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 Une vie moins ordinaire

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Ulysse Denali
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MessageSujet: Une vie moins ordinaire   Mer 21 Juil - 15:09

C'était un été sans turbulences, sans orage et sans neige. Doux comme on n'en avait plus vu. Chaque jour était un jour avec un levé et un couché de soleil. Chaque nuit suivait un crépuscule et se terminait par une aube moite et il n'y avait rien de plus normal. Cette normalité m'avait d'abord contrarié. Je ne saurais pas expliquer pour quelle raison. Il y avait quelque chose d'extraordinaire dans le fait de voir la neige tomber en plein mois d'août ou de vivre six nuits d'affilées. Je me gardais bien de partager cette pensée avec quiconque car, même si nous étions un des rares pays qui résistait encore, l'Angleterre paraissait se satisfaire de cette état paisible et de ce retour à la normalité. J'en étais bien entendu obligé. Je ne regrettais pas que tout semble aller mieux pour tout le monde. Comment l'aurais-je pu ? Mais tout semblait si factice. Comme si tout le monde, d'un commun accord, se faisait croire que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais un malaise persistait.

Je vivais un quotidien auprès d'une Opposante qui ne se cachait pas de ses croyances et qui était respectée pour ça. Je ne partageais aucune de ses croyances, je doutais même qu'elles soient véridiques et que Jezabel ne jouait pas avec les médias afin de conserver ses acquis. Cependant, autour de moi, j'observais une atmosphère différente de ce que la paix aurait normalement du apporter. Personnellement, rien n'avait changé pour moi. Ma vie n'avait jamais été aussi anormale.

J'étais toujours Soumis. A la différence près que je n'étais pas le Soumis de celle que je pensais. J'ai appris avec quelques semaines de retard que Jezabel m'avait menti. Je lui appartenais et, selon ses dires, c'était bien mieux comme ça. Mieux pour qui ? A l'en croire, mieux pour moi. Elle s'était fâcheusement habituée à ma présence et mon seul espace de détente résidait dans les jours que je passais au musée. Je ne devais pas me plaindre de l'influence de Jezabel dans ma vie puisque grâce à elle, Le Petit Musée prospérait et des arrivages mensuels me permettaient d'organiser divers évènements où je voyais affluer des artistes et des personnalités que je n'aurais jamais espérées rencontrer autrement. Les pièces d'art et d'histoire qui pavaient mes allées me remplissaient de fierté. Bien plus que la façon ou la raison qui me les avaient values. J'avais d'ailleurs reçu plusieurs menaces plus ou moins violentes de personnes qui voulaient me dissuader de garder ce musée. Je n'ai rien dit à Jezabel car je ne veux pas qu'elle se serve de ce prétexte pour convoquer la presse, faire un peu de publicité au passage et en profiter pour rester au musée. Elle déteste l'art et j'aime qu'elle déteste ça.

J'ai passé cette journée à vanter les mérites d'un jeune artiste sorcier. Je ne l'ai pas encore rencontré mais ses toiles me sont arrivées dans la matinée de la veille. Il aurait du passer aujourd'hui mais il n'est pas venu. Ce jeune artiste a peint une série de portraits et de paysages autour du thème du 14 juillet. Une sorte de célébration héroïque de la Résistance.

Le musée va fermer ses portes et j'ai du mal à me décoller de mon fauteuil. Je me suis assis devant un couple de toiles qui s'appellent le 14 juillet 2012. Elles sont identiques dans la forme mais l'une est issue d'un artiste moldu et l'autre d'un sorcier. Moldu. Je n'ai jamais autant utilisé le terme moldu pour parler de nous, les ordinaires, que depuis la présence de Jezabel dans ma vie. Je me suis habitué et presque rien ne me froisse.

Pour en revenir aux toiles, elles représentent chacune la scène éponyme sur les marches de l'université de Londres. La première toile est relativement sombre, peinte à l'huile. Elle s'anime de manière fantastique pour représenter la scène qui reprend continuellement à son début. Au milieu du tableau, comme sortit d'un halo de lumière dorée qui provient de l'intérieur de l'université, la silhouette de Sacha de Lansley se tient droite et son ombre s'allonge jusqu'à la foule, donnant l'impression qu'elle la protège. A sa gauche et à sa droite se tiennent deux personnes. L'effet de leurs ombres est le même. L'une est drapée de sombre et l'autre est une femme à la longue chevelure d'or. Elle tient la main au personnage central. La foule, de dos, figurée par des centaines de silhouettes sombre et anonymes, représente en proportion le premier tiers de la toile. Elle semble tomber à la renverse sur la gauche. On a l'impression qu'elle est aspirée par la tache nébuleuse sur le côté gauche de la toile. Si on recule un peu, on aperçoit que cette tâche sombre a deux orifices blancs, des yeux. Elle aspire la foule et regarde Sacha. Le ciel noir et mélancolique tacheté d'étoile qui donne l'impression de pleuvoir sur la scène est une suite de traits épais et vulgaires. Il renforce la lourdeur qui se dégage de la toile. Puis de temps en temps, apparaissent des silhouettes encapuchonnées qui jettent des sortilèges. Elles disparaissent soudain sous un nuage de fumée et la scène reprend au début, avec l'apparition de Sacha et son ombre qui grossit au-dessus de la foule.

Cette toile de un mètre vingt trois sur cinquante six centimètres est l'une des deux pièces maitresses de cette exposition. Sa voisine a des proportions identiques. Elle a été peinte par un second artiste en même temps que la première, dans le même atelier. Le peintre est quant à lui moldu et sa toile est plus traditionnelle mais il se dégage de celle-ci la même intensité. Il a su saisir l'instant avec autant de magie que le tableau du sorcier.

Ce duo de toiles me fascine. Je me suis assis devant depuis plus de vingt minutes. Je n'entends plus les gens autour de moi. Le gardien ne va pas tarder à venir me demander s'il peut fermer derrière moi. Je devrais m'en aller. Partir d'ici, cela voudrait dire retourner à Hollywitch. Je n'en ai aucune envie. Tant qu'Elliot n'est pas là, je ne veux pas me retrouver seul avec Jezabel dans cette maison surdimensionnée.

Peut-être que ce soir je pourrais dîner dehors et disparaître le temps d'une escapade.

Je n'ai pas vu ma mère depuis des semaines. J'ose à peine l'appeler pour lui raconter ma vie. C'est peut-être avec elle que je devrais dîner.

Je me suis enfin décidé à me lever et à pivoter sur moi-même en toute hâte pour rejoindre mon bureau quand je tombe nez à nez avec...

■ ... Un dernier visiteur ? ai-je demandé en reculant d'un pas avant de le percuter. C'était moins une. Je souffle pour souligner qu'on a évité le pire et je m'excuse, embêté, en lui tendant la main pour le saluer. Heu, bonsoir, Ulysse Denali.

Il faut que j'arrête de mettre des “heu„ devant toutes mes phrases. „

■ Ca va fermer, vous savez...? Je peux faire quelque chose pour vous ?
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Casey Call
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Jeu 22 Juil - 20:33

- Casey Call me présentais-je d’une brève poignée de main.

- Votre gardien m’a prévenu, désolé d'arriver à une heure si avancée, mais j'ai eu du mal à trouver votre musée. Vous êtes le conservateur n’est-ce pas ?! ... Je suis à la recherche d’un objet un peu particulier ... ajoutais-je rapidement pour enchainer sur les raisons de ma visite.

J’extirpai péniblement une vieille photographie argentique en noir et blanc. Ses contours étaient crantés, à la manière des timbres postaux, et le temps avait modifié ses nuances pour les jaunir par endroit. Je la lui tendis afin qu’il puisse prendre le temps suffisant de déchiffrer l’objet qui y figurait, lorsque mon regard se baladant s’arrêta sur les deux toiles que le prénommé Ulysse contemplait. Je le contournai silencieusement pour faire face aux deux peintures.

- C’est une amphore, comme vous l'aurez très certainement remarqué. repris-je après une minute ou deux, le regard visé sur une toile. Je ne sais pas si vous exposez habituellement ce genre d’objet, ni même si vous vous y connaissez, mais je parcours tous les établissements d’arts depuis près de trois semaines pour la trouver, en vain.

Mon oeil fut attiré dans un premier temps par l’oeuvre incontestablement magique. L’animation du tableau était ambitieuse et captivante. Mes sourcils se rehaussèrent lorsque je reconnu un ancien camarade de maison. Je ne pu m’empêcher de sourire devant la scène, car elle me fit constater que certain passait à la postérité, alors que d’autre crapahutait les cahutes à la recherche d’objets poussiéreux... Monde injuste.

- C’est ma cousine qui m’a parlé de vous. Ne le prenez pas mal, mais je ne savais même pas qu’il y avait quelque chose ici. Il faut dire que je me suis absenté de Londres pendant un certain temps ... et l’art et moi de toute façon ... lançais-je mes derniers mots en l’air pour quiconque pourrait s’y intéresser.

- Tuppence Beresford. Vous la connaissez peut-être ? C’est une artiste encore débutante, mais son profil est prometteur.

- De qui est-ce ? l’assaillais-je d’une nouvelle question.

Je m’étais légèrement décalé. Un simple pas de côté et le second tableau s’était dévoilé. Sur ce duo, c’était celui-ci qui me séduisait le plus, car la magie ne m'impressionnait plus comme avant. Elle constituait déjà un art, alors pourquoi l’utiliser pour en constituer un deuxième ? La peinture, pour moi - si j’arrivais à y comprendre quelque chose -, était l’art d’immortaliser et de figer la vision du peintre. Un tableau qui bouge me paraissait assez futile et hors norme, tandis que l’oeuvre de l’artiste moldu montrait un réel travail artistique amplement plus mérité. Je n'y connais vraiment rien.
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Emreis McEwan
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Dim 25 Juil - 19:21

Anti-catimini, sortilège de Protection, maléfice du voleur, j'avais fait le tour des sorts à lancer avant de quitter les lieux. On n'était jamais trop prudent quand il s'agissait de protéger le patrimoine culturel, d'autant que la menace ne vient pas toujours de là où on l'attend. Pas plus tard que ce matin, un petit garçon, d'une sensibilité particulière, avait réagi à la tension et à la force émotionnelle qui émanait du triptyque de la salle du fond, en projetant son poing dégoulinant de crème glacée à la vanille sur la toile. Un Charme du Bouclier parfaitement exécuté fit stopper ce même poing à cinq millimètres de la surface. J'en étais quand même pour des sueurs froides chaque fois que je voyais un enfant de moins de cinq ans qui bâillait d'ennui dès la porte d'entrée. Pas sûr que les compagnies d'assurance, moldues comme sorcières, tiennent en compte ce genre d'incident.

D'un rapide coup de baguette, je fermai les lumières des différentes salles, l'une après l'autre, avec un ultime regard sur chacune des oeuvres. Mon moment préféré, ici, était le matin, avant l'ouverture, quand il n'y avait qu'Ulysse, moi et un ou deux médiateurs. C'était l'heure où tout s'allumait, où on faisait naître les oeuvres d'art à la vie. Les ampoules s'allumaient doucement et révélaient les petits trésors que comptaient le Petit Musée. Une peinture naît grâce à la lumière. Le noir est, pour elle, comme l'oubli. Elle cesse d'exister, perd sa beauté et sa force. Comme tout le monde, j'appréciais le diptyque du 14 juillet mais j'avais une légère préférence pour une peinture moins populaire. Il s'agissait d'une toile immense, peinte de couleurs sombres, qui jouait avec la lumière et se parait des dessins les plus fous et les plus audacieux dès qu'un rai la frappait de biais. Je finissais toujours par elle, le matin. Un instant de bonheur, vide de toute autre considération, qui valait le mal que je me donnais pour survivre à une journée entouré de monde.

Gardien d'un musée n'est pas une sinécure, quoi que l'on en pense. Il s'agit avant tout de surveiller, d'être attentif, prévenant et toujours souriant. Ca aurait pu être pire. Il y aurait pu avoir une de mes sculptures exposée ici. je n'aurais pas supporter le regard des gens. Il y a quelques choses d'étrange dans la nature des artistes: ils se sentent blessés si l'on se désintéresse de leurs travaux mais frémissent et tremblent pour un regard un peu trop appuyé. Une oeuvre d'art, c'est le coeur de l'artiste mis à nu. Ou alors, ça n'est que moi.
J'avais surpris tout le monde en acceptant ce poste. Moi, le renfermé, le solitaire. Tout le monde avait besoin d'argent, bien sûr mais, au-delà de cette simple considération matérielle, faire du gardiennage dans un musée, surtout un musée comme celui-ci qui commençait à gagner en reconnaissance et en crédit, c'était aussi l'assurance de rencontres. Un artiste, quel que soit son talent, n'est rien sans un bon carnet d'adresse. Il y a tellement de génie, des siècles passés, qui ont vécu et sont morts dans la misère, pour ne connaître qu'une gloire posthume. Il n'y a rien de plus déprimant. Alors, j'avais pris sur moi, sur ma réserve et postulé pour cet emploi.
Je n'avais pas à m'en mordre les doigts.
Hormis l'ennui des longues journées ensoleillés où le public préférait le grand air et le soleil à l'atmosphère confinée d'un lieu d'art, c'était un travail enrichissant.

Je finissais mon tour d'inspection et rejoignais la dernière salle quand l'écho de voix me parvinrent. Je les rejoignit, l'air de rien. Les deux hommes se trouvaient de toute façon entre moi et la sortie.
Je reconnus le retardataire ("Excusez-moi, monsieur, mais nous fermons. Revenez demain. Le Petit Musée ouvre blablabla."), face à Ulysse. Je réprimais cette réaction de petit garçon pris en faute ("Mais si, je lui ai dit de partir."), et me collais sur la figure ce sourire poli qui m'allait si mal. Je m'apprêtais à poursuivre mon chemin quand un nom me fit dresser l'oreille.

*Tuppence Beresford?*

Je détestais m'imposer mais ce fut plus fort que moi.


- C'est un jeune artiste du nom de Rafaelo Turpentine pour la première toile. La seconde est de Dun Don Carvey.

Je l'avais rencontré, le soir du vernissage. Un bout d'homme qui aurait été invisible dans d'autres circonstances, discret et effacé, à en gagner toute ma sympathie. C'était un homme humble, c'était un génie. Mais sous son pinceau, c'était les émotions les plus puissantes de la palette humaine qui prenaient vie.
J'avais joué mon rôle de guide, d'un ton docte et détaché, et j'en revins au sujet qui m'intéressait.


- Je connais un peu Tuppence.

Ma soeur avait partagé son dortoir pendant sept ans et avait développé une sorte de complexe d'infériorité vis-à-vis de sa camarade Gryffondor. Et Tuppence par-ci... Tupp a dit que... Tuppence trouverait que ça n'est pas exactement une bonne idée... Je suis sûre que Tuppence a-do-re-rait ça... Et caetera.

- C'est la pupille d'un certain... Wilson? Son nom m'échappe. J'étais au vernissage de sa première expo.

J'eus soudain le sentiment de m'être immiscé dans une conversation qui ne me regardait en rien. Ulysse tolérait déjà avec beaucoup de bonne humeur les petits à-côté de ma personnalité. Je me serais personnellement foutu des claques. Je les saluais d'un vague signe de tête et prit légèrement de distance, donnant l'illusion de jeter un rapide Recurvite sur un socle où aucune poussière ne s'était pourtant égarée.



Dernière édition par Emreis McEwan le Ven 30 Juil - 19:00, édité 1 fois
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Ulysse Denali
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Mar 27 Juil - 20:47

L'intervention d'Emreis tombait à point nommé car je n'avais jamais entendu parler de Tuppence Bereford et la contemplation de la photographie ne m'aurait pas servi d'alibi très longtemps au risque de passer pour un profond demeuré. Ce n'était pas une question d'orgueil, de savoir ou de ne pas savoir ou d'être pris en défaut. Mon orgueil se rappelait à moi en bien d'autres façons. La vérité était que j'avais sincèrement peur de vexer ce jeune homme en lui avouant ne pas connaître sa cousine.

Ce n'était pas la première fois que cela m'arrivait. On me prenait souvent à partie pour me parler de l'art sous toutes ses formes. On recherchait mon opinion comme une valeur sûre parce qu'elle devait constituer en soi une forme de vérité neutre puisque je travaillais dans ce secteur d'activité et, plus encore, je travaillais dans un endroit supposé concentrer ces œuvres d'arts. Ce n'était pas le cas, ma foi. Pas toujours. Je n'avais pas à rougir de mes connaissances, mes classiques étaient collés au bout de mes doigts, mes yeux avaient caressé des milliers d'œuvres d'art et de créations, des centaines et des centaines de noms m'étaient un jour tombés l'oreille et j'en découvrais encore tous les jours. Bien que jamais ce ne fut ma passion. J'étais un collectionneur et là résidait tout mon art. Où Emreis avait des outils, où Van Gogh avait un pinceau, je n'avais que ma curiosité et l'amour des pièces que je rencontrais sur mon chemin. Un besoin insatiable de les accumuler et de les faire partager au public.

Je passais mon temps à échanger des idées avec les ploutocrates de l'art. Lesquels faisaient péricliter mon intérêt aussi bien pour eux-mêmes que pour les arts que je défendais.
Je savais toujours plus ou moins quoi répondre pour évoquer l'amère vérité: je ne connais pas. Jamais entendu parler. Inconnu au bataillon. Il faudra travailler encore un peu sa notoriété, quant à moi je passerai les prochaines heures à travailler ma culture. C'est au hasard des “ je ne sais pas „ qu'on apprend. Aujourd'hui, j'allais connaître Tuppence Bereford et j'en étais enchanté.

La photographie était ancienne. Je ne pouvais m'empêcher de passer mon index sur le côté dentelé. Cette irrégularité possédait un charme qu'on ne retrouvait plus dans les photographies d'aujourd'hui. La photo devait dater de 1850/1860 environ.

Emreis entama la discussion avec le dernier visiteur. Loin d'être dérangé par son intervention, le soulagement de son arrivée pour parer à la question sur Tuppence Bereford me laissa le temps de me replonger dans l'image autochrome. Quelque chose a immédiatement attiré mon attention. Les gravures sur l'amphore ressemblaient à un pithos qu'un sorcier grec, archéologue et nouvelliste, avait bien voulu nous laisser exposer. Il était d'ailleurs le compagnon de Rafaelo Turpentine. L'amphore et le phitos devaient appartenir à la même époque. Encore une fois, mes connaissances en archéologie ne sont pas aussi redoutables que j'aurais voulu. Il me faudrait une petite aide. Emreis était bien plus calé que moi sur l'argile... Peut-être que je trouverais ici un moyen de le tester, de l'encourager un peu plus à prendre ses aises.

Quand je relevai le nez vers Emreis et Casey Call, l'un faisait le ménage, l'autre était absorbé par le diptyque (hrp; merci ! J'avais perdu le mot !). Le temps passait décidément très vite quand quelque chose accaparait notre attention. Qu'avais-je loupé ?

■ Emreis...


Je ne l'appelais pas. Je lui demandais en suspension si je pouvais interrompre momentanément. Je ne souhaitais pas qu'il nous laisse, bien au contraire.

Je revins donc à eux, les sourcils froncés, je fouillais ma mémoire à la recherche de l'endroit où j'avais mis le catalogue sur les argiles et céramiques anciennes histoire de dater l'amphore... en la datant, de part sa forme, sa provenance et son année d'extraction, nous obtiendrons le nom d'un archéologue et il sera facile de retracer le musée ou l'acheteur de l'objet. La question de savoir si cette amphore avait des vertus magique ou non me taraudait mais je pris sur moi de la mettre de côté pour plus tard. Le Petit Musée des sorciers et des créatures magiques recevait souvent des invitations et des catalogues d'objets non-sorciers. Tentatives répétées (qui étaient peut-être à explorer) de faire du lieu un endroit intégrant plus d'objets moldus. Pour l'instant, tout ce qui n'était pas lié à la magie ou au contexte actuel du monde ne m'intéressait pas. Ce n'était pas le but du musée.

■ Si ça ne vous dérange pas, monsieur Call, nous allons poursuivre la discussion dans mon bureau. Il me semble que ces caractères gravés sont identiques à une pièce du musée qu'on nous a cédé il y a peu.

Je ne lui rends pas encore sa photographie. Je continue de la regarder tout le long du chemin. J'imprime petit à petit les détails dans mon esprit. C'est comme ça que le musée dans ma tête est devenu plus grand que celui dont nous foulons le sol.

■ Emreis, tu peux venir. La discussion semble t'intéresser. Tu peux juste, heu...

Je lui désignais l'allée menant à la porte en verre qui s'ouvrait sur une volée de marches allongées sur Bayswater Road.
J'adorais demander ça: “ un coup de baguette pour fermer la porte ? „ J'étais comme un enfant dès que je le voyais agiter le morceau de bois comme dans les films de mon enfance. C'était une petite joie quotidienne assez stupide et qui ne coûtait rien. J'aimais la magie et les secrets et les dangers potentiels et inhabituels qu'elle engendrait dans ma vie depuis quelques temps. Et puis, un musée sur la magie expliquée aux moldus où on ne pratiquait pas la magie, ça n'avait aucun charme. Au moment d'embaucher Emreis, qu'il fût sorcier pencha dans la balance en sa faveur. Je ne regrettais pas mon choix.

■ Je ne connais pas Tuppence Bereford,
avouai-je à présent que 50% des employés du Petit Musée actuellement présentent connaissaient la jeune artiste avec certitude. L'honneur était sauf grâce à Emreis. Mais dites m'en plus sur cette amphore ? Pourquoi la recherchez-vous, comment cette photo vous est tombée entre les mains et que pensez-vous en faire si vous la retrouvez ? Listai-je mes interrogations tout en continuant d'avancer à travers les allées éteintes du musée. Après avoir quitté la galerie du 14 juillet, nous traversâmes la salle des sports et des loisirs sorciers, mais je ne pris pas par le grand escalier en colimaçon menant à l'étage des bureaux. Nous continuâmes à la galerie suivante. Nous avancions présentement dans la salle des antiquités sorcières. Le petit détour avant d'aller chercher le catalogue était nécessaire pour montrer au jeune homme le pithos aux gravures similaires à celles de l'amphore.


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Casey Call
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Mer 28 Juil - 1:09

- Ulysse, ni voyez aucun mal, mais j’ai l’habitude de rester discret sur mes affaires.

Bien que la recherche de cette amphore n’était pas confidentielle, contrairement à la fois où j'avais eu pour mission de récupérer différents objets de magie noire pour un éminent membre de l’Opposition, je souhaitais conserver cette habitude qui, contrairement à quelques années auparavant, me paraissait désormais importante, pour préserver ma vie de mes clients.

Il n’y avait ici aucun dictateur, aucun méchant, aucun anarchiste, aucun révolutionnaire qui avait passé cette commande. Bien au contraire, car il n’agissait pas d’une vulgaire mission où la seule motivation habituelle était l’argent. Il était plutôt question d’une tâche qui me tenait beaucoup à coeur. Implicitement, rien ne m’avait été demandé. L’homme à qui l’objet d’aujourd’hui était destiné, était un petit grand-père, habitant à deux pâtés de mon immeuble. Il était vu marginal, comme ceux que l’on peut croiser dans les vieux quartiers ou vieux villages. Ces hommes, au caractère et à leur manière d’être particulière, ont irrévocablement été mis à l’écart par les autres, ceux qui ne comprennent pas ces êtres étranges. Leur particularité est inhérente à leur vision du monde, radicalement différente. Nous, nous voyons ces hommes comme des fantaisistes, comme des rêveurs prisonniers d’un monde de fées de l’enfance, ou tout simplement comme des fous. Ils n’ont pas voulu, ou non pas pu grandir. Celui que j’avais rencontré par hasard, en bas de chez moi, était un vieux bonhomme, d’une taille ne dépassant pas les un mètre cinquante et porteur d’une couronne de cheveux blancs, drus et épais, dessinant maladroitement un crâne chauve du front au sommet. Le paysage était à peu près identique au niveau des oreilles... J’avais un jour bousculé ce vieille homme en sortant du hall de mon immeuble. Il déambulait sur le trottoir, excité, à la recherche de je ne sais quoi. Je m’étais excusé poliment à notre contact et, à ce moment précis, son regard s’est tourné vers moi. Ses yeux m’avaient donné l’impression qu’ils apercevaient, pour la première fois, quelqu’un d’autre dans leur monde. Il se mit ensuite à pousser un rire frénétique. Je décidai de prendre un peu de recule. J'avais l'impression d'assister à un spectacle Benny Hill où l’humour cocasse ne manquait habituellement pas. Je patientais depuis une bonne minute, voulant m’assurer qu’il aille bien, lorsqu’il utilisa enfin sa voix pour me dire «J’ai raison ! J’ai raison !» Ne comprenant pas, je m’excusai à nouveau. «Ils existent !» m’avait-il dit en guise de réponse. «Mais qui ?» Confus, troublé, de ne toujours pas comprendre. Il est où le problème là ??? Je ne comprends pas ! Allo ?? hurlais-je dans ma tête. Ce qui suivi me poussa encore plus vers l’exaspération, voir même la rage. Il me débita un nombre incalculable de mots, quasiment enchevêtrés les uns dans les autres. Au final, cette conversation m’avait plus perturbé que le choc physique de notre rencontre. Il employait à foison des «Ils», des «eux», des «leurs». J’hésitai. Devais-je l'assommer encore plus ? Cela aurait eu le mérite de mettre un terme rapidement à tout ça, mais bon ... je m’étais levé du bon pied et c’était un petit vieux alors! «Mais qui ILS MERDE ?!» lui disais-je en montrant tout de même mon énervement. Il déglutit et, à la fraction de seconde même où il ouvrit la bouche pour parler, j'entr'aperçus le début de la mimique du type qui allait encore une fois me baragouiner je sais pas quoi. Je levai un doigt en l’air, sourcils durement froncés, je ne prononçais pas le «Attention !» qui lui était destiné, mais mon souffle en disait tout autant. Il comprit, se renfrogna et se concentrant pour ne pas tout mâcher et vomir une nouvelle fois. Il chuchota «Ils lancent des sorts.» «Les sorciers ?!» avais-je répondu comme s’il s’agissait d’un devinette. Je le regrettai aussitôt. Son regard s’éclaira encore plus que je ne pouvais le croire possible pour ensuite hocher sèchement de la tête d’un geste bref et répété. «Les sorciers ?» redemandais-je pour que l’on soit bien d’accord. Il me souffla un «oui» que je n’entendis pas, mais que je lisais parfaitement sur ses lèvres étirées. « Hé ben ?» «Ils existent» «Bien sûr qu’on existe.» ajoutais-je pour conclure. Il comprit l’allusion très rapidement, et là, le drame. Papy fait de la Résistance faisait une crise cardiaque à mes pieds. Je n’avais pas de défibrillateur, mais heureusement une baguette. « Vite ! Carter ! 300 Joules !» «OK ! Pas de problème chef !» Un éclair tomba sur l’homme et aussi incroyable que cela puisse paraitre, ça avait marché. J’avais dit une chance sur deux, tant mieux. Pour couronner le tout, il resta inconscient et je dus le ramener chez lui. Son adresse, son étage, son numéro d’appartement étaient écris en gros partout à l’intérieur de son portefeuille et, dans chacune de ses poches se trouvait un double de toutes ses clés. Petit mais costaud, usé et fatigué de le porter, j’avais en effet attendu d’être dans le hall de son immeuble pour pouvoir utiliser un sortilège, car entre utiliser la magie pour un petit coup de jus rapide ou pour faire léviter le corps inanimé d’un Père Noël nain, il y avait une très large différence. Bref ... L’arrivée à son domicile coïncida avec l’entrée dans le monde d’Ali Baba le Magicien. Il y avait de tout, partout, éparpillé, mais à la différence de la véritable caverne, il n’y avait ici que des babioles de faible valeur - croyez-en l’expert - mais toutes avaient, plus ou moins, un rapport avec le monde de la magie. Des fausses boules de cristal, des baguettes magiques en contreplaqué, des chapeaux pointus en papier crépon dont un avait été choisi pour reposer sur le manche d’un balai (volant?) portant l’inscription «Propreté de Londres». Pas un endroit n’était épargné. Même au sol, un couloir était dessiné par des objets entassés qui délivraient un passage étroit. Je fis attention par respect, soulevant un peu plus haut le corps de l’homme de ma baguette pour le guider et le reposer sur un canapé recouvert de châles aux couleurs étincelantes. Au contact de la matière, il ouvrit les yeux, sonné mais calmé. ”Vous êtes un sorcier ?» me demanda-t-il après quelques minutes de silence. Je lui répondis oui de la tête pour ne pas à nouveau le brusquer, bien que je maitrisais maintenant le sortilège Carter 300. Son sourire affichait toujours un ravissement extrème. Nous échangeâmes plusieurs minutes, plusieurs heures, puis nous nous revîmes assez fréquemment pendant quatre-cinq semaines. N’ayant que très peu de contact avec l’extérieur et n’allumant jamais la télévision pour les actualités, il avait appris la véritable preuve de l’existence des sorciers en observant par sa fenêtre, un homme au bas de chez lui, ouvrant la porte d’une voiture avec sa baguette. La quasi majorité du monde avait déjà appris l'existence des autres espèces, sans que, paradoxalement, celui-qui-voulait-savoir ne sache. Il était descendu dans la rue aussi vite que possible, courant après la voiture et finissant par me percuter. Je l’avais reconnu, dans le voisinage on le pensait bizarre, car ne se mêlant pas aux autres et en ne communiquant que très peu. En réalité, cet homme s’était inventé son monde. Le plus étrange, c’est que dans toutes ses histoires, qu’un humain aurait pu qualifier d’illusoires quelques temps auparavant, beaucoup de détails étaient approchant. Il avait imaginé le transplanage, ses effets, la manière de s’y prendre. A quelques voyelles ou consonnes près, bon nombre de ses sortilèges inventés étaient justes : «Protega Totalum», «Diffindus», «Incendium», «Avadra Kedava» et tant d'autres. Avec lui, J’avais partagé beaucoup d’informations sur mon monde. Dès que j’avais le temps, j’allais le voir pour lui raconter une vieille prophétie, un détail sur notre monde, où tout simplement répondre à l’une de ses multiples questions. Je m’étais vraiment pris d’affection pour cet homme. Par moment, j’avais l’impression de me retrouver, moi, plus jeune découvrant les joies de la magie et qu’un monde tant espéré puisse exister. Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Cet homme est mort il y a trois semaines.

Il s'appelait Perceval Brown. Un nom commun pour un personnage hors du commun.

La photo que tenait Ulysse était la sienne. Elle avait été prise à la fin de la guerre de 40, dans le Berlin occupé par les alliés récupérant les oeuvres d’art pillées. A cette époque, il avait eu un choc. L’idée que cette amphore puisse être magique était née et ne l’avait jamais quitté, jusqu’à son dernier souffle. A la fin de la guerre, il avait entreprit des recherches minutieuses et acharnées. Il voulait revoir de ses yeux l’objet qu’il convoita toute une vie, comme s’il s’agissait d’une réponse à une question universelle hautement existentielle. Il ne l’obtiendra jamais, en perdit même la tête, et ce personnage touchant m’avait suffisamment captivé pour lui rendre un dernier service.

- Oui c’est ça : Un certain Wilson quelque chose ... finis-je par répondre après un temps qui me paru extrêmement long, inspiré par ces souvenirs et par le tableau en face de moi. Le ton de ma phrase aurait pu être entendu comme condescendant si à cela il n’y avait pas la fatigue et une incapacité totale à mémoriser des noms. Je me rendis compte de la mauvaise interprétation que le gardien aurait pu faire de ma phrase, alors je me retournai pour faire face aux deux hommes et rétablir le contact visuel. Tandis que j’avançais vers Ulysse, je fis un geste désolé des épaules et un sourire en coin pour faire comprendre à Emreis que je n’en avais strictement aucune idée, mais que j'appréciais néanmoins qu’il soit intervenu.

J’étais ravi de rencontrer un conservateur humain Humain, qui daignait bien m’accorder un peu de temps. Tous les précédents m’avaient regardé comme un vulgaire brocanteur; ils étaient souvent emplis de dédain et de révulsion à l’idée de vraiment travailler pour d’autres.

- Un cortège d’experts. Parfait. ajoutais-je en m’engageant dans les couloirs.

- Pour vous, trois milles Gallions sont en jeu - quinze mille Livres si vous préférez. lâchais-je sans difficulté et résigné à enfin trouver.


Dernière édition par Casey Call le Sam 31 Juil - 11:13, édité 1 fois
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Emreis McEwan
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Ven 30 Juil - 19:48

Fermant la marche, j'avais réprimé un sursaut à l'approbation de notre "invité" à Wilson. J'avais beau m'enfuir dans ma tête plus souvent qu'à mon tour (et, donc, était coutumier des réponses décalées qui finissaient par n'avoir plus aucun rapport avec la conversation en cours), je ne m'habituais jamais à ce que d'autres que moi pratiquassent le même exercice. Fidèle à mon habitude, je ne dis rien de plus. Vraisemblablement, le moment était mal choisi pour m'enquérir des dernières nouvelles à propos de Tuppence. Ce serait peut-être une bonne manière de conclure notre entrevue.
Ca aussi, c'était typiquement moi, me projeter dans le futur ou me calfeutrer dans le passé. Ces deux extrêmes du temps avaient pour eux, qui d'être immuable et empli de souvenirs à raviver d'un petit coup de volonté, qui d'être imprévisible et donc, modulable à souhait, à grands coups d'utopie. Ca ne faisait de mal à personne, si ce n'était moi, aussi, je passais une grande partie de mon temps à extrapoler mon présent vers l'avant ou en arrière. Je venais à peine de rencontrer cet homme que j'imaginais déjà ce que le futur pourrait nous réserver. A chacun ses défauts.

Je les suivais donc tous les deux, discret, presque silencieux, jetant un coup d'oeil rapide sur les salles d'exposition que nous traversions. Tout me paraissait en ordre. je n'étais pas maniaque mais j'aimais le travail bien fait. Dans le contexte de mon emploi, je supposais que c'était tout à mon honneur.

Soudain, je me raidissais.
Les derniers mots du cousin de Tuppence avaient réveillé une sensation désagréable de mon estomac.

*Trois mille Gallions.*

Nous n'avions jamais été riches dans ma famille. Mon père avait perdu son emploi depuis longtemps et ma mère, historienne des traditions et cultes sorciers, peinait à ramener un salaire suffisamment conséquent pour joindre les deux bouts. Autant dire que la vie menée à grand train, je ne connaissais pas. Comme tous ceux qui n'ont jamais vécu dans l'aisance financière, je suppose, j'étais mal à l'aise face aux grands étalages de fortune. Qu'on puisse déclarer un tel montant (3000 gallions, par la barbe de Merlin, ça n'était pas rien!) avec un ton aussi détaché en appelait à ma méfiance. Trop d'argent était pour moi un présage négatif. Même si mon esprit, rationnel, luttait en affirmant qu'une somme comme celle-là était sans doute à la hauteur de la valeur de la pièce, je ne pouvais m'empêcher de me tenir maintenant sur mes gardes.
Je n'étais pas le boss et le dernier mot ne serait jamais pour moi, mais j'étais décidé à jouer les regards extérieurs et observateurs durant tout le temps des recherches et de l'éventuelle transaction. Ceux qui se taisent sont souvent le plus à même de remarquer les petits détails qui échappent aux autres.

La salle des antiquités sorcières était plongée dans le noir. Elle n'était pas supposée recevoir de visiteur d'ici au lendemain matin. Quelques tours de baguette et les lumières furent rallumées, en même temps que les sortilèges d'alarme étaient levés. Comment ferait un moldu sans magie, dans un cas pareil, je me le demandais. Peut-être allumerait-il simplement quelques interrupteurs. La magie doit nous avoir rendus feignants.

Si j'avais bien compris Ulysse, la pièce qu'il souhaitait présenter à notre visiteur était située à l'angle opposé de l'endroit dont nous étions arrivés. Un autre sortilège et je renforçai les lumières autour de la vitrine en question. Que je me souvienne de cette oeuvre d'artisanat est un pur hasard, qui doit beaucoup à son arrivée récente dans le Petit Musée plus qu'à mon sens de l'observation. Contrairement à Ulysse qui me paraît être de ceux qui ont une mémoire visuelle à rendre jaloux n'importe quel artiste, je suis plutôt du genre à avoir une mémoire affective. Je me souviens de ce qui m'a touché, ému ou choqué. Mes souvenirs sont toujours archivé par leur caractère affectif plus qu'à un ordre chronologique. De la même façon, je me souviens des noms, mais pas des dates. Les mots me fascinent, les chiffres m'ennuient. Il ne m'en fallait pas plus.

Du regard, je cherchais l'approbation d'Ulysse. J'aurais l'air malin si je présentais la mauvaise poterie, maintenant qu'il m'avait fait le plaisir et l'honneur de me joindre à eux.
Je dévisageais le pithos comme s'il avait été sur le point de nous donner la clef de cette affaire. Venant d'un artisan sorcier mort il y avait de cela des siècles, on pouvait s'attendre à tout, pas vrai. Je savais qu'Ulysse veillait à ce qu'aucun des objets exposés ne présentent de danger pour les visiteurs, il n'empêchait que je gardais toujours une légère méfiance distante face à tous ces objets qui avaient traversé les siècles; une méfiance teintée de fascination, évidemment. Même si je le craignais, j'aurais aimé qu'une pièce de ce musée en vienne soudain à danser la lambada ou à monologuer en hébreu ancien.

Rien. Bien sûr.
En gardant notre visiteur dans le coin de mon champ de vision, je me rapprochais du boss.


- Je peux?, demandai-je en désignant la photo qu'Ulysse tenait toujours entre ses doigts.

La curiosité, évidemment.
Je me tournais vers l'invité du Petit Musée et osait une question:


- Pouvez-vous nous dire s'il s'agit d'un artefact moldu ou sorcier?, l'interrogeai-je.

La photo, de l'aperçu que j'en avais, ne nous renseignait pas beaucoup sur l'origine de l'objet. Soit le charme qui animait les photographies sorcières s'était affaibli avec le temps, soit il s'agissait d'une image moldue. Soit, dernière option, et sans doute la plus probable, l'amphore étant un objet statique par nature, le cliché se devait d'être immobile, quoi qu'il en soit.

Ma question n'était pas innocente. Une poterie sorcière pourrait se révéler plus difficile à retrouver que son équivalent moldu. Sortilège de protection, de dissimulation, j'en passe et des meilleurs.
A retrouver, oui. Malgré mon malaise face à la somme d'argent exposée, le goût pour cette quête m'avait saisi. Et ne me lâcherait sans doute pas de sitôt.
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Ulysse Denali
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Jeu 5 Aoû - 7:18

Je n'ai pas insisté et me suis contenté d'un “dommage„ qui avait sonné plus amer que je ne l'aurais voulu. J'ai eu du mal à accepter la rétention d'information. Je l'ai trouvée injuste à compter qu'il venait titiller notre curiosité en agitant la photo sous nos yeux - ou peut-être n'était-ce que moi, j'y mettais trop de cœur. Ca me donnait l'impression d'être un boulimique sous le nez duquel on agitait un gâteau au chocolat en lui disant “Désolé, je n'ai pas voulu te faire envie„.

Par ailleurs, le Petit Musée était une société d'art privée et non publique. En venant ici, Casey Call devait savoir qu'il n'avait aucune raison de craindre notre manque de discrétion. La manière dont nous acquérions les pièces était parfois le fruit de longues négociations et discussions qui restaient privées. Certes, j'admets... Le fruit de chantages, aussi, depuis que Jezabel avait voulu apporter son aide. Mais je ne m'intéressais pas à la branche machiavélique de nos finances. Et on aura raison de penser qu'il s'agissait de veulerie. Jusque là, je préférais rester aveugle sur les pratiques de la starlette. Tant qu'elle ne tuait personne pour obtenir un guéridon polyglotte du dix-huitième siècle qui dit bonjour à quiconque passe devant, il n'y avait pas matière à s'inquiéter. Elle était clairement aussi coriace que les requins qui nous entouraient. En revanche, mes comptes se voulaient transparents. Toutefois, hormis une liste de chiffres, ils ne faisaient jamais mention des noms des donateurs, acquéreurs et particuliers impliqués dans la vie financière du Petit Musée. Si l'Etat britannique s'interrogeait sur nos œuvres d'art, cela n'était qu'une fois l'an pour rasséréner le fisc, la brigade de répression des fraudes ou le tout nouveau comité locatif des objets d'art et des transferts d'œuvres magiques. Pour dire la vérité - mais ça je ne le confierai jamais - je ne comprenais rien à la gestion, je n'étais affecté que par les objets, et l'arrivée de Jezabel était une aubaine pour me soustraire à ces obligations mercantiles.

En parlant d'argent, je me suis raidi quand j'ai entendu parler de récompense. Sans même l'avoir regardé, j'ai senti une réaction similaire dans mon dos. Emreis.

Je me suis arrêté de marcher. Nous arrivions à la jarre. Je n'avais pas tout de suite répondu à Casey car j'étais concentré dans le refoulement d'une objection qui m'aurait paru trop musclée si je l'avais laissée spontanément sortir de ma bouche. J'ai pris la proposition comme une insulte. Une insulte à mon travail, à mon intérêt, à moi. Faisais-je ça pour l'argent ? L'aider pour une récompense ? Je n'étais pas un mercenaire. Il m'a fallu quelques secondes d'un saisissant silence - la suggestion avait clairement jeté un froid - pour trouver la force de sourire en dépit de ce que j'ai ressenti.

Je me suis lentement retourné vers Casey. Mon visage était fermé mais je souriais toujours. Je ne savais pas mentir donc mon sourire devait paraitre figé. Je m'en fichais. J'ai tendu ma main vers la vitrine dans laquelle se trouvait le pithos éclairé par un mécanisme latéral qui permettait aux circonvolutions des dessins de mieux ressortir.

J'ai cédé la photographie à Emreis. L'image était gravée dans ma tête, ajoutée à mon catalogue privé.

■ Voici l'objet, ai-je dit en laissant l'étrange jeune homme s'approcher, balayant l'air de ma main droite.

Emreis a posé la question qui me taraudait. Cela m'a laissé quelques secondes de sursis pour complètement faire disparaitre mon malaise face à la proposition de Casey. J'ai pu concevoir qu'il ne me connaissait pas. Sa démarche était de bonne volonté bien que terriblement maladroite. Néanmoins, une idée se mit à éclore lentement.

■ J'aimerais savoir aussi, ai-je soutenu Emreis en un premier temps. Je serai ravi de vous aider à trouver cette amphore même si elle ne possédait aucune propriété magique bien que le Petit Musée soit dédié aux artefacts sorciers. Comme vous le savez, je ne suis pas un sorcier mais l'activité de ce lieu témoigne de mon intérêt pour... vous.

Vous„, c'était les sorciers. J'ai hésité à prononcer le pronom personnel. J'ai trouvé ça obtus comme à chaque fois qu'il fallait faire cette distinction. Je me suis demandé s'ils ne prendraient pas ça comme un manque de respect à leur égard. Je n'aurais pas voulu qu'ils pensent, l'un ou l'autre, que je les prenais pour des bêtes de foire ou des attractions aux dépends desquels j'avais trouvé le moyen de gagner ma vie. On m'avait déjà posé la question lors d'une soirée. J'avais été blessé et ça m'avait obsédé pendant une semaine qu'on eût pu penser une telle chose. Je n'en ai plus dormi pendant six jours. Il a fallu toute la force de conviction d'Elliot qui avait fini par me certifier que les sorciers, comme les moldus, avaient leur lot de connards. Je n'aurais pas utilisé ces termes mais ça m'avait un peu réconforté. Parce que ces mots m'avaient été dits par Elliot plus que parce qu'ils me soulageaient véritablement.

Leur monde était attractif dans son entier. Il me passionnait. Je les aimais sincèrement. Qui, enfant, n'avait jamais rêvé d'avoir des pouvoirs magiques, de mettre un peu d'enchantement dans sa vie, de chevaucher un dragon magyar pour délivrer Genièvre ou de savoir créer des philtres aux noms farfelus pour changer la prof de math en raton laveur ? Il y a cinq ans, tout cela n'était que des fables. Aujourd'hui, je n'avais certes aucun pouvoir magique mais la magie existait. Pour de vrai. Un matin je m'étais réveillé et, paf, la femme de mon meilleur ami faisait des flotter des pancakes pour le petit déjeuner. C'était aussi simple que ça. Un pancake volant m'avait ravi autant qu'une quête à dos de dragon. J'étais conservateur d'un musée dont le gardien savait allumer ou éteindre les lumières d'un seul geste. Pour rien au monde je n'aurais voulu passer pour un profiteur. Ils me faisaient rêver.

Je poursuivis avant de lui laisser la parole:

■ Quant aux 3000 gallions, je vous remercie pour cet effort mais cet argent ne nous intéresse pas.

Cette fois, j'ai dit “nous„ parce qu'il m'était subitement devenu important d'inclure Emreis, et tout le personnel du Petit Musée, dans ce principe. Je n'avais pas envie de l'exclure de ce code de conduite parce que, si je m'étais trompé et que le froid qui s'était abattu sur nous lors de la proposition de monsieur Call n'avait été que le fruit de mon imagination, je tenais néanmoins à ce que le gardien sache que je ne voulais pas de ça ici. Nous ne serons jamais des mercenaires de l'imaginaire.

■ Je vous aiderai de bon cœur, même si je ne vous cache pas ma frustration de ne pas pouvoir en savoir plus sur votre quête. Ce que j'aime, monsieur Call, c'est l'art. Ce sont les objets. Leur histoire, leur odeur, leur forme, leur mécanisme. Je suis chasseur mais pas braconnier.

Je lui ai souri avec sincérité pour qu'il conçoive que je ne lui en tenais pas rigueur. D'autres se seraient certainement jeté dans une négociation effrénée pour obtenir une somme plus ronde (visiblement monsieur Call n'avait pas fait bonne pêche jusqu'ici et il aurait été facile d'en profiter). D'ailleurs, si Jezabel avait été là, elle m'aurait peut-être griffé pour me faire taire. Nous nous portions bien mais nous n'avions pas les moyens de refuser de telles offres. Mais, heureusement, Jezabel n'était pas là.

■ Toutefois, nous pouvons fonctionner par échange de services. Si cela vous intéresse, et nous en reparlerons plus tard, j'ai découvert un collectif de jeunes artistes sorciers qui souhaitent exposer leur travail dans la salle Réverbère. Je n'ai pas pu accepter leur proposition parce que l'exposition du 14 juillet me paraissait plus d'actualité. Toutefois, j'aimerais encourager leur travail. Aidez-les à financer leur exposition, indépendamment du Petit Musée et de moi, et... heu...

J'ai posé les yeux sur Emreis. Me refuserait-il cela ? Je me suis lancé. Il saura bien refuser si ça ne lui dit rien. J'espère qu'il n'osera pas me contredire...

■ Si Emreis est d'accord, il pourra vous aider à superviser l'évènement. Si le coeur vous en dit, vous demanderez à votre cousine si participer au projet l'intéresse et je serai enchanté de voir Emreis exposer ses sculptures (c'est un coup bas car j'ai toujours senti qu'Emreis avait du mal à montrer son travail. Le voici acculé)... Je vous aiderai seulement pour la logistique, en mettant à votre disposition les camions et du personnel du musée. En échange de cela, nous trouverons cette amphore et vous en ferez ce que vous voulez... quelle que soit sa valeur. Marché conclu...? ai-je hésité en tendant ma main pour clore l'échange. Alors, dites-nous ? L'amphore a-t-elle des propriétés magiques ? ai-je souris pour décontracter l'atmosphère et relancer ma curiosité.
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Lun 9 Aoû - 1:58

Comment pouvait-on, à notre époque, trouver une somme pareille inintéressante ? En entendant cette réponse sèche, je m’étais raidi juste après avoir observé la pièce qu'Ulysse voulait me montrer. Malgré tout, j’étais plutôt satisfait, car pour la première fois, on me montrait quelque chose qui s’approchait vraiment de ce que je recherchais. Par contre, le fait de ne pas comprendre, sur l’instant, la ou les motivations du conservateur pour m’aider, sans contrepartie financière, me laissa perplexe. Puis, lorsque vint le moment où il m’annonça un soutien pour quelqu’uns de ses protégés, je me mis à douter un petit peu moins pour sa santé mentale, même si je trouvais le refus d’un paiement directe pour un «investissement» - comme présenté - un peu trop chevaleresque à mon goût.

J’hésitai un instant avant de lui serrer la main. J’avais l’impression d’être pris un peu de court par cette proposition, qui, j’en avais peur, allait me demander plus de temps et d’implication que mon offre initiale. Après tout, si j’étais prêt à verser trois milles gallions, ce n’était très certainement pas pour m’embêter dans quoi que ce soit.

- Très bien Ulysse. Ravi de pouvoir faire affaire avec vous. J’utilisai volontairement le mot «affaire» pour lui faire comprendre que mon métier, c’était de commercer et qu’il ne fallait pas tout mélanger. Je n’en avais rien à faire de l’art, au grand dam de ma mère, de ma tante et de ma cousine. Trois milles gallions pour vous ou pour quelqu’un d’autre, ça ne change rien pour moi, mais ne m’en demandez pas plus. En clair : Payer une exposition ne me pose aucun problème tant que l’on ne me demande pas de mettre la main à la pâte, pour une quelconque tâche autre que financière.

Je ne fis aucune remarque supplémentaire concernant Tuppence, car je pensais avoir été déjà suffisamment direct et strict, bien qu’il soit d’ores et déjà clair pour moi que je n’en lui dirai pas mot, doutant qu’elle se satisfasse que je monnayasse sa participation à un tel événement.

A nouveau, je me penchai vers la jarre antique qui m’avait été présentée. Quelques sculptures étaient très similaires à celles que l’on pouvait observer sur l’amphore de la photographie.

- Voilà en tout cas quelque chose d’intéressant. disais-je en faisant référence à l’objet. Les seules comparaisons que j’avais pu avoir jusqu’alors étaient bien souvent de simples vases étrusques ou des vieilleries en terracotta.

- L’amphore n’est pas magique selon moi. Sa fabrication est purement Moldue d’après ma source, par contre, elle aurait conditionné une potion.

- La Vitrix Tempus. ajoutais-je en me tournant complètement et instinctivement vers Emreis, de sang magique. Une très vieille potion aujourd’hui impréparable du fait que les principaux éléments de sa composition aient totalement disparu et que, malgré cela, sa réalisation soit totalement interdite sans contrôle ministériel. Toutefois, les vieilles langues - quant on arrive à les délier - précisais-je avec un léger clin d’oeil et un sourire un peu enjôleur, disent que ses propriétés magiques auraient été similaires à celles d’un filtre pouvant projeter une vision mentale d’alternatives futures selon une problématique donnée. Bref, de quoi pouvoir modifier indirectement le futur par anticipation, pour schématiser. Plutôt sympa, non ? adressais-je ma conclusion aux deux hommes dans un ultime sourire.

- Voilà ce que cette amphore aurait pu transporter. C’est une légende. Elle aurait été commandée par l’Empereur Justinien pour lui permettre de prendre les meilleures décisions sur ses actions politiques d'expansion, mais, malgré ses réussites, elle ne serait jamais arrivée jusqu’à Byzance. Elle aurait été retrouvée dans l’épave d’un navire en Mer de Marmara, puis finalement exposée au Louvre jusqu’en 1943, date à laquelle les Nazis l’aurait transportée à Berlin pour qu’elle soit ensuite récupérée par les Alliés et, depuis, ... Pffuit ... Disparue.

Je livrai ici un condensé de longues soirées passées avec Marvin, où le fameux grand-père passionné m’avait raconté plusieurs dizaines d’histoires. Inventées ou non, elles étaient toujours emplies de réalisme, où chaque détail apportait une brique supplémentaire à une construction complexe d’une symétrie parfaite, trop pour être totalement fictive et improvisée.

Etrangement, la première fois que j’entendis le nom de Vitrix Tempus se fut dans la bouche d’un Moldu - notre cher Marvin -, pourtant ce nom m’avait été confirmé un jour par un autre vieux, sorcier celui-ci, de Darlington, ce qui apportait une preuve qu’il n’a pas pu être inventé. Seule ombre au tableau, l’amphore et sa légende. Elles semblent inconnues aux oreilles de tous, ce qui m’avait toujours paru étonnant lorsque l’on sait ce qu’elle pourrait encore contenir...

- Alors ? Dites moi ? Qu’en pensez-vous ? Je suis presque convaincu qu’elle ne se trouve pas en Angleterre. Ulysse, Emreis, votre proposition irait-elle jusqu’à envisager une expédition dans un autre pays s’il le fallait ? Je prenais suffisamment les devants pour voir jusqu'où j’allais bien pouvoir emmener mes deux nouveaux experts ...
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Emreis McEwan
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Sam 14 Aoû - 20:07

Ma tête était restée un moment en arrière de la discussion, arrêtée par le petit bout de phrase d'Ulysse et son intérêt pour eux. Je l'avais deviné plus que je ne le savais, au gré des journées que j'avais passé à le côtoyer. Son intérêt se manifestait par des petits riens. Une étincelle dans le regard, un sourire vaguement esquissé. Je m'en étais amusé. Doucement. Gentiment. J'avais toujours pensé que le jour où le voile du secret tomberait, les êtres dépourvus de pouvoirs magiques nous prendraient pour des monstres. C'est ce que nous avait enseigné l'Histoire. Et les circonstances dans lesquelles la vérité avait été dévoilée... Mais non. Comme chez nous, il y avait les curieux, les sceptiques, les méprisants et les craintifs. Et il y avait des gens comme Ulysse. Nous avons tous eu, dans nos classes, des camarades qui, sans être des amoureux des Moldus, éprouvaient une bienveillance profonde à l'égard de ceux avec qui nous partagions le monde, aimaient entendre le pétard d'un moteur ou s'émerveillaient d'un escalator. J'aurais dû me douter qu'ils auraient leur penchant moldu.

J'écoutais la suite de la conversation d'une oreille discrète. J'ai une mémoire sélective. Je ne me souviendrais de toute façon que de ce qui m'intéresse. Les histoires de petites fortunes me mettaient définitivement mal à l'aise. Et j'étais heureux d'être tombé sur un "patron" qui avait un rapport sain et décent avec l'argent. Je me contentais de hocher rapidement la tête, marquant ainsi mon approbation implicite.
Le retour à la réalité fut brutal, quand mon nom fit son apparition dans la suite illogique des mots. On y avait associé 'enchanté', 'exposer' et 'sculpture', de quoi donner envie de jouer à l'autruche et de reparaître dans un ou deux siècles, quand toute l'affaire aurait été enterrée. La photo, légère entre mon pouce et mon index mer servait d'échappatoire. J'étais quasiment sûr d'osciller entre le blanc et le rouge. J'adoptais cette même technique que quand j'étais petit et que j'avais fait une bêtise. Ne plus rien dire, ne plus rien faire, fort de la conviction qu'immobile et muet, j'en deviendrais invisible. Ca ne fonctionnait pas beaucoup mieux qu'alors. Je fis mine de trouver à la photographie un intérêt qu'elle ne méritait sans doute pas. Et attendis la suite. Je ne me suis jamais targué d'être courageux. Je ne revins pas sur la proposition d'Ulysse de faire de moi un... un quoi? un commissaire d'exposition? Peu importe. Cette partie-là du projet me plaisait et il serait bien assez tôt pour remettre le sujet sur le tapis. Je laissais les deux hommes conclure leur pacte sans jamais avoir l'impression d'être partie négligeable. J'avais toujours préféré rester en marge. Ca me permettait de rester un observateur. De noter la nuance entre "organiser" et "faire affaire". Il était évident que notre 'invité' avait une sensibilité différente de la leur. Que ce soit bien ou mal, qui étais-je pour en juger?
Face à lui, Ulysse restait d'un calme olympien, sûr de ses valeurs. Ils semblaient avoir trouvé un arrangement qui leur convenait à tous deux, en accord avec leurs motivations intrinsèques. Le Conservateur du petit Musée avait trouvé un moyen de mettre en place ce projet, qui, je le savais, lui tenait à coeur. J'étais surpris et flatté d'être ainsi inclus dans ses plans (enfin, si on omettait la partie "et pourquoi ne pas faire une pierre deux coups et exposer Emreis?"). Nous venions en quelque sorte de trouver un mécène. Depuis que je gravitais dans ce milieu, si j'avais bien appris une chose, c'était que l'argent ouvrait les portes mais encore fallait-il avoir le goût et l'instinct artistique pour savoir lesquelles choisir. C'était pourquoi rares étaient les personnes à) cumuler les rôles de porte-monnaie et de grand décisionnaire. Notre grand décisionnaire ne broncha pas et écouta le businessman dérouler ses explications, souriant de-ci de-là, hochant la tête de temps à autre. Je me surprenais à réagir de même, me faisant l'effet d'un pantin. Les corps s'expriment mieux que nous, ils affichent notre camp et notre manière de vivre les choses. La salle des antiquités sorcières présentait un spectacle qui en était la preuve, chacun adoptant des postures en fonction de ses attributs et de sa place dans la conversation, avec, d'un côté, Ulysse et moi, face à notre visiteur. Ce dernier avait la posture engageante et l'attitude commerciale.

Perdu dans ma contemplation, je leur revins à la mention de la Vitrix Tempus. Je n'en avais jamais entendu parlé (les cours de Potions n'avaient pas la chance de susciter mon intérêt, pas plus que les cours d'Histoire de la Magie) mais quelque chose, dans la façon dont "monsieur Call" prononça les deux mots, suscita un frisson le long de mon épine dorsale.
Je me faisais l'impression d'un yo-yo humain, à osciller sans cesse entre le monde réel et celui, plus ample et plus riche, de mes pensées.

*Ok. Maintenant, un peu de concentration.*

La plupart des gens avaient du mal à supporter longtemps les lunatiques. Et je commençais à me laisser prendre au jeu de notre situation. Je me forçais à écouter de toutes mes oreilles. Puis ne me forçais plus du tout. Les légendes avaient toujours enchanté mon imaginaire plus que les cours d'histoire.

*Une amphore voyageuse....*

Qu'il nous fallait retrouver.
Toute cette histoire sentait le mystère. Le voyage. L'imprévu.
Je commençais à aimer.
Ulysse fut plus rapide.
A peine Call mentionna-t-il une expédition que...:


■ Oui ! Heu... pardon, je voulais dire, oui. Oui, je suis partant

Difficile de faire plus enthousiaste et plus spontané.
J'étais de nature un peu plus réservée.


- Pourquoi pas?

J'aimais prendre du recul avant de me lancer et...
Oh! Et puis, zut, après tout, oui, pourquoi pas? Je hochais la tête avec un peu plus de vigueur pour marquer mon accord. Sous mon crâne, se dessinaient d'ores et déjà des paysages exotiques. Du moins, exotiques à mon sens... Pas sûr que quiconque aurait eu envie d'y partir pour un break de deux semaines.


- Avez-vous une piste quelconque pour retrouver la trace de cette pièce?

Il me semblait qu'en homme prudent, notre visiteur ne distillait ses informations qu'au compte goutte, quand il nous estimait dignes d'y avoir accès. C'était typiquement, pour moi, le genre de personnes à garder une carte en poche au cas où la nécessité de se retourner se ferait sentir.
J'osais une vague hypothèse, que m'avait inspiré la fin de l'histoire.


- Au milieu du XXème siècle, nombreuses furent les oeuvres d'art rachetées par des collectionneurs américains... de manière plus ou moins transparente. C'est une des raisons pour lesquelles tant de pièces majeures de notre patrimoine se retrouvent de l'autre côté de l'Atlantique.

Je n'étais pas le seul à le déplorer.
Mon sentiment était que l'Europe s'était faite littéralement dépouiller par nos cousins d'outre-atlantique. On ne comptait plus les chefs d'oeuvre, sorciers et moldus, à remplir les collections américaines. L'après-guerre avait vu l'explosion de l'engouement des Américains pour nos artistes et leurs oeuvres. Des transactions, pas toujours honnêtes, à mon sens, s'étaient enchaînées dans les années 50-60.
Mais je me laissais déjà emporter quand la question cruciale aurait dû porter sur l'heure et le lieu, plutôt que sur des ruminements.


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Ulysse Denali
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Mer 25 Aoû - 12:15

Changement de ton.

Je me suis emporté. J’ai répondu plus vite que la sagesse me l’aurait conseillé. Mais la sagesse est moins prompte à s’exprimer que l’instinct. Elle s’est insinuée juste après que ma réponse a résonné dans la salle. Comme un venin qui paralyse, elle a constipé mes aspirations à la liberté. Je ne voulais pas beaucoup, je ne demandais pas à mes chaînes de se briser, j’ai seulement voulu les rendre plus extensibles... suffisamment longues pour me laisser marcher vers les frontières de ma cage, caresser les barreaux, me brûler un peu et repartir comme un clebs m’allonger dans ma niche dorée.

Il y avait moins de trente minutes, j’étais prêt à découcher pour emmerder Jezabel. Pour rendre ma vie moins ordinaire, j’aurais été prêt à faire une “ folie „ comme aller dîner chez ma mère, me balader jusqu’à l’aurore, lire un roman calé sur les marches d’une église en attendant que l’aube se pointe. Ou plus dingue encore, boire jusqu’à l’ivresse, m’oublier toute la nuit avec un inconnu qui ne me plaît qu’à moitié, disparaître au petit matin en allant bosser sans passer par la douche et effacer l’épisode de ma mémoire. Duper mon sentiment d’emprisonnement en vendant mon âme au Diable. Je me serai rendu au Petit Musée en prenant soin de passer devant Mark & Spencer pour acheter des vêtements neufs. Je me serais changé dans mon bureau et ça aurait été mon coup d’état, ma piteuse rébellion pour protester silencieusement contre l’anorexie d’une vie sans envergure. J’ai fini par faire pire. Accepter de partir. Partir loin... La phrase de Call n’avait pas encore touché à sa fin que j’avais déjà été étouffé par une avalanche d’images, j’avais déjà anticipé des sensations oubliées, entrevu des paysages nimbés de mystère, des silhouettes d’inconnus clairsemer un voyage épique, du danger, des maux, des battements de cœur à chaque coin de rue. Partir loin et me quitter en quittant, même pour quelques jours, l’engourdissement d’une vie ordinaire. C’est sorti tout seul. J’ai fait plus que tirer sur la corde. Je me suis étranglé et je l’ai faite céder. Il m’a semblé que je ne pouvais plus revenir sur ce oui vomi comme une délivrance. Il a fait vibrer ma poitrine longtemps encore après que l’écho se soit éteint dans le silence.

Emreis parlait, je n’entendais que l’écho de mon entrain trop enflammé par-dessus les syllabes qui me parvenaient étouffée par l’afflux de sang dans mes oreilles. J’avais les joues rouges et je me suis soudain senti incapable de supporter cette situation. Je ne voulais plus qu’ils me voient. J’avais l’impression d’être soudain transparent. Ce n’était qu’une impression car ils ont continué de converser sans que le ton n’ai changé. J’avais envie de sortir, de les mettre à la porte tous les deux, d’être seul et de réfléchir. Par Opposition à ce sentiment, j’aurais tout fait pour être déjà demain et déjà loin d’ici, à la recherche de l’amphore ou de la sorcière du placard à balai. Je me foutais pas mal des conditions de notre départ puisque ce qui comptait le plus était qu’il s’agissait d’un départ.

Je les ai regardés sans les entendre. Je flottais dans un état de panique, un état second où se multipliaient les contradictions. A la fin de l’attentat que Monsieur Call avait provoqué en moi sans le savoir, j’ai fini par comprendre que la sagesse avait été boutée par la volonté de rendre ma vie moins insipide. Quoi qu’il en coûte. Ca m’a assourdi jusqu’à ce que je coupe la parole à l’un d’eux.

J’avais changé de ton. J’ai réalisé quelque chose en prenant la parole et en les regardant. J’étais mal à l’aise. Je détonnais. Même si je sentais qu’Emreis partageait implicitement mon ressentiment au sujet des manières de Monsieur Call, quelque chose les liait qui était plus fort que la déférence naturelle que nous avions l’un pour l’autre. Ils étaient sorciers et ce lien allait au-delà du langage ou de l’appréciation des manières. Ils n’avaient pas besoin d’un lien particulier pour se sentir particulier. Développais-je soudain un complexe latent ? Je n’étais que son patron. Je n’étais pas son ami, je ne savais de lui que ce que son CV m’avait indiqué et je n’éprouvais aucune attache particulière vis-à-vis de lui. Je l’appréciais car il était un homme bien et un employé persévèrent. Je l’appréciais comme un employé bien choisi, au même titre que Julien, le vigile, Samantha, la femme de ménage ou Joyce, la secrétaire administrative.

Avant que j’ai pu m’en rendre compte, j’avais fait un pas de côté et le triangle a pris une autre forme. J’étais seul et en face de moi, il y avait deux sorciers.

■ Allons dans mon bureau,
ai-je dit. Ma voix était déterminée. J’avais pris des résolutions et le bilan de mes sensations actuelles m’interdisait désormais de faire passer la bienséance devant la chance qui m’était donnée de faire quelque chose pour moi. Il était hors de question de trahir mes principes et mes valeurs, mais rien ne me disait qu’elles étaient incompatibles avec l’effronterie et l’égoïsme.

Nous avons été dans mon bureau où nous avons défini les termes de notre engagement. Emreis a servi des boissons à tout le monde et ça a été le dernier acte que je qualifierai d’acte typiquement salarié que j’ai accepté qu’il fasse. Son service prenait fin dès à présent. Dès que ses fesses ont touché le fauteuil dans mon bureau, nous étions tous égaux. Seulement des hommes qui discutaient d’une affaire où chacun y trouvait son compte. Il n’y avait plus de conservateur, plus de gardien, plus d’acheteur. Ils avaient trois types qui organisaient une excursion pour retrouver une amphore qui contenait peut-être une potion légendaire, peut-être rien. Il fallait le déterminer.

Je n’ai pas insisté pour partager les frais du voyage. Ce n’était pas de la radinerie mais une décision dûment réfléchie. Dans ma conception de ce voyage, Call était le commanditaire. Je me voulais au même échelon qu’Emeris pour le coup. Nous serions tous les deux employés par un tiers. Monsieur Call serait le guide, le moteur de l’excursion. Nous le suivrions en notre qualité d’experts et, quelque part, j’ai trouvé que bien que je ne fus pas sorcier, Emreis et moi nous complétions relativement bien dans nos connaissances et notre mode de fonctionnement.

Une fois les problèmes techniques et pécuniaires résolus, j’ai laissé Call résumer une dernière fois ce que nous nous étions dit pour valider et signer tacitement notre contrat moral.

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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Jeu 26 Aoû - 18:10

Au départ, Emreis, bien qu’impliqué dans la conservation par Dimitri, m’était apparu comme un simple employé, pour ne pas dire vulgaire employé, sans méchanceté aucune. Je devais donc travailler et axer un relationnel essentiellement sur le jeune directeur du musée, car c'était lui qui détenait toutes les clés. Il avait tout ce qu'il me manquait pour obtenir ce que je voulais. Je travaillai donc à instaurer un climat de confiance avec lui et je pense que c’était en partie chose faite. Mais pour Marvin, il fallait que j'aille encore plus loin.

C’étaient eux. Je le savais. C'étaient forcement eux.

La réflexion du gardien me conforta dans cette idée. Je m’intéressai désormais un peu plus à lui, car sa remarque m’avait réellement séduite et sa personne suscitait désormais chez moi un intérêt qui se voyait multiplié. Il n’y avait plus de doute, j’avais besoin d'eux.

- L’Amérique ? interrogeais-je, laconique, pour déposer le doute et observer une éventuelle réaction devant sa propre réflexion, tout en marchant vers le bureau d’Ulysse.

- Effectivement, enchainais-je rapidement pour ne pas paraitre trop fourbe, vous êtes intéressant. disais-je sans tenter de camoufler le lapsus qui me fit utiliser le «vous êtes» à la place du «c’est», ni même d’effacer mon ton doucement charmé. A ce moment là, j’observai vraiment ce garçon. Je notai, en une fraction de seconde, l’aspect, la couleur, les nuances de ses cheveux et de ses yeux, la forme et les traits de son visage, son odeur aussi. Habituellement, il était très fréquent que je ne sois pas capable de décrire en détail une personne que je venais pourtant de rencontrer. Comment étaient ses cheveux ? Etaient-ils châtains foncés ou noirs ? Et ses yeux ? Etaient-ils bleus ou bien verts ? Pour Emreis, je logeai dans un endroit de mon crâne l’empreinte sensorielle que je venais de capturer.

Car ce même pays m’était apparu aussi. Mon cheminement dans cette hypothèse avait certes été différent, mais il était encourageant de voir que nos conclusions s’approximaient.

- Vous pensez bien, qu’avant de venir vous voir, j’ai effectué de mon côté quelques petites enquêtes. Concrètement, elles n’ont rien donné. Pourtant, j’ai pu obtenir une information. disais-je en passant la porte du bureau.

- Merci. répondis-je lorsque l’on me présenta un fauteuil confortable. A peine assis, je commençai à raconter avec enthousiasme. Thomas Jefferson était premier lieutenant dans l’armée de terre de états-unis pendant la seconde guerre mondiale. Dans la deuxième division d’infanterie, il a eu un jour pour mission «d’assurer et de diriger la récupération et le rapatriement d’objets d’arts et de collections» volés par les Allemands et stockés dans leurs musées. C’était en tout cas ce qu’indiquait un document publié sur le site internet WikiLeads.org, qui rendait public des secrets défense américains depuis 2010. Le document en question s’était affiché rapidement après quelques recherches hasardeuses sur Google. J’étais peut-être sorcier, mais je trouvais cet outil aussi pratique que n’importe lequel de nos sortilèges.

- Il aurait aujourd’hui 83 ans et vivrait dans le Dakota du Sud.

Ce vieil homme ne possède peut-être pas la solution, mais il pourrait au moins expliquer où et comment cette pièce a été convoyée, si elle l’a vraiment été.


Ne connaissant pas grand chose de ce pays, j’avais donc poursuit mes recherches sur l’outil informatique. J'avais découvert une carte de cet état et je m'étais penché sur quelques photos de sa capital, Pierre. L'endroit paraissait agréable et plusieurs coins m'étaient apparu très propice au transplanage.

- Je peux m’occuper de localiser plus précisément ce Thomas Jefferson une fois sur place, par contre, je vais avoir besoin de vos réflexes pour identifier formellement l’objet que nous recherchons. L'utilisation du nous était volontaire pour sceller notre collaboration et créer leur implication.

Personnellement, j’aurais été incapable de faire la différence entre l’amphore que je recherchais ou une autre. Les illustrations qui l’ornaient étaient pour moi totalement indéchiffrables et je les aurais très facilement confondues avec n’importe quelles autres.

Je proposai de les retrouver au musée dès le lendemain matin, tout en leur assurant que l’expédition ne durerait pas plus de deux jours.

- Vous serez là ?
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Emreis McEwan
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Lun 6 Sep - 19:57

Je guettais l'approbation d'Ulysse avant de donner la réponse définitive qui nous servirait de verdict. J'avais beau avoir senti un changement dans son attitude depuis que nous étions installés, il n'en restait pas moins une trace de réflexe due à l'habitude. Plus que cela, ils devaient se douter, tous les deux, que ça n'était pas une aventure dans laquelle je me lancerais seul. S'ils l'ignoraient encore, ce simple regard devait les renseigner.
Ulysse approuvait.


- Nous serons là.

Ce "nous" avait un drôle de goût sur ma langue. Je l'avais fait tourner en rond dans ma bouche pendant sept tours consécutifs mais il conservait des allures d'étrange. Je devrais m'y faire.
Je percevais, de manière flou, un renversement dans la manière dont s'agençait notre curieux trio, un renversement que je ne m'expliquais pas. Je savais combien le corps, sa posture, ses attitudes pouvaient trahir ce que nous pensions, ce que nous sentions. Le savaient-ils aussi? Tout comme je savais combien j'étais prompt à faire d'un petit rien une montagne et à laisser mon imagination monter en neige. J'avais presque dû résister à l'impulsion de prendre des notes. Pour me donner une contenance autant que pour parer à ma mémoire. Nous étions le soir, nous partions le lendemain, et, une fois sur place, je serais à moitié paralysé à l'idée de faire une gaffe. Je détestais, comme tout le monde je suppose, me sentir ridicule. Tant que ce que je devais faire était régi par des règles tacites (de "saluer une connaissance croisée dans la rue d'un vague geste de la main" à "se montrer poli mais ferme vis-à-vis des visiteurs trop 'tactiles'"), aucun problème, il suffisait de faire ce que l'on attendait de moi. La société était telle que la majorité des comportements sociaux répondaient à des codes précis. Mais une fois sorti de mon contexte de gardien du Petit Musée ou d'artiste un peu illuminé, c'était quasiment le faux-pas assuré. Nous verrions demain...

L'heure de la séparation approchait. Nous finissions nos verres dans un silence presque confortable. Je m'égarais dans mes pensées, malgré la présence des deux autres jeunes hommes. Je n'avais jamais vu l'Amérique. Comme tout un chacun, j'en avais rêvé, plus jeune, avec ce sentiment mitigé de rêve de d'espoir déçu. Le nom m'évoquait un mélange de clichés de gars en chemise à carreaux chevauchant des chevaux à moitié sauvage, tout en mâchonnant un brin d'herbe sèche, de modernité dérisoire et de nuages de fumée sortant de bouches d'égout. Je supposais que je serais fixé le lendemain.

Nous échangeâmes encore quelques paroles, pauvres en informations réelles, hormis l'heure et le lieu du rendez-vous. Call nous quitta le premier. Je lui serrais la main à peine plus fermement que nécessaire, en guise de salut. De promesse. Ou d'au revoir. Je ne savais plus très bien. je me retrouvais seul avec Ulysse, sans trop savoir comment prendre congé. Quelques derniers mots? Un échange d'impressions? Je me contentais d'un bref salut. il devait être habitué à me voir redevenir sauvage dès que je me sentais mal à l'aise.


Le lendemain, ils étaient déjà là lorsque je les rejoignais. Mais j'avais le café et ma dose de bonne humeur à revendre. Le matin me faisait toujours cet effet là. Le soleil éclairait la situation d'un jour nouveau et je trouvais mes craintes diverses et variées futiles et un peu crétines. J'étais remonté à la curiosité et à l'adrénaline, prêt à vivre ma dose d'aventure. Si aventure il y avait. Nouveau continent, voyage vers l'inconnu, oui, c'était presque une aventure. Quant au reste... ma foi, dans un premier temps, tout reposait sur les épaules de Casey, qui serait notre guide jusqu'à ce que l'on trouve l'objet en question. Ou un objet quelconque, en définitive.
L'heure tournait et, après les saluts d'usage, une dernière vérification, nous nous préparions au transplanage de groupe. Sur l'instant, mes pensées s'enfuirent en direction d'une échappatoire possible. Je n'avais jamais transplané aussi loin. Et je détestais tout bonnement transplaner. Je me cherchais une excuse sans la trouver, pour m'esquiver et trouver un portoloin qui me mènerait à destination. J'étais un peu froussard mais hors de question de le reconnaître. J'aimais le confort, dans une certaine mesure, voilà tout. ma soeur Morgane disait que j'étais devenu artiste pour fuir mon statut de sorcier et les responsabilités inhérentes. Trop tard pour reculer, de toute façon. Nous formions une chaîne et Call tourna sur lui-même, nous emmenant avec lui. Quand je rouvris les yeux, tout, du fond de l'air jusqu'au soleil qui avait disparu (décalage horaire oblige, il faisait encore nuit), avait changé, à m'en désorienter les sens. Je m'empressais de lâcher et ulysse et Casey, le temps de retrouver mon équilibre.


- Bienvenue à Pierre, Dakota.

Dit d'un accent traînant qui était, pour moi, la marque de fabrique de l'américain moyen.
Ma remarque était certainement anachronique, sinon, déplacée. Je n'avais pas pu m'en empêcher. Un brin de fantaisie pour inaugurer notre excursion.
Promis, pour la suite, je serais le"connaisseur" sérieux et passionné. Presque.
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Ulysse Denali
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Mer 15 Sep - 12:47

Mes pieds ont retouché le sol mais je n’ai pas tenu deux secondes debout. Je me suis effondré comme un sac. J’avais tellement mal au cœur et au crâne que la douleur de mes genoux qui rencontrent brutalement le sol était passée totalement inaperçue au palmarès de mes souffrances. Je connaissais leur mode de transportation mais j’y avais toujours coupé jusqu’ici. J’étais resté incrédule face à l’hypothèse qu’on puisse disparaitre d’un lieu et apparaitre en un autre en se dématérialisant ou que sais-je. A la vérité, l’idée de n’appartenir ni au ciel ni à la terre pendant un instant me donnait des sueurs froides. Je concevais beaucoup de choses dites extraordinaires sans me défier et en tolérais tout autant de plus ahurissantes à commencer par le nombre aberrants de lois scientifiques et naturelles que la magie pouvait briser, mais l’espace temps restait l’infroissable vérité qui rendait le monde Monde. Que ne pourrais-je plus concevoir si la possibilité de se déplacer en un clignement de paupières d’un endroit à l’autre était vérifiée ? Rien. Tout deviendrait possible. L’horreur comme le plus extravagant.

Pendant que je vomissais mes tripes et que j’avais honte de leur paraitre si faible et si humain, j’ai réalisé que, véritablement, tout pouvait arriver désormais. C’était terrifiant.

J’ai attendu que le haut-le-cœur me passe sans leur adresser un mot ou les regarder. Sentir leur présence (et peut-être aussi leur impatience que j’aille mieux de nouveau pour qu’on se mette plus vite en route) augmentait le sentiment pitoyable que j’avais de moi. J’ai songé que je commençais bien mal l’aventure mais il était hors de question de rester sur l’écœurement que le transplanage m’avait procuré. Je me suis donné cinq minutes pour me reprendre, me remettre de cette torpeur et pouvoir ne plus songer à ce malaise embarrassant. J’ai pris sur moi de les faire bénéficier d’un brin d’autodérision plutôt que de ma honte pour qu’on n’en parle plus.

■ Ma façon à moi de marquer mon territoire, ai-je balancé d’un ton abusivement décontracté une fois debout. Emreis avait fait disparaitre le fruit de mes entrailles en un coup de baguette.

Rire de soi plutôt que s'apitoyer. Je faisais ça plus pour moi, me sentir mieux, que pour eux, qui devaient se douter que le voyage ne se passerait pas sans anicroche pour moi.


J’avais ma baguette magique, plus communément appelée Iphone chez les moldus. C’est tout ce que j’avais emporté avec moi: ma carte de crédit et mon iphone. Pour nous situer avec exactitude, j’ai activé la carte de localisation géographique. Nous avions atterri dans un parc, près de l’embranchement de W Sioux avenue et de Dakota Avenue. Nous nous sommes mis en route vers le centre ville. Après moins de dix minutes de marche nous sommes montés dans un bus qui nous a déposés près du State Capitol. D’après les sources de Call, le vieux Jefferson habitait près du bâtiment. Déformation professionnelle, je suis resté les yeux pendus aux colonnes ioniques de cette prouesse architecturale d’un métissage néo-grec surprenant tout le temps que nous marchâmes devant pour le contourner.

L’heure était tardive. Je me suis demandé si Casey comptait réellement aller frapper à la porte du vieil homme maintenant. La première chose était d’entrer en contact avec lui mais devions-nous faire passer la bienséance derrière notre empressement ? Si cela ne tenait qu’à moi, j’y serais allé quand même. Si l’appartement était allumé, nous pouvions sonner. S’il était éteint, nous pouvions toujours profiter du manteau de la nuit pour aller fureter du côté de la galerie de Francesco Tate, le compagnon de Rafaelo Turpentine. Le monde était petit et les coïncidences si nombreuses. Le compagnon du peintre du diptyque du 14 juillet habitait Pierre. Celui-là même qui avait fourni au Petit Musée les Pithos aux gravures similaires à celle de la photo de Casey. Cela ne pouvant pas être qu’une coïncidence, nous avions liés les deux faits en attendant d’en savoir plus.

Arrivés devant la porte de l’immeuble de Jefferson, aux fenêtres, plusieurs lumières étaient allumées témoignant de la vie intérieure encore active des habitants. Le damier irréguliers des couleurs de couleurs lumineux dessinait comme un M sur les quatre étages de la résidence.

Je me suis dirigé vers les interphones pour vérifier la présence d’un Jefferson sur la liste des habitants.

■ Il est bien dans cet immeuble. 3ème étage, à droite.

J’ai levé le nez vers la façade pour vérifier qu’au moins une fenêtre était allumée à l’étage en question. Il y en avait trois dont deux appartenant visiblement au même appartement.

Je me suis retourné vers mes deux camarades. Comment savoir si l’un de ces deux appartements était celui de l’homme que nous recherchions ? Il y avait peut-être d’autres logements qui donnaient sur une cour intérieure vue la profondeur du bâtiment.

■ Que fait-on ? les ai-je pris à parti. On sonne, on attend demain ou entre et on frappe aux portes du 3ème ?

Peut-être voyaient-ils d’autres options. Ces trois là étaient peut-être précipitées mais nous n'avions que deux jours. Moi, je n'en avais qu'un. Madame ma Soumetteuse avait agrée à 28 heures de liberté. Pas une de plus. Un nouveau banquet aurait lieu à l'issue de ce délai et il paraissait que je ne devais pas le manquer. Plus motivé que jamais, je n'avais pas souhaité en avertir mes deux compagnons. Coute que coute, nous devions retrouver cette amphore en moins de 28 heures.

Je les rejoignis, mains dans les poches, sans marquer de préférence pour l'une ou l'autre de ces possibilités.
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Dim 19 Sep - 13:12

- On y va, mais avant, laissez moi apporter quelques petites modifications à nos tenues pour mon plan A.

Je sortis ma baguette et en donnai un coup pour chacun de nous. Nos sac-à-dos disparurent et nos vêtements se changèrent en des costumes sombres presque similaires où des chemises blanches parfaitement repassées contrastaient avec des cravates, toujours dans un même ton.

- Vous êtes parfaits ! disais-je en les observant. Je ressentais une petite fierté en voyant leur allure car j’avais estimé leurs mensurations que de quelques coups d’oeil hier soir. J’avais dû ensuite me lever très tôt aujourd’hui pour aller voir la boutique d’un tailleur réputé près de chez moi et acheter ces trois complets. Fort heureusement, nos tailles et nos carrures étaient à peu près standard.

Je ne leur dévoilai pas ce que j’avais prévu et je m’avançai jusqu’à l’interphone. J’appuyai sur le nom de Jefferson et un bruit strident se déclencha montrant que l’appel avait été pris en compte. Nous attendîmes quelques instants, puis un grésillement accompagné ensuite d’une voix roque sortirent du haut-parleur.

- Qu’est-ce que c’est ! aboya une voix à l’accent yankee.

Même en amérique, les vieux se lèvent toujours très tôt. Je me penchai pour me rapprocher de la boîte grise fixée au mur.

- Agent spécial Botwin, FBI, j’avais toujours rêvé dire ça, nous aimerions vous posez quelques questions concernant une mission que vous avez effectué pendant la guerre.

L’interphone resta silencieux et je crus qu’il avait raccroché. Je m’appretais à rappuyer sur son nom quand il se manifesta à nouveau.

- Vous savez l’heure qu’il est ?

- Désolé monsieur Jefferson, mais nous venons directement de Washington et notre vol vient d’arriver il y a à peine une heure.

L’homme marmonna quelque chose d’incompréhensible et le grésillement de l’appareil cessa. Je me redressai, pensant déjà à mettre mon plan B en action, lorsqu’une décharge électrique parcouru la gâche de la porte qui s’ouvrit dans un claquement.

- Merci, lançais-je de contentement à un interphone devenu sourd et muet.

Je poussai la porte et j’entrai dans un couloir où de chaque côté s’alignaient des rangées régulières de boîtes aux lettres au même format. J’en parcourus bien la moitié avant de trouver celle qui nous intéressait.

- Jefferson. Appartement 313

J’avançai jusqu’à l’unique cage d'ascenseur et je pressai le bouton qui fit s’ouvrir immédiatement les portes.

- Jusqu’à présent tout va bien, non ?! Je parlai juste pour passer le temps nécessaire à notre montée. J’avais une sainte horreur de ces appareils, non pas parce que je pensais à des scénarios catastrophes - problèmes mécaniques, bloqué entre deux étages, chute dans le vide & co - mais parce que l’on s’y retrouvait à plusieurs et qu'il y avait toujours ce malaise pesant qui s’affaissait sur l’endroit clôt jusqu'à ce qu'il devienne insupportable. Nous échangeâmes quelques mots très courts pour briser le silence et lorsque les portes s’ouvrirent, je me sentis soulagé et pressé de sortir.

Je pris sur la droite où s’offrait un nouveau couloir avec cette fois des portes d’entrées dressées des deux côtés. Les numéros impairs étaient sur notre gauche, j’avançai donc jusqu’à la 313. La porte était large, marron et très certainement blindée. Ce qui m’avait le plus interpellé, c’est qu’elle était différente de toutes les autres qui ne semblaient pas disposer de la même protection.

J’entendis à peine le bruit de la sonnette retentir à l’intérieur lorsque je pressai le bouton. Une dizaines de secondes ensuite et un premier verrou claqua, puis un deuxième, puis un troisième et encore un dernier.

La porte s’ouvrit sans bruit et je remarquai immédiatement une chaine à l’allure solide protéger l’ouverture complète de la porte. Une tête aux cheveux blancs coupés très courts apparu dans le faible entrebâillement.

La phase de confrontation visuelle débutait et elle s'accompagna par une montée en flèche d'adrénaline dans tout mon organisme.

Jefferson nous observa tour à tour, son apparence reflétait son âge, mais son regard restait toutefois très vif.

- Bonjour Monsieur Jefferson, je suis l’agent Botwin et voici les agents Wilson et Hodes, disais-je pour présenter respectivement Emreis et Ulysse. Nous aimerions vous parlez, continuais-je assuré pour prendre les devants.

Il durcira son regard et semblait encore plus sur ses gardes en voyant que nous étions trois.

- Vos badges !

Je devais improviser et je ne voyais pas d’autre solution que d'allier quelques éléments de mon plan B avec celui-ci. Je plongeai ma main gauche dans la poche intérieur de ma veste pour en sortir mon porte-feuille et lui montrer ; de la droite, je pris ma baguette dans ma poche arrière.

Il regarda intensément l'objet et j'imaginai un moment devoir utiliser un autre sortilège plus impardonnable qu’un sortilège de confusion.

Il hésita et fini par me claquer la porte à la figure sans ajouter mot.

Elle se rouvrit plus largement et Jefferson nous fit un signe de la main pour nous inviter à entrer. J’engageai le premier pas et il attendit que nous soyons tous entrés avant de refermer et sceller la porte de ces verrous derrière nous.

- Ca devient pénible, j'ai déjà tout dit à vos collègues. Il nous contourna pour passer devant et ouvrir le chemin qui nous emmena vers le salon de son appartement.
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Emreis McEwan
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Ven 1 Oct - 19:39

Casey nous avait fait -ou plutôt devrais-je dire "m'avait fait"- un bref topo. le FBI était en quelque sorte l'équivalent du Quartier des Aurors chez les Moldus. Respectés et craints, ses agents faisaient figures d'autorité. On leur ouvrait la porte à toute heure (la preuve en image et en son) et si on était pas toujours ravis de les accueillir, on faisait bonne figure et on allait même parfois jusqu'à leur offrir le café. Je n'aurais vraiment pas dit non à un café, et, visiblement, je pouvais toujours rêvé. Je devrais me contenter de la dose de caféine ingurgitée peu après l'atterrissage, tout en ayant l'air à peu près digne de l'uniforme que je portais.
Je me faisais l'effet de celui qui n'était pas sorti de sa grotte au cours des deux dernières décennies et quiconque partageait cette impression n'aurait pas eu tout à fait tort.

Bon. Raisonnons. En de pareilles circonstances, qu'aurait fait un Auror s'introduisant presque de force chez un vieux sorcier? Comme tous les gamins, j'avais joué au hors-la-loi et à l'Auror et la plupart du temps, je préférais faire le hors-la-loi. On ne peut pas dire que mon CV, même imaginaire, regorgeait d'expériences. En bref, je ne savais pas vraiment quelle attitude adopter et me glissai subrepticement derrière Ulysse, tâchant de les imiter en tout point. Tête haute, regard solide et assurance chevillé au corps. Jusque-là, tout allait bien.
Arrivés dans le salon, notre hôte d'un soir nous désigna un canapé qui avait connu des jours meilleurs.
Toujours pas de café? Non. Bien sûr que non.
Ma cravate me serrait la gorge et je me demandais une énième fois comment les Moldus pouvaient accepter cet uniforme à longueur de journée.
Le silence se faisait pesant et je résistais à grand peine aux mots d'excuse qui me montaient à la bouche. Si les Aurors étaient toujours sûrs de leurs droits, je doutais que leur équivalent moldu se confondent en formule de politesse.


- Nos collègues, disiez-vous?

Nul besoin d'échanger un regard avec Botwin et Hodes pour connaître le verdict de mon semblant de prestation: trop compatissant, trop doux.
Que ce soit dû à son agacement ou à l'heure tardive, notre homme ne sembla pas relever l'erreur.


- Collins et Williams. Vous devriez être au courant. Ou bien le FBI est-il devenu un tel capharnaüm que votre administration elle-même en perd les pédales?

Euh...
Je doutais qu'un Auror ainsi rabroué en appelle au secours ses estimés collègues. Je passais donc au plan E de l'opération Jefferson. E comme Emreis. A savoir l'improvisation. Sous la pression, j'avais oublié les bonnes résolutions et l'ordre de conduite. Je ne ressignerais plus jamais pour un contrat de ce genre. Je resterais gentiment le petit Gardien de Musée que j'étais depuis quelques semaines et ne me plaindrais plus jamais de mes rares heures d'ennuis ou des visiteurs trop bruyants. Eux, au moins, ne me donnaient pas l'impression d'être sur le point de sortir une arme et de la pointer sur ma gorge. Trop tard, néanmoins, pour les regrets. Je n'étais pas un homme de décision, encore moins un homme d'action. Il n'empêchait que transplaner sous le nez de Ulysse, Call et ce vieux grincheux n'était pas une solution.


- Nous ne travaillons pas exactement ensemble. Il semblerait, Monsieur Jefferson, que votre passé ait des retentissements multiples dans notre présent. Il est de votre devoir de citoyen américain de collaborer avec les autorités.

Je me demandais si je n'en faisais pas un peu trop. Ma réplique sortait plus ou moins d'un bouquin que j'avais lu et qui, croyais-je naïvement à l'époque, ne m'avait strictement rien apporté. L'homme eut néanmoins l'air de se calmer. Je n'aurais pas cru que, malgré les on-dit, cet attachement de l'Américain moyen à sa patrie soir véridique. Calmer était un bien grand mot, en réalité.

- Collins et Williams...

J'émis une petite moue qui pouvait vouloir tout et ne rien dire, mais qui était surtout supposée traduire mon scepticisme. Jefferson me rappelait mon vieux professeur d'Aritmancie, si sûr de lui, si hautain. Un élève de ma classe, Anthem O'Connor, avait un jour eu l'audace de remettre en doute l'une de ses théories. Il y avait mis tout l'aplomb nécessaire, distillant juste assez de doute pour que l'enseignant perde de sa superbe et abaisse le masque ne serait-ce qu'un instant. Il n'avait ensuite jamais réussi à retrouver la distance et la hauteur nécessaire pour m’impressionner vraiment. Aussi, en ce moment précis, je m'essayai au rôle d'Anthem O'Connor. Il me fallait l'atteindre d'une façon ou d'une autre, percer un trou, même minuscule, dans son assurance et sa mauvaise humeur, ou c'était moi qui allait y laisser des plumes. Il était trop tard pour jouer un agent Wilson redoutable mais mutique.

- ... Certes.

Juste assez de désinvolture et d'ironie pour enfoncer le clou. Je détestais ça.

- Enfin, passons.., conclus-je avec un soupir. Revenons-en à ce qui nous intéresse.
Vous étiez premier lieutenant dans l’armée de terre de états-unis pendant la seconde guerre mondiale. Dans la deuxième division d’infanterie, vous avez eu un jour pour mission «d’assurer et de diriger la récupération et le rapatriement d’objets d’arts et de collections» volés par les Allemands et stockés dans leurs musées.


C'était de la paraphrase pure et dure de ce que nous avait dit Call -agent Botwin, toutes mes excuses- avant le départ.

- Il s'avère que parmi ces objets d'art, l'un d'entre eux, notamment, a suscité l'intérêt de nos services.

Jefferson semblait à présent osciller entre son mauvais caractère teinté d'entêtement et la perspective de se débarrasser de nous au plus vite afin de rallier les bras de Morphée qu'il aurait dû rejoindre depuis longtemps. Il plissa ses petits yeux, cherchant le piège, reniflant l'entourloupe. J'espérais que "l'agent Wilson" avait sa baguette prête pour le cas où. Je n'avais jamais réussi le moindre sortilège de confusion.

- De quoi s'agit-il, exactement?

J'eus rapidement le flash qu'au lieu de tourner autour du pot, j'aurais dû exposer notre requête rapidement, posément, en des termes clairs, précis et surtout, n'admettant aucun détour. Instinctivement, je me tournais vers Ulysse-agent Hodes. C'était lui, qui, souvent, au Petit Musée, prenait les choses en main quand l'un des employés dérapait. Il avait un je-ne-sais-quoi qui inspirait calme et confiance.
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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Dim 10 Oct - 1:50

Je n’aurais jamais pensé avoir ça dans le sang mais je me sentais à l’aise dans ce mensonge. Je vivais mon heure de gloire dans une séquence digne d’un film policier. J’en ai bouffé toute mon adolescence ! Sans compter les séries américaines que les grosses industries de l’audiovisuel nous parachutaient comme du petit pain à la télévision. A en croire la fiction, un bon flic avait de l’aplomb, se sentait chez lui partout et traînait ce petit je-ne-sais-quoi charismatique qui donnait au spectateur abusé que j’étais envie d’attraper les bandits. En face de moi, je n’avais pas de bandit mais un vieil homme de 83 ans. Pour le reste, j’avais toute la panoplie moins le badge. Il manquait aussi les lunettes. Je trouvais que Casey nous avaient beaucoup stéréotypé mais, à sa décharge, qui avait un jour eu affaire au véritable FBI à part devant son écran de télévision ?

Que je sois à l’aise malgré la situation ne supposait pas forcément que prendre la parole maintenant m’intéressait plus que ça. J’aurais bien laissé Casey se charger de conduire l’interrogatoire. Mais Emreis me tendait le relais et je dus le saisir pour éviter que la magie soit utilisée une fois de plus sur Jefferson.

■ Nous sommes à la recherche d’une amphore, commençai-je, considérant que notre recherche n’avait strictement rien de secret. Ce qui devait rester discret était la raison pour laquelle nous recherchions l’objet. Encore que...

Je lui tendis la photo que j’avais conservée. Il l’apprécia après avoir réajusté ses lunettes et me la rendit. Son visage était toujours revêche et ténébreux. Toutefois, il n’avait pu tromper aucun d’entre nous. Il avait bien reconnu l’objet. Pupilles dilatées. Il hésitait à nous en parler. Pour l’encourager, j’expliquais des détails sans importance qui n’avaient pas d’autres buts que de lui faire croire que nous le mettions dans la confidence d’une partie de notre recherche et que son aide serait précieuse à l’avancement de l’enquête.

■ Cette photo a été prise pendant la deuxième guerre mondiale, en Allemagne. C’est la dernière fois qu’il y a eu une trace de cet objet.
■ Pourquoi vous la cherchez cette amphore ?


C’était à cette question légitime que je m’attendais à devoir mentir. Je m’étais préparé et je lui souris en m’avançant sur le coin du canapé où j’étais assis. Je voulais renforcer l’impression qu’il aurait une grande influence sur la résolution de notre investigation qui était de la plus haute importance. Je jouais. Je m’amusais du suspens que j’entretenais en laissant courir quelques secondes de silence et en baissant sensiblement le son de ma voix, comme si nous aurions pu être sur écoute. Le vieil homme mordit à l’hameçon et, sans trop s’en rendre compte, il se retrouva à se pencher à son tour vers moi.

■ Le gouvernement, continuai-je, soupçonne que cette amphore a été illégalement importée aux Etats-Unis dans les années quarante, avec plusieurs autres objets du même type. Récemment, une contrefaçon a été achetée par un particulier allemand qui l’avait faite expertiser par un cabinet peu scrupuleux. Ce cabinet percevait en fait des grosses commissions, rétribuées par une boîte américaine, sur tous les faux qu’ils parvenaient à revendre. Lorsque ce particulier a découvert la supercherie et qu’il avait acheté un faux, il a porté plainte auprès des autorités. L’enquête de la police fédérale allemande a conduit à l’exploration d’une piste concernant le marché d’objets d’art antiques de contrefaçon mis en circulation depuis les Etats-Unis.

L’homme ne mit pas longtemps à comprendre où je voulais en venir:

■ Hors si vous êtes à la recherche de l’amphore originale et qu’il existe une copie conforme d’un objet qui a soi-disant disparu depuis 70 ans, c’est que l’original doit toujours être en circulation.
■ Exactement,
souris-je avec un arrière fond de complicité. J'avais envie de jouer le bon flic.

Il me renvoya mon sourire, oubliant un moment qu’il parlait à un flic.

■ Aujourd’hui, nous devons stopper ce réseau et rassembler les objets dérobés à l’Allemagne pendant la guerre. Nous risquons un incident diplomatique si nous ne parvenons à restituer l’ensemble des pièces aux germains. Cette amphore ferait partie du lot entré illégalement aux Etats-Unis à cette époque.
■ Okay, mais maintenant, dites-moi ce qui vous fait croire que j’ai quelque chose à voir là-dedans ?


L’homme était de nouveau soupçonneux mais il avait quelque chose à cacher. Je devais clore ce mensonge par une pirouette car c’était maintenant que nous pouvions avoir une vraie piste. Je décidai de la jouer très fin. Un coup de poker. Faire celui qui savait alors que je ne savais rien:

■ Ce que vous avez à voir là-dedans ? repris-je avec un air à la Sherlock Holmes. Vous le savez très bien, monsieur Jefferson. Sinon nous ne serions pas là ce soir. Gagnons du temps et dites-moi où se trouve cette amphore... Vous étiez en Europe pendant la seconde guerre mondiale, n’est-ce pas ?

Je posais la question en connaissant la réponse. Sur sa bibliothèque, une photo d’une unité d’infanterie où je reconnaissais notre homme, plus jeune, au milieu de six compagnons d’armes. Il portait l’uniforme de l’époque et le groupe posait devant la magnifique statue de la Germania du Niederwald. Il s’agissait encore d’un quitte ou double car je n’étais pas sûr que mes sous-entendus trouvent un écho. Quand bien même ils en auraient eu un, je ne connaissais ni la portée de cet écho, ni l’intérêt qu’il pouvait avoir dans notre affaire. Mon allusion était peut-être un coup d’épée dans l’eau et j’étais le premier à vouloir savoir ce que j’avais bien pu insinuer.

Il ouvrit la bouche après un très long moment d’hésitation. Il soupira et se renfonça dans son siège. Les yeux vagues. Il se rendait. Mon coup de bluff avait fonctionné.

■ Oui, j’étais en Allemagne... et je sais qui a pris cette photo que vous tenez. Par contre, j’ai rien à voir avec ce réseau de contrefaçon et je savais même pas qu’il y en avait un qui sévissait vers l’Europe.

‘Ben moi non plus...’

■ Cette amphore, je l’ai tenue dans mes mains... se souvenait-il plein d’émotion. Je l’ai tenue et j’ai dû m’en séparer... les deux agents qui sont venus me voir ne m’ont pas interrogé sur cette amphore mais sur le casse qu’il y a eu samedi à côté, dit-il en désignant vaguement la vue par la fenêtre.

Comme je n’étais pas au courant d’un tel casse et que ça aurait pu mettre en danger notre couverture, je gardai le silence. Il continua de lui-même.

■ J’ai négocié la vente de mon amphore légalement avec la galerie de Francesco Tate. J’avais besoin d’argent... retraite misérable, vous pouvez comprendre ! Mais j’ai regretté aussitôt de m’en être séparé. Elle a une grande histoire cette amphore. On se la transmet de génération en génération dans ma famille. Elle avait été exportée en Allemagne lorsque la soeur de mon père a épousé un Allemand. Elle en prenait soin. Jusqu'à ce que je la retrouve en Allemagne, complètement par hasard, je la pensais en sécurité. Je l'ai volé... je l'ai ramené aux Etats-Unis mais j'avais oublié cette photo... Tate avait l’amphore mais elle a été volée durant le casse... c’est peut-être vos faussaires, là, vous pensez-pas ?

J’en doutais puisqu’il n’y avait jamais eu de tels faussaires et que je venais d’inventer toute cette histoire.

■ Vos collègues sont venus m’interroger parce que mon nom était sur la liste des clients de Tate et que j'ai pas un passé très heu..enfin, vous connaissez très bien mon casier judiciaire. Ils m’ont soupçonné d’avoir rencardé des petits jeunes pour le casse. Mais moi, j’avais rien dit, rien fait. Je leur ai pas parlé de la vente de l'amphore. Je voulais la paix, bah voilà vous débarqué alors la paix je l'aurais jamais ! Ils sont repartis sans rien. Si vous voulez en savoir plus, vous devez demander à l’agent Collins et à l’agent Williams... sinon, vous attendez demain pour rencontrer Tate. Je ne sais pas pourquoi ce misérable sorcier voulait tant cette amphore... elle n’était pas magique, je vous le garantie... Ca faisait huit ans qu’il la courtisait... bah il l’a eu et il a pas été foutu de la garder plus de trois jours sans se la faire dérober. Ce qui m'a interloqué c'est que quand je suis allé le voir pour savoir s'il avait toujours l'amphore, il m'a dit qu'il n'avait pas reportée son vol aux flics. Vu le prix qu'il aurait pu obtenir des assurances, j'ai trouvé ça bizarre.

Je me tournai vers mes deux compagnons.

‘Et maintenant?’ pensais-je en les dévisageant embêté.

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MessageSujet: Re: Une vie moins ordinaire   Ven 10 Déc - 17:29

Nous étions levés il y avait quelques heures à peine mais ici, l'heure était tardive. Pendant un instant, je l'avais oublié. Notre hôte nous remettait les pendules à l'heure avec plus ou moins de tact. Plutôt moins que plus mais je pouvais difficilement lui en vouloir. Plus nous avancions, moins je me sentais à l'aise, avec la lourde impression que nous le poussions dans ses retranchements. Je ne savais pas comment étaient les américains mais, chez moi, en Ecosse, plus un étranger cherchait à forcer le passage, plus nous lui opposions de Résistance. Nous étions un peu relativement hospitalier mais il fallait du temps et de la patience pour nous apprivoiser.
En même temps, la mention des services secrets américains aidait peut-être à délier les langues.

Je captai au vol le regard d'Ulysse et tentait de deviner ce qu'en pensait Call.
A l'évidence, les agents Collins et Williams n'étaient pas des pistes valables. Eux ne se laisseraient pas berner par mes talents de comédien et se montreraient très certainement plus retors quand il s'agirait de leur extirper des informations. Bien sûr, il y avait toujours l'option "magie" qui flottait dans l'air. La race sorcière s'était faite spécialiste das l'art d'inventer des sortilèges en tout genre pour contraindre à la délivrance d'informations. Mais je rechignais également à cette option. La raison numéro 1, la plus courante, était tout simplement mon malaise à user de magie sur des gens qui en étaient dépourvus. J'étais peut-être naïf mais cela me semblait profondément injuste. Certains êtres humains naissaient avec le don, d'autres pas. La guerre s'était chargée de nous faire cohabiter mais, pour trouver un terrain d'entente, il me semblait qu'il valait mieux se baser sur nos ressemblances que sur nos différences. Faire de nos "plus" des atouts plutôt que des armes. La raison numéro 2 était Ulysse. Autant nos rituels à base de maléfices pour l'entretien du musée m'apparaissaient comme une base pour tisser lentement notre relation, autant faire usage de magie "forte" en sa présence me mettait mal à l'aise. A l'évidence, j'étais un grand timide.
Pas de course-poursuite à travers le Dakota, donc.
Je me doutais que j'étais peut-être le seul à penser cela mais rencontrer ce Tate était une option intéressante. Et Jefferson pouvait nous servir d'intermédiaire. Pas question, donc, de le pousser hors de ses limites.
J'aurais pu relever la mention à son passé. Ou pour le moins, faire mine de.
J'aurais pu lui demander des précisions sur sa transaction avec la galerie.
J'aurais pu lui poser des milliers de questions qui auraient eu tout ou rien à voir avec le sujet qui nous intéressait.
Je choisis de n'en rien dire.

*Tate...*

On ne se refait pas.
La moitié de mes capacités d'attention m'avaient été ôtées à l'évocation de ce nom. La Tate. Je savais que Francesco Tate n'avait sans doute strictement rien à voir avec nos TATEs (des majuscules partout) à nous mais j'avais dressé l'oreille. Je n'étais pas féru de coïncidences mais là, c'était trop gros pour ne pas y croire. La Tate Liverpool était un de mes lieux d'art préféré. Je fonctionnais à l'affect et le simple fait que notre futur contact soit rattaché de près ou de (très) loin à ma Tate ne pouvait être qu'un heureux présage. J'étais soudain plus confiant quant à la suite des évènements.


- Bizarre, en effet.

Pour la réplique qui tue, je repasserai plus tard.

- Nous vous remercions pour votre, hem, coopération. Accepteriez-vous de nous servir d'intermédiaire avec ce Tate? Il m'apparaît évident que nous devrions le rencontrer., ajoutai-je à l'adresse de mes deux "collègues".

Je fus incapable de décrypter l'expression que passa fugitivement sur le visage de Jefferson. Un doute, peut-être? Mais son regard tomba sur Call et Ulysse. J'avais toujours fait plus jeune que mon âge. Avec un peu de chance, il me prendrait pour un débutant en formation. Oui, cette piste me plaisait. Je peaufinerai mon rôle de le lendemain.


- Tate habite à une heure d'ici. Il n'arrive que pour l'ouverture, vers 10 heures.
- Et il ferme à...
- 18 heures.
- Auquel cas, donnons-nous rendez-vous à dix-huit pour afire la fermeture et éviter les heures d'affluence. Tate

*Misère...*, songeai-je en effectuant un rapide calcul. Avec huit bonnes heures de décalage horaire, notre rendez-vous était prévu pour 2 a.m., heure anglaise. Je n'avais jamais été un matinal. Il devenait urgent que je me sorte du cocon que je m'étais tissé.

Nous finimes par prendre congé de notre homme, le laissant jouir d'un sommeil bien mérité, tandis que nous nous hasardions à découvrir Pierre, Dakota.
Merlin bénisse les Américains. Au contraire du Royaume-Uni où tout était fermé dès que sonnait l'heure du thé, les Etats-Unis proposaient un large choix de service tout au long de la journée... et de la nuit. Fast-food et autres services de restauration rapide clignotaient de tous leurs néons, appelant les âmes solitaires qui erraient dans la nuit.
Nous finimes par échouer dans un de ces "restaurants". Aucun de nous n'était réellement fatigué et un repas réunissait mieux les esprits que des pérégrinations sans but dans une ville étrangère. Nous mimes en place le plan pour le lendemain (ou, devrais-je dire, pour un peu plus tard dans la journée). Corrigeons-nous: Casey et Ulysse mirent en place le plan tandis que je me contentais majoritairement d'approuver. Il était évident que notre "employeur" avait l'habitude de ce genre de situation et que mon propre employeur était plus doué en relations humaines que moi-même. Je pourrais dire que je n'étais pas assez retors mais ça n'était pas ça. Je ne me frottais tout simplement pas assez à mes semblables. Cette petite virée aux Etats-Unis auraient deux conséquences possibles, l'une ou l'autre. Ou bien je serais à tout jamais vacciné contre l'envie de me frayer une place dans le monde, ou bien j'y prendrais goût, me rendant compte que tout ceci n'était pas si terrible mais plutôt plaisant. Je penchais plutôt pour la première option mais nul n'était jamais à l'abri des surprises.
Surprise fut la nourriture que l'on nous servit. Le Royaume-Uni ne m'avait pas habitué à une telle abondance et à une telle effervescence de saveurs.
Surprise fut cette fin de nuit où la rue nous cueillit tandis que nous attendions le petit matin.
Surprise fut encore la découverte de Dakota by day. Il y régnait une atmosphère tellement différente de notre terre natale. Nous avions beau parler la même langue, nous n'étions définitivement pas de la même espèce.

Nous nous séparâmes quelques heures. Nous avions l'impression de tourner en rond en attendant sept heures.
Pour ma part, c'était ma soif d'indépendance et de solitude qui m'avait fait lancer cette proposition.
Je profitais de cette liberté impromptue pour découvrir la ville à ma façon. Je m'enfonçais dans les "vieux" quartiers, au hasard et me laissait charmer par l'inconnu. Evidemment, je finis par échoir sur un banc où je fermais les yeux pour "sentir" Pierre.


Arrow 18.00
Nous nous étions retrouvés comme convenu à quelques rues de notre futur rendez-vous de sorte à arriver ensemble sur place. Jefferson nous rejoignit, d'une humeur sensiblement meilleure à celle qui était la sienne plus tôt (trop tôt?) dans la matinée. Pour ma part, je commençais à fatiguer, et, donc, à baisser ma garde, mais c'était partie de l'aventure. Il faudrait néanmoins que je conserve assez de contrôle pour ne pas accumuler les erreurs.

Alors que nous franchissions les portes de la Francesco Tate Gallery, je prenais conscience que mon choix reflétait une erreur de plus. En nous adjoignant Jefferson, je nous avais coincés dans le rôle des agents Botwin, Hodes et Wilson, quand Tate aurait peut-être été plus ouvert à une discussion entre "connaisseurs". Nous présenter comme conservateur et gardien du Petit Musée, confrères d'outre-atlantique, plutôt que comme des membres du FBI aurait été une option nettement plus judicieuse. Jouer sur la familiarité et le côté "familial" du réseau artistique plutôt que sur la menace et la peur qu'inspiraient vraisemblablement les services secrets.
Trop tard.


- Messieurs, je suis désolé mais nous fermons., nous accueillit un homme entre deux âges. Il se tut soudain en reconnaissant notre "guide". Monsieur Jefferson?

Lui-même.

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