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 Piste zéro

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Loevi Leroy
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MessageSujet: Piste zéro   Jeu 18 Mar 2010 - 22:55

On se les gelait sévère chez les cousins russes.

Comme elle l'avait prophétisé en plaisantant à Elinor, quelques semaines plus tôt, Loevi s'était finalement rendue à Moscou, où les Jerveza, la famille de sa grand-mère maternelle, résidaient toujours. Ils l'avaient accueillie à bras ouverts, comme un enfant prodigue revenu au bercail ; ils avaient toujours considéré le mariage de Drakonia avec un BloodDust comme une véritable bénédiction. Loevi savait depuis longtemps que ces deux familles n'avaient rien à s'envier : ça n'avait été que le rapprochement inévitable de deux dynasties jumelles.

La Drakonia avait été avant sa mort une folle de premier ordre qu'on soupçonnait d'avoir tué un nombre impressionnant d'enfants sorciers, durant ses études à Durmstrang. Bien sûr, rien n'avait pu être prouvé, mais Loevi savait qu'elle avait continué ses meurtres en Angleterre, après son mariage. Sa fille elle-même avait hérité d'une partie de sa soif de sang : elle avait assassiné de sang froid un étudiant de Poudlard, après qu'il l'ait trahie. Avec un poignard hérité de sa génitrice et que Loevi avait maintenant en sa possession, comme un trésor qui se transmettrait de mère en fille. Jerveza-BloodDust, un beau mélange de folies dévastatrices...

L'étudiante était là depuis plus d'une semaine, à se frigorifier dans ses riches fourrures doublées, mais elle n'avait pas encore réussi à savoir dans quel camp ils se trouvaient, dans la bataille qu'Antarès avait provoquée à travers le monde. Impossible donc de parler en toute liberté ; d'autant que la Russie était sous domination, ce qui n'arrangeait pas ses affaires. Les Jerveza savaient garder leurs secrets, mais Loevi n'étais pas une BloodDust pour rien. Elle savait protéger les siens - et percer ceux des autres quand cela s'avérait nécessaire. Elle saurait les confondre.

Mais pour l'heure, il s'agissait de se faire accepter. La bienveillance dont on faisait preuve à son égard n'impliquait pas forcément un sentiment de confiance, et c'était à elle de leur prouver qu'ils pouvaient se fier à elle. Comment faire pour leur plaire en ignorant tout de leurs convictions ? Elle devait y aller à l'instinct, pas d'autre choix. Elle était devenue amie avec Aleksandra, une adolescente de dix-sept ans en pleine phase de rébellion. Ses parents, pourtant stricts, ne savaient plus comment la prendre, mais Loevi était parvenue à l'apprivoiser sans le moindre effort - elles se ressemblaient.

Au-delà de la réelle amitié qui s'était créée à son insu, Loevi espérait toujours l'amener à parler, à lui donner des pistes qui la mettraient sur la bonne voie pour séduire les Jerveza. Mais ça prendrait du temps, et ses professeurs, à Poudlard, désespèreraient de la voir revenir. Tant pis. Elle avait plus important à faire que peaufiner sa maîtrise encore vacillante de la magie.

La vérité, c'est qu'elle s'était persuadée qu'Eleanor ne pouvait pas être entre les mains d'Antarès - cela se serait su, de quelque manière que ce soit. Dans ce cas, où pouvait-elle bien se trouver ? Ses liens familiaux avec les Jerveza n'étaient pas aussi forts que ceux de Loevi, mais c'était une option. Peut-être avait-elle pensé qu'elle serait plus en sécurité en Russie... Il fallait explorer toutes les pistes.


-Tu ne veux pas entrer là ? Ils font des bijoux magiques magnifiques...

Aleksandra l'avait traînée dans un marché sorcier couvert, où s'insinuait un vent glacial qui vous glaçait jusqu'à la moelle. Visiblement, la jeune fille était une sacrée dépensière - mais elle avait la fortune qui allait avec ; les Jerveza n'était pas autant sur le déclin que les BloodDust. Elles avaient écumé une série de boutiques de luxe que seuls des sorciers plus riches que la moyenne générale pouvaient oser fréquenter. Loevi elle-même avait du mal à s'imaginer y acheter quoi que ce soit - et elle n'était pas regardante sur la monnaie, pourtant. De fait, ces magasins étaient loin d'être bondés.

-Je préférerais grignoter un truc, si ça ne te dérange pas, répondit-elle.

* Et me réchauffer un peu, par la même occasion... *

Elle les dirigea l'air de rien vers un petit troquet chaleureux - et aux prix abordables. Elles entrèrent vivement et furent aussitôt assaillies par un serveur empressé. C'était dingue. Depuis qu'elle était là, c'était la même chose presque partout où elle allait. Si son nom n'avait aucun prestige de côté-ci de l'Oural, celui de ses lointains parents, en revanche, lui ouvraient un nombre considérable de portes. La plupart des sorciers du coin la traitaient comme une princesse ; pire que les Anglais à la mention des BloodDust.

Il les installa à une table tranquille près d'un feu ronflant et prit leur commande. L'étudiante se contenta d'un classique anglais : un whisky Pur Feu. Aleksandra voulut demander une Vodkanik sous le regard désapprobateur de Loevi, mais se rabattit sur une boisson sans alcool, arborant un sourire contrit de circonstance, bien qu'un peu feint.


-Tu es trop jeune pour boire de l'alcool, lança Loevi avec un sourire entendu.

-On est en Russie, pas en Angleterre, répliqua Aleksandra, amusée. On naît avec une bouteille de vodka à la main, au pays.

Elles éclatèrent de rire toutes les deux. Au moins, Aleksandra se moquait des clichés.




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Damien Mustang
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MessageSujet: Re: Piste zéro   Ven 16 Avr 2010 - 17:47

J’adore Moscou. N’y ai je pas tué Perse il y a quelques jours ? Je me rappelle toujours des endroits dans lesquels je tue des gens. Contrairement à certains autres assassins, ce que je suis il faut bien l’admettre, je ne rêve pas de mes victimes la nuit mais je ne les oublie pas non plus. A Moscou il y avait donc Perse, Opposant détenant une information importante, Loïc Van Horm, sorcier, tué à deux pas du Kremlin, Opposant comptant me dénoncer, et tant d’autres encore. Et que n’ai je tué il y a des siècles, lors des guerres napoléoniennes qui nous ont opposés à ce grand pays, à cet immense désert glacé. Oh, que de souvenirs à Moscou notamment. Je lui ai conseillé, à Napoléon. Je lui ai dit qu’il valait mieux poursuivre immédiatement vers Saint-Petersbourg., mais non ! Remarquez c’était caractéristique, Napoléon Bonaparte était, en dehors de toutes autres considérations, une infâme tête de mûle qui n’avait foi qu’en lui même.

D’un autre côté si les Russes n’avaient pas brûlés Moscou et toutes les villes à partir d’un certain moment, le soucis ne se serait pas posé. Je n’ai jamais compris ça. Qu’est ce que ça pouvait leur faire que leur souverain s’appelle Alexandre ou Napoléon ? Pour le moldu en question ça avait une très grande importance bien sûr, mais pour les dirigés qu’est ce que ça pouvait faire ? D’ailleurs sous l’Empire éclairé bonapartiste je pense qu’ils auraient plutôt mieux vécu. Mais après tout je ne peux pas comprendre, n’étant pas humain, leur goût pour le patriotisme, le nationalisme et autres notions vides de sens. Mais de toute façon ce n’est pas le moment de philosopher.

Car je n’apprécie pas Moscou présentement là tout de suite. Et cet état de fait regrettable est dû à la présence de mes deux cerbères. Comme ils ne m’ont pas donné leur vrai nom je les ai surnommés Gorille et Saurien. Le premier est un… gorille, musclé, immense, aux bras velus, atteignant facilement les deux mètres. Heureusement il ne pue pas. Mais il est manifeste que dans la paire, il est celui qui tape. Je ne sais pas si c’est un sorcier ou un moldu entraîné au combat. Et l’autre, Saurien, nommé ainsi parce que sa face me semble vaguement reptilienne et que ses yeux sont presque jaunes, est petit, maigre, le crâne dégarni, sorcier manifestement. Lui dans le duo c’est la tête pensante.

Ils m’ont pris à parti alors que je marchais tranquillement sans rien demander à personne. Ils ont dit être envoyés par le quartier général de Moscou pour m’escorter, subvenir à tous mes besoins et écarter les importuns. Ah c’est sûr que là nous formons un fameux trio. Le vampire intimidant et redoutable drapé dans sa noirceur, le colosse et le mec dont on sent la fourberie à vingt kilomètres à la ronde. Mais ce n’est pas la compagnie qui me dérange, c’est le pourquoi. Ils sont là pour me surveiller tout en gardant en apparence le respect, la déférence, la crainte et l’obéissance due à un allié personnel d’Antarès. Néanmoins je suis sûr que si je leur disais de partir ils résisteraient. J’ai envie de les tuer. Surtout ce gorille fait homme qui se permet de me toiser quand il croit que je ne le vois pas. Mais ça serait trop suspect.

Je pourrais aussi les semer. Très tentant mais trop suspect encore une fois. Je soupire imperceptiblement en cherchant un moyen de m’en débarrasser tout en faisant en sorte que la faute soit exclusivement imputée aux deux guignols qui m’accompagnent. En fait je voudrais qu’un Résistant m’agresse. Non, qu’une armée de Résistant m’agresse. Je laisse les deux abrutis mourir ou je les tue discrètement, je m’occupe des Résistants et je renvoie mes deux pseudos gardes du corps dans un colis à l’intention d’Antarès. Il ne goûterait pas forcément à la plaisanterie.

Je marche plus vite. Saurien a du mal à suivre. Je peux être à la limite de la course et ne jamais m’essouffler étant vampire, gorille quand à lui dispose de longues jambes et d’un physique de culturiste, mais Saurien qui me fait penser à un fonctionnaire de la police politique russe des années quarante n’est guère porté sur les efforts. Je dissimule un sourire goguenard. Ah ils veulent me surveiller ? Eh bien qu’ils le fassent, mais à mon rythme. Ma voix s’élève dans Moscou.


- Dites, vous seriez tentés par du jogging messieurs ? Oui je sais c’est atypique pour un vampire, mais cela me détend. Et ça me permettrait de tester l’endurance de mes gardes du corps.

Et avant que Saurien puisse protester je pars comme une fusée. Je remarque que gorille arrive à me suivre ce qui ne manque pas de m’étonner. Ah. Je devine qu’il a subi un sortilège de pied leste. Bon. Il semble qu’à moins de le tuer je n’arriverais pas à m’en débarrasser. Tant pis. Mon jogging se transforme en une vraie course et j’ai du mal à éviter les passants qui ne m’apparaissent plus que comme des formes confuses. Même Gorille et son sortilège se font distancer légèrement. Je freine brutalement, cassant une partie du trottoir. Gorille continue et se paye un lampadaire. Je suis plié de rire et ce n’est pas commun pour un vampire.

- Dites donc mon ami, faites attention, vous allez vous faire mal à force. Vous savez les lampadaires ne sont pas comme les Résistants, c’est pas drôle de les cogner puisqu’ils ne ressentent rien.

Il grogne quelque chose de mal défini. Pourtant j’ai pris soin de parler peuple, histoire qu’il puisse comprendre. Mais enfin. Nous marchons, rejoints rapidement par Saurien, essoufflé. Le petit dégarni prend en aparté le colosse poilu. Je ne cherche même pas à écouter et je les distance encore une fois. J’arrive devant la porte d’un pub. Que je connais. Un des plus anciens de Moscou. J’y suis allé il y a une centaine d’année. Je me tâte. J’y vais, j’y vais pas ? Mon hésitation est tranchée net par gorille qui m’ouvre la port en inclinant la tête. Saurien semble avoir disparu. Tant mieux. Je me retourne et je regarde Gorille.

- Je dirais qu’il est extrêmement improbable qu’une armée de Résistants se cachent dans cet endroit. Et même dans ce cas, il n’y a qu’une entrée qui est aussi la seule sortie ? Donc gardez la et si je me fais enlever eh bien euh… vous saurez sans doute dans quelle direction fuir.

Puis je lui ferme la porte au nez. Il n’insiste pas fort heureusement. Le patron de l’endroit surgit d’on ne sait où. Il me reconnaît. Ses jambes tremblent et on dirait qu’il fait des claquettes, il me donne du monseigneur mais il arrive à garder son calme quand il me demande ce que je viens faire ici tout en précisant que c’est un honneur de recevoir un ami du seigneur Antarès etc etc. Il est soulagé quand je lui indique que je viens juste boire un verre de sang bien frais. Il me débarrasse ce qu’il considère comme sa meilleure table, devient affable et se met à m’indiquer quels sont les grandes familles présentes ce soir. Je reconnais Malovitcha Kourkova qui, voyant que je la regarde, incline respectueusement la tête.

Je reconnais également Aleksandra Jerveza absorbée dans une discussion avec une inconnue. Il semble avoir déjà entrevu la jeune Jerveza dans un événement mondain quelconque. Ou alors sa famille est Opposante ? Je ne sais plus. Et je m’en moque. Je déguste ma flûte de sang. Ils ont mis du sucre et des épices. C’est assez bon. Je me fais indiquer la provenance. Sang de jeune fille. Famille de Résistants capturée et envoyée dans les forêts d’état, s’empresse t on de me préciser. Je soupire et je m’adosse contre mon siège. Antarès. Tu es si proche et tu es si loin à la fois. Mais bientôt je sais que je te déposerais dans ta tombe.
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Piste zéro   Lun 19 Avr 2010 - 22:33

Son verre de whisky à la main, écoutant d'une oreille la voix enthousiaste de sa cousine russe, Loevi observait d'un œil attentif les visages qui les entouraient. Même assise dans un bar où rien ne semblait pouvoir lui arriver, elle restait sur ses gardes. Elle avait parfaitement conscience du pays où elle se trouvait : une terre dure, peuplée d'hommes et de femmes tout aussi durs. Un pays abandonné à Antarès, voué à l'autodestruction sous le commandement de l'Opposition. Un territoire ennemi, où elle pouvait disparaître sans que personne ne se pose la moindre question. Il lui fallait se méfier de tout et de tous, en permanence.

C'est ainsi qu'elle remarqua l'homme bien avant la jeune rousse. Sa prestance et son aura imposante l'empêchaient pourtant d'être ignoré. Il exsudait la sauvagerie. Non, plutôt... de la bestialité. De la cruauté ? Il apparaissait seulement comme un gentleman ; costume propre et soigné, allure distinguée. Une ombre de sourire. Son visage indiquait un étranger ; son maintien évoquait un anglais. Il savourait avec délectation un verre de vin rouge, de bonne qualité, sans doute. Non. Le liquide semblait trop épais pour être du vin. Alors...


-Oh ! s'exclama soudain Aleksandra d'un ton ravi.

Elle s'était retournée et observait avec un large sourire dans la même direction de Loevi : l'homme contre lequel son instinct ne cessait de vouloir la mettre en garde.


-On ne le voit pas souvent par ici. Tu le connais ?

Aurait-elle dû ? S'il était anglais, peut-être. S'il était connu, sûrement. Loevi secoua négativement la tête. Tout cela l'indifférait pour autant que ce type ne fasse partie d'aucun camp. Non. Même s'il était de la Résistance, elle devait partir du principe qu'elle n'avait aucun allié, ici. Elle n'aimait pas plus les Résistants que les Opposants, pas depuis qu'ils avaient abandonné Eleanor aux mains d'Antarès.

Par le chapeau de Merlin, où était-elle ?


-Viens avec moi, je vais te le présenter, déclara Aleksandra. Puisque vous êtes du même pays et du même camp, vous devez absolument vous rencontrer !

Quoi ?! Loevi n'avait rien demandé ! Il avait certes acquis de l'importance maintenant qu'elle savait qu'il avait choisi un camp, mais... Du même camp ?

Quel camp ?

Aleksandra avait déjà sauté à bas de sa chaise et, sa boisson sans alcool en main, elle attrapa Loevi par le poignet et l'entraîna avec elle. L'étudiante eut tout juste le temps de saisir son propre verre, tout près de le renverser dans sa surprise. Nom d'un troll, elle n'avait rien demandé ! Elle n'appréciait aucun des deux camps qui se départageaient le monde ; les Résistants allaient certes dans la même direction qu'elle, mais c'était la seule chose qu'elle pouvait leur accorder. Elle n'allait pas pour autant chercher un Résistant en pays Opposé.

Pas une seconde elle n'imaginait que la rebelle mais si gentille Aleksandra puisse faire partie intégrante de l'Opposition.

Aussi bien personne ne pouvait imaginer en la voyant que Loevi avait trahi et l'Opposition et la Résistance.

La jeune russe se planta devant la table de l'inconnu et esquissa pour lui un un bref salut. Le barman, qui se tenait debout à côté de l'anglais, fit une révérence respectueuse en direction d'Aleksandra, qui l'ignora superbement. Il dissimula une grimace et regarda en direction de l'inconnu, comme s'il lui demandait la permission de se retirer. Loevi se sentit quelque peu gênée pour lui - très brièvement, cependant. Elle avait d'autres dragons à cravacher.


-Camarade Mustang, dit Aleksandra, avec plus d'éducation et de respect que Loevi ne se serait attendue de la part de l'adolescente. C'est toujours un immense plaisir de vous recevoir dans notre beau pays. J'espère que votre séjour se passe sans encombre ?

Le ton employé laissait clairement entendre qu'Aleksandra veillerait personnellement à remédier à tout problème qui se poserait. Loevi en était stupéfiée. Où Aleksandra avait-elle appris une telle maîtrise de sa voix, de ses intentions ? D'où tenait-elle d'ailleurs cette insolente assurance qui ferait passer une reine pour une gardienne de Scroutts ?

Elle n'était pas fille d'une famille renommée pour rien, Loevi s'en rendait compte seulement maintenant. Ce n'était pas une des meilleures nouvelles de la journée. Non pas qu'elle en ait eu beaucoup. Mais la simple pensée que la vie de sa cousine puisse ressembler à celle qu'elle-même avait vécue... Certes, Aleksandra pétillait de vie. Mais Loevi aussi avait débordé de joie de vivre, malgré ses malheurs. Jusqu'à quel points étaient-elles semblables ? Jusqu'à quel point Loevi la laisserait-elle lui être semblable ?


-Laissez-moi vous présenter ma cousine, Loevi Leroy, reprit Aleksandra en se tournant vers elle. Fille de Patrick Leroy et de Vivienne BloodDust, elle-même fille de Drakonia Jerveza, ma grand-tante. Loevi, je te présente Damien Mustang.

Elle sourit à Loevi d'un air engageant ; celle-ci n'en menait pourtant pas large. Après l'énumération d'une généalogie dont l'anglaise était très loin d'être fière, elle se sentait extrêmement mal à l'aise. Pourtant, bien sûr, cette généalogie et plus encore avait été étudiée avec le plus grand soin par les Résistants, quand elle était entrée dans leur cercle. Elle en avait été mortifiée mais, à présent, elle ignorait à quelle sorte de personne sa cousine faisait cet étalage avec fierté.

Incompréhensible.

Enfant elle-même bien élevée, quoique pas pour briller dans les soirées, Loevi s'inclina légèrement, sans un mot. Elle connaissait ses bonnes manières, mais elle n'oubliait pas pour autant sa méfiance. De près, cet homme paraissait encore plus inquiétant ; son aura bouillonnante l'écrasait. Elle aurait donné cher pour ne pas deviner ce que contenait ce verre qu'elle avait pris pour du vin. L'odeur qui s'en échappait lui chatouillait plus férocement les narines. Du sang. Elle pouvait en sentir la fragrance plus facilement que presque n'importe qui - une sorte de don de famille, en quelque sorte. A cet instant précis, elle lui donnait des nausées.


-J'ai cru comprendre que vous connaissiez le camarade Leroy, camarade Mustang ? pourquivait Aleksandra, ignorant tout des troubles de sa lointaine parente.

N'eut été le flegme anglais - ou plus honnêtement sa propre maîtrise d'elle-même, acquise à force de jouer aux agents doubles sous l'aile faussement bienfaitrice de son père - Loevi aurait sans conteste trahi sa surprise par un cri, un sursaut, ou toute autre manifestation du même genre. Il s'en était fallu de peu. Elle était à peu près sûre d'avoir écarquillé les yeux une fraction de seconde - l'avaient-ils remarqué ? Pouvait-il déceler le dégoût que ce nom lui inspirait au fond de ses yeux ? Elle espérait que non.

Elle venait de comprendre qu'elle était tombée dans ce qui serait peut-être le plus gros traquenard de sa vie.
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Damien Mustang
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MessageSujet: Re: Piste zéro   Ven 23 Avr 2010 - 20:01

Je savoure mon verre de sang. Merlin qu’il est plaisant d’être avec soi même un moment alors que cela fait des heures qu’on est suivi par deux êtres totalement insupportables. Mais la tranquillité retrouvée et le goût du fabuleux élixir qui coule en moi me font regagner une sérénité et une paix intérieure. Mes traits s’adoucissent et je me dis que finalement, la vie n’est pas si dénuée de sens. Boire un verre de sang frais alors que dehors il fait froid et gris – quoique je ne ressente pas le froid -, que dehors il y a la misère et la haine même parmi les vampires, c’est décidément extrêmement plaisant. Bien sûr je vais finir par être dérangé, les probabilités sont ce qu’elles sont et je ne passe pas inaperçu, j’espère juste que ça n’interviendra pas trop tôt, que je puisse jouir de cette sérénité encore quelques…

Merlin non, pas déjà. Je vois l’humaine Aleksandra se diriger vers moi, suivie de l’autre inconnue. Elle prend son pas le plus conquérant, son chevelure scintillante grâce à quelque artifice de mode magique. Une étincelle dans son regard que l’on ne peut pas imputer à autre chose que l’arrogance. Elle se prend pour quelqu’un, je le vois bien. Et ce genre d’individus m’irritent au plus au point, encore plus que les abrutis. Je ne sais pas ce qu’elle va me dire mais le parfum mielleux de l’hypocrisie s’approche et devient entêtant jusqu’à m’envahir. Devrais je l’envoyer paître, cette petite souris qui n’est qu’une flamme fragile et éphémère dans le grand brasier qu’est le monde ? Ce ne serait sans doute pas sage mais enfin…

A propos de sagesse, une idée me vient. Pour l’Europe j’ai déjà réuni autour de moi quinze grandes familles. Les Avenchii, les Prochenzo, les De Sarreaux, les Falis, etc. Je me demande si les Jerzeva sont des Opposants farouches ou si ils sont davantage préoccupés par le pouvoir. Je pense que c’est la deuxième option. J’imagine qu’une famille aussi arrogante et aussi ancienne doit mal supporter de recevoir des ordres d’un être qui se dissimule. J’imagine aussi qu’ils ne doivent pas apprécier la politique de raréfaction des naissances de sorciers mise en place par Antarès, eux qui tirent une si grande fierté de la pureté de leur sang.

Y aurait il donc un coup à jouer de ce côté là ? Je me demande. Il faudra être prudent bien sûr. D’un autre côté ce ne sont que des humaines très jeunes, accéder à leur mémoire et la modifier en cas de refus serait un jeu d’enfant. Bien sûr leur jeunesse même fait qu’elles ne sont sûrement pas à même de parler pour toute leur famille. Néanmoins si ces jeunes femmes déjà si sûres d’elles, déjà si empreintes de pouvoir, peuvent rejoindre le parti que je suis en train de me former, elles pourront influencer les leurs de façon à ce qu’ils suivent la même route.

Je décide de prendre le risque et de tenter le coup. Justement les deux jeunes femmes arrivent devant ma table. Je décerne mon sourire le plus charmeur tandis que mon visage de marbre devient grâce et élégance. Malheureusement je n’ai pas fini mon verre. La vue du sang est toujours désagréable aux humains surtout si ils me voient en boire. D’un geste, peu après qu’Aleksandra ait commencé à parler, j’ordonne au barman de me débarrasser. Il n’évoque pas le paiement. Quelle faiblesse de la part de ces gens qui rampent devant nous.

Je me retiens de grincer des dents quand elle me fait subir son « camarade ». Qu’est ce que c’est que cette nouvelle lubie ? Antarès fait aux Russes ce que leur Staline leur faisait et il leur impose une terminologie communiste ? C’est extrêmement, absolument irritant. Je ne suis pas son camarade, pas du tout. Antarès n’oserait pas me parler sur un tel ton. Que croit elle ? Que je suis moi aussi le subordonné de son maître ? Il va falloir que je remette gentiment les pendules à l’heure.

Et la suite n’est pas moins agaçante, le ton n’est pas moins léger, mais désormais je suis curieux. Blooddust et Jerzeva c’est une association intéressante, néanmoins Leroy… je crains de ne pas du tout savoir de quoi il retourne. Il devrait être dans l’Opposition je suppose et pourtant je n’ai jamais entendu parler d’un Opposant actif nommé ainsi. Qu’est ce que cela ? Je suis étonné mais bien évidemment je n’en trahi rien.

Et voilà que je suis encore plus étonné. La dernière phrase de la jeune russe a suscitée chez sa « camarade », une réaction de surprise manifeste. Je m’interroge. Ce ne peut pas être mon nom, qu’elle a déjà entendu quand la jeune fille nous a présentés. Alors… c’est que je suis sensé connaître Leroy et que je ne le connais pas ? Je retiens un sourire carnassier. Je sens que tout cela cache quelque chose de passionnant. J’invite les deux jeunes femmes à s’asseoir et je commence par quelques platitudes, égrenées avec un parfait sens des mondanités, de mon envoûtante voix de velours qu’on reconnaît comme celle d’un vampire des plus âgés.


- Aleksandra, vous avez bien grandi depuis que nous nous sommes vus il y a des années de cela. Votre beauté est telle qu’elle surpasse encore la réputation de grâce que l’on attribue à votre famille. Quant à vous, mademoiselle Leroy, bien que ne connaissant pas votre père à mon grand regret, il est manifeste qu’il doit tirer grande fierté de sa fille.

Nouveau sourire, amusé, laissant entre apercevoir mes longues. Mes yeux carmins scintillent tandis que je continue à parler, d’un ton faussement badin qui dissimule très bien l’intérêt réel que je porte à cette conversation.

- C’est amusant Loevi – vous permettrez que je vous appelle ainsi n’est ce pas, je ne vous ai jamais vu. Quand mon ami Antarès a réuni les Opposants d’Angleterre, par l’intermédiaire de ce bon shaula Erick Manson, j’ai prêté une grande attention aux héritiers de nos grandes familles et je suis diablement étonné de ne pas avoir remarqué une jeune femme possédant votre beauté. Il ne me semble pas non plus que Manson ait mentionné votre présence. Que je suis distrait parfois n’est ce pas ?

Rire cristallin. Glacé néanmoins. La façon dont j’ai parlé d’Antarès autant que celle dont j’ai évoqué Erick Manson, qui est tout de même au grade de Shaula, le deuxième de l’Opposition, servent à montrer à Aleksrandra qu’elle ferait mieux de cesser de me donner du « camarade ». Et cela sert aussi à indiquer plus précisément où je me situe sur l’échiquier à la mystérieuse Loevi Leroy, dont j’attends la réaction avec impatience.
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Piste zéro   Lun 26 Avr 2010 - 22:11

Son verre de sang débarrassé, Damien Mustang invita les deux cousines à s'asseoir. Loevi obtempéra sans se faire prier ; le mouvement lui offrit l'occasion de se reprendre, et elle s'installa confortablement dans son siège, son verre dans les mains, esquissant un sourire. L'assurance commençait avec l'apparence - c'était une des leçons qu'elle avait apprises en côtoyant son père. C'était amusant de voir que les conseils qu'il lui prodiguait avec largesse servaient tout aussi bien à le tromper, lui et ses alliés. La première impression était primordiale. Elle devait donner l'image d'une femme forte.

Aimable à l'extrême, quoiqu'un peu trop flatteur au goût de Loevi, une marque de condescendance propre à la diplomatie qu'elle haïssait, il complimenta Aleksandra sur sa beauté ; la jeune fille rosit de plaisir, prête à rire. Une rebelle ? Elle ressemblait à n'importe quelle adolescente artificielle ; rebelle pour la forme, histoire de parfaire un personnage. Non. Sa cousine pouvait-elle réellement être ainsi ? Ce n'était pas ce qu'elle avait apprivoisé d'elle. Avait-elle pu se tromper ?

Ce n'était guère le moment de se poser la question.

Le vampire anglais poursuivit sur sa lancée, se tournant cette fois vers la jeune brune. Elle agrandit son sourire, supposément ravie de ces éloges ; intérieurement, elle grimaçait. Son père, fier d'elle ? Patrick Leroy n'encensait pas la beauté, bien que fort séduisant lui-même. Sur d'autres plans, il n'était jamais fier de personne. Mais d'elle, cependant... C'était peut-être vrai, en effet, mais cette idée seule suffisait à lui donner la nausée.

Néanmoins, sous ces compliments se dissimulait clairement un défi. Pour elle, du moins. Lèvres s'effaçant pour dégager à la vue les longues dents de vampires, ces yeux rouges brillants fixés sur elle... Il cherchait sans doute à la mettre mal à l'aise et, par la barbe de Merlin, il y parvenait. Mais elle ne le lui montrerait pas. Faire face à un Opposant, c'était comme joué aux échecs sur un damier piégé, avec un adversaire qui pouvait deviner votre jeu en regardant au fond de vos yeux. Il fallait prendre garde à soi autant qu'aux pions que l'on mettait en place. Une partie difficile, où un piège pouvait surgir là et quand on l'attendait le moins. Un pastiche de tous les instants. Etrangement, Loevi se surprit à se prendre au jeu ; somme toute, cet homme n'était pas son père.

Il ne l'intimidait pas.

Oh il essayait. L'air de rien, il étalait ses connaissances dans le but de lui indiquer qu'il était quelqu'un, au sein de ce groupe. Mais il ne se définissait que par ses relations ; qu'était-il, lui, au bout du compte ? Il ne semblait pas avoir de rang particulier - auquel cas il se serait très probablement fait un plaisir de le mentionner au passage. Mais, aussi bien, elle-même n'en avait pas ; ce qui ne l'empêchait pas d'être quelqu'un. Il termina par un rire qui aurait fait frémir quiconque n'avait pas l'imposante prestance d'un nom derrière soi. Et fut coupé par la surprise quasi scandalisée d'Aleksandra.


-Vous ne connaissez pas Patrick Leroy ? s'exclama-t-elle, oubliant un tantinet de bienséance. Comment est-ce po...

-Aleks, il suffit, dit Loevi calmement, sans quitter le vampire des yeux.

Aleksandra se tut sans protester, refermant la bouche en un claquement sec, sans doute vexée.

Un regard qui ne fuit pas, une voix ferme, deux autres points essentiels de l'assurance. Si elle voulait mener la bataille sur un pied d'égalité avec un être qui avait plus d'années à son actif qu'elle ne pourrait jamais en rêver, il lui en faudrait beaucoup. Point par point, elle s'assurerait qu'il comprenne bien à qui il avait affaire. Elle se renfonça dans son siège, l'air plus à l'aise qu'elle ne l'était réellement.


-Je m'étonne que vous ne connaissiez pas mon père, déclara-t-elle avec un sourire. Vous le connaissez peut-être sans le savoir, dans votre distraction... C'est lui qui est en charge de la bonne entente entre notre beau pays et la France, au Ministère. Cela étant dit, il est vrai qu'il se rend très rarement aux réceptions de ce genre, mais tous les Shaula n'ont pas le temps d'être aussi oisifs que Manson.

Patrick Leroy était loin d'être n'importe qui. Il avait même plutôt un place d'honneur dans l'organigramme, et dans l'esprit d'Antarès lui-même. Fille d'un Shaula - cela devait compter.

-Quant à moi, ajouta-t-elle. Eh bien... Mon père semble penser qu'il n'est pas encore temps de faire mon entrée dans le monde. Je suis toujours en apprentissage, à ses yeux. Les parents sont toujours si protecteurs, vous devez savoir ce que c'est...

Elle termina sur un sourire légèrement sarcastique, très contente d'elle. Parler à un vampire de ses parents décédés depuis fort vraisemblablement quelques centaines d'années n'était pas à proprement parler un trait de génie, c'était peut-être même complètement stupide, mais ce trait d'humour l'amusait. Elle n'avait pas peur de lui. Il ne l'impressionnait pas. Et vu la place qui était la sienne au sein de l'Opposition - et surtout auprès de son père - elle venait de s'assurer une survie sans conditions.

Quoi qu'il en soit, désormais, elle avait la capacité de se défendre. Si elle devait accorder une bonne action à Antarès, c'était bien d'avoir provoqué la désactivation de son tatouage inhibiteur de magie.
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Damien Mustang
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MessageSujet: Re: Piste zéro   Lun 26 Avr 2010 - 23:53

Je suis surpris par la réaction de la jeune femme au fur et à mesure que j’égrène les platitudes d’usage dans ce genre de situations. C’est à dire, dans ces situations où je remets à leur place les innombrables Opposants amateurs de mondanité qui viennent me dire à quel point ils sont importants. Ca a marché pour la jeune Aleksandra, mais en ce qui concerne son amie… Réellement, je suis surpris. Etant ensemble je pensais qu’elles étaient du même genre. Intrigantes, mielleuses, etc. Finalement pas elle. Ca confirme mon premier pressentiment selon lequel il y avait quelque chose de dissimulé sous la surface de ses iris. Tandis qu’elle commence à me répondre, je laisse mon index droit parcourir les veinures qui courent sur le bois de la table, songeur, tout en prenant garde de ne pas laisser croire que j’ignore ce qu’elle me dit.

Mais de fait, je n’écoute que distraitement. Elle n’est pas du genre intrigante certes, mais elle est du genre à répondre de façon mordante pour prouver qui elle est. Visiblement. Je suppose. Je retiens un soupir. J’ai bien fait d’envoyer paître mes deux gardes du corps et d’aller boire un peu de sang ici ? Je commence par me le demander. Tout ça est si vain au final. Ces deux là ne me semblent pas du tout présenter la moindre ouverture pour un éventuel retournement en ma faveur.

Je ne suis pas surpris par la remarque sur Manson. Mon intérêt grandit quand elle dit à mots couverts qu’elle est la fille d’un des bras droits d’Antarès, mais sa remarque gâche tout. C’est si bas. Pourquoi a t elle besoin de faire ce genre de saillies perfides ? Pour que je parle de l’incompétence de Manson à Antarès ? Pour sous entendre que mes relations sont de moindre importance vis à vis des siennes ? C’est lamentable. Enfin d’un autre côté je ne suis pas objectif. Mon changement d’humeur subit, la lassitude que me provoque cette compagnie qui vient troubler mon repos mêlé à la dégustation, m’empêche d’apprécier pleinement l’esprit vif de Loevi. Car je dois bien admettre qu’on ne m’a pas parlé ainsi depuis un certain temps.

Ce qui me surprend vraiment c’est qu’elle n’a pas peur. D’habitude, en conversant avec moi, tout le monde a peur, à divers degrés. Déjà l’humain classique a peur du vampire, c’est un loi fondamentale. Le vampire représente l’éternité, un humain qui voit un vampire, qui sait que son interlocuteur est un vampire, prend conscience brutalement de sa propre mortalité et de sa vie éphémère. Il prend conscience, en fait, qu’il peut changer le monde mais qu’il ne sera jamais qu’un locataire ayant signé un bail à très brève échéance tandis que nous, les vampires, nous sommes les propriétaires. Mais elle, s’en moque.

Et puis parallèlement je suis un Opposant du plus haut rang. La différence entre son père et moi c’est que lui, il obéit. Généralement ce constat suffit à changer radicalement l’attitude de mon interlocuteur pourvu qu’il soit dans le bon camp. Elle, encore une fois, elle semble s’en moquer. Je me demande pourquoi. Elle ne se soucie donc pas de sa position dans l’Opposition ? C’est totalement inhabituel voire illogique. Je songe que tout être subordonné aux désirs d’un autre, rapport qu’elle entretient avec Antarès, doit s’assurer de la bienveillance de celui en qui il a placé son destin.

Sauf si en fait, elle a placé son destin en autre chose qu’en Antarès. Enfin pas elle, son père. Et là je me demande, en qui ou en quoi ? Et si elle a placé son destin en autre chose elle peut recommencer. Devant ces pensées à la Sherlock Holmes – dire que les moldus croient que ce grand sorcier était l’un des leurs – ma lassitude s’apaise plus ou moins. Je me mets à l’écouter avec davantage d’attention. Jusqu’à ce qu’elle sorte cette énormité sur mes parents. J’ai envie d’éclater de rire. Qu’est ce que ça veut dire ça ? Elle n’aurait pas compris que je suis un vampire ?

Je ne peux m’empêcher d’arborer un sourire amusé, laissant entrevoir mes « atouts tranchants », encore une fois. Franchement, j’en ai quoi à faire de mes parents ? Si quelqu’un lisait mes pensées il me traiterait peut être de tous les noms, surtout si le quelqu’un était humain, mais il faut dire que la remarque est si stupide… mes parents n’étaient que des humains, pire, des moldus, même si les moldus d’il y a mille ans étaient moins coupables que ceux d’aujourd’hui. Donc ils reposent dans leurs tombes et c’est très bien ainsi. Je lui répond, d’un ton quelque peu sardonique.


- Oh il m’arrive en effet d’être distrait. Par exemple je suis distrait par les jolies femmes. Ou encore, je suis distrait par la… soif. Mais je ne suis jamais distrait en ce qui concerne notre chère Opposition. Car bien sûr, elle nous est chère n’est ce pas ?

J’ai été ironique. J’ai sous entendu, presque dit ouvertement, que l’Opposition ne m’était nullement chère. Je me doute que la jeune Jerzeva risque d’être choquée, ou surprise tout le moins. Mais j’attends surtout la réaction de Leroy. C’est un simple petit test, histoire de voir à quel point elle va farouchement défendre Antarès et son organisation. Le cas échéant il faudra trouver un moyen d’éloigner Aleksrandra de la discussion. Et quand je regarde la porte et que je vois Gorille faire le pied de grue à l’extérieur, je me dis que rien ne sera plus facile.

- La France, c’est un pays que je préfère à l’Angleterre. J’ai été pendant quelques années aux côtés de Napoléon Bonaparte. Un moldu presque digne d’intérêt. Sa chute sera presque aussi retentissante que le sera celle, inévitable statistiquement au fur et à mesure que les années passent, d’Antarès. Bien sûr vous ne vivrez peut être pas assez vieille pour le voir. Peut être que vos enfants, eux…

Ma voix se meurt dans un silence sarcastique. Si elle aime tellement parler de mes parents, elle n’a qu’a tenter l’expérience elle même et avoir des gosses. Quant à Antarès… c’est osé je l’avoue. Même si je n’ai fait que dire la vérité : tout régime est limité dans le temps. Même si Antarès n’avait pas d’ennemis, même si il régnait sans partage dans le bonheur et la félicité, au bout de quelques siècles il y aurait un accident, une catastrophe, enfin quelque chose qui mettrait fin à sa carrière créature maléfique. Néanmoins énoncer cette vérité en telle compagnie est peut être imprudent. Qu’importe. Quitte à subir de la compagnie, autant la rendre intéressante. Après tout je n’ai rien à craindre.
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Piste zéro   Mar 11 Mai 2010 - 22:32

Loevi esquissa un sourire digne de ceux de son père : à la fois satisfait, confiant - et curieusement cruel. Ce vieux bonhomme ne s'en laissait pas conter ; il avait quelques siècles d'habitude derrière lui, ce qui n'était bien entendu pas le cas de la jeune fille, mais, en fin de compte, cela ne l'effrayait pas, bien au contraire. Hormis son père, elle avait trop rarement eu l'occasion de mettre ses talents et son assurance à l'épreuve : soit les gens s'inclinaient sans condition devant le nom des BloodDust, soit ils n'écoutaient que son père - et parfois s'inclinaient de même devant lui. Elle trouvait enfin matière à se prouver qu'elle était aussi habile qu'elle le croyait. Le défi la grisait.

Cet homme la testait, à sa manière. Dans un esprit aussi ancien, il devait connaître une pléthore de techniques d'intimidation et maîtriser tout autant la subtilité des jeux. Un homme redoutable, plus encore que Patrick, c'était certain ; cela valait presque le coup de les mettre face à face. Par ses paroles, par le ton de sa voix, il exprimait deux pensées tout à fait différentes, contraires ; un sarcasme qu'elle ne pouvait pas prétendre ignorer, alors même que sa cousine russe n'y voyait que du feu. Ce vieux renard rusé avait appris à n'avoir peur de rien. Il lui laissait sous-entendre qu'il ne portait pas l'Opposition dans son cœur, alors même qu'il en était, selon ses dires, l'un des piliers.

Il reniait l'Opposition et Antarès avec un aplomb qu'elle ne pouvait manquer d'admirer. Aurait-elle tenté de lui nuire avec cette certitude, aurait-elle même des preuves de ce qu'elle avançait, ce qu'elle n'avait pas, bien entendu, il n'était pas quelqu'un à qui l'on pouvait porter atteinte impunément. Rejeton de Patrick Leroy ou pas, qui la croirait ? Parole d'une apprentie guerrière contre celle d'un assassin multi-centenaire.

Elle retint un rire amusé - inquiétant. Mais si elle conserva un calme inébranlable, Aleksandra, elle, vit bien vite aussi rouge que sa chevelure.


-Vous faites un piètre partisan de notre Maître, Mustang, s'exclama-t-elle, frémissante de rage. Napoléon était un idiot pétri d'orgueil et de suffisance, et c'est ce qui l'a perdu. Maître Antarès est bien au-dessus de la stupidité humaine !

Il fallut un effort pour dissimuler la vague de dégoût qui traversa Loevi à ses mots. Plus le temps passait moins elle comprenait ce que ces gens pouvaient trouver à un homme tel que lui - mégalo et cruel étant presque les moindres de ses maux. Son adorable cousine... Ne comprenait-elle pas l'horreur qui naissait autour de cet homme ? Les monstruosités perpétrées en son nom, sous ses ordres même ? Elle ne pouvait imaginer un seul instant qu'Aleksandra soit dépourvue de toute sensibilité. Et pourtant...

-Ce qu'il veut dire, ma chérie, c'est que tout a une fin, dit-elle avec sarcasme, d'une voix plus assurée qu'elle ne s'y était attendue. A moins qu'il n'ait redécouvert le secret de la Pierre Philosophale, il mourra un jour, comme tout le monde.

De quoi faire suffisamment enrager un partisan d'Antarès ; intérieurement, elle en disait plus. *Il fera une erreur un jour, comme tout le monde. * Aussi sauvage soit-il, il n'en restait pas moins un humain et, comme tout humain, il n'était pas parfait.

Aleksandra renifla avec humeur mais ne dit rien. Bien. Cela au moins était résolu pour l'instant. Loevi se tourna vers Damien Mustang et lui offrit son plus beau sourire diplomatique - après tout, c'était le sens que prenait la discussion.


-Sans souhaiter de malheur, j'avoue que je serais franchement curieuse d'assister à un tel événement, dit-elle, avant de boire un gorgée de whisky qui, fait inhabituel, lui brûla la trachée. Je suppose qu'il aura pris ses mesures et que quelqu'un sera là pour reprendre son œuvre, mais ce sera sans doute le plus grand événements après l'avènement remarqué de son ère. Je parle du temps et des cycles qui se sont détraqués presque du jour au lendemain, et...

Elle se tut, se retenant de passer ses doigts sur son sein gauche, juste au niveau du cœur, où se trouvait tatoué le blason de sa dynastie, marque gravée dans sa chair, qui avait maudit son existence jusqu'au jour bienheureux où la folie d'Antarès avait désactivé son action inhibitrice. Le seul bien qu'elle avait retiré de l'affaire. Le reste n'était que colère et douleurs.

-J'imagine sans l'ombre d'un doute que vos annales historiques ne feront que continuer à s'épaissir au fil de vos années. Combien d'hommes de valeur avez-vous connu ? Combien de dictateurs, de tyrans ? Combien d'individus à l'égal de notre cher Antarès ?

Elle était parvenue à son tour à mettre de l'ironie dans son ton à l'évocation d'Antarès, malgré le malaise qui s'emparait lentement d'elle. C'était une chose de parler à un être plusieurs fois centenaire - une autre de réellement y songer. L'idée même de tous ces géants de l'Histoire qu'il avait pu côtoyer au cours de sa si longue vie, Moldus autant que Sorciers, lui donnait le tournis. Elle n'était pas de ceux qui envisageaient l'immortalité : l'éternité lui filait des sueurs froides.
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MessageSujet: Re: Piste zéro   Jeu 14 Oct 2010 - 17:58

Bon sang ne saurait mentir. J’ai ce vieux proverbe en tête quand je regarde la jeune humaine qui me fait face. Sa vie toute entière ne représente guère plus qu’un clignement de paupières pour moi, et elle le sait. Et pourtant cette subtile assurance, cette manière de me regarder comme si elle était, sinon mon égale, au moins une habituée de ce jeu que nous jouons tous. Car finalement tout se réduit à cela, comme dans un jeu de stratégie les alliances se tissent et se défont, les partis s’opposent et tentent de se circonvenir. J’ai un fin sourire. Dans ce genre d’affaires, l’attitude est aussi importante que les cartes dont on dispose, et Loevi Leroy, à défaut d’avoir de nombreuses cartes, joue comme une experte. Au contraire de son insupportable amie. Je vois les signes avant coureur de la colère sur son visage, qui s’empourpre. Mille petits détails me font sentir l’éruption imminente et elle ne manque pas. Cependant qu’importe la colère humaine, des mots à ce point pleins de vacuité ne sauraient susciter d’émotion chez un être de ma stature. Du moins c’est ce que j’aimerais penser, mais elle réussit presque à me mettre en colère.

- Je n’ai pas de maître, Antarès n’est qu’un allié, un mortel puissant à qui succéderont d’autres mortels puissants, que je choisirais d’aider, de combattre, ou dont j’éteindrais l’ardeur avant même qu’elle ne naisse. Ne l’oubliez pas à l’avenir.

Une lueur rougeâtre passe dans mes yeux quand je prononce ces paroles, d’un ton glacial, comme une sentence irrévocable. Aleksandra recule et frémit, sans même s’en rendre compte, cette petite humaine qui se prend pour une reine, mais qui, comparé à l’éternelle nuit d’un vampire, n’est qu’une princesse capricieuse. Une princesse qui semble se rendre compte que pour moi, tous les sangs sont rouges. Je ne peux pas retenir une petite satisfaction mesquine. Si facile de les briser, de les apeurer, de les terrifier, de leur faire ressentir leur insignifiance. Je connais bien ce genre d’humains, arrogants jusqu’à ce que je les mette en terre.

Non pas que j’ai des intentions meurtrières à l’égard de la jeune impudente. Il en faudrait plus pour que je prenne sa vie. Qui plus est son sang a des relents par trop nauséabondes pour que le délice de l’instant compense les inconvénients futurs. Et de toute façon elle a compris. Sa tête s’est légèrement baissée, son regard est un peu plus éteint, sa morgue s’en est allée. Je serais fort surpris qu’elle se mette de nouveau à piailler. Auprès de moi tout du moins. Il est fort probable qu’en son for intérieur elle soit brûlante du désir d’aller rapporter la conversation à qui de droit.

Je décide de vérifier. En un instant, sans trop y penser, la légilimencie m’ouvre son esprit. Que de vilains mots chez cette mignonne tête blonde. Le dénoncer, le faire brûler au soleil, le faire implorer grâce. Je me retire immédiatement, ne souhaitant pas qu’elle se doute de quelque chose, car même l’esprit le plus faible finit par se rendre compte qu’on entre par effraction dans ses pensées au bout d’un temps. Mais personne ne semble avoir vu quoique ce soit, cela n’a duré qu’une fraction de seconde, comme si je réfléchissais à la question que m’a posé mon interlocutrice. De fait j’y songe un instant. A l’égal d’Antarès dit elle ? Le personnage n’est pas facile à situer sur une échelle. Je décide d’être un peu provoquant, encore une fois.


- J’en ai connu un certain nombre, fais-je avec un petit sourire, par exemple, n’en déplaise à votre amie, Napoléon était doté d’un intellect foudroyant et n’eut été l’Angleterre de Pitt, toute l’Europe serait française. Il y a eu aussi Bismarck, ce vieil homme qui donnait l’impression d’être hiératique et peu prompt à la réflexion mais qui était en fait vibrant d’intuition. Louis XIV n’était pas mauvais dans son genre même si son hygiène laissait à désirer. Ivan de Russie pourrait être cité mais il avait tout de même un côté un peu rustre. Il m’a offert une chope de sang au lait un jour, pensant me complaire. D'un mauvais goût certain.

Je m’arrête un instant, les souvenirs m’assaillant. Oui Ivan était vraiment un barbare, aux crises de colères légendaires, au contraire d’Héléna Glinska, sa mère, qui avait le sang aussi velouté qu’épicé, et le corps prompt à tous les jeux. C’est la sauvagerie d’Ivan qui l’a perdu. Quand il est mort, la postérité a retenu qu’il jouait aux échecs et qu’il avait été empoisonné au mercure. La vérité était bien plus simple, il jouait aux échecs contre moi, n’a pas supporté de perdre, a tenté de m’occire à l’aide d’une hache de bûcheron. Au final c’est lui qui y perdit le cœur. Je n’ai jamais vraiment compris cette histoire de mercure.

Bref toujours est il que je n’ai cité que des souverains moldus. Analogie volontaire, après tout pour moi Antarès ne vaut guère mieux. Ne s’est il pas abaissé à utiliser des armes et des procédés de non mage ? Mais le petit éclair de révolte dans les yeux de la jeune Aleksandra – qui toutefois ne descend pas jusqu’à ses lèvres – me laisse penser que tout le monde ne partage pas mon avis. Je lui adresse un sourire glaçant, avant de me retourner vers Leroy, mon visage parfait adoptant une expression chaleureuse ou presque.


- Vous avez tout à fait compris Loevi. Antarès n’est qu’un mortel, un grand mortel mais un mortel tout de même. Je le vois mal épouser la nuit, il n’a pas les capacités nécessaires pour créer une pierre philosophale, donc comme vous l’avez justement souligné, son temps finira par passer. Quant à un éventuel successeur… vous savez ce que c’est, les grands empires, les grands édifices, finissent bien souvent par se disloquer quand le fondateur meurt, sous la pression des charognards.

Nouvelle gorgée de sang. Mes yeux scintillent brièvement. J’adore ces ambiances de velours et de discussions à demi mot qui me rappellent les grands moments des empires européens. Sauf que la partie est un peu plus sérieuse puisque je parle à une sorcière influente, aussi jeune soit elle.

- Et bien sûr, quand vient le temps de l’effondrement, l’important est de savoir si on est écrasé par les débris, ou si on s’est déjà réfugié à l’ombre d’un palais plus solide. N’êtes vous pas d’accord Loevi ?

C’est une approche presque directe dans cette partie feutrée. Reste à savoir si tout cela n’est qu’une mise en scène d’Antarès – auquel cas je prétendrais tester la loyauté de la jeune femme, qui oserait mettre en doute ma parole – ou si c’est le point de départ d’une amitié fructueuse. Je retiens un petit rire. Quant à l’amie sans cervelle de Leroy, je sais déjà comment la museler.
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MessageSujet: Re: Piste zéro   Lun 18 Oct 2010 - 23:23

-On ne peut plus d'accord, acquiesça Loevi, tout à fait consciente que son comportement actuel pourrait soulever plus tard, de la part de sa jeune cousine, une espèce de rapport détaillé penchant fortement en sa défaveur. Si elles avaient été amies jusque-là, il était très possible que cela ne dure plus après cette entrevue.

A tout le moins, malgré une certaine réticence à l'admettre - quel droit se croyait-il avoir de museler Aleksandra de son propre chef ? - le silence qu'il avait instauré chez la petite russe était après tout très agréable. Finis les petits éclats d'indignation mal placée au milieu d'une discussion sans ça déjà assez dure à tenir. Elle n'avait absolument aucune conscience de ce qui se déroulait sous ses yeux, et si elle paraissait comprendre certains sous-entendus, elle n'en percevait pourtant pas l'essence même, la véritable joute qui se jouait sous les mots.

Et, malgré son assurance extérieure, Loevi n'était pas exactement persuadée d'en comprendre tous les rouages non plus. Alors, si elle-même en était là, comment Aleksandra pourrait-elle tout saisir ?

Par ailleurs, même si elle l'ignorait, elle commençait à partager les mêmes doutes que le vampire : et si tout cela avait pour but de s'assurer de sa loyauté envers Antarès ? Damien Mustang était, a priori, anglais, ou du moins était-il lié à l'Angleterre, si elle avait bien interprété ses paroles. Si elle avait ses raisons de se trouver en Russie, si loin de son pays natal, qu'en était-il de lui ? Sa présence dans la région était plutôt intrigante. Assez pour penser qu'il était là dans l'optique de la rencontrer, de la tester ? Certes, elle était restée jusque-là très vague, préférant, comme lui, rester sur les chemins tortueux et incertains des insinuations, mais si elle continuait comme ça, il risquait de lui faire dire quelque chose qu'elle pourrait regretter. N'était-ce pas déjà fait ?

Maintenant qu'elle avait tout cela en tête, il lui était difficile d'en faire abstraction. Soit. Elle pouvait encore le sonder un peu pour tenter de savoir si elle fonçait droit dans un piège ; il y avait sûrement moyen de s'en assurer sans se compromettre plus qu'elle ne l'était déjà. Il s'en apercevrait, bien sûr - il avait des siècles d'entraînement, lui.


-Vous qui êtes si prévenant, et surtout habitué, vous devez avoir prévu votre solution de repli pour la situation actuelle, j'imagine, dit-elle avec une nonchalance affectée à l'opposé exact de l'appréhension qu'elle se créait en prononçant ces mots. Non, mieux. Vous devez avoir votre propre retraite, un abri qui vous suit à travers les âges. Et comme vous êtes parfaitement indépendant - votre alliance avec Antarès le prouve, d'une certaine façon - je ne pense pas me tromper en supposant que vous possédez votre propre bastion...

C'était dangereux. Dangereux, et parfaitement stupide. Elle ne savait plus comment s'y prendre, elle avait perdu la main. Les nouvelles craintes qui venaient de s'éveiller avaient entamé son aisance en ravivant ses vieux penchants paranoïaques. Merlin, s'il était de bonne foi, lui aussi - un vampire pouvait-il l'être ? - ils n'étaient pas sortis du chaudron. Pour peu qu'il s'interroge lui aussi sur ses véritables motivations... Mais elle n'arrivait plus à y croire. En une fraction de seconde, dès que l'éventualité d'un espionnage lui avait effleuré l'esprit, il était devenu l'ennemi, la bête noire qu'elle devait affronter et vaincre afin de poursuivre son œuvre.

Bouse, elle avait vraiment besoin de se reprendre.
*Accorde-lui au moins le bénéfice du doute.* se répétait-elle.

-Ma famille est malheureusement trop liée à Antarès pour envisager sereinement une telle hypothèse. C'est sans doute pour ça qu'Aleks est aussi titillée par la question, dit-elle avec un sourire qui sonnait un peu faux. Mais c'est le propre de l'Homme mortel que de voir les choses à court terme, et j'estime que c'est faire preuve de sagesse que de se préparer à toutes les éventualités, même les pires. Ce n'est pas toujours le cas de tout le monde. L'Homme gagnerait pourtant à être sage, et vous nous en fournissez une nouvelle preuve.

Soit, elle ne savait plus comment se reprendre. Alors elle parlait, disant presque tout ce qui lui passait par la tête en espérant que son éducation à la BloodDust ferait le reste et l'empêcherait de se montrer trop stupide. Au vu de l'expression blasée d'Aleksandra, cependant, ça n'avait pas l'air d'une franche réussite.
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MessageSujet: Re: Piste zéro   Mer 20 Oct 2010 - 0:25

Flash Back

Une silhouette solitaire se déplaçait dans Paris, ignorant le couvre feu et montrant par une démarche altière qu’elle ne craignait pas la soldatesque. Et dans un sens on comprenait l’individu en le regardant évoluer. Il évoluait comme s’il était chez lui, comme si tout lui appartenait, semblant animé d’une détermination sans faille quant à son arrivée à destination. Et sa vitesse était aussi tout à fait surprenante. Il marchait mais on eut dit qu’il courait, tant on peinait à distinguer la cape qui voletait derrière lui. Plus d’un parisien superstitieux, en croisant l’apparition, aurait cru avoir à faire à quelque diable enveloppé de sombres volutes. On avait beau être dans Paris, capitale de l’Occident, ville impériale, les vieilles idées étaient tenaces.

Parfois l’individu tout de noir vêtu s’arrête devant tel ou tel édifice, admirant les grands changements opérés dans la capitale. Notamment les immenses pièces d’eau des champs élyséens, alimentées par le canal de l’Ourcq, long de soixante kilomètres. Quelle nouveauté pour les parisiens ! Auparavant même si Paris était traversé par la Seine, peu de gens y avaient accès, et l’eau se vendait, fort cher près de un sou pour quinze litres. L’être drapé n’est pas insensible au bonheur des parisiens, bien qu’il soit d’une tout autre nature. Au cours de sa longue vie il n’a vu que peu d’exemples d’une telle maëstria gouvernementale. Qui de plus, bénéficie au Paris sorcier. De nombreuses critiques se sont élevés au sein de la communauté magique pour critiquer les élites sorcières. En effet était il concevable qu’un moldu fasse plus pour les français que des gens investis de puissants pouvoirs surnaturels ?

Mais bien vite il reprend son chemin, se fustigeant. Depuis quand se mettait il à estimer les moldus ? Merlin savait que certains faisaient des gorges chaudes de son amitié supposée avec Bonaparte. Finalement l’individu arrive devant le Panthéon. Grimpant les escaliers il arrive devant une porte, de dimension fort modeste, construite dans un angle de maçonnerie. Cette porte, peu de français peuvent la voir, car elle n’apparaît qu’à certains individus. Il faut qu’il soient sorciers, et il faut qu’ils fasse parti d’une coterie bien précise.

L’être drapé passe la porte et une multitude de couleurs fusent, un flou envahit ses yeux, et quand tout se dissipe il se retrouve dans une grande salle, manifestement souterraine, au centre de laquelle une grande table route est installée. Autour de celle ci, douze personnes qui portent la même tenue que le nouvel arrivant, quoique leur visage soit découvert. Le treizième balaie la salle d’un regard scrutateur et va s’asseoir au nord, sur le seul siège disponible. Il dévoile son visage. Un visage parfait, pâle, aux traits affirmés et au regard glacé. Il a un sourire éclatant à l’intention des autres participants à la réunion nocturne.

Chacun à leur tour, ils sourient. Tous sont beaux, tous sont fascinants, tous sont vampires. Il y a des hommes venus d’orient, des femmes raffinées venues des grands manoirs parisiens, des nobles anglais, des allemands austères. Cependant malgré leurs différences, tous ont le même but. Le vampire le plus récemment arrivé prend la parole, sa voix douce, légèrement amusée, résonnant dans la salle.


- Assemblée de la nuit, est ce aujourd’hui que nous installons un ministre de la magie en France ?

Fin du Flash Back

Je reviens au moment présent. Pendant un très bref instant j’étais perdu, je regardais dans le vague, tandis que Loevi continuait de parler. J’ignore pourquoi ce souvenir est remonté des brumes de ma conscience jusqu’au temps présent. Sans doute parce que, comme il y a tant d’années en France, la conspiration qui est en train de se dérouler dans ce petit pub russe a des enjeux élevés et que le risque de faire avorter cette alliance de circonstance était très important.

La jeune femme n’ose pas faire un pas en avant quoiqu’il en soit. Elle teste, elle soupèse, sans vraiment s’engager. Je réfléchis pendant un instant. C’est moi qui vais devoir faire le premier pas, ce qui est après tout logique car je cours moins de risque qu’elle. Mais sous quelle forme ? Je songe à nouveau à cet épisode parisien. Plein d’audace j’avais réuni un cercle autour de moi, j’étais allé parlé directement à chacun pour les convaincre qu’il nous serait utile d’installer un système de Ministère en France, car les institutions électives sont toujours plus faciles à influencer qu’un monarque seul, quelque soit son titre.

Aurais je perdu en courage depuis l’époque française ? Lueur rouge dans le regard, l’espace d’un instant. Il n’est pas question que je joue davantage au chat et à la souris, si c’est un piège je m’en sortirais et si ce n’est pas possible, je me battrais plus tôt que prévu, jusqu’à réduire Antarès en charpie. Quelle humiliation que je m’inflige depuis quelques minutes, tout cela pour ménager les susceptibilités éventuelles d’un souverain sorcier et mortel, tout cela à des fins politiques. Non décidément, je me rappelle Paris et je me dis que ce n’est pas digne de moi. Je plonge un regard rougeoyant – ce phénomène dont je n’ai toujours pas trouvé la cause et qui était si présent chez Voldemort n’a de cesse de m’intriguer – dans celui de Loevi.


- Cessons de tergiverser voulez vous ? Nous savons tous les deux, que dis je, tous les trois, autour de quoi cette discussion porte. Et nous sommes tous les trois impliqués car selon la justice d’Antarès, l’innocence n’est qu’illusion n’est ce pas ?

Sourire lumineux tandis que je vide mon verre de sang. Eh oui Aleksandra, quoique tu fasses on te considérera comme pleinement responsable. Ce n’est pas forcément exact, même si c’est probable, cependant je doute qu’elle courre le risque. Ceci dit je la connais pas. Quoiqu’il en soit une douce sérénité m’envahit, les calculs et les précautions étant repoussés dans un coin de mon esprit.

- Antarès n’est qu’un mortel pathétique et vulgaire qui s’est compromis en utilisant des armes moldues et en manipulant des puissances qu’il est totalement incapable de comprendre. Je compte bien hâter sa fin et je réunis une petite coterie qui partage la même envie de voir ce temps de réjouissances advenir. Je compte, Loevi, que vous nous rejoignez, de sorte que votre esprit, votre famille influente et votre fortune serviraient une cause qui est dans l’intérêt de tous. Ou tout du moins, qui rejoins nos intérêts. L’invitation vous concerne aussi Aleksandra, si vous avez toutefois le courage de vous dissocier de vos parents.

Je savoure la surprise comme un nectar divin et j’arme ma main pour trancher dans le vif un éventuel refus.
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