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 Minuscule

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Stan Shield
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MessageSujet: Minuscule   Mer 2 Juin 2010 - 19:07

Le ciel se chargeait de nuages et l’air sentait la pluie. Des libellules volaient de travers à la surface de l’eau et des crapauds rêvaient qu’ils devenaient des princes. Une rose aux pétales grignotée par une chenille se courba sous le poids d’une première goutte et un tournesol tourna la tête vers le sol pour se protéger. L’herbe grasse se détendit et des scarabées murmuraient à la roche qu’il fallait leur laisser de la place. Une autre goutte de pluie, plus ronde que la première, attaqua sauvagement un cloporte qui se plaignit à son complice le coléoptère. Un escargot courut se mettre à l’abri, renversant sur son passage les rêveries de Stan qui ouvrit lentement les yeux et laissa s’échapper son dernier rêve.

De la pluie tombait sur son visage. C’était arrivé tout à coup mais il l’attendait depuis ce matin. C’était beaucoup d’eau pour un seul ciel. La pluie n’avait pas prévenue de son arrivée mais Stan avait su depuis l’aube qu’elle allait sortir de ses gros nuages. Il sourit et quitta le sol moelleux qui lui avait servi de lit. Il marcha tranquillement sous la pluie. La promenade humide dura longtemps. Il cheminait pieds nus à travers un petit sentier et il avait pris garde de retrousser le bas de son pantalon pour ne pas l’abîmer.

Il arriva sur une route plus grande. La forêt dans son dos lui faisait au revoir. Il était si occupé à sentir l’eau s’infiltrer dans tous ses vêtements qu’il ne s’en rendit pas compte et ne la salua pas en retour. La forêt ne s’en offusquerait pas car Stan était un homme distrait, un peu curieux pour un homme, mais très fidèle à ses virées champêtres. Ils se reverraient bientôt.

Sur le chemin qui lui tint la main jusqu’à un petit village qu’il venait visiter pour la première fois, il croisa deux sorciers qui se servaient de leur baguette pour se protéger de la pluie tandis qu’ils cueillaient des baies sur le bas côté. Stan les salua mais cette fois ce furent les sorciers qui ne lui rendirent pas son salut, les buissons verdoyants retenaient toute leur attention. S’ils avaient levés les yeux sur Stan, ils auraient peut-être pensé qu’il était fou. Qui se promenait pieds nus dans la boue avec le sourire aux lèvres ? Un vagabond, un bizarroïde, un aliéné, un extravagant.

Quand il arriva au village, il n’y avait personne dans les rues pour lui parler ou pour lui reprocher d’être nus pieds ou pour le prendre pour un fou. Les gens n’aiment pas la pluie. Pour lui, elle était essentielle autrement il lui serait difficile de supporter les journées de chaleur comme celles de ces derniers jours. Maintenant, il faisait jour et il faisait nuit en même temps. Le soleil avait été capturé par les nuages noirs. La lumière du tonnerre l’avait remplacé. L’orage et la foudre se mirent d’accord au même moment pour saluer Stan. Ca gronda, ça lui fit la fête, ça lui ouvrit un chemin lumineux jusqu’à un petit porche sous lequel quelqu’un se tenait.

Avec ses yeux étonnés - parce que Stan avait toujours un regard étonné sur tout ce qu’il regardait -, il scruta la silhouette un long moment sans bouger de dessous la pluie qui voulait le retenir avec elle. C’est normal. Il y avait si peu de personne qui aimait ses caresses trempées qu’elle se faisait pressante avec quiconque ne courait pas se mettre à l’abri.

Stan leva la tête pour prendre encore un peu d’eau que le ciel déversait sur ses épaules puis il s’engagea vers la personne qui restait au sec à contempler l’orage. Il allait faire une infidélité à la pluie mais c’était assez d’eau pour maintenant. Il se mit à l’abri à côté de l’autre.

Il ne parla pas. Il savait qu’il devait dire bonsoir, au moins, c’était comme ça qu’on lui avait appris. L’usage avait encore des vertus qui le mettaient mal à l’aise. Et si l’autre n’avait pas envie de lui parler ? Il n’y avait pas de buissons de baies par ici... rien pour distraire l’attention de l’inconnu qu’il était. Peut-être que... Juste un bonsoir ? Même pas. Stan s’assis simplement sur la petite terrasse protégée par le porche et contempla le village qui s’allumait et fumait par toutes ses cheminées.
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Minuscule   Jeu 24 Juin 2010 - 22:56

Elle avait toujours trouvé l'orage apaisant. C'était comme si toute la tension du ciel se déchargeait d'un coup. Comme si la folie du monde trouvait un exutoire à grands coups de tonnerre. Il suffisait de se laisser imprégner par toute cette fougue, de se mettre au diapason de cette violence sous-jacente pour se trouver libérée du poids qui s'accumulait sur ses épaules.
Petite, elle avait fait le désespoir de sa mère en restant des heures sous une pluie d'orage, désertant son lit en plein milieu de la nuit. Elle se contentait de sourire doucement, arguant que ça n'était pas un peu d'eau qui allait la rendre malade et refusait de rentrer tant que la dernière goutte de pluie n'était pas tombée. Gwen McEwan, en dépit de toutes ses qualités, n'était pas à même de lutter contre l'entêtement de sa fille et c'était tant mieux.
Les orages arrivaient toujours à point nommé, quand ça n'allait plus si fort et qu'elle avait besoin de se recharger. La foudre et les éclairs étaient aussi une formidable source d'énergie et se retrouver face à la pluie qui tombait dru lui donnait l'impression d'être à nouveau pleinement vivante, quand la vie faisait des siennes.
Aujourd'hui, elle se contentait de contempler.

Elle était venue ici sur un coup de tête, avec la vague envie de prendre un peu de temps juste pour elle. L'idée de rendre visite à Maude avait guidé son choix inconscient du lieu où elle transplanerait. Mais comme tout un chacun, son amie avait un emploi du temps qui n'était pas ajustable à volonté au sien et les trois petits coups à la porte de chez elle étaient restés sans réponse. C'était peut-être tant mieux. Il lui prenait la désagréable impression, ces derniers temps, d'une distance qui se creusait entre elle et les autres. Pire, elle se surprenait parfois à fixer ces gens qu'elle disait aimer, à les fixer jusqu'à ne plus les reconnaître. Qu'est-ce qui faisait que ces gens-là lui étaient plus importants que le premier venu?

Le type là-bas, juste à côté d'elle, par exemple. Qu'avait-il de plus ou de moins pour rester un inconnu en marge de sa vie? Est-ce qu'on choisissait ceux qu'on y laissait rentrer ou est-ce que le destin était supposé choisir pour elle? Mélusine s'était toujours targuée de faire ses propres choix. Elle aimait, haïssait, avec ou sans raison, mais elle s'en tenait à son premier choix. Ou bien n'était-ce pas un choix du tout?


'Est-ce que c'est vraiment si important?'

Bien sûr que ça l'était.
C'était toute la nuance entre être maîtresse de sa vie ou n'être qu'une marionnette dont on tirait les fils. Et les spectacles de marionnettes ne l'avaient jamais fait rire. Que ce soit façon moldue, tirées par des ficelles, ou façon sorcière, animée par une baguette. L'être humain y devenait toujours un pantin agité selon les désirs de quelqu'un de plus grand. Où était-on supposé rire?
C'était contraire à sa façon de voir la vie.

Le silence de l'inconnu l'enfermait dans ses pensées.
Non. Mélusine ne broyait jamais du noir, elle réfléchissait, c'est tout. Tonalité gaie, tonalité triste, ses cogitations variaient en nuance selon les humeurs. Ca n'était pas un crime.

Il s'assit et le regard de la jeune femme fut attirée par ses pieds nus. Et plein de boue. Son attention s'y fixa sans pouvoir s'en décoller. Et une mine songeuse prit sa place sur son visage.
Tout aussi muette que lui, elle retira ses chaussures l'une après l'autre et les envoya valdinguer au loin. Ses sacro-saintes chaussettes subirent un sort plus respectueux puisqu'elles atterrirent au fond de son sac, bien au sec. Sac qu'elle laissa s'échouer sur la terrasse avant qu'elle-même ne s'élance sous la pluie et dans la boue.
Elle fit trois pas en avant, vaguement hésitante. Sauta dans les premières flaques comme on se jette à l'eau. Oublia tout le reste et se mit à danser sous la pluie., à sa manière pas très gracieuse et un peu trop énergique. Elle s'offrit cinq minutes de plaisir, ce genre de plaisir que les autres appelaient folie et qu'elle considérait juste comme la vie.
Petite tornade tout en kilt rouge, chemise blanche et cheveux roux.
Avant de retourner à l'abri, elle tourna son visage vers le ciel et croisa au passage le regard du type-aux-pieds-nus.

Elle était trempée quand elle le rejoignit. Elle esquissa un sourire, se retrouva à deux centimètres de lui et l'embrassa sur la joue.


"Merci."

Elle vira au pivoine, comme d'habitude et reprit ses distances, comme d'habitude. A son tour, son regard se porta sur le village, sans vraiment le voir.




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MessageSujet: Re: Minuscule   Jeu 1 Juil 2010 - 14:41

La pluie avait offert à Stan un joli spectacle. Devant lui, il y avait une fille qui dansait. Nus pieds, comme lui. Ses chaussures, comme deux épaves oubliées, s’enfonçaient dans la boue. Ses yeux ébahis par la seule âme qui vive, et qui vive vraiment, restaient vrillés à la silhouette longiligne qui tournoyait sous l’eau. Avec ses cheveux roux, elle ressemblait à une allumette qui combattait l’ondée azurée. Stan riait comme un enfant et ce rire fut tel les vibrations d’une musique assourdissante qui s’insinua à travers les gouttes pour venir battre la mesure tout contre la fille de la pluie.

Assis au bord de la petite terrasse, les genoux repliés et enlacés par ses bras, il finit par les décroiser pour frapper dans ses mains. On lui livrait un spectacle enchanteur, il chérissait l’actrice comme le plus fervent des admirateurs. Stan ignorait que cet instant était une rareté car chaque instant, à ses yeux et depuis qu’il avait quitté la Grèce, était un monde de découvertes et de nouveautés. Il avait peu d’outils de comparaison mais il savait au fond de lui que les gens d’ici ne faisaient pas ce genre de choses.

Quand il marchait dans la grande ville où il y avait une horloge mirobolante accrochée à la tour d’une église, les visages étaient contractés et gris et clos. Même le langage des insectes était inaudible. La nature, si ténue qu’il fallait ouvrir grand ses yeux pour la remarquer, cachée entre deux bâtiments en pierre, faisait prévaloir son ancienneté en de rares occasions, aux balcons des fenêtres, dans des parcs quadrillés, sur du bitume écartelé momentanément pour y faire pousser un platane, sur les fils électriques où quelques moineaux osaient piailler contre les klaxons des boîtes en fer qui roulent... Dans la ville, la nature avait très peu de place et les gens aussi. Ils étouffaient les uns contre les autres, ils se bornaient à marcher sur la chaussée toute petite alors que les routes étaient si larges. Mais les routes étaient réservées aux boîtes en fer qui roulent. A marcher ainsi serré, on se cogne beaucoup les uns aux autres, on se sent blessé, envahi, on se fâche, on se ferme et on finit par préférer rester chez soi.

C’était si agréable de quitter les cloîtres sans nature, les prisons de béton où les autres sont les barreaux de chair qui nous empêchent de sortir. Quitter les geôles pour venir danser sous la pluie. Un sentiment de liberté, n’est-ce pas ? L’immense disparaît pour ne laisser vivre que le minuscule, le détail. Tout se dissout comme le tissu blanc de cette chemise imbibée d’eau qui finit par faire baisser les yeux de Stan. Il ne releva la tête qu’après le bisou que la fille lui donna. Stan n’avait jamais été embrassé. Tout soudainement, il devint perplexe. Qu’est-ce que c’était que ça ?

Interloqué, il passa sa main sur sa joue pour vérifier que cela n’avait rien transformé sur sa peau. Peut-être essayait-il d’attraper la sensation que ça lui avait procurée ; la sensation agréable d’être lié à quelque chose à l’extérieur de lui. En l’occurrence, à une personne. Il ne trouva rien de palpable sur sa joue mais il écarquilla doucement les yeux en observant la fille allumette. Elle avait peut-être des réponses. En prime, elle lui donna un merci tout rouge qu’il prit et qu’il garda dans sa poche. La fille se rassit et contempla le village.

Son père d’adoption lui avait un jour appris qu’on semait ce qu’on avait récolté. S’il récoltait un remerciement, qu’avait-il donc semé, s’interrogea-t-il. Il paraissait aussi que si on nous donnait quelque chose, il fallait remercier en donnant quelque chose d’autre en retour. Elle lui avait donné un truc sur la joue et elle l’avait remercié... était-ce vraiment lui le premier qui avait offert quelque chose ?

Je ne lui ai rien donné mais elle m’a dit merci...

Stan pensa que la fille avait sauté une étape. Il devait se rattraper. Il se leva et fouilla ses poches. Dans sa poche droite, il n’y avait que le merci de la fille et de l’eau de pluie. Dans la gauche, il y avait de l’eau pluie et la clé de la maison dont il avait hérité et dans laquelle il ne savait pas vivre. Il pouvait lui donner la maison... Les gens d’ici aimaient les maisons.

Stan sortit la clé de sa poche et la tendit à la fille:

"Je suis désolé, je n’ai rien d’autre", lui dit-il.


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MessageSujet: Re: Minuscule   Dim 4 Juil 2010 - 14:44

Un sourire flottait toujours sur ses lèvres, tandis qu'elle observait les petites lumières vacillantes qui se battaient sans grands espoir contre la noirceur du ciel. Peut-être était-ce typiquement humain de vouloir à tout prix s'opposer à la nature, quand bien même leurs efforts étaient vains. La pluie, qui tombait encore et toujours, avec force et violence, rendait dérisoires les tentatives de vouloir mettre un peu de clarté dans ces ténèbres. Magnifiques, aussi. Il n'y avait rien de plus beau que l'espoir, aussi idéaliste, aussi utopiste soit-il.

Malgré la violence des éléments, ou peut-être justement grâce à ça, Mélusine se sentait étrangement bien. Calme. Ca n'arrivait pas si fréquemment, ces temps-ci, de s'offrir un petit moment hors du temps. De s'autoriser à ne penser qu'à soi.
Et c'était bon.

Elle avait vaguement salué aux applaudissements de l'inconnu. Un peu surprise, un peu ravie, pas vraiment gênée. Et s'était abîmée dans sa contemplation.
D'ordinaire, le silence l'agaçait et la mettait mal à l'aise au point de vouloir y mettre un terme, à tout prix (et souvent au prix de trolleries plus grosses qu'elle). Là, ici et maintenant, elle trouvait ce silence, vide de tout et plein d'orage, apaisant. Juste assez long pour y goûter, pas assez pour s'en ennuyer.

Un bruit discret la fit sortir de son mutisme.
Un léger sursaut. Une crispation. Un soupçon d'inquiétude dans le regard. Les réflexes qui quittaient leur mode veille.

Le sursaut fut bref, la crispation se fit détente, l'inquiétude fut balayée et les réflexes jugés un peu stupides.
C'était juste une clef.


'Euh?'

Sans la prendre, Mélusine regarda le petit objet de métal qui luisait très faiblement sous la lumière des éclairs, avant de poser la question la plus stupide de toute la création:

"C'est pour moi?"

Comme une gamine à qui on faisait une surprise, elle oscillait clairement entre une gaieté pétillante et la crainte d'être victime d'une farce bizarre.

"Qu'est-ce que c'est?"

Une clef, certes. Mais... Pourquoi une clef?

"La clef des champs?"

Un petit artefact magique. S'en saisir en cas de danger et se faire partir, n'importe où, du moment que c'était loin.

'La clef du bonheur?'

Verrouiller à double tour, tout au fond de sa mémoire, les idées noires et les soucis, les pleurs et les peurs, pour ne garder que le meilleur. Mais, le cas échéant, où était la serrure?
La clef du mystère? Mais quel mystère? Le mystère de la folie du monde? Le mystère de la pluie qui tombe et du ciel qui se fâche? Le mystère de l'amour et de la haine? Le mystère des petits chagrins ordinaires? Le mystère de ce type qui la regardait avec un petit air tout... frais, presque innocent. Le regard d'un enfant. Le genre de regard qu'on ne pouvait pas supporter de décevoir.
Quoi que cette clef soit, elle la prendrait et la garderait.


"Ce que je voulais dire, c'est "merci"."

Elle s'en saisit du bout des doigts, en apprécia le contact froid qui tiédissait vaguement sous ses doigts, la forme ouvragée, belle de simplicité.




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MessageSujet: Re: Minuscule   Lun 5 Juil 2010 - 18:12

La fille allumette était sceptique devant le cadeau que lui présentait Stan. Il ressentit une brève déception. Son cadeau ne devait pas avoir assez d'envergure. Il était loin de se douter que là où il voyait une villa, la fille ne voyait qu'une clé. Un vulgaire bout de fer. Les filles de ces pays là, se figurait-il, aiment ce qui brille mais le fer, la brique et le béton ne sont pas un de ces minéraux qui font rêver. S'il avait eu une gemme, elle n'aurait peut-être pas fait la moue et il n'aurait pas aussi honte de son cadeau. Il choisit néanmoins de ne pas se départir de son sourire car, même si le cadeau n'avait au premier abord pas l'air de la satisfaire, il songea qu'il n'y avait rien de pire qu'un cadeau qu'on donnait sans le cœur.

Elle l'interrogea sur la qualité du présent. Etait-ce la clé des champs ? Ne serait-ce qu'en sortant de l'océan pour fouler la terre ferme, il avait déjà constaté que les gens d'ici plantaient un enclos autour de leur potager ou des barrières pour délimiter leur propriété. Mais à son souvenir, il n'avait jusqu'ici jamais été question de clé. Et il n'avait jamais vu de porte devant les champs. Comme elle devait savoir mieux que lui et que ne pas savoir ne froissait jamais son orgueil, Stan la crut sur parole. Il devait exister quelque part autour de ces terres une porte à laquelle il n'avait jamais prêté attention auparavant. Une porte avec une clé pour protéger un domaine. Il l'avait appris à ses dépends quand il avait un jour essayé de manger une pomme cueillie à la branche d'un arbre et qu'un fermier l'avait chassé pour avoir volé le fruit de son labeur. "A l'intérieur de la clôture, l'avait admonesté l'homme, c'est mon domaine et tu ne prends pas ce qui m'appartient." Ce jour-là, Stan apprit la notion de propriété.

C'était formidable d'apprendre à chaque fois qu'une occasion nouvelle se présentait. La joie qu'on lui ait enseigné quelque chose aujourd'hui fut soudainement conjuguée à la jubilation qui se pendit à ses yeux grands ouverts lorsque la fille aux cheveux rouges changea d'attitude face à la clé. Elle disait merci. Elle acceptait donc le présent. Stan rayonnait. Le soleil devait le jalouser. L'orage aussi car il brandit un arc de feu qui vint illuminer un instant les deux silhouettes qui se tenaient debout sous le porche.

Transporté par la joie qu'elle acceptait ce don, Stan désigna l'horizon nuageux vers le sud et au bout de son doigt tendu il espérait que le ciel allait s'ouvrir pour tracer un chemin tout désigné vers la maison des Shield. Le ciel restait obscur comme une fin du jour mais Stan connaissait si bien le chemin pour s'y rendre que c'était un peu comme si la maison se dressait au bout de son doigt.

"Elle se trouve par-là, dit-il en présumant qu'elle avait compris qu'il parlait de la maison. Je ne connais pas l'adresse mais je sais y aller et je te montrerai. Il y a un elfe de maison qui y vit. Il ne veut pas partir parce qu'il craint pour moi mais il est gentil... il acceptera de partager la maison avec toi."

L'Etre de l'eau ne faisait plus confiance aux autres depuis que les Shield avait été assassinés. Il espérait seulement de tout son coeur que la fille allumette ne soit pas une mauvaise personne.

Comment peut-on être mauvais quand on prend la liberté de danser sous l'eau ?

Il lui décerna un regard lourd et brillant comme une médaille. Une récompense qu'il décernait qu'aux gens qui pouvaient conquérir son intérêt. Quand on regardait dans ses pupilles tachetées de pépites d'or jaune et irisées de bleu, on pouvait revoir le souvenir de la fille aux cheveux flammes qui dansait encore. Les cheveux flammes flamboyaient jusqu'à ce que la pluie eût tout éteint. Il cligna des yeux pour que la flamme vacille, comme pour jouer avec une dernière fois avant de tourner le dos à la fille. Il voulait reprendre la route de l'eau. Ses bronchioles en avaient besoin. Elles lui réclamaient. De nouveau sous la pluie battante, Stan regarda la fille :

"Je dois aller à l'eau mais je reviens et je te montrerai la maison. Tu veux m'attendre ?"
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Minuscule   Jeu 8 Juil 2010 - 23:27

Ou bien alors cette quatrième clef, que tout le monde cherchait (enfin, tout le monde, c'était relatif). Quatrième clef, clef du mystère ayant pris la clef des champs et qui, pourtant, était la clef du bonheur.

'Arrête.'

Elle arrêtait. Petite saute d'humeur personnelle.
Le petit bout de métal toujours dans le creux de sa main, Mélusine oublia ses sautes d'humeur et ses questions, la clef et ses mystères. Le Key-giver souriait à en faire fondre les nuages. Sans chercher à démêler le pourquoi du comment, spontanément et sans réfléchir, elle lui renvoya son sourire, juste parce que c'était bon.
Un geste de sa part vint reléguer l'instant au rang de souvenir.


'Quand le mage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt.

Preuve qu'il y avait encore de l'espoir.
Des yeux, Mélusine suivit ce doigt qui pointait le lointain. La pluie, les éclairs et le ciel. Il lui fallut un certain temps pour comprendre. Autant pour ses neurones. Son sourire s'affadit un peu, reprit de la vigueur pour reperdre un peu d'éclat au gré des pensées farfelues qui l'assaillaient. Elle. L'adresse. Y aller. Elfe de maison. Pas partir. Gentil. C'était complètement décousu et ça simulait son imagination. Il s'y dessinait des destinations improbables, des créatures étranges et des royaumes chimériques. Que pouvait-il bien y avoir de si particulier dans le ciel. Ciel. Ciel?


'La clef des cieux?'

Pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontré, Mélusine se demanda qui il était vraiment. Ca n'était pas important. Pas vraiment. Sa curiosité ressurgissait toujours n'importe quand. Et s'éteignait aussi sec pour peu que la surprise lui cloue le bec.

"Une maison. Tu me donnes une maison? A moi?"

L'instant était fragile. il était de ceux où on hésite entre le rire et les larmes tellement la réalité prend des allures étranges et oniriques.
Il lui donnait sa maison. Comme ça. Et il n'avait rien d'autre.
Rien d'autre...
Il y avait des moments comme ça, où l'on se sentait profondément et misérablement égoïste.
Elle songea à sa propre maison. Des pierres et quelques tuiles pour constituer un toit. La porte d'entrée sur laquelle elle devait appuyer la paume de sa main pour pénétrer à l'intérieur. Le rouge et l'or qui lui sautaient à la figure et l'enveloppaient dans leur chaleur dès qu'elle passait le seuil. Le feu qui brûlait dans l'âtre, été comme hiver. La petite cuisine et la chambre pas beaucoup plus grande. Ca n'était ni glorieux ni luxueux mais c'était son chez elle. Et malgré le sourire de son compagnon, malgré son calme et cet air qu'il avait au fond des yeux et qui donnait envie de faire n'importe quoi pour lui faire plaisir... n'importe quoi ne collait pas avec le don de sa maison à elle.
Elle ne savait pas si...
Non. Un refus le blesserait. Elle ne savait pas d'où lui venait cette certitude mais c'en était une.
L'instant était fragile et le moindre mot le blesserait. Une fois n'était pas coutume, Mélusine se restreignit au silence, dans lequel elle s'appliqua à distiller tout ce qu'elle connaissait de gratitude et de remerciement. Elle s'autorisa même un sourire grand comme le ciel dans lequel résonnait son incrédulité totale.
Une maison.
Les questions, elle les poserait plus tard. Quand l'instant serait passé, aurait grandi et gagné en force.

Pour le moment, déjà, son compagnon se levait, retrouvait la pluie et ses distances.
Si elle voulait l'attendre?


"Je veux venir avec toi."

Oui. "Tu". Simplement et spontanément.
Sa réponse était brutale. Mélusine était déjà sous la pluie.
Elle n'avait pas relevé le "je dois". S'était contentée d'avoir envie de le suivre. Elle aussi aimait l'eau. plus que de raison.
Sa réponse était brutale.
Elle nuança, un temps trop tard:


"S'il-te-plaît."

S'il-te-plaît. Merci. Deux mots qui ne faisaient pas partie de son vocabulaire. En temps normal. Mais les temps étaient-ils normaux? Non. Il pleuvait.




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MessageSujet: Re: Minuscule   Mar 13 Juil 2010 - 0:39

Elle parla. Mais Stan ne répondit rien. Il avait bien entendu, ses oreilles fonctionnaient correctement, seulement il n’y avait rien à répondre. Il se contenta de lever le nez vers ciel d’eau cendrée en fermant les yeux, écartant ses bras comme s’il s’offrait à l’univers. C’était sa réponse en quelque sorte. "Je me livre tout entier à toi, Destin immense." Comme toujours.

Il baissa ensuite la tête et la dirigea vers la fille. Il avait rouvert les yeux et il acquiesça d’un signe des paupières avant de suivre le chemin qui courait jusqu’au lac. Le chemin courait plus vite qu’eux mais Stan ne se pressa pas pour autant. Il y avait trop de choses à faire en route, il fallait sentir les petits graviers chatouiller la plante des pieds, laisser la boue flasque damasquiner les creux entre ses orteils, écouter les Lissamphibiens élever leurs larves dans le ru qui serpentait avec les couleuvres vertes en direction d’un courant plus épais qui voulait rejoindre la mer. Stan était harponné à tous ces évènements. La marche avait des allures de flânerie humide, le pas était régulier, sans cadence. Dans cette promenade, il mettait moins de précipitation que le ciel. La pluie faiblit mais ne disait toujours pas son dernier mot, elle demeurait volubile, elle babillait des ploc ploc et flac flac dès qu’elle rencontrait un tronc, un feuillage, une pierre, une flaque.

En route avec la sorcière, il lui adressa de temps en temps un regard sans expression particulière. Il regardait. On ne regardait pas assez pour rien. Il fallait toujours des bonnes raisons de regarder. Mais Stan aimait faire participer ses cinq sens sans qu’ils dussent forcément détacher de l’intérêt pour la perception ou de la matière à jugement pour le cerveau. C’est parce qu’il devait toujours y avoir une bonne raison de regarder que les gens n’osaient plus regarder gratuitement. Autrement, on les questionnait: "qu’est-ce que j’ai ?""Un visage... et je le regarde parce que je le vois, tout simplement." Cette gratuité des sens, en jouir pour une utilisation inutile, fonctionnait pour tous. Il aimait regarder pour rien, sentir pour rien, ressentir pour rien, écouter pour rien. Le seul sens auquel il était plus difficile de donner libre cours sans être shunté par le plaisir était le goût. On ne goûtait jamais pour rien... on goûtait par curiosité, par gourmandise, pour faire plaisir au cuisinier. Ici encore, Stan avait appris à goûter pour rien. Un jour, il faudrait qu’il trouve le temps de partager cette sensation... faudrait-il encore qu’il s’en rende compte.

Durant tout le chemin, Stan n’émit pas une parole. Sentir la présence de la fille allumette à ses côtés, écouter la dissymétrie de leurs pas dans la gadoue, essayer de trouver son reflet dans la prochaine flaque, humer la variation de l’air quand elle le clivait à chaque enjambée avec ses longs membres allongés, tout ça était déjà une grande occupation ! Elle avait un rythme qui n’était pas le même que le sien. Il en écouta toutes les variations jusqu’à ce qu’ils entrevoient le lac au bout du chemin qui coupait par la clairière où il avait dormi toute la journée.

Ils arrivèrent au bord de l’eau. A trois mètres de la rive, tout en continuant d’avancer, Stan sema sa chemise en loque et ses vêtements sans aucune forme de pudeur. C’était sa vie d’Etre de l’Eau. La pluie redoubla d’intensité. Elle était devenue violente. Elle voulait retenir Stan encore un peu mais il était trop tard. Il appartenait à l’immensité. Il plongea. Il nagea sur plusieurs mètres sans s’arrêter, au raz de la vase. Dès qu’il fut immergé, que ses poumons s’emplirent d’eau et que son système respiratoire compris qu’il avait retrouvé son environnement naturel, l’espace entre ses mains et ses doigts de pieds se palma, ses jambes se recouvrirent petit à petit d’écailles argentées, la température de son corps tiédit. Les muscles de ses jambes se délièrent pour mieux se reformer, plus vigoureux, plus puissants, autour de son épine dorsale qui s’était allongée et avait engloutie ses membres inférieurs. Le tout était devenue une nageoire caudale à la forme hétérocerque, ample et translucide. La bichromie de ses iris s’effaça au privilège d’un magnifique bleu flore et ses bronches pulsèrent de nouveau comme il aimait.

Il nageait vite. Il se faufilait entre les algues marines enchevêtrées et jouait avec les courants chauds qui caressaient ses flancs nus. Au bout de quelques minutes, il était déjà à plusieurs miles de la rive où il ne pouvait plus voir la fille allumette. Pour lui faire signe qu’il était toujours là, il bondit hors de l’eau, en arc de cercle au-dessus de l'horizon, comme les dauphins pour saluer, et il replongea. Il s’empressa de revenir vers elle.

Il savait qu’elle était une sorcière et que les sorcières ne pouvaient pas nager comme les Etres de l’Eau. Mais pouvait-il lui faire partager cette sensation ? Il atteignit la rive mais ne garda que la moitié de son visage hors de l’eau. Il la regardait et même si sa bouche n’était pas visible, il n’y avait qu’à voir ses yeux pour deviner que sous l’eau sa bouche souriait.

Il avança lentement et vint s’accorder au rebord de pierre, près de la fille aux cheveux rouges:

"Tu veux nager ? demanda-t-il pour toute invitation. Je peux te faire faire un tour si tu n’as pas peur, pas peur de l’eau, de la vitesse... Pour le reste, il ne faut pas t’inquiéter des strangulots ou des sirènes qui habitent ici. Ils ne nous approcheront pas car je suis un Assassymbe."

Ca lui paraissait d'une telle évidence qu'il oublia de lui demander si elle connaissait cette ethnie d'Etre de l'Eau. Au lieu de ça, Stan recula et disparut quelques secondes sous l’eau avant de réapparaitre. Il jouait avec la surface martelée par la pluie. Dès qu’il était sous l’eau et qu’il la regardait en contre-plongée, elle était toute brouillée, ses cheveux rouges étaient devenus marron et on aurait dit qu’elle se dissolvait dans le ciel gris. C’était amusant. Les gouttes d’eau faisaient des petits pics à la surface. Le son, dans le monde d’En-dessous, n’était pas le même que sur la terre ferme. Le son était sourd et doux, chaleureux et symphonique. Moins symphonique que le son du vent mais autant qu’une caresse à la surface d’un pin parasol.

Il apparut de nouveau pour quérir sa réponse. Un jour qu’il avait emmené son père adoptif nager avec lui à la vitesse des dauphins, Stan avait failli le noyer. Désormais, il savait ce que le corps des humains pouvait tolérer ou pas. Il n’avait pas peur de la blesser. Le sourire qu’il lui adressait respirait la confiance: "J’ai déjà emmené quelqu’un qui n’était pas de l’Eau" pensa-t-il qu’il était bien de préciser pour la rassurer si elle avait des hésitations.

Il s’accouda à la rive, étendit ses deux avant-bras sur la roche et il y posa son menton pour la contempler, pas pour rien cette fois, mais pour espionner sa réaction.


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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Minuscule   Lun 19 Juil 2010 - 22:30

"Je n'ai pas peur."

Derrière elle, flottaient les vêtements de son acolyte qu'elle n'avait pu se résoudre à abandonner, gisant dans la boue (grâce soit rendue au Mobili Vestis) et elle avait encore les joues rouges de l'épisode retour-à-la-nature-nu-comme-au-premier-jour.

'Tu es ridicule, c'est juste un peu de peau exposée.'

Sous la pluie de juin, elle était passée par tout un nuancier d'émotions sans s'y arrêter vraiment. La gêne s'était évanouie, remplacée par une petite lueur au fond des yeux qui devaient un peu à la curiosité, un peu à l'émerveillement et beaucoup au défi. Son regard suivait la silhouette flou de l'homme qui filait dans l'eau comme elle n'avait jamais vu. Tout ce qu'elle trouvait à faire était de sourire un petit peu plus. Elle finit par lâcher les chaussettes et les chaussettes qu'elle avait tenu à la main depuis qu'elle avait quitté l'abri du petit porche, détacha son kilt et retira sa chemise. En marcel et shorty, elle entra dans l'eau. La boue qui fuyait ses chevilles les nimbait d'une auréole marronnasse qui se dilua vite dans la vase. C'était froid et vivifiant. Une inspiration et elle était complètement immergée. Elle fit trois brasses pour chasser la chair de poule qui recouvrait les bras avant de revenir vers son compagnon. La jeune femme nota des détails qu'elle n'avait pas remarqué jusque-là. Ses yeux, notamment, d'un bleu électrique, vif et perçant, qu'elle était sûre de n'avoir jamais vu jusqu'alors. A deux brasses de lui, elle tendit une main curieuse, presque révérencieuse, hésitant à la toucher. Son index resta suspendu, flottant entre deux eaux.

"Tu es..."

Mélusine émit un nouveau petit sourire, pour se donner contenance. Depuis leur rencontre, elle n'avait rien vu, rien senti, n'avait pas noté de petits détails qui lui auraient fait comprendre que... Elle ne se souciait jamais vraiment de ce à quoi les gens pouvaient ressembler. Comme elle le répétait au premier enquiquineur venu pondant une remarque sur son look improbable, le paraître ne servait à rien. C'était pas avec le paraître qu'on faisait avancer le monde et, jusqu'à preuve du contraire, le paraître ne rendait pas heureux. Aucun intérêt donc. Elle n'était pas non plus du genre à s'attarder aux petites différences. Son avis sur les gens naissait plus de ses préjugés et de ses humeurs que de la tête qu'ils affichaient. Et ça lui allait très bien dans cet ordre.
Rosissant à nouveau mais incapable de son empêcher, elle jeta un bref coup d'oeil vers le hem... bas, espérant ne pas passer pour une voyeuriste impudique. Mais elle était presque certaine d'avoir vu... quelque chose. Et pour cause, quelque chose il y avait. Ses yeux se relevèrent, cherchant les siens, en quête d'une sorte d'accord implicite. Sa main finit le chemin lentement et effleura sa hanche, l'endroit où la peau se muait en écailles. Elle ignora vaillamment son torse nu et toute autre implication physique malvenue et se contenta d'admirer comment son épiderme se nuançait et se métamorphosait.
L'instant d'après, comme brûlée, elle retira main et regard et bafouilla:


"Je veux dire... Tu.. tu es magnifique."

C'était ce qu'il devait sous-entendre par "être de l'eau".

"Tu..."

Se défendant d'être impressionnée, elle fixa son attention sur le large. Un éclair se refléta sur la surface du loch.

"Si tu es de l'eau, moi, je suis une fille de l'air. Je t'amènerai découvrir quelque chose, moi aussi."

A ces mots, elle se fit rêveuse. Imagina qu'en un geste, en levant les bras au ciel, mi-implorante mi-priante, sa peau se couvrirait de plume aux avant-bras, tandis que des ailes lui pousseraient aux omoplates. Son squelette se ferait léger et il lui suffirait de se jeter du haut d'une falaise pour s'envoler. Elle n'aurait plus qu'à suivre les courants aériens et se mêlerait aux oiseaux de toute sorte. Et elle inviterait son inconnu à écailles faire un tour dans les airs.
Ses paupières papillonnèrent et elle se fixa à nouveau sur lui.


"Euh... Je monte sur ton dos?"

L'idée même lui paraissait à la fois risible et terriblement tentante.
Là, dans l'eau, elle se sentait étrangement vulnérable, soudain, elle qui était pourtant la première à se jeter à l'eau pour la moindre flaque.


"Tu sais... quand tu as dit que tu es un Assassymbes..."

Elle n'avouerait pas qu'elle n'avait absolument aucune idée de ce dont il s'agissait. Pour une fois, elle ferait peut-être une petite entorse à la règle tacite qu'elle s'était fixée et irait faire un saut à la bibliothèque du Doxyham, le quartier sorcier d'Edinburgh.

"J'ai cru que tu voulais dire que tu étais un assassin. Et je trouvais que ça t'allait pas du tout."

'Qu'est-ce que racontes? Pourquoi tu...'

Elle s'abîma un moment dans le silence avant de reprendre la parole en fuyant son regard du mieux qu'elle pouvait.

"Moi, je suis une assassin."

'Et c'est reparti...! Tu as remarqué? Le mot "assassin" n'a pas de féminin.'

Non. Elle s'y était faite. Quelque part, elle devait être une femme à l'envers. L'idée de tuer lui était plus acceptable que celle de donner la vie. Pas que l'idée même, en soi, lui plaise. Mais pour atteindre un idéal...

"Tu veux toujours bien que je vienne avec toi?"

Le timbre de sa voix s'était fait fluet, peu assuré.
Est-ce qu'il était capable de l'accepter malgré ce qu'elle était, avec le bien et le moins bien? Parce qu'avec elle, c'était tout ou pas du tout. Le "je t'aime bien mais..." ou le "je n'ai rien contre toi, mais...", c'était merci mais non merci.





« When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up.
I wrote down ‘happy’.
They told me I didn’t understand the assignment,
And I told them they didn’t understand life. »
John Lennon
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MessageSujet: Re: Minuscule   Jeu 22 Juil 2010 - 19:14

A aucun moment il n'envisagea de l'empêcher d'allonger sa main vers sa hanche. Il ne suivit pas la main des yeux. Il resta à contempler son visage. Sans bouger. Il n'avait pas besoin de fournir d'effort avec ses bras pour se tenir droit et immobile en face d'elle. Sa nageoire caudale se chargeait de battre l'eau pour le maintenir à flot. Il sentit les cinq doigts effleurer ses écailles, un peu en dessous de la ceinture pelvienne. Les doigts glissèrent sur quelques centimètres et s'enfuirent en emportant avec eux une sensation dont Stan ignora la nature jusqu'à ce que la sorcière dise qu'il était magnifique. On ne lui avait jamais dit ça. Il savait que dans la bouche des êtres humains les mots revêtaient souvent des sens cachés. Ils exprimaient moitié plus ou moitié moins que ce que la langue prononçait. Parfois, il avait la sensation de deviner ce que les mots cachaient mais pas cette fois. D'une nature optimiste, il décida que "magnifique" voulait dire "magnifique." Il n'avait pas besoin de s'inquiéter, elle n'avait pas l'air d'être dégoûtée par ce qu'il était. Ca n'aurait eu aucun sens, au fond de lui il se savait. Pourtant une crainte sourde s'était insinuée en lui à l'instant où il avait compris qu'elle voulait le toucher. Il n'avait jamais ressenti la peur d'être jugé auparavant. Il savait que cela n'avait jamais eu aucun sens de craindre la différence des autres. Cependant, si lui le savait, les autres le savaient-ils aussi bien que lui ? Cette question ponctua son doute. Il avait douté. Il n'avait jamais douté. Il ne s'était jamais réellement posé la question auparavant. Le visage tout entier de la fille allumette avait fini par lui seul à répondre à cette question. Il était à l'eau et elle à la terre... ou au ciel. Et c'était magnifique.

Il sourit à son invitation dans les airs. Ses pieds n'avaient jamais quitté le sol autrement que pour devenir une longue queue de poisson. Troquer ses écailles pour des plumes...
Aux yeux de Stan, à l'eau on était puissant, à l'air on était léger, à la terre on était équilibré. Son existance manquait peut-être de légèreté. Il devait sans doute essayer. La domination de l'attraction terrestre fascinait les humains. Ils ne se fatiguaient jamais de chercher des moyens de s'envoler. Ils ne savaient pas garder les pieds sur terre. Peut-être qu'en volant avec elle, il comprendrait enfin ce qui nourrissait cette idée fixe. Il agréa d'un clignement de paupières avant d'affecter un petit geste pour lui montrer la manière dont il faudrait qu'elle se tienne à lui pour que la course soit agréable pour elle. Mais elle l'arrêta par une révélation qui laissa Stan dans un état des plus dubitatifs.

C'était au moment où la pluie faiblissait. Elle n'était plus qu'un rideau gris d'évaporation qui planait à l'envers. La fille aux cheveux rouges flottait face à lui comme une île prête à couler si quelque chose qu'il aurait pu faire, ou quelques paroles qu'il aurait pu dire, n'avait pas été ce qu'elle attendait de lui. Il la dévisagea un moment assez long. Il y avait du flou, du bleu et du silence dans son regard. Il regardait avec des points d'interrogations bercés entre deux cils. Pendant qu'il la regardait, des poissons interloqués ravalèrent leurs bulles, une feuille de chêne qui voulait voyager amerrit près d'eux et s'en alla en tourbillonnant, une libellule zigzagua entre deux roches et s'envola, comme ivre, vers l'autre rive où la forêt ténébreuse murmurait au vent. Il y avait des mouvements partout, des microscopiques, des immenses, des battements d'ailes de papillon, des typhons d'amertume prêts à se réveiller. Mais Stan ne bougeait toujours pas. Il regardait l'assassin.

Après le long silence, il s'approcha d'elle et il commença à prendre délicatement, et sans la brusquer, un de ses bras pour l'attirer vers lui. C'était le bras droit. C'était un bras droit comme on voit souvent, avec cinq doigts au bout, parfaitement articulés, et de la peau dessus. Il plaça ce bras au-dessus de son épaule gauche. Le bras droit se plia et se posa derrière sa nuque. Puis, naturellement, pour finir de l'enlacer, il glissa son bras droit à lui au-dessus de l'épaule gauche de la fille allumette. C'était une épaule tout ce qu'il y avait de plus courant, arrondie comme une boule de glace à la pêche, avec de la peau dessus. Une peau douce. Pas comme celle des femmes poissons grippée par le sel de mer. Les deux mains de la jeune sorcière pouvaient maintenant s'enjoindre l'une à l'autre tout autour de lui, derrière son dos, juste en bas de sa nuque. Elle tenait un peu de biais par rapport à son propre corps mais cette inclinaison était nécessaire pour que les jambes de la sorcière soient du même côté de son flanc et n'empêchent pas sa nageoires caudale de battre.

"Si tu viens sur mon dos, dit-il en la regardant tout prêt de son nez, tu vas boire la tasse, tu risques de m'étrangler quand on nagera et moi je risque de te perdre en route. Si je voulais te promener dans la forêt, je t'aurais prise sur mon dos pour que tu vois devant toi... mais dans l'eau, avec la vitesse... je dois pouvoir te tenir sans que tu glisses."

Il passa doucement son bras gauche autour de sa taille et la serra pour qu'elle se cramponne. Il lui expliqua comment elle devrait garder ses jambes tendues à gauche de sa queue de poisson, parallèle à son corps, quand il avancerait. Quant à l'autre bras, il presserait suffisamment celui de la fille pour le bloquer si elle lâchait prise en cours de route. Ils étaient près.

Il commença à nager doucement. C'était comme danser allongés dans l'univers. De petites vaguelettes fredonnaient leurs clapotis audacieux sur leur passage. Les corps tressés de la sorcière et de l'homme poisson baignaient à la surface tel un vaisseau calme qui part à la conquête des eaux.

Comme elle se tenait, elle ne pouvait actuellement voir que le ciel où une percée de bleu et d'orangé essayait de contrarier les nuages de cendre. Le soleil voulait se coucher bientôt et il souffrait peu que les nuages cachent au monde le spectacle dont il était le centre. Sur les quelques mètres qu'ils parcoururent ainsi pour s'éloigner de la côte, Stan regardait devant lui. Il baissa un instant les yeux vers le visage de la sorcière en souriant:

"Une assassin, je ne sais pas ce que c'est comme ethnie. D'où que tu viennes, je suis avec toi, maintenant... pas hier... et pas encore demain... maintenant. On y va. Hold your breath."

Il plongea. Quand ils furent complètement immergés, Stan se retourna et nagea sur le dos pour que la sorcière puisse être à l'endroit pour regarder devant elle. Il prit petit à petit de la vitesse. Il lui avait demandé d'effectuer une petite pression sur sa nuque dès qu'elle avait besoin de revenir prendre de l'air à la surface. D'après le vieil homme, Stan devait éviter tant qu'il pouvait d'utiliser l'autre méthode pour l'oxygénation des humains. Frappé par cette interdiction sans grande explications supplémentaires, Stan avait longtemps pensé que, à long terme, cette méthode était probablement dangereuse et que le brave homme avait eu raison de l'empêcher de l'utiliser. Avec le temps et la fréquentation d'autres Etres de l'Eau, il avait fini par comprendre. La bouche était un endroit sensuel et intime du corps de l'autre. On ne devait pas la toucher à moins d'y être invité. Encore moins avec sa propre bouche. Il fallait donc mieux remonter à la surface.

Il conservait une vitesse relativement faible, restait à l'écoute de son corps. Dès qu'il lui semblait ressentir une crispation, il ralentissait. Quand elle se détendait, il reprenait progressivement de la vitesse, encore et encore. Arriva un instant où il lui demanda de garder sa respiration tenue le plus longtemps possible. Il piqua vers le fond à toute allure. L'eau leur faisait des caresses appuyées. Leur chorégraphie avait enfin des allures de courses subaquatiques. Les bans de poissons se scindaient et fuyaient sur leur passage. Il y avait d'autres créatures qui leur crièrent après dans leur langage inaudible. Ils étaient fâchés un peu, ils avait eu peur beaucoup. Stan n'écoutait plus rien d'autre que les battements du cœur de l'humaine contre sa poitrine. Il connaissait les rythmes cardiaques par cœur, comme une mélodie qui racontait la vie intérieure des gens. Il ne fallait pas perdre de temps, la sorcière ne tiendrait pas longtemps.

Les eaux profondes se métissaient de dégradés de colories vertes. Un mariage féérique qu'une silhouette de poisson, de poulpe d'eau douce ou de dauphin rose venait perturber de temps à autre. Des algues se dandinaient comme un jupon de danseuse du ventre et caressaient subrepticement leurs corps quand ils les survolaient. Plus ils s'enfonçaient vers le cœur des eaux, moins les fines percées du soleil leur parvenaient. Quand ils ne furent entourés que de ténèbres, la peau de Stan se mit à émettre une pâle lumière diaphane. La lueur provenait de son épiderme. Elle était reposante et rassurante, comme une veilleuse de nuit.

Il ralentit son rythme quand ils touchèrent le fond sablé. Ils étaient arrivés près d'un bosquet d'algues. Comme Stan et sa lumière pareille à une aurore boréale marine se tenaient devant le bosquet, les algues eurent soudain une couleur irisée de bleu et de turquoise. Tout, autour d'eux, se déclina en d'indéfinies chromatiques vertes. Il lâcha la sorcière mais garda sa main dans la sienne. Il lui désigna la plante. Un glaucus potamot. C'était une variété de bronchiflor. Les sorciers s'en servaient parfois pour que leur corps imite le principe de ceux des poissons. Il pensait qu'elle apprécierait plus la balade s'ils n'étaient pas sans cesse obligé de retourner à la surface. D'autre part, il n'était pas certain que l'humaine apprécie de prendre son oxygen directement à la bouche de Stan. Le vieil homme avait été intraitable sur ça et, même si ce n'était qu'en souvenir, Stan ne trahirait pas la seule éducation qu'il avait reçue et qui avait été bonne.

L'homme poisson dirigea son index vers une des branches du glaucus potamot qui se trouvait au coeur du buisson. Une très fine spirale électrique, blanche et discontinue, affleura de son doigt tendu. L'éclair s'élevait très lentement, comme un serpent charmé par une flute, puis il vint s'enrouler gentiment autour de la branche qu'il serra, puis finit par briser. Stan bougea sensiblement son index, l'éclair tourbillonna sur lui-même, emportant avec lui le maigre butin qu'il rapporta à son concepteur. Stan saisit la branche et se tourna vers la sorcière pour la lui présenter.

Il s'apprêtait à lui glisser une des feuilles entre les lèvres quand, derrière elle, il surprit une silhouette. Immédiatement, il attira la sorcière vers lui et se mit en garde. La feuille voleta sur un courant d'air froid et tourbillonna jusqu'à la bouche d'une carpe écossaise qui hoqueta en l'avalant.
Son bras dressé devant lui émettait maintenant dix fois plus de lumière que le reste de son corps. La lumière concentrée autour de son poing devint une sphère étincelante, une nébuleuse électrique qui crépitait dans un bruit sourd qui n'était perceptible que pour les peuples du monde d'en dessous. Une autre silhouette passa derrière un rocher. Ils étaient deux, songea Stan. Deux trappeurs. Quelle espèce ?

Il ne pouvait pas détourner ses yeux des ténèbres qui les environnaient de peur de laisser une brèche au danger qui les menaçait. Mais les ondes continuaient d'amener à ses oreilles et contre sa peau, la discrète pulsation du cœur de la fille allumette. Il n'avait pas le temps de se battre et puis, il avait promis qu'elle n'avait rien à craindre. Il ne lui volerait pas cette promesse.



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MessageSujet: Re: Minuscule   Jeu 29 Juil 2010 - 20:07

Comme tout le monde (Merlin, quelle horreur!), Mélusine, enfant, s'était prêtée à ces paris stupides ambitieux du genre "je parie que je tiens plus longtemps que toi sans respirer" ou "même pas chiche de passer une minute entière sous l'eau". Elle était tombée dans les pommes, avait failli se noyer une fois ou deux, était devenue rouge ou bleue ou blanche, mais n'avait jamais eu à s'avouer vaincue. Son record ( une minute douze secondes) lui avait valu plus d'un regard envieux.
Elle n'avait jamais baissé les bras mais, à la vérité, elle n'avait jamais ouvert les yeux.
Cette époque-là était loin derrière.
Depuis, elle avait appris qu'un instant en valait un autre et que chacun de ces instants était le souvenir de demain. Tant qu'à aimer vivre, autant en garder des beaux flash-backs. Peut-être qu'un jour, elle prendrait le temps de les regarder. Et si, vraiment, le jour de sa mort, elle devait revoir sa vie en accéléré, autant qu'elle n'ait pas de regret et que la séance de projection soit agréable. Et surtout, surtout, n'avoir jamais à se dire: "là, là, j'aurais pu vivre mieux...", "là, j'aurais dû plutôt...".

Aussi, une fois acclimatée à leur drôle de posture et à avoir de l'eau plein les yeux, elle se tut et ouvrit grand les mirettes.

C'était au-delà de tout ce qu'elle aurait pu imaginer. Un loch, au milieu d'une étendue sauvage, la belle affaire! Beaucoup d'eau et quelques poissons. Ca n'enlevait rien à son attirance pour les milieux aquatiques et à son imagination galopante qui lui créait des créatures fantasmagoriques et des royaumes immergés dans la plus petite flaque. Il n'empêchait. Il y avait une distance nécessaire entre les rêves et les réalités, elle était bien placée pour le savoir. Il n'empêchait, donc, qu'elle avait cette tendance à concevoir la vie d'un regard un peu simpliste et réducteur. Pour sa défense, une appréhension omnisciente de la richesse du milieu naturel terrestre demanderait sans doute quatre ou cinq siècles d'explorations intensives, de découvertes exhaustives et de péripéties inventives. Elle n'avait pas encore eu le temps, c'est tout. Et c'était une bonne raison pour rester en vie.

Loin du camaïeux de bleu attendu, c'était tout un univers de couleurs et de formes dans lequel ils évoluaient, tout en nuance et en subtilités. Elle avait adoré le bébé poulpe; avait sourit devant les bancs de poissons qui évoluaient en troupeau, comme des moutons aquatiques; s'était amusée de cet autre créature à écailles (très laid, même pour un poisson) qui, à trop vouloir les éviter, s'était pris le rocher suivant et était reparti en zig-zagant, un peu sonné.

De temps à autre, elle n'avait pas pu s'empêcher de battre des pieds, rompant l'harmonie de leur errance aquatique. C'était plus fort qu'elle, un réflexe bêtement humain, ou, plus vraisemblablement, bêtement mélusinien. Elle n'accordait pas sa confiance aussi rapidement, en temps normal, mais, quoi qu'il en soit, il lui était contre nature de se laisser aller à reposer son destin dans d'autres mains que les siennes. Il fallait qu'elle conserve au moins un semblant de contrôle. Battre faiblement des pieds, c'était se prouver qu'elle ne s'abandonnait pas, pas complètement.
Neptune-les-yeux-bleus eut la délicatesse de ne rien remarquer.

Puis, ils se jetèrent vraiment à l'eau. Au cours de la descente, Mélusine ne paniqua étrangement pas, alors que la lumière diffuse du couchant s'éloignait en même temps que sa réserve d'air. Si elle avait ressenti une gêne certaine due à la proximité physique au tout début, elle avait passé outre depuis longtemps. La curiosité et l'excitation de la nouveauté l'emportaient haut-la-main sur les questions bêtement pratiques. Elle avait toujours eu un ordre des priorités assez étrange.
La vérité, c'est qu'elle oubliait complètement de se poser ces questions tout juste terre-à-terre. Et, si la surface attirait son corps comme un bouchon de liège, sa volonté se laissait entraîner toujours plus loin vers les profondeurs. Enfin, ils atteignirent la région des camaïeux de bleu, là où l'obscurité aurait dû être total. Enfin, au moins pour ses yeux à elle. Sauf que...


'Ce type est un illuminé Very Happy !'

Neptune-les-yeux-bleus émettait une sorte de lueur multicolore et changeante, comme une sorte de dieu antique. Elle ne croyait en aucun dieu, mais...
C'était...
Elle avait...
Elle était... juste bien. Elle osait à peine se l'avouer à elle-même mais, à cet instant précis, au fond de l'eau et du silence, elle se sentait bien. Il lui semblait que ça ne lui était pas arrivé depuis une éternité et l'impression était aussi plaisante que dérangeante. Et si ses joues gonflées d'air l'empêchaient de sourire, l'eau ne parvenait pas à éteindre la flamme qui brillait dans ses yeux.
C'était typiquement le genre d'instant qui était aussi fulgurant que dilué dans le temps.
Mais les meilleures choses avaient une fin, qui venait toujours trop tôt.

Elle était maintenant tout contre le... euh... siren?


'Tiens. Sirène n'a pas de masculin.'

Contre l'homme-poisson, qui n'en avait pas fini de l'étonner.
En plus d'être Poséidon, ce type était Zeus, avec éclairs en guise d'auréole. Un rapide coup d'oeil alentour ajusta les pièces du puzzle pour lui faire comprendre la situation.
Des intrus.
Il ne lui vint pas une seule seconde à la conscience que, l'intruse, c'était encore elle. Elle sortit sa baguette de sa masse de cheveux, les libérant pour la première fois depuis qu'elle avait plongé. Ils volèrent devant ses yeux, formant un écran de boucles rousses. Ses poumons commençaient à râler mais elle ne leur accorda aucune attention. Le temps qu'elle écarte quelques mèches de devant ses yeux, elle était sûre que les deux... créatures s'étaient rapprochées. Elles lui paraissaient encore plus menaçantes maintenant.


'C'est peut-être dû à ta baguette?'

Sa baguette?

'Histoire de la Magie, cinquième année.'

Si elle croyait qu'elle écoutait en Histoire de la Magie,... elle avait plus intéressant à faire.
Oh.
Ca.
Les êtres de l'eau, les centaures, toutes ces espèces à qui on avait refusé le port de la baguette?


'Oui. On. Les sorcières et sorciers. Toi, en l'occurrence.'

Elle réagissait trop vite. Un an et demi dans la Résistance l'avait peut-être rendue trop méfiante.
C'était trop tard, non?
Mélusine serra sa baguette plus fort.
Mauvaise idée. Des petites étincelle, vite gobées par l'eau, en jaillissaient, amenant un air plus sévère sur les traits des deux... choses. La jeune femme eut un hoquet. Avala un peu d'eau. La recracha comme elle pouvait, sans trouver d'air pour remplacer. La plante que son compagnon avait...
Où?
Est-ce que seulement...?

Oh non! C'était vraiment trop nul de devoir mourir maintenant, comme ça.
Et Neptune-les-yeux-bleus... Elle ne pouvait pas lui faire ça.
Et puis... Tant qu'à faire, elle aurait préféré perdre le vie en mission. Sauver quelqu'un, quelque chose. C'était vexant de mourir pour rien.


'Arrête! Tu vas pas mourir!'

Si! Elle s'étouffait. La plante inconnu était à des lieues d'elle et ... et...

'Est-ce que tu vois Amba?'

Non. Dommage.

'James? Ta mère? Emreis, Xaël et Morgane? Jon et Maude? Ta vie ne défile pas devant tes yeux, pas vrai?'

Non. Par contre, elle voyait....
Aucune importance.

Si elle devait mourir, elle emporterait l'une des deux menaces avec elle.


'Tu veux vraiment lui montrer ce qu'est un assassin? La menace, c'est peut-être seulement toi.

Mélusine abaissa sa baguette.





« When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up.
I wrote down ‘happy’.
They told me I didn’t understand the assignment,
And I told them they didn’t understand life. »
John Lennon
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