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 Baring

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Sacha de Lansley
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MessageSujet: Baring   Lun 26 Juil - 22:04

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Sacha était rentré bredouille de l'expédition à Ellis Island. Il restait cependant persuadé qu'Antarès siégeait là-bas et, à force d'insistance, il était parvenu à convaincre ses camarades. L'information avait été relayée auprès de tous les QG Résistants encore actifs. On demandait à la Grande-Bretagne ce qu'il fallait faire et Sacha répondait invariablement: "Rien. Pour l'instant, on attend."

Ils n'étaient pas assez nombreux pour s'attaquer à la forteresse et Antarès avait toujours le Calice tandis qu'eux en étaient encore à prospecter pour la Quatrième Clé. Selon Emmett, il revenait à Sacha de la trouver. L'Amiral avait fini par se dire que Le Passeur faisait vraiment dire tout ce qui l'arrangeait à la Prophétie.

'Je pense que je vais prendre des cours particuliers de langage Centaure ancien... juste pour vérifier parce que c'est pas possible ces histoires. On me fait vraiment faire n'importe quoi.'

De Lansley était un chouïa bougon depuis trois semaines. L'éloignement obligé de sa femme et, de ce fait, le manque de rapports physiques contribuaient en grande partie à ses accès de mauvaise humeur. Qu'il fût en plus de tout ça celui qui doive trouver la dernière Clé finissait de grignoter sa tolérance:

- Prendre les coups à la place des Iccams, OK. Diriger la Résistance, OK. M'éloigner de ma femme, mmmOK. Mettre en jeu la vie de mon fils, mmmmputain. Et ce n'est pas assez, il faut encore que je me coltine la quête du Miroir. Je déteste les Clés. Si je trouve le Miroir, je le ficelle à Mareva et Emmett pour en faire un porte-clés géant. Ce Centaure toxico... Il n'y a qu'un Centaure pour imaginer des choses aussi tordues. 'Le double des Clés'? Sérieusement? Si ce n'est pas du foutage de gueule, ronchonnait Sacha alors qu'il était allongé dans son bureau de la salle Organza, à même les dalles froides. Foley regardait son maître sans savoir quoi dire pour le calmer. L'elfe de maison prit le parti de faire la bonne oreille mais de se garder d'ouvrir la bouche. Il ponctuait d'un hochement toutes les remarques de Sacha en se frottant les mains nerveusement l'une contre l'autre. Il aurait tellement voulu faire quelque chose pour soulager le jeune maître. Mais que pouvait un elfe?

Il régnait une canicule sans pareille sur l'Angleterre depuis le début du mois d'août. Le temps était supposément revenu à la normal mais le sorcier avait oublié ce que signifiait le mot normal. Son sac était encore fermé. Posé où il l'avait lâché en transplanant à Poudlard. Il restait toujours le seul sorcier capable de transplaner dans l'enceinte du château. Il trouva que c'était une maigre récompense pour le sacrifice de sa sexualité, hum, entre autres choses.

Vivre caché le rendrait claustrophobe. Chacune de ses sorties se faisait accompagnée si bien qu'il n'avait jamais le loisir de s'adonner à son activité préférée: le marivaudage. Cela lui était brûlante frustration qu'il dût cesser de nourrir sa libido alors qu'il venait à peine de retrouver sa femme après quelques mois plus ou moins désertiques. La faute lui en revenait, il ne remettait rien en question. Mais bon. Frustrant. Pas de sexe. Pas d'amis. Pas de sortie. Plein de devoirs. Il avait l'impression d'être puni.

Il donnerait n'importe quoi pour faire une pause. En écoutant son maître Foley eut une idée. Il repensa à la création d'Enki. Cool Paradise. Il soumit l'idée à Sacha qui se redressa avec vivacité et sauta sur ses deux pieds:

- Tu es un as, Foley! S'émoustilla Sacha.

Il retira chemise, pendentif et pantalon que l'elfe s'empressa de venir ramasser pour les ranger. Quand il leva la tête, la porte se refermait sur le dos de Sacha qui s'en allait en caleçon à travers les couloirs d'Organza.

Sacha croisa quelques regards amusés de personnes qui le saluèrent solennellement mais non sans rire, donnant leur salut avec une main tendue sur le front comme les militaires moldus:

- Mon Amiral, rit une des jeunes recrues en désignant les jambes nues de Sacha. Il ne vous manquerait pas quelque chose?
- Si, répondit Sacha tout en continuant sa route vers la porte d'eau, deux vahinés en bikini et un Sex On Beach. Rompez!

Les jeunes rirent en poursuivant leur chemin dans les dédales de Poudlard University. Arrivé près du couloir sans issue qui se terminait par le rideau d'eau stagnante, il croisa ensuite Mélanie qui rougit dès qu'elle l'aperçut et s'empressa de baisser les yeux. Cette fois Sacha s'arrêta. La jeune femme n'osait pas le dévisager alors il prit son menton sur son index et l'aida à relever les yeux vers lui. Mélanie était une proie facile, il ne chercha que l'amusement. Il lui sourit en grand en la félicitant pour ce joli blush rose.

- Mais je ne suis pas maquillé, bredouilla-t-elle
- Je sais. Vous me rendriez un service, soldat?

Mélanie émit un son que Sacha traduit par un oui.

- Si vous voyez Emmett, Egon, Isis ou une de ces tortures ambulantes, auriez-vous l'amabilité de leur dire que je suis parti en France pour l'après-midi, visiter ma mère, et que je reviendrai dans la soirée?
- Vous partez en France, monsieur de Lansley?


Sacha réprima un rire. Mélanie n'était pas très vive. C'en était presque touchant.

- Euh, ouais...
Il la prit par les épaules et la dirigea vers une table placée au carrefour stratégique de la salle des vivres et de Cool Paradise. Il l'assit. Elle se laissa balader comme un pantin sans trop comprendre.
- J'ai une autre mission à vous confier. Top secrète. Vous allez vous asseoir à la table qui est ici – il fit apparaître un GMC – et brasser les pages du GMC à la recherche de tout ce que vous pouvez trouver comme variétés de crustacix amphibiques pour me faire un rapport détaillé que je lirai dès mon retour. Si vous croisez un des gradés ou que vous entendez qu'on me cherche, répondez ce que je vous ai dit. Qu'est-ce que je vous ai dit?
- Que vous seriez chez vôtre mère jusqu'à ce soir.
- Parfait, Julie, vous êtes géniale.
- Mélanie, monsieur de Lansley.
- C'est ce que j'ai dit. Hum. Donc interdiction de partager avec qui que ce soit l'importante mission sur les crustacix. C'est entendu?
- Compris, chef.
- Ah! Sophie, si je n'étais pas marié...


Un rougissement.

- Bonne journée!
- Bonne journée. Vous pouvez compter sur moi,
bredouilla-t-elle en le regardant partir vers l'entrée magique. La jeune recrue le regardait avec des yeux impressionnés et beaucoup de dévotion. Elle allait accomplir sa mission et il ne serait pas déçu. Sa naïveté faisait presque regretter à Sacha de ne pas en avoir plus profité. Et quoi? C'était bon aussi quand c'était facile, finalement.

Il la laissa monter la garde à son insu devant la porte d'eau et se faufila vers la plage en sifflotant. Avec cette chaleur étouffante, puisque sa seule mission était de trouver le Miroir et qu'il avait été consigné par Emmett à réfléchir à des détails ou des idées le concernant, le jeune Amiral songea que le devoir serait plus agréable au soleil d'une reconstruction de Phi Phi Island.

Sur la plage, il n'était pas le seul à avoir eu cette idée. Plusieurs adjuvants, nouvelles recrues et majors étaient assis en cercle sur la plage. L'un des Majors faisait planer une carte à un mètre du sable et pointait de sa baguette différents points scintillants verts. Chacun représentait un portoloin illégal de la Résistance placé aux endroits tactiques de la planète. Ils devaient être en train de préparer une mission de terrain. La fréquence de celles-ci n'avait jamais diminuée depuis le 14 juillet. Au contraire, les recrues se montraient plus motivées que jamais à apprendre les ficelles de duels et de stratégies qui permettraient à leur pays de sortir un jour vainqueur d'une bataille à laquelle ils répondraient présent.

Sacha les salua. Il fut accueilli par des yeux ronds de perplexité.

Quoi?
L'Amiral n'avait pas le droit de se promener en caleçon?

Il leur fit une courbette burlesque sans s'arrêter et se dirigea vers l'eau. Il attendit que tous les yeux soient encore accrochés à son dos pour retirer son caleçon et plonger. Le Major Judicaël roula des yeux et rappela l'attention de ses recrues. Cette fois, les yeux étaient bel et bien détournés, et il nagea dans l'espoir de rejoindre une petite crique qui se trouvait dans un renfoncement. C'était un bel instant de liberté.

Il nagea comme un forcené. Le plus loin possible de la côte. Il voulait s'épuiser, faire tomber les derniers sursauts d'énergie pour que sa cervelle ne lui inflige plus ses éclats de réflexions au sujet de Charlotte. Ca le parasitait pour ses réflexions sur le Miroir. Emmett et les deux Iccams étaient persuadés que pour respecter l'équilibre de la parité prophétique, le Miroir devait être une femme.

Il avait d'abord songé à Charlotte mais il s'avouait qu'à l'affleurement même de la pensée il avait su que ce n'était pas elle. Les Clés avaient cela en commun que toutes avaient fait le choix de s'unir les unes aux autres autour d'Isis et Egon, dans une Résistance aux forces du mal, en dépit de leurs provenances et de leurs affinités. Charlotte avait été soumise. D'une manière ou d'une autre, elle n'avait pas combattu. Cela la mettait sur la touche.

Ca ne simplifiait pas la recherche de Sacha. Il aurait préféré que le Miroir soit un homme, cela aurait grandement restreint le champ d'investigation: 'Une femme dans mon entourage...? Emmett a fumé de l'herbe à Centaure. J'en ai pour deux siècles de recherche... pourvu que ça ne soit pas Méla... Jul... bref, une troll.'

Sacha atteignit la petite crique de ses souvenirs. Il sortit de l'eau, nu comme Umbrès à l'origine. Il alla s'allonger sur le sable. Il demeura alanguit par la douceur du temps de Cool Paradise plusieurs minutes. Il laissa au soleil le loisir de brunir sa peau cependant qu'il entrait dans un demi-songe... il somnolait. A contre-jour par rapport au soleil levant, une silhouette de femme, aussi nue que lui actuellement, se tenait devant lui et pansait une blessure qu'il avait au flanc. Il la regardait faire, sans bouger, jusqu'à ce qu'elle lui tourne le dos pour s'en aller quand la plaie fut refermée. Il amorça un petit mouvement pour la retenir mais la vision d'une large cicatrice qui profanait sa peau lisse l'arrêta dans son élan. Il eut la sensation de reconnaître la cicatrice. Il enlaça la silhouette de l'inconnue. Refermant ses bras autour d'elle pour l'empêcher de s'en aller.

Dans son rêve, son alter ego avait compris l'identité de la femme mais, dans la réalité, Sacha ne parvenait pas à savoir qui elle était et pourquoi cette cicatrice lui paraissait familière.

Il lui murmura qu'il était désolé, qu'il la protégerait et qu'elle ne devait pas s'inquiéter. Il n'était pas ce qu'elle croyait. La silhouette lui répondit qu'elle n'était pas non plus ce qu'il croyait. A l'instant où il la retourna pour voir son visage, Sacha sentit que quelqu'un lui faisait de l'ombre. Là, sur plage, en dehors de son rêve. Il s'était alors extrait de sa rêverie doucement. Il oublia vite la femme à la cicatrice. Il rêvait tout le temps des femmes, ce rêve n'avait rien d'exceptionnel.

Complètement impudique, au lieu de se redresser et de dissimuler son anatomie pour être plus présentable, il essaya de braver le soleil pour découvrir qui s'était approché. L'ombre bougea un peu pour se placer sur son visage et lui permettre d'ouvrir les yeux.

Il vit.

- Manoue... chanta-t-il en s'asseyant.
Serviette appareo, prononça-t-il en tendant sa main devant lui. En quelques secondes une serviette de plage se matérialisa dans sa main. Il s'en entoura avant de prendre Elinor dans ses bras.

'Mélanie fait très mal son travail... on ne peut compter que sur soi-même.' soupira-t-il en souriant à Elinor en la regardant avec des yeux innocents comme il avait appris à son fils. Le meilleur rempart contre une remontrance à venir.

- Ne le prends pas mal mais... qu'est-ce que tu fais là? Tu viens chercher Noah? appréhenda Sacha.



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MessageSujet: Re: Baring   Mar 27 Juil - 15:57

- Tu me fais chier Rachel ! lança-t-elle en claquant la porte.

Une énième dispute l’avait poussée à sortir dans la ruelle ombragée. Montpelier Street ne reflétait que la discorde qui régnait entre les deux femmes. A croire que les châtaigners qui bordaient le petit parc face à la maison y étaient pour quelque chose. Dans le lot commun de la dispute on trouvait toujours les absences injustifiées d’Elinor, et de plus en plus Loévi Leroy, que Rachel ne supportait pas. Depuis février et la soirée qu’Eli avait passée avec son amie, son nom revenait sans cesse, comme une vague s’échoue inexorablement sur le sable. Pourquoi s’étaient-elles disputées à la base déjà ? Elle ne le savait plus tant la rage la consumait.

Avant de sortir, la jeune femme n’avait enfilé qu’une légère robe écrue en coton, et une paire de sandales. D’une mauvaise foi splendide, Elinor avait choisi cette robe pour son décolleté et son ourlet qui lui arrivait à peine au-dessus du genou, espérant ainsi prolonger la colère de sa compagne jusqu’au soir. Si Rachel savait… Avec Loévi il n’y avait rien. Avec d’autres il y eut des fois, des soirs. Avec Rachel il n’y avait pas de promesses ou de serments. Alors quoi ?

Il n’empêchait que malgré la colère, elle ne pouvait s’empêcher de douter. Rachel n’était pas la seule à se poser des questions sur ces mystérieux ‘trous’ dans son emploi du temps. Antiochus aussi s’en était enquis, et même s’il avait essuyé lui aussi un déni frontal, il avait poussé sa nièce à s’interroger. A partir de là, en regardant plusieurs fois sa montre d’affilée, elle avait constaté des absences de conscience sur sa journée de quelques heures. Il était impossible d’avoir le moindre souvenir de ces trous. Quelque chose lui disait simplement qu’elle n’avait pas bougé de ce qu’elle faisait…

Tout ça la mit mal à l’aide. Pire, ça l’effrayait. Aussi, entendre encore une fois Rachel s’inquiéter sur le sujet l’énerva forcément.

Elle traversa la rue pour aller s'asseoir dans le parc à l’ombre d’un châtaigner, face à la petite église. Les arbres… C’était une longue histoire qui la renvoya à sa propre histoire et à son alma mater. Sans faire ni une ni deux, elle transplanna directement à Pré-Au-Lard. De là, elle marcha silencieusement jusqu’à Poudlard, pour atteindre un chêne qu’elle ne connaissait que trop. C’était lui qui l’aidait le mieux à réfléchir. Elle resta ainsi de longues minutes, assise en tailleur malgré la robe qu’elle portait et qui n’était pas faite pour tenir une telle posture. Elle s’en fichait.

Au bout de quelques temps, une ribambelle de jeunes passa, pouffant à l’encontre de l’Amiral. Il était là. La mère de Noah entama alors une recherche rigoureuse au cœur de l’Université, triant méthodiquement les lieux selon les goûts de Sacha, ses fantaisies, et son caractère.
Au détour d’un couloir elle croisa une jeune fille plutôt jolie, assise à une table en bois, en pleine lecture de GMC. Une plume à la main, un parchemin soigneusement posé à côté, elle leva les yeux sur Elinor qui lui sourit.

- Vous avez l’air très occupée…
- Effectivement. J’ai du travail, et il est très important. Glissa Mélanie d’un air embarrassé.

Intriguée, Eli saisit les documents et y jeta un regard amusé avant de se pencher vers la travailleuse de l’ombre. Elle s’arrêta à quelques centimètres de son visage et la fixa dans les yeux.

- Vous vous appelez ?
- Mélanie. Que voulez-vous ?
- Hummm… les crustacix amphibiques ? dit-elle posant un coude sur la table et en posant sa tête sur sa main en guide de reposoir. Elle sourit de plus belle à la jeune fille qui n’en revenait pas de s’être fait prendre affairée à sa mission si spéciale. Vaste sujet. Enfin bref, je souhaiterais voir l’Amiral. Pouvez-vous me dire où il se cache pour vous avoir donné une mission d’une si haute importance ?
- Il…

Elinor n’était personne dans la Résistance. Alors, drapée dans sa haute idée d’obéissance à l’Amiral, elle se borna à répondre la chose voulue.

- Il est chez parti rendre visite à sa mère dans le sud de la France, il sera là ce soir. Fit-elle non sans une certaine satisfaction du devoir accompli. Mais comment savez-vous que c’est lui qui…

Face à elle, Eli explosa de rire.

- Bien sûr, chez sa mère. J’aurais dû y penser moi-même. En attendant, où est-il vraiment ?
- D’accord, d’accord. Cool Paradise, au fond du couloir derrière la porte d’eau… Mais qui êtes-vous ? Vous faites partie de la Résistance au moins ?
- Un crustacix amphibique. Ne changez pas vous êtes parfaite. Finit-elle en déposant un chaste baiser sur sa joue.

Eli continua son chemin jusqu’à la porte d’eau, laissant Mélanie à ses joues cramoisies. Elle pénétra avec plaisir dans ce lieu enchanteur qui lui rappela immédiatement Cuba… Après réflexion, elle pencha plutôt pour la Provence. En fait, affluaient en elles les souvenirs de ses vacances à la mer, quelle qu’elle soit. Elle prit une longue inspiration et profité de cet air marin si doux. C’était un lieu d’apaisement, de relâchement.

Il lui fallut un moment pour comprendre où pouvait être Sacha et localiser son refuge. Elle marcha sur la plage, ses sandales à la main, protégeant ses yeux par une main en guise de visière. A chaque pas ses pieds s’enfonçaient dans un sable brûlant accentuant l’envie qu’elle avait de plonger dans l’eau.
Elle n’y tint plus. A l’aide d’un sortilège de métamorphose, le tissu de sa robe se tendit. Il s’amenuisa ensuite, se rétracta sur son corps jusqu’à glisser comme un serpent et former un bikini de la même couleur. Il révéla d’autant mieux son bronzage aux yeux curieux. Elle se mit à nager, suivant son instinct.

A force de persévérance, elle atteignit la crique où un jeune homme nu était étalé. Point de doute…Elle avança jusqu’à lui, et finit par lui cacher le soleil, comme l’avait fait naguère Alexandre à Diogène. Elle le laissa se relever et la prendre dans ses bras. C’était tellement… enfin, comment dire ? Comme se retrouver à la maison.

‘Il en faut pour arriver jusqu'à toi! J'ai adoré cette chère Mélanie. Et puis franchement, ta mère… c’était marrant.’ Pensa-t-elle à son attention.

- Tu me manques. Lui dit-elle en se laissant tomber sur le sable.

Enlever un enfant à sa mère c’était un peu lui enlever un bout d’elle-même. Mais pour sa sécurité, elle ne devait pas savoir où il était. Il le savait. Elle le savait. Le genre inexorablement raisonnable d’Elinor ne l’autoriserait jamais à mettre en danger la vie de Noah. Cette question de la part de Sacha la déçut, mais l’interpella sur sa fulgurance. Sacha devait avoir peur. Elle ne lui en parlerait pas maintenant mais saurait le lui ressortir plus tard.

- Sacha, j’ai besoin de toi.

‘C’est égoïste mais je ne sais plus quoi faire. Je t’ai trop tenu à l’écart. Je ne voulais pas t’ennuyer avec mes soucis mais j’ai peur.’ C’était plus facile de parler en pensées qu’avec sa voix.

Elle saisit sa main et le fit asseoir avec elle.
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MessageSujet: Re: Baring   Dim 1 Aoû - 13:05

Il avait plissé les yeux sans s'en rendre compte. Quand émergea subitement l'idée qu'elle pouvait à tout moment lire la signification de ses expressions s'il ne se contrôlait pas plus – et, pour l'instant, ce qu'il ressentait s'apparentait à un mélange étrange de méfiance et d'exaltation – il cloisonna son visage. Un masque neutre. Tous ses muscles étaient au repos forcé. Il avait seulement les lèvres légèrement entrouvertes.

Il ne se fermait pas à Elinor, certainement pas au moment où elle lui disait avoir besoin de lui et où elle faisait enfin le pas qu'il attendait depuis longtemps. Il ne fallait pas confondre les raisons de cette soudaine impassibilité. Sacha se réservait tout bonnement le droit de ressentir sans être lu ; sans que ne jaillisse machinalement à l'extérieur de lui un indice qui pourrait trahir son émotion.

Pour la part concernant la méfiance, instinctivement il sut – ou espéra – qu'elle allait lui parler de ses fréquentes absences, celles qui inquiétaient Antiochus et Rachel. Si tel était le cas, il n'était pas certain de croire tout de suite tout ce qu'elle aurait à lui dire. Sacha avait eu beau demander qu'on fît des recherches sur Elinor ou sur son emploi du temps, il n'avait rien obtenu de tangible pour appuyer ses soupçons quant à son appartenance à l'Opposition. Il n'en était pas sûr mais c'était quelque chose dans ce goût là. Il le sentait.
Avec le temps, il avait mise de côté la frustration de ne rien trouver pour étayer sa théorie. Tant qu'Elinor vivait, jouissait, mangeait, marchait, bougeait, elle aurait pu être la plus grande des traitresse, il l'aimerait encore. Pour toujours. Il savait d'avance qu'il ne pourrait pas cesser de l'aimer. Il s'était longtemps préparé à cette idée. La trahison. Sa conclusion fut que, ne pouvant la mépriser ou la rejeter et mettre de côté leur amitié, cela serait à lui de se montrer habile. Comprendre les raisons de la trahison. Comprendre la situation. Comprendre la tentation de se retrouver de l'autre côté. Evaluer les chances de pouvoir la ramener à la raison si son choix lui paraissait s'appuyer sur de mauvais ressors. Il l'avait très bien fait pour Charlotte. Quand bien même ne lui avait-il jamais appris qu'il savait qu'elle avait été soumise de gré, il comprenait.

En outre, quels que soient les mots qui allaient sortir de la bouche d'Elinor – ou entrer dans sa tête par la pensée –, comment faire la part des choses entre ce qui venait effectivement d'Elinor et ce qui venait d'"ailleurs"? Il fallait donc se méfier mais il fallait aussi pouvoir écouter.
La vie quotidienne au sein de la Résistance rendait un peu paranoïaque mais il était de sagesse de ne pas prendre pour argent tout ce qu'on nous disait. Même si ce qu'on nous disait venait de nos amis. Bref. Il préférait son masque neutre parce qu'il ne voulait pas qu'elle comprenne cette défiance qui s'était allumée en lui. Il voulait se donner le temps de réfléchir et de parer à toute éventualité. Opposition, pas Opposition. Trahison, pas Trahison. Qu'importait tant qu'il se donnait la liberté de pouvoir tout entendre.

Pour la part concernant l'exaltation, Sacha la savait presque aussi forte que son sentiment d'incrédulité. Il aurait été injuste de jeter à la figure d'Elinor un grand sourire aussi joyeux qu'égoïste parce qu'il était content qu'elle s'adresse à lui. C'avait été sa peur. Peur que le jour où elle se décide enfin à parler à quelqu'un de ce qui se passait dans sa vie, ce quelqu'un ne soit pas lui. Elle lui avait déjà caché tant de choses qu'il avait apprises par d'autres – Antiochus, Rachel, David, Derwent, Frémont... – qu'il n'aurait pas supporté que l'ultime confidence soit réservée à un autre. Il était pathétiquement heureux d'entendre cette phrase si simple: 'J'ai besoin de toi.' On ne lui avait plus dit depuis... depuis un millier d'années, peut-être deux.

Il brisa le masque neutre au niveau de la bouche. Pour parler. Même si Elinor n'avait rien contre les échanges intracrâniens – contrairement à beaucoup d'emmerdeurs (majoritairement sorciers) qui n'aimaient pas la télépathie. Les moldus disent télépathes ; Sacha appréciait l'étymologie et avait adopté le mot. 'Liseur de pensée', en version sorcier, avait soudain un petit côté naïf qui ne lui plaisait guère. Mais la Légilimancie, restait la Légilimancie. Cette pratique, les moldus étaient loin d'avoir assez d'imagination pour nommer le concept.

- Je t'écoute.

C'était assez de mots. Il l'encourageait à parler sans donner à sa voix plus d'expressivité que son visage. Néanmoins, même si personne n'eut pu décrire un cinquième des sentiments qui l'animaient à cet instant, Elinor savait que chez Sacha, impassibilité n'équivalait jamais à indifférence. Non. Il aimait bien trop dire quand quelque chose l'ennuyait ou quand il s'en foutait. Et c'était tout ce qui comptait réellement. Qu'elle sache que derrière le masque se cachait potentiellement un peu de tout sauf de l'indifférence.

Par la gestuelle, il souligna encore son intérêt – pour peu qu'elle fût envahie d'un doute ou qu'elle souhaitât faire machine arrière et ne rien dire – en pivotant avant de venir s'asseoir en tailleur en face d'elle. Il raccommoda la serviette pour un peu d'élégance dans le mouvement et la pose mais ne détourna jamais son regard imperturbable du sien. Ils étaient face à face et il fit attention à ne pas entrer en contact avec elle. A ne pas détourner sa propre attention de ce qu'elle aurait dit... N'oublions pas qu'Elinor portait un maillot de bain digne d'apparaître dans le calendrier Playwitch 2012.

Pour qu'elle choisisse des deux façons de dialoguer, celle qui lui seyait le plus, il répéta d'une inflexion identique mais par l'esprit.

//Je t'écoute, Elinor.//

Il était prêt à tout entendre. Son cœur se vida de ses appréhensions et sa tête évacua tous les souvenirs récents. Il n'y avait désormais qu'Elinor. Son regard vert et merveilleux où, contrairement à lui, on pouvait décerner un macrocosme de sentiments, d'émotions et d'informations... et Sacha aimait ça. Elle n'était pas dans sa phase 'robot'.

Allait-elle se mettre à nu?
Qui des deux, maintenant, était le plus dévêtu?



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MessageSujet: Re: Baring   Lun 2 Aoû - 14:23

Entre eux depuis plus d'un an il y avait eu l'instauration de non-dits à son initiative à elle. Le retrait d'Elinor par rapport à Sacha reposait sur des raisons solides, comme la sagesse de ne pas attiser le feu qui brûlait entre Charlotte et elle, ou la volonté de ne pas parasiter son rôle dans la Résistance par des microproblèmes ne concernant qu'elle et sa satanée manie de ne vivre que par rapport aux réponses qu'elle trouvait aux questions existentielles qu'elle avait le don de se poser. Son attitude envers Sacha était d'ailleurs le fruit d'un raisonnement. Il n'y avait qu'une chose qu'elle avait occulté dans sa réflexion: le fait que Sacha allait lui manquer.

Au-delà de ça, il y avait une cause sous-jacente indépendante de la volonté de la jeune fille: le rôle que lui faisait jouer l'Opposition à son insu. Cette raison là jouait un rôle non négligeable dans la distance qui s'était installée entre Sacha et Elinor. Mais ça, elle ne le savait pas.



'Il est là devant moi, égal à lui-même. Pour la première fois depuis notre première rencontre je me sens mal à l'aise, dansant sur une corde raide, au bord de la chute. Je suis venue aujourd'hui mais ce n'était pas un coup de tête.

J'ai déjà réfléchi maintes et maintes fois à cette discussion, sur la manière de l'aborder, de la mener, de m'expliquer. Sacha ne donne pas dans l'amphase ni dans le faux-semblant, je ne donne pas dans l'appitoiement. Contrairement à lui, je ne suis jamais dans le selfcontrol comportemental, sauf quand je travaille. Il y a dans mes deux occupations une nature de retenue liée théoriquement au calcul, à la stratégie que j'affectionne et qui nécessite ce comportement. Cependant, les sentiments sont un paramètre trop important de ma vie pour qu'ils se laissent enfermer dans une boîte à la moindre occasion en dehors de mon travail.

Je ne peux rien cacher à Sacha et il le sait. L'Occlumancie n'a aucun effet sur lui, je l'avais essayé la première fois en vain. Il lit en moi comme je peux le deviner lui. J'en déduisis qu'il valait mieux parler sans ambage, et parler de vive voix.

- C'est égoïste. Et c'était surtout la deuxième fois que j'utilisais cet adjectif.

La position de Sacha me rend nerveuse. Avec lui j'ai besoin laisser s'exprimer mon côté tactile. C'est idiot me direz-vous? Oui. Mais c'est comme ça. Je ne me pose plus de question sur ce que je ressens pour lui.

Ce face à face était inévitable. Je lui rends grâce pour l'instant de ne pas avoir appuyé sur mon comportement vis à vis de lui, et le fait que nos rencontres se soient faites rares. Il l'avait déjà fait par lettre interposée quand je lui en avais écrit une pour son anniversaire... Depuis, nous n'avons pas vraiment crevé l'abcès.


- Mes proches se font du souci pour moi par rapport à mon comportement général et par rapport à de soit-disant 'disparitions' ou absences. Plusieurs personnes m'en ont fait la remarque et le reproche dont mon oncle et Rachel. Rachel avait sans doute fait état de son inquiétude auprès de Frémont. Celle-ci avait-elle fait remonter l'info auprès de Sacha? Même si je pensais bien qu'il fût au courant de mon engagement, impossible d'en être certaine.

//"Dans un premier temps j'ai mis les remarques de rachel sur son caractère exalté et jaloux. On ne s'est jamais rien promis et il m'est arrivé d'aller voir ailleurs..."// en pensant cela je dus détourner les yeux des siens.

- Bref, c'est quand Antiochus a commencé à dire la même chose que je me suis mise à avoir des doutes. La coïncidence aurait été étrange surtout que je ne vois pas mon oncle jaloux de rares visites ou de soudaines disparitions. finis-je en roulant des yeux. Alors je n'en ai parlé à personne. La seule chose que je fais, c'est de vérifier très souvent ma montre. Il m'est arrivé de constater des trous... J'aurais dû t'en parler avant...
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Sacha de Lansley
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MessageSujet: Re: Baring   Lun 2 Aoû - 16:53

Sur le peu qu'elle avait dit, il avait des centaines de questions à poser mais n'en posa aucune. Depuis quand? Comment se sentait-elle de retour de ses absences? Observait-elle des changements physiques en elle? Des bleus, des marques, des brûlures? Ses vêtements étaient-ils tâchés? Fripés, mouillés, identiques? Rêvait-elle? Avait-elle déjà formulé des théories à ce sujet? Qu'est-ce qui lui donnait envie de parler maintenant? Pourquoi se trouvait-elle égoïste? Elle avait insisté par deux fois. De quoi se sentait-elle coupable? Trop de questions. Le temps ou le fil de la discussion apporterait des lumières à la plupart d'entre elles. De plus, Elinor avait l'air de s'interroger aussi sur beaucoup de choses. Les questions ne résolvent rien, elles sont contrariantes. Surtout dans des moments pareils. Seule l'action compte.

'Quand même, je pourrais m'octroyer une petite parenthèse sur le 'aller voir ailleurs'...? Non? Non. Bon.'

Les traits de son visage se tendirent. Cela commença par le front qui se plissa. Ses sourcils s'étaient élevés. Ses yeux s'ouvrirent un peu plus grand. Lentement sa bouche s'étira et s'ouvrit un peu plus. Il laissa s'échapper un long soupir. Avait-il retenu sa respiration si longtemps? Merde. Il ne s'en était pas rendu compte. Il se pencha et lui pris la main. Il la posa sur son genou et la pressa.

- Tu ne me quittes plus.

L'affirmation avait été prononcée d'une voix égale mais suave. Sûr de lui.

- Tu restes avec moi. Tu dors avec moi. Tu manges avec moi. Si tu vas travailler, ça sera avec moi. Mais je préfère que tu te fasses porter malade. Tu ne me quittes plus, renouvela-t-il avec un peu plus d'autorité. Il était inutile d'essayer de le contredire. Il aurait pu l'avoir au sentiment en soulignant que, de cette manière, elle pourrait voir Noah plus souvent bien qu'il ne la laisserait pas le garder pour des raisons évidentes. La précision lui parut inutile. Elle lierait les deux évènements naturellement.

Il n'avait plus en tête que les questions pratiques. Emmett qui refuserait catégoriquement de le laisser sortir pour accompagner Elinor à son travail. Faire venir un lit supplémentaire dans sa chambre à Verdi. Les explications qu'elle devrait à son entourage pour qu'ils ne s'inquiètent pas de son absence ; néanmoins, elle aurait le bon goût de prévenir pour celle-ci.

La veine qui s'était mise à pulser en travers de son front trahissait son énervement. Il contenait. Il gardait le fardeau de sa fureur à l'intérieur de lui. Furieux contre Antarès ou quiconque était à l'origine de cette situation.

Il aurait aimé simplement qu'ils se voient pour rien. La taquiner sur sa sexualité, lui répéter combien être lesbienne était dépassé de nos jours, lui faire le récits de ses conquêtes imaginaires, lui demander si c'était normal de s'appeler Sacha de Lansley et d'être devenu fidèle et atrocement monogame, de lui faire du chantage pour qu'elle n'aille pas répéter à qui que ce soit cette confidence ; ou faire un plongeon dans l'eau en parlant de la garde de Noah pour les prochaines vacances, d'aller faire des courses pour l'obliger à porter une minijupe, de la laisser lui couper les cheveux, de deviser comme avant, comme tout le temps, pour rien. Au lieu de ça, c'était le who's who quotidien. Qui es-tu? Me mens-tu? Qu'as-tu fais? Que t'a-t-on fait, ma pauvre Manoue?

'Ca me fait mal.'

Comme il l'avait pensé un peu plus tôt, devait-il prendre pour argent comptant ce qu'elle disait? Ne savait-elle réellement rien sur ces 'absences'? Les paroles qui émanaient d'elle avaient-elles été placées là par un tiers où provenaient-elles effectivement d'Elinor. Qu'importait? Il ne la lâcherait pas. Si une de ces absences survenait, il serait là. Il la suivrait. Il lui expliquerait ce qu'elle a fait. Si c'était un mensonge, une manipulation, au moins était-il au cœur du problème. Il démêlerait le mystère... mais pourquoi attendre pour avoir la certitude qu'elle disait la vérité. Qu'il n'y avait rien de plus, rien de caché?

Il se demanda un instant si elle prendrait mal le fait qu'il la scanne, qu'il explore son cerveau et ses souvenirs pour confirmer ses révélations. Ca serait abjecte de lui demander. Surtout si elle était sincère. Il réfrènerait peut-être son envie de se confier. Il ruinerait l'instant et le courage qu'elle avait eu en venant lui parler.

Il eut moins de remords à la pensée suivante. Il devait lui scanner le crâne. Il devait s'aventurer dans ses souvenirs. Oui. Ses yeux s'éclairèrent comme deux lanternes qui guident les pèlerins dans la nuit. Il le devait. Devoir protéger.

'Si Elinor n'a aucune conscience de ce qu'elle a fait durant ses absences, peut-être que cependant son inconscient a conservé des souvenirs... je dois essayer.'

Il tira un peu plus la main qui était posé sur son genou et attira Elinor plus près de lui. Ses deux mains se faufilèrent sur ses joues. Son visage était minuscule dans ses grandes mains. Il avait oublié comme son visage était minuscule dans ses grandes mains. Il planta ses yeux charbon dans le vert des siens et l'interrogea dans la foulée:

- Légilimancie. Je peux?

Au cause d'Etc-McEwan Sacha avait pris l'habitude – sans jamais le dire à l'intéressée qui s'en serait retrouvée gonflé d'orgueil et, ça, il ne l'aurait pas supporté – de toujours demander la permission avant de fouiller l'esprit des gens.

- Tu ne te souviens plus mais peut-être qu'inconsciemment... – Il marqua une pause. Elinor avait déjà compris quand il avait dit 'inconsciemment' mais il finit sa phrase pour la forme. Sans détailler. Elle avait déjà fait le lien avec la légilimancie – il reste des souvenirs.

La question ferait aussi office de test. Si, pour une raison ou une autre, elle lui disait non, la méfiance serait de rigueur.

Il se félicita intérieurement de faire d'une pierre deux coups. Non seulement il était impossible de deviner qu'il avait douté d'elle mais en plus il aurait confirmation ou infirmation de l'intégrité de Manoue.

Dans quel monde vivait-on? Tester ses amis... Ca le dégoûtait. Mais tant qu'elle ne voyait pas la face cachée de la lune, c'était le mieux pour eux. Pour l'instant. Il marchait sur des œufs et il comptait n'en briser aucun. Peut-être que si le remords l'habitait encore lorsque tout serait terminé, il ferait amende honorable en lui avouant avoir douté. Avoir eu peur qu'elle soit venue pour lui mentir et le piéger. 'Faute avouée, à moitié pardonnée.' Ces dictons de mères-grands fonctionnaient peut-être encore dans la morale collective.





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MessageSujet: Re: Baring   Lun 9 Aoû - 13:49

Le roulement des vagues sur le sable créait une sonorité routinière qui avait réussi à focaliser mon attention. Les paroles de Sacha avaient le même effet sur mon esprit que cette eau salée sur le sable: elles le façonnaient à l'envie sans que ma volonté puisse lui dicter quelque chose. Elles étaient inexorables. Impossible de râler ou d'essayer de me faire entendre. Et le pire, c'est qu'au fond de moi je l'enviais. Il pouvait jouer de son autorité sur moi, jouer l'excessivité, se donner un rôle sur-protecteur alors que je ne pourrais jamais le faire avec lui. Il avait déjà tellement de monde autour de lui pour cela! Pour la première fois je me rendis compte que depuis quelques temps nous n'étions plus sur le même pied d'égalité. Je ne pouvais plus jouer Manoue comme je le faisais avant, et je ne m'en était pas aperçue avant... Quelque chose était vraiment détraqué chez moi.

Je n'osais pas regarder Sacha dans les yeux.

- Et ...

C'est foutu. Je venais de le perdre aussi. Ma main s'enfonça dans le sable et se crispa à l'abri du regard de Sacha. J'avais beau me dire que c'était la meilleure des solutions, quand même... mes entrailles ne l'entendaient pas de cette façon.

Lorsqu'il me demanda s'il pouvait utiliser la légilimancie, mes yeux s'écarquillèrent pour finalement se fixer dans les siens. Il demandait l'autorisation à présent? Que s'était-il passé dans la vie de Sacha depuis le début de cette crise dans notre monde pour qu'il soit devenu aussi policé? J'étais consciente que j'avais changé, après tout, je l'avais décidé. En était-il autant pour lui? Où était passé mon Sacha, ce garçon libre à l'attitude arrogante et au surnom ridicule? Je ne pus que hausser les épaules pour toute réponse. Sacha avait simplement mûri.

Je m'allongeais sur le sable, un peu à la manière d'un patient chez son psy, paupières closes, prête à laisser Sacha pénétrer mon âme pour la énième fois.

- Vas-y.

Je m'attendais à tout, à être scrutée dans tous les coins de ma tête, je ne chercherais pas à cacher quoi que ce soit, il le sait. Mon âme lui est définitivement ouverte. Je le sentis entrer en moi et lire le fil de ma ces derniers mois, ce en quoi j'étais persuadée qu'il ne trouverait pas grand chose si ce n'est la confirmation des reproches et des doutes de Rachel, et de l'inquiétude de mon oncle.

Il y aurait beaucoup de choses à examiner, mais rien d'extraordinaire. Voyez plutôt dans le désordre: l'achat de ma maison à notre retour de Paris dans le quartier de Westminster, près de South-Kensington, ce qui était censé être mon havre de paix. Mon retour au Cabinet et à mes activités d'avocate. Mes premières leçons de lecture à Noah qui m'étonnais chaque jour un peu plus. Nos vacances lascives à Cuba au même titre de que mes aventures libertines à l'abri de la connaissance de Rachel. Les souvenirs de mes relations pénibles avec Patrick Leroy au Ministère de la Magie Français, peut-être des images de ma rencontre avec Mordred à Paris...

Ca personnellement, j'en doute. Je n'ai aucun souvenir visuel de ce moment. Enfin. Que trouverait-il encore? Ah oui, une chose dont il ne savait pas grand chose au final: mon expérience dermagraphique avec Abdel chez Louange Deb.

Il ferait le tri puisqu'il voulait tout savoir de moi, et ainsi rattraper ces mois de non-dits.
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MessageSujet: Re: Baring   Ven 13 Aoû - 14:07

Consentante, Elinor s’étendit près de lui un peu comme ses maîtresses d’un temps jadis l’avaient déjà fait à maintes reprises. Mais il n’en tirait cette fois-ci aucune réjouissance. Son cœur se serra en regardant ce visage si doux en contre bas de son ombre qui l’assombrissait. Son cerveau lui projeta une salve d’images brèves qui lui donnèrent la nausée. Ce fut laconique, brûlant et violent comme une décharge électrique. Au visage paisible et abandonné d’Elinor se superposèrent tous ceux qu’il avait un jour vus ainsi candides et purs et qui, après son passage, avait perdu cette pureté, maculés par la crasse qu’il avait étalé avec un désintéressement total pour l’avenir et les sentiments de ces femmes. Il avait beaucoup souillé. Vol qualifié de virginité. Recèle de cruauté. Anéantissement de nombreuses réputations. Contamination par le mal de tout ce qu’il effleurait de ses vils desseins. Destruction enjouée de toute forme d’innocence. Menus larcins éthiques. Vandalisme lascif. Vampire sexuel acharné. Indécrottable Don Juan. Il avait beaucoup brisé sans se soucier des débris qu’il laissait derrière lui. Il ne s’était jamais penché pour tendre la main et redresser les fleurs qu’il avait piétinées.

Il la regardait s’allonger et s’abandonner. Comme très peu, à part elle, savait le faire.

Sacha restait persuadé que toutes les personnes qu’il avait spoliées, d’une manière ou d’une autre, savaient à quoi s’attendre avec lui. Sans doute espéraient-elles le changer. Peut-être s’attendaient-elles à un miracle. A ses yeux, personne n’avait jamais été dupe. Croire en lui, à cette époque, c’était se fourvoyer exprès dans le but de rejeter plus tard la faute sur lui quand l’affaire tournerait de la manière qu’on s’attendait. C’était à dire, mal. Cette règle du mensonge condamné lui allait parfaitement. Il se fichait qu’on lui en veuille ou qu’on nourrisse des sentiments hostiles à son égard. Jouer le truand était bien plus aisé que de jouer les bons samaritains. C’était si facile de faire le mal. Les gens étaient si friables. Il n’y avait pas de surprise dans le comportement de Sacha. Il aimait avoir des jouets, s’amuser, les abîmer puis les jeter. Dans ses souvenirs, quand il était prêt à faucher ce qu’on lui consentait sciemment, aucun visage n’avait jamais brillé du relâchement qu’affichait celui d’Elinor quand elle fermait les yeux, disposée à laisser cette strige aspirer tout ce qu’elle avait en elle. Sans barrière. Sans condition.

La confiance qu’elle lui témoignait l’émut. Il passa sa main sur sa joue et se pencha pour l’embrasser parce qu’il la trouvait belle et parce qu’il ne savait pas résister. Il ne l’embrassa pas comme on embrasse une femme mais comme un pèlerin embrasserait les pieds d’une déesse. Avec chasteté.

Il lui cajola quelques mèches de cheveux qui bordaient son visage puis conserva sa main sur sa joue. Son pouce caressa sa pommette. Il sourit et d’une voix basse et douce:

- Redgrave, j’ai besoin que tu aies les yeux ouverts pour la légilimancie.

Dès que ses paupières battirent et que ses prunelles toquèrent à sa rétine, Sacha s’engouffra dans l’inertie apaisante des souvenirs d’Elinor. Il se heurta à des visages qu’il ne connaissait pas, changeait de quartier quand les trois premières secondes d’un souvenir ne l’interpelaient pas, fermait prudemment la porte des instants les plus intimes pour essayer un autre couloir. Il n’y avait aucun voyeurisme. Il ne resta pas dans les souvenirs qui ne le concernaient pas. Il lui laissa tout ce qu’il pouvait éviter d’apercevoir en s’échappant d’un couloir à l’autre des circuits complexes de l’intellect. Les engrammes défilèrent à toute vitesse. Il n’avait pas envie de faire ça. Il voulait trouver une piste et sortir le plus vite possible.

Il rencontra Rachel dans un moment de furie et ferma la porte aussitôt qu’il comprit que la discussion tournerait à la dispute. Même s’il avait très envie d’y rester, il remisa aussi les scènes où Elinor jouait avec Noah. Il entra dans l’arrière salle d’une boutique de tatouage et s’en alla avant de voir le motif. Les premières semaines dans la Résistance, il sautilla sur chaque souvenir comme sur des pierres enfoncées dans la vase d’une rivière, pour travers le ruissellement sans trop se mouiller. Il survola Cuba mais décida ne pas y atterrir.

Cependant, il s’emmêla dans la nasse de la douleur que forma l’amas grisâtre de la perte de Derwent. Il resta à contempler les larmes d’Elinor et superposa une main virtuelle au-dessus de la sienne pour la soutenir. Il aurait aimé être présent pour les moments les plus durs...
Il ne savait plus depuis combien de temps il était dans la mémoire d’Elinor. Depuis qu’il pratiquait la légilimancie, il n’était jamais resté aussi longtemps dans l’esprit de quelqu’un.
Il se sentit épuisé.

Alors qu’il allait renoncer, Sacha se heurta à un engramme qui l’empêcha d’emprunter le chemin d’un souvenir qui commençait à Paris. Le souvenir commençait dans une rue.
Elinor marchait en contresens d’un large mouvement de foule, une manifestation. Elle suivait quelqu’un qu’elle venait de reconnaître. Elle parvint à le rejoindre en transplanant devant lui pour lui barrer la route. Sacha reconnut l’homme pour l’avoir déjà vu en photo. Mordred. Dans la recollection d’Elinor, dès que le chemin de Mordred fut barré par la Résistante, il soupira. Il n’avait pas l’air étonné. Il l’avait déjà repéré et c’était elle qu’il essayait de fuir.

- Qu’est-ce que tu fais là? Demanda Elinor. Pourquoi tu me fuis?

Mordred s’était contenté de lever la main devant son visage...
C’était à cet endroit que Sacha s’était soudain heurté à un mur sombre. L’esprit d’Elinor résistait. Sacha fut projeté à l’extérieur d’Elinor.

- Manoue, s’inquiéta-t-il.

Elle transpirait. Ce n’était pas le fruit du soleil de Cool Paradise.

Il s’assura qu’elle allait bien. Elle paraissait aussi étonnée que lui de la barrière que lui avait infligé son esprit. Sacha voulut réessayer. Il dévala les allées mnémoniques jusqu’à la rue où Elinor remontait la masse indistincte des manifestants pour rejoindre Mordred et, de nouveau, il fut expulsé du souvenir.

Après plusieurs essais – et sa concentration et sa forces s’amenuisaient de plus en plus –, il décida de prendre un autre chemin. Il arriva à trouver l’entrée vers la fin de l’engramme et s’y faufila doucement.
Elinor était à demie consciente. Allongée sur le lit d’une chambre d’hôtel. Son esprit était brumeux et lourd. Dans un semi flou, elle discerna la silhouette de Mordred qui venait de la déposer sous ses draps. Il se dirigea ensuite vers les fenêtres de la pièce pour fermer les persiennes sur une vue de la Tour Eiffel. Il faisait nuit. Par la fenêtre, on entendait des voix, des clameurs... les manifestants? Elinor essaya de bredouiller quelques paroles mais elle replongea dans un sommeil. Un voile noir s’abattit sur la chambre. Quand le voile se leva de nouveau, elle se redressa d’un trait sur son lit, regarda autour d’elle, se demanda ce qu’elle faisait ici, se frotta les yeux, les cheveux... ses vêtements étaient sales. Déphasée, elle se leva, tituba... une douleur à la cuisse la lançait. Elle releva la jambe de son pantalon évasé. Un large bleu pourfendait le haut de sa cuisse droite. Elle grimaça en se dirigeant vers la salle de bain. Un mal de tête insupportable. Elle se regarda dans la glace, en essayant de se souvenir. Sacha plongea dans le souvenir du souvenir. Plus profondément encore à l’intérieur d’Elinor. Il aperçut seulement deux hommes qui pointaient leurs baguettes sur elle. Elle lança un godet de bieraubeurre au visage du premier pour se donner le temps de... de... Avada Kedevra... de tuer le deuxième. Elinor écarquilla les yeux devant la glace de la salle de bain et sourit:

- Je ne sais pas ce que j’ai bu hier soir mais ça devait être puissant, je suis en plein délire.

Elle se traîna vers la douche et Sacha sut que c’était le moment de sortir du souvenir, quand bien même il serait bien resté pour voir les ablutions de la jeune fille.
Après quelques détours sur les layons les plus isolés de ses souvenirs, il répertoria dix périodes illisibles de la mémoire d’Elinor. Dix instants qui variaient d’une à douze heures et pendant lesquelles il était impossible de savoir ce qu’elle avait fait. Mais c’était là. Caché quelque part en elle. Plus de la moitié des déficits mnémoniques étaient liés à une rencontre avec Mordred. Une minorité commençait après sa rencontre avec des inconnus qui variaient d’un souvenir à l’autre. Elle revenait à elle, seule, perdue. Sans réellement fixation des souvenirs. Sans même imaginer que la majorité du temps, Mordred était la pierre angulaire des soubresauts de sa mémoire. Ses retours à la conscience se faisaient souvent des matins, comme si rien ne s’était passé avant. Elle s’éveillait vierge d’une partie de sa vie.

Une image l'avait marqué mais il avait tenté de garder son calme,de ne pas faire un sort à cet instant brouillon... Il avait aperçu un bulletin "oui" tomber dans une urne. Un pincement au coeur. Il ne pouvait pas lui en vouloir. Elle n'était pas elle-même. Il se demanda combien de ses amis avaient voté pour sa capture. Idée idiote. Idée de faible qui meurtrie pour rien. Aujourd'hui n'a pas de règle. C'est chacun pour soi.

De retour sur la plage, il contempla Elinor... indécis sur le commentaire qu’il devait faire quant à ce dont ils venaient d’être témoins. Sa main était restée sur sa joue tout ce temps. La sueur perlait sous la coupole que formait sa paume sur le petit carré de chair. Il écarta ses doigts. Un silence dans lequel les vagues se brisaient sur le sable blanc de Cool Paradise égrainait ses secondes.

Il l’aida à se redresser. Regard indescriptible.

- Mordred, dit-il.

Il ne savait pas encore ce que devait être la fin de sa phrase.
Son sang ne fit qu’un tour et soudain, il aboya:

- Je vais le tuer, Elinor. Qu’est-ce qu’il t’a fait faire...

Ce n’était pas une question. L’intonation était trop désespérée, accablée.

- Je vais le trouver et je vais le tuer.

Les mots murmurés étaient emprunts de déception et d’hébétude.

- Il faut qu’on trouve une manière d’extirper ces blackouts de ta mémoire.



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MessageSujet: Re: Baring   Mer 18 Aoû - 15:43

Evidemment qu'elle le savait. Mais fermer les yeux à cet instant, avait été inconsciemment un dernier sursaut de pudeur. Lorsqu'elle les rouvrit, Sacha se glissa dans sa tête et entama sa promenade sur les sentiers de sa mémoire. Elle traversa avec lui les souvenirs dans lesquels il décida de s'appesantir, en lui facilitant tous les accès. Comme elle l'espérait, il n'y avait rien de bien exceptionnel et le chemin s'effectuait sans heurts. Ce travail sur elle-même, Elinor l'avait déjà fait toute seule et il n'avait rien donné de probant. Cependant, il y avait clairement des moments où elle avait disparu, sans trouver elle-même d'explication rationnelle.
Les fouilles de Sacha pour rassembler les artéfacts mnémoniques de sa jeune amie commençait à durer et la fatiguaient. Malgré toute sa bonne volonté, elle sentait son corps s'épuiser au fil des souvenirs. Ses muscles semblaient revivre physiquement ces moments traversés, et se tendaient de plus en plus en sentant Sacha appuyer sur une situation en particulier.

Elle l'entendit de manière lointaine l'appeler, mais elle ne pouvait pas lui répondre. Si Sacha avait été expulsé de sa mémoire, elle-même fut projetée dans un autre souvenir. Elle ressentit une intense douleur à la tête et en plissa les yeux. Sacha replongea dans le même engramme et parvint à s'y glisser. Pendant ce temps, elle essaya de se rappeler. C'était sur de réfléchir en même temps que d'être pénétrée mentalement. Elle se sentit inconfortable, épuisée, et faillit jeter Sacha hors d'elle tant elle ne supportait plus l'intrusion.

Elle se laissa redresser dans un état second. Immédiatement elle mit ses mains sur sa tête pour essayer de faire disparaître douleur et fatigue. Peine perdue. Il se mit à parler mais elle ne l'écoutait pas. Elle entama sa réflexion sur cette brèche ouverte dans sa mémoire, notamment sur cette rencontre avec Mordred au cours d'une manifestation.


C'était un jour particulier. Des centaines de partisans de la Résistance s'étaient donné rendez-vous pour une manifestation géante dans Paris. Le aprcours avait été étudié à l'avance, et l'évènement avait reçu l'agrément nécessaire de la part des autorités sorcières et moldues. Il se ferait de Nation à Bastille. Elle s'en souvenait car dans son coeur de Résistante novice, elle s'était dit que le symbole de la Bastille avait de la gueule. C'était un mois après son entrée dans la Résistance, tout juste. Ses activités auprès du Ministère anglais de la Magie, de son ambassade et les diverses petites missions qu'elle effectuait pour la Résistance lui interdisaient raisonnablement de prendre part à la manifestation. Elle n'avait pas eu de problème avec ça. Rachel lui avait même fait la leçon. Inutilement, certes, mais elle la lui avait faite quand même. Tout ce contexte remontait à la surface de sa mémoire, douleur comprise. C'était comme si quelques chaînes déliaient des bribes de souvenirs. Par contre, après la sortie Sacha de sa tête, elle ne put remonter seule au moment où elle rencontra Mordred. Elle avait juste le flash qu'avait vu Sacha.

Dans ce flash, le lieu l'avait interpelée. Les Français n'avaient pas l'habitude des pubs après le travail, alors les émigrés anglais se retrouvaient à peu près tous au même endroit, comme ils avaient l'habitude de le faire dans leur pays. Le plus fréquenté d'entre eux, notamment par les sorciers, était le Korrigan, non loin du Boulevard du Souffle, à la surface, dans une ruelle isolée. C'était là qu'elle était quand elle s'était retrouvée face à ces deux hommes.

Par contre, elle se souvenait clairement de ce matin dans cette chambre d'hôtel et de son visage fatigué dans la glace, de cette douleur à la cuisse. Elle pensait vraiment jusque là n'avoir pris qu'une belle cuite au point avoir un black-out total sur cette soirée... Mémoire abusée et tronquée. Elle était belle l'avocate! Comment pourrait-elle combattre contre des assassins en audience?

Son attention fut en alerte quand Sacha parla de tuer son frère et une autre barrière tomba dans son esprit: celle qui la ramenait à sa rencontre avec Mordred à Paris. Tout à coup, Elinor se rendit compte que l'histoire qu'elle racontait mécaniquement à chaque fois que quelqu'un lui parlait de ce voyage n'était qu'illusion. Aucun souvenir visuel, juste une histoire apprise par coeur. Les vrais souvenirs de leur rencontre lui apparurent.

Son corps tremblait et elle ne s'en était pas aperçue. La pression accumulée depuis quelques mois s'écoula à force de larmes dévalant à présent les joues d'Elinor. Instinctivement, elle se rapprocha de Sacha et l'enlaça. Autant elle trouvait Sacha ridicule quand il voulait être auprès d'elle constamment, autant à présent, elle ressentait un besoin obsédant d'être protégée.

Qu'avait-elle bien pu faire d'autre pendant ces absences? Elle avait déjà tué un homme, chose qu'elle ne se pensait pas capable de faire. Alors comment était-ce possible? Qui savait bien ce qu'elle avait pu faire d'autre? Qui lui avait fait ça à part Mordred? Pourquoi elle? Qu'allait-elle dire à Rachel, et encore plus à Antiochus? Lui qu'elle avait constamment raillé pour ses anciennes activités de mangemort! Toute la personne d'Elinor vola en éclats et elle plongea dans une confusion totale. Elle n'avait plus aucune certitude sur rien à part sur Sacha. Il était son seul point d'ancrage. Au-delà de ça, elle se dégoûtait, avait l'impression d'être un poids pour tout le monde et ne se faisait plus confiance, au point d'en vomir.

Elle avait tué. Elle s'était vue le faire mais ne se rappelait pas l'avoir fait. Une haine sourde monta en elle. Sacha voulait tuer Mordred, mais elle ne pouvait pas l'appuyer. Elle avait tué et mesurait à présent la portée que pourraient avoir ses propos mélangés à la colère qu'elle ressentait. Elle ne pouvait encourager Sacha sur la voie du crime, ne serait-ce que par rapport sa responsabilité de parent. Noah avait deux criminels pour parents!

Elle serra Sacha plus fort contre elle comme pour l'empêcher de repenser à ce projet de meurtre.

- Ne me lâche pas Sacha, ne me lâche pas. Ne fais pas ça. le supplia-t-elle en sanglottant. J'ai tué. Ne tue pas. Pour Noah, pour moi... Il paiera ce qu'il a fait, mais par la justice. Quand ce sera le moment, je l'enverrai moi-même à Azkaban.

Elle lui raconta de manière très détaillée à présent sa rencontre avec Mordred, le sortilège d'oubliettes qu'il lui avait fait subir, et la manière dont ce souvenir venait de se s'ouvrir à sa conscience. Cependant elle ressentit la nécessité de changer de sujet et de s'éloigner de Mordred pour trouver des pistes.

Du mieux qu'elle pouvait elle reprit son discours, centré cette fois sur ce qu'elle pouvait lui apprendre quant au lieu du crime qu'elle avait commis, en séchant ses larmes au fur et à mesure. Elle lui raconta le Korrigan et les seules choses que ce pub évoquait pour elle.

- Je ne sais pas si ça pourra aider, mais je ne sais surtout pas qui pourra m'aider à retrouver le fil de ces souvenirs. De quoi aurais-je besoin? D'un exorcisme? D'une potion? Je ne sais même pas si j'ai été victime d'un sort de magie noire!
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MessageSujet: Re: Baring   Mar 24 Aoû - 15:06

Citation :
assassiner, verbe transitif
Sens Tuer avec préméditation. Synonyme abattre Anglais to murder, (politique) to assassinate

assassiner: les synonymes. Synonymes abattre, achever, tuer, buter, crever, décapiter, décimer, descendre, écraser, égorger, empoisonner, exécuter, exténuer, exterminer, faucher, flinguer, foudroyer, fusiller, guillotiner, immoler, lapider, liquider, lyncher, massacrer, occire, refroidir, saigner, trucider...

‘J’ai aussi des métaphores que le dictionnaire n’imagine pas.’

Il n’avait pu ignorer le frissonnement d’Elinor quand il parla de tuer Mordred. Il n’avait pu mais il fit comme si. Cela ranima la problématique de l’humanité à laquelle il avait déjà songé auparavant sans que ses réflexions n’aboutissent à un quoi que ce fut de concluant: qu’était-ce que tuer quelqu’un? Parce qu’on le voulait et qu’on jugeait la cause louable, le devait-on? Non. Évidemment non. Mais pourquoi, alors, l’acte d’achever, de buter, d’exécuter, d’occire, et on en passe, était-il devenu aux yeux de Sacha quelque chose de si banal? Si son premier meurtre l’avait changé à tout jamais, qu’il en avait vomi ses tripes et que ses cauchemars l’avaient tourmentés des mois et des mois, les suivants furent sans conséquences pathologiques. Etait-il devenu monstrueux ou le sentiment de ne jamais tuer sans que cela ne fut motivé par une raison respectable rendait-il plus facile l’acceptation de l’horreur? En réalité, existait-il des meurtres respectables?
- Bonjour, jeune sigisbée. Je vais respectablement vous égorger pour l’adultère que vous avez commis d’avec ma femme.
- Mon très ingrat ennemi, je me sens d’humeur à vous assassiner, et ceci, avec tout le respect que je vous dois.
- C’est avec tous les égards que votre condition de manant vous confère que j’ai la grande joie de vous annoncer que je compte vous flinguer.

Le meurtre, quoi qu’expriment les desseins de l’assassin, n’avait rien de respectable. Sacha le savait et cela n’affaiblissait en rien l’acte qu’il commettait de plus en plus souvent sans guère se poser d’autres questions que le vide apaisant que laisserait la disparition de l’assassiné.

Tout cela ne voulait pas dire que tuer était devenu facile. Certes, sa conscience ne souffrait plus car il avait choisi de faire la part des choses et de se battre avec les armes que le monde déposait à ses pieds comme des offrandes pour le libérer, mais l’avant possédait toujours ses redoutable cas de conscience. ‘Le dois-je vraiment?’ ‘Existe-t-il une alternative?’ ‘Ne suis-je pas dans l’erreur ?’ ‘Tue-je la bonne personne?’

Ces questions finissaient par peser moins lourd que le danger face à lui ou que les respectables raisons qui faisaient se dresser la baguette au-dessus de l’âme à éteindre.

Il serra Elinor pour qu’elle ne soit pas effrayée par cette certitude qui contractait tous les traits de son visage sombre: il était fait pour tuer comme d’autres étaient faits pour pétrir le pain en cuisine. Quand bien même, Egon, Emmett et Enki favorisaient le terme ‘guerrier’, et qu’au mot se mâtinait les concepts de ‘défense’ et de ‘protection’, lui ne s’embêtait plus avec les nuances. Il était un assassin. Et il était horriblement bon dans la discipline.

Pour ces raisons, il baisa le front d’Elinor...

- Ne me lâche pas Sacha, ne me lâche pas. Ne fais pas ça. Le suppliait-elle en sanglotant. J'ai tué. Ne tue pas. Pour Noah, pour moi... Il paiera ce qu'il a fait, mais par la justice. Quand ce sera le moment, je l'enverrai moi-même à Azkaban.

Et lui répondit par un mensonge qu’elle aimerait mieux entendre.

- D’accord, Manoue. Ne pense plus à ça...

Elle lui racontait ce qui revenait à la surface et à chaque sanglot de plus, la certitude que Mordred ne s’en sortirait jamais vivant s’il croisait son chemin finissait d’apaiser le cœur de Sacha.

‘Exorcisme?’

Qu’est-ce c’était cette bête-là?
Inconnu au vocabulaire du sorcier. Probablement un terme moldu à la Manoue. Quoi qu’il en soit, il savait à qui s’adresser.

- Je connais un type qui pourrait...

Sacha pensa naturellement à Amba.


Amba
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Ce qui séparait le Dyode du sorcier était l’étendue dérisoire de ses possibilités magiques. De plus, avec tous les voyages qu’il avait effectués, son carnet d’adresses devait être bien rempli. Il devait y avoir quelque part quelqu'un qui pourrait raviver les souvenirs.

Il n’osa pas écarter Elinor de lui et il continua à s’adresser à elle en la gardant logée contre lui comme elle était:

- Tu te sens d’attaque pour qu’on le rencontre ce soir? Hésita-t-il. On se détend pour la fin de la journée, et après le dîner, on va le voir. Ca t’irait?

Spoiler:
 





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MessageSujet: Re: Baring   Mar 21 Sep - 9:21


Non.

La seule envie qu'elle avait présentement, c'était d'embrasser Noah, Elliot, et de prendre Rachel dans ses bras pour s'excuser de toutes les horreurs qu'elle lui avait dites alors que son instinct lui avait dicté les bonnes réponses. Antiochus aussi d'ailleurs. Pour l'instant elle se sentait vide et à l'étroit dans ce corps qui avait semblait-il décidé de vivre un pan de sa vie seul, mu par des intentions extérieures à sa propre conscience.

Sacha ne s'en tiendrait pas à ce qu'il venait de promettre. C'était Sacha.

- Ouais. souffla-t-elle sans conviction.

Elle se mit en retrait par rapport à Sacha tout en continuant à réfléchir. Les secondes filaient.

Elle était devenue une marionnette dans les mains d'un puissant, exactement le contraire de ce pour quoi elle s'était battue dans ses études. Il fallait que cela cesse. Elle avait sa propre conscience, son libre-arbitre. En être privée de manière aussi déloyale la révolta soudain. Il n'y avait plus de fatalité maintenant qu'elle savait. A elle de se libérer.
Pour se faire elle avait son ami, son frère. Sacha était avec elle et ça faisait trop longtemps qu'ils s'étaient oubliés. Aussi, Elinor eut la soudaine envie de rattraper ce temps perdu en profitant du créneau qu'il lui offrait. Elle décida de briser définitivement les murs de silence qui les avaient trop longtemps tenus éloignés l'un de l'autre et trouva ça normal. C'était surtout elle qui avait mis de la distance entre eux.

Son visage s'éclaira et ses yeux vert se plongèrent dansle regard profond de Sacha.

- Oui, profitons. Je vais remonter voir ta chère collaboratrice et lui emprunter plume et parchemin pour envoyer un hibou tout simple à Rachel. Il y a trop longtemps que je marche à côté de toi sans mes dix centimètres de talons. A 18 heures, nous irons à l'Opéra.

L'annonce du référendum par Antarès n'avait en rien perturbé la vie culturelle londonienne. Les Prom's de la BBC battaient leur plein au Royal Albert Hall et dans ses environs. Ce festival de musique classique célèbre dans le monde entier était the place to be pour les amoureux de ce genre de musique et d'art. Sacha ne pouvait pas avoir oublié cet évènement estival malgré le contexte politique actuel.
L'opéra était un trait d'union entre eux. Lui seul pouvait sceller à nouveau leur étrange duo. Elle l'embrassa sur le front sans lui laisser le temps de réagir et se leva.

- Rendez-vous dans un quart d'heure dans le grand hall. Nous mangerons après. Dis à ton fameux Amba que nous sommes par avance désolés du retard que nous aurons.

**

Spoiler:
 

Le hibou s'envola majestueusement dans le ciel. A sa patte virevoltait le court message que la jeune femme venait d'écrire en français. Dans quelques heures l'oiseau se poserait sur une des fenêtres de leur maison et délivrerait tranquillement son message.

Cette lettre n'avait aucun intérêt poétique Merlin merci et presque aucun sens à qui ne connaissait pas le couple qu'elle formait avec Rachel. Elle comprenait simplement un code simpliste qu'elles utilisaient depuis leurs missions conjointes pour la Résistance à Paris. Sans trop en dire, Elinor espérait que Rachel lui ferait confiance.

A présent elle se tenait bras croisés, dans le hall du château en attendant Sacha. Sacha avait raison. Il fallait qu'elle essaie de se détendre après ce qu'elle avait vu. Après tout, ce n'était pas vraiment elle qui était responsable du crime qu'elle avait vu. Elle avait besoin de s'en convaincre. Entre temps elle avait réussi à se renseigner sur le programme de l'opéra. Ce soir au Royal Albert Hall: Tristan und Isolde de Wagner... rien que ça.

Elle laissa un soupir s'échapper lorsqu'elle s'appuya sur un pillier en pierre. Ses yeux se fermèrent et elle vit Noah jouer dans quelques souvenirs lointains. Elle avait une véritable adoration pour son fils même si l'étendue des pouvoirs qu'il affichait à son âge la troublait. Et puis il y avait cette aventure vécue avec Loévi, cet éventail de futurs dans l'un desquels elle s'était aperçue morte. Noah pleurait à chaudes larmes aux côtés de son père. C'est là qu'elle réalisa que Caleb Sutham et Noah ne faisaient qu'un... Encore des questions sans réponses... De cela aussi il faudrait qu'elle parle avec Sacha. Peut-être savait-il quelque chose? En tous cas les recherches qu'elle avait faites de son côté n'avaient rien donné.

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MessageSujet: Re: Baring   Jeu 30 Sep - 16:40

Elle était belle perchée sur ses dix centimètres de talons. Il avança vers elle sans se presser pour profiter quelque secondes de plus du tableau adorable d’une femme qui l’attendait. Un instant, l’image de Charlotte se superposa à celle d’Elinor.

C’était sa femme qui était appuyée sur le pilier de pierre. Ses cheveux bruns tombaient en cascade sur sa poitrine généreuse, étouffée dans un bustier de satin noir, et animait la petite flamme coquine qui brillait dans son regard quand il la contemplait. Son regard bleu pirouettait avec exaspération sur les groupes d’étudiants qui allaient et venaient bruyamment. Ca le faisait le sourire, il aimait son mauvais caractère. En glissant vers lui, le bleu de ses yeux s’illumine. Son regard lui donne l’impression d’être le seul homme sur Terre. Il ne se sent unique que dans ces yeux là. Il regrette tous les secrets et tous les silences et quand il l’enlace, il lui dit moins qu’il l’aime qu’il n’est désolé que tout soit si compliqué.

Puis, comme il marche encore vers l’apparition de sa femme, un pincement au cœur le ramène sur terre. Elle n’est pas là. Ce n’est pas elle. Parce qu’il l’a laissé. Ils n’iront pas à l’opéra ensemble... Charlotte n’aime pas les opéras. Son image s’évapore. Il se détache de lui pour courir après elle et l’enlacer. Lui rappeler combien il l’aime. Qu’il reviendra. Son fantasme se noie dans les rires aigues d’une étudiante qui glousse trop fort. La parenthèse se ferme. Sacha sourit pour lui. Il la voit partout ces derniers temps. Charlotte. La culpabilité s’effacera peu à peu. Il n’a pas de regret. Il n’a que le vide. Le vide et ce sentiment de culpabilité. A quel moment sait-on que les choix qu’on a fait sont les bons choix?

Il arriva près d’Elinor et lui baisa le front en l’invitant à prendre son bras. Elle n’avait pas fini de s’y accrocher qu’ils avaient déjà transplané près de l’Opéra.

La foule l’exaspéra très vite. Il se sentait tendu à chaque fois qu’il sortait. Ce n’était pas le moment de sortir. Aller dans un lieu rempli de visages et d’yeux qui seront prompts à le balancer à l’Opposition pour une récompense hors norme. Mais Elinor voulait aller à l’opéra et Wagner comblerait un temps les trous noirs dont elle faisait l’objet.

Il transplana une seconde fois aux premiers sièges de la corbeille. D’un coup de baguette, il fit apparaître une affichette 'Réservé – Interdit au public'. Il fit asseoir Elinor, sans parler. Il garda ses lunettes de soleil durant toute la représentation. Il y eut bien un ou deux curieux qui, depuis les fauteuils d’orchestre, tournèrent leurs jumelles en sa direction pour chercher à comprendre la raison pour laquelle quelqu’un se parait de lunettes pour voir un Opéra. Sacha joua le rôle d’un aveugle, la tête penchée en arrière comme Ray Charles, un moldu talentueux. Les curieux l’oublièrent.

Ce fut la première fois qu’il n’apprécia pas un opéra. Sa tête voguait ailleurs. Derrière les verres fumés, il repensait à son parcours dans la tête d’Elinor, à la Résistance, à sa vie, aux contestations incessantes que lui jouait son cœur quand il pensait à Charlotte.

Il n’en dit rien. Ce qui à ce seul détail pouvait renseigner Elinor sur l’inefficacité que Tristan et Iseult avaient eut sur ses nerfs. Il était à cran et, paradoxalement, d’un calme olympien en apparence. Maîtrise.

Dès que le rideau se baissa, il n’attendit pas le rappel des comédiens pour se lever et tendre sa main à la femme de son fils.

- Viens, on y va.

Vingt minutes plus tard, ils étaient dans la salle du trône du château. Ils ne s’étaient pas changés. Sacha tenait fermement la main d’Elinor dans la sienne. Ils étaient debout, sur la passerelle en pierre qui liait la porte de la pièce royale au socle de marbre qui servait de trône à l’Ombre. Personne à Poudlard ne suspectait l’existence de ce quartier. En dessous de la passerelle, le vide. On n’en voyait pas le fond. La silhouette d’Amba apparut soudain, assise sur le trône, les jambes croisées sur un des accoudoirs. Il se tenait la tête. Affectait un air détaché.

- Bonsoir, dit-il sans bouger. Vous approchez?

Un couple de fauteuils louis XV apparut devant lui, à l’autre bout du pont. Sacha et Elinor avancèrent.

- Amba, je te présente Elinor. Elinor, Amba, les présenta Sacha en s’asseyant.

Amba rétablit une position moins familière et se tourna vers eux, les bras accoudés sur ses genoux. La ressemblance physique avec Umbrès et Rosà n’avait encore jamais autant frappé Sacha qu’en cet instant. Sans doute parce que pour la première fois depuis qu’il le connaissait, Amba ne se singeait pas. Il était calme et concentré. Il scrutait Elinor sans retenue. Silence.

- Sacha m’a expliqué, dit-il. Je n’ai jamais pénétré un esprit corrompu. Cela ne te dérange pas que j’extirpe tes souvenirs plutôt que je m’infiltre dans ton esprit?

Sacha roula des yeux. Elinor ne connaissait pas encore assez le personnage pour savoir que le Dyode était en plein délit de vanité.

- Dis, madame Irma, tu arrêtes de faire ton cinémagic. Tu fais ce que tu as à faire et tu lui fous la paix avec tes questions obscures.
- Aucune reconnaissance.
- Je te reconnaîtrai quand tu nous auras aidé.


A Elinor:

- Elinor, comment as-tu pu t’accoupler avec cet ingrat notoire?
- Comment deux divinités ont-elles pu commettre une bourde aussi grotesque,
répondit Sacha du tac-au-tac.

Amba sourit. Quoi qu’on en dise, leurs joutes verbales les amusaient tous les deux.

Amba se leva se son siège et vint près d’Elinor. Il lui prit la main. Le siège sur lequel elle était assise s’éleva lentement dans les airs. Il lâcha la main doucement quand elle fut à deux mètres du sol.

Sacha allait protester lorsqu’une lumière rouge se diffusa autour d’elle et se réverbéra en un faisceau puissant sur le mur de la salle du trône. Comme dans un cinémagic, les souvenirs d’Elinor prirent forme. Tous les trois voyaient défiler le film de sa vie.

Effectuant de temps à autre de grands gestes des bras, Amba faisait s’accélérer les passages qui ne les intéressaient pas. Dans les passages à vitesse accélérée, le vrac chaotique des images était illisible mais d’après les petits sourires amusés qui lui échappait, Amba pouvait visiblement visionner chacune d’entre elles. Après un moment, il ralentit de nouveau le film. La scène de la manifestation dont Sacha lui avait parlé se rejoua devant leurs yeux.

Cette fois, il n’y eut pas de trou noir. Lorsqu’Elinor se trouva en face de Mordred, ce dernier formula une incantation. Le tatouage à la forme de scorpion se mit à briller sur la gorge de Manoue. A la fin de l’incantation, le tatouage disparut et Mordred prit Elinor dans ses bras pour la presser avec affection:

- Tu m’as manqué, dit-il.

Elinor ne répondit pas. Elle évita tout sentimentalisme en allant droit au but:

- Qu’est-ce que tu vas encore me faire faire? Je perds tout si on s’aperçoit que je travaille pour l’Opposition.
- Ne t’inquiète pas. J’effacerai tout ce que tu as fait. Il faudra être Merlin lui-même pour parvenir à retrouver tes souvenirs.
- Je déteste ton chantage... tu tiendras parole? Tu me lobèreras quand tu auras obtenu ce que tu veux?
- On verra...


Amba eut un hoquet de forfanterie. Sacha lui balança un sortilège cuisant. La Dyode le bloqua sans même se détourner de son activité. Il continuait de faire défiler le film d’Elinor.

Elle accompagna Mordred dans une taverne. Sur le chemin, il lui expliqua ce qu’il attendait d’elle.

- D’après nos sources, deux Résistants se trouvent au Café des Ducs de Lombards. L’un deux est un ancien Opposant qui a changé de camp. Nous pensons qu’il a fourni des informations essentielles à la Résistance et nous aimerions savoir lesquelles avant de le supprimer. Ils s’attendent à avoir rendez-vous avec un infiltré Résistant de l’Opposition... qui sera toi. Ils ne l’ont jamais vu. Ils savent seulement que c’est une femme. Quand tu auras obtenu ce que nous voulons, je te retrouve rue Grenelle dans l’hôtel de la dernière fois. Tu n'as que trente minutes. La véritable infiltrée est supposée entre temps. Je m'occupe de la retenir.

Mordred ouvrit la porte de la taverne à Elinor et transplana avant que la porte ne se referme.

La suite de l’anecdote nous montra Elinor, sûre d’elle, cuisiner les deux hommes et esquivant leurs questions les plus gênantes. Sacha connaissait ces deux hommes. Ils étaient adjuvants de la Résistance française et, l’année précédente, lorsqu’il avait combattu près de Nice, André et David lui avaient prêté main forte. Grâce à André, Sacha avait pu regagner une cheminée menant directement à Sainte Mangouste alors qu’il était grièvement blessé. Jusqu’à ce soir, André était porté disparu... Mais, désormais, Sacha pouvait témoigner de ce qui lui était arrivé.

La scène suivante leur montra Elinor attirer les deux hommes dans l’arrière salle de la taverne et les abattre de sang froid... Avant de ressortir de la taverne, pleurant, elle alla commander deux whisky qu’elle but chacun d’une traite. La main de Sacha se crispa sur l’accoudoir du Louis XV. Amba avait retrouvé tout son sérieux.

Plus tard, Elinor regagnait l’hôtel dans hall duquel Mordred l’attendait. La manifestation avait rejoint le champ de Mars. Les clameurs retentissaient. Les citoyens français appelaient à la Résistance contre un gouvernement antarien.

Elle lui délivra les informations qu’elle avait obtenues des deux hommes. Ils prirent l’ascenseur pour aller vers les chambres. Dès que la porte de l’ascenseur fut fermée, Mordred se tourna vers Elinor et scanda une incantation qui plongea Elinor dans un demi-sommeil. Il la prit dans ses bras pour la retenir de tomber et la souleva pour la porter à travers les couloirs. Quelqu’un les croisa. Mordred sourit avec dérision:

- Elle est ivre... une bonne nuit de sommeil et une aspirine et tout va rentrer dans l’ordre, trouva-t-il comme excuse.

Il ouvrit une porte. La 447. C’était la chambre dans laquelle Elinor s’était réveillée quelques heures plus tard.

Amba fit cesser le film. Le fauteuil d’Elinor regagna le sol. Un silence lourd referma sa paume sur les trois sorciers. Étouffant, moite et chaud.

Sacha ne savait pas quoi penser. La séquence de la mort d’André le ravageait. Eux qui l’avaient cherché pendant des mois et qui avaient fini par penser qu’il avait trouvé refuge dans une quelconque partie du monde où ni Opposition, ni Résistance n’avait de poids se retrouvaient avec un meurtre sur les bras.

Ecoeuré. Malade. Brisé.
Sacha se leva et tendit sa main à Amba:

- Merci.

Il n’osa pas regarder Elinor. Il n’avait pas envie de la regarder.
Il lui fallait du temps pour assimiler cette cruelle vérité.

‘Et non. Je te promets que Mordred ne sera pas jugé... il n’y a pas de justice dans mon cœur. Il n’y a que vengeance.’



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MessageSujet: Re: Baring   Sam 23 Oct - 17:09

L'amertume ne la quitta pas jusqu'à ce qu'ils passent de l'opéra à Poudlard. Ils quittèrent la sublime salle avant que la foule ne se disperse en une fourmilière colorée et disciplinée. Elle s'était sentie seule durant tout le spectacle alors qu'elle était venue ici partager un moment unique seule avec son ami. Un nœud se forma au creux de son ventre. Il lui semblait qu'elle était en train de payer les fois où ils s'étaient rendus ici sans qu'elle s'implique vraiment auprès de Sacha. Elle recevait une nouvelle fois à la figure la lettre cinglante qu'il lui avait écrite en réponse à celle qu'elle lui avait envoyée, candide, pour son anniversaire. Déjà qu'elle était paumée au milieu de ces sordides révélations, elle n'avait pas besoin de perdre son point d'ancrage.

Ses propres turpitudes l'empêchaient de pouvoir deviner ce qui trottait dans la tête de Sacha. Ce qui faisait d'habitude sa force lui faisait maintenant cruellement défaut.

Elle avait simplement senti qu'il n'appréciait pas et que si physiquement il était là, mentalement, il était ailleurs. S'il n'apprécie pas, alors elle a échoué. En ayant choisi la simplicité d'un habituel plaisir commun, elle avait l'impression de l'avoir étouffé dans un exercice où il était simplement là pour lui faire plaisir. Ce n'était pas leur définition de la détente à tous les deux. Pour le coup, ils ressemblaient à un vieux couple moldu rongé par le poids de la routine. Elle devenait égoïste ce qui ne lui ressemblait pas. Se sentir exclue de Sacha hormis sa présence charnelle lui fendait le cœur. C'était lui qu'elle était venue voir, et il avait parlé de détente avant son quelqu'un qui pourrait l'aider. Au final, elle ne savait plus que penser. C'était à peine si elle se souvenait de la manière dont elle pensait d'habitude.

Sur le trajet elle ne pipa mot et consentit, sans abdiquer pour autant. Elle lui parlerait de ce spectacle au moment le plus opportun.

A Poudlard, Elinor se demanda où Sacha voulait l'emmener. Elle qui pensait qu'ils resteraient certainement à Londres, traversant une ruelle obscure et pénétrant dans un appartement miteux... Elle fut médusée de savoir qu'un lieu d'une telle beauté pouvait exister sans que quiconque n'en fût au courant. La main de Sacha était ferme. Elle devait le suivre.

Son regard balaya les lieux, émerveillé. Le marbre du sol était d'une beauté somptueuse et effaça à lui seul le tourment qu'avait provoqué la passerelle surplombant ce vide impressionnant. Mais au final, ce qui la surprit le plus, ce fut le paradoxe que formait cet être frêle à lui tout seul, mal assis sur ce trône trop grand pour lui. Cet irrespect choqua hautement la morale retrouvée d'Elinor, et provoqua sur son visage un léger rictus.

Dès qu'elle se fut assise, le jeune homme dénommé Amba reprit une posture un peu plus sérieuse, mais le mal était fait dans l'esprit d'Elinor qui craignait une supercherie quant aux mystérieux pouvoir du garçon. Si elle n'avait pas encore été sous le choc des révélations faites par le legilimens de Sacha, Elinor aurait volontiers collé une gifle à Amba à l'adjonction de l'adjectif corrompu à son esprit, et une autre quand il osa parler d'accouplement. Une sourde colère typiquement féminine et non contenue s'empara de la jeune femme qui avait grandement envie de connaître les deux idiots qui avaient bien pu mettre au monde un tel spécimen. " S'il en existe un autre il faut l'empailler! " pensa-t-elle.

Ses pensées fusaient, et les néologismes qu'elle était entrain d'inventer pour insulter Amba dans son esprit devaient certainement atterrir directement dans le cerveau de Sacha...

- Deux divinités? murmura Elinor.

Quand il lui prit la main elle se crispa. Deux divinités, la salle du trône... elle avait à présent peur de comprendre. Quand son fauteuil fut à deux mètre du sol... elle comprit qu'elle avait bien compris et ses joues se colorèrent à l'idée que lui aussi ait pu entendre ses noires pensées à son égard.

Le film de sa vie projeté à des yeux sentencieux... A sa fin, tous les muscles d'Elinor étaient contractés, son regard vide et sa respiration haletante. Il lui semblait qu'on ne pouvait entendre que ça résonner dans la pièce. Elle resta comme ça hébétée, sans aucune réaction. Elle n'entendit même pas le merci prononcé par Sacha...

- Pourquoi ai-je fait ça? demanda-t-elle dans un souffle. Je ne peux pas lui manquer, il me déteste. Et je ne travaille pas pour l'Opposition! hurla-t-elle en se levant.

Les battements de son cœurs s'accélérèrent pendant que ses cris revenaient en écho dans la salle du trône. Elle se dirigea vers la passerelle, s'agenouilla au bord et se mit à vomir, comme pour se purger de tout ce mal qu'elle avait fait. La tête commença à lui tourner. Son regard scruta les abîmes qui l'attiraient irrémédiablement. Elle se sentit perdre l'équilibre. Tout son être semblait plonger vers ce noir si mystérieux, jusqu'à ce qu'une lumière rouge vienne briser son emprise.

Elinor irradiait à nouveau, et un nouveau faisceau se projeta sur le mur pour provoquer une nouvelle séance. Mais cette fois, Elinor était consciente de ce qu'elle faisait sortir de son être. Un mur venait de tomber et libéra quelques souvenirs. Au mur se projeta l'enlèvement d'Elinor dans la Forêt Interdite alors qu'elle poursuivait des licornes avec Miss Raines. Son inconscience fut tintée de noir jusqu'à son réveil dans une cave humide. Elle se réveilla enchaînée par les poignets au mur. A mesure qu'elle révéla ces souvenirs, Elinor sentit ses sens en éveil. La mémoire des odeurs de souillures et de moisissures revenait, les douleurs des séances de torture qu'elle avait subies reprenait son corps et le secouait de spasmes. Tout son séjour d'horreur fut déroulé devant les yeux de Sacha et d'Amba, jusqu'aux dernières paroles, celles de l'ensorcellement qu'elle avait subi.

A l'issu de ces douloureux moments, Elinor se tourna et se remit à vomir dans le vide.
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Sacha de Lansley
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MessageSujet: Re: Baring   Ven 5 Nov - 5:45

La deuxième salve d’images fut d’une nature aussi insupportable que la première. Sacha et Amba se regardaient sans oser un mot. Le Dyode finit par se pincer les lèvres en signe d’impuissance. Il hocha la tête à l’intention de Sacha et s’en alla par la passerelle, effleurant au passage la tête d’Elinor en guise de soutien moral. Sacha n’attendit pas que le Dyode soit complètement sortit de la salle du trône pour se mettre à genoux à côté d’Elinor et lui tenir les cheveux en arrière, derrière la nuque, pendant qu’elle évacuait l’indigeste vérité. Patiemment, il retenait la chevelure et caressait quelques mèches rebelles qui persistaient à vouloir aller voir du côté de son visage.

Il attendit le temps qu’il fallait en réfléchissant à ce qu’ils venaient d’apprendre. Et lui qui s’était froissé qu’elle ne lui donnât pas assez de nouvelles.

Quand elle sembla un peu plus calmée, il fit disparaître les souillures et prit Elinor dans ses bras. Il la souleva sans peine. Elle lui paraissait amorphe. Rien d’anormal. Il faudrait encore du temps pour assimiler.

A son tour, il prit la passerelle pour sortir de cette salle. Il traversa les couloirs sans la lâcher, sans parler. Il ne voulait lui infliger aucune violence supplémentaire. Le visage impassible, il parcourut la salle Organza où se tenait une réunion entre Judicaël, Winnie, Adel et Adrian. Les quatre Résistants s’alarmèrent. Interrogèrent sur ce qui s’était passé. Est-ce qu’Elinor allait bien? Sacha ferma doucement les paupières pour faire cesser les questions. On respecta le silence et on le laissa passer en continuant de murmurer quand il atteignit le passage menant à Verdi. Dans les quartiers qu’il avait investis, la sérénité était intacte. Foley regarda son maître passer en se frottant les mains avec inquiétude. Est-ce que Sir de Lansley allait bien? Est-ce que Foley pouvait faire quelque chose pour monsieur? Il se dénigra de ne pas avoir de quoi aider le jeune maître et le regarda passer sans insister pour obtenir une réaction. Il porta Elinor jusqu’à sa chambre, ouvrit ses draps que les elfes de maison venaient de changer et de parfumer aux senteurs qu’il aimait. Puis il la déposa délicatement sur le lit. Il lui retira ses talons, les posa par terre. Il lui baisa la tempe et se releva pour aller lui chercher de quoi boire. Il revint avec un verre d’eau clair dans lequel il avait versé une potion pour délasser Elinor. Il posa le verre sur la table de nuit en vieux chêne qui venait d’être lustrée à en juger par l’odeur de cire d’abeille. Il lui caressa la joue puis se releva en lui murmurant qu’il revenait très vite. Elle devait boire le verre d’eau en l’attendant.

Il parcourut le chemin inverse, prenant soin de refermer la porte derrière lui pour qu’Elinor ne soit dérangée par personne. Solace s’enquit à son tour de ce qu’il se passait. Sacha lui donna sa soirée.

Il revint dans sa chambre une vingtaine de minutes plus tard. Il avait mis plus de temps qu’il pensait mais il avait récupéré la chose à deux jambes et au nez morveux qui redonnerait le sourire à sa mère.

- Mamaaaaan! Hurla Noah, hystérique, quand il aperçut Elinor.

Surexcité, heureux et ne pouvant supporter d’attendre deux secondes de plus qu’on le laisse enfin sauter aux bras de la femme de sa vie, il obligea Sacha à le laisser descendre pour marcher seul. Il courut vers Elinor et bondit sur le lit, attrapant sa mère de ses bras encore potelés. Il la serra jusqu’à l’étranglement. Sacha les rejoignit. Il culpabilisait tant de les avoir séparés mais chacun savait que c’était la meilleure chose à faire pour le moment. Il alla se calfeutrer derrière Elinor dans les bras de laquelle de Lansley junior s’était lové. Ils étaient restés allongés tous les deux. Sacha rajouta sa touche en les enlaçant à son tour. Ses bras auraient été assez grands pour embrasser le monde. Il s’en sentit la rage et la force.

Ainsi allongés, ils écoutèrent un temps indéfini les babillages ininterrompus du gnome. Elinor eut le droit au résumé plus qu’approximatif et anachronique de ses activités enfantines. Il y avait une histoire de ‘soussi’ - que Sacha traduisit pour Elinor en ‘sushi’ -, de goûter, de parcours du combattant, de papa qui ne savait pas bien faire la tarte à la citrouille comme maman. Sacha objecta. Il n’avait jamais cuisiné de tarte à la citrouille. Il n’avait même jamais cuisiné de sa vie. Ah, oui, c’est vrai que c’était pas papa, c’était la dame grande avec les petits yeux plissés.

Qu’il le fît intentionnellement ou non, qu’il comprît réellement la situation dans laquelle ses parents se trouvaient ou non, durant toute sa narration, à aucun moment Noah ne trahit ni le lieu ni les personnes à qui son père l’avait confié. Il utilisa de nombreuses figures de style dont même son père amoureux des lettres n’aurait su user pour décrire toute sa vie quotidienne et en partager les plus gros morceaux avec sa mère, sans jamais vendre ce qui ne devait pas être vendu. Mareva était ainsi ‘la dame longue avec les yeux petits’, l’hôtel particulier devenait ‘la grosse maison pleine de pièces’, Rhidow, Iman, Shaula, les jumelles et tous les enfants avec qui il passait ses journée étaient ‘mes z’amis’. Cette drôle d’entité ne semblait pas avoir d’identité propre. Ils étaient un tout: ‘Mes z’amis et moi, on a fabriqué des goûters nous-mêmes et le monsieur sérieux qui sourit jamais, il a été sali avec la farine. Tu sais faire les soussi, maman? Moi zé appris. Il faut pas mettre de la farine avec les soussi, c’est pas bon sinon. Z’en ai pas mis dans les miens mais avec la magie, j’ai mis dans celui de mon ami. Il a tout raté ses soussi, c’était déguoulasse.’

- Oh. Eh. De Lansley, junior. On ne dit pas ‘déguoulasse’. Tu auras le droit de dire des gros mots quand tu sauras conjuguer l’imparfait du subjonctif. Pour l’instant, c’est loin d’être le cas. Alors, on dit quoi?
- C’était dégueux?
essaya-t-il sans conviction.
- Non plus,
répondit Sacha en soupirant d'un désespoir exagéré et clownesque. Par Merlin, qui est-ce qui t’a fait? Ca, ça ne vient pas de moi, tu le tiens forcément de ta mère.
- Euh... c’était salure?
- Qu’est-ce que c’est que ça ‘salure’?
- Jé sais pas.
- Trouve. Tu l’as dit tout à l’heure.
- C’était pas bon?
- Oui, c’est mieux,
sourit Sacha en levant sa tête pour apercevoir la chevelure brune de son fils. ‘Immangeable’, c’est encore mieux.
Noah leva la tête pour sourire avec fierté à son père. Il reposa sa tête contre le sein de sa mère et conclut son explication:
- C’était immanzable, les soussi de mon ami, maman.


Les deux de Lansley mettaient beaucoup d’abnégation, et ce dans la plus grande pudeur et la plus grande discrétion, afin d’apaiser la femme qui était allongée entre eux.

Au bout d’un moment, Sacha s’effaça pour laisser à Elinor l’intimité dont elle pouvait avoir besoin avec son fils. Il alla se doucher, profitant de la coupure pour ressasser ce qu’il ferait à Mordred quand il lui aurait mis la main dessus.
Comment pouvait-il empêcher Elinor de subir l’influence de l’Opposition sans pour autant mettre la vie de la mère de son fils en péril? Rachel ne suffisait plus. En même temps, il ne se voyait pas déplacer un arsenal de défense autour de Manoue. Ca l’empêcherait de vivre sa vie.

‘Il faut attendre qu’ils essayent de nouveau de rentrer en contact avec elle...’ finit-il par penser.

Il revint dans la chambre Verdi et fut assailli par Noah et son air de conspirateur:

- Papa, est-ce que Noah il a le droit de rester dormir ici, avec maman?
- Oui.


Pas la peine de réfléchir. Mille fois, oui.
Manoue avait besoin de ça.

- Je vous laisse ma chambre. J’irai dormir chez Egon et Isis, ils vont adorer.



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MessageSujet: Re: Baring   Ven 12 Nov - 8:13

Laisser le temps se suspendre pour goûter aux plaisirs simples de sa vie, c'est ce qu'elle aimait par dessus tout. Depuis la naissance de Noah elle avait toujours su aménager de petits moments de plaisir comme celui-ci. Au fil des mois et des années, les moments à trois se firent plus rares et précieux. Celui-ci en ferait partie à jamais. Ecouter. Voilà ce qu'elle faisait. Elle aurait pu avaler toutes les couleuvres que son fils aurait bien voulu lui raconter en futur bon vert qu'il était. Elle aurait préféré mille fois avaler ces salades que de régurgiter les saloperies d'instants salis par les crimes qu'on lui avait fait commettre. Que se passerait-il pour Noah, Elliot et Rachel si un fil de la marionnette qu'elle était venait à rompre? Si au fond d'une nuit où elle disparaissait il n'y avait plus que les ténèbres pour abriter son dernier sommeil? Ses bras se fermèrent autour de Noah et le serrèrent encore plus fort qu'à l'accoutumée. Ces mauvaises pensées s'envolèrent. Après avoir subi le film oublié d'instants qui lui avaient été volés, elle chérissait l'idée que Sacha puisse retrouver Mordred, et là... Il n'avait rien d'un frère, ce n'était qu'un meurtrier.

Les doigts de la mère jouaient dans les cheveux noirs de l'enfant. De temps à autres ses lèvres s'étiraient, ses sourcils se fronçaient ou s'arquaient d'étonnement après chaque mot prononcé par le bambin. Si elle l'écoutait, ses pensées étaient uniquement tournées vers Sacha et regrettait amèrement ce qu'elle lui avait dit sur la justice concernant son frère. A présent elle ne doutait plus du sort qu'il devrait connaître et Merlin, si Sacha ne le faisait pas ... Elle s'en sentirait la force et le courage. Quittant un instant les cheveux de Noah, elle réussit à trouver une main de Sacha et la serra avec détermination.

- C’était immanzable, les soussi de mon ami, maman.
- Nous en ferons tous les quatre quand tu rentreras à la maison.

Le corps d'Elinor commença à se détendre. De bisous en chatouilles, mère et fils reprirent leurs habitudes sentimentales et taquines. Lorsque Sacha s'éclipsa, Elinor lui offrit un petit sourire valant bien des discours.

Noah se laissa aller à quelques questions à présent que son père n'était plus là. Pourquoi ne les avait-il pas posées avant? Elle ne le savait pas et ne le saurait pas. La peur de décevoir son père en interrogeant sa mère sur des personnes qu'il chérissait dans sa petite vie habituelle d'enfant de cinq ans? Probablement. Noah idolâtrait son père.

- Il va bien Elliot?
- Tu lui manques beaucoup, autant qu'à Rachel et à moi.
- Et Popy? Et Louis?
- Bien, bien. Ils sont chez mamie.
- Maman... lui glissa-t-il à l'oreille tout en nouant ses petits bras autour du cou de sa mère.

Il y a des gestes qui valent beaucoup de discours. Il était indubitable que Noah était bien ici. Mais...

- Je t'aime bébé.
- Moi aussi ze t'aime.

Noah était décidément bien courageux. Elinor ne pouvait détacher son regard de lui. Maintenant que ses cheveux avaient foncé, il ressemblait encore plus à son père. Heureusement que la couleur de ses yeux était la sienne sinon elle se serait posé des questions quant à la génétique. Qui aurait pu croire? Qui aurait pu croire cinq ans en arrière que la vie réserverait autant de pirouettes à cette jeune fille? Qui aurait pu croire que deux personnes aussi spéciales que Sacha et Elinor pourraient donner vie à un tel enfant? Coquin, joueur, manipulateur, soit! Mais pour le reste, c'était autre chose. Noah était étonnant par ses qualités d'adaptation, par l'amour qui meut chacune de ses actions envers ses proches, par sa sociabilité, par sa faculté à comprendre les choses des grands et leur implication sur sa vie. Tout cela rendait sa mère tellement fière que ses propres turpitudes n'avaient plus aucune prise sur sa conscience. Noah était sans doute ce qu'elle avait fait de mieux dans sa vie, et ça, personne ne pourrait jamais le lui prendre.

Il s'endormit dans ses bras et Elinor put ainsi réfléchir à sa propre situation de manière calme et rationnelle. Son esprit était apaisé et semblait avoir franchi un cap. Son travail au sein de la Résistance avait été bureaucratique. Collecter les informations, faire pencher la balance dans certaines négociations, bref, un travail qui épousait parfaitement ses capacités intellectuelles. L'intellect était tout ce qui comptait pour elle. Les mauvais sorts, les impardonnables, les subtilités de la magie noire, elle les connaissait pour les connaître, de manière théorique, et au cas où. Il ne lui serait jamais venu à l'esprit de les utiliser sauf en cas de danger imminent et encore. A présent, elle se sentait investie d'une force aussi puissante qu'impressionnante. On l'avait faite tuer. Elle en avait la capacité, l'expérience. Le fait de se voir tuer tout en étant extérieure à la scène lui faisait envisager les choses d'un autre angle. Le calme qu'elle avait affiché pendant les exécutions, la précision de ses gestes, la méticulosités mise dans le timing, tout était effrayant, mais terriblement excitant. Elle se sentait capable de le faire de manière consciente et encore, elle n'avait pas idée de la décharge d'adrénaline qui se propagerait dans son corps en voyant son jet de lumière verte s'enfoncer dans la poitrine de son adversaire, de la sensation grisante qu'elle aurait à sortir vainqueur de ce duel, de l'impression de pouvoir qu'elle ressentirait après avoir donné la mort.

La mort.

Mordred était un homme mort.

Mordred serait mort avant que Sacha ne le trouve.

Il lui faudrait juste s'entourer des personnes compétentes pour arriver jusqu'à lui avant qu'il ne rentre en contact avec elle pour en faire à nouveau son bras armé.

Que dirait Sacha? Faudrait-il le lui dire? Penserait-il de même? Avait-elle besoin de Sacha pour mettre son projet à exécution? Elle n'avait toujours pas trouvé de réponse à sa question le matin venu, quand elle s'en fut chercher son ami, Noah dans les bras.

- Tu restes maman?
- J'ai bien peur que non. Mais je reviendrai souvent.
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MessageSujet: Re: Baring   Mer 1 Déc - 17:49

La nuit avait été génialissime! Pour Sacha du moins. Après avoir laissé son fils entre les bras de sa mère, prenant soin de protéger la chambre afin d'être averti de toute intrusion ou excursion, il était allé toquer à la porte des Iccams. Il régnait là-dedans un magnifique désordre. Emmett était plus rigoureux sur l'interdiction de sortie que sur l'obligation du ménage. Il devrait faire un tour dans ce capharnaüm.

'Il leur faut un elfe de maison rien qu'à eux sinon on va les retrouver morts étouffés par leur bordel.'

Sacha n'avait jamais imaginé que les Iccams eussent pu avoir autant de vêtements. En entrant sans frapper - pour être certain qu'il allait les déranger dans un moment des plus mal choisi -, il s'immisça dans la pièce. Sans gêne. Personne. Il se pencha et ramassa un soutien gorge d'Isis et inspecta le bonnet:

- J'en étais sûr... elle rembourre à mort! Very Happy

Egon était arrivé soudainement - Sans frapper. Ce qui était normal, rappela-t-il à Sacha, puisque c'était chez lui. Hum. C'était pas faux. - et il avait récupéré le soutien gorge de sa dulcinée d'un coup de baguette depuis le pas de la porte.

- Quel pervers tu fais! S'exclama-t-il avec une indifférence soupesée.
- N'importe quoi. J'enquête. Se défendit Sacha.
- Dans les soutifs de ma nana?
- Emmett dit qu'il ne faut rien laisser au hasard.
- Je doute qu'Emmett parlait de la lingerie de l'Iccam Rosà. Qu'est-ce que tu veux?


Egon avait avancé dans la chambre et avait repoussé tous les vêtements contre le lit d'un second coup de baguette. Le geste attira la critique de l'intrus.

- Ahh! affraid Tu ne peux pas les plier?
- Non. Je ne peux pas, Chérie. Tu es là pour me faire une scène?
- Non. Je cherche un endroit où dormir.
- Mmm. Et?


Egon avait cessé toute activité et il s'était tourné vers Sacha, un air daubeur sur le visage. Il attendait avec impatience que Sacha formule sa demande.

- Je peux squatter?
- Non. Discussion terminée. Décampe.
- Mon Amour, ne te fâche pas,
railla Sacha qui n'avait pas envie de finir entre Solace et Grant. Comment je peux te convaincre?

Sacha sut se montrer persuasif. Il négocia trente minutes avec Egon et obtint le gîte en échange d'un cours particulier sur les forces du mal et d'un combat sans retenue. L'Iccam voulait en savoir plus sur ce qu'on n'enseignait pas à Phoenice Zone. Et ceci dans la pratique. L'Iccam proposa en plus un duel à Sacha afin d'avoir la possibilité de se battre sans la contrainte de ménager ses effets. Il désirait améliorer son contrôle des pouvoirs du Dyode figés à l'intérieur de lui.

- Très bien. Et j'ai mieux que ça, dit Sacha.
- Je ne vais pas dans les bordels de l'allée des Embrumes avec toi.
- Comme tu me déçois! Comme tu me froisses! Je n'allais pas te proposer un telle chose.
- Mouais...
fit Egon méfiant.
- On emmènera Amba avec nous... révéla Sacha.
- Il va me défigurer.
- Mauviette. C'est quoi ce Gryffondor à deux noises?
- Ca se voit que tu n'as jamais vu Amba allumer un feu. Heureusement que Baten était là pour l'éteindre...


Une minute de silence quand le prénom de Baten surgit. Les deux garçons s'étaient souri avec pudeur.

- Pour les maisons closes de l'allée des Embrumes si tu veux, je p...
- Non.
- OK.


Ensuite, Sacha avait raconté ce qui venait de se passer avec Elinor et ce qu'il avait appris. Les deux garçons furent interrompus par Isis qu'il fallait à son tour convaincre d'accueillir Sacha pour la nuit. La chose fut plus difficile. Ils promirent l'un et l'autre de ranger leur chambre dès le lendemain matin. D'après Sacha, le rangement ne tiendrait pas deux semaines et le futur lui montrerait qu'il avait eu raison, néanmoins, il avait promis d'aider Egon à ranger.

Ils avaient ensuite prétexté une importante réunion pour la Résistance avant de filer en douce à la recherche d'Amba. Ils le trouvèrent dans un des cachots, en train de falsifier des bonds aux trésors. Sacha les brûla tous et ils purent discuter. Les trois garçons se mirent d'accord pour essayer de retrouver Mordred aussitôt que Sacha serait revenu de la mission qui était prévue à Ottawa dans quelques jours. Amba se chargeait de le retrouver et Egon, n'ayant pas le droit de sortir, se vit confier la lourde tâche d'entourlouper Emmett.

Les deux complices regagnèrent leur chambre, se disputèrent un peu car Sacha ne voulait pas dormir par terre, et trouvèrent une solution à l'amiable après que l'Amiral ait agrandi le lit de façon à l'accueillir.

- Pas de trucs coquins, les Iccams lapins... sinon j'envoie les photos à Witch Mag.

Après un grognement collectif, les lumières s'éteignirent et bientôt le matin frappa à la porte. Sacha se glissa hors du lit, redonna à celui-ci une taille traditionnelle sans omettre de jeter trois sortilège silencieux afin de contrevenir au pacte qu'il avait passé avec Isis. Le rangement. Quand le couple ouvrirait les yeux, leur chambre serait rangée.

Il croisa Elinor dans la salle des Vivres d'Organza. Elle avait Noah dans les bras.

Ils prirent le petit déjeuner tous les trois et le temps des adieux arriva vite.

- Tu restes maman?
- J'ai bien peur que non. Mais je reviendrai souvent.


Sacha prit le relais. Il embrassa Elinor sur le front et emmena Noah dans les dédales de couloirs. Il se dirigea vers la porte du bureau d'Emmett où un portoloin qui donnait un accès à l'hôtel particulier de Mareva était posé sur son bureau. Il s'agissait d'une photo animée du petit groupe d'amis au retour d'une mission en Asie. Assis par terre, devant tout le monde Enki la belle gueule, les deux bras tendus en avant et secouant les mains en faisant des "non-non-non", semblait dire au photographe d'attendre avant d'appuyer sur le déclencheur. Au-dessus de lui, il y avait Mareva, droite comme i et tenant solennellement son sabre à sa ceinture. Elle se tenait à côté d'Emmett qui souriait comme jamais, à moitié en train de se moquer de Mareva en imitant sa stature. A côté de lui, les bras croisés sur la poitrine et un sourire inexistant, il y avait Adel posté à côté de Lawrence, lequel faisait un "V" de victoire avec ses doigts tandis que Winnie lui faisait des oreilles de lapin. Derrière eux, le plus à gauche derrière Mareva, on pouvait voir Sacha, un sourire d'ange aux lèvres, qui maintenait la tête d'Egon, à moitié coupée en dehors du cadre. A côté de l'Amiral, Baten avait un sourire à dix millions et se tenait de profil, hilare par la torture que Sacha était en train de faire subir à Egon. Moins concentrée sur la photo que sur son partenaire, Berenice était en train d'essayer d'aplatir un épi de Judicaël qui, lui, tirait une tête pas possible. Et, tout au bord du cadre, à droite, Isis arrivait en retard et essayait de se faufiler vers Egon pour le délivrer de Sacha.

En voyant la photo, Sacha sourit. Ils avaient eu des bons moments. Quelle drôle d'idée Emmett avait eu de transformer cette photo en portoloin! Le Passeur accordait décidément beaucoup d'importance à la cohésion du groupe.

Il serra Noah dans ses bras et tous les deux apparurent chez Mareva. L'enfant adorait les portoloins et n'avait jamais vomi après un transplanage. Un génie, je vous dis. Comme ses parents.

A son retour, Sacha essaya de remettre la main sur Elinor. Il désirait qu'enquérir de son état moral et la relancer sur ce qu'elle désirait ou non qu'il fasse. Il lui cacha ce qu'il avait mis au point avec Amba et Egon.

Il l'amena vers Cool Paradise où ils trouvèrent un palmier à l'ombre duquel ils pouvaient parler tranquillement.

De but en blanc, Sacha finit par lui dire:

- Elinor, tant que tu seras attachée à l'Opposition de cette manière incontrôlée... c'est-à-dire, tant que tu ne seras pas fiable, je ne pourrais pas te laisser voir Noah comme tu veux. Mais je préfèrerais que ça soit toi qui t'en occupes. Lui aussi... mais, comprends que pour le moment ça ne soit pas possible. Depuis le 15 juillet, je suis soumis à une rigueur règlementaire. Je ne peux rien faire. Je suis poing et pieds liés. Et je dois... je dois...

Sacha se sentait abominable de lui infliger ça après ce qu'il avait vu de l'épisode avec Mordred:

- Je dois effacer tes souvenirs d'hier soir et de notre rencontre pour le moment... En outre, si tu veux retrouver la liberté et ton indépendance, il faut que tu acceptes... de quitter la Résistance.

Il laissa un silence de circonstance. Sa voix résonnait grave malgré l'espace infini qu'il y avait autour d'eux. Il trouvait son timbre caverneux et dur. Ce n'était pourtant que de l'assurance et de la force.

- Je ne vois pas d'autres solutions. Hier soir, j'ai discuté avec Amba. Il pense pouvoir te protéger du sortilège de manipulation auquel tu es soumise. Mais s'ils apprennent que tu as été désenchantée, il y aura certainement des représailles. Ce que je te propose, c'est de subir le contre sortilège d'Amba mais de continuer de jouer les ensorcelée pour Mordred... une sorte d'agent double pour la Résistance. J'ai besoin de quelqu'un que je connais personnellement au sein de l'Opposition et en qui je puisse avoir confiance. Si tu acceptes de t'y faire enrôler et de nous transmettre des informations, ça serait... important. Essentiel. C'est dangereux. Je n'ai pas le droit de te demander ça mais je le fais. J'aimerais que tu prennes ton destin en main.



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MessageSujet: Re: Baring   Lun 6 Déc - 12:13

Elle s'était contenue. Elle avait mordu sa lèvre inférieure comme toujours quand elle était furieuse, elle avait arqué un sourcil comme à chaque fois qu'elle était hors d'elle, elle avait serré les poings comme quand essayait à grand peine de contenir sa haine. Tout l'étalage de mimiques de frustration d'Elinor défila sur son visage. Jamais elle ne se l'interdisait avec Sacha puisque cela ne servirait à rien.

Elle s'était laisser emmener là en se demandant bien pourquoi.
Il y avait de la colère et même de la violence dans le regard d'Elinor. Une interdiction. Une fin de non recevoir, voilà ce qu'il voulait lui imposer. Et il transfigurait une promesse qu'elle avait faite à son fils en mensonge? Tout ça pour... Tout ça pour...

Elle se mit à bouger pour ne pas le gifler. Hors de question de revenir au temps où il l'avait embrassé dans cette salle Verdi et que sa joue avait porté la trace des cinq doigts de sa main parce qu'elle avait été incapable de réagir autrement que par la violence. Cette idée la révulsait. Y céder, ce serait revenir en arrière.

Cette séparation brusque sonnait comme un tocsin. Elle se sentait privée d'un bout d'elle-même. Son souffle se fit court, ses muscles se tendaient, se détendaient elle tourna sur elle-même, mit ses mains sur sa tête jusqu'à ce qu'elle trouve en elle la force de produire un discours glacé.

- Sacha tenant un discours hésitant? Ainsi donc tu éprouverais quelques remords à l'idée d'utiliser la mère de ton fils? C'est pourtant facile quand tu es présent et que je deviens peu à peu une étrangère pour lui. Tu crois que c'est normal pour lui que Rachel et moi ayons Elliot avec nous et pas mon propre fils? Tu crois que c'est normal pour Noah de me demander des nouvelles de sa famille quand tu as quitté la pièce où il se trouve? Tu crois que c'est normal qu'il ne pose jamais de questions sur ce qui se passe autour de lui? Ce n'est pas une vie pour lui.... pas une vie rajouta-t-elle tout bas presque pour elle. Je suis bien au courant de toute la pression qui t'incombe figure-toi, je suis pas ta Julie.

Merlin seul savait où il était allé chercher une idée pareille. Si la fracture avait était totale avec lui elle se serait presque demandé s'il n'avait pas voulu la faire définitivement sortir de la vie de son fils. Elle ne devait pas le croire, elle se l'interdit car elle savait bien au fond que ce n'était pas vrai. Rachel et Antiochus l'auraient traitée de folle à l'évocation d'une telle pensée. Pourtant, certaines ombres planaient toujours dans sa tête, et la colère ne s'évaporait pas. Petit à petit sa valse des hésitations céda sous le poids de pensées plus nobles et plus adéquates à l'état normal d'Elinor et à son rationalisme à toute épreuve.

- Ainsi donc tu as discuté avec ce demi-dieu et joué aux dés mon avenir personnel. Charmant.

En crachant ses mots sur Amba elle oubliait un peu vite les prodiges qu'il avait réalisés la veille et elle le savait. C'était la seule manifestation de colère qu'elle s'autorisa dans tout son discours.
Sacha lui offrait quand même un moyen privilégié de parvenir à ses fins avec Mordred et de jouer un rôle important dans le mouvement. Elle en était parfaitement consciente.

- Sois honnête, ce n'est pas mon destin que je prends en main mais celui d'une partie du mouvement de la Résistance.

Son coeur avait regagné un rythme normal et son regard tout son mordant. Ce sur quoi elle laissa s'épancher toute sa maîtrise diplomatique.

- Tu veux que je quitte la Résistance de manière officielle et que j'intègre l'Opposition? Très bien. Ce sera à mes conditions. Inutile de t'affirmer que je n'aurais aucun mal à y entrer.
J'ai trois conditions, et étant donné que je mets ma vie en jeu, tu dois me les accorder. Ecoute bien car c'est la première et la dernière fois que j'utiliserai autant de fois les mots "je veux" face à toi. Voilà le moment qu'elle choisit à son tour pour utiliser les vertus du silence dans la dramaturgie du discours.
La première de mes conditions est que Rachel soit mise au courant de ma situation et de ce que à quoi je m'engage. Il faut qu'elle quitte le mouvement elle aussi et qu'elle soit protégée. Je suis prête à faire un serment inviolable avec elle. Contrairement à toutes les déclarations qu'elle avait pu lui faire, Elinor aimait sincèrement son amie et partageait ses convictions les plus profondes. Elle ne pourrait lui cacher cela.

- La seconde est que tous mes souvenirs soient conservés dans des fioles pour pouvoir les récupérer un jour ou être lus dans une pensine. S'il m'arrive quelque chose, je veux que ces souvenirs soient montrés à Noah le jour de ses onze ans. Elle avait mal de dire ça. C'était la seconde fois qu'elle envisageait sérieusement sa mort. Et regarder en face ce qu'elle laisserait derrière elle lui déchirait le cœur. De fait, en prononçant ses paroles, son ton s'était fait de plus en plus doux et hésitant, jusqu'à ce qu'elle formule sa dernière volonté dans lesquelles éclata toute sa détermination: Enfin ma mission devra prendre fin à la mort de Mordred. Si j'en ai l'occasion je le tuerai moi-même Sacha. Et quand je l'aurais fait, je veux pouvoir tout arrêter.


Au-delà des modalités techniques qu'il leur faudrait définir ensemble, Elinor se laissa happer par un souvenir, celui de la soirée qu'elle avait passé avec lui sur les toits de Poudlard, le soir où elle avait plongé dans les enfers pour retrouver sa mère l'espace d'un instant. Sacha avait veillé à ce qu'elle revienne, il en avait pleuré... Ces quelques images suffirent à balayer les quelques doutes qui subsistaient quant à son engagement. Elle savait où elle allait, et qu'au moindre faux-pas, elle se retrouverait seule.

Elle reprit la parole d'un ton plus apaisé:
- Alors tu as vraiment confiance en moi et en mes capacités d'espionnage?
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MessageSujet: Re: Baring   Jeu 9 Déc - 12:39

Il attendit la baffe mais la baffe ne vint pas. Il attendit, glacial, et l’écouta déverser sa rancœur comme une mélodie qu’il n’avait plus entendu depuis longtemps. La symphonie d’Elinor valait tous les opéras, en variation topiques et gloses délectables sur les déclinaisons de l’amertume. Parfois, il ressentait un plaisir immoral à surprendre le déficit d’indolence et de contrôle sur soi de son entourage quand, lui, se voulait inébranlable. Un sale côté. Un vieux penchant dur comme le fer et qu’il avait encore du mal à fourbir. Il ne le faisait pas au détriment d’Elinor mais dans une quête inexhaustible des curiosités renfermées par l’âme humaine. Distrait par sa fascination du ressentiment de sa meilleure amie, il se demanda si ce qu’il avait ressenti la veille à l’encontre de Mordred, lorsqu’il avait découvert ce qu’il avait fait subir à Elinor, était à la hauteur de ce qu’elle-même paraissait nourrir à son égard en cet instant. Beaucoup de haine. Se devait-il d’être flatté d’attiser une telle profusion d’émotions négatives?

Les raisonnements de Sacha comportait tant d’ironies et de cynisme qu’il se gifla intérieurement de se défendre à l’insu de Manoue. En effet, peut-être méritait-il qu’elle lui alloue autant d’antipathie, et sinon plus, qu’il n’en avait ressenti à l’égard de Mordred. Au bas mot, il ne valait pas plus que l’Opposant.

Sacha demeurait imperturbable. Il la laissa s’exprimer à sa convenance. Il ne s’était pas attendu à ce qu’elle le loue. L’idée était difficile à digérer et il en avait conscience. Il apprécia sa haine à sa juste valeur pour faire honneur à la laideur dont Elinor était affublée lorsqu’elle avait ce visage-là.

Quand elle en arriva au terme du décompte de sa tribu de ‘je veux’, il lui sourit pour détruire un soupçon la montée de tension qui planait au-dessus d’eux. Il n’avait aucune envie de se disputer. Pourtant, Merlin seul sait combien il aurait eu à répondre à la débauche de conneries qui avait proliférées tout près de cette langue délicieuse qu’il avait naguère tenue contre la sienne.

Sa figure était devenue toute détendue.
Son sourire arquait sa bouche d’une courbe irrésistiblement sarcastique.

- Validé.

Il se leva et lui tourna le dos.

Lorsqu’il atteignit la porte, il pointa sa baguette vers elle et lança en informulé un ‘oubliette’ si prompt qu’il ne vit, de la dernière expression d’Elinor, que les premiers signes de la surprise... même pas menée à bout.

Il revint sur ses pas et feignit de la voir pour la première fois depuis la matinée. Il se pencha sur elle et l’embrassa sur le front.

- Bien dormie? Questionna-t-il en se rasseyant en face d’elle. Amba est prêt à te rencontrer. Il va essayer de te libérer du maléfice de Mordred comme nous en avons discuté tous les trois hier soir. J’ai revu ma position sur son appartenance à la Résistance. Tu ne peux pas quitter la Résistance, comme ça... jouer la cinquième colonne ne remet pas en question ton appartenance au mouvement. Au contraire, il le renforce. Si tu le veux bien, tu seras en binôme avec Rachel. Vous infiltrerez toutes les deux l’Opposition... nous vous protégerons grâce à des sortilèges permettant l’intégrité de votre mémoire. Cependant, je crois qu’il serait mieux que tu continues de jouer les hallucinées pour Mordred autrement il va découvrir le poteau rose.
Est-ce que tu es certaine de pouvoir faire ça? Tu peux me dire non. Ca ne changera pas nos plans. Si ce n’est pas toi qui y vas, ça sera un autre Résistant.


La fin justifie-t-elle toujours les moyens? L'avenir saura.

Sacha respecta sa part du marché. Il avait saisi tous les souvenirs d’Elinor dans sa propre mémoire comme les talents de Juge Lara Impartial le lui permettaient. Il préférait servir de Pensine humaine plutôt que de laisser les précieux souvenirs de la mère de son fils dans une vulgaire fiole à la merci des aléas de la vie. Il les lui rendrait dès que possible. Si Elinor, délestée des souvenirs de ces douze dernières heures, acceptait l’arrangement une nouvelle fois, il expliquerait à Rachel les conditions exactes de leur infiltration, ainsi qu’à la famille d’Elinor. Agent double.





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MessageSujet: Re: Baring   Mar 28 Déc - 8:36

Ce baiser sur son front la sembla la réveiller à la manière de ce qu'aurait pu faire un prince charmant. Etrange. Ce n'était pas un prince, il n'était pas charmant, c'était Sacha. Fallait pas déconner.

Lorsqu'il s'assit elle fit quelques pas et s'étira longuement en baillant. Diantre, qu'elle se sentait bien! Elle ne s'était pas senti aussi fraîche et reposée depuis trop longtemps.
Les lits de Poudlard étaient-ils plus confortables que les bras de Rachel? En tous cas mieux valait ne pas lui faire part de cette remarque au risque de déclencher un cataclysme dans toute la maison. Ses vieux murs en tremblaient déjà assez souvent. Sacha commença à parler et les pensées intimes d'Elinor s'estompèrent.

Elle l'écouta patiemment et opina du chef les yeux brillants. Elle ressentait beaucoup de fierté d'être l'amie de cet homme et en même temps de la compassion pour ce qu'il faisait, pour la cause qu'il menait.

- Je le ferai. Pourquoi en douterais-tu, ne me connais-tu pas? demanda-t-elle exaltée. Je suis fière de le faire. Et puis il vaut mieux que ce soit avec Rachel. Je souffrirais de devoir lui mentir.

Elle s'agenouilla devant lui et prit ses mains dans les siennes.

- Si j'avais un quelconque pouvoir de persuasion sur le temps j'essaierai de le persuader de ses suspendre pour te laisser un peu profiter de ta vie, de ta famille, de ta femme. Il est tellement lourd ce fardeau que tu as décidé de porter. Même si tu es entouré toi seul en supportes la responsabilité...

Un de ses mains s'exila des siennes pour caresser ses cheveux. Elle déposa un baiser sur son front à son tour et le fit lever avec elle.

- Allez, trève d'appitoiements, tu détestes ça même si je suis sincère dans ma démarche. En tant que Sacha, tu ne m'en diras rien mais n'en penses pas moins. Allons donc voir ton demi-dieu.

Amba les attendait vautré dans ce trône sur lequel il détonnait. Son visage juvénile affichait une mine lasse et contrariée, le même type d'expression qu'il arborait déjà la veille, à croire que ce blasement était perpétuel chez lui. Elinor se contenta de le saluer et attendit patiemment une quelconque remarque mais il n'y en eut pas.

Quelques temps après, Amba commença son oeuvre auprès de la jeune femme qui se sentait toujours aussi légère. Il l'avait à nouveau faite asseoir dans un fauteuil rouge.
Durant l'office, Elinor ressentit qu'on essayait d'extraire quelque chose propre à son être, quelque chose qui s'accrochait. Son âme exprimait une déchirure à mesure que le la magie d'Amba progressait dans son entreprise. Il irradiait une onde de lumière prourpre de la mère de Noah. La chose se cramponnait toujours et refusait de lâcher prise, comme si la Résistance provenait directement de Mordred. Les muscles d'Elinor accompagnaient et soutenaient le maléfice contre la volonté d'élinor. Ses mains agrippaient les accoudoirs du fauteuil, ses doigts en pénétraient presque le velours. Puis une intense lumière rouge se projeta en une immense colonne sur la voûte de l'immense salle. Dans le cou d'Elinor, une improbable scène vit le jour. Le dragon tatoué laissa échapper de la fumée de ses naseaux et toute forme de magie vida ses yeux qui du rouge passèrent au turquoise.

Evaporé le sortilège, mais Elinor se sentit épuisé. Elle déclina toute envie de remerciements pour laisser place à toute sa détermination concernant sa nouvelle mission.

- Je suis prête. Dites-moi simplement ce que vous attendez exactement de notre infiltration. De quel genre d'informations avez-vous besoin?

Elle avait djà une petite idée de ce qu'elle comptait faire concernant la position de Mordred auprès d'Antarès. Mais il lui fallait des ordres précis.
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MessageSujet: Re: Baring   Sam 5 Fév - 12:28

Il masqua son inquiétude tout le long de l'opération. Ses yeux vrillèrent un espace flou qui se trouvait entre elle et lui. Il regardait juste un peu en dessous de la ligne d'horizon pour ne pas risquer de rencontrer le visage d'Elinor ou, dans la même perspective, le visage d'Amba. Il maîtrisa son pouls et la nervosité concentré dans ses mains, se força à les détendre et à évacuer toute pensée de son esprit. Il en avait assez d'être à la merci de ses émotions. Il devait s'infliger un peu plus de dureté sinon il ne parviendrait jamais au bout de ces aventures.

C'était aberrant, pensa-t-il à la fin de l'office, il devait s'habituer à voir souffrir ses proches pour garder la tête froide et prendre des décisions qui ne soient influencées par ses émotions. Pour que les décisions soient meilleures. Pour que tout soit choisi en connaissance de cause, avec discernement et intelligence. L'émotivité et les passions brouillaient l'intelligence. Il fallait avoir du recul... accepter de faire souffrir un peu maintenant, pour guérir beaucoup plus tard.

Ses réflexions étaient-elles sincères ou essayait-il de rompre sa morale parce qu'ainsi tout était plus convenant?

Il n'en sut rien. Tout s'évapora d'un coup dès qu'Amba lui rendit Elinor saine et sauve. Il se propulsa de son siège mais se retint de faire un pas de plus. Il demeura debout face à elle. Spontanément - s'il ne s'était pas forcé à interrompre son élan -, il l'aurait prise dans ses bras, caressé la joue, les cheveux et le dos pour savoir si tout allait bien. Si elle était entière. Ses yeux, sa force, sa mémoire, son tatouage, tout était-il bien à sa place?
Mais il se contenta de rester debout en face d'elle et de la dévisager. De loin. De froid. De rigueur. De... leader?

Tout le monde avait plusieurs étiquettes. Elle n'était pas seulement la mère de son fils, elle était aussi un membre de la Résistance dont il était responsable et leader. Et maintenant, il en faisait un agent double. Il fallait faire confiance à ses capacités, au même titre qu'il faisait confiance à Enki, Adel, Berenice ou Kephren quand ils partaient en mission. Ce n'était pas parce qu'il était lié par l'amour à Elinor et Noah qu'il devait admettre de se comporter autrement avec elle. Certes, ce qu'il ressentait pour elle était différent de ce qu'il ressentait pour les autres. Il ne le niait pas. Mais ses sentiments ne devaient pas envenimer le chiche faisceau de solutions qui s'offraient à lui. De l'attention mais pas de favoritisme, et les Hippogriffes seront bien gardés.

Sacha se décontracta d'un coup. Il relâcha imperceptiblement ses épaules et les traits de son visage. Il recouvra sa nonchalance et son pragmatisme naturel et laissa de côté les enfantillages comme l'inquiétude et le remords. Le temps des remords viendrait plus tard.

- Ne fais rien qui diffère de l'ordinaire. Laisse venir. Ouvre bien les oreilles et, dès que tu peux, transmets au QG les informations que tu recueilles. Plus tu arriveras à t'approcher de Shaulas et Dschubbas, plus tu en sauras sur leurs machinations et leurs objectifs. Je voudrais avoir une personne fiable qui puisse m'aider à anticiper. La force de cette guerre, c'est l'information. Celui qui en saura le plus, pourra toujours avoir un coup d'avance.

Amba, resté derrière eux, fit un petit signe discret pour stipuler qu'il s'en allait. Il disparut sans faire de bruit après avoir recueilli les remerciements de Sacha par la pensée.
Quand ils furent seuls, Sacha dévia la conversation:

- Manoue, écoute-moi. Si tu sens que ça part en baguette, tu reviens sur le champ. Ne prends pas de risques inutiles. On a déjà beaucoup de monde qui les observe. Vraiment pas la peine de te faire tuer pour ça.

Il marqua un temps léger. Sourit faiblement.

- Je dois partir au Canada très bientôt... Si tu veux, reste avec Noah, à Verdi. Jusqu'à mon retour. Dès que je serai revenu, tu pourras commencer ton infiltration.

Dès qu'il sera rentré, les choses redeviendraient comme avant... ne précisa-t-il pas afin de ne pas enfoncer le couteau dans la plaie. Mais Elinor aura naturellement déduit cette évidence. Ce qui comptait était que Noah et elle puissent éventuellement ravir un peu d'intimité aux temps présents quand il serait absent.



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