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 Points de suspension

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Jörgen O'Brian
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MessageSujet: Points de suspension   Ven 12 Fév - 18:49

- Ellsworth, pose pas de question et file-le-moi.

Jörgen affronta l'air buté de son frère.

- T'as jamais été un de ses admirateurs alors je vois pas pourquoi tu rechignes.
- S'il-te-plaît...
- Je te jure de te le rendre quand j'aurais... euh... fini.
- Pourquoi tu...

Il y avait finalement du bon à n'être ni capricieux ni tête-en-l'air. Sa famille avait appris à savoir combien il ne demandait jamais rien sans raison ou sans envie. Exemple: quand il avait demandé un ventilateur au Noël précédent, personne n'avait discuté et c'était une belle boîte ronde et tout ce qu'il y avait de plus moldue qui l'attendait au pied du sapin, quand bien même aucun des O'Brian n'en comprenait le sens ni l'utilité.
L'ex-Poufsouffle resta muet, un coin de sa bouche s'étirant vaguement en grimace.

*Toni est soumise et j'ai besoin de savoir quand...*

Au bout de quelques minutes de silence, Ellsworth sortit le pendentif de sous son sweat, le détacha et le tendit à Jörgen, très à contre-coeur.

- T'y fais gaffe.
- Evidemment.

*Si tu savais à quel point...*

- Et tu...
- C'est bon, je t'ai dit. Merci.
- Oui, mais...
- Il est quatorze heures quinze, t'as pas métamorphose normalement?


Il connaissait l'emploi du temps des septièmes années par coeur.
Ellsworth ronchonna pour la forme, rajusta la lanière de son sac sur son épaule et jeta un dernier coup d'oeil au pendentif en forme d'éclair qui reposait dans la paume de Jörgen. Sans même en avoir conscience, ce dernier resserra le poing autour du bijou et attendit que son jeune frère tourne les talons au coin du couloir.

En début de soirée, Toni le rejoignait, comme souvent, trouvant un prétexte pour être juste ensemble. Cette fois-là, c'était aller faire un tour dans le parc. Depuis qu'ils s'étaient retrouvés, Jörgen restait étrangement tendu et concentré, presque à l'affût. Il fallait que ça marche. Il fallait à tout prix que ça marche.


La nuit où il avait enfin compris, enquêtant dans tous les sens sur l'étrange comportement de la Gryffondor... "Scheffer-O'brian-Unis-Mais-Individuellement-Sans-Espoir"... les mots, beaux et plaisants, dissimulaient une vérité dure. Dure et difficile à avaler. Il s'en foutrait du stress des ASPICs. C'était comme un poids qui lui tombait sur la tête associant culpabilité (comment avait-il pu...? pourquoi n'avait-il pas..?) et sensation de vide. Il s'était senti tellement impuissant face à ses larmes mais ça n'était rien comparé à ... Il avait tenté de nier (c'était fou combien on pouvait se faire des idées quand les heures de la soirée s'étiraient en insomnie galopante), de trouver une autre option, n'importe laquelle (il devait bien y avoir quelque chose qui collait aussi bien, mieux même aux petits indices disséminés). Fou comme on cherchait dans tous les sens. Fou comme on était prêt à se raccrocher à n'importe quoi. Fou comme on cherchait une échappatoire à la folie de la compréhension.
Après la culpabilité et le déni vint la colère.
Qui osait? Et comment? Pourquoi? Toni était aimée de tout le monde (un peu trop par certains d'ailleurs mais là n'était pas la préoccupation): qui pourrait lui vouloir du mal? Car il fallait lui vouloir du mal pour lui imposer et des chaînes et les douleurs qui semblaient l'accompagner. Toni était un être libre et pur, et pas... Ca n'entrait pas dans sa conception de l'univers. Une erreur, un lapsus, un n'importe quoi de là-haut.
Il s'était retrouvé tout seul à errer au milieu d'un château désert, baguette à la main comme si l'Opposant imbécile esclavagiste avait eu la moindre chance de se trouver, par hasard, démuni au milieu du château avec un grand sortilège clignotant au milieu du front "je suis celui que tu cherches - venge-toi". Non? Dommage.
Après la colère, la jalousie. Surprenante et inattendue. La notion de soumis lui était juste assez étrangère pour en connaître la nature exacte mais juste assez claire (thanks to Toni) pour en savoir l'attachement et l'exclusivité. Ce type (parce que c'était un type, bien sûr) était assez proche d'elle pour la suivre en pensées et en actes, où qu'elle soit quoi qu'elle fasse. C'était plus que ce qu'il aurait jamais. C'était plus que ce qu'il demandait. C'était plus que ce qu'il considérait comme acceptable. Et ce type lui l'imposait, avait accès à elle, impudique et pénétrant.
Après la jalousie, l'impuissance. C'était peut-être le pire de tout. Se retrouver comme ça, comme un troll au beau milieu du château, incapable de faire quoi que ce soit. Malgré tous nos idéaux, il y avait des choses contre lesquelles on était... rien. Impuissant face à sa souffrance, impuissant à soulager, impuissant, même, à comprendre vraiment et à réconforter. Impuissant à la protéger. Il n'avait rien vu, rien su. Il était beau ce rôle qu'il se donnait à être là, droit, fier et protecteur, envers et contre tout, envers et contre tous. Avec, maintenant, sept initiales entre lui et elle.
Le matin de cette nuit-là, il n'alla pas en cours. pas plus que l'après-midi. Les profs et leurs enseignements ne servaient vraiment pas à grand chose et il avait autre chose en tête qu'apprendre à panser les gerçures profondes par sortilèges sur les enfants de moins de cinq ans. Au lieu de se taper les soins et autres potions anti-furunculose, il arpenta la bibliothèque et les archives, scanna les journaux et les tracts...
Tiens... Un tract des tout débuts de la Soumission. Blablabla... le phénomène tout récent des Soumis... blablabla... faire preuve de prudence.... blablabla... ne pouvez rien faire pour eux... blablabla .... éloignez-vous d'eux le temps que la situation et leur rôle exact deviennent plus clairs... Et quand ça n'était pas du domaine de l'envisageable? Rubish! Les tracts, inutiles, comme toujours. En une journée, il en apprit plus qu'il n'en voulait sur les Soumis et le pacte qui unissait le Soumetteur et sa victime. Mais rien, évidemment sur quoi faire et comment intervenir. Juste les raisons pour lesquelles les Opposants s'ornaient maintenant d'esclaves. Rien, pas une ligne sur comment débarrasser quelqu'un de cette emprise imposée.
Parce qu'elle avait été imposée à Toni. Le jeune homme ne doutait pas un seul instant que son amie n'ait pas choisi cela. Pourquoi se soumettait-on à quelqu'un? Par peur? La Gryffondor était au-dessus de ça. Par protection? Pour mettre à l'abri les gens qu'elle aimait? Jean était une menace dissuasive à elle toute seule et Croze bénéficiait de son influence. Quant à lui... mais, non, certainement pas. Il n'avait pas besoin de protection. Par convoitise? Elle ne lui avait jamais fait part de désirs qu'il ne soit en mesure de combler à plus ou moins longue échéance. Et bien que l'idée de Toni pliant sous le joug d'un autre ne lui plaisait pas outre mesure et ne cadrait pas avec la conception qu'il avait d'elle, c'était la seule possibilité qui n'était pas de l'ordre de l'impossible inenvisageable.

Retour à ce début de soirée-là. A l'affût. Le médaillon, dissimulé sous sa chemise restait de la température agréable de la confiance. C'était ainsi que fonctionnait le petit éclair en or que Toni avait offert à son frère au Noël d'il y avait deux ans. Le pendentif chauffait lorsque son possesseur était en présence de quelqu'un de positif pour lui, et émettait une fraîcheur presque désagréable quand il devait se méfier.
Et Jörgen guettait le refroidissement. Il en était sûr, si le Soumetteur se manifestait d'une façon ou d'une autre, il ne tarderait pas à le sentir, physiquement parlant. Et il ne se trompait sans doute pas puisque un frisson glacé le parcourut alors qu'ils parlaient du week-end à venir (ils s'approchaient dangereusement de la St Valentin). Toni ne savait rien du changement de propriétaire du médaillon.
Malgré ses avertissements, Jörgen, au contact froid de l'éclair, se sentit soudain reckless. L'énervement et la jalousie et la colère et l'impuissance se dissolvant dans une poussée de témérité. Il dévisagea la jeune fille, sondant ses yeux et plus loin encore, à la recherche de l'autre. Il ne le trouva évidemment pas mais l'autre avait dû le voir, le sentir ou il ne savait quoi. *Elle est à moi.* L'ex-Poufsouffle saisit le visage de Toni entre ses mains et l'embrassa violemment, possessif. Entre autres défauts, il n'était pas partageur. Il le regretta, évidemment, quand il vit le visage aimé se crisper sous la douleur. Il murmura un "désolé" avant de lui souffler, à regret, qu'elle ferait mieux de rentrer. Sans lui.


C'était la veille au soir.
Ce matin même, il s'était fait une raison. Un peu. S'était exhorté à la prudence.
Ne rien faire de susceptible de provoquer une bagarre.
Ne rien faire d'inconsidéré.

Une fois encore, il avait omis de se présenter en cours et errait du côté Collège. Il fallait jouer avec l'imprévu. C'est pour cet imprévu qu'il se retrouva à frapper à la porte du cours de Sortilège pour ramasser un lot de regards curieux, dont ceux de Ellsworth et de Toni. Du professeur en exercice, également.

- Bonjour. Désolé de vous déranger, euh, j'aurais besoin de Toni un moment? Je peux vous l'emprunter?

Sans vraiment attendre la bénédiction du prof ni de la Gryffondor, il leva sa baguette et rassembla les affaires de la 7ème année dans son sac. Il tendit sa main libre dans sa direction et bénit le fait qu'il ne pouvait plus faire perdre de points à sa maison.

- Je vous la ramène, promis. C'est juste... some university stuff, vous savez?

C'était bidon comme excuse et tout le monde le savait.
Il attrapa la main que Toni lui donnait et avant que le haussement de sourcils du prof se transforme en interdiction formelle, ils étaient tous les deux à courir dans les couloirs, loin de la salle de cours et loin de Poudlard College.
Il s'arrêta dans un coin du château qu'il ne chercha même pas à reconnaître et dévisagea Toni. Dans la course, le pendentif était sorti de sa cachette. Avec un peu d'aide bien sûr. Traduit en langage normal, c'était un "Je sais. Je sais et je ferais tout ce que je peux.". C'était pas assez mais il comptait bien à ce que ça ne soit qu'un début.


Edité par sujet édité par L'Ombre.


Dernière édition par Jörgen O'Brian le Mer 18 Aoû - 17:30, édité 1 fois
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Toni Scheffer
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MessageSujet: Re: Points de suspension   Mer 17 Fév - 21:08

Toni regarda le pendentif avec un sourire qui la ramena deux années plus tôt. Ses prunelles grimpèrent tout le long du cou et du visage de Jörgen pour embrasser son regard. Les lèvres suivirent doucement en un simple lapement. Elle recula et s'adossa au mur de la salle des armures. Elle s'était posé longtemps la question et elle se la posait toujours. La question de savoir si le fait qu'il comprenne un jour le message sibyllin qu'elle lui avait glissé il y a quelques jours serait un réel soulagement ou le début d'un nouveau chapitre de douleurs. En tout cas, elle comprenait ce qui lui valait cet enlèvement. Il y avait fort à parier que le professeur Derwent lui ferait payer le cours manqué mais elle accepterait toutes les punitions - une de plus, ce n'était pas la mort - puisque désormais elle n'était plus seule: Jörgen savait.

Il savait au prix de sa conscience.
Elle avait culpabilisé aussitôt après avoir jeté l'indice. Elle le mettait en danger. Au début, elle avait songé que c'était un acte de d'amour. En lui disant, elle prouvait sa confiance et son attachement. Il n'y aurait pas ce lourd secret entre eux. Elle ne pouvait plus se résoudre à le laisser mariner dans des questionnements qui feraient surface dès qu'elle aurait une soi-disant migraine. Elle refusait aussi qu'il s'investisse dans des velléités sur leur futur sans savoir dans quoi elle trempait. La lucidité devait devenir un atout. Ces pensées étaient là au début… mais quand elle avait quitté la chambre de Jörgen, elle s'en était voulue. L'amour, ça pouvait être aussi mentir pour le bien de l'autre, souffrir en silence et ne partager que les belles choses. Le Clover valait bien des sacrifices et elle aurait pu tenir sa langue. Où était la justesse dans toutes ces réflexions ? Elle avait fini par arrêter de se flageller. Elle l'avait fait. Et maintenant il savait.

Il savait au prix d'une trahison.
Bruno avait été excédé par l'effronterie de Toni. Ce qui énervait l'Opposant n'était pas tant d'entendre Toni avoir envie de faire des projets ou aimer éperdument quelqu'un. C'était le "éperdument" seulement qui le dérangeait. Le mystérieux bonhomme supportait de moins en moins l'idée qu'elle fût soumise à Jörgen en d'autres termes qu'elle ne l'était pour lui. Parce que son lien avec Jörgen était un don d'elle-même qui n'avait aucune limite et qui n'était pas régi par le contrôle ou le pouvoir qu'il pouvait exercer sur elle. Elle se donnait à lui spontanément et il lui offrait, de légitimé, un juste retour de l'affection qu'il lui portait.

"Dans le parc, près de la Cabane" dit la voix.

Elle traversa tout le château et se rendit sans protester près de la Cabane. C'était la première fois qu'il se déplaçait et s'approchait si près de Poudlard. Comment ferait-il pour braver les défenses du château ? Elle se le demanda sans vraie crainte et sans douter qu'il y parviendrait. Bruno était fort et malin. Néanmoins, il y avait une chose qu'elle avait comprise au sujet de son Soumetteur : lorsqu'il disait qu'il ne ferait jamais aucun mal à Jörgen ou à elle tant qu'elle se soumettait à lui, il ne mentait pas.

Elle avait testé plusieurs petites choses, comme un enfant teste ses parents pour connaitre les limites à ne pas dépasser, et elle n'avait toujours pas trouvé la limite. Pas de limite si ce n'était Jörgen lui-même, la personne dont Bruno avait promit qu'il ne toucherait pas à un cheveu pour asservir tranquillement Toni. L'Opposant acceptait toutes ses fantaisies et toutes ses effronteries tant qu'il ne s'agissait pas de lui laisser penser que quelqu'un d'autre pouvait exercer sur elle le même pouvoir que lui s'était octroyé. Il pouvait même se montrer prévenant et protecteur. Comme Toni ne laisserait jamais personne lui commander quoi que ce soit, il s'en était dégagé que Bruno n'avait jamais brisé son accord.
Mais le cas de Jörgen travaillait de plus en plus l'Opposant. La septième année voyait bien qu'il ne savait faire la différence entre, d'une part, l'amour où il s'agissait d'un attachement libre dans lequel, à la rigueur, on se soumettait à l'Amour lui-même et non pas à l'autre (et tout ceci sans que la question d'obéissance ne soit jamais posée) et d'autre part la soumission telle que l'Opposition la concevait.

Bruno n'avait pas pu briser les défenses de Poudlard, il lui parlait à travers un vieux miroir accroché dans la cabane de Hagrid. Son reflet avait été remplacé par celui de l'Opposant. Assise sur le lit énormissime du demi-géant, elle discutait avec Bruno de ce qu'il s'était passé dans la chambre:

- Tu cherches à briser ton lien de Soumission.
- Je ne cherche à rien, Bruno. Je cherche seulement à vivre ma vie avec Jörgen tout en t'obéissant. Et ma vie avec Jörgen ne peut pas s'arrêter à se regarder dans le blanc des yeux et se tenir la main. J'ai besoin de lui.
- Tu ne seras pas toujours à lui !
- MAIS JE NE SUIS PAS A JORGEN ! Je suis AVEC Jörgen !

Il punit d'une semonce d'électrochocs le haussement de voix de Toni qui tomba du lit et resta recroquevillée sur le sol.

- Tu n'es pas obligé de faire ça… je suis obligée de t'être soumise donc tu as de moi tout ce que tu veux, dit-elle essoufflée et allongée par terre comme un chien qu'on vient de molester.
- Je n'ai pas envie de te faire du mal.
- Alors ne le fais pas...
- D'accord, je ne le referai plus mais ne me cherche pas quand tu es avec lui.
- Oh, tu me trouves bien tout seul.
- C'était une blague ?
- Oui, juste une blague… Je peux m'en aller ?

Parfois il avait l'air aussi ingénu que les enfants en ce qui concernait les sentiments. Toni avait l'impression de se retrouver en face de Thémis - le sale caractère en moins - et il fallait qu'elle lui explique des choses qui lui paraissaient banales. Un ingénu bien dangereux entre les mains duquel on avait mis trop de pouvoirs. Il aimait beaucoup ces discussions et elle avait l'impression de lui apprendre la vie.

- Je te laisse bien plus de liberté que d'autres ne laissent à leur Soumis,
reprit-il en éludant complètement sa demande de quitter les lieux.
- Alors comme ultime liberté, j'aimerais que tu me laisses mes moments d'intimité avec Jörgen.
- Impossible.
- Pourquoi !
- Je n'aime pas ça. Il y a quelque chose que je n'aime pas dans tout ça et je ne sais pas ce que c'est…
- De la jalousie, peut-être ?

Il ne répondit pas. Elle se releva et redemanda s'il en avait terminé.

- Imogen ?
- Rien de spécial avec Imogen… juste… elle doit se rendre à l'enterrement de son grand-père la semaine prochaine. Un Opposant l'a tué.

Bruno eu l'air satisfait.

- C'est toi qui as fait ça ? se risqua-t-elle à demander.
- Oui. Imogen doit sortir de Poudlard. Je veux la récupérer.
- N...non… ce n'est pas bien… pourquoi ? Tu vas lui faire du mal ?
- Ca ne te concerne pas. Tu es libérée, l'invectiva-t-il pour la faire paritir. Façon de parler…
- C'était une blague, ça…
- Oui, j'apprends vite.

Le reflet de Bruno disparu.


Chaque fois qu'elle croisait Jörgen ou qu'ils étaient ensemble, Toni l'inspectait pour savoir s'il avait enfin compris. Espérant qu'il comprenne vite. Bruno prétendait qu'il ne lui ferait pas de mal mais elle le sentait toujours agacé et prêt à basculer. Il se posait beaucoup de questions et estimait que Jörgen était un danger potentiel. Elle avait eu beau lui promettre qu'il se faisait des idées, Bruno ne baissait pas sa garde. Il n'avait pourtant pas l'air d'avoir saisi qu'elle essayait de faire savoir à Jörgen qu'elle était désormais Soumise. Cette trahison lui coûterait cher.

Elle avait passé le reste de la semaine à essayer d'entrer en contact avec Imogen sans que cela ne se voie mais la chose fut impossible. Imogen était une de ces filles 100% Serpentard qui ne fricotaient jamais avec des Gryffondor et préférait de loin leur faire bouffer ses maléfices à la pelle. La Gryffondor se demandait si la laisser aux griffes de Bruno ne serait pas somme toute une si mauvaise idée. De toute façon, si Bruno se rendait compte qu'elle tentait de se rapprocher d'Imogen, elle n'était pas certaine que cela lui fasse plaisir. Elle abandonna ses tentatives mais ne cessa pas de guetter le jour où Imogen devait quitter Poudlard pour se rendre à Ellis Hallow pour l'enterrement de son grand-père. Elle trouverait alors une bonne raison de quitter elle aussi le château pour suivre la Serpentard. Si tel était son plan, elle devrait probablement en parler à Jörgen mais comment faire ? Peut-être que maintenant qu'il avait compris et qu'il savait, l'expédition serait plus facile…

Elle lui prit la main et la posa sur son cœur, parce qu'elle voulait qu'il s'approche et parce qu'elle voulait qu'il comprenne :

- Il n'y a que toi.

Elle lui signifiait que Bruno n'était pas aux aguets. Mais tel un spyware dans un ordinateur, l'Opposant réagissait à certains mots clés ou certaines émotions fortes de Toni pour faire son apparition. Des joies, des malheurs, de l'énervement, de la tristesse. Dès qu'elle vivait un excès, dès qu'elle parlait d'Opposition ou de Soumission, dès qu'elle prononçait le prénom de Bruno, elle s'attendait d'une minute à l'autre à ressentir son souffle froid dans son cerveau. En présence de Jörgen, elle avait appris à se calmer.

- Tu es déçu ? demanda-t-elle un peu amer à l'idée de réaliser seulement maintenant qu'aux yeux de Jörgen elle était une "Soumise". C'était la première fois qu'ils se voyaient et qu'il la voyait sous ce jour-là. Ca l'impressionnait, elle ne savait pas réellement comment se comporter. Je suis désolée, je ne voulais pas tout ça…

Ses yeux revinrent au pendentif et soudain une lueur de frayeur :

- Ellsworth ? Il ne sait pas... tu ne lui as rien dit...!


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Jörgen O'Brian
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MessageSujet: Re: Points de suspension   Mar 23 Fév - 19:25

Thémis ne lui avait jamais autant manqué depuis son départ pour wherever-du-moment-que-c'était-loin. D'un point de vue affectif, bien sûr, mais, dans le cas présent, d'un point de vue purement pratique. Étant visible d'eux deux seuls, il aurait pu être l'interprète de tout ce qu'il devait taire.
Le cas échéant, et malgré leur mutisme discret à tous les deux, il aurait été le traducteur de ses états d'âme, en pudeur et retenue. Une sorte d'intermède qui, les premiers temps, semblait avoir été sa véritable raison d'être, d'exister. Il était apparu ainsi, comme un pont, un lien, un ciment. Un trait d'union. Il serait là, alors, entre eux deux, à débiter un discours qu'il aurait appris par coeur, au moindre soupçon d'hésitation prêt, tandis que lui, Jörgen, se tiendrait à un petit mètre, mains dans les poches et regard au lointain. Il avait déjà du mal à s'exprimer, mettre des mots sur ce qu'il était, ce qu'il sentait... entendre ces mêmes mots mis à nu et énoncé par quelqu'un d'autre... voilà qui aurait été difficile à supporter. Difficile mais nécessaire. Et soulageant. Le poids des non-dits était plus lourd que le poids des mots. Parfois. Lui et Thémis auraient eu le même regard un peu penché.

Je préfère savoir. Pardon... il préfère savoir. Même si ça le bouffe et même si ça le met en rage. Même s'il se sent tellement impuissant qu'il a envie de cogner sur tout ce qui passe à sa portée. Impuissant à combattre quelqu'un qui lui est inaccessible et qui paraît te tenir entre eux comme un bouclier.

Il aurait parlé de la colère, de la jalousie et de l'impuissance. De ce désespoir.

Ca met aussi à mal l'image qu'il a de lui.

Ca, c'était ce qu'il n'aurait jamais demandé mais que Thémis dirait quand même. Parce que le garçon perçait les apparences pour sentir les choses en profondeur. Il en fallait et de l'empathie et de la psychologie pour avoir réussi le tour de force, deux ans et demi plutôt, de les remettre d'aplomb, le moral à peu près droit et le goût de vivre à nouveau dans la poitrine. En apparence, il avait les yeux de Toni et les cheveux de Jörgen. En profondeur, les héritages étaient beaucoup plus criants. C'était une chance que personne d'autre ne soit à même de le percevoir. Thémis était un témoignage impudique de ce qu'ils étaient. A vaient été? Seraient? Alors, oui, il aurait continué. Parce qu'il ne voyait aucune utilité au mensonge. Parce qu'il ne voyait aucune utilité à ce que l'un cache à l'autre ce qui était un tout en lui. C'était peut-être pour ça, aussi, qu'il était parti. Ne plus avoir à supporter d'être un double et un alter-ego complet. Pas vraiment elle, pas vraiment lui mais un mélange des deux sans réussir à disposer de son identité propre tant qu'il se retrouvait entre ses deux parents.
Et il aurait continué:

Ca met à mal l'image qu'il a de lui. Il est ainsi fait. Il voudrait être à même de tout. De te protéger même quand tu ne veux pas. Il se bat contre cette part de lui aussi parce qu'il devine plus qu'il ne le sait que l'amour peut si facilement devenir une prison dès qu'on tente d'aliéner à l'autre le droit d'être ce qu'il est. Alors, en lui, c'est un combat des « j'aurais dû être là et empêcher... » contre les « c'est sa vie et je n'ai pas le droit de... ». La juste mesure est toujours tellement difficile à atteindre. Il voudrait faire mais il ne sait pas quoi. Il voudrait tellement faire.
Et tout au fond, irrationnelle et irraisonnée, il y a la peur panique qu'il t'enlève à lui parce que, plus que tout, c'est quelque chose qu'il ne peut pas contrôler et contre laquelle il ne peut rien. Il n'a aucun moyen de savoir ni de comprendre. Comme il sait et il comprend que, quoi qu'il entreprenne, c'est précisément ce risque-là qu'il court. Te perdre ou te voir aux prises de Celui-Dont-Tu-Ne-Peux-Pas-Prononcer-Le-Nom.


La main de Jörgen aurait fini par bailloner la bouche de Thémis, dans un geste qui aurait paru, à un observateur extérieur tel que le Soumetteur, étrange et dépourvu de sens. Des doigts qui se crispaient sur du vide.
Parce que c'était une chose certaine. Un Soumetteur pouvait tout savoir, tout sentir, même à des kilomètres de distance. Sauf cette présence discrète et précieuse qu'avait été Thémis. Même avec toutes les techniques magiques possibles et imaginables, il demeurait indétectable. Quand bien même l'ampleur de la relation Soumetteur-Soumis lui échappait. Les textes écrits sur le sujet étaient vagues et les témoins rares et imprécis. Comme toutes les douleurs, l'exactitude de ce lien semblait s'atténuer dans la mémoire des Soumis libérés et ceux qui étaient encore sous l'emprise d'un Opposant semblaient contraints qui à une sorte de code du secret, qui à une contrainte physique de leur Soumetteur pour les empêcher de s'étendre sur leur relation, qui encore rechignait à aborder le sujet. Même Jack Marden, fantôme de son état, mort en mission pour sa Dominante, était incapable d'apporter des précisions vraiment utiles. Il faut aussi dire que son cas était un peu particulier puisqu'il avait été marié avec celle qui l'avait Soumis et que son lien en avait donc été altéré. Comment on pouvait se résoudre à ce genre d'extrémité, dans un sens comme dans l'autre, Jörgen s'était posé la question mais le cœur du problème n'était pas là. Marden était persuadé, de ce genre de certitude que même la mort ne pouvait altérer, que le lien entre le Soumetteur et le Soumis était impossible à briser de l'extérieur. Seul l'Opposant avait le moyen d'y mettre un terme. Jörgen était presque sûr que le fantôme avait omis de préciser que ce processus n'était pas sans douleur ni sans risque. Dans son esprit, la chose n'était pas si éloignée d'un serment inviolable ou d'un Sortilège d'Imperium atténué mais quasi-perpétuel. Quoi qu'il en soit, impossible de remédier à la situation si l'on n'était pas celui qui avait fait la manœuvre le premier. A moins peut-être d'être Antarès. Mais, même dans ses théories les plus abracadabrantes, il ne se voyait pas rédiger une lettre de sollicitation au Mage pour qu'il libère Toni de l'emprise d'un de ses apôtres.
Non, le cœur du problème, c'était qu'il allait falloir se débrouiller tout seul et avancer dans le noir, en prenant garde à ne pas heurter Toni. Et là constituait le plus difficile: agir en aveugle en évitant de faire des dégâts. Au moindre faux pas, c'était elle qui risquait d'être blessée, elle qui allait risquer sa vie, elle qui risquait de payer le prix de ses conséquences. Pourtant, évidemment, il n'était pas question de juste rester là et ne rien faire. Rien faire, c'était d'ores et déjà un choix, et c'était un choix qui ne lui plaisait. C'était un choix qu'il n'avait tout simplement pas. Alors, dans son esprit, défilaient toutes les options possibles, probables ou même potentielles. C'était, de manière générale, un beau chaos d'impossible, d'improbable car il manquait de potentiel. Mais l'esprit humain a ceci de magnifique qu'il se raccroche à n'importe quoi pour peu entrapercevoir, au loin, ne serait-ce qu'un peu d'espoir.

Dans ce chaos, il y avait des meurtres, des occlumancies et des manipulations, des revirements et des appels à l'aide. Et tout autant de contre-arguments.

Au milieu de toutes ces pensées qui ne parvenaient pas à se fixer ni même à parvenir à un semblant de clarté, il y eut le cœur de Toni battant doucement sous ses doigts. Avec la pulsion sourde, c'était un soupçon de honte qui se distillait en lui. Egocentrique. Il ne pensait toujours qu'à lui et à ce que la situation faisait à lui. Pendant un moment, il fut incapable de la regarder en face, juste par peur que tout ce qui lui passait par la tête transparaisse aussi sur son propre visage. Cette idée qu'elle lui était acquise et que rien n'aurait dû se glisser entre eux. Il la repoussa fermement. Il s'y pencherait plus tard.
Pour l'instant, il ne devait plus y avoir que Toni, sa main sûre et hésitante, sa voix pleine de doutes et son regard incertain. Malgré ses propres batailles intérieures, ou peut-être justement grâce à elles, il ne mentit pas d'une lettre en répondant:

- Non.

Non, il n'était pas déçu.
Il posa juste un doigt sur ses lèvres pour l'empêcher de continuer sa tirade sur ses excuses.
Pas déçu.
Frustré.
Attristé, peut-être.
Jaloux, sans doute.
Impuissant, certainement.
Mais pas déçu.

- C'est... dur à avaler.

Indigeste avec ça.

- J'arrive pas à ...

A accepter.
Assimiler.
Comprendre même.

- Mais je...

La trahison des mots. Évidemment. Encore et toujours.
Sans qu'il sache vraiment comment, elle se retrouva contre lui, serrée à lui en faire mal.
Il l'aimait libre.
Qu'elle puisse venir se poser sur lui à loisir. Sans trop papillonner. Ou s'envoler à tire d'ailes. Tout en souhaitant qu'elle fasse définitivement son nid entre ses bras.
Qu'un autre ait pu lui couper les ailes le rendait malade. D'angoisse. De jalousie. De haine. Quand lui crevait de la garder tout contre lui, tout en s'en défendant. Pour elle. Pour lui. Il se serait méprisé de l'avoir fait.

Un silence plein d'hésitations.

- Ellsworth? Il faut bien qu'il y ait des avantages à être peu bavard. Tu en as parlé à qui que ce soit, toi?

Question rhétorique pour démontrer l'inutilité de la première.

Un silence plein de certitude.

- Toni...

A la façon de Jean Scheffer, les trois petits points étaient plus diserts que de longues phrases. C'était un « Toni, écoute-moi », associé à tout un tas de « Toni, c'est important » et de « Toni, je suis sérieux », ponctués d'un petit [i]« Toni, regarde-moi » quand bien même il n'était pas sûr de lire ce qui s'y glisserait à ce moment-là.

- Tu vas pouvoir lui dire qu'il en a gagné deux pour le prix d'un.

Pas besoin de traduire qui était ce lui.
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Toni Scheffer
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MessageSujet: Re: Points de suspension   Dim 20 Juin - 9:02

¤ Hide - Only J. ¤




Flash



- Tu vas pouvoir lui dire qu'il en a gagné deux pour le prix d'un.
- Bruno, dit-elle. Elle attendit qu’il se manifeste. Elle avait prononcé ce prénom en regardant Jörgen dans les yeux. Parce qu’il était en face d’elle. Bruno, appela-t-elle encore.

Il n’apparut pas. Que faisait-il ?

Le médaillon restait chaud.

- Bruno. Il s’appelle Bruno.

Elle se demanda si son amoureux aurait préféré que son Soumetteur reste un anonyme. Si cela rendrait la réalité plus facile d’imaginer... A chaque fois qu’elle effeuillait le mystère, elle espérait que cela banalise l’impacte de sa Soumission aux yeux du Poufsouffle.

Flash


- Bonne Saint-Valentin ! rit-elle en écartant ses mains des yeux de Jörgen pour lui laisser voir ce qu’elle avait préparé.

Les rives du petit ru où ils étaient souvent venu baigner Thémis était encombré de bougies qui flottaient aux raz du sol, et de petits paquets enrubannés de fils colorés. Chacun renfermait un cadeau de pas grand-chose qui se mangeait, qui se regardait, qui faisait sourire, qui était idiot et qui n’était que pour lui.
Un gâteau par-ci, un bracelet brésilien par-là, une caricature d’eux dessinée sur un devoir de Potion inachevé, de nouveaux écouteurs pour son lecteurs MP3, des piles A3, une petite machine à calculer pour traduire les livres en euros, trois petites bouteilles de whisky pur feu piqué dans le mini bar d’un hôtel, une carte postale qu’elle avait un jour oublié de lui envoyer faute de timbres, un sachet de bonbons acidulés qui collaient au paquet, une petit orchidée séchée, une photo d’eux qu’elle avait retrouvé dans un grimoire et qui lui avait servi un jour de marque page, un dépliant publicitaire des suites de l’hôtel Bellevue de Brighton et un chocolat au nom de l’hôtel qu’on sert avec les café ou les chocolats chauds, des rubans jaunes qu’elle a mis un jour dans ses cheveux et qu’elle a transformé en bracelets tressés... des dizaines de petits paquets.

Le but du jeu était de les attraper au vol et de deviner le contenu du paquet juste en le touchant et de se remémorer à quel souvenir le cadeau était rattaché. Dès qu’il trouvait, il avait le droit à un baiser. C’était un instant de rien qui fut plutôt joyeux... et comme bon nombre de leurs soirées, qui se termina par des caresses et le terrible mal de tête qui les accompagnait.

Flash


- Imogen... tu es revenue ? s’étonna Toni en la regardant passer.

La Serpentard la dévisagea. Elle n’avait jamais parlé à Toni auparavant et voir la Gryffondor stupéfaite en face d’elle la laissa pantoise. Toni se reprit et continua son chemin. Elle n’avait jamais discuté avec la Serpentard et selon Bruno, cela devait continuer ainsi. Moins elle en savait sur la raison pour laquelle elle devait surveiller Imogen, plus il serait facile à Bruno de la garder en vie. Toni n’avait jamais pris la menace au sérieux car tout ce qui semblait obséder Bruno tournait plutôt autour d’elle et sa relation avec Jörgen.

Néanmoins, elle questionna Bruno sur ce qu’il s’était passé aux funérailles. Sa curiosité la mena à une mission dont elle se serait bien passée. Plus qu’une mission, il s’agissait d’un dilemme dont elle était incapable de prévoir une issue qui ne finisse pas par sa rupture avec Jörgen.

- La Résistance la surveille de près, lui dit Bruno à travers le miroir de la cabane d’Hagrid. Dans deux mois, cela fera un an que tu es ma Soumise. Pour fêter cet anniversaire, je t’offre deux choix susceptibles de donner un peu plus d’aisance à ta nouvelle vie. Le premier choix est de faire de ton Jörgen un Opposant qui te prendrait pour Soumise à ma place. Il lui incombera de remplir la mission que je t’aurais assignée. Le second, tu restes ma Soumise et dès que tu auras obtenu tes ASPICS, viens vivre avec moi... où j’habite. Tu seras une reine, je te promets de ne jamais te faire de mal. J’ai une fille, sais-tu ? Et tu serais une amie parfaite pour elle. Dès que tu auras rempli cette ultime mission, tu ne manqueras jamais de rien et je serais celui qui répondra à tes moindres envies. Ma reine... ne répond pas trop vite. Ne laisse pas tes impressions négatives entacher une chance qui ne se reproduira jamais. Je te laisse jusqu’à la fin de tes examens pour te décider.

La mission assignée n’était ni plus ni moins que le meurtre d’une certaine Isadora Carter. Après la discussion, Toni vomit toutes ses tripes. Elle s’endormit dans la cabane de Hagrid... à bout de force. Jamais Bruno ne lui avait fait de proposition aussi cruelle. Que cherchait-il à prouver ?

Après avoir passé plusieurs jours où elle fuit délibérément Jörgen en prétendant qu'elle devait réviser, la Gryffondor prit la ferme décision que cette fois-ci elle ne laisserait pas Jörgen être au parfum. Elle tuerait Isadora. Elle n’avait aucune envie d’être une reine, et encore moins celle de ce manipulateur capricieux, cependant si être reine rimait avec l’éventualité d’être libre de vivre avec Jörgen, cela serait la première chose qu’elle exigerait de Bruno. Quant à l’idée de devenir l’amie de la fille de ce pervers, Toni trouva qu’il s’agissait encore d’une de ces folles ambitions qu’il serait facile de contourner.

Flash


Juin 2012.

Toni et Jörgen étaient assis l’un en face de l’autre dans une salle de classe qui venait d’être désertée. C’était la fin d’une épreuve d’Arithmancie à laquelle Toni avait lamentablement échoué. Elle s’en moquait. Elle se rattraperait sur les épreuves pratiques de Défense contre les forces du mal.

Jörgen était venu prendre des nouvelles comme à la fin de chacune des épreuves :

- Comment ça s’est passé ? sourit-elle en louchant pour marquer qu’elle méritait le gibet pour le nombre d’âneries qu’elle avait dû écrire dans sa copie. Bah plutôt mal ! Ce soir j’ai ma dernière épreuve... je me rattraperai en DCFM et après c’est les vacances !

Sa joie n’était pas feinte. Pour elle, les vacances rimaient avec la fin du calvaire. Mais, comme une piqûre de rappel, le médaillon de Jörgen émit une lueur froide, Toni baissa les yeux sur le pendentif qu’il portait toujours autour du cou. Puis, elle regarda instantanément Jörgen avec un petit sourire au bout des lèvres pour guetter sa réaction. Elle savait que pour Bruno, « dernière épreuve » était égale à « Tu me donneras bientôt ta décision ». Elle se sentait bien trop forte et bien trop certaine pour avoir peur de l’intrusion de l’Opposant dans sa tête à un tel moment. Elle se pencha vers Jörgen et l’embrassa :

- Et pour ces vacances, tout va changer, Jörgen. Je te le promets...

HJ: désolée, Jörgen, c'est brouillon et décousu mais j'ai besoin de ce saut dans le temps, du hide et de ce chaos pour tout remettre en ordre dans ma tête sinon je n'arriverai jamais à me remettre dedans et je reculerai éternellement mon retour Smile
I missed you ! Very Happy


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MessageSujet: Re: Points de suspension   Mer 30 Juin - 18:58

C'était jouer avec le feu.
Se balader sur la corde raide qu'était l'équilibre précaire entre les deux extrêmes. S'offrir un peu de chaleur pour éviter de crever de froid sans s'aventurer trop près des flammes de l'enfer.
Un petit jeu auquel Jörgen était loin d'exceller. Il n'y avait ni règle immuable ni arbitre observateur, prêt à donner le coup de sifflet préventif. Un drôle de jeu bien plus prenant, aux allures de défi.
Il suffisait (presque) de capter et d'interpréter mes signaux que lui envoyaient Toni. Jour après jour, ils avaient créé leur propre langage des signes dont le premier jalon avait été le pendentif d'Ellsworth. Le reste n'était qu'une affaire d'observation. Et jamais Jörgen n'avait été aussi attentif. On se découvrait des qualités insoupçonnées quand on mettait son amour en jeu.

Ce sourire-là, c'était un « s'il croit qu'il me fait peur », nuancé d'un baiser qui était une déclaration de non-obéissance.
Il avait appris à ne plus (trop) hésiter et à lui faire confiance. Subsistait malgré tout de pincement désagréable aux entrailles qui avait pour nom appréhension.

Attirer Toni sur ses genoux, glisser un main comme une caresse sur sa nuque, ancrer une autre main impudique dans le creux de ses reins, l'attirer toujours plus près jusqu'à sentir leurs cœurs battre en écho, approfondir le baiser jusqu'à ce qu'un gémissement s'échappe de sa gorge, oser une main sur la peau nue de son ventre, c'était faire croire à l'autre qu'il n'avait pas peur. Un peu d'amour volé comme un défi, comme un challenge, un 't'es pas cap' à grande échelle.

Tous ces baisers volés à son nez et à sa barbe était une revanche, un moyen de conjurer toutes ces fois où il s'immisçait entre eux, où il l'enlevait à lui. Où elle était obligée de prendre ses distances, pour il ne savait quelles raisons. Il avait alors appris à se taire, à museler ses doutes quand bien même il gardait les yeux grands ouverts tout au long de ces nuits où ses draps étaient froids à force d'être vides d'elle. Fébrile d'attendre le petit matin, le moment où elle lui adresserait sa petite moue un peu fanfaronne "c'était pas si pire". A se promettre, à se convaincre qu'il le sentirait si quoi que ce soit lui arrivait alors qu'elle était loin de lui. On devait forcément le sentit, non, quand son univers s'écroulait? A se perdre en désespérance quand une petite voix contre-arguait qu'il se racontait des histoires, qu'il resterait insensible si la vie de Toni vacillait avant de s'éteindre.
La rage et le sentiment d'inutilité devenaient alors siens, lui collaient à la peau et y restaient incrustés, bien après qu'il ait à nouveau serré Toni contre lui.
Les fréquentes incursions de l'autre n'étaient pas pour l'aider.
De son initiale belliqueuse à son obscur o, il haïssait la moindre lettre de son nom, puisque c'était la seule chose concrète à laquelle se rattacher. Belliqueux. Racorni. Usurpateur. Nuisible. Obscur. C'était les noms qu'il lui avait choisi, à faire varier selon les humeurs. Jörgen aimait particulièrement "Le Racorni".

Etait-ce vraiment l'aimer que d'accepter de la voir souffrir en silence? De n'avoir qu'une épaule à lui proposer? N'était-ce pas plutôt de la lâcheté parce qu'il était trop faible, trop impuissant, trop tout pour faire quoi que ce soit, pour remédier à la situation, quand il crevait d'envie d'un vrai duel, de n'importe quoi. Quand il crevait d'envie d'être celui qui lui dirait "c'est fini". Enfin fini.
Au clair de ces nuits-là, parfois, Jörgen s'égarait dans ses trips de mégalo. Il était alors legilimens, remontait le fil des pensées de Toni jusqu'à dénicher le Raccorni pour l'enfermer dans une prison mentale et le faire payer. Le prix ne serait jamais trop élevé. Il ne pourrait jamais rendre à Toni les mois qu'il lui avait volé, comme on ne pouvait jamais rendre les années à un innocent condamné à tort. Mais Jörgen s'imaginait le faire ramper, implorant et soumis, et peut-être ce spectacle la ferait-il sourire. Un peu.
Dans ses trips de mégalo, il était donc legilimens ou as de la baguette ou génie-sorcier, tout simplement. Rien n'était trop grand, rien n'était trop fou pour contre-balancer son impuissance. Sa haine pour l'autre brûlait, noire, à la hauteur de son amour pour elle. Son alter-ego. Son penchant sombre. Cet autre qui finirait par la lui enlever, pour de bon et pour toujours. Et ça le tuerait..
On ne pouvait pas vivre avec des souvenirs.
Ce ne fonctionnait pas quand il l'attendait sans savoir quand et si elle reviendrait.
Ca aurait été tellement bon de se dire que tant qu'elle était contre lui, rien ne pouvait lui arriver. Il l'aurait gardée dans l'enceinte de ses bras jusqu'à ce que le guerre soit terminée. Mais aussi fusionnels qu'ils puissent être, il fallait toujours se lever, pour aller en cours, pour n'importe quoi.
Se résoudre à profiter du moment.

Aussi...
Attirer Toi sur ses genoux, glisser un main comme une caresse sur sa nuque, ancrer une autre main impudique dans le creux de ses reins, l'attirer toujours plus près jusqu'à sentir leurs cœurs battre en écho,...
Mais pas ce soir.
Ce soir, il était soudaine adulte, voulait être considéré comme tel et était sur le point de s'atteler à l'exercice délicat qu'était de ménager les susceptibilité. Ce qui ne laissait guère de place à la provocation. Le narguer une fois de plus ne serait ni très sage ni très mature.
Au lieu de ça, il passa lentement une main sur le visage de Toni, presque à regret, comme une excuse, verrouilla ses yeux dans les siens et envoya son regard plonger plus loin que ses pupilles chocolat. C'était l'autre qu'il cherchait à atteindre.
Tout allait s'arranger avec les vacances. Elle l'avait dit et il la croyait. Un peu naïvement peut-être ou simplement parce que c'était le genre de promesses auxquelles on s'accrochait coûte de coûte. Il la croyait mais il avait besoin d'une courte armistice un peu avant.

- Euh... Le... Monsieur Bruno?

"Le Racorni" avait failli lui échapper.
C'était aussi qu'il l'imaginait vieux, aigri, un peu pervers... et arrogant.
Une raison comme une autre de mettre son orgueil dans sa poche et de paraître humble. Un peu.
Sans savoir si l'autre l'entendait vraiment, et avant que Toni ne dise quoi que ce soit, ou que son propre courage se dégonfle, Jörgen continua:

- J'aurais quelque chose à vous demander. S'il-vous-plaît.

*Libérez Toni.*

Evidemment pas.
Il y avait des limites à la naïveté de l'espoir.

- Vingt-quatre heures de tranquillité. Dans quelques temps. Un jour précis.

Le 28 juin. Dans dix jours.
Fêter leurs trois ans sans lui, sans médaillon autour du cou, sans rien d'autre à s'occuper que d'eux.
Contre quoi? Contre tout.
Ca non plus, il ne le dirait pas. Face de poker et attente fébrile.

Spoiler:
 
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Toni Scheffer
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MessageSujet: Re: Points de suspension   Mer 7 Juil - 14:13

Ce regard. Au moment même où elle avait compris l'expression sur le visage de l'étudiant, cette main sur sa joue, aussi douce fut-elle, agit comme une entrave l'empêchant de détourner la tête. Toni voulut s'enfuir de la pièce pour interdire à Jörgen de faire peu importe ce qu'il voulait faire. Mais il l'avait eu par surprise et elle restait en face de lui, hypnotisée par les inflexions graves de sa voix. Une voix aux tonalités matures et déterminées qu'elle ne lui connaissait que lorsqu'il était sur le point de demander quelque chose d'important et dont il ne savait pas si la requête serait reçue. Il avait parfois cette voix quand il requérait auprès de Jean Scheffer le droit à un peu d'intimité avec Toni. Jörgen était l'une de ces rares personnes qui ne demandait jamais rien. Il n'exigeait rien des autres. Et, parce qu'il réclamait en de si rares occasions et toujours avec ces accents captivants qui pesaient à ce point dans la balance qu'on aurait été incapable de lui décliner quoi que ce soit, il obtenait pratiquement toujours gain de cause: une soirée non chaperonnée au cinéma, l'autorisation d'un weekend en amoureux, un pendentif offert d'antan qui ne lui était pas destiné, un moment de répit et de solitude bien mérité. Il fallait avouer que ses sollicitations étaient toujours facilement accessibles. Il ne demandait jamais la lune.

Quand bien même, Bruno n'était pas Jean Scheffer. La mère de Toni, malgré ses nombreux défauts, n'utilisait jamais le chantage comme arme de poing. Bruno était un grand amateur des "si je te donne, tu me dois." Rien n'était jamais gratuit. Il fallait éviter à tout prix de devenir son débiteur car l'Opposant sautait sur la moindre occasion d'obtenir de son entourage tout ce qui pouvait constituer une monnaie d'échange.

Rageusement, la Gryffondor ferma les yeux et écarta d'un geste violent le bras de Jörgen.

- Non Jörgen ! s'écria-t-elle en éventrant le silence que sa requête avait soudainement provoqué dans la salle de classe.

Elle se leva brutalement. La chaise tomba, elle recula avec précipitation pour s'éloigner le plus vite possible de son petit ami, trébucha dedans mais rétablit de justesse son équilibre en se tenant à la table de derrière. Elle gardait les yeux fermés comme si cette vaine tentative pouvait l'empêcher de faire surface.

- Tu es fou ? l'accusa-t-elle en tâtonnant le long de la table pour essayer de visualiser son environnement direct et trouver le chemin de la sortie au plus vite. Mais sa représentation de l'espace, corrompue par la crainte de sentir l'Opposant se présenter à eux d'un instant à l'autre, raya vite de son esprit la carte en trois dimensions des lieux. Elle trébucha pour de bon et il était trop tard, elle sentit la brume sombre et froide qui précédait chacune des interventions de Bruno encombrer sa cervelle. Cette fois, ce n'était pas douloureux... il n'avait jamais fait ça avant... Les spires longues de l'allogène déroulèrent leurs bras aux quatre coins de sa tête et s'emparèrent des sens de Toni pour prendre possession d'elle comme jamais jusqu'ici.

Il prit d'abord la vue de Toni. Il faisait noir, Bruno ne voyait rien, elle continuait de murer ses paupières. Alors, il prit progressivement possession de ses muscles et la força à ouvrir les yeux. Toni se tenait à quatre pattes sur le sol dallé et froid de la salle de classe. Elle essayait de combattre la présence de cet envahisseur.

"Non ! Non ! Je ne veux pas qu'il parle à Jörgen !"

La lutte était dérisoire. Bruno saturait chaque sens de son hôte. Le pendentif autour du cou de Jörgen luisait et refroidissait au point que sa fraicheur s'apparenta bientôt à une brûlure. La brume empoisonnante de sa présence parasita son ouïe, son goût, son toucher. Il était partout. La seule chose qu'il ne parvenait pas à contaminer était les émotions et la pensée de Toni qui, même si elles furent dans l'incapacité de s'exprimer comme la Gryffondor l'aurait voulu, vivaient à l'intérieur de son enveloppe charnelle. Dans un coin où Bruno avait repoussé Toni le plus possible de Jörgen.

Le corps de Toni, actionné par l'hôte indésirable, se redressa lentement sur ses deux pieds. En un premier temps, il tendit les bras en avant pour les contempler. Il découvrait son nouveau corps. Il orna les lèvres roses de l'adolescente d'un sourire enchanté et caressa l'un et l'autre de ses bras pour apprécier la qualité de l'amas de chair dont il venait de prendre possession. A l'intérieur, toute petite, Toni criait qu'elle voulait qu'il sorte d'elle, qu'il n'avait pas le droit de parler à Jörgen, Jörgen était à elle, il n'avait rien à voir dans toute cette histoire. Elle lui jura qu'il avait deviné tout seul et qu'il ne connaissait son nom que parce qu'elle venait de lui dire. Il ne savait rien. Rien du tout... ces derniers mensonges firent rire l'Opposant - et c'était le visage de Toni qui riait avec incrédulité - il avait désormais un accès illimité aux cases réservées à la mémoire de Toni. Mentir était devenu inutile.

Le corps de Toni se rapprocha de Jörgen. La lueur dans les yeux de Toni n'était plus la même. Il y brûlait le triomphe, un incendie de haine qui se targuait d'avoir enfin obtenu ce qu'il désirait depuis longtemps:

- Mon ami, Jörgen, dit-il en se baissant pour redresser la chaise sur ses quatre pieds, ravi de nous nous rencontrions enfin.

Il s'assit en imitant le maniérisme de ce qu'il pensait être une attitude féminine exemplaire et décomposa Jörgen du regard avant de lui décerner un sourire machiavélique. Même si elle était incapable de se voir à l'œuvre, Toni imaginait combien il devait être perturbant pour l'étudiant de Clover de contempler cette moue méphistophélique déformer le visage de la Gryffondor. Enfermée dans son propre corps et pétrie de haine pour l'Opposant, elle suivait la conversation sans en perdre une miette. Autant, pouvait-il entendre et ressentir les moindres émotions de Toni, utiliser sa vue, son toucher et son ouïe pour être en contact direct avec Jörgen, autant pouvait-elle aussi profiter des siennes, continuer de voir, d'entendre et de ressentir, au-dessus de son dégoût, les stimuli interceptés par l'Opposant à sa place.

- Accepté, dit Bruno avec la voix de Toni. 24 heures rien qu'à vous. Je dois bien ça à Toni qui fut une Soumise exemplaire. Du moins, jusqu'à aujourd'hui. Vous a-t-elle parlé de notre petit accord ?

A l'intérieur, Toni fut soudain prise d'une rage folle, une émotion qui dépassait la haine, son concept et ses cinq lettres en tout ce que l'humanité avait toujours pu connaître ou imaginer à son sujet. Une émotion d'une violence organique. Un chaos si puissant que même l'Opposant eut un instant du mal à la résorber. Il chancela quelques secondes et cessa de parler, se concentrant pour éteindre le sinistre provoqué par l'emportement de Toni:

"Ne lui dites rien ! Fermez-la ! Il ne doit pas savoir ! J'aurais fait tout ce que vous voulez ! Laissez-le en dehors de ça ! Si vous parlez, vous avez plutôt intérêt à ne pas vous lasser d'habiter mon corps, parce que dès que vous partirez je ne réponds plus de rien ! Je me tue ! Vous entendez ? Je me tue si vous faites chanter Jörgen !"

- Alors, dit Bruno en essayant de ne pas laisser apparaître combien l'ébullition émotionnelle de Toni le mettait à mal, il faudra effectivement que je reste un peu plus longtemps dans ton corps.

Le visage de Toni exsudait. A l'intérieur du corps de la Gryffondor, le duel entre le parasite et elle consommait tous ses organes d'une braise panique, d'une glaire irrationnelle. Bruno finit par saisir une plume qui trainait sur la table et l'enfoncer dans sa main pour détourner l'attention de Toni le temps de reprendre le contrôle. Le dos de la main saignait. Toni cria de douleur. Bruno en profita pour se faufiler dans sa conscience et repousser Toni encore plus loin d'elle-même. Il lui laissa la douleur tandis que d'un geste autoritaire, il empêcha Jörgen d'opérer le moindre geste, tenant au-dessus de son cœur la plume effilée.

- Un geste et je noircie pour toujours le cœur des poètes, haleta-t-il.

Il tâcha de reprendre de la contenance. Toni avait maintenant beau frapper aux portes de son esprit, elle ne pouvait qu'être spectatrice impuissante:

- Elle me dit que si je vous parle, elle se tue dès que je lui rendrai son corps, lâcha Bruno avec indolence, je tenais simplement à vous prévenir pour que vous l'en empêchiez. Je ne tiens pas plus que ça à occuper le corps d'une jeune fille pétrie par autant d'émotions contradictoires. Ca m'embrouille.

Qui mieux qu'un amant éperdument amoureux pouvait prévenir sa maîtresse d'accomplir un geste aussi malencontreux ? Bruno pensait certainement que Jörgen devait lui être redevable de lui avoir transmis l'information.

- Revenons à nos baguettes, dit-il en reposant sur la table la main ensanglantée. Il y a de ça plusieurs semaines, j'ai proposé à Toni de choisir entre deux solutions celle qui lui convenait le plus et dont la finalité est d'éliminer l'une de mes plus ferventes ennemies. Le premier choix était de vous convaincre de rejoindre les rangs de l'Opposition, en échange de quoi, Toni devenait votre Soumise. A ce compte, il vous revenait la mission de vous débarrasser de ma cible. Tous les deux réunis, envers et contre tout, au sein de l'Opposition. Il me semblait que c'était une fin heureuse même si elle exigeait un petit sacrifice de votre part. Pour le second choix, Toni restait ma Soumise, venait vire avec moi dans ma propriété et s'occupait de ma fille, en échange de quoi elle aurait eu accès à tout ce qu'elle voulait - en dehors de sa remise en liberté, cela va sans dire. Et lui revenait l'acquittement de la mission. Voulant vous laisser en dehors de cette histoire de meurtre, il semblerait que Toni était sur le point de choisir cette deuxième solution. J'attendais sa réponse aujourd'hui même et voilà que vous faites appel à moi à votre tour, monsieur O'Brian. Après presque un an n'est-ce pas émouvant d'être enfin tous les trois réunis ? Je crois que la décision est à prendre en couple... Je vous laisse un sursis.

Bruno continua de parler à travers Toni. Il se leva et s'approcha de Jörgen en conservant la main blessée enroulée dans le jupon de sa robe qui buvait tout le sang et la main tenant toujours la plume aiguisée tournée contre son cœur. Il approcha de Jörgen et s'assit sur la table en face de lui, le plus près possible de lui. Il voulait sentir son odeur, le scruter d'un œil chirurgical comme si en le voyant de si près, il pourrait enfin comprendre ce que Toni, et les gens en général, pouvaient trouver d'attrayant dans l'assouvissement physique de leurs appétits et le sentiment amoureux. A l'intérieur de lui, Toni frissonna. Son cœur se mit à battre la chamade, ses pupilles se dilatèrent et elle ressentit un besoin inconditionnel de se jeter au cou de Jörgen pour s'excuser pour ce qui était en train de se passer. Bien entendu, Bruno réfréna toutes ces envies. Il se contenta de poser sa main blessée sur le front de Jörgen. Il la fit glisser le long de sa joue et de son cou et, d'un geste vif, il arracha le pendentif qu'il balança sur le sol et qu'il écrasa en souriant:

- Vous n'en avez plus besoin, notre ménage à trois pourra vivre sans. Je vous laisse donc 24 heures... dans ma grande générosité, je pousse à 48 heures votre prise de liberté. Deux conditions: la première, vous utiliserez le temps qui nous sépare de ces deux jours pour réfléchir avec Toni à la façon dont elle devra honorer la mission et vous me donnerez votre réponse à la première heure de ces deux journées. La seconde, je libérerai temporairement Toni de son bracelet de Soumise mais si vous faites appel à la Résistance, à un tiers ou que vous parlez de cet accord ou tentez de vous enfuir durant cette période probatoire, je me verrai dans l'obligation de tuer un à un tous les membres de vos familles respectives... incontestablement, cela me prendra un peu plus de temps du côté O'Brian et je prendrai soin de commencer par la plus jeune. Alors, Jörgen ? Marché conclu ?


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Jörgen O'Brian
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MessageSujet: Re: Points de suspension   Dim 25 Juil - 9:55

Pour la première fois en quatre ans, pour la première fois peut-être depuis l'âge où un enfant prend conscience d'être un individu, « moi », séparé de cette masse innombrable et innommable que sont les « autres », Jörgen comprit pourquoi et comment Toni (et quelques rares membres de sa nombreuse famille) était capable de la différencier de James et Jupiter d'un simple coup d'oeil. Il n'y avait jamais vraiment réfléchi, tellement, pour lui, ses deux frères étaient des êtres aussi distincts l'un de l'autre que n'importe quel autre membre de sa fratrie.
Certaines leçons ne s'apprennent que dans la douleur.
Le tableau qui se jouait devant ses yeux lui déchiraient la poitrine. Ses sens, volontiers crédules, susurraient une mélodie qui se voulait réconfortante. Ce corps... tu connais ce corps. Pas plus tard que ce matin, vous mêliez vos chaleurs et vos odeurs. Tu connais ces mains, qui aiment à reposer au creux de tiennes, à errer sur ta peau, imaginatives et espiègles. Tu connais ce cou, qui ploie doucement, et se courbe, et se cambre. Et ces lèvres, douces et volontaires, tu les connais ces lèvres. Sa bouche, gourmande et malicieuse. Oui, c'est elle. C'est elle, c'est elle.
La raison y mettait son grain de sel, froide et détachée. Ne sois pas stupide. Tu vois bien qu'il s'est immiscé en elle. Ces gestes... ces attitudes... Et ce sourire. Il est là, derrière tout ça, la contrôlant comme une marionnette. Tu fais face à un étranger, un corps étranger à te rendre allergique. Arrête! Ta fureur ne sert à rien. Lutte contre elle. Il est là, la reléguant au loin et tu ne peux rien faire pour l'atteindre.
Dans sa poitrine, son coeur se révulsait, se hérissait. Elle est là, à portée de voix, à portée de main, elle est là, cachée. Il faut que tu l'aimes assez fort pour qu'elle puisse encore s'accrocher. Comme dans les vieilles histoires sur les divinités païennes que Sloveig aime tant. Il leur suffit qu'un seul homme croit encore en elles pour exister. Son coeur, déraisonné, déraisonnable, qui perdait le Nord, qui ne comprenait pas une telle dichotomie entre ses sens et son esprit, alors que tous ses « lui » avaient pour habitude d'être en symbiose totale dès qu'il s'agissait de Toni. Son coeur, déchiré, qui ne savait plus où frapper, où se battre, révulser de haine et hérissé de douleur. Allergie à l'intrus. Alerte! Alerte! Alerte!
L'amour, finalement, trouvait ses attaches dans des détails beaucoup plus subtils qu'une odeur ou un sourire. C'était Toni toute entière qui lui donnait cette sensation de devenir un point minuscule, condensé au maximum au sein de son torse pour ensuite jouer au big-bang et devenir immense, l'envahir jusqu'au moindre recoin, qui lui faisait ressentir ce sentiment d'évidence, de simplicité, d'être enfin entier.
Face à lui se trouvait une parodie, qui avait tout mais n'était rien. Il dut lutter un instant pour s'en convaincre. Le corps de la Gryffondor n'avait pas changé d'un iota et pourtant, il avait perdu tout son charme, toute sa séduction./ Il suffisait de croiser son regard, tellement vide de tout ce qui était elle. Le processus s'inversa. Il fallut à Jörgen toute la force de conviction, d'auto-persuasion qu'il possédait pour se souvenir que l'être en face de lui n'était pas l'autre mais que cet autre venait s'y greffer comme un parasite. Même en oubliant la plume acérée et pointée sur son coeur, il ne pouvait rien faire, lié à elle comme il l'était. Ni un pas en avant, ni un pas en arrière. Ni caresse ni menace. Figé dans un entre-deux insupportable. L'Usurpateur savait jouer, avait trouvé la point faible qui condamnait Jörgen à l'inaction. Depuis toujours, lui semblait-il. Il tenait Toni entre eux, comme un bouclier, victime du moindre écart, souffrant de la moindre erreur. Est-ce qu'il pouvait seulement espérer pouvoir lutter contre un tel homme?

Jörgen ne bougea pas, ne dit rien, rendu immobile par une fureur glacée. Seules ses mains, crispées sur sa baguette, trahissaient la pleine puissance de sa tension. Condamnée à l'immobilité, le Clover laissa l'Opposant parler, se refusant ) laisser transparaitre combien ses mots l'atteignaient. Montrer le moindre signe de faiblesse, le moindre doute... c'était comme pointer une arme sur sa gorge. Sur sa gorge et celle de Toni.
Au prix d'un effort dont il ne se serait pas cru capable, il parvint à barricader Toni dans sa poitrine, pour la mettre de côté, en sécurité, et consacrer toute son attention au Belliqueux. De la même façon, il se résolut à juguler, à ignorer le flux d'émotions contradictoires et violentes qui menaçaient de le submerger à chaque nouveau mot de l'Opposant. Il ne pouvait pas gérer ça. Pas maintenant. La douleur, la honte, la colère, les doutes, le mépris et la peur seraient au rendez-vous pour plus tard. Pour l'instant, il ne s'accrochait qu'à sa détermination de ne pas faiblir, d'honorer son face-à-face et de protéger Toni, tant qu'il parvenait à se bercer de la douce illusion que c'était en son pouvoir.
Pour un peu d'impatience et un moment d'insouciance, il avait bradé sa parole, sacrifié le silence qu'il avait promis de garder et se devait d'assumer les conséquences de son erreur.


Il se surprit à afficher un clame olympien, en fin de compte, tandis que son univers tanguait. Et, malgré tout, malgré la peur, malgré la haine, malgré la culpabilité qui lui écrasaient la poitrine, une seule pensée réussit à filtrer, alors que l'Opposant finissait son discours.

*Enfin.*

Enfin ils arrêtaient cette partie de cache-cache où ignorer l'autre en cherchant à l'atteindre était la seule règle du jeu.
Enfin, le voile des secrets était levé, les vérités révélées, dures et cruelles, mais sans fard, sans dissimulation.
Enfin, il l'avait face à lui, cet autre qui s'était immiscé dans sa vie comme un parasite et qui n'avait même pas le cran de lui apparaître sous son vrai visage.
Enfin, il n'était plus seulement un témoin, impatient et impuissant, inactif.
Enfin.

Comme il avait enfermé Toni dans l'écrin protecteur de sa poitrine, Jörgen verrouilla les images qui affluaient, menaçant de la faire craquer. Toni, dans un manoir venteux, en compagnie du Racorni et de sa fille. Loin de lui. Inaccessible. Plus tard. Les silhouettes brisées de ses parents, au seuil de la maison familial. Les corps de ses deux jumeaux, privé de leur étincelle. Plus tard. Son jeune frère Ernst, ses yeux vides de vie, encore marqués par l'incompréhension et l'horreur, recroquevillé entre les bras de Sloveig. Plus tard. La peau blafarde, souillée de sang et d'accusation de Gern. Comment pouvait-il rallier le camp de ceux qui lui avait pris la vie? Plus tard.
Mais sa décision était prise, ferme, inébranlable. Il la garda, néanmoins, scellée. Il vrilla son regard à celui, abrité par le corps de Toni, qui était pure discorde entre le contenu et le contenant. Il fixa ce regard d'étranger, se jurant de l'effacer pour toujours, pour peu qu'il le croise sur le visage de son véritable propriétaire.

- Si j'accepte votre proposition...

Enfin, il concevait l'histoire étrange de Jack Marden, Soumis à sa femme.

- Vous n'entrerez plus jamais en contact avec Toni. De quelques manières que ce soit. Vous passerez par moi, et uniquement par moi, pour connaître l'avancée de notre... euh... mission. Aucun contact. pas de hibou. Pas de légilimancie. Rien. Plus jamais. Quand nous vous donnerons notre réponse, ce sera la dernière fois."

Le jeune homme martelait les mots importants, comme dans un exposé argumenté, où chaque terme devait pénétrer l'esprit de son auditoire.
Aucun. Plus jamais. Dernière fois.
Que les choses soient bien claires.
Un feu couvait au fond de ses yeux, masquant presque la haine que lui inspirait l'Opposant. Son regard était la seule chose vraiment animée de son visage.

- Plus jamais.
Si vous essayez de l'approcher, mentalement, physiquement ou whatever, je jure que je vous traquerais. Et que je vous tuerais, même si c'est la dernière chose que je dois faire de ma vie. Je jure que je vous tuerais, sur l'âme de mon frère.


Enfin, il comprenait sa mère qui avait voulu entrer dans l'Opposition, malgré Gern, pour assurer la protection de sa famille. Cette décision qui avait été la cause d'une longue période de friction et de tension chez les O'Brian.

Les mots qu'il venait de prononcer auraient pu être risibles, l'écho d'un serment enfantin, n'eut été son air farouche, n'eut été l'accent de vérité qui faisait vibrer chaque syllabe.. Cet air-là coupait court à toute tentative de plaisanterie, à toute moquerie, à tout scepticisme. Il n'avait jamais été aussi sérieux de toute sa vie. Un rapide signe de tête conclut sa déclaration. C'était fini.

Il ignora vaillamment les battements violents de son coeur et rappela Toni à lui, jusqu'à ce que la moindre parcelle d'elle qu'il conservait en lui affleure jusqu'à la périphérie de sa peau, l'envahisse complètement.
Dans un geste dont la rapidité devait tout au Quidditch, il leva sa baguette en direction du corps de la Gryffondor, même si ce simple geste avait des allures d'hérésie.

*Expelliarmus.*

L'informulé envoya la plume s'écraser au fond de la salle.
Les quarante-huit heures commençaient. Maintenant.
Peut-être n'avait-il jamais été patient.
Jörgen franchit les deux pas qui le séparait d'elle comme s'ils n'avaient jamais existé. Il saisit son visage entre ses deux mains et plongea dans ses pupilles sombres.
Même si l'autre demeurait à la surface, pour l'instant, elle devait être là, quelque part. Il la regarda, longtemps, sans ciller, à s'en brûler les rétines, jusqu'à deviner un éclat qui était elle. Il ne sourit pas, ne cilla pas mieux, mais son regard se fit plus intense, si c'était possible.

- Toni...

Je ne supporterais pas de te perdre.
Je te demande pardon.
Je crève de peur.
Je t'aime.
L'Usurpateur ne connaissait pas le langage des trois petits points. Il n'était plus là pour longtemps.
Seule Toni serait à même de percevoir et de comprendre toute la tendresse dissimulée sous la violence de sa bouche qui s'emparait de la sienne, toute la douleur et toute la peur camouflée sous la tension de son corps qui s'écrasait contre le sien.
I love you.
I need you.
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Toni Scheffer
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MessageSujet: Re: Points de suspension   Lun 2 Aoû - 8:05

- Toni...

"Moi aussi, Jörgen, de tout mon coeur... ne t'en veux pas. Tout est de ma faute. Mais je n'arriverai pas à vivre quoi que ce soit sans toi."

Par curiosité ou par méchanceté, quand il a reconnu les avants signes de ce qui allait inexorablement se passer, Bruno est resté cramponné à Toni. Même s'il ne comprenait toutes les nuances qui se cachaient derrière ce prénom murmuré et au bout duquel planaient trois points de suspension, le parasite a reconnu les pupilles qui se dilatent, la respiration qui se serre, les joues légèrement rosées par l'afflux sanguin qui monte d'un coup, le corps qui remporte sa guerre contre l'esprit. Tout cela animé par le désir d'accéder au plus profond de lui... non. D'elle. Il comprit en une fraction de secondes que Jörgen allait embrasser Toni. Mais il resta.

Les lèvres chaudes se sont refermées sur les siennes. Toni, dont il ne restait plus qu'une voix lointaine à l'intérieur de son propre corps, un esprit avec un amas de pensées et de souvenirs, s'est mise à lutter de toutes forces pour repousser l'envahisseur et revenir prendre sa place. "Il est à moi, a-t-elle crié pour l'assourdir. Lâche-le ! Ce baiser est le mien !"

Si elle avait eu des mains, elle se serait frappée de rage pour le blesser, l'empêcher de voler ce qui lui était destiné. Elle s'est débattu et a hurlé si sauvagement que lorsqu'elle un frisson a parcouru son corps, elle n'était plus certaine de savoir si ce frisson lui appartenait ou s'il était un effet de son imagination, comme un souvenir sensoriel qui venait prendre la place de la sensation réelle. Son hystérie l'empêchait de se rendre compte qu'elle avait gagné. Bruno avait été bouté en dehors d'elle. Il y a eu comme un feu qui a subitement embrasé ses joues, son visage, sa bouche. Elle a reconnu la douceur agressive de la langue de Jörgen qui franchissait la barrière de ses lèvres que Bruno avait tenté de garder fermées. Elle a regagné ses sens petit à petit, s'étendant à l'autre bout de ses doigts et de ses orteils pour profiter de la décharge électrique que le baiser provoquait. Elle avait tellement besoin de ce baiser. Son corps tout entier, plus que son esprit, avait réussi à rejeter le parasite pour le confiner au second plan. Ce corps qui connaissait Jörgen et qui ne pouvait résister à l'appel. Le corps avait ordonné à l'esprit de Toni de reprendre les commandes pour compléter, comme il en avait besoin, la sensation unique que lui procurait chaque caresse de l'étudiant. Il ordonnait. Il régnait en maître sous tout ce qu'elle était. Il commandait à Toni de reprendre possession de ce qu'elle était pour parfaire l'échange sensuel. Et, corps et esprit, se sont rejoints.

Lentement, Toni a pu actionner sa main pour venir la glisser sur les côtes de Jörgen. Elle a glissé jusqu'à son aisselle et a contourné l'épaule pour venir s'accrocher à sa nuque. La seconde main, qui était restée ballante jusqu'ici, serra sa taille et sa hanche contre elle. Elle voulait ressentir tout Jörgen contre elle. Dans sa tête, Bruno s'est rétracté dans un feulement de dégoût. Il a enroulé sur eux-mêmes les grands anneaux de fumée caractéristiques de sa présence dans l'esprit de Toni et n'est devenu qu'un point migraineux. Après une dernière décharge électrique qu'il a envoyée dans tout le réseau neuronal de la Gryffondor pour lui faire ses adieux, il a disparu complètement. Jörgen et Toni étaient seuls.

Bruno n'avait pas répondu aux pétitions de Jörgen. Elles allaient de soi puisqu'elles étaient les conditions du marché. Lui ne voyait pas les choses sous cet angle mais, de manière générale, il aurait hoché la tête pour donner son assentiment. Toni le savait. D'une façon étrange qui l'avait d'abord répugnée, Toni s'était rendu compte que, lors de courtes interstices, elle pouvait accéder à la mémoire et aux pensées de Bruno de la même façon qu'il avait pu accéder à tout son être. Ca s'était passé une première fois au moment du coup de plume et seconde fois au moment du baiser. A chaque fois qu'une émotion ou qu'une sensation plus forte que les autres avait submergée Toni. Il était alors trop préoccupé par la façon dont il allait transférer la douleur dans sa main et par l'obsession de lui interdire l'accès au plaisir du baiser pour prêter attention à la "fuite" dont il faisait lui-même l'objet.

Toni se rappela de ses deux instants où elle avait plongé derrière le voile opaque de la mémoire de Bruno et arrêta soudain le baiser. Elle regarda les pupilles colorées de l'étudiant. Beaucoup de choses se bousculaient dans sa tête. Un peu dans le désordre à cause de la liesse anarchique d'avoir recouvré l'intégralité de son corps et de ses mécanismes.

Elle voulait dire "Tu ne vas pas accepter !" Ca sonnait comme un ordre et comme une peur. Elle voulait dire "J'ai vu ses pensées, sa vie, Jörgen !" Elle voulait lui expliquer combien elle était désolée. Elle voulait lui dire qu'elle l'aimait. Elle voulait lui raconter sa répugnance d'avoir été confinée si loin de lui dans la prison de son propre corps. Elle pensait déjà un plan pour s'en sortir indemnes. Elle voulait d'ores et déjà trouver une alternative à cette mélasse et qu'ils se mettent sur le pied de guerre pour contrer Bruno. Elle voulait faire l'amour, éperdument. Elle voulait appeler sa mère et lui dire qu'elle s'en allait très loin, avec Jörgen. Qu'elle voulait se marier avec lui et qu'elle ne pouvait plus rester à Londres ou à Poudlard. "Il y a ce type, Bruno. Maman, je dois partir..." Elle s'imaginait lui expliquer. Elle ne pourrait jamais partir sans donner une explication à ses parents. "Oh ? Mais qu'est-ce que je raconte. Me marier ?" Ses pensées allaient dans tous les sens et elle ne savait par laquelle commencer. Elle plaqua sa joue contre celle de Jörgen et lassa ses doigts aux siens :

- Jörgen...

C'était le meilleur début. Il contenait son espoir, sa volonté de se battre pour se sortir de cette histoire, sa désolation, ses excuses, sa peur de le voir accepter les conditions de Bruno, son amour, sa fierté pour lui, d'être à lui, d'être celle qu'il avait choisi un jour alors qu'il avait le choix entre elle ou Sakura. Il y avait beaucoup de choses dans ces trois petits points alors elle laissa planer un long silence sans quitter la chaleur de sa joue contre la sienne. Elle lui laissait le temps d'intégrer les nuances de son prénom.

Elle s'écarta légèrement et sembla chercher quelque chose du regard. Au sol. Elle trouva. C'était le pendentif brisé. Elle alla le ramasser. Elle serra les débris dans le creux de sa main. Il faudra qu'elle trouve un autre cadeau pour Ellsworth. Elle se releva et vint s'asseoir en face de Jörgen en lui tendant les restes du collier. Etait-ce le symbole involontaire de la fin d'un danger, Chaud ? Ou du début d'un malheur, Froid ? Le collier n'existait plus. Il n'y avait plus d'appréhension à attendre. La situation paraissait inéluctable pourtant Toni y entrevoyait de bons côtés - mais certainement pas celui où Jörgen devenait un meurtrier à la solde de Bruno, ou devrait-elle dire...

- Antarès... Bruno est Antarès.

Elle l'avait murmuré. Est-ce que Bruno pouvait les entendre ? Elle écouta le silence. Elle n'avait même pas fait attention au sens même de ses paroles. Elle écoutait en elle-même si le parasite allait subitement revenir. Puis, comme il n'y avait aucun signe de lui, elle se rendit compte de la valeur de l'information. Un frisson la traversa. Elle compulsa rapidement toutes images qu'il lui avait ouvertes à son insu puis écarquilla les yeux. Sous le choc, elle se laissa couler sur la chaise en regardant dans le vide.

- Jörgen, dit-elle soudain avec précipitation, quand il était dans mon corps, il avait accès à tous mes souvenirs mais moi aussi j'ai eu accès aux siens au moment où...
Elle se rappela de sa main estropiée. Le corps était étrange. Jusqu'à maintenant, depuis qu'elle avait réintégré son corps, elle avait oublié la blessure qui n'était devenu qu'un battement sur sa peau. Mais à présent qu'elle se souvenait qu'elle avait été blessée, la douleur se fit de nouveau plus vive. Déchirante. Elle grimaça.

- Merde, s'interrompit-elle en regardant la perforation sur le dos de sa main. Epais sur le revers, avec des stries de sang foncé et séché qui dégoulinaient, et à peine aussi gros qu'un grain de beauté dans la paume. Elle avait mis du sang partout sur Jörgen en l'embrassant et en le caressant. C'était assez gore. Ils ne pouvaient pas traverser les couloirs dans cet état. Ou alors, il faudrait courir. Un récurvite n'aurait jamais raison de la profondeur de l'incrustation du sang dans leurs vêtements. Merde... On est dégueulasse, répéta-t-elle.

- J'ai vu Bruno changer de visage, racontait-elle à Jörgen en essayant de revoir toutes les brides d'images dont elle avait été assaillie furtivement. Il a prit les traits d'un jeune homme, très beau, drôlement vêtu, en noir, avec une épée ou un glaive immense, avec des yeux gris (Toni ne savait qu'elle décrivait L'Ombre. La seule fois où elle aurait pu le voir, c'était le jour du Combat Blanc... mais voilà qu'elle était sous le corps de Gern qui saignait sur son visage et dans ses yeux.) Je l'ai vu voler le Calice et j'ai ressenti son malaise de se retrouver dans Poudlard bien que cela ne soit qu'à travers mon corps. Il a peur de cet endroit. Il... c'est... Antarès. Il... a pensé au Calice au moment où il a planté la plume dans ma main.... parce que... il a volé le Calice à une femme très jeune, ça devait être la Rose (Toni, pas encore étudiante, n'avait jamais eu l'opportunité de rencontrer la divinité ou de la contempler de ses propres yeux.) Il lui a ceint les mains en y enfonçant un bâton en fer, aussi long qu'une aiguille à tricoter mais un peu plus épais et pointu à l'extrémité. Il a planté l'aiguille à travers ses deux mains comme il m'a enfoncé la plume. La Rose a cru être face à quelqu'un d'autre. Quelqu'un en qui elle avait confiance... c'est au moment où elle a tendu les mains vers ce visage familier qu'Antarès lui a enfoncé la longue aiguille... elle a été surprise... elle a regardé dans ses yeux, son regard demandait "pourquoi ?", elle n'avait jamais été aussi blessée, la blessure n'était pas seulement physique, elle était profonde dans son coeur... mais elle a dévisagé l'homme en face d'elle, elle a fouillé ses yeux, puis elle a sourit comme soulagée. Elle a compris qu'elle n'était pas face à la personne qu'elle pensait. Comme elle avait mal, ses yeux ont changé de couleur, ils sont devenus... roses... comme les cheveux de Sakura. Et... une lumière a brillé dans son ventre, sous ses vêtements. Elle s'est tordue de douleur... son corps s'est courbé en arrière, un demi-cercle tout petit tant elle est menue... Antarès s'est reculé. Il avait peur. La lumière sous les vêtements était dorée et puissante, elle l'a aveuglé. La Rose pleurait et criait le prénom de L'Ombre dans une langue que je ne connais pas. Umbrès... Umbrès... La lumière a soudain formé un tube au dessus du corps en demi-cercle qui s'est mis à flotter sur le dos et une coupe en or est sortie de son ventre, flottant à l'intérieur du tube de lumière qui scintillait jusqu'à un haut plafond voûté... Son corps s'est élevé dans les airs. Antarès a saisi la coupe et la lumière a cessé. Le corps est retombé lourdement sur le sol... il l'a regardé avec indifférence... il brûlait de peur et d'extase d'avoir entre les mains... Le Calice. Les mains de La Rose étaient toujours liées par l'aiguille de fer. Elles saignaient abondamment... mais il l'a laissé sur le sol en s'enfuyant... il a mis le Calice sous son vêtements et il a changé d'apparence... il a pris l'apparence... d'une petite avec une longue robe de sorcier au blason de Poufsouffle. Il s'est mis à courir... Ma main... Ca lui a rappelé ce souvenir.

Toni releva le visage vers Jörgen :

- Non, Jörgen ! S'écria Toni en s'extirpant des images des souvenirs de Bruno. C'est trop dangereux maintenant. On ne peut accepter son marché, qui sait ce qu'il te fera faire ? Un meurtre ? Franchement ? Non. Tu n'es pas un assassin, tu es pur. Arrrrg !

Elle ne supportait pas d'être coincée dans l'étau dans lequel ils se trouvaient. Au moins, pour une fois, Jörgen connaissait tous les tenants et les aboutissants. Elle n'avait plus à cacher la vérité. C'était horrible de se sentir soulagée malgré la situation. Elle l'avait mis dans un sacré pétrin. Elle eut honte mais oublia très vite. Il y avait plus important.

- A quoi tu penses ? Que fait-on ? On ne peut pas garder ça pour nous, c'est trop important !


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Jörgen O'Brian
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MessageSujet: Re: Points de suspension   Mer 4 Aoû - 19:16

Les reins éteints plus efficacement que par une douche froide, Jörgen garda le silence pendant un moment. Le silence était un ami, un allié. Il muselait les mots quand ils faisaient mal. Il laissait le temps au corps de s'apaiser, à l'âme de retrouver sa place et au coeur de se sentir battre. Il faisait place nette pour les émotions, donnait le temps de les assimiler, de les digérer.

Ce silence-là avait des odeurs d'essence de Murlap. Un petit flacon sortit de son sac (à Clover, on apprenait à se prémunir contre les petits accidents quotidiens; avec les Toni, on mettait en pratique les conseils précieux récoltés en cours) se vidait goutte-à-goutte sur la main de la Gryffondor, tandis que d'un geste précis et lent, Jörgen faisait pénétrer le liquide dans son épiderme. Ses pensées vagabondaient librement tandis que son moi conscient se concentrait sur sa tâche. Il ne voyait que la peau de Toni qui désenflait de soulagement, qui perdait sa rougeur agressive et agressée. Elle était son garde-fou contre la folie, plus que Thémis ne l'avait jamais été. Penser à elle plutôt qu'à lui seul était le moyen de se défaire de la rage, émotion égoïste et qui ne tolérait rien d'autre en sa présence. Il n'osait même pas songer à comment, elle, voyait les choses. Que pouvait-on ressentir en découvrant que son Soumetteur, celui qui faisait irruption dans ses pensées et dans sa vie comme de rien était celui qui cherchait à asservir l'humanité. Ca devait être trop grand et trop lourd pour être vraiment cerné.

Et lui? Jusqu'où serait-il capable d'aller pour qu'il ne lui arrive rien... rien de plus? Que serait-il prêt à sacrifier juste pour la voir comme avant, insouciante et heureuse? Ne plus lire sur son visage le dégoût, la peur ou la colère.

- Toni...

C'était toujours tellement plus simple dans sa tête, quand il n'avait pas besoin de trouver les mots qui décriraient au mieux ce qui le traversait, quand tout était là d'un coup, les révélations, les idées, les envies et les désirs. Ca n'était pas des choses compartimentées mais au contraire, une cohabitation grandiose où tout s'entrelaçait, où tout découlait du reste.
On ne pouvait jamais rendre tout ça avec le langage. C'était toujours une chose, ou une autre. Un quelque chose qui devait se faire plus petit, moins signifiant pour rentrer dans une case, et qui, en même temps, perdait de son sens, se dénaturait.
Dans sa société idéale, les images et les émotions couleraient de l'un à l'autre et ça serait tellement plus... Oui, il savait. Ca s'appelait la légilimancie. Presque. Et il fallait pratiquer.

- Toni, si c'est vraiment... Antarès..

Comment est-ce qu'il avait fait pour ne pas voir? Pour ne pas deviner?
Non content d'étendre son empire sur le monde sorcier et moldu, il allait jusqu'à annexer la femme qu'il aimait et il n'avait rien vu.
C'était tellement énorme et tellement...
Il serra le poing, celui-là qui avait recueilli les fragments du pendentif. Ellsworth allait le tuer.

- Tu l'as entendu? Si on s'avise de mettre seulement quelqu'un au courant... Je sais qu'il ne parlait pas de ça mais je suis sûr que la nuance ne lui est pas importante. Si on parle, à mes frères, Alexandre ou aux parents... On aurait deux jours pour... On pourrait mettre Croze et Jean à l'abri mais on ne pourra pas cacher tout ma famille avec un sort de Fidelitas.

* Je sais même pas le faire. *

- C'est... impossible.
De toute façon, on a vu par le passé que ça n'était pas fiable.


Il fixait Toni intensément. A son image se superposait celle de Rosà. Pendant son récit du Combat Blanc, en essayant de refouler les souvenirs personnels de ce jour funeste, il n'avait pu s'empêcher de prêter les traits de la Gryffondor à la Dyade. Et il ne devinait que trop bien ce que pourrait lui faire l'Usurpateur, Antarès, si jamais il apprenait que... Quand bien même ils réussiraient à mettre les Scheffer et les O'Brian à l'abri, ainsi que ceux qui leur étaient cher, ce qui était en soi une douce utopie, il savait où trouver Toni et lui, Jörgen n'était pas de taille à... ne supporterait pas que...

- Il faut qu'on accepte. On a pas le choix. Il faut lui dire que je serais un de ses Opposants. Il faut qu'il te libère.

C'était sa priorité absolue.
Il s'était toujours su égoïste.
Le monde pourrait bien attendre un peu, il pourrait trouver d'autres héros. Le monde se fichait bien de leur situation à eux.
Il savait que c'était des pensées de lâche, aussi. Il n'était pas de ceux qui levait la tête, bravait la tempête et acceptait le sacrifice de leur vie pour le bien général.

- Il faut qu'il te libère. On saura bien assez tôt ce qu'il attendra de moi. Je pourrais le faire si tu es avec moi. Mais... mais ne part avec lui.

Il s'assit sur une table qui avait connu des jours meilleurs. Un élève, des décennies plus tôt, y avait gravé 'Là où on s'aime, il ne fait jamais nuit'. Il attira Toni à lui, sur lui. Prenant son visage entre ses mains.

- Je t'en prie, Toni. Ca, je ne le supporterais pas. Te savoir là-bas, avec lui, chez lui. Avec sa fille.

Sa fille...
Son cerveau lui donna soudain l'impression de tourner à deux cents à l'heure. Ses yeux se perdirent dans le vague avant de sa fixer à nouveau sur la jeune fille, une excitation soudaine, proche de la folie, au fond du regard.

- Sa fille... Sa fille. Tu... tu aurais vu quelque chose à propos d'elle?

Il répugnait à lui demander de repenser à quoi que ce soit ayant trait à l'autre. Mais tant qu'ils ne s'en seraient pas débarrassés, d'une façon ou d'une autre, il continuerait à les hanter et à s'immiscer dans leur quotidien.
A l'évidence, il fallait être fou pour penser ce à quoi il pensait. Mais...

- Il faut trouver de qui il s'agit. Imagine... Tu as senti comment il parlait d'elle? Il faut qu'on la trouve et ce sera...

Quoi?
Leur monnaie d'échange? Leur otage? Leur moyen de le faire chanter?

- On pourrait gagner au moins un peu de temps. On aurait le temps de réfléchir. Mais en attendant, il faut lui laisser croire que... qu'on est condamnés à ses choix. Et ensuite, on trouverait sa fille. Elle pourrait, elle pourrait...

Peut-être que oui, il était fou. Qu'il avait laissé sa raison en même temps que son enfance, derrière lui. Il y avait du désespoir dans sa voix, mais aussi une détermination incroyable. Il y avait une solution. Il fallait qu'il y en ait une.

Sous son crâne, des rouages se mettaient en place.
Ils pourraient être libres.
Libres.


- Toni...

Celui-là était juste une transition vers une autre case. Un "écoute-moi", un "regarde-moi".

- Avant de décider quoi que ce soit, avant de faire quoi que ce soit... Je me demandais... Je voulais savoir...

Il n'aurait pas pu choisir pire moment.
Il lui aurait suffi d'un peu d'insouciance pour transformer l'amorce de sa phrase en quelque chose de terriblement banal. Quelque chose qui ressemblerait à un "tu ne veux pas rentrer?". Prendre une douche, se poser, enlever les vêtements tâchés de sang, les brûler pour oublier. Ses comparses de Clover jaseraient à les voir attifés ainsi. Ils penseraient qu'ils s'étaient peut-être enfin disputés, comme un couple normal. Qu'ils avaient échangé quelques sortilèges. Que ce foutu Declan pourrait enfin tenter sa chance. Que Jörgen lui mettrait son poing dans la figure, quoi qu'il en soit.
Il lui aurait suffi de manquer d'un peu de courage. Mais il avait été assez lâche.
D'un ton léger et détaché qui contredisait la concentration de ses traits, il termina sa phrase:

- Tu aimerais t'appeler Toni O'Brian?

A prononcer, les deux mots associés manquèrent lui couper le souffle. Quelque chose lui obstruaient la gorge.
Toni O'Brian, il trouvait ça simple. Beau. Évident.
Il aurait dû attendre.
Il aurait dû faire ça dans les formes.
Il aurait dû choisir un moment où ils n'étaient pas à moitié couvert de sang, l'esprit obnubilé par des problèmes supposément autrement plus importants.
Mais il était égoïste.
Il avait besoin de savoir que quoi qu'il choisisse, quoi qu'ils choisissent, quoi que l'avenir leur réserve... elle serait toujours là. Plus que jamais, il avait besoin d'elle. Besoin de lui faire savoir qu'elle était tout pour elle. Que toute cette histoire, Bruno, Antarès, l'Opposition, les menaces, les peurs, les jalousies, les petites haines ordinaires n'étaient rien. Qu'elle aurait eu beau être la Soumise de la moitié des tyrans de la Terre, qu'elle aurait beau l'adjoindre aux pires folies, qu'elle aurait beau l'entraîner dans quelque chose qui le dépassait et qui lui faisait perdre pied, elle serait toujours sa Toni, le feu qui l'animait et qui l'aidait à avancer. Et qu'elle le soit aux yeux de tous.
Ca le taraudait depuis ce fameux week-end. Les mots étaient restés coincés dans sa gorge, paresseux. Depuis bien plus longtemps, en fait.
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Toni Scheffer
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MessageSujet: Re: Points de suspension   Dim 15 Aoû - 17:53

- O'B... O'Brian... Moi ?

Elle se mit à pleurer. Les sanglots avaient explosés sans prévenir.
Elle s’écroula sur lui.
Sa voix était tapissée par tant d’eau et de hoquets. Elle avait oublié de savoir respirer dans l’ordre... inspiration, expiration. Il lui fut impossible de délivrer une réponse.

Elle mit plus de trente minutes à pouvoir se calmer. A la fin de ces trente minutes, elle réalisa qu’elle était blottie contre Jörgen, que dehors, il faisait nuit noire et qu’ils étaient assis sur le sol de la salle de classe. Elle avait froid. Elle avait sommeil. La dernière fois qu’elle avait eu les idées claires, il lui semblait qu’ils étaient assis l’un sur l’autre sur une chaise et qu'elle aurait pu avaler un lion tout cru.

Maintenant, elle n’avait plus de force. Secouée et ébranlée, comme une terre après un tsunami, elle avait terminé de vidanger toute la tension qui était prisonnière en elle depuis trop longtemps. Elle n’avait jamais imaginé qu’elle put en renfermer autant.

Elle n’était pas certaine d’avoir bien utilisé le temps qu’elle avait pris pour réfléchir correctement au bouleversement que la demande avait occasionné. Mais elle avait un semblant d’impression qu’elle prit le risque de formuler au fur et à mesure que les mots se présentaient dans sa bouche.

Sa tête restait enfouie dans l’épaule de Jörgen, elle s’accrocha un peu plus à lui et un filet de voix survint:

- Plus que tout au monde... mais pas comme ça. Pas parce que nous avons peur de ce qui va arriver ou pour se prouver quelque chose. Je veux être Toni O’Brian dans un monde où je me marie à celui que j’aime parce que rien d’autre que moi ne l’aura décidé. Pas la peur, pas la haine, pas l’incertitude. Toi et moi, c’est la seule certitude que j’ai et je n’ai pas besoin de m’appeler Toni O’Brian pour t’aimer de tout mon cœur, t’appartenir au-delà de moi-même et sans aucune limite. Je veux que tu me reposes la question quand nous serons libres. Parce qu’ainsi, nous le ferons pour de bonnes raisons, sans l’ombre d’un doute. Il n’y a aucune façon dont je puisse être un jour la femme de quelqu’un d’autre que toi. Mais je ne veux pas t'épouser dans la détresse. Je t’aime plus fort que deux fois "oui" et on ne nous forcera pas la main pour prouver l’infinité de cet attachement.

Puce Puce Puce


Ils ne reparlèrent plus de mariage cependant la demande déguisée avait provoqué en Toni un changement au plus heureux. Elle se sentait mariée à lui même sans l'anneau qui allait avec les "oui". Parfois, elle le regardait en coin et souriait avec malice en repensant à cet instant. Alors, elle rayonnait. Ses yeux brillaient bizarrement. Elle avait envie d'en discuter mais se retenait: "Alors, c'est vrai ? C'est moi qu'il veut épouser..." Elle ponctuait ses pensées d'un baiser qui tombait comme un poil de demiguise dans la soupe, surprenant parfois Jörgen au beau milieu d'une activité quelconque qu'elle venait interrompre sans gêne.

Ils mirent à profit ces dix journées qui les séparaient du 28 juin pour essayer de résoudre le dilemme infligé par Antarès. Ils avaient échafaudé un plan qui, pour l’instant, avait un début, un but mais pas de fin. En réalité, il s’agissait d’avantage d’une ligne de conduite qu’ils s’étaient imposés plutôt que de quelque chose qui ressemblait à un plan quelconque.

Cela consistait à accepter l’accord en favorisant l’option un, celle qui faisait de Jörgen un meurtrier et de Toni sa Soumise, en attendant d’en savoir plus au sujet de la fille d’Antarès. What a choice ! Mais Toni avait été contrainte d’accepter cette décision parce que le visage de Jörgen, sa voix, son corps, ce jour où Bruno les avait laissé dans la salle d’examen avec des milliers de pensées dans la tête, le Clover lui avait soudainement inspiré plus d’effroi que cent Antarès. Elle ne savait par quelle folie Jörgen serait touché si elle cédait à la deuxième solution. Aller vivre avec le parasite pour sauver Jörgen. Surprendre les traits angéliques de son visage se contracter à la moindre évocation de cette possibilité la sciait en deux. Elle s’était représenté plusieurs hypothèses sur la façon dont Jörgen vivrait cette deuxième solution. Quoi qu’elle imagine, aucune ne s’écartaient de beaucoup d’un dénouement tragique ou violent où l’un et l’autre souffriraient. Jörgen avait raison sur un point : souffrir, on s’en foutait, on avait même un peu d’entraînement en la matière, ce n’était pas grave du moment qu’ils étaient ensemble pour panser leurs blessures. C’était idiot mais rassurant.

Maintenant qu’ils étaient tous les deux pleinement conscients de tous les enjeux, le but était de protéger leur famille respective. Ils avaient dix jours pour trouver un point faible à Antarès. L’affaire était complètement utopique. Ils le savaient. Comment résoudre en dix jours un problème qui étreignait l’humanité toute entière depuis quatre ans ? Mais quand on a dix-sept ans, on veut bien croire que tout est possible, l’on n’est pas encore assez abîmé par la vie pour baisser les bras face à l’adversité... même si ces deux là avaient déjà beaucoup souffert des ingratitudes du destin.

La question qui les remuait était « Pourquoi aucun journal n'avait jamais fait mention de l'existence de cette fille ? »
Les GMC pullulaient de biographies et d’articles au sujet d’Antarès. On avait parlé de sa filiation avec Juge Lara Impartial mais jamais il avait été fait mention de sa paternité. Etait-ce une blague ? Non content d’être un dangereux sociopathe, fallait-il qu’il ajoute à la liste de ses défauts la mythomanie ?

Après sept jours que Jörgen et Toni avaient en grande majorité passés dans leurs familles respectives puisque c’était la fin de l’année, Toni avait écrit une lettre à Jörgen pour lui revenir sur le deuxième souvenir qu’elle avait volé dans la tête d’Antarès. Avec le temps et l’expérience, Toni avait réalisé que les moments où elle était certaine de ne pas avoir Bruno sur le dos étaient ceux qui succédaient directement à l’une de ses interventions. Il venait lui rendre visite dans sa tête, discutait avec elle sans imaginer qu’elle fut au courant de sa véritable identité, et s’en allait comme il l’avait toujours fait. Il la pressait de donner son verdict, la faisait douter avec sadisme sur les implications qu’entraînaient l’un ou l’autre des choix, pire encore, les conséquences d’un non choix ou d’une bévue de leur part. Puis il s’en allait. Dès qu’il partait, Toni écrivait à Jörgen ou pensait à cette histoire de fille cachée. Ils partageaient leurs théories à ce sujet.

« ...
Quand tu t’es approché pour m’embrasser, mon cœur battait frénétiquement. C’était étrange. C’était mon cœur qui battait mais c’était ses émotions à lui qui le serraient. Et à l’intérieur de lui, très loin, il y avait ma rage que ce cœur qui ne m’appartenait plus, batte d’envie pour un baiser auquel il ne voulait pas me laisser accéder. J’ai toujours pensé qu’il était jaloux de notre relation et que c’était la raison pour laquelle il ne nous laissait pas en paix... mais après ce que j’ai vu, j’ai mieux compris. C'est le sentiment amoureux en lui-même qui le blesse.

Il y avait le visage d’une femme. Elle avait la peau lait au chocolat. Elle lui souriait et le regardait avec amour. Moi, j’étais dans la peau de Bruno... il avait le cœur qui battait à cent l’heure parce que le visage de la femme s’approchait du sien. Elle allait l’embrasser et il n’avait jamais été embrassé auparavant. Il a murmuré son prénom : "Esadora." C’est la femme qu’il t’a demandé d’assassiner. Le souvenir a disparu d’un coup parce que je me battais bec et ongles pour le faire sortir de moi, je voulais te rejoindre, Jörgen. J’ai eu peur qu’il reste moi pour toujours.

La femme l’a appelé "Bruno", et tout ce que j’ai pu entrevoir de leur bref échange ressemble à ça:
- Esadora...
- Bruno... on dirait que tu trembles.
- Je n’ai jamais...
- Je t’apprendrai. (Elle a rit doucement en l’embrassant. Elle avait un accent américain, je crois) Difficile de croire qu’un génie militaire comme toi puisse être aussi impressionnable. On dirait que tu n’as jamais touché une femme.
- Jamais. Et on ne m’a jamais touché non plus.
- Alors prends ces baisers. Un baiser est ce qu’il y a de plus intime à partager entre deux personnes... pour le "reste", le corps est instinctif mais le baiser est à la frontière parfaite entre la raison et l’instinct, la nécessité de donner et de recevoir, un échange parfait qui n’appartient qu’à la bouche qu’on va embrasser et à l’âme qui sera embrassée...

Bruno a battu en retraire à la fin de ce souvenir.

J’ai pensé à quelque chose d’autre concernant cette Esadora et la raison pour laquelle il voudrait l’éliminer. Penses-tu qu’elle pourrait être la mère de sa fille ? Elle aurait pu s’enfuir et ne pas supporter qu’il soit le grand méchant mondial ? Il pourrait avoir envie de se venger d’elle parce qu’elle a fui avec sa fille ? J’extrapole beaucoup mais j’ai remué ça dans tous les sens et j’ai essayé de faire un lien avec ce que je savais de lui.

Je ne vois pas en quoi ça pourra nous aider à faire pression sur lui de lui révéler ça. Je crains plutôt que ça le mette en rogne. On doit faire attention avec ces informations. J’ai la sensation que Bruno – excuse-moi, je n’arrive pas à l’appeler autrement – a des motivations beaucoup plus sensibles que je ne l’aurais imaginé... Je sais que c’est stupide d’essayer de vouloir mettre de l’humanité dans un type qui nous pourri littéralement la vie mais... enfin, j’espère que tu comprends ce que je veux dire.

On en reparle quand on se voit ?
Je suis pressée qu’on ait ces deux journées rien qu’à nous. On se fera une pause méninge ? Pour de vrai ?

... »


Quelque chose clochait pour Toni. Elle avait beau savoir que Bruno était Antarès, d’une part, elle ne parvenait pas à le nommer Antarès. Pour elle, il avait toujours été Bruno. Elle le connaissait sous un jour différent et elle avait la vanité de croire que peu de personnes savaient ce qu’elle savait de lui. Pendant que Croze et Jean bronzaient à côté d’elle, elle passait des heures allongée sur la plage de Brighton à faire semblant de lire pour se passer tranquillement en revue toutes les discussions qu’ils avaient eus ensemble.

Comment cet homme parfois si mélancolique et ingénu pouvait être l’ennemi public numéro un ? Et même... Bruno paraissait avoir si peu d’expérience dans les relations humaines que l’imaginer à séduire une femme avec laquelle il pût enfanter relevait du roman de science-fiction. Elle n’était plus certaine que ce souvenir où elle l’avait vu dans les bras nus de celle qu’il leur demandait d’assassiner fut un vrai souvenir ou une pensée montée de toute pièce.
D’autre part, elle ne parvenait toujours pas à avoir peur de lui, à exécrer sa soumission au Diable en personne. Parce qu’il n’était pas le diable à ses yeux – voici toute une partie de ses réflexion qu’elle ne partagerait pas avec Jörgen de peur de le blesser. La situation était inexorable, il était vrai, Bruno avait démontré de son don particulier pour le chantage, la division et le sadisme mais il restait... tellement humain. Avec ses défauts et ses qualités. Elle lui connaissait des qualités. Ils avaient déjà ri ensemble, repensa-t-elle. Et, à cette époque, Bruno ne s’était pas encore fait de Jörgen une idée fixe à éliminer (ou, visiblement, à rallier). Il passait souvent par la menace pour toute dissuasion, mais il l’utilisait par défaut, comme s’il ne savait pas, comme s’il n’avait jamais appris d’autres manières de réagir. Pourtant, il avait essayé avec elle lorsqu’elle lui en avait fait le reproche.

- Bruno ! Mais tu n’as pas besoin de m’électriser à chaque fois que je dis non !
- Ce n’est pas toi qui dis non cette fois, c’est moi ! Mais pourquoi tu persistes à me contredire quand tu sais que ça me mettra en colère et que je te blesserai ?
- Ben, j’ai jamais été une grande docile... si tu connaissais ma mère, avait-elle gloussé, s’il existait un diplôme de Résistance aux forces absurdes du mal, je crois que j’aurais les honneurs. Elle reste ma mère et toi le parasite qui crèche dans ma tête mais, il n’y a pas de grande différence. Je suis sûre d’une chose : pour elle, comme pour toi, si vous me martyrisiez dans le seul but de me tuer, ça serait déjà fait. Elle, elle le fait par amour parce qu’elle n’a pas d’autre manière de montrer qu’elle m’aime et qu’elle s’inquiète pour moi. Elle a peur de me perdre... je soupçonne aussi qu’elle agit parfois par pur sadisme (nouveau rire). Et toi, tu agis comme ça, parce que... je ne sais pas... j’ai la sensation que tu n’as pas d’autres moyens d’expression... le plus compliqué est de découvrir ce que tu cherches réellement à m’exprimer...

Bruno s’était raidi face à l’audace de Toni en l’entendant rire alors qu’il venait de lui infliger souffrance. Elle l’avait senti vibrer dans son esprit. Pendant un long moment, il n’y a avait eu que du silence dans sa tête mais elle savait qu’il était encore là. Il réfléchissait.

- Bruno... ?
- C’est plus fort que moi. Ca me met en rage que tu t’opposes à moi. C’est comme si tu me... repoussais. Oui, ça me fait enrager parce que, si je te laisse faire, j’ai peur, un jour, de ne plus parvenir à te dire non dans les moments où ça sera vraiment primordial. Tu gagnerais de l’importance et je n’ai pas envie que ton avis ait de l’importance dans mes choix.
- Tu ne veux pas t’attacher ? Tu fuis ce que tu ressens...
- Je ne ressens plus rien depuis longtemps qu’un profond dégoût pour tout.
- Je n’ai jamais eu l’impression de te dégoûter. Si c’était vrai, même avoir une adolescente entêtée pour soumise ne t’amuserais pas. Il y a forcément une raison pour laquelle tu suis Antarès.

Il y avait eu un nouveau silence.

- Je le suis parce que je suis comme lui: je ne crois que le monde est imparfait et qu’il a besoin d’être remanié. Cela passe par une phase de combats mais après, dans le futur, on aura dilué toutes les imperfections du genre humain pour n’en préserver le meilleur. Une initiation stricte, c’est vrai, mais il faut penser au long terme.
- Je ne suis pas d’accord ! On n’a pas le droit de forcer les gens à agir comme des robots, tous de la même façon, sous prétexte que ça va rendre les choses soi-disant plus faciles. Ce qui nous met à part, ce qui nous rend différent de beaucoup de races animales, c’est que nous avons le choix de faire le bien ou le mal. Il appartient à chacun de faire ce choix, quotidiennement, à petite ou à grande échelle, mais on ne peut pas imposer ça ! On peut montrer aux gens la meilleure façon de faire ces choix, créer des terrains privilégiés... mais si tu menaces ou frappes pour imposer tes décisions, comment sais-tu que tes propres choix seront les bons, les meilleurs ? Qu’elle différence cela fait-il entre un bon choix et un mauvais choix si on n’a pas le droit de rétorquer ? La critique et la remise en question servent précisément à améliorer nos prises de décisions. Si quelqu’un prend ces décisions à notre place, alors on finit par ne plus savoir ce qui est bien et ce qui mal, ce qu’on veut ou ce qu’on ne veut pas... on nous vole notre liberté de nous tromper... mais aussi d’avoir raison. Tu pourras me donner des migraines autant que tu voudras pour m’interdire de m’opposer à toi, mon corps t’obéira mais ma tête est à moi.
- Tu es sotte.
- Ca, je le sais déjà, avait-elle ri et Bruno avait joint son rire au sien.
- Il est trop tard pour tous ces bons conseils mais je les entends, Toni.
- Oh ! Avant de partir ! Dis-moi si tu as changé d’avis ?
- Non. Je t’ai entendu mais je n’ai pas changé d’avis. C’est mon choix et pour une raison qui te dépasse pour l’instant, je pense que c’est le meilleur choix. Tu es toujours obligée de porter ton bracelet, je ne veux pas que tu aies le tatouage. Il est indélébile.
- Oui mais il est transparent la majorité du temps.
- Laisse-moi agir comme ta mère. Cette fois, si je te dis non, c’est pour ton bien. Pas par esprit de contradiction. Ceux qui portent le tatouage sont imprégnés pour toujours. Même si j’ai entendu qu’on savait les retirer chez la Résistance... un bracelet, ce n’est rien... un jour, je te promets que tu ne porteras plus ce bracelet. Antarès finira par gagner. Tu as raison, d’ailleurs... il faudra qu’il laisse le choix aux gens de le suivre ou non. Je vais y songer...
- Bon, bon, cesse tes mystères. Je garderai ce bracelet mais quand je suis avec Jörgen et qu’on fait l’am...

Elle avait senti un frétillement dans ses tempes. Ce qu'elle s'apprêter à dire était déplacer. Elle le réalisa à temps. Là était la limite à ne pas dépasser dans leurs confidences.

- Je garderai le bracelet, s’était-elle résignée.

Antarès avait appliqué le conseil fortuit mais de la façon la plus inique qu’on aurait pu imaginer. Il y eut le référendum trois jours après que Bruno ait fait part de son marché. Toni se doutait qu’il y aurait une astuce ; même s’il libérait les Soumis, elle flairait que l’Angleterre et les pays alliés à la Résistance ne jouiraient jamais complètement du traitement faveur. Les gens avaient été naïfs en votant « oui ».

- Qu’as-tu voté ? lui demanda-t-il par amusement alors qu’elle rentrait de chez Alexandre pour rejoindre ses parents à dîner.
- J’ai voté non pardi ! Tu ne penses quand même pas que je vais accepter ces malversations sous prétexte qu’il terrorise tout le monde ou que je suis ta Soumise. Antarès est un capricieux, si je l’avais face à moi je lui ferais la morale même si ce sont les dernières paroles que je dois proférer. C’est quoi ces manières ? Il fait les mêmes chantages que toi mais à grande échelle, ça ne m’étonne pas que vous vous entendiez si bien tous les deux.

Les remarques de Toni étaient hardies mais savoir qu’elle discutait désormais directement avec Antarès, sans que ce dernier n’en ait conscience, ravivait sa témérité.

"Autant faire passer mes messages instantanément..."


Puce Puce Puce


La Gryffondor avait reçu les résultats de ses ASPIC. Elle avait obtenu trois O et en fut la première surprise. DCFM, sortilèges et enchantements et métamorphose. Pour les trois plus mauvaises notes, elle avait obtenu un T en botanique, en Quidditch et en divination... Le reste était partagé entre des E (Histoire de la magie, SACM,...) et des A (potions, arithmancie,...). Heureusement que Jörgen parait à ses imperfections. En outre, elle avait lamentablement échoué à son permis de transplanage.

- C’est de ta faute, dit-elle de mauvaise foi à Jörgen quand ils se revirent la veille du 28 juin. Tu as encouragé ma paresse. Puisque qu’un jour je vais me marier avec un Clover qui deviendra sans doute le plus grand médicomage de tous les temps, à quoi bon me fatiguer avec les herbes et les chaudrons ? Tu as toujours un truc dans les poches pour me soigner !

Pour illustrer son assertion, elle lui tendit le dos de sa main où la perforation que la plume avait laissé n’était plus qu’une minuscule cicatrice circulaire, comme un gros grain de beauté blanc.

- J’aime que ça soit toi qui me soignes.

Ils avaient prévenu leur famille qu’ils souhaitaient passer le mois de juillet ensemble. Dans les faits, ils s’apprêtaient à accepter les termes de Bruno tout en continuant de fouiller la piste Esadora/fille d’Antarès. Plus loin ils seraient de leur famille, mieux ça serait. Il leur faudrait trouver cette Esadora... est-ce que Jörgen la tuerait vraiment ? Toni ne lui avait jamais posé la question. Elle s’était obligé à ne pas y penser. Mais elle s’était jurée une chose : « Il ne commettra pas de crime dont je ne serais la complice. » s’ils se faisaient attraper et juger, ça serait ensemble. Hors de question de lui laisser faire le sale boulot... hors de question aussi de la tuer de leurs propres mains. Elle y veillerait. Jörgen ne serait jamais un meurtrier.
Qu’adviendrait-il s’ils faisaient de ce meurtre une tentative de meurtre et qu’ils se laissaient attraper ? Elle devrait parler de cette alternative à Jörgen.

Depuis qu’elle avait compris que Bruno répudiait cet endroit, Poudlard, il paraissait plus éclairé de privilégier ce lieu de rendez-vous pour ne pas risquer de le voir débarquer physiquement à tout moment.

Ils firent nuit blanche, attendant les premières heures de la matinée dans les bras l’un de l’autre. Ils avaient cessé de discuter aux alentours de 3 heures du matin. La main de Jörgen balayait infatigablement l’avant-bras et l’épaule de Toni qui s’était placée entre ses jambes, adossée à son torse, lui-même adossé à un oreiller reposé contre mur de la chambre. Elle écoutait sa respiration dans ses cheveux et caressait la paume de l’étudiant du bout de ses doigts d’un mouvement régulier. Elle y dessinait des figures aléatoires, des voyelles, parfois des mots entiers qui ne voulaient rien dire. Ils avaient épuisé tous les sujets de conversation conventionnels. Pour les plus informels, ils attendaient d’être débarrassés de Bruno.

Par les carreaux de la petite fenêtre devant eux, ils virent l’horizon au-delà des collines écossaises se napper de colories orangées. Dans son dos, Toni sentait les battements du cœur de Jörgen se renforcer et vrombir contre ses côtes. Elle lui serra la main mais resta adossée.

- Il arrive, murmura-t-elle. N’oublie pas que je t’aime.


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Jörgen O'Brian
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MessageSujet: Re: Points de suspension   Dim 5 Sep - 9:32

Dans ce dernier instant qui appartiendrait bientôt à leur ancienne vie, Jörgen porta la main de Toni à ses lèvres et effleura doucement la base de son annulaire.
Il la repoussa ensuite à peine moins doucement que prévu. Ils avaient déjà sacrifié trop de leur intimité à l'usurpateur.
Enfila une chemise, moins par pudeur que pour se donner le sentiment de se préparer à son affrontement.
Se mit debout, face à Toni, poings rentrés au fond des poches. Tout se terminerait et tout commencerait sous peu. Il s'agissait de ne pas faire la moindre erreur de jugement, la moindre erreur tout court. Bannir les lapsus, les tics, tout ce qui pourrait les trahir à ses yeux. Il n'avait jamais été comédien. Autant piocher dans ses souvenirs d'enfance quand il s'agissait de faire une blague à sa mère. Même alors, James était le plus doué pour ce genre d'exercice.

Ils avaient répété quoi dire, comment le dire. Tout se passerait bien.

Déjà, quelque chose en Toni se transformait. Se froissait. S'hybridait.
Le Clover reconnut cet air avant même que Bruno ne parle. Il avait abandonné, dans l'ensemble, les "usurpateurs" et autres "belliqueux" mais n'arrivait pas à poser le nom d'Antarès sur la chose. Il lui semblait que s'il commençait à utiliser ce patronyme, il ne pourrait plus s'arrêter et c'était la gaffe assurée. Pourtant, il était presque persuadé que Bruno en serait... non, pas amusé. Mais qu'il trouverait là un nouveau moyen de faire pression, de les faire chanter, ou pire. L'imagination de ce type était sans limite, et n'avait d'égale, sans doute, que sa perversité. Leur offrit une telle alternative, alors, que, deux jours plus tard, il proposait au monde la libération des Soumis pour peu que le monde opine gentiment du chef à ses désirs. Lâchement, Jörgen avait voté "oui". Peut-être par naïveté. Ou peut-être simplement parce que quelque chose lui disait qu'un oui ou un non ne changerait pas grand chose à leur situation. Bruno ne lâcherait sans doute pas si facilement l'opportunité qui lui était offerte. Au final, si le "oui" l'emportait, c'était peut-être leur "tâche" qui s'en trouverait facilitée. Pas que le... le meurtre... il n'arrivait qu'à grand peine à s'avouer le mot dans un coin de sa conscience alors le mettre en pratique... plus tard... il verrait plus tard... le meurtre ne s'en trouverait pas pour autant devenu banalité mais les recherches et la traque, sous couvert de libre-circulation... Peut-être que, finalement, il avait voté "oui", tout simplement parce qu'un oui ou un non ne changerait pas la façon dont son univers se heurtait aux parois du monde.
Bruno était là, il le devinait aux confins des prunelles de Toni. Il se maîtrisa du mieux qu'il put, confina sa rage et son mépris bien au fond, de façon à ne pas les laisser interférer, et fixa son regard à celui de l'intrus. Il y devinait encore la Gryffondor et cette cohabitation était peut-être encore plus troublante que ne l'avait été l'invasion de la dernière fois.

* Cette fois-ci, c'est vraiment la dernière. *

Jörgen, je suis ravi de vous retrouver.

Tout le plaisir était pour lui. Le jeune homme afficha un sourire contrit qui masquait comme il le pouvait ce que lui inspirait une telle entrée en matière.

- Il me semble que vous me devez une réponse.

Oui. Ils devaient.
A son échelle infinitésimale, Jörgen lui offrit une petite dose de frustration en laissant s'éterniser son silence. L'anticipation, certes, habilement dissimulée, qui perçait dans son ton méritait bien un petit délai. Le Clover le soupçonnait de connaître très exactement la teneur de sa réponse et de se jouer d'eux à peine plus longtemps, tant qu'il le pouvait encore. C'était la base de sa propre interprétation, sans doute parce que, si les situations avaient été inversées, c'est ainsi que lui aurait agi. Ca n'était jamais une bonne idée de jouer à l'empathie dans ce genre de vis-à-vis. Surtout le genre en question était le pire tyran depuis Voldemort et était en passe, à sa façon, de dépasser le maître.
Il fit donc mine d'hésiter, de chercher ses mots, avant de le fixer à nouveau, par le biais de Toni.

- Nous acceptons votre proposition.

Ici et maintenant.

- Je serais un Opposant d'Antarès et Toni sera ma... ma...

Rien à faire, ça ne sortirait pas.
Elle ne serait plus sa Soumise à lui et c'était tout ce qui comptait.

- Il faudra trouver une autre nounou pour votre fille.

Inspiration personnelle.
Si seulement ces quelques mots pouvaient provoquer chez Bruno une image, un indice, un quoi que ce soit que Toni soit à même de capter et qu'ils puissent à leur tour utiliser contre lui. Tous les coups étaient permis pour se défaire du joug qu'il leur imposait. Même si l'idée de l'esprit de la jeune fille étroitement mêlé à celui du maître Opposant suscitait chez lui un malaise qu'il s'efforçait d'envoyer aux oubliettes.
Il se permit une vague moue qui pouvait dire tout et son contraire et qui était supposée faire glisser sa petite pique comme de rien.

- Vous avez fait le bon choix.

Sans blague.
Comme si l'alternative était un choix en soi...
Quelque chose se transforma dans le visage de Toni. Un contentement maîtrisé, sans qu'il sache si la retenue venait de la jeune femme qui gardait un contrôle sur ses gestes et expressions ou de Bruno qui refusait de laisser ses véritables intentions et émotions remonter à la surface. Le ton était plus détendu, pourtant, quand il reprit la parole.

- Vous savez... L'Opposition ce n'est pas seulement quatre ans de batailles, c'est quatre ans de bataille pour une nouvelle façon de vivre. Certes, certains choix peuvent paraître extrêmes mais c'est pour servir l'évolution.

Blablabla.
Est-ce qu'il était supposé prendre un air convaincu? Non. Il se contenta d'écouter, certain que, quelles que soient les circonstances, pourvu qu'elles aient été autres, il n'aurait jamais rallié l'Opposition. La Résistance non plus, à dire vrai.

- [...] L'Histoire est faite de batailles et de conquêtes.

C'était plus ou moins de la paraphrase de son discours du 21 juin.

- Bien. Il ne nous reste plus qu'une petite formalité.
- Libérez d'abord Toni.
- C'est que...
- Je ne serais un Opposant que lorsque Toni ne sera plus votre Soumise. C'était le marché.

Si, jusqu'ici, Jörgen lui avait donné l'impression d'être quelqu'un de docile, qui oscillait de la tête et marquait son approbation en silence, il était maintenant têtu et ne démordrait pas. Que les choses soient bien claires, il n'acceptait le package deal que pour cette seule et unique raison. Il en avait passé des nuits blanches à tourner le problème dans tous les sens et la solution avait fini par lui apparaître. Elle n'était pas de lui, elle était alambiquée et promettait de belles prises de tête. Mais il pourrait vivre avec cette option. Savoir Toni libérée de ce joug devrait lui suffire. Lui suffirait. Le reste, il pouvait toujours composer avec.
Bras croisé, mine obstinée, il attendit, fixant Toni, et, au-delà, Bruno. Il tiendrait, ne lâcherait pas.
L'autre finit par céder, ou peut-être cela n'avait-il aucune importance pour lui, ce déroulement des événements pour peu qu'ils en arrivent à la conclusion qu'il leur avait choisi.
Des lèvres de Toni s'éleva une litanie dans une langue qui était inconnue à l'Irlandais. Il essaya d'en capter des mots, d'en saisir le sens. Peine perdue.
Enfin, après un temps qui lui paraissait interminable, à laisser vagabonder son imagination, à imaginer des options impossibles, à craindre le pire, à prendre conscience de son manque total de contrôle sur la situation, la voix s'éteignit. C'était fait. Lui ne sentait aucune différence.
Il fit deux pas, s'agenouilla devant Toni. Le bracelet était toujours là. Le prenant à deux mains, il le rompit. Entre ses doigts, le bijou paraissait avoir perdu tout son sens. Ca n'était plus qu'une petite chose brisée, sans but et sans espoir, sans sens. Il lui paraissait tellement étrange qu'une vie puisse être régie par un objet aussi ridiculement petit et fragile. Aussi... dérisoire. Dérisoire. Il le laissant choir au sol, comme Bruno avait détruit le médaillon de Ellsworth. Ce faisant, il avait caressé l'espoir fou, l'espace d'un millième de secondes, d'avoir détruit le lien qui unissait le parasite à sa Toni. Mais à l'évidence, le bracelet n'était pas une antenne. Oui, pendant l'espace d'un millième de secondes, il avait croisé le regard de Toni. Elle lui avait paru tellement elle, avec un quelque chose au fond des yeux, au bord des lèvres, qui était tellement elle. Seulement elle. Entièrement elle. L'impression, fugace, s'était enfuie aussi vite qu'elle était venue. Il était encore là, en périphérie. Un an de soumission devait laisser ses traces. Il ne saurait jamais quelle expression il avait affiché à ce moment précis mais Toni en avait un moment repoussé l'intrus au loin, pour lever une main vers lui et lui effleurer le visage du bout des doigts. Un "ça va aller, regarde". Elle avait toujours été plus forte que lui.

Il rappela sa présence par un petit raclement tout à fait hors de propos.

- Bien. Ceci état fait... c'est votre tour, Jörgen. La marque.

La... Marque?
Il avait dû oublier une étape dans comment devenir un parfait petit Opposant. Il ne suffisait donc pas de se vendre?

- La marque d'Antarès. Son scorpion.

Il fallait donc afficher au grand jour ses couleurs? Un engagement à l'encre indélébile. Opposant ad vitam eternam. Marqué comme un pion.
Jörgen pâlit. Ne dit rien.
Se faire tatouer en direct live en signe d'allégeance. Génial.
Enfin:

- Toni...

*Dis-moi. Choisis. Décide.*

Du regard, il mit Bruno au défi de refuser, Toni d'accepter et lui-même de ne pas se rétracter avant qu'il ne soit trop tard.
L'éclair qui transforma le visage de la Gryffondor était définitivement schefferien, une subtile composition de regret, de mea culpa, d'amour et de fierté. Cette même main qui avait quitté sa joue se suspendit de nouveau en l'air, hésitante, tandis que leurs yeux devenaient un melting pot émotionnel. Ses doigts dégringolèrent son ventre, s'arrêtèrent à la frontière de son jean, glissèrent encore un peu, déviant vers sa gauche à elle pour s'appliquer sur l'aine.

- Nous sommes prêts.

Ou peut-être pas.
On ne pouvait jamais réellement se préparer à la douleur, quand bien même celle-ci fut fugace. Un fer rouge appliqué et aussitôt retiré. La brûlure irradia autour de l'épicentre pour se diffuser dans tout son corps, perdant de son intensité en gagnant les extrémités. Après, la sensation demeura, comme si le centre de la douleur était devenu sourd mais que les sens, eux, se souvenaient. Puis, tout reflua. Plus rien, pas même un tiraillement. Ca n'était pas si terrible, finalement, songea Jörgen en redressant fièrement les épaules. Ca n'était rien comparé au reste. Face à lui... Toni et Bruno, prisonniers d'un même corps. Il n'aurait jamais pensé qu'un visage, qu'un corps puisse être à ce point en contradiction avec lui-même, un mélange de douleur, de rancune tournée vers soi-même, d'auto-glorification et de satisfaction.
Ignorant le tout du mieux qu'il put tellement le spectacle était dérangeant, il envoya sa main gauche enquêter dans une de ses poches. Il était temps d'en finir. Le plus difficile étant devant lui. Il aurait tout donné, tout, ou presque, pour ne pas avoir à accomplir cela, quand, au fond de lui, quelque chose était impatient de le faire. Il tira de la poche de son jean un petit sachet de velours. En son sein, reposait un nouveau bracelet, en argent, parsemé de breloques. Une petite pierre de lune, un Shamrock, une croix Ankh, un petit dragon. Ses mains effleurèrent la cheville de Toni, doucement, demandant pardon pour l'offense à venir. Après un temps, la petite chaîne en argent finit par se refermer sur elle-même, tandis que Jörgen répétait les paroles de Bruno. C'était un chant à trois, macabre et funeste.
C'était fait.
Une crampe au coeur.

- Je sais de source sûre qu'Esadora Carter sera dans l'état de Washington à partir du 1er juillet. Elle devrait y rester une quinzaine de jours. Pour vous permettre d'accomplir cette première mission, jeune Jörgen O'Brian, je vais faire quelque chose que je permets rarement - mais je place beaucoup d'espoir dans notre petite association -, je vais vous nommer directement Dschubba et selon l'efficacité dont vous ferez preuve, suite à cette première collaboration, je vous ferai Shaula. Vous apprendrez les grades et je serai particulièrement honoré d'être votre alpha. Cela vous ouvrira quelques portes dans les RUOs et vous serez votre propre chef. On vous donnera les moyens de réussir dans votre mission. Je me réserve le droit de punir tout manquement, toute trahison et tout laxisme en prenant purement et simplement la vie de votre Soumise au moindre écart. Sommes-nous d'accord ?

*Parce que j'ai le choix?*

Jörgen n'était pas sûr d'avoir compris l'essentiel de ce court monologue, pas plus qu'il n'était sûr d'aimer ce qu'Antarès faisait glisser dans la voix de Toni. Pourtant, il hocha la tête, en signe d'approbation. Parce que la fin de son discours aurait suffi à le convaincre d'accéder à n'importe laquelle de ses requêtes.

- Bien.

Il y en avait au moins un pour se réjouir. Il était à parier que jamais, ils ne parviendraient à être satisfaits de concert. C'en était presque à espérer.

- Un dernier détail, cependant, avant de vous quitter. Il va sans dire que vous avez un certain délai pour effectuer cette mission. Votre ultimatum est le 31 août. Passée cette date... Mais vous réussirez, j'en suis certain.

Deux mois pour devenir des assassins. Une éternité. Une seconde.
Une fois de plus, le Clover se contenta de hocher la tête, ses lèvres scellées devant l'impossible.
L'intrus s'exprima encore brièvement. Puis le silence. Pesant. Immense. Enfin.
La voix de Toni comme un filet.

- Il est parti.

Parti.
Un sourire léger comme un apaisement.

- Tu as peur?
- Non. Et toi?
- Non plus.


Génial. Ils crevaient de peur tous les deux.
L'éclat du bracelet qui ornait à présent la cheville de Toni lui brûla les yeux. Sur son visage, quelque chose se brisa. Sa coquille d'assurance se fêla et sa main tremblait quand il voulut toucher Toni. Ce fut qui la porta jusqu'à sa joue. Elle encore qui l'attira contre elle.


¤ Hide - Only T. ¤



Faire l'amour avec elle avait été inévitable. Une nécessité. Tout aussi inévitable était le besoin de s'envoler loin de Poudlard. Le château dormait encore quand ils s'esquivèrent, quelques affaires pour tout bagage. Une fois l'enceinte de l'école franchie, il arrima Toni à lui et ils disparurent dans un tourbillon.
Le soleil se leva sur une étendue verte qui s'étendait jusqu'à l'horizon, parsemée de quelques arbres. Un petit bout d'Irlande qui ignorait jusqu'à l'existence du mot "guerre". Un peu plus loin, sur leur droite, sous le couvert de quelques hêtres, une petite maison en pierre se dressait, couverte de lierre et usée par le temps. Un cairn se dessinait près de l'entrée. Jörgen désigna l'ensemble du doigt et Toni l'entraîna dans cette direction, toute curiosité dehors. Les gonds de la porte en bois grincèrent légèrement, ce qui ajoutait du charme à l'endroit. L'intérieur de la bâtisse était la preuve qu'il ne fallait pas se fier aux apparences. La magie avait été mise à l'oeuvre dans cette pièce unique, c'était d'une évidence rare. L'endroit était spacieux et d'une propreté qui résistait au passage du temps. Une odeur familière, venue de loin, assaillit Jörgen à le faire sourire. Ils ne restèrent que le temps de laisser leur maigre bagage échoir sur le lit qui faisait l'angle. Pour le reste, ils auraient du temps plus tard. Quarante-huit longues heures que le transplanage avait à peine grignoté.
Sa main dans la sienne, Jörgen traîna Toni dehors en expliquant rapidement:

- Je venais ici quand j'étais gosse. Mon cousin Seamus nous embarquait tous les trois, avec James et Jupiter, pour passer une après-midi ou quelques jours.

C'était peut-être les souvenirs les plus heureux de son enfance, loin de sa famille envahissante et de l'agitation sans fin de l'auberge. Le calme et le silence avaient toujours été ses compagnons de jeu préférés. Et ici, mieux qu'ailleurs, le silence confinait au sacré.
Seamus, de dix ans leur aîné, avait toujours été son cousin favori, celui auquel il s'identifiait et auquel il songeait quand il se retrouvait face à un dilemme (*Voyons... que ferait Seamus?*). Seamus, toujours là pour eux, pour lui, même, peut-être un peu plus. Seamus qui était aujourd'hui marin au service de la Résistance. Sous couvert de convois de marchandises banales, il faisait transiter informations et clandestins sur les quatre océans du globe. Ce serait lui, peut-être même encore plus que sa propre mère, qu'il serait le plus difficile de décevoir, quand les masques tomberaient. Mais ce serait l'affaire d'un autre lieu, d'un autre temps. Ici, on oubliait les bracelets et les tatouages, les Brunos et les Esadora Carter. Ne restaient plus que le vent, le vert à en devenir daltonien et... les cheveux sauvages.

- Pas cap' d'en attraper un avant moi!

C'était tricher que proposer un tel marché. Il avait des journées d'enfance en guise d'entraînement, Seamus comme le meilleur des entraîneurs et ses clones comme...
Mouais. Peut-être finalement était-il aussi prétentieux que James. Alors que les chevaux détalaient à son approche, il crut deviner la silhouette de Toni sur l'une des créatures. La silhouette s'envola soudain pour disparaître dans l'herbe, faisant courir Jörgen comme un dératé, avec, au coeur de la poitrine, une drôle de pensée passagère. Peut-être serait-il meilleur de mourir maintenant, alors qu'ils étaient libres, un peu, et purs, pas beaucoup plus. Peut-être que souffrir maintenant, pas longtemps, juste le temps de l'inévitable, était moins pire que d'accepter d'être le témoin de ce que l'avenir leur réserverait. L'écho d'un fou-rire effaça jusqu'au souvenir de cette réflexion. Il courut jusqu'à elle, peut-être même encore plus vite et lui tendit une main qu'elle saisit, pour le tirer à elle.
Leurs vêtements étaient verts quand ils se relevèrent et un des chevaux étaient restés pour les observer d'un air ébahi. Ils profitèrent de l'occasion, et sans que leur nouvelle monture ne sache vraiment comment ni pourquoi (sans doute ne connaissait-elle ni la magie, ni les sorciers), ils se retrouvèrent à galoper sur le dos de la créature, un peu folle, un peu ivre. Toni serrée contre lui, Jörgen songea que, finalement, le bonheur devait ressembler à ça. A un soleil qui brillait sur une prairie, avec du rien tout autour.
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