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 Minuscule

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Stan Shield
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MessageSujet: Re: Minuscule   Jeu 12 Aoû 2010 - 15:11

La sirène fronça son nez parfait pour marquer son dégoût en voyant la sorcière. C’était une sirène belle et gracieuse comme elles le sont toutes. Un visage dans les canons de la beauté universelle avec des prunelles améthyste transparentes et envoûtantes, un nez fin qui se terminait en pointe, légèrement retroussé ; des pommettes rondes et pâles comme un clair de lune, rehaussées d’éphélides olive ; une bouche océanes et charnue dont les crêtes de la lèvre supérieure formait un M parfait ; une longue chevelure verdoyante et ondulée, gonflée par l’onde telle la voile d’un bateau qui encadrait son visage ovale. Ses bras étaient recouverts d’un tapis d’écailles fines et argentées ; sa poitrine nue, bombée et enflée comme les dômes de la Cathédrale de l'Annonciation de Moscou, soutenait, sans pudeur et avec un air menaçant, une gorge élancée et blafarde. Les arrondis des lignes de son ventre, de ses hanches et de sa taille pirouettaient au rythme lent de sa queue allongée qui s’enroulait sur elle-même en une courbe strophoïdale au mouvement hypnotique. Au bout de ses doigts fins, dix ongles oblongs et saillants étaient recouverts d’une couleur olivâtre. Un de ces doigts était pointé vers la sorcière, menaçant.

La sirène désignait l’intrus et questionnait Stan du regard. Stan voyait ce doigt accusateur et le ressentit comme s’il essayait de percer son propre cœur. Pour répondre à ce doigt tendu, Stan attira la sorcière contre lui. Le geste signifiait qu’elle était avec lui, qu’elle était à lui.

La deuxième silhouette sortit de l’ombre. C’était une sirène enfant. Il ne fallait pas plus d’un regard pour relever la ressemblance physique avec la sirène adulte. Elle devait être sa fille. Elle différait d’elle de part l’inexistence de sa poitrine, sa petite taille et la couleur de sa peau. L’enfant avait une peau beaucoup claire que celle de sa mère. Une peau jeune qui n’avait pas encore été rongée par l’eau et les diatomées. L’enfant était timide, elle n’osa pas s’avancer. C’était la première fois qu’elle voyait un bipède, ses yeux exorbités qui ne se détachaient pas des membres inférieurs de la sorcière en témoignaient d’une façon assez comique. Elle n’avait certainement jamais rencontré d’Assassymbe non plus mais l’enfant ressentait moins d’attrait pour un cousin à nageoire que pour cet être étrange qui n’en avait aucune.

Stan entendait que dans le corps de la fille allumette, l’air commençait à manquer. Il fit un geste de côté pour se rapprocher du buisson mais le doigt tendu se raffermit et l’en dissuada. La sirène nagea vers eux dès que la sorcière abaissa sa baguette. Elle leur tourna autour pour les considérer. Elle était en train de juger de la faible menace mais ne comprenait pas qu’un Assassymbe accompagnât une humaine dans un environnement qui n’était pas le sien, et l’air manquait de plus en plus dans les poumons de l’humaine. Stan se fâcha. La boule lumineuse dans son poing faiblit parce qu’il ne pouvait se permettre d’être menaçant. Il fallait être sagace et avisé. L’air devint une denrée cruciale. Il fallait être rapide et adroit. Le temps passait plus vite qu’il ne devait. Une seconde sans air en paraissait dix de plus insupportables. Il le devinait.

L’Assassymbe tendit son bras libre devant lui pour montrer à la sirène qu’il allait bouger mais qu’elle n’avait rien à craindre. Il désigna le buisson au milieu duquel le glaucus potamot dansottait. Elle devait comprendre que Stan voulait en donner à la sorcière. La sirène sourit malicieusement et secoua sa tête :

« Not » dit-elle. Dans son langage, cela signifiait « pas question », « non », « jamais » quelque soit l’exactitude de la nuance, son mouvement négatif de la tête ne présageait rien de bon.

Stan attira la sorcière près de lui pour regarder son visage. Il ne pouvait plus attendre. Son geste fut rapide, il abandonna Mélusine le temps de se retrouver à côté de l’enfant sirène qu’il l’attrapa contre lui. Sous son visage enfantin, il fit luire un filet électrique. L’enfant ne bougeait pas. Elle reconnaissait le danger. Le visage parfait de la femme sirène se déforma en une grimace de haine, elle fila rapidement vers le buisson algueux et arracha sauvagement une feuille qu’elle apporta à Mélusine. Elle se retourna ensuite vers Stan. Sa voix, comme une mélodie sourde qui se battait contre la pression de l’eau pour émettre un son, vibra de rage :

« Ax binerra ! »

Elle ordonnait qu’on lâche sa fille.

Stan s’avança vers la sorcière sans lâcher l’enfant qui ne se débattait pas, étourdie par ce qui se passait autour d’elle et toujours irrésistiblement attirée par la vision étrange d’un être qui n’avait pas d’écaille. Il découpa rapidement une des branches et glissa la feuille dans la bouche de la sorcière. Un peu d’eau entra aussi, s’engouffra dans ses poumons mais l’œuvre de la plante agissait déjà. Les alvéoles devaient être en train de s’écarquiller chacune comme des fleurs au soleil. Le système respiratoire se modifiait et réclamait d’être alimenté par l’eau et non plus par l’air. L’Assassymbe n’avait pas le temps d’expliquer à la fille allumette qu’elle ne devait pas avoir peur d’ouvrir la bouche et de respirer désormais. Pour la forcer à respirer, il ne vit pas d’autre solution, il la regarda en souriant d’un air désolé juste avant de lui mettre un petit coup de poing dans le ventre. Courbée par le choc et la surprise de celui-ci, le corps réagirait instantanément et elle comprendrait qu’elle peut se laisser à aller. L’eau ne serait plus une ennemie.

La femme sirène profita d’une seconde d’inattention pour se faufiler en direction de Stan et lui arracher sa fille des bras. Elle s’apprêta à s’en prendre à la sorcière mais l’enfant sirène réagit plus vite que Stan et que sa mère. Elle s’interposa en criant : « né deska ayasté !! né deska ayasté ! » Ne lui fais pas de mal, ne lui fais pas de mal. Le geste de la mère resta suspendu. Elle observa sa fille qui avait enroulé sa nageoire caudale autour de la sorcière et qui tendait ses bras en croix devant elle, en bouclier.

« né deska ayatsé, si morlan fet’em allem deské »

La mère lui répondit quelque chose dans son langage, la fille répondit encore et finit par dérouler sa queue pour libérer la sorcière vers laquelle elle se retourna en souriant triomphante. Dans son langage, elle s’adressa à la sorcière tout en nageant autour d’elle pour la regarder sous toutes les coutures, elle toucha sa peau, effleurait ses jambes et ses mains. L’enfant sirène se tourna ensuite vers Stan pour le questionner à son tour :

« si néhérim astar depro lomné allem deské ? Ito né farlasa somini ghemna... »

Stan ne comprenait pas tout le langage mais quelques mots clés lui permirent de comprendre le sens général de la requête : elle voulait savoir si l’étrangère accepterait de venir voir sa maison pour discuter parce qu’elle n’avait jamais vu quelqu’un comme ça.

L’Etre de l’eau jeta d’abord un regard interrogateur du côté de la femme sirène. Il voulait être certain qu’il n’arriverait rien à son invitée. Elle ne paraissait pas particulièrement heureuse de l’invitation de sa fille et le bouda en s’en allant après avoir jeté une flopée de mots à l’intention de sa fille. Puis dans le langage de Stan, quand son corps était déjà hors de leur vue mais que l’aura des mots pouvait encore leur parvenir, elle dit : « S’il arrive quelque chose à ma fille, je vous tiens pour responsables. La Deux-Jambes n’est pas la bienvenue. »

Stan haussa les épaules avec amusement et se tourna vers la sorcière. Il ne pouvait s’adresser à elle que d’une manière dans l’en-dessous. Par la pensée :

« L’enfant t’invite à venir voir sa maison et ses frères. Quant à ce qu’a dit la mère, tu as dû le comprendre... je suis désolé pour le coup dans l’estomac... tu... tu veux qu’on aille visiter le nid des sirènes ? »


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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Minuscule   Ven 27 Aoû 2010 - 18:03

Le visage avait reflué à mesure que l'air affluait.
Mélusine se refusait à en conclure quoi que ce soit. Elle se força à oublier. Rien de plus facile. Occulter ce qui la dérangeait, elle faisait ça tous les jours. Ca reviendrait bien assez tôt à l'assaut de sa mémoire pour y faire un siège. De toute façon, le manque d'oxygène vous faisait voir n'importe quoi. Croire n'importe quoi. Il y avait même des gens qui provoquait ce genre d'hallucinations. A chacun ses trips. Elle préférait le jus de citrouille.

Mélusine n'avait jamais été très salade, pourtant, ce petit bout de verdure lui avait fait l'effet d'un passeport pour la liberté.
Certains en appelaient à un coup de pied bien placé pour se réconcilier avec la vie, il lui avait suffi d'un coup dans l'estomac.
On ne se rendait jamais compte combien il était bon d'exister, simplement et divinement bon, avant d'être sur le point de s'arrêter. C'était un privilège travesti en droit inaliénable. Les profondeurs du loch prenaient des airs d'Eden aquatique. Ses sens s'ajustaient, sa vue s'aiguisait, ses extrémités s'étaient légèrement palmées et elle n'aurait pas été surprise de voir ses boucles rousses devenues algues vertes. Son corps tout entier carburait à grands renforts de goulées d'eau. Il lui semblait avoir acquis une acuité généralisée au milieu aquatique. Même les deux sirènes lui paraissaient moins étrangères. Elle prit un temps pour admirer tous ces changements, pour sentir sa peau sur son cou s'ouvrir et se fermer au gré de ses inspirs, pour rêver un peu qu'elle resterait comme ça, une fille de l'air comme un poisson dans l'eau. Elle se sentait juste libre, plus libre que jamais. Jamais était connoté de manière très subjective chez Mélusine. Jamais pouvait vouloir dire "pas depuis ce matin" ou "il y a trois mois, cinq ans, quand j'étais petite". Il y avait les jamais qui étaient des dénis quand elle savait trop bien qu'elle voulait des toujours. Et puis, il y avait les jamais qui étaient des "différemment". Voilà. C'était un "elle ne s'était jamais sentie libre comme ça". L'eau n'était plus un univers dont elle était l'étrangère mais une amie qui se coulait contre elle. Il y avait des nuances, comme ça, qui vous changeaient tout un monde. Les poissons qui voguaient non loin d'eux avaient pris des airs plus intimes. Ils étaient du même bord désormais, pour un temps. Comme les oiseaux dans le ciel étaient ses égaux dès qu'elle enfourchait son balai. C'était une question de ressenti, d'expérience similaire, d'un elle-ne-savait-quoi qui n'était rien mais qui changeait tout. Elle aussi, elle pouvait évoluer à sa guise, sans emprise, sans attache. C'était un sentiment complètement différent de ce qu'elle avait ressenti plus tôt, dans les bras de Neptune-les-yeux-bleus. Elle était alors une invitée dans un monde aux allures de paradis et elle avait soudain gagné le droit d'en faire partie.
Elle ne s'était jamais sentie aussi libre.

Elle se raidit pourtant de manière soudaine, sortie de sa rêverie, aussi vite qu'elle s'était détendue en sentant l'oxygène lui éclaircir les idées. Ca n'était pas la petite fille à queue de poisson qui tourbillonnait autour d'elle. Ca n'était pas non plus sa mère, pourtant ouvertement hostile (ça, au moins, elle ne l'avait pas inventé). C'était la voix de Neptune infiltrée sous son crâne. Son instinct avait toujours été plus fort que tous les raisonnements du monde. pas d'intrusion dans son esprit. C'était la seule chose qui n'appartenait qu'à elle. Un refuge, une retraite, un univers à part entière où étaient entassés pêle-mêle ce qu'elle était, avait été, serait. Ses doutes, ses rêves et ses espoirs. N'importe qui y entrant pour déposer trois mots étaient à même d'y rester, de s'y balader et de piller ces petits riens qui étaient ce qu'elle avait de plus précieux. Son jardin secret était accessible par la troisième porte en gauche, en entrant. Le panneau "frapper avant d'entrer" était tellement petit qu'il en devenait quasi-invisible. Il n'y avait aucune sort pour remédier à cela. Ca n'était pas exactement le genre de lieu que l'on pouvait protéger par un
Anti-catimini ou place sous le sceau du secret.
Parce que c'était lui, la jeune femme se contenta de se raidir. Et de se refermer. Insensiblement. Elle réservait les attaques et les râleries à d'autres. Et puis, allez râler quand vous émettiez des
bloup bloup dès que vous ouvriez la bouche. Pas très crédible.

Au lieu de cela, elle regarda la petite sirène et un doute éclot jusqu'à flotter à la lisière de sa conscience. Ses yeux s'attardèrent sur la petite silhouette toute en entrain et en sourire, puis sur sa mère, pour finir par se poser sur Neptune-les-yeux-bleus. Sa femme? Sa fille? Sa maison à lui qu'elle allait visiter? La maison de la clef? Ils arboraient tous des écailles et il ne lui en fallait pas beaucoup plus comme certificat de paternité. Peut-être que les deux sirènes gagnaient des pieds quand elles regagnaient la surface.


'Oui. Bien sûr... Et tu prends ta propre fille en otage pour faire chanter ta femme...'

Certes. Evidemment que non.
C'était juste une idée de passage.


'Eh bien, laisse-la passer. pendant ce temps, tu prends tes distances sous prétexte que Neptune te sert d'interprète...'

Dans sa tête à elle!
Depuis quand
elle acceptait des visiteurs?

'Il t'a sauvé la vie.'

L'épisode lui revint à la mémoire. La honte la suivait pour lui tenir compagnie.
Pour elle, il avait sacrifié un peu de sa pureté sauvage. Il y avait des gens comme ça qu'on ne se sentait pas la droit d'abîmer.
Mélusine se tourna vers lui, voulut parler, s'excuser même, peut-être, mais ne réussit qu'à blouper de manière assez ridicule. Alors elle lui sourit aussi fort qu'elle put, avala une grande gorgée d'eau qui lui fit tourner la tête comme quand elle essayait de respirer toute l'atmosphère en une seule inspiration. Elle s'empara de sa main, la serra brièvement deux fois en articulant un "merci". Hocha la tête et reporta son attention sur la petite fille qui tirait sur son débardeur. Tout le monde était nu, ici, sauf elle et, pour la première fois, elle trouva _ça bizarre. Désagréable. Et resta habillée, sa pudeur en bandoulière. Elle esquissa l'ombre d'un sourire vers l'enfant sirène avant d'acquiescer. La gamine repartit dans son babillage incompréhensible, tout en trainant Mélusine derrière elle, elle-même trainant Neptune dans une drôle de farandole aquatique.

L'expression qui s'affichait sur la visage de la mère valait son pesant de chocogrenouilles. Rien que pour ça, la jeune femme se réjouissait d'avoir accepté la visite. Sans doute avait-elle même accepté pour cette raison-là. Elle n'avait jamais été très à l'aise avec les enfants. N'avait pas eu l'occasion de pratiquer depuis sa propre enfance. Elle ne savait plus comment faire. Comment être.

De temps en temps, la petite fille se retournait comme pour vérifier la tangibilité de son aventure. Et Mélusine se surprenait à afficher un air béat. Elle avait exactement la même expression émerveillée, teintée du doute affreux que tout ne soit qu'un rêve, qu'elle quand quelque chose tombait comme une étoile dans sa vie et que c'était trop beau pour y croire.
Sa maison ne ressemblait en rien aux habitations de la surface. Les algues qui s'y étaient greffées dansaient au gré des courants et lui conféraient une grâce un peu irréelle. La roche avait été taillée de façon à en faire oublier la nature, tout en révélant la beauté de la pierre jusque dans ses moindres perfections. C'était comme si le minéral s'était trouvé mis à nu, révélé, sublimé. Mélusine mourrait d'envie d'y toucher mais sentait que son geste provoquerait les foudres de madame-la-mère.
Au lieu d'entrer dans la maison, la petite fille tourbillonna pour l'entraîner (les entraîner puisque Mélusine refusait de lâcher Neptune) vers l'arrière. Elle y gagna le surnom immédiat de Tsunami. Parce que ça sonnait bien.
Et pendant que la jeune femme découvrait ce qui devait être le "jardin", Tsunami tripatouillait ses cheveux avec de grands sourires ravis. Elle s'attaqua ensuite à ses orteils qui semblaient provoquer chez elle une véritable fascination. Mélusine lâcha un rire qui se transforma en une volée de petites bulles. L'épiderme de la petite fille la chatouillait. Dans son coin, la mère montait la garde. Dans le coin de son champ de vision, Mélusine devina l'arrivée de nouvelles silhouettes. Une toute petite et une ou deux autres plus imposantes. Les frères, sans doute. Le tout petit glougloutait et même Neptune ne devait pas le comprendre. Il pataugea (même ce petit bout était plus gracieux qu'elle, sous l'eau) jusqu'à sa soeur pour s'accrocher à sa tailler avec un air gourmand. Ses deux aînés se montrèrent plus réservés. Pas aussi froids que leur mère, certes, mais ils toisèrent Neptune pour tenter de le jauger. Ils s'attardèrent à peine sur elle. Pas dangereuse. Elle avait l'habitude. Le chatouillis revint. La petite fille titillait la petite boule de son orteil entre ses doigts palmés.


'Tu sais ce qui est nul?'

Oui. Elle ne pourrait jamais lui rendre la pareille, lui faire découvrir la surface. Il n'y avait pas d'équivalent à la branchiflore pour les êtres de l'eau.




« When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up.
I wrote down ‘happy’.
They told me I didn’t understand the assignment,
And I told them they didn’t understand life. »
John Lennon
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Stan Shield
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MessageSujet: Re: Minuscule   Mar 14 Sep 2010 - 21:04

Le beau était de prime abord évident. On évaluait sans difficulté la beauté des choses. C’était un exercice facile qui pouvait prêter à discussion mais il était impossible de confondre quelque chose ou quelqu’un qui était beau avec ce qui ne l’était pas. Dans l’ensemble le beau était beau et le laid était laid. Dans le particulier, quand on s’attardait sur les nuances et sur ce qui rendait beau le beau, on se rendait compte que le beau n’était pas toujours si global mais qu’il résidait dans une addition de menus détails qui faisaient appel à notre sens de l’observation et à notre culture. La beauté perdait son absolu mais se transformait en charme. On estimait, peut-être à raison, un déséquilibre dans le visage de tel ou tel individu parce qu’on son nez était trop long ou son front trop large, les yeux pas assez écartés ou les lèvres trop fines mais il suffisait que le sourire éclabousse les yeux de qui regardait ou qu’une façon de se mouvoir ou un reflet de les cheveux singularise typiquement un individu pour le rendre charmant. La beauté était un ensemble absolu et le charme un amoncellement de détails.

On pourrait penser que le beau, plus grand, plus raffiné et plus glorieux surpassait en terme qualitatif le charme qui se voudrait plus petit, plus discutable et plus subtile. Aux yeux de Stan, qui de ces concepts ne connaissait aucune nuance, le beau n’existait pas encore de même que le charme parce que pour que l’un et l’autre existe, il eût fallu que leur contraire aient un sens eux aussi. Or, laideur et petitesse lui étaient aussi vide de sens que leur envers. Cependant, il existait des sensations pour décrire la beauté d’une fille qui sourit, d’une maison extraordinaire ou d’une armée d’orteils assaillis par les chatouilles d’une enfant sirène. L’émerveillement et l’accomplissement. La sensation qu’on était arrivé au bout de l’essentiel et qu’il n’y avait aucun constat à faire au-delà de cette plénitude sur laquelle on évoluait à l’instant où nos yeux étaient frappés par cette beauté et ce charme.

Stan souriait et se sentait envahi par un sentiment inexplicable d’accomplissement et de fierté pour lui et pour la Deux Jambes.

S’il ignorait la notion de beauté et de laideur, tout comme ce qu’engageait celle d’être un homme ou une femme, il ne méconnaissait pas la différence qui existait entre l’appartenance ou l’intrusion à un groupe ou entre le danger et la sécurité. Ces deux dernières notions tenaient certainement plus de l’instinct que de l’inspection en bonne et due forme du contexte mais tel était-il : instinctif.

Quand les deux grand frères approchèrent, c’est d’instinct qu’il brisa le tableau qui le rendait si accompli et si paisible. Il serra un peu plus fort la main de la fille et il l’attira sans brusquerie contre lui comme il l’avait fait quand il avait décelé la présence des Etres de l’eau la première fois.

Une alerte sécurité résonnait en lui. Les deux enfants sirènes regardèrent la guirlande d’orteils s’en aller. Dans la ligne de mire du petit « Tsunami », la silhouette forte de ses deux frères se dessina.

Celui des deux qui paraissait le plus jeune avait les cheveux longs et dorés. Ce n’était pas un doré comme la blondeur de blé des humains de la terre ferme mais un blond de miel lumineux qui imitait les rayons du soleil avec la grâce d’une jonquille courbée au vent. Si cette couleur avait une odeur, elle aurait été sucrée et complexe. L’homme avait une charpente robuste et la peau recouverte d’écailles argentées. Son frère avait les cheveux courts et noirs. Ses sourcils étaient épais et ils surmontaient un regard au bleu pareil à celui de Stan mais les traits sombres de son visage et de son allure les rendaient plus profonds et plus inquiétants. Si l’on n’était pas déjà dans l’eau, c’était le genre de regard dans lequel regarder trop longtemps donnait la mesure de ce que serait une noyade aux confins des abysses.

Les deux enfants se montrèrent dociles à la présence des deux frères. La petite sirène s’en approcha doucement. Elle avait cessé de tournoyer et de s’extasier devant l’invitée de Stan mais, quelque fut l’autorité qu’ils avaient sur elle, elle ne se défit pas de l’engagement tacite qu’elle avait pris. Elle voulait que la Deux Jambes soit acceptée par les siens. Elle flotta jusqu’à la fille allumette et lui pris la main libre. Elle babilla quelques mots en direction du plus vieux de ses frères. Ce dernier ne lui adressa aucune attention. A son grand étonnement, quand elle suivait la ligne imaginaire qui liait le regard bleu électrique aux deux intrus, elle comprit que la présence de l’humaine lui apparaissait moins dangereuse sinon scandaleuse que celle de Stan.

Elle émit quelques phrases d’avertissement qui restèrent sans réponse. Le petit bonhomme à nageoire, insouciant, babillait toujours au grès des courants tièdes. Il s’était de nouveau approché de la fille allumette et continuait de jouer avec ses orteils.

S’ensuivit une discussion que Stan retranscrivait dès qu’il le pouvait et comme il le comprenait à son invités des profondeurs :

- Les Assassymbes sont des mers chaudes. Que fais-tu ici ?

- Promenade... je fais découvrir l’en-dessous à mon invitée.

Il avait de nouveau serré la jeune sorcière contre lui. Le plus âgé se refusait à lui adresser un regard mais le cadet l’avait toisé sans fin de la tête aux pieds. Un air de dégoût pointait sur son visage. Stan le trouva intolérable et injustifié mais toute son attention était dévouée à l’aîné.

- N’as-tu rien à voir avec ce qui se passe en haut ?

Stan ne savait pas de quoi son pair voulait parler. L’expression de son visage dût fournir un indice assez parlant pour que l’aîné poursuive l’interrogatoire sans chercher à obtenir une autre réponse.

- De quel clan es-tu ?
- Je n’ai pas de clan. J'ai perdu mon père. Je suis seul.

Plus personne ne bougeait une nageoire - ou un orteil. La tension se déliait mais subsistait une défiance de part et d’autre des deux camps.

- Comptes-tu te servir de tes pouvoirs ? interrogea encore l’Etre de l’eau.
- Je ne ferai rien pour défier mes hôtes.

Il regarda enfin la sorcière et désigna la baguette qu’il avait repérée lors du très bref regard qu’il lui avait adressé à leur arrivée.

- La Deux-Jambes est une sorcière. C'est ta femme ?
- Ma femme ?

C’était la première fois que Stan entendait ce possessif devant ce substantif qui ne lui semblait que générique. L’aîné laissa échapper un sourire qui finit de décontracter tout le monde mais il retint encore un peu l’éclat de rire que lui avait inspiré l’expression embarrassée de Stan :

- Oui, ta femme. E’kin, essaya-t-il de traduire dans le langage de Stan.

E’kin était le mot Assassymbe qui désignait l’âme qui résultait de l’union spirituelle, charnelle et matérielle de deux êtres. On ne parlait jamais de possession mais de partage dans le langage Assassymbe. Il n’existait aucun mot dans le langage humain pour traduire ce concept. E’kin n’était pas une personne ou la description de l’état d’une personne par rapport à soi mais le résultat de l’addition de soi à l’autre pour décrire une union. Il promit à la sorcière de lui expliquer plus tard ce que l’aîné avait demandé, ignorant que, quant à elle, l’expression « être la femme de » devait avoir un sens qu’elle avait déjà compris.

Stan fit un signe négatif de la tête :

- Non, c’est un assassin, dit-il.

C’était la seule chose qu’il savait d’elle avec certitude. Il se rendit compte pour la première fois qu’il ne lui avait pas demandé son prénom.

Alors que l’atmosphère s’était apaisée, Stan ne s’était pas attendu à la réaction que provoqua la révélation. D’un seul coup, la mère vint arracher les deux plus petits à leur jouet bipède, l’homme sirène aux cheveux longs sortit son trident et le pointa vers la jeune femme tandis que l’aîné avait pointé le sien sous le cou de Stan.

L’alerte sécurité se mit à résonner dans tout son sang et son cœur battit en trombe. En résultat l’illumination quasi instantanée de sa paume droite, celle qui ne tenait pas la sorcière. Il était en position de défense. L’aîné recula du halo de lumière électrique mais garda son trident braqué sous la gorge de Stan :

- Qui a-t-elle assassiné ! Comment peux-tu nous amener une sorcière qui pourrait nous ôter la vie ? Ne sais-tu pas que ceux d'En-Haut sont mauvais ?

Le plus jeune regarda la sorcière avec répugnance, il parlait sa langue. Déformée par l’absence d’air, les sons sourds se firent cependant entendre et une phrase se forma :

- Que veux-tu ? exigea-t-il d’elle en brandissant le trident vers son cœur. Es-tu des gens qui ont tué notre père ? Es-tu de ceux qui nous chassent pour notre sang ?

La mère et les deux enfants avaient disparu dans un sillon de bulles qui menaient vers l’entrée de leur nid.

Stan ne comprenait rien à ce qui venait de se passer. Il regardait la jeune fille en espérant une seule chose. Quelle que soit la réponse à ses questions, il espérait qu’elle ne fasse ou ne dise rien qui l’empêche de tenir sa promesse : la remonter saine et sauve à la surface.

"Qu’est-ce qu’un assassin ?"

Pour la première fois, Stan marqua un signe d’inquiétude.
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Minuscule   Lun 27 Sep 2010 - 23:38

De façon étonnante, au lieu de ressentir peur et culpabilité, Mélusine éprouva soudain un sentiment de soulagement. Un bémol cependant. Elle regrettait que Neptune ait à subir cette scène. Elle aurait voulu lui jeter un regard d'excuse mais ils faisaient front tous les deux face à la famille de sirènes. De sirens. Bref, d'êtres de l'eau.

La situation n'était pas vraiment confortable. Ce machin pointé sur sa poitrine ne lui plaisait pas du tout, et la contraignait à adopter une attitude encore plus réservée que nécessaire. Et pourtant, quelque chose en elle se dénouait, se détendait. Peut-être parce que pour la première fois depuis longtemps, on opposait une réaction sensée à ce qu'elle était. Une assassin. Pour son entourage, tuer pour une cause semblait tellement couler de source. Bien sûr, il fallait défendre sa propre vie et ses idéaux. Elle n'était pas des partisanes de l'autre joue. Se protéger était un réflexe bien plus fort que l'horreur même d'ôter la vie. Et elle avait tellement peur que ce réflexe lui devienne une habitude, un geste qu'elle accomplirait sans ne plus rien ressentir. Comment pouvait-on accepter de se regarder en face dans un miroir quand on devenait soudain capable de tuer en un tournemain, sans même battre des sourcils? Mais la force de l'habitude et l'instinct qui pousse chacun à se construire une armure qui s'immisce entre soi et le monde, entre le coeur qui souffre et le monde qui heurte, cette force-là n'était-elle pas plus puissante que le dégoût et les visages blafards qui dansent quand les paupières se ferment?
Personne n'avait critiqué ses actes, jamais ouvertement. Elle ne s'était pas confiée à grand monde, certes. Et ce petit bout de monde n'aurait rien dit pour ne pas susciter sa colère et ses répliques face à leur prétendue incompréhension. Elle ne pensait pas à ceux qui partageaient son combat mais à ceux qui se posaient là en spectateurs et qui auraient dû avoir in regard extérieur. Critique. Sa mère. Ou Xaël. Ou Jon. Ou n'importe qui. Quelqu'un qui lui remette les pendules à l'heure et qui trouve à critiquer, à remettre en cause, à condamner. Au moins un peu. Au lieu d'avaler ses récits avec les yeux grands ouverts, impressionnés ou dépités, mais désespérément muets. Quant aux autres... l'heure n'était plus aux procès et aux condamnations. Il y avait tellement de chances qu'une militante perde la vie au cours d'un combat, qu'il ne valait sans doute pas la peine de s'en occuper.
Enfin quelqu'un se dressait en juge. Pas pour les bonnes raisons, certes. Il n'empêchait...

Mélusine posa délicatement sa main sur le bras de Neptune (c'était fou comme il était plus facile d'être presque délicate quand il y avait de l'eau partout autour pour freiner ses gestes brusques et sa réactivité). Il était hors de question que sa lumière devienne agressive. Ce faisant, elle se plaça devant l'arme pointue qui était toujours dirigée vers lui.


'Je croyais que tu détestais être menacée...'

D'où l'importance de la nuance entre "être menacée" et "se placer sous la menace". Dans le premier cas, elle restait passive, dans le deuxième, elle était active. Pas besoin d'être un génie pour comprendre ce qu'elle préférait. Et puis Neptune n'avait rien fait. Rien de répréhensible. Protéger les innocents, c'était aussi dans sa mission. Plus ou moins. Disons, quand ce n'était pas elle qui se chargeait d'octroyer le statut d'innocent au feeling.

Le geste devait être suffisamment explicite -ou alors, elle leur faisait vraiment peur ('Et tu aimes ça, hein?'. Plutôt oui. Jouer les espèces en voies d'extinction n'avait jamais été son occupation favorite)- car les deux armes se concentrèrent sur elle. C'était presque mieux.
Elle redressa les épaules et s'éloigna légèrement de l'homme poisson. La pointe des tridents suivirent son déplacement.
Bien.
Elle osa enfin se tourner vers Neptune, pour affronter son regard. De toute évidence, il était le seul à ne rien comprendre à la situation. Mélusine songea avec regret que son voyage sub-aquatique tenait bel et bien à l'ignorance de l'hybride vis-à-vis de son statut d'assassin. Il ne s'était pas dépêtré de la situation par une légère boutade mais seulement par sa gentillesse teintée de naïveté.


'Je croyais que tu l'avais compris.'

Oui mais...

'Est-ce que ça change quoi que ce soit?'

Non mais...

'Bon. Alors?'

Alors... Alors elle allait devoir assumer ce qu'elle était, sans avoir l'assurance de conserver ne serait-ce qu'un semblant de la bienveillance qu'il avait eu pour elle jusqu'ici. Ce ne courrait pas les rues (ni les fonds sous-marins) des types comme lui. Elle le connaissait depuis peu mais avait déjà eu le temps de s'y attacher. Et elle n'était pas sûre d'être capable de supporter de lire de la déception, de la crainte ou de l'horreur dans le regard qu'il porterait sur elle.
Elle avait pourtant tenter de le prévenir, dès le début. Mais elle n'avait pas eu la force d'insister, d'entrer dans les détails. Par peur, par faiblesse. On finissait toujours par payer ses faiblesses un jour ou l'autre. Elle aurait préféré que ce soit l'autre.

Bon.

Allons-y.

Elle secoua la tête de droite à gauche, avant de prendre conscience que son temps de réponse en annulait tout le sens. Il allait falloir répondre depuis le début.


"Joupnoupasbloupé-bloublou..."

Ok. Elle arrêtait les frais tout de suite. Des grosses bulles d'air s'échappaient de sa bouche au lieu du "je n'ai pas tué votre père" qui aurait dû calmer le jeu le temps qu'elle parvienne à réfléchir à comment présenter les choses. Là, le premier venu pouvait mettre n'importe quel sens sur ses tentatives de mots. De "j'aime les chamalllows" à "oui, j'ai tué votre père, j'en suis fière et si on continuait la liste en commençant par le petit dernier" en passant par toutes les interprétations médianes: "à votre avis, quel est l'équivalent de l'orage, dans le monde sous-marin? Des milliers de bulles qui montent vers la surface? Ca doit être plutôt beau, ça aussi? Parce que bon, de l'eau qui tombe dans l'eau, ça ne doit pas vous changer beaucoup..." (le bloup pouvait tout à fait être de ces langues où un mot résume toute une phrase) ou bien "quand est-ce qu'on mange?" (en vrai, ça mangeait quoi des sirènes? Des algues? Bof. C'était pas beaucoup mieux que de la salade. Et pour le fish and chips...facile pour le fish, mais sans technique de cuisson quelconque, ça devait se révéler sacrément... cru. Conclusion? Les êtres de l'eau mangeait de la salade aquatique et des sushis. Bien contente d'être de la surface...).

'Hem...'

Oui. Bon. Elle n'avait jamais prétendu être d'un courage renversant. Enième preuve que le Choixpeau s'était planté.

'Tu plaisantes?'

Oui.
Bon. Encore. Si elle ne pouvait pas parler, il ne lui restait plus que le langage de signes.
S'ensuivit un épisode qui s'ajouterait à la longue liste de ses moments de honte. Gesticulant à qui mieux mieux, elle tenta d'expliquer son histoire. Les armes pointées sur elle n'aidait pas son ampleur de mouvement. Sans compter que l'incrédulité et l'énervement croissaient de manière exponentielle chez son auditoire d'un jour. Tsunami avait laissé échapper un petit rire silencieux (ce silence finissait par être vaguement angoissant) mais le reste de la famille poisson restait de marbre.

Dernière option...
Mélusine brandit sa baguette et crut, pour la deuxième fois en un laps de temps beaucoup trop court que sa dernière heure était venue. Elle n'avait pas pensé qu'ils pourraient percevoir son geste comme une attaque. Le problème était qu'elle avait vraiment besoin de son frêle ustensile de bois. A contre-coeur, elle retourna sa baguette contre elle-même, dans l'espoir de prouver qu'elle ne cherchait pas à s'en prendre à eux. Ses antécédents ne jouaient pas en sa faveur.
Quelle était la formule déjà?


"Scrloup!"

*Scribere.*

Ne restait plus qu'à penser très fort à ce qu'elle voulait leur transmettre. En lettres de fumée rouge, ses premières lettres apparurent face à sa poitrine. Ca fonctionnait. Prudemment, sans cesser d'"écrire", elle tourna sa baguette vers le fond marin derrière elle, ne visant ainsi personne.

Je jure solennellement que mes intentions ne sont pas mauvaises.

C'était peut-être un chouïa alambiqué comme formulation.
Un doute soudain. Sans papier, comment les êtres de l'eau pouvaient-ils apprendre à lire? En gravant des cailloux? Ca devait être fichtrement long! Est-ce qu'ils savaient seulement lire? Et quand bien même ils lisaient, il ne déchiffraient sans doute pas sa langue.
La jeune femme ferma brièvement les paupières et se résolut à se tourner vers Stan pour de bon. Dans son regard, elle essaya de faire passer sa demande. Traduire pour elle. Se faire son interprète. Elle n'alla pas jusqu'à lui demander de ne pas la juger trop sévèrement.

Je n'ai pas tué votre père.

Ca, au moins, elle en était sûre. A moins que leur père, comme son compagnon, soit capable de se balader sur terre comme dans l'eau. Auquel cas, elle avait un sérieux problème. Autant partir sur une base simple. Elle ne l'avait pas tué.

Et Neptune est innocent.

Innocent. Ca lui allait bien.

Je ne chasse personne pour son sang. Je m'en fous du sang. Je chasse pour les idées. On me chasse pour mes idées.

Quelque part, c'était peut-être ça. Chasser et être chassée. A armes égales, c'était au meilleur de gagner. Ou au mieux accompagné. Ou au hasard.

On est en guerre, là-haut. J'ai tué... quelques fois. Parce que... parce que...

Est-ce qu'il y avait une seule bonne raison pour tuer? Sur le moment, ça lui avait paru une évidence. Pas sûr, même qu'elle ait réfléchi. Il n'empêchait qu'elle l'avait fait et...




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MessageSujet: Re: Minuscule   Mer 6 Oct 2010 - 17:36

Il y avait Stan qui ne se souvenait plus à quel moment il avait lâché la main de son invitée marine mais la séparation avait eu lieu un peu avant qu’elle se décide à s’expliquer.
Il y avait Halo, l’aîné aux yeux bleus, qui tenait fermement son trident dirigé vers le flanc de Stan mais dont les yeux étaient rivés à l’écriture rouge qui se formait au gré de la baguette.
Il y avait Isodun, le cadet aux yeux jaunes, qui pour la seconde fois confirmait qu’il avait appris le langage des humains en traduisant pour son frère l’écriture anglaise.
Il y avait la mère, qui s’était enfuie et qui ne revenait plus, elle était prostrée dans une ombre de leur nid, tenant ses deux enfants dans ses bras écaillés et espérant de toute ses forces que dehors, personne ne tuerait ses deux fils.
Et il y avait cette fille qui lui apprit ce que voulait dire être un assassin.

Quand elle eut terminé d’écrire, le silence des profondeurs les enveloppa comme un linceul protecteur et apaisant. La tension était en train de mourir lentement. Les mains autour des tridents décidèrent de relâcher leur préhension. Les pointes, ramollies par l’égard, piquèrent du nez et se détournèrent de leurs cibles. Il y avait quelque chose dans ce qu’elle venait d’accomplir qui avait fait acte de foi sans qu’elle s’en rende compte mais Stan le savait. Elle avait tourné le dos à ses adversaires et, pour les Etres de l’Eau qui se battaient toujours de front, cela signifiait qu’on remettait sa vie entre les mains de son ennemi. Dans sa propre paume, le spectre lumineux s’était éteint pour que plus rien en lui ne représente ni menace ni justification intempestive insinuant qu’il avait voulu se défendre de quelque reproche qu’on lui faisait.

Après un moment où pas même un petit ban de poissons n’avait eut l’idée de venir animer cette scène figée, Halo baissa entièrement son bras et enfonça son trident dans le carquois d’algues qu’il avait dans le dos. Il invita son frère à l’imiter d’un mouvement de la main qui aurait aussi pu vouloir dire "assied-toi" si cela avait été possible dans les abysses. Son visage carré enrobé d’une aura magnétique et d’une force bienveillante apparut tout soudainement devant le visage de Stan qui n’avait plus bougé depuis longtemps. Le bleu regard ricochait sur tous les récifs de la fille. Sur le nez qui tombait jusqu’à la bouche retroussée sur un menton. Sur l’épaule nue attachée à une clavicule saillante qui surplombaient les premières côtes. Où les côtes disparaissent un moment le temps que la poitrine s’élève et se rabaisse pour rejoindre les flancs et la suite du jeu de côtes. Sur le ventre et l’os qui sort de la hanche, arrondissant l’angle du bassin. Où les genoux sont le trait d’union entre les cuisses et les tibias. Au bout des doigts refermés sur une baguette en bois. Dans les yeux clairs qui ont un langage qu’il a l’impression de ne plus savoir traduire. De ne plus comprendre.

"Elle m’a menti. Elle n'a pas eu confiance en moi", pensa-t-il pendant son investigation visuelle. Il se demandait si être un assassin était visible de l’extérieur. S’il avait pu s’en douter rien qu’en la regardant un peu mieux. Si "être un assassin" produisait naturellement des indices évidents sur le corps du tueur. C’était bien ça qu’il avait compris: assassin était tueur.

Il n’y avait rien qui pouvait laisser suggérer qu’elle était dangereuse pour ses congénères ou pour lui. Après la triste définition du jour, il apprit aussi qu’il ne fallait pas se fier aux apparences.

Le visage de Halo l’empêcha de la scruter encore. Stan finit par tourner ses pupilles vers celles de l’Etre de l’Eau. L’homme avait compris que Stan manquait d’une connaissance manifeste de certains concepts du monde d’En-haut bien que, contrairement à eux, il fût le seul à pouvoir le parcourir sur deux jambes.

Ce qu’il dit à Stan fut d’une générosité remarquable mais dont l’Assassymbe tarda à comprendre l’ampleur.

- C’est une guerrière, dit-il dans son langage à Stan, E’kellyn. Guerrière. Elle tue pour défendre son clan.
- Clan ? répondit Stan machinalement. Il avait tant de mal à ne pas dévisager la fille. Se yeux essayaient de contourner la tête de Halo pour atteindre la sorcière qui flottait plus loin. Il ne bougeait toujours pas. Il était pétrifié. Il ne savait pas que Halo essayait de les réconcilier en réparant la brisure que l’appréhension du concept d’assassin avait occasionnée chez lui. Halo avait de la compassion et ça faisait de lui une bonne personne.

Sur les traces de son frère, Isodun, les rejoignit, oubliant la fille et se prenant soudainement au jeu de l'empathie. Dans le langage des humains, il expliqua pour Stan et pour la fille allumette les comprenne:

- Tu ne sais pas pour quoi ils se battent en haut ?

Il n’eut pas besoin d’effectuer un signe de négation pour qu’ils comprennent qu’il l’ignorait. Isodun poursuivit :

- Elle est E’kellyn et iseddem.
- Guerrière et chassée ? répéta Stan sans comprendre.
- Oui, en guerre. Comme nous, elle doit se défendre. C’est sa vie ou la leur, c’est la loi du plus fort. Ils sont devenus des animaux... ils chassent et se défendent pour agrandir leurs territoires.
- Et l’Eau ? demanda Stan en se détendant, affecté par la douceur des deux hommes.
- Ils ne considèrent pas l’Eau comme un territoire à conquérir mais nos peuples comme des armes à manipuler.
- Qu’est-ce qu’il a notre sang ? Qu’est-il arrivé à votre père ?
- Ton sang, le nôtre, celui de tous les Etres de l’Eau est une arme pour neutraliser les vampires. Notre père a été attaqué par des Deux-Jambes magiciens il y a un an. Ils l’ont emmené sur leur bateau, ils ont drainé son sang et ils l’ont rejeté au lac comme s’il n’était rien. En haut, il ne faut pas qu’on sache que tu es un Etre de l’Eau, Assassymbe.
- Je m’appelle Stanislas Shield, je viens des Cyclades, murmura Stan la tête ailleurs. Ses yeux étaient de nouveau harponnés à la sorcière.
- Je suis Isodun et voici Halo.

Le frère hocha la tête en guise de présentation.

Stan flotta entre les deux hommes qui tournaient le dos à Mélusine en signe d’abandon des charges qui pesaient contre elle.

- Mais à quel clan appartiens-tu ?
demanda-t-il toujours choqué à la sorcière.

Isodun vint à la rescousse de la Deux-Jambes :

- Quel que soit le camp auquel elle appartient, ça ne change rien sur le fond. Si elle ne nous chasse pas, les idées qu’elle défend sont les siennes et les moyens qu’elle utilise ne seront jugés que par les siens. Reste en dehors de leur combat. Je t’en fais le conseil.

Ca ne suffisait pas à Stan mais il garda le silence. Il ne savait plus quoi penser. Il se sentait trahi par la réalité et ce n’était pas la première fois et ce n’était pas la dernière fois.

- Je t’ai donné ma maison, dit Stan. Elle est dans la ville qui s’appelle Londres. Je te la laisse parce que je n’ai qu’une parole. Je t’y accompagne mais après, je ne pense pas que je voudrais encore te revoir.

Halo et Isodun s’approchèrent doucement :

- Nous vous laissons... vous devriez rentrer à la surface.


Stan hocha la tête. Les deux hommes saluèrent la sorcière sans ajouter un mot et s’en allèrent vers le nid.

Stan reprit :

- Ce n’est pas que tu retires la vie à tes ennemis qui me... c’est... tu aurais dû m’expliquer et je t’aurais comprise.
Enfin... j'aurais essayé. Je ne comprends pas pourquoi les gens tuent les gens. Mais j'aurais essayé, je te le jure.


Finalement, elle était comme les Shield, le couple qui l'avait tenu captif. Elle profitait de son ignorance. Il se sentit bête. Le sentiment grandissait quand il la regardait alors il décida de ne plus la regarder dans les yeux. Stan comprenait aussi la raison pour laquelle les deux sorciers l'avaient enfermé ces deux années. C'était juste pour prendre son sang. l leur aurait donné s'ils avaient demandé et peut-être que l'elfe de maison ne les aurait pas... assassiné. L'elfe aussi était un assassin.

Il comprenait surtout qu'il devait absolument se défendre contre ce monde pour qu'on ne profite plus des lacunes qui subsistaient en lui.

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MessageSujet: Re: Minuscule   Lun 18 Oct 2010 - 23:32

"Tu me l'aurais demandé, je t'aurais expliqué."

Cela ne l'avait tout simplement pas effleurée que Stanislas-Neptune puisse ignorer la réalité de la condition d'assassin. Ou peut-être si, un peu. Mélusine avait juste préféré croire que son ellipse n'était rien d'autre qu'une sorte de délicatesse généreuse et rare. Ne pas appuyer là où ça faisait mal. Quelque chose comme ça. Voilà. Se convaincre elle-même que, merci bien, on pouvait passer à autre chose. Il était facile de se mentir pour peu que la situation occasionnée soit confortable. Elle n'avait jamais dit qu'elle était courageuse, du moins, jamais sérieusement. Un peu lâche, un peu fière et très imparfaite. Ca lui allait dans cet ordre. En général.

Mais les fonds sous-marins l'empêchaient toujours d'émettre une parole sensée.

'Ca n'est peut-être pas un mal...'

Il n'empêchait, elle se retrouvait là, face à lui, avec des mots qui lui venaient, par rafale, et qu'elle aurait oublié d'ici à son retour à la surface. Hors de question, bien entendu, de faire appel à son
'Scribere'. Une sorte de pudeur l'en empêchait. Ca n'était pas le relâchement qu'elle avait perçu chez Halo et Isodun mais l'impression certaine que cela ne les regardait pas. Leur opinion d'elle semblait faite, toute animosité évanouie. Elle les regarda regagner leur demeure. Regretta de ne pas pouvoir dire au revoir à la petite Tsunami, de laisser d'elle l'image de celle qu'il faut craindre. Dire qu'elle s'en serait enorgueilli quand elle était encore à Poudlard University...
Elle jeta un dernier regard, comme à regret, sur la petite maison et les silhouettes qu'elle y devinait. Définitivement, elle était une étrangère à ce monde. Une intruse. Et ça n'était pas une question de mains palmées ou de dialecte. Tout était redevenu calme. Les algues ondulaient au gré des courants sous-marins, des bancs de poissons formaient des ballets aquatiques. Les grosses bêtes coursaient les petites pour les manger tandis que les petites s'esquivaient à qui mieux mieux, répondant à cet instinct millénaire qui poussaient tous les êtres vivants à survivre. La règle du jeu était la même, qu'on soit une crevette ou un être humain. Naître. Manger. Se reproduire. Mourir. Et essayer de résister le plus longtemps possible. Pourquoi? Parce que. Sauf qu'à la différence des autres formes de vie, les hommes et les femmes se projetaient dans l'avenir, vers leur disparition, rationalisaient la mort ou en avait peur, comme elle. Ca devait sûrement changer quelque chose dans la façon dont on appréhendait la vie. Est-ce qu'on ne fuyait pas, parfois, au lieu de marcher au-devant? Parce qu'il en fallait du courage, et de la foi, pour continuer, certains jours.

Perdue dans ses cogitations, Mélusine était demeurée immobile, se laissant bercer par les mouvements subaquatiques. Un petit poisson vint gober les bulles d'air qui s'attardaient au sortir des pores de sa peau, la tirant de sa rêverie. Osant à peine jeter un regard sur Neptune, elle effectua quelques brasses en direction de la surface qui n'était pour l'instant qu'une tâche plus claire au milieu de tout ce bleu. Les bras tendus devant elle, les mains en coupe pour repousser tout ce liquide derrière elle, les pieds qui battaient la mesure. . Doucement d'abord. Puis frénétiquement. Ses gestes devenaient presque agressifs, si seulement le milieu l'avait permis, comme remplis d'une rage contenu.
Tout d'abord inaccessible, l'air frais s'approchait maintenant à toute vitesse.
Elle émergea dans un grand bruit d'éclaboussure qui lui parut fracassant après le silence d'
en-bas.
Pourtant plus à son aise qu'elle, Neptune l'avait laissé prendre les devants. Elle ne savait pas trop si elle devait s'en offenser ou s'en amuser.
Elle fit trois tours dans l'eau en attendant qu'il émerge.


"Je ne veux pas de ta maison."

Des points noirs dansaient devant ses yeux tandis que le monde tout autour devenait un flou magnifique. Ca ne lui avait jamais fait ça, même quand elle se mettait dans des états émotionnels pas possibles.
Il lui fallut un temps pour comprendre que les effets de la plante qu'elle avait ingurgité n'étaient pas arrivés à leur terme. Super. Il ne lui restait plus qu'à barboter dans l'eau, sous la pluie qui s'était remise à tomber, en attendant. Elle fit quelques brasses, de petites bulles se formant à chaque récrimination qu'elle proférait tout bas. Les bulles s'espacèrent progressivement jusqu'à disparaître complètement. Aussi, quand elle s'asphyxia à moitié en avalant une gorgée d'eau que son corps n'acceptait plus, elle était... Elle était quoi, au juste? Toujours un peu fière, toujours un peu sur les nerfs. Vaguement penaude et perdue.


"Je n'en veux plus parce que, maintenant, elle n'aura plus qu'un goût de regret."

Ce cadeau complètement fou, insensé.
Comme d'habitude, elle faisait tout dans le mauvais sens. Les idées sortaient pêle-mêle et les mots avaient du mal à les suivre.


"Si je te l'avais dit, tu ne m'aurais jamais emmenée là-bas."

Il l'aurait jugé, même sans le vouloir. Le regard qu'il portait sur elle en aurait été altéré. Elle avait aimé son sourire, le charme léger et poétique d'une rencontre sous la pluie. Elle avait juste envie que ça dure un peu plus longtemps. De croire que ça pouvait marcher. Que ça pouvait être aussi simple.

"Tu ne me connaissais pas et ça faisait du bien. C'était juste ça. Pouvoir échapper un peu à tout... à tout ça. J'avais juste envie d'oublier un peu. D'être moi. Juste moi."

En prononçant ces mots, elle prenait conscience de combien ils étaient naïfs, presque enfantins. Elle était comme une gamine qui avait peur des monstres et qui se persuadait qu'en pressant bien fort ses deux mains contre ses paupières, ils disparaîtraient.
Mais on était ce qu'on faisait. Ou bien était-ce le contraire?


"Je suis désolée."

Elle le lui aurait dit. Du moins, elle aimait s'en convaincre. Mais plus tard.
Elle avait juste eu envie de fuir la réalité.

Ramassant ses affaires, elle se tourna à nouveau vers lui, lui tendant la clef qu'il lui avait donné.


" Je m'appelle Mélusine."

Comme la légende. La femme-poisson.
L'ironie de son prénom lui sauta au visage.
Elle se détourna. La route serait longue jusque chez elle.




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MessageSujet: Re: Minuscule   Mer 20 Oct 2010 - 15:28

Stan Shield, qui n'avait jamais goûté sa maison, aurait plutôt pensé que sa maison avait un goût de pierre, de poussière et de la fumée noire qui s'étale à perte de vue au-dessus de la capitale. Il était néanmoins très respectueux du goût d'autrui qui se trouvait dans la nature avec tous les goûts des autres. Si Mélusine pensait que sa maison goûtait le regret, il ne l'aurait pas contredite. Cependant, il n'était pas d'accord avec la suite. Il acceptait volontiers qu'on prêta des goûts farfelus aux murs de sa maison mais il apprécia moins qu'on jugeât à sa place la manière dont il aurait reçu la définition exacte de l'assassin.

Il aurait été déçu, il ne pouvait pas le nier. Mais il l'aurait trouvé courageuse de lui donner ce secret, car il s'agissait d'un secret, pas d'une simple constatation, et il l'aurait trouvé gentille de ne pas profiter de sa naïveté pour lui en faire l'apprentissage. Pour la remercier, il aurait essayé de lui faire oublier ce fardeau parce que, après tout, ça ne le concernait pas tant qu'elle promettait que ce n'était pas à lui, ou à ses cousins d'En-Dessous, qu'elle ôterait la vie.

Après tant d'hypothèses qui renversèrent, pour de faux, tout le cours du temps, Stan se questionna de nouveau sur le goût de sa maison. Aurait-elle eu un autre goût si l'un et l'autre avaient décidé, dès de début, de mieux ouvrir ses oreilles et de mieux ouvrir son esprit ? Il était en faute, se gifla-t-il les doigts d'un coup d'œil aussi solide qu'une règle. Il aurait dû questionner le mot qu'il ne connaissait pas. Il avait tellement été persuadé que l'assassin était la manière dont on appelait l'habitant d'un certain pays sorcier qu'il n'avait pas mis sa curiosité à contribution. Il aurait pu lui demander où se trouvait le pays des assassins ou quelle était la monnaie de ce pays qu'il ne connaissait pas et, peut-être, il l'espérait, Mélusine aurait rectifié la mécompréhension en lui avouant qu'assassin n'était pas un pays et n'avait pas de monnaie ou de gouvernement mais que c'était l'état de ceux qui tuaient d'autres personnes. Alors, il aurait trouvé qu'un tel Etat était barbare et anarchiste, sans même connaître le mot anarchiste. Il se serait demandé si cet Etat se situait en Angleterre... et on n'y aurait pas gagné beaucoup en intelligence, et on aurait traîné à aller visiter l'En-Dessous, et la promenade n'aurait pas été si jolie.

En conclusion, Stan n'eut pas de regret et les murs de sa maison auraient toujours le même goût de fumée noire et de pierre et de poussière. Dans un sens ou dans l'autre, ils en seraient arrivés à ce point. Le plus important n'était plus de réécrire le temps déjà écoulé qui ne changerait plus mais de se concentrer à écrire un peu moins mal le temps qui s'écoulerait désormais.

Elle s'excusa, comme les gens qui ont fait une bêtise. Stan trouva qu'elle devait s'excuser aux gens qu'elle avait tué mais pas à lui qui était encore vivant. Il lui sourit. C'était évident ! Elle aussi avait des choses à apprendre !

Il prit la clé petite dans sa main grande. Les clés n'ouvrant pas les mains, il la mit dans la poche de son pantalon, qu'il n'avait pas encore sur lui, en attendant qu'elle puisse ouvrir la porte pour laquelle elle avait été conçue.

Stan, qui avait maintenant deux jambes et le bas de l'anatomie d'un homme humain comme les autres, s'habilla en souriant à chaque mot qui sortit de sa bouche :

- Mélusine. Moi je suis Stan et ceux qui m'ont accueilli chez eux m'ont donné un second nom : Shield. Ils sont morts et je crois que, maintenant, je peux dire qu'ils ont été assassinés. Mais ce n'est pas par toi, crut-il qu'il était bon de préciser pour la rassurer.

- La maison des Shield est à côté de la maison de la Reine de ce pays. Les gens donnent des noms à tout, même aux chemins... mais j'ai oublié le nom du chemin où ils ont placé la maison. Tu la reconnaîtras parce qu'il n'y a qu'une maison qui appartient aux Shield à côté de celle de la Reine. Elle est en face d'un parc et ses murs sont blancs, les fenêtres sont nombreuses, et les étages presque autant. La grille est noire et or, avec un grand "S" gravé dessus. Quand tu auras l'envie et le temps, reviens-moi pour m'apprendre comment ça fonctionne...

Il était habillé pour vrai. Des pieds à la tête mais sa tête était découverte bien que l'expression ne le prenne pas en compte.
Il écarta ses bras qui n'étaient pas assez grands pour lui montrer l'univers mais c'était bien de l'univers dont il parlait :

- Tout ça. Ton monde.

Stan comprenait que Mélusine était déçue. Quand il l'était, il n'aimait pas qu'on vienne voir dans sa tristesse, pelotonnée comme une vieille lionne blessée, pour lui demander si ça allait. Il avait l'impression qu'on y enfonçait des petits coutelas pour réveiller la bête. Il ne voulait pas blesser la déception de Mélusine. En général, cette bête-là s'en allait quand elle avait bien dormi et elle allait chasser ailleurs, loin de soi, jusqu'à avoir trouvé un nouveau gibier à ferrer. Ca ne restait jamais longtemps car il y avait bien trop de choses à vivre, de paysages sur lesquels danser, de musiques à caresser et de goût à regarder dans les yeux.

Pour qu'elle guérisse plus vite du regret qui peignait les murs de sa maison, il lui offrit un ultime sourire et des mots pour aller dessus :

- Minuscule. Je suis minuscule au milieu de ton univers. Dans le mien, je me sens grand. C'est peut-être qu'il faut savoir trouver le monde où nous nous sentons grands pour être heureux et ne pas se fâcher de ne pas tout y comprendre. Merci beaucoup de m'avoir accompagné, je me suis beaucoup amusé à te regarder nager.

C'était une blague gentille qui caresse. Pas une réplique méchante qui pique.

- Quand tu nages, tu es libre et plus grande que quand tu marches. C'est bizarre...

Au-dessus d'eux, le soleil qui en avait assez de se faire quereller par la pluie décida de sortir tous ses rayons comme des jambes qu'il avait très longues et qui touchaient sol. Il les suspendit au bord des nuages et les remua au grès du vent. Il avait bien mal choisi son moment pour sortir mais le soleil était parfois orgueilleux. Il aimait qu'on n'oublie pas qu'il commandait ici-bas et que la lune ne valait pas la moitié de la lumière dont il était capable. La lune, elle, cachée, veillait à faire sa sortie au bon moment. Elle prit son temps, car c'était l'été et elle paressait plus longtemps que d'habitude avant de se montrer. On pouvait la voir, mate et transparente, à l'autre bout du ciel. Dans une heure, gourmande, elle aurait englouti le jour et le soleil. Une chose extraordinaire que personne d'autre, même pas la pluie, était capable de réaliser sans vexer l'astre du jour.



No regrets, no tears.
Only a strange feeling,
slipping without falling.
I'll try another World
where the water is
not blue anymore,
another reallity.
Oh, my baby I love you,
My lady blue.
I'm looking for something
that I'll never reach.
I seek eternity.
No more sun, no more wind.
Only a strange feeling,
leaving without moving.
I'll try another World
and the sky slowly
fades in my mind.
Just like a memory.
No more reasons, no fears
Only this strange feeling,
giving without thinking.
Oh, my baby I love you,
My lady blue.
I'm looking for something
I'll never reach.
Baby, I love you
my lady blue.
I'm searching for something
that I'll never reach.
I seek eternity.


(Eric Serra, My Lady Blue)

Sur le chemin pour retourner vers le village, pour occuper la route qui n'avait pas changé de place depuis qu'ils l'avaient emprunté la première fois, Stan narra à Mélusine le conte qu'on chantait aux Êtres de l'Eau enfants. Il s'amusa à mimer toutes les voix comme on l'avait fait pour lui. On aurait dit que l'histoire avait la longueur exacte du chemin qu'il y avait à parcourir car ils arrivèrent au point final. Alors, Stan dit à Mélusine :

- Adieu, Grande Mélusine.


Fin

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