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 Une vie moins ordinaire

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Casey Call
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Jeu 26 Aoû 2010 - 22:10

Au départ, Emreis, bien qu’impliqué dans la conservation par Dimitri, m’était apparu comme un simple employé, pour ne pas dire vulgaire employé, sans méchanceté aucune. Je devais donc travailler et axer un relationnel essentiellement sur le jeune directeur du musée, car c'était lui qui détenait toutes les clés. Il avait tout ce qu'il me manquait pour obtenir ce que je voulais. Je travaillai donc à instaurer un climat de confiance avec lui et je pense que c’était en partie chose faite. Mais pour Marvin, il fallait que j'aille encore plus loin.

C’étaient eux. Je le savais. C'étaient forcement eux.

La réflexion du gardien me conforta dans cette idée. Je m’intéressai désormais un peu plus à lui, car sa remarque m’avait réellement séduite et sa personne suscitait désormais chez moi un intérêt qui se voyait multiplié. Il n’y avait plus de doute, j’avais besoin d'eux.

- L’Amérique ? interrogeais-je, laconique, pour déposer le doute et observer une éventuelle réaction devant sa propre réflexion, tout en marchant vers le bureau d’Ulysse.

- Effectivement, enchainais-je rapidement pour ne pas paraitre trop fourbe, vous êtes intéressant. disais-je sans tenter de camoufler le lapsus qui me fit utiliser le «vous êtes» à la place du «c’est», ni même d’effacer mon ton doucement charmé. A ce moment là, j’observai vraiment ce garçon. Je notai, en une fraction de seconde, l’aspect, la couleur, les nuances de ses cheveux et de ses yeux, la forme et les traits de son visage, son odeur aussi. Habituellement, il était très fréquent que je ne sois pas capable de décrire en détail une personne que je venais pourtant de rencontrer. Comment étaient ses cheveux ? Etaient-ils châtains foncés ou noirs ? Et ses yeux ? Etaient-ils bleus ou bien verts ? Pour Emreis, je logeai dans un endroit de mon crâne l’empreinte sensorielle que je venais de capturer.

Car ce même pays m’était apparu aussi. Mon cheminement dans cette hypothèse avait certes été différent, mais il était encourageant de voir que nos conclusions s’approximaient.

- Vous pensez bien, qu’avant de venir vous voir, j’ai effectué de mon côté quelques petites enquêtes. Concrètement, elles n’ont rien donné. Pourtant, j’ai pu obtenir une information. disais-je en passant la porte du bureau.

- Merci. répondis-je lorsque l’on me présenta un fauteuil confortable. A peine assis, je commençai à raconter avec enthousiasme. Thomas Jefferson était premier lieutenant dans l’armée de terre de états-unis pendant la seconde guerre mondiale. Dans la deuxième division d’infanterie, il a eu un jour pour mission «d’assurer et de diriger la récupération et le rapatriement d’objets d’arts et de collections» volés par les Allemands et stockés dans leurs musées. C’était en tout cas ce qu’indiquait un document publié sur le site internet WikiLeads.org, qui rendait public des secrets défense américains depuis 2010. Le document en question s’était affiché rapidement après quelques recherches hasardeuses sur Google. J’étais peut-être sorcier, mais je trouvais cet outil aussi pratique que n’importe lequel de nos sortilèges.

- Il aurait aujourd’hui 83 ans et vivrait dans le Dakota du Sud.

Ce vieil homme ne possède peut-être pas la solution, mais il pourrait au moins expliquer où et comment cette pièce a été convoyée, si elle l’a vraiment été.


Ne connaissant pas grand chose de ce pays, j’avais donc poursuit mes recherches sur l’outil informatique. J'avais découvert une carte de cet état et je m'étais penché sur quelques photos de sa capital, Pierre. L'endroit paraissait agréable et plusieurs coins m'étaient apparu très propice au transplanage.

- Je peux m’occuper de localiser plus précisément ce Thomas Jefferson une fois sur place, par contre, je vais avoir besoin de vos réflexes pour identifier formellement l’objet que nous recherchons. L'utilisation du nous était volontaire pour sceller notre collaboration et créer leur implication.

Personnellement, j’aurais été incapable de faire la différence entre l’amphore que je recherchais ou une autre. Les illustrations qui l’ornaient étaient pour moi totalement indéchiffrables et je les aurais très facilement confondues avec n’importe quelles autres.

Je proposai de les retrouver au musée dès le lendemain matin, tout en leur assurant que l’expédition ne durerait pas plus de deux jours.

- Vous serez là ?
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Emreis McEwan
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Lun 6 Sep 2010 - 23:57

Je guettais l'approbation d'Ulysse avant de donner la réponse définitive qui nous servirait de verdict. J'avais beau avoir senti un changement dans son attitude depuis que nous étions installés, il n'en restait pas moins une trace de réflexe due à l'habitude. Plus que cela, ils devaient se douter, tous les deux, que ça n'était pas une aventure dans laquelle je me lancerais seul. S'ils l'ignoraient encore, ce simple regard devait les renseigner.
Ulysse approuvait.


- Nous serons là.

Ce "nous" avait un drôle de goût sur ma langue. Je l'avais fait tourner en rond dans ma bouche pendant sept tours consécutifs mais il conservait des allures d'étrange. Je devrais m'y faire.
Je percevais, de manière flou, un renversement dans la manière dont s'agençait notre curieux trio, un renversement que je ne m'expliquais pas. Je savais combien le corps, sa posture, ses attitudes pouvaient trahir ce que nous pensions, ce que nous sentions. Le savaient-ils aussi? Tout comme je savais combien j'étais prompt à faire d'un petit rien une montagne et à laisser mon imagination monter en neige. J'avais presque dû résister à l'impulsion de prendre des notes. Pour me donner une contenance autant que pour parer à ma mémoire. Nous étions le soir, nous partions le lendemain, et, une fois sur place, je serais à moitié paralysé à l'idée de faire une gaffe. Je détestais, comme tout le monde je suppose, me sentir ridicule. Tant que ce que je devais faire était régi par des règles tacites (de "saluer une connaissance croisée dans la rue d'un vague geste de la main" à "se montrer poli mais ferme vis-à-vis des visiteurs trop 'tactiles'"), aucun problème, il suffisait de faire ce que l'on attendait de moi. La société était telle que la majorité des comportements sociaux répondaient à des codes précis. Mais une fois sorti de mon contexte de gardien du Petit Musée ou d'artiste un peu illuminé, c'était quasiment le faux-pas assuré. Nous verrions demain...

L'heure de la séparation approchait. Nous finissions nos verres dans un silence presque confortable. Je m'égarais dans mes pensées, malgré la présence des deux autres jeunes hommes. Je n'avais jamais vu l'Amérique. Comme tout un chacun, j'en avais rêvé, plus jeune, avec ce sentiment mitigé de rêve de d'espoir déçu. Le nom m'évoquait un mélange de clichés de gars en chemise à carreaux chevauchant des chevaux à moitié sauvage, tout en mâchonnant un brin d'herbe sèche, de modernité dérisoire et de nuages de fumée sortant de bouches d'égout. Je supposais que je serais fixé le lendemain.

Nous échangeâmes encore quelques paroles, pauvres en informations réelles, hormis l'heure et le lieu du rendez-vous. Call nous quitta le premier. Je lui serrais la main à peine plus fermement que nécessaire, en guise de salut. De promesse. Ou d'au revoir. Je ne savais plus très bien. je me retrouvais seul avec Ulysse, sans trop savoir comment prendre congé. Quelques derniers mots? Un échange d'impressions? Je me contentais d'un bref salut. il devait être habitué à me voir redevenir sauvage dès que je me sentais mal à l'aise.


Le lendemain, ils étaient déjà là lorsque je les rejoignais. Mais j'avais le café et ma dose de bonne humeur à revendre. Le matin me faisait toujours cet effet là. Le soleil éclairait la situation d'un jour nouveau et je trouvais mes craintes diverses et variées futiles et un peu crétines. J'étais remonté à la curiosité et à l'adrénaline, prêt à vivre ma dose d'aventure. Si aventure il y avait. Nouveau continent, voyage vers l'inconnu, oui, c'était presque une aventure. Quant au reste... ma foi, dans un premier temps, tout reposait sur les épaules de Casey, qui serait notre guide jusqu'à ce que l'on trouve l'objet en question. Ou un objet quelconque, en définitive.
L'heure tournait et, après les saluts d'usage, une dernière vérification, nous nous préparions au transplanage de groupe. Sur l'instant, mes pensées s'enfuirent en direction d'une échappatoire possible. Je n'avais jamais transplané aussi loin. Et je détestais tout bonnement transplaner. Je me cherchais une excuse sans la trouver, pour m'esquiver et trouver un portoloin qui me mènerait à destination. J'étais un peu froussard mais hors de question de le reconnaître. J'aimais le confort, dans une certaine mesure, voilà tout. ma soeur Morgane disait que j'étais devenu artiste pour fuir mon statut de sorcier et les responsabilités inhérentes. Trop tard pour reculer, de toute façon. Nous formions une chaîne et Call tourna sur lui-même, nous emmenant avec lui. Quand je rouvris les yeux, tout, du fond de l'air jusqu'au soleil qui avait disparu (décalage horaire oblige, il faisait encore nuit), avait changé, à m'en désorienter les sens. Je m'empressais de lâcher et ulysse et Casey, le temps de retrouver mon équilibre.


- Bienvenue à Pierre, Dakota.

Dit d'un accent traînant qui était, pour moi, la marque de fabrique de l'américain moyen.
Ma remarque était certainement anachronique, sinon, déplacée. Je n'avais pas pu m'en empêcher. Un brin de fantaisie pour inaugurer notre excursion.
Promis, pour la suite, je serais le"connaisseur" sérieux et passionné. Presque.
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Ulysse Denali
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Mer 15 Sep 2010 - 16:47

Mes pieds ont retouché le sol mais je n’ai pas tenu deux secondes debout. Je me suis effondré comme un sac. J’avais tellement mal au cœur et au crâne que la douleur de mes genoux qui rencontrent brutalement le sol était passée totalement inaperçue au palmarès de mes souffrances. Je connaissais leur mode de transportation mais j’y avais toujours coupé jusqu’ici. J’étais resté incrédule face à l’hypothèse qu’on puisse disparaitre d’un lieu et apparaitre en un autre en se dématérialisant ou que sais-je. A la vérité, l’idée de n’appartenir ni au ciel ni à la terre pendant un instant me donnait des sueurs froides. Je concevais beaucoup de choses dites extraordinaires sans me défier et en tolérais tout autant de plus ahurissantes à commencer par le nombre aberrants de lois scientifiques et naturelles que la magie pouvait briser, mais l’espace temps restait l’infroissable vérité qui rendait le monde Monde. Que ne pourrais-je plus concevoir si la possibilité de se déplacer en un clignement de paupières d’un endroit à l’autre était vérifiée ? Rien. Tout deviendrait possible. L’horreur comme le plus extravagant.

Pendant que je vomissais mes tripes et que j’avais honte de leur paraitre si faible et si humain, j’ai réalisé que, véritablement, tout pouvait arriver désormais. C’était terrifiant.

J’ai attendu que le haut-le-cœur me passe sans leur adresser un mot ou les regarder. Sentir leur présence (et peut-être aussi leur impatience que j’aille mieux de nouveau pour qu’on se mette plus vite en route) augmentait le sentiment pitoyable que j’avais de moi. J’ai songé que je commençais bien mal l’aventure mais il était hors de question de rester sur l’écœurement que le transplanage m’avait procuré. Je me suis donné cinq minutes pour me reprendre, me remettre de cette torpeur et pouvoir ne plus songer à ce malaise embarrassant. J’ai pris sur moi de les faire bénéficier d’un brin d’autodérision plutôt que de ma honte pour qu’on n’en parle plus.

■ Ma façon à moi de marquer mon territoire, ai-je balancé d’un ton abusivement décontracté une fois debout. Emreis avait fait disparaitre le fruit de mes entrailles en un coup de baguette.

Rire de soi plutôt que s'apitoyer. Je faisais ça plus pour moi, me sentir mieux, que pour eux, qui devaient se douter que le voyage ne se passerait pas sans anicroche pour moi.


J’avais ma baguette magique, plus communément appelée Iphone chez les moldus. C’est tout ce que j’avais emporté avec moi: ma carte de crédit et mon iphone. Pour nous situer avec exactitude, j’ai activé la carte de localisation géographique. Nous avions atterri dans un parc, près de l’embranchement de W Sioux avenue et de Dakota Avenue. Nous nous sommes mis en route vers le centre ville. Après moins de dix minutes de marche nous sommes montés dans un bus qui nous a déposés près du State Capitol. D’après les sources de Call, le vieux Jefferson habitait près du bâtiment. Déformation professionnelle, je suis resté les yeux pendus aux colonnes ioniques de cette prouesse architecturale d’un métissage néo-grec surprenant tout le temps que nous marchâmes devant pour le contourner.

L’heure était tardive. Je me suis demandé si Casey comptait réellement aller frapper à la porte du vieil homme maintenant. La première chose était d’entrer en contact avec lui mais devions-nous faire passer la bienséance derrière notre empressement ? Si cela ne tenait qu’à moi, j’y serais allé quand même. Si l’appartement était allumé, nous pouvions sonner. S’il était éteint, nous pouvions toujours profiter du manteau de la nuit pour aller fureter du côté de la galerie de Francesco Tate, le compagnon de Rafaelo Turpentine. Le monde était petit et les coïncidences si nombreuses. Le compagnon du peintre du diptyque du 14 juillet habitait Pierre. Celui-là même qui avait fourni au Petit Musée les Pithos aux gravures similaires à celle de la photo de Casey. Cela ne pouvant pas être qu’une coïncidence, nous avions liés les deux faits en attendant d’en savoir plus.

Arrivés devant la porte de l’immeuble de Jefferson, aux fenêtres, plusieurs lumières étaient allumées témoignant de la vie intérieure encore active des habitants. Le damier irréguliers des couleurs de couleurs lumineux dessinait comme un M sur les quatre étages de la résidence.

Je me suis dirigé vers les interphones pour vérifier la présence d’un Jefferson sur la liste des habitants.

■ Il est bien dans cet immeuble. 3ème étage, à droite.

J’ai levé le nez vers la façade pour vérifier qu’au moins une fenêtre était allumée à l’étage en question. Il y en avait trois dont deux appartenant visiblement au même appartement.

Je me suis retourné vers mes deux camarades. Comment savoir si l’un de ces deux appartements était celui de l’homme que nous recherchions ? Il y avait peut-être d’autres logements qui donnaient sur une cour intérieure vue la profondeur du bâtiment.

■ Que fait-on ? les ai-je pris à parti. On sonne, on attend demain ou entre et on frappe aux portes du 3ème ?

Peut-être voyaient-ils d’autres options. Ces trois là étaient peut-être précipitées mais nous n'avions que deux jours. Moi, je n'en avais qu'un. Madame ma Soumetteuse avait agrée à 28 heures de liberté. Pas une de plus. Un nouveau banquet aurait lieu à l'issue de ce délai et il paraissait que je ne devais pas le manquer. Plus motivé que jamais, je n'avais pas souhaité en avertir mes deux compagnons. Coute que coute, nous devions retrouver cette amphore en moins de 28 heures.

Je les rejoignis, mains dans les poches, sans marquer de préférence pour l'une ou l'autre de ces possibilités.
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Casey Call
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Dim 19 Sep 2010 - 17:12

- On y va, mais avant, laissez moi apporter quelques petites modifications à nos tenues pour mon plan A.

Je sortis ma baguette et en donnai un coup pour chacun de nous. Nos sac-à-dos disparurent et nos vêtements se changèrent en des costumes sombres presque similaires où des chemises blanches parfaitement repassées contrastaient avec des cravates, toujours dans un même ton.

- Vous êtes parfaits ! disais-je en les observant. Je ressentais une petite fierté en voyant leur allure car j’avais estimé leurs mensurations que de quelques coups d’oeil hier soir. J’avais dû ensuite me lever très tôt aujourd’hui pour aller voir la boutique d’un tailleur réputé près de chez moi et acheter ces trois complets. Fort heureusement, nos tailles et nos carrures étaient à peu près standard.

Je ne leur dévoilai pas ce que j’avais prévu et je m’avançai jusqu’à l’interphone. J’appuyai sur le nom de Jefferson et un bruit strident se déclencha montrant que l’appel avait été pris en compte. Nous attendîmes quelques instants, puis un grésillement accompagné ensuite d’une voix roque sortirent du haut-parleur.

- Qu’est-ce que c’est ! aboya une voix à l’accent yankee.

Même en amérique, les vieux se lèvent toujours très tôt. Je me penchai pour me rapprocher de la boîte grise fixée au mur.

- Agent spécial Botwin, FBI, j’avais toujours rêvé dire ça, nous aimerions vous posez quelques questions concernant une mission que vous avez effectué pendant la guerre.

L’interphone resta silencieux et je crus qu’il avait raccroché. Je m’appretais à rappuyer sur son nom quand il se manifesta à nouveau.

- Vous savez l’heure qu’il est ?

- Désolé monsieur Jefferson, mais nous venons directement de Washington et notre vol vient d’arriver il y a à peine une heure.

L’homme marmonna quelque chose d’incompréhensible et le grésillement de l’appareil cessa. Je me redressai, pensant déjà à mettre mon plan B en action, lorsqu’une décharge électrique parcouru la gâche de la porte qui s’ouvrit dans un claquement.

- Merci, lançais-je de contentement à un interphone devenu sourd et muet.

Je poussai la porte et j’entrai dans un couloir où de chaque côté s’alignaient des rangées régulières de boîtes aux lettres au même format. J’en parcourus bien la moitié avant de trouver celle qui nous intéressait.

- Jefferson. Appartement 313

J’avançai jusqu’à l’unique cage d'ascenseur et je pressai le bouton qui fit s’ouvrir immédiatement les portes.

- Jusqu’à présent tout va bien, non ?! Je parlai juste pour passer le temps nécessaire à notre montée. J’avais une sainte horreur de ces appareils, non pas parce que je pensais à des scénarios catastrophes - problèmes mécaniques, bloqué entre deux étages, chute dans le vide & co - mais parce que l’on s’y retrouvait à plusieurs et qu'il y avait toujours ce malaise pesant qui s’affaissait sur l’endroit clôt jusqu'à ce qu'il devienne insupportable. Nous échangeâmes quelques mots très courts pour briser le silence et lorsque les portes s’ouvrirent, je me sentis soulagé et pressé de sortir.

Je pris sur la droite où s’offrait un nouveau couloir avec cette fois des portes d’entrées dressées des deux côtés. Les numéros impairs étaient sur notre gauche, j’avançai donc jusqu’à la 313. La porte était large, marron et très certainement blindée. Ce qui m’avait le plus interpellé, c’est qu’elle était différente de toutes les autres qui ne semblaient pas disposer de la même protection.

J’entendis à peine le bruit de la sonnette retentir à l’intérieur lorsque je pressai le bouton. Une dizaines de secondes ensuite et un premier verrou claqua, puis un deuxième, puis un troisième et encore un dernier.

La porte s’ouvrit sans bruit et je remarquai immédiatement une chaine à l’allure solide protéger l’ouverture complète de la porte. Une tête aux cheveux blancs coupés très courts apparu dans le faible entrebâillement.

La phase de confrontation visuelle débutait et elle s'accompagna par une montée en flèche d'adrénaline dans tout mon organisme.

Jefferson nous observa tour à tour, son apparence reflétait son âge, mais son regard restait toutefois très vif.

- Bonjour Monsieur Jefferson, je suis l’agent Botwin et voici les agents Wilson et Hodes, disais-je pour présenter respectivement Emreis et Ulysse. Nous aimerions vous parlez, continuais-je assuré pour prendre les devants.

Il durcira son regard et semblait encore plus sur ses gardes en voyant que nous étions trois.

- Vos badges !

Je devais improviser et je ne voyais pas d’autre solution que d'allier quelques éléments de mon plan B avec celui-ci. Je plongeai ma main gauche dans la poche intérieur de ma veste pour en sortir mon porte-feuille et lui montrer ; de la droite, je pris ma baguette dans ma poche arrière.

Il regarda intensément l'objet et j'imaginai un moment devoir utiliser un autre sortilège plus impardonnable qu’un sortilège de confusion.

Il hésita et fini par me claquer la porte à la figure sans ajouter mot.

Elle se rouvrit plus largement et Jefferson nous fit un signe de la main pour nous inviter à entrer. J’engageai le premier pas et il attendit que nous soyons tous entrés avant de refermer et sceller la porte de ces verrous derrière nous.

- Ca devient pénible, j'ai déjà tout dit à vos collègues. Il nous contourna pour passer devant et ouvrir le chemin qui nous emmena vers le salon de son appartement.
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Emreis McEwan
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Ven 1 Oct 2010 - 23:39

Casey nous avait fait -ou plutôt devrais-je dire "m'avait fait"- un bref topo. le FBI était en quelque sorte l'équivalent du Quartier des Aurors chez les Moldus. Respectés et craints, ses agents faisaient figures d'autorité. On leur ouvrait la porte à toute heure (la preuve en image et en son) et si on était pas toujours ravis de les accueillir, on faisait bonne figure et on allait même parfois jusqu'à leur offrir le café. Je n'aurais vraiment pas dit non à un café, et, visiblement, je pouvais toujours rêvé. Je devrais me contenter de la dose de caféine ingurgitée peu après l'atterrissage, tout en ayant l'air à peu près digne de l'uniforme que je portais.
Je me faisais l'effet de celui qui n'était pas sorti de sa grotte au cours des deux dernières décennies et quiconque partageait cette impression n'aurait pas eu tout à fait tort.

Bon. Raisonnons. En de pareilles circonstances, qu'aurait fait un Auror s'introduisant presque de force chez un vieux sorcier? Comme tous les gamins, j'avais joué au hors-la-loi et à l'Auror et la plupart du temps, je préférais faire le hors-la-loi. On ne peut pas dire que mon CV, même imaginaire, regorgeait d'expériences. En bref, je ne savais pas vraiment quelle attitude adopter et me glissai subrepticement derrière Ulysse, tâchant de les imiter en tout point. Tête haute, regard solide et assurance chevillé au corps. Jusque-là, tout allait bien.
Arrivés dans le salon, notre hôte d'un soir nous désigna un canapé qui avait connu des jours meilleurs.
Toujours pas de café? Non. Bien sûr que non.
Ma cravate me serrait la gorge et je me demandais une énième fois comment les Moldus pouvaient accepter cet uniforme à longueur de journée.
Le silence se faisait pesant et je résistais à grand peine aux mots d'excuse qui me montaient à la bouche. Si les Aurors étaient toujours sûrs de leurs droits, je doutais que leur équivalent moldu se confondent en formule de politesse.


- Nos collègues, disiez-vous?

Nul besoin d'échanger un regard avec Botwin et Hodes pour connaître le verdict de mon semblant de prestation: trop compatissant, trop doux.
Que ce soit dû à son agacement ou à l'heure tardive, notre homme ne sembla pas relever l'erreur.


- Collins et Williams. Vous devriez être au courant. Ou bien le FBI est-il devenu un tel capharnaüm que votre administration elle-même en perd les pédales?

Euh...
Je doutais qu'un Auror ainsi rabroué en appelle au secours ses estimés collègues. Je passais donc au plan E de l'opération Jefferson. E comme Emreis. A savoir l'improvisation. Sous la pression, j'avais oublié les bonnes résolutions et l'ordre de conduite. Je ne ressignerais plus jamais pour un contrat de ce genre. Je resterais gentiment le petit Gardien de Musée que j'étais depuis quelques semaines et ne me plaindrais plus jamais de mes rares heures d'ennuis ou des visiteurs trop bruyants. Eux, au moins, ne me donnaient pas l'impression d'être sur le point de sortir une arme et de la pointer sur ma gorge. Trop tard, néanmoins, pour les regrets. Je n'étais pas un homme de décision, encore moins un homme d'action. Il n'empêchait que transplaner sous le nez de Ulysse, Call et ce vieux grincheux n'était pas une solution.


- Nous ne travaillons pas exactement ensemble. Il semblerait, Monsieur Jefferson, que votre passé ait des retentissements multiples dans notre présent. Il est de votre devoir de citoyen américain de collaborer avec les autorités.

Je me demandais si je n'en faisais pas un peu trop. Ma réplique sortait plus ou moins d'un bouquin que j'avais lu et qui, croyais-je naïvement à l'époque, ne m'avait strictement rien apporté. L'homme eut néanmoins l'air de se calmer. Je n'aurais pas cru que, malgré les on-dit, cet attachement de l'Américain moyen à sa patrie soir véridique. Calmer était un bien grand mot, en réalité.

- Collins et Williams...

J'émis une petite moue qui pouvait vouloir tout et ne rien dire, mais qui était surtout supposée traduire mon scepticisme. Jefferson me rappelait mon vieux professeur d'Aritmancie, si sûr de lui, si hautain. Un élève de ma classe, Anthem O'Connor, avait un jour eu l'audace de remettre en doute l'une de ses théories. Il y avait mis tout l'aplomb nécessaire, distillant juste assez de doute pour que l'enseignant perde de sa superbe et abaisse le masque ne serait-ce qu'un instant. Il n'avait ensuite jamais réussi à retrouver la distance et la hauteur nécessaire pour m’impressionner vraiment. Aussi, en ce moment précis, je m'essayai au rôle d'Anthem O'Connor. Il me fallait l'atteindre d'une façon ou d'une autre, percer un trou, même minuscule, dans son assurance et sa mauvaise humeur, ou c'était moi qui allait y laisser des plumes. Il était trop tard pour jouer un agent Wilson redoutable mais mutique.

- ... Certes.

Juste assez de désinvolture et d'ironie pour enfoncer le clou. Je détestais ça.

- Enfin, passons.., conclus-je avec un soupir. Revenons-en à ce qui nous intéresse.
Vous étiez premier lieutenant dans l’armée de terre de états-unis pendant la seconde guerre mondiale. Dans la deuxième division d’infanterie, vous avez eu un jour pour mission «d’assurer et de diriger la récupération et le rapatriement d’objets d’arts et de collections» volés par les Allemands et stockés dans leurs musées.


C'était de la paraphrase pure et dure de ce que nous avait dit Call -agent Botwin, toutes mes excuses- avant le départ.

- Il s'avère que parmi ces objets d'art, l'un d'entre eux, notamment, a suscité l'intérêt de nos services.

Jefferson semblait à présent osciller entre son mauvais caractère teinté d'entêtement et la perspective de se débarrasser de nous au plus vite afin de rallier les bras de Morphée qu'il aurait dû rejoindre depuis longtemps. Il plissa ses petits yeux, cherchant le piège, reniflant l'entourloupe. J'espérais que "l'agent Wilson" avait sa baguette prête pour le cas où. Je n'avais jamais réussi le moindre sortilège de confusion.

- De quoi s'agit-il, exactement?

J'eus rapidement le flash qu'au lieu de tourner autour du pot, j'aurais dû exposer notre requête rapidement, posément, en des termes clairs, précis et surtout, n'admettant aucun détour. Instinctivement, je me tournais vers Ulysse-agent Hodes. C'était lui, qui, souvent, au Petit Musée, prenait les choses en main quand l'un des employés dérapait. Il avait un je-ne-sais-quoi qui inspirait calme et confiance.
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Ulysse Denali
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Dim 10 Oct 2010 - 5:50

Je n’aurais jamais pensé avoir ça dans le sang mais je me sentais à l’aise dans ce mensonge. Je vivais mon heure de gloire dans une séquence digne d’un film policier. J’en ai bouffé toute mon adolescence ! Sans compter les séries américaines que les grosses industries de l’audiovisuel nous parachutaient comme du petit pain à la télévision. A en croire la fiction, un bon flic avait de l’aplomb, se sentait chez lui partout et traînait ce petit je-ne-sais-quoi charismatique qui donnait au spectateur abusé que j’étais envie d’attraper les bandits. En face de moi, je n’avais pas de bandit mais un vieil homme de 83 ans. Pour le reste, j’avais toute la panoplie moins le badge. Il manquait aussi les lunettes. Je trouvais que Casey nous avaient beaucoup stéréotypé mais, à sa décharge, qui avait un jour eu affaire au véritable FBI à part devant son écran de télévision ?

Que je sois à l’aise malgré la situation ne supposait pas forcément que prendre la parole maintenant m’intéressait plus que ça. J’aurais bien laissé Casey se charger de conduire l’interrogatoire. Mais Emreis me tendait le relais et je dus le saisir pour éviter que la magie soit utilisée une fois de plus sur Jefferson.

■ Nous sommes à la recherche d’une amphore, commençai-je, considérant que notre recherche n’avait strictement rien de secret. Ce qui devait rester discret était la raison pour laquelle nous recherchions l’objet. Encore que...

Je lui tendis la photo que j’avais conservée. Il l’apprécia après avoir réajusté ses lunettes et me la rendit. Son visage était toujours revêche et ténébreux. Toutefois, il n’avait pu tromper aucun d’entre nous. Il avait bien reconnu l’objet. Pupilles dilatées. Il hésitait à nous en parler. Pour l’encourager, j’expliquais des détails sans importance qui n’avaient pas d’autres buts que de lui faire croire que nous le mettions dans la confidence d’une partie de notre recherche et que son aide serait précieuse à l’avancement de l’enquête.

■ Cette photo a été prise pendant la deuxième guerre mondiale, en Allemagne. C’est la dernière fois qu’il y a eu une trace de cet objet.
■ Pourquoi vous la cherchez cette amphore ?


C’était à cette question légitime que je m’attendais à devoir mentir. Je m’étais préparé et je lui souris en m’avançant sur le coin du canapé où j’étais assis. Je voulais renforcer l’impression qu’il aurait une grande influence sur la résolution de notre investigation qui était de la plus haute importance. Je jouais. Je m’amusais du suspens que j’entretenais en laissant courir quelques secondes de silence et en baissant sensiblement le son de ma voix, comme si nous aurions pu être sur écoute. Le vieil homme mordit à l’hameçon et, sans trop s’en rendre compte, il se retrouva à se pencher à son tour vers moi.

■ Le gouvernement, continuai-je, soupçonne que cette amphore a été illégalement importée aux Etats-Unis dans les années quarante, avec plusieurs autres objets du même type. Récemment, une contrefaçon a été achetée par un particulier allemand qui l’avait faite expertiser par un cabinet peu scrupuleux. Ce cabinet percevait en fait des grosses commissions, rétribuées par une boîte américaine, sur tous les faux qu’ils parvenaient à revendre. Lorsque ce particulier a découvert la supercherie et qu’il avait acheté un faux, il a porté plainte auprès des autorités. L’enquête de la police fédérale allemande a conduit à l’exploration d’une piste concernant le marché d’objets d’art antiques de contrefaçon mis en circulation depuis les Etats-Unis.

L’homme ne mit pas longtemps à comprendre où je voulais en venir:

■ Hors si vous êtes à la recherche de l’amphore originale et qu’il existe une copie conforme d’un objet qui a soi-disant disparu depuis 70 ans, c’est que l’original doit toujours être en circulation.
■ Exactement,
souris-je avec un arrière fond de complicité. J'avais envie de jouer le bon flic.

Il me renvoya mon sourire, oubliant un moment qu’il parlait à un flic.

■ Aujourd’hui, nous devons stopper ce réseau et rassembler les objets dérobés à l’Allemagne pendant la guerre. Nous risquons un incident diplomatique si nous ne parvenons à restituer l’ensemble des pièces aux germains. Cette amphore ferait partie du lot entré illégalement aux Etats-Unis à cette époque.
■ Okay, mais maintenant, dites-moi ce qui vous fait croire que j’ai quelque chose à voir là-dedans ?


L’homme était de nouveau soupçonneux mais il avait quelque chose à cacher. Je devais clore ce mensonge par une pirouette car c’était maintenant que nous pouvions avoir une vraie piste. Je décidai de la jouer très fin. Un coup de poker. Faire celui qui savait alors que je ne savais rien:

■ Ce que vous avez à voir là-dedans ? repris-je avec un air à la Sherlock Holmes. Vous le savez très bien, monsieur Jefferson. Sinon nous ne serions pas là ce soir. Gagnons du temps et dites-moi où se trouve cette amphore... Vous étiez en Europe pendant la seconde guerre mondiale, n’est-ce pas ?

Je posais la question en connaissant la réponse. Sur sa bibliothèque, une photo d’une unité d’infanterie où je reconnaissais notre homme, plus jeune, au milieu de six compagnons d’armes. Il portait l’uniforme de l’époque et le groupe posait devant la magnifique statue de la Germania du Niederwald. Il s’agissait encore d’un quitte ou double car je n’étais pas sûr que mes sous-entendus trouvent un écho. Quand bien même ils en auraient eu un, je ne connaissais ni la portée de cet écho, ni l’intérêt qu’il pouvait avoir dans notre affaire. Mon allusion était peut-être un coup d’épée dans l’eau et j’étais le premier à vouloir savoir ce que j’avais bien pu insinuer.

Il ouvrit la bouche après un très long moment d’hésitation. Il soupira et se renfonça dans son siège. Les yeux vagues. Il se rendait. Mon coup de bluff avait fonctionné.

■ Oui, j’étais en Allemagne... et je sais qui a pris cette photo que vous tenez. Par contre, j’ai rien à voir avec ce réseau de contrefaçon et je savais même pas qu’il y en avait un qui sévissait vers l’Europe.

‘Ben moi non plus...’

■ Cette amphore, je l’ai tenue dans mes mains... se souvenait-il plein d’émotion. Je l’ai tenue et j’ai dû m’en séparer... les deux agents qui sont venus me voir ne m’ont pas interrogé sur cette amphore mais sur le casse qu’il y a eu samedi à côté, dit-il en désignant vaguement la vue par la fenêtre.

Comme je n’étais pas au courant d’un tel casse et que ça aurait pu mettre en danger notre couverture, je gardai le silence. Il continua de lui-même.

■ J’ai négocié la vente de mon amphore légalement avec la galerie de Francesco Tate. J’avais besoin d’argent... retraite misérable, vous pouvez comprendre ! Mais j’ai regretté aussitôt de m’en être séparé. Elle a une grande histoire cette amphore. On se la transmet de génération en génération dans ma famille. Elle avait été exportée en Allemagne lorsque la soeur de mon père a épousé un Allemand. Elle en prenait soin. Jusqu'à ce que je la retrouve en Allemagne, complètement par hasard, je la pensais en sécurité. Je l'ai volé... je l'ai ramené aux Etats-Unis mais j'avais oublié cette photo... Tate avait l’amphore mais elle a été volée durant le casse... c’est peut-être vos faussaires, là, vous pensez-pas ?

J’en doutais puisqu’il n’y avait jamais eu de tels faussaires et que je venais d’inventer toute cette histoire.

■ Vos collègues sont venus m’interroger parce que mon nom était sur la liste des clients de Tate et que j'ai pas un passé très heu..enfin, vous connaissez très bien mon casier judiciaire. Ils m’ont soupçonné d’avoir rencardé des petits jeunes pour le casse. Mais moi, j’avais rien dit, rien fait. Je leur ai pas parlé de la vente de l'amphore. Je voulais la paix, bah voilà vous débarqué alors la paix je l'aurais jamais ! Ils sont repartis sans rien. Si vous voulez en savoir plus, vous devez demander à l’agent Collins et à l’agent Williams... sinon, vous attendez demain pour rencontrer Tate. Je ne sais pas pourquoi ce misérable sorcier voulait tant cette amphore... elle n’était pas magique, je vous le garantie... Ca faisait huit ans qu’il la courtisait... bah il l’a eu et il a pas été foutu de la garder plus de trois jours sans se la faire dérober. Ce qui m'a interloqué c'est que quand je suis allé le voir pour savoir s'il avait toujours l'amphore, il m'a dit qu'il n'avait pas reportée son vol aux flics. Vu le prix qu'il aurait pu obtenir des assurances, j'ai trouvé ça bizarre.

Je me tournai vers mes deux compagnons.

‘Et maintenant?’ pensais-je en les dévisageant embêté.

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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Ven 10 Déc 2010 - 20:29

Nous étions levés il y avait quelques heures à peine mais ici, l'heure était tardive. Pendant un instant, je l'avais oublié. Notre hôte nous remettait les pendules à l'heure avec plus ou moins de tact. Plutôt moins que plus mais je pouvais difficilement lui en vouloir. Plus nous avancions, moins je me sentais à l'aise, avec la lourde impression que nous le poussions dans ses retranchements. Je ne savais pas comment étaient les américains mais, chez moi, en Ecosse, plus un étranger cherchait à forcer le passage, plus nous lui opposions de Résistance. Nous étions un peu relativement hospitalier mais il fallait du temps et de la patience pour nous apprivoiser.
En même temps, la mention des services secrets américains aidait peut-être à délier les langues.

Je captai au vol le regard d'Ulysse et tentait de deviner ce qu'en pensait Call.
A l'évidence, les agents Collins et Williams n'étaient pas des pistes valables. Eux ne se laisseraient pas berner par mes talents de comédien et se montreraient très certainement plus retors quand il s'agirait de leur extirper des informations. Bien sûr, il y avait toujours l'option "magie" qui flottait dans l'air. La race sorcière s'était faite spécialiste das l'art d'inventer des sortilèges en tout genre pour contraindre à la délivrance d'informations. Mais je rechignais également à cette option. La raison numéro 1, la plus courante, était tout simplement mon malaise à user de magie sur des gens qui en étaient dépourvus. J'étais peut-être naïf mais cela me semblait profondément injuste. Certains êtres humains naissaient avec le don, d'autres pas. La guerre s'était chargée de nous faire cohabiter mais, pour trouver un terrain d'entente, il me semblait qu'il valait mieux se baser sur nos ressemblances que sur nos différences. Faire de nos "plus" des atouts plutôt que des armes. La raison numéro 2 était Ulysse. Autant nos rituels à base de maléfices pour l'entretien du musée m'apparaissaient comme une base pour tisser lentement notre relation, autant faire usage de magie "forte" en sa présence me mettait mal à l'aise. A l'évidence, j'étais un grand timide.
Pas de course-poursuite à travers le Dakota, donc.
Je me doutais que j'étais peut-être le seul à penser cela mais rencontrer ce Tate était une option intéressante. Et Jefferson pouvait nous servir d'intermédiaire. Pas question, donc, de le pousser hors de ses limites.
J'aurais pu relever la mention à son passé. Ou pour le moins, faire mine de.
J'aurais pu lui demander des précisions sur sa transaction avec la galerie.
J'aurais pu lui poser des milliers de questions qui auraient eu tout ou rien à voir avec le sujet qui nous intéressait.
Je choisis de n'en rien dire.

*Tate...*

On ne se refait pas.
La moitié de mes capacités d'attention m'avaient été ôtées à l'évocation de ce nom. La Tate. Je savais que Francesco Tate n'avait sans doute strictement rien à voir avec nos TATEs (des majuscules partout) à nous mais j'avais dressé l'oreille. Je n'étais pas féru de coïncidences mais là, c'était trop gros pour ne pas y croire. La Tate Liverpool était un de mes lieux d'art préféré. Je fonctionnais à l'affect et le simple fait que notre futur contact soit rattaché de près ou de (très) loin à ma Tate ne pouvait être qu'un heureux présage. J'étais soudain plus confiant quant à la suite des évènements.


- Bizarre, en effet.

Pour la réplique qui tue, je repasserai plus tard.

- Nous vous remercions pour votre, hem, coopération. Accepteriez-vous de nous servir d'intermédiaire avec ce Tate? Il m'apparaît évident que nous devrions le rencontrer., ajoutai-je à l'adresse de mes deux "collègues".

Je fus incapable de décrypter l'expression que passa fugitivement sur le visage de Jefferson. Un doute, peut-être? Mais son regard tomba sur Call et Ulysse. J'avais toujours fait plus jeune que mon âge. Avec un peu de chance, il me prendrait pour un débutant en formation. Oui, cette piste me plaisait. Je peaufinerai mon rôle de le lendemain.


- Tate habite à une heure d'ici. Il n'arrive que pour l'ouverture, vers 10 heures.
- Et il ferme à...
- 18 heures.
- Auquel cas, donnons-nous rendez-vous à dix-huit pour afire la fermeture et éviter les heures d'affluence. Tate

*Misère...*, songeai-je en effectuant un rapide calcul. Avec huit bonnes heures de décalage horaire, notre rendez-vous était prévu pour 2 a.m., heure anglaise. Je n'avais jamais été un matinal. Il devenait urgent que je me sorte du cocon que je m'étais tissé.

Nous finimes par prendre congé de notre homme, le laissant jouir d'un sommeil bien mérité, tandis que nous nous hasardions à découvrir Pierre, Dakota.
Merlin bénisse les Américains. Au contraire du Royaume-Uni où tout était fermé dès que sonnait l'heure du thé, les Etats-Unis proposaient un large choix de service tout au long de la journée... et de la nuit. Fast-food et autres services de restauration rapide clignotaient de tous leurs néons, appelant les âmes solitaires qui erraient dans la nuit.
Nous finimes par échouer dans un de ces "restaurants". Aucun de nous n'était réellement fatigué et un repas réunissait mieux les esprits que des pérégrinations sans but dans une ville étrangère. Nous mimes en place le plan pour le lendemain (ou, devrais-je dire, pour un peu plus tard dans la journée). Corrigeons-nous: Casey et Ulysse mirent en place le plan tandis que je me contentais majoritairement d'approuver. Il était évident que notre "employeur" avait l'habitude de ce genre de situation et que mon propre employeur était plus doué en relations humaines que moi-même. Je pourrais dire que je n'étais pas assez retors mais ça n'était pas ça. Je ne me frottais tout simplement pas assez à mes semblables. Cette petite virée aux Etats-Unis auraient deux conséquences possibles, l'une ou l'autre. Ou bien je serais à tout jamais vacciné contre l'envie de me frayer une place dans le monde, ou bien j'y prendrais goût, me rendant compte que tout ceci n'était pas si terrible mais plutôt plaisant. Je penchais plutôt pour la première option mais nul n'était jamais à l'abri des surprises.
Surprise fut la nourriture que l'on nous servit. Le Royaume-Uni ne m'avait pas habitué à une telle abondance et à une telle effervescence de saveurs.
Surprise fut cette fin de nuit où la rue nous cueillit tandis que nous attendions le petit matin.
Surprise fut encore la découverte de Dakota by day. Il y régnait une atmosphère tellement différente de notre terre natale. Nous avions beau parler la même langue, nous n'étions définitivement pas de la même espèce.

Nous nous séparâmes quelques heures. Nous avions l'impression de tourner en rond en attendant sept heures.
Pour ma part, c'était ma soif d'indépendance et de solitude qui m'avait fait lancer cette proposition.
Je profitais de cette liberté impromptue pour découvrir la ville à ma façon. Je m'enfonçais dans les "vieux" quartiers, au hasard et me laissait charmer par l'inconnu. Evidemment, je finis par échoir sur un banc où je fermais les yeux pour "sentir" Pierre.


Arrow 18.00
Nous nous étions retrouvés comme convenu à quelques rues de notre futur rendez-vous de sorte à arriver ensemble sur place. Jefferson nous rejoignit, d'une humeur sensiblement meilleure à celle qui était la sienne plus tôt (trop tôt?) dans la matinée. Pour ma part, je commençais à fatiguer, et, donc, à baisser ma garde, mais c'était partie de l'aventure. Il faudrait néanmoins que je conserve assez de contrôle pour ne pas accumuler les erreurs.

Alors que nous franchissions les portes de la Francesco Tate Gallery, je prenais conscience que mon choix reflétait une erreur de plus. En nous adjoignant Jefferson, je nous avais coincés dans le rôle des agents Botwin, Hodes et Wilson, quand Tate aurait peut-être été plus ouvert à une discussion entre "connaisseurs". Nous présenter comme conservateur et gardien du Petit Musée, confrères d'outre-atlantique, plutôt que comme des membres du FBI aurait été une option nettement plus judicieuse. Jouer sur la familiarité et le côté "familial" du réseau artistique plutôt que sur la menace et la peur qu'inspiraient vraisemblablement les services secrets.
Trop tard.


- Messieurs, je suis désolé mais nous fermons., nous accueillit un homme entre deux âges. Il se tut soudain en reconnaissant notre "guide". Monsieur Jefferson?

Lui-même.

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