjeuner dans un silence mutique.
Préparation.


- McEwan, habille-toi. Rolling Eyes
"Boah, hé! Je suis pas toute nue."
- Le FGL est un hôtel 4 étoiles.


Traduire: on n'y entrait pas quand on ressemblait à n'importe quoi, même un n'importe quoi bleu.
Pestant pour la forme, Mélusine enfila le costume de Lucy avec un soulagement certain. Il y a des jours où il est plus facile d'être quelqu'un d'autre.
Grand départ. A pied. Le Fairmont Château Laurier n'était qu'à quelques rues de là.


- Mélusine, tu vas attraper froid...

Elle haussa les épaules avec humeur. Au vu du reste de ce qu'elle avait attrapé, c'était un moindre mal.
Ils cheminèrent en silence. Elle, en tout cas, cinq pas derrière. Le besoin de se retrouver un peu seule avec elle-même. L'envie de ralentir à mesure qu'ils approchaient.


"On est vraiment... hem... obligés d'y aller?"

C'est vrai, quoi... Qui avait besoin d'une Spirite? Après tout, ça n'était pas comme s'ils avaient fait le déplacement juste pour elle.
Oui. Elle savait qu'il fallait y aller. Et non, elle ne discutait pas vraiment. Elle était juste prise d'un pressentiment bizarre qui lui donnait envie de s'enfuir parmi les ruelles désertes d'un Ottawa à cinq heures trois quarts du matin. Ou de se jeter dans le fleuve qu'ils étaient en train de longer. Tout le monde a ses petites lubies inavouables.


Le FCL était un lieu sympa, pour peu qu'on aime le luxe, les chandeliers incandescents et le design "old style" moldu. Amba en avait presque les yeux qui brillaient de convoitise.
Mélusine prit les devants. Elle en avait déjà assez de jouer à ce qu'elle n'était pas... d'autant plus au bénéfice d'un maître d'hôtel aux manières désuètes et à la moustache ridicule.


"Bonjour. Nous sommes Am, Stram et Gram, du magazine Colegram. On vient pour l'interview."

Le sourire dudit maître d'hôtel devait plus au sortilège de Confusion qui accompagna ces rapides présentations qu'aux présentations elles-mêmes.
Et quoi? Après tout, il était supposé y avoir un ministre dans la place. Et le personnel de l'hôtel n'allait certainement pas leur permettre de circuler librement sans le laisse-passer implicitement donné par le grand maître de cérémonie en noeud papillon. C'était le sortilège de Confusion ou un peu de charme à la "par-dessus le comptoir". Elle n'avait pas hésité longtemps.
Elle n'avait jamais été dans un hôtel de ce standing mais c'était un peu atterrir dans un pays étranger: il suffisait de dépasser la sensation d'être désorientée et d'ouvrir grand les mirettes. Il y avait des panneaux un peu partout. Et "Ascenseur", c'était par là-bas. Au même titre que le cirage de chaussure et la boutique souvenir.

'Un petit T-shirt "I ♥ Fairmont Château Laurier", c'est vachement classe...'

Mélusine était suffisamment déstabilisée et perturbée par les évènements de la veille au soir pour ne pas avoir relevé la mention du Gardien. Ca n'était que maintenant qu'ils approchaient de ce drôle de lieu de rendez-vous que les rouages commençaient à tourner. Au ralenti.

Là-bas fut rapidement ici.
Au moment d'entrer dans l’ascenseur qui s'était ouvert sans bruit, elle capta une image du coin de l'oeil. Une silhouette qui lui paraissait étrangement familière.

'Zeira?'

Les portes se refermèrent sur ce mystère.

Edité




« When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up.
I wrote down ‘happy’.
They told me I didn’t understand the assignment,
And I told them they didn’t understand life. »
John Lennon
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Sacha de Lansley
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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Mar 19 Oct 2010 - 16:45

- Non. Je suis Izabena, la sœur de Zeira. Nous sommes jumelles mais elle n'a pas le langage des Esprits...
Montez.


La femme se recula pour laisser entrer. Elle n’avait détaillé aucun d’eux très longtemps mais le regard surpris des trois compagnons avait suffit à ce qu’elle comprenne ce à quoi ils avaient immédiatement pensé en la toisant. Une réaction qui ne devait pas être exceptionnelle. Elles se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Seule la tenue les différenciait. Izabena avait l’air d’une prêtresse tantrique, vêtue d’un assemblage de voilages et de pièces en daim, quand Zeira portait les vêtements usuels d’une étudiante à la faculté.

Sacha entra le premier puisqu’elle lui fit signe d’approcher. Elle laissa entrer Mélusine mais leva sa main en signe de stop quand Amba se présenta. Elle sourit comme un ange attristé:

- Je n’ai pas besoin de vous.

Comme s’il s’en était douté, Amba resta devant les portes qui se refermaient déjà. L’Amiral capitaine se demandait par quel sixième sens, Izabena avait déjà fait le tri. Il regretta néanmoins que Mélusine eut elle aussi accès à l’ascenseur.

Izabena appuya sur le bouton du dernier étage.

- Zeira m’a beaucoup parlé de vous, entama-t-elle pour Sacha en le regardant dans le détail pour la première fois. Il était sous les traits de Ian Elgin mais quand elle enfonçait ses yeux noirs dedans les siens, il avait la sensation étrange qu’elle allait au-delà de l’apparence pour caresser son âme. Il se dégageait d’elle une force inaccoutumée, cousue de conviction, d’aplomb et de sagesse. Elle s’intéresse beaucoup à la magie des sorciers. Elle m’a dépeint un tel tableau que j’ai fini par vouloir voir de mes propres yeux et entendre de mes propres oreilles l’enchanteur captivant qui parlait de la magie aux hommes qui n’en avaient pas.

Sacha restait circonspect. Il n’avait rien à dire, alors il ne dit rien. Il était entendu qu’il avait des questions par centaines et la première était de savoir si elle était bien la Spirite et comment elle avait su qu’il était le Gardien. Les réponses finissaient toujours par arriver, dès lors, il s’économisa l’avilissement de les poser.

- Nous autres, Spirites du peuple Ojibwé, pratiquons des magies très différentes des vôtres. Je suis la descendante directe d’Obwandiyag, que vous connaissez sous le nom de Pontiac, chef du peuple Outaouais et de Mowogami, la dernière fille des Anishinabe. Mes mères m’ont transmis leur savoir et la voix des esprits. Contrairement à vous, je ne peux pas faire de la magie sans mes ancêtres et sans les esprits, à partir de rien. Je dois écouter les voix. Ces derniers temps, depuis que vous avez touché le sol Outaouais, elles sont devenues très bavardes.

Izabena se mit à pouffer comme une enfant. Elle leva sa main, la passa entre Sacha et Mélusine et arrêta l’ascenseur juste avant qu’ils atteignent le dernier étage. Elle se tourna vers Sacha et porta ses deux paumes vers son visage. Il laissa faire. Curieux. Elle ferma ses yeux. Sa respiration se modifia, elle soufflait plus lourdement. Elle prononça une suite de phrases dans son langage. Les lumières de la boite en fer dans laquelle ils étaient se mirent à clignoter. Izabena entra en transe. Sacha avait envie de lui prendre les poignets pour l’éloigner de lui, la jeter violemment à l’autre bout de l’ascenseur. Mais l’instinct fut battu par sa curiosité. Il la laissa faire pour voir où la démonstration menait.

Le silence revint. Izabena s’écarta. Quand elle rouvrit les yeux, ils étaient blancs et lumineux. L’ascenseur s’était calmé. Sacha fit un pas en arrière. Mortifié. Que venait-elle de lui faire? Juste avant qu’elle s’écarte, une image très nette de la femme de son rêve lui était apparue. Il avait vu la cicatrice dans le dos, entre les deux omoplates. Son buste s’était légèrement tourné. Il était remonté le long de son épaule, de son cou, et au bout de son cou, il y avait le visage de Mélusine. Après la vision, Sacha avait été comme projeté à l’extérieure de ce rêve furtif. Il se demandait si l’image était la sienne ou celle d’Izabena.

La voix de la Spirite vibra, caverneuse. Elle avait les bras écartés en croix et le visage tombait un coup sur le côté droit, un coup sur le gauche, comme si l’articulation de son cou ne pouvait plus en retenir le poids.

« Gardien!
Tu cherches un sentier sur lequel tu marches déjà.
Plus tu te rapproches de la fin du chemin, plus tu te brûles.
Tu dois affronter la douleur, déshabiller ton âme des apparats,
Comprendre, fendre en son cœur l’origine de tes scrupules.

Miroir!
Comment pourrais-tu réfléchir si tu refuses d’être vu?
S’il est la silhouette, tu es le trait. S’il est le feu, tu es le froid.
Ouvre d’abord les yeux et, alors seulement, lui, te verra.
On se choisit, rien ne s’impose. Si tu étais un sens, tu serais sa vue.

On cherche toujours si loin,
Ce qui se trouve à côté.
Miroir ou Gardien,
Vos contraires vous ont attiré. »

Sacha resta de marbre mais ses entrailles exultaient d’un feu toxique qui le dévastait. Il ne voulait pas entendre ça. Il ne voulait pas savoir. Parce qu’il ne voulait pas et n’avait jamais voulu de cette vérité. Il ne regardait plus Izabena mais McEwan. Brune. Fine. Etriquée dans ses vêtements bleus. L’avait-il toujours su? Etait-il besoin de venir jusqu’au Canada pour qu’une tordue Nishnaabe, qui aurait pu être l’enfant prodige du Centaure drogué et de Sybill Patricia Trelawney, le lui dise?

Izabena était tombée à genoux. Ses yeux avaient recouvré leur noir originel. Elle débordait d’une aura délicate et chaude. L’ascenseur était rempli de sa chaleur et son pouvoir. Une moldue... une simple moldue habitée de ses ancêtres. Elle soufflait comme si elle venait de courir cent mètres en huit secondes.

- Ca ne peut pas être toi, dit Sacha en défiant Mélusine d’un regard noir. Je-n’ai-pas-envie que ça soit toi...

Il s’agenouilla près d’Izabena et l’aida à se redresser. Une fois debout, il la tourna vers lui, sans la lâcher. Il la tenait un peu trop fort par les bras, la secouant comme un prunier.

- Ce n’est pas possible. Ca ne veut rien dire! Qu’est-ce qui vous fait penser que je pourrais être le Gardien?
- Je ne pense pas, je rêve... je traduis la volonté et les messages des esprits. Lâchez-moi! Les esprits des morts parlent entre eux. Il n’est pas besoin d’être un Ojibwé pour parler à un Objibwé. Je suis restée en transe trois nuits après votre premier cours. Les esprits vous ont reconnu... Anthony! Anthony de Lansley m’a parlé!


Sacha lâcha immédiatement Izabena. Son visage pâlit. Il eut un haut le cœur. Regretta que McEwan soit témoin de ce que la simple prononciation du nom de son père provoquait en lui.

Comme Sacha ne réagissait plus. Izabena vint vers lui et posa sa main sur son épaule. Le geste était protecteur et maternel:

- Il y a aussi eu une jeune femme aux cheveux rouges... Kitty. Son enfant qui savait à peine marcher. Une Lara Impartiale, un homme du nom d’Enoch, une vieille dame, Bergamote Tourdemain, et un autre qui s’appelle Laerte et qui était le dernier Gardien, avant vous. Chacun avait un message lourd et long... ils ne m’ont pas lâché pendant trois jours. Ils voulaient que je vous dise tout ça... et il y a d’autres messages que vous devez transmettre aux gens à qui ils sont adressés.

Sacha regarda Mélusine. Son dégout était revenu. Il n’avait pas de dégoût pour elle mais pour ce que les suppositions de la Spirite engageaient. Il ne voulait pas la mêler à tout ça. Il ne voulait pas la regarder en pensant que, d’une façon ou d’une autre, le destin auquel il refusait de croire, s’était chargé de les lier.

- Obwandiyag, reprit Izabena sans lâcher l’épaule de Sacha, m’a dit que vous étiez suivi par une deuxième ombre. Un jeune homme qui vous cherche et qui vous trouvera. Ce jour-là, l’un de vous deux périra. Mais avant, il faut que vous acceptiez... ou pas, que la personne qui se trouve ici avec nous...

Izabena se tourna vers Mélusine et lui prit la main pour l’attirer à eux. Elle recula d’un pas et remplaça sa main sur l’épaule de Sacha par celle de Mélusine. Sacha tressaillit.

- soit un peu une partie de vous. Et vous, dit-elle pour Mélusine, il faut décider si l’homme qui se trouve sous votre main, représente la silhouette que vous voulez réfléchir. Un jour, quand ce choix sera fait, Mowogami dit que vos compagnons et vous serez lumière et que vous baignerez, tous les six, la Terre d’un nouvel espoir.

La spirite appuya sur le bouton de l’ascenseur. L’appareil repartit brièvement pour s’arrêter au dernier étage. Elle sortit après avoir rappelé l'appareil au rez-de-chaussée:

- C’est beaucoup de responsabilités pour des personnes aussi jeunes, sourit-elle à défaut de pouvoir pleurer sans pudeur. N'oubliez pas les messages des morts. Ils sont en vous. Vos prochains rêves vous les apporteront. Quand les cœurs seront honnêtes avec ceux qui les font battre, tout paraîtra bien plus facile car rien n’aura réellement d’importance.

Les portes se refermèrent. Sacha s’écarta de McEwan délicatement.

- Je ne veux pas que tu sois mon Miroir, dit-il sans brusquerie. Tu ne peux pas.





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MessageSujet: Re: Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite   Ven 29 Oct 2010 - 13:54

"Très bien.", contre-attaqua-t-elle d'un ton calme. Trop calme. "Très bien. Je-ne-peux-pas."

Vouloir et pouvoir n'avaient jamais été si près d'être frères.
Comme contenu trop longtemps par une pression quelconque, le ressort de son bras se détendit et propulsa sa main sur le bouton de l'étage à venir. C'était l'affaire de quelques secondes, au silence lourd et épais.
Ouverture.
a deux pas dehors, Mélusine se retourna et affronta du regard la silhouette qui se tenait toujours dans l'ascenseur, comme pour le mettre au défi de la suivre. Il resta immobile. Elle demeura impassible. Les portes coulissantes rompirent le contact visuel.
Fermeture.
Là, seulement, elle se mit à trembler. De rage. De peur. D'incompréhension. De elle-ne-savait-quoi. De cette douleur sourde et aiguë, lorsque l'on se croit rejetée. Elle n'avait rien compris. Tout lui échappait. La réalité s'effilochait sous son nez. Un coup de vent dans sa mémoire et l'oubli ne demanderait qu'à s'installer. Mais les paroles de la Spirite semblaient gravées au fer rouge, au premier plan de ses pensées, encore incandescentes.
Marcher, alors, pour couvrir le bruit dans sa tête.
Elle n'appartenait à personne. Elle ne dépendait de personne. Elle était fière. Elle était libre.
Le Gardien. Il était déjà au courant. Et Amba. Et Amir-machin-big-boss-de-la-Résistance-au-Canada. Elle en aurait mis sa main à couper. Ce qui était stupide. Une main, ça pouvait toujours servir.
Chambre 502. Ça avait tout l'air d'être la suite nuptiale.
Et puis le froid. Elle n'était pas le froid. N'importe quoi.
Oh... et puis, un petit coup d'œil, ça ne ferait de mal à personne.
Ça ne voulait rien dire du tout. Elle aussi, elle pouvait rentrer dans cette suite, pondre trois rimes sans queue ni tête d'un air mystérieux de la fille qui se shoote à la belladis...
Non. Forcer la porte de cette chambre n'était pas une bonne idée. A moins qu'un petit coup de baguette... C'était en faisant n'importe quoi qu'on devenait n'importe qui. Pour la première fois de sa vie, n'importe qui apparaissait sous le jour d'une option à considérer. Il fallait qu'elle se sente vraiment mal.
Pourquoi cette obsession pour la 502?
En fait, si, elle avait un peu froid.
D'abord, elle n’était pas le froid. Le froid, ça n'avait qu'à être lui. Elle préférait être le feu.
Le froid. Comme le vide. Il devait faire froid dans le vide du ciel, à côté de ces étoiles trop lointaines pour qu'elles vous réchauffent vraiment. Oui, froid comme le vide. Ou la solitude.
Froid. Vraiment froid. Un glaçon dans la poitrine.
Elle avait toujours eu peur de la solitude. Au même titre que le silence, l'indifférence et la mort. Le pire, dans cette histoire, c'était qu'on pouvait être seule au beau milieu d'une foule, sous un soleil radieux. Avec ses amis. Ou dans les bras d'un homme. Elle concevait à peine qu'être seule signifiait être sans lui.

Sans même réfléchir, sans même y penser, Mélusine tourna sur elle-même, pour réapparaître au rez-de-chaussée, presque synchro avec l'ascenseur qui, deux petites secondes plus tard, lui ouvrait grand les bras.

'Le froid... tu sais que chipoter sur un détail, c'est accepter l'ensemble?'

Dans le grand miroir qui ornait l'ascenseur (quelle idée!), son propre reflet lui faisait face. Sa peau rendue encore plus blanche par ses boucles brunes et les nuits sans sommeil. Des cernes jusqu'au fond des yeux. Un air de panique collé au visage. Et pourtant, la jeune femme franchir le pas séparant l'extérieur de l'intérieur sans marquer d'hésitation.
Elle sentit un regard sur sa nuque. Elle crispa les mâchoires. Trop tard, de toute façon.

C'était de la folie que de tenter de transplaner dans un ascenseur. Même quand on était un Dyode. Allez savoir où on pouvait atterrir.

Sans oser encore regarder Sacha, Mélusine appuya sur le bouton qui les conduirait à l'avant-dernier étage. le huitième. pas envie de croiser à nouveau l'autre illuminée.
Sourcils froncés, regard baissé.
Elle avait tout un discours de prêt, né de l'instant, sur le bout de la langue.

«Alors, professeur Elgin, toi qui est tellement disert quand il s'agit de raconter notre réalité aux Moldus Canadiens, on dirait que tu as laissé un chapitre dans l'ombre, hum? Et si tu nous parlais un peu de cette prophétie? Tu pourrais nous parler de ce que ça fait d'être le Gardien... J'ai tout mon temps...»

Et blablabla, jusqu'à avoir l'impression d'avoir exorcisé ce qui lui opprimait la poitrine.
Mordre. la meilleure défense, c'était encore l'attaque. L'enfance de l'art au Quidditch appliquée à la vie quotidienne.
Pourquoi fallait-il donc qu'elle se sente toujours aussi fébrile? Ce qu'elle appréciait, jusqu'alors, c'était justement la liberté de ne pas avoir à prendre de gant avec lui. Être tellement elle-même à s'en ficher de l'image qu'elle renvoyait.
Sauf que la présence de Sacha dans cette cabine immense et minuscule envahissait l'espace, annihilant ses propres faux-semblants.

La paroi de l'ascenseur était un toboggan vertical contre lequel elle glissa pour atterrir un peu violemment sur le sol.
Huitième étage. les portes s'ouvrirent puis se refermèrent, inconscientes que personne n'en avait profité pour sortir et qu'elles abritaient désormais des passagers clandestins. L'appareil serait donc immobile jusqu'à ce que quelqu'un fasse appel à ses services. Mais les riches ne s'activaient pas si tôt, si? Six heures devaient les trouver encore endormis à rêver de fontaines en or et de toutes ces futilités qui sont l’apanage des portefeuilles épais. Chacun sa croix.
Son propre discours s'était faufilé vers la sortie, profitant d'un instant d'inattention, et furetait maintenant vers le service d'étage, condamné au silence à perpétuité. C'était sans doute tant mieux. De toute façon, elle n'aimait pas parler avec lui quand il avait cette tête-là.
Alors, à la place, elle tenta de ressusciter le fantôme de ce qu'elle s'était persuadée qu'il était, pour le glisser entre eux, pour occuper l'espace. Pour se protéger. Pour ne pas avoir mal. Fuir la douleur, physique ou émotionnelle, était le déclencheur des réflexes les plus fous... et les plus stupides. Des erreurs les plus énormes. Surtout quand la douleur n'avait plus aucune raison d'être. Bien à l'abri derrière ce Patronus en distorsion, Mélusine osa enfin lever les yeux vers lui, pour se prendre le retour de plein fouet. Parce qu'après tout, son fantôme n'était que ça: un être inconsistant et transparent. Immatériel. Presque invisible. Juste un souvenir. Pas de taille, vraiment, à s'immiscer entre eux. Ça ne serait pas faute d'avoir essayé.
Parce qu'en définitive, Ian Elgin n'existait que dans sa tête. Il tenait compagnie à Louis de Sydonia.
C'était... étrange.

Le dévisager.
L'envisager.

Elle qui n'avait jamais été une partisane du paraître acceptait enfin que la tête qu'il pouvait avoir ne revêtait aucune forme d'importance. Même sous cet aspect-ci, elle... sentait? Il y avait quelque chose qui était là, qui était lui et qu'elle n'arrivait pas à nier. Quelque chose qu'elle aurait sans doute perçu même les yeux fermés. Si elle avait absolument dû y mettre un terme, elle aurait parlé de son
essence. Une présence, une énergie qui transcendait les autres sens, qui était là et qui l'empêchait de replonger dans ses travers passés. La preuve, enfin, que l'apparence n'était rien. Il en avait toujours été ainsi. Les gens n'étaient beaux que quand elle les aimait. Et le sex-symbol le plus couru de la planète ne pourrait jamais l'émouvoir ni même la faire rêver parce que rien ne l'habitait. C'était tout aussi bien.

Mélusine restait là, pensive et concentrée.

On se choisit, rien ne s'impose.
Qu'est-ce que c'était supposé vouloir dire? Il lui semblait que, quelque part, la Spirite ne leur avait pas vraiment laissé l'opportunité d'argumenter.

'Mais...'

Et si elle se trompait. Elle, Mélusine.
Elle n'avait jamais prêté grande attention à cette histoire et n'en devinait que les grandes lignes.
Si ce n'était pas la prophétie qui faisait les clefs mais les clefs qui faisaient la prophétie? Mieux, si personne ne naissait avec le poids du destin d'être une clef sur les épaules? Pas de bébé Gardien ou de bébé Miroir. Juste un potentiel à l'état brut qui sommeillait en chacun et qui, chez la plupart, s'éteignait en grandissant. Tout le monde aurait pu l'être mais tout le monde ne l'était pas.

'?'

Hum...
Est-ce que... Plutôt que leur relation ait été conditionnée par ce qu'ils étaient appelés à être, n'était-ce pas eux, qui, en se côtoyant, s'étaient construits, s'étaient révélés? Alors, ils n'auraient pas été mais seraient devenus, au contact de l'autre? Il n'y aurait pas eu un jour où ils n'étaient pas et le lendemain où ils étaient. De même qu'ils n'étaient pas nés Gardien ou ... Miroir. En quelque sorte, ils auraient eu le potentiel, que leur rencontre avait réveillé, révélé et que leur évolution avait fait grandir. En toute innocence, en toute inconscience. Eux qui se seraient taillés leur propre costume, qui auraient écrit leur propre rôle. Il aurait fait d'elle ce qu'elle était. Et réciproquement? Des rencontres, des rendez-vous aux allures manquées qui auraient transformé les deux protagonistes? Au départ, rien d'autre que deux êtres humains, un garçon, une fille, point barre. Ils se seraient connus, auraient évolués, jusqu'à devenir les deux clefs de cette foutue Prophétie. Comme s'ils s'étaient façonnés mutuellement.

'C'est un chouïa prétentieux...'

Seulement si on envisageait que ses élucubrations puissent avoir un fond de vérité.

'Ça, c'est juste que tu refuses d'être soumise à un destin... ou à une prophétie. Tu divagues parce que tout est mieux que l'impression d'être enchaînée par les déclarations d'une inconnue.'

Évidemment.
L'avenir n'était pas figé. Et le passé non plus n'était pas immuable. C'était pour ça, qu'en dépit de tout, la vie était belle. Vouloir tout enfermer dans une cage, c'était supprimer le droit au libre-arbitre, au choix, à l'improvisation. A la vie de filer, insouciante.

La jeune femme ne posa pourtant aucune question.

'Pas de laïus? Au risque de te coucher bête et de finir idiote?'

Non. Le temps était le remède le plus efficace. Les choses arrivaient au bon endroit au bon moment. S'accrocher, trop demander d'un coup, c'était courir le risque d'être ensevelie, gavée, submergée par un vague de choses à assimiler. Tout précipiter n'apporterait rien de bon. Qu'un surplus, un trop-plein à décharger en crise de nerf... ou en crise de larmes. Elle préférait éviter. D'autant plus qu'il lui semblait que ses neurones avaient atteint un point à la limite de la surchauffe. Ne plus réfléchir. Son activité favorite.

Tout ce temps, elle n'avait cessé de le dévisager. Chacun son tour, pas vrai?
A peine le temps d'une hésitation et elle leva la main vers lui. Une main qui se tendait. Une main qui s'offrait. Pourquoi? Comment? Aucune idée.


"Ça serait si mal que ça si... si c'était moi?"

Du conditionnel partout. Évidemment. Et des mots frappés de tabou.
Ça ne serait pas sa vérité tant qu'elle ne la sentirait pas,
vraiment. Ça n'était pour l'instant que des termes, presque dépourvus de sens, à la façon de ses mots qu'elle répétait à l'infini jusqu'à leur ôter toute signification.




« When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up.
I wrote down ‘happy’.
They told me I didn’t understand the assignment,
And I told them they didn’t understand life. »
John Lennon
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Le Gardien, le Miroir, le Dyode et la Spirite
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