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 Funambules

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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Funambules   Mar 27 Juil 2010 - 19:51

"La Résistance ferme boutique, comme chaque été. Il y aura même une super-tombola-de-la-mort-qui-tue pour fêter les congés annuels. Perso, j'espère gagner le voyage sur la lune. Je suis sûre que le Quidditch, là-bas, c'est trooooooooooooop génial.'

31 janvier 2012 - 04:07 p.m.: Mélusine Mouna Maëwen Myrzam McEwan se dit que cette pensée aurait mieux fait de rester muette, mais, qu'à défaut, elle peut passer pour une tentative d'humour.
31 janvier 2012 - 04:08 p.m.: M. McEwan reçoit le silence comme une énième preuve que son humour déplacé ne fait rire qu'elle. Tant pis. Allanah n'aura sans doute pas osé répliquer. Quant à Zarãn, il n'aura problement pas compris la moitié de mots qu'elle a employé. Autant pour la postérité.
31 janvier 2012 - 04:12 p.m. : Après quelques salutations d'usage et "on reste en contact" habituels, Zarãn-au-nom-inconnu, Allanah Raines et Mélusine McEwan s'en retournent chacun de leur côté s'occuper de leur vie.

Février à avril 2012 : R.A.S. Mélusine a eu quelques contacts "arboricoles-maternels", tantôt avec Allanah, tantôt avec Zarãn. Quelques vagues soupçons qui ne seront confirmés que plus tard.
Février à avril, c'est aussi d'autres missions, plus ou moins réussies, plus ou moins déprimantes. Deux cadavres, quelques vies sauvées, quelques duels et un nouveau sortilège à son répertoire. Même topo pour le mois de mai.

8 avril 2012 : Mélusine convainc sa jeune cousine, Morgane McEwan, de rjeoindre les rangs de la Résistance. Emreis, qui, en plus d'être rêveur et têtu (ça, c'est bien), est également anti-violent et anti-militariste (ça, c'est moins bien), préfère continuer sa petite vie tranquille tandis que tout le monde se fait trucider autour de lui. Pour vivre heureux, vivons idiot.
21 avril 2012 : L'Ecossaise entretient son jardin-mémorial. Palpitant.

3 mai 2012 : Soupçons confirmés. Infirmés. Enrichis. Bref. Un peu plus qu'une bête hallucination mais un peu moins qu'une preuve. Mélusine est persuadée d'avoir "senti" quelqu'un d'autre lors d'une "conversation" avec Zarãn. Elle se promet d'en parler avec Lanah dès que l'occasion se présentera. L'occasion ne se présentera pas.
30 mai 2012 : Sur un coup de tête mûrement réfléchi, Mélusine donne rendez-vous à Allanah. La rencontre est fixée derrière la Cabane Hurlante, à 15h32 très précises.
2 juin 2012 : Elle rencontrerait l'homme-poisson. Mais ça, elle ne le savait pas encore.

Fin de la petite fiche chronologique.



30 mai 2012 - 15h30, donc:
Elles ne s'étaient jamais revues depuis leur expédition en Islande, jamais en chair et en os. Ca aurait été inutile et stupide. Elles n'étaient pas exactement ce qu'on pourrait appeler des amies et les liens qu'elles avaient tissés demandaient de rester secret. Elles évitaient donc de s'afficher et communiquaient par arbres-mères interposés. Parfois, elles lui faisaient l'effet d'un vieux couple illégitime.
La sagesse et la prudence n'avaient jamais été son fort, et, pourtant... elle avait tenu bon. Mais comme pour toute chose dont on se prive à grands coups de volonté, le grand come-back et l'acceptation s'accopagnent d'une grande vague émotionnelle. La curiosité, l'envie, une sorte d'impatience très particulière, en même temps qu'un soupçon d'elle-ne-savait quoi, mais qui ressemblait à de l'appréhension. C'était toujours une sorte d'épreuve que d'affronter le regard de quelqu'un qui ne vous a pas vu depuis un certain laps de temps, parce que ce regard est aigu, direct, aussi curieux que le votre, et surtout parce qu'il va noter immédiatement ce qui fait de vous un être différent de la dernière fois.
Malgré tout, Mélusine affichait un large sourire. A côté de tout le reste, le petit saut en Afrique qui s'annonçait avait presque des airs de vacances.

Une fois Allanah arrivée, elles n'échangèrent pas un mot, à peine un bref regard et esquissèrent le geste convenu prouvant que c'était bien elle. Mélusine sortit une chaussette blanche de son sac tandis que l'Opposante dessinait une croix avec ses deux index.


'Ok. C'est parti!'

Tout avait été fixé à l'avance.
Mélusine n'avait pas de quoi se payer un transplanage d'escorte. Ni l'argent, ni l'envie, ni la fierté. Sans compter que moins elles laisseraient de traces officielles de leurs rencontres et de leurs déplacements, plus leur petite affaire gagnerait en espérance de vie. Allanah et elle aussi, par la même occasion.
Petit détail dont elle ne voulait pas trop se soucier et qu'elle refusait de partager avec l'étudiante: sur une aussi longue distance, la précision de l'arrivée était de l'ordre de l'à peu près. Mélusine se fiait:
1. aux images et impressions ressenties par le biais de l'Arbre-Mère;
2. aux indications de Zarãn, lors de leurs "rencontres" les fois suivantes;
3. aux infos récoltées via GMC et, notamment, une page "GiggleEarth", dotée d'un sortilège de navigation complexe.

Résultat?
Quand les deux jeunes femmes apparurent dans un tourbillon, elles ignoraient absolument où elles se trouvaient.


"Euh... oui, eh bien... accessoirement, on dirait qu'on est bien en Afrique."

Elle offrit à sa comparse son plus beau sourire innocent.

"Non, sans blague, je suis sûre qu'on est pas loin. Je reconnais... euh, ça, là-bas!"

Un arbre immense dont la cime semblait vouloir frôler le ciel. Elle était sûre de l'avoir vu dans une de ses "visions" de l'univers de Zarãn. Elles n'étaient donc pas si loin. L'inconvénient? Oh, rien dut tout! Une toute petite forêt sympathique à traverser, remplie de bébêtes hostiles et de plantes venimeuses.

'Ou bien tu as trop d'imagination.'

Ou bien, oui.

"Hem, c'est par là...! Tu veux que je passes devant?"

A ce moment-même, et bien qu'Allanah l'aurait haïe pour cette pensée, l'étudiante lui paraissait une petite chose fragile, prête à se laisser dévorer par la première bébête en mal de dîner.


Spoiler:
 




« When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up.
I wrote down ‘happy’.
They told me I didn’t understand the assignment,
And I told them they didn’t understand life. »
John Lennon


Dernière édition par Mélusine McEwan le Sam 23 Oct 2010 - 22:05, édité 2 fois
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Allanah Raines
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MessageSujet: Re: Funambules   Sam 9 Oct 2010 - 22:18

Plus Mélusine s'enfonçait dans ses exclamations enjouées pour cacher qu'elles étaient peut-être perdues au milieu d'un nulle part qui n'était pas l'endroit où elles auraient normalement dû se rendre, plus Allanah secouait la tête, se retenant à grand peine de lever les yeux au ciel très bleu de l'Afrique. Mais finalement égale à elle-même, elle la laissait se perdre en paroles inutiles, d'abord parce que même si elles étaient effectivement perdues, l'Opposante n'allait pas lui taper sur les doigts et ensuite, parce que tant qu'elles ne l'auraient pas vérifié, aucune d'elles ne pourraient savoir si Mélusine avait totalement et irrémédiablement foiré le transplanage.

Quand enfin sa comparse fit part d'une question intelligente, la jeune fille refusa :


« Je passe devant. Si il y a un quelconque danger auquel faire face dans cette forêt, je suis certainement celle qui aura le plus de chance de trouver une solution. »

C’était après tout elle qui faisait des études poussées en botanique, pas Mélusine et pour une fois que ces études allaient servir à quelque chose, Allanah refusait que quelqu’un d’autre se mette en avant. Poudlard, Clover Spring, la magie… Tout cela avait enfin une utilité, elle ne voulait pas gâcher cette première simplement parce que Mélusine se sentait le devoir de la protéger ou elle ne savait encore quelle idée idiote de ce genre. Le Quidditch à Mélusine, les forêts pour elle.

Ainsi décidée, Allanah signala le top départ d’un dernier regard et pénétra dans l’épaisseur étouffante d’une forêt africaine. Pour cette excursion en milieu tropical, l’étudiante avait choisis les vêtements appropriés, heureusement. On ne partait pas en trek africain sans quelques précautions et préparations auparavant. De bonnes chaussures de marche, des vêtements pratiques, légers, confortables mais longs, et le plus important, une bonne lotion répulsive achetée dans un véritable supermarché moldu, tout aussi efficace qu’un sortilège. Elle ressemblait ainsi à une exploratrice, le gros sac de voyage sur le dos en moins. Ne manquait plus que la bouteille d’eau pour éviter de se déshydrater et quelques barres de céréales bourrées de sucre.

Un lumos leur permettrait de voir un peu mieux où elles mettaient les pieds et à voix basse, Allanah demanda à Mélusine de pourvoir leur marche en lumière. L’air était saturé d’humidité, il faisait chaud et lourd, la respiration était plus difficile, mais bizarrement, l’Opposante se sentait comme un poisson dans l’eau. Elle ne s’était jamais retrouvée dans cette position, mais elle avait l’impression diffuse qu’elle s’y était préparée toute sa vie. Sa perception affutée par l’environnement enregistrait tout ce qu’elle avait le temps de voir, de remarquer, de noter. Tout était calme, pour le moment, mais l’endroit grouillait de vie. Une vie souterraine qui ne se dévoilait que si on était attentif et silencieux, à l’affut du moindre bruit pouvant indiquer le lieu où posait le regard. Raison pour laquelle Allanah avait parlé à Mélusine avec un maximum de précaution. Ce n’était certainement pas courant de s’enfoncer en pleine forêt tropicale à 18 ans, elle voulait en profiter pour parfaire par l’expérience ses connaissances en la matière. Sa seule tristesse était de ne pas pouvoir prendre réellement le temps d’étudier tout cela, de faire des prélèvements ou simplement de dessiner et garder une trace. Un journal précieux de cette expérience étourdissante.

De temps à autre, Allanah sortait de sa transe végétale pour s’enquérir de Mélusine. Elle n’était pas sûre que celle-ci vive la découverte de la même façon que l’Opposante :


« Tout va bien ? »

Elle décida finalement de passer aux choses sérieuses, laissant de côté l'irrépressible envie de poser ses mains sur tous les troncs d'arbre qu'elles croisaient. Il fallait trouver Zarãn et tous ceux comme lui qui paraissaient vivre ici, et qui étaient comme elle. Surement. Peut-être. Elle sortit de sous ses vêtements, autour de son cou, une fine chaine en argent et l'anneau qu'il soutenait. En bois-sorcier. Allanah espérait que la combinaison bois-sorcier et l'esprit de l'Arbre-Mère lui faciliterai les choses pour trouver Zarãn et jouerai le rôle de boussole à Protecteurs.

L'étudiante s'arrêta, pour éviter de tomber pendant qu'elle chercherait une trace mentale dans les environs. Elle ne tenait pas particulièrement à effrayer Mélusine, à qui elle expliqua la suite des événements :


« Je vais essayer de chercher Zarãn, grâce au bois-sorcier et à l'Arbre-Mère. Je n'ai jamais tenté ce genre de recherche auparavant -je pensais être la seule- et je ne sais pas si ça serait très concluant. Ça peut également prendre du temps, alors ne t'affole pas et n'hésite pas à me 'ramener' si ça dure trop à ton goût. »

Elle attendit une réponse avant de serrer fortement le bois-sorcier dans ses mains, fermant les yeux pour se concentrer. Elle laissa son esprit se détacher de l'instant présent, facilitant le contact avec l'Arbre-Mère, en Angleterre. Sa 'voix' et son chant emplirent chaque espace de la tête de l'ancienne Serdaigle. Une connexion s'établit, entre elle, le bois-sorcier et l'arbre, évacuant jusqu'à la plus infime trace de soucis chez elle. L'effet du bois magique était activé. Ses tracas étaient remplacés par des sentiments plus vivants, plus colorés, plus joyeux surtout. Cela venait de loin, de ce pays qu'elles avaient quitté pas si longtemps que cela.

Mais la Protectrice dépassa rapidement ce premier stade des retrouvailles. Au delà, des lignes se dessinèrent sous ses paupières closes, sinueuses et lumineuses, d'un vert tendre, épaisses à la base, puis de plus en plus fines à mesure qu'elles montaient. Les lignes de force de l'Arbre-Mère, le tronc et les branches couvertes des feuilles dorées caractéristiques. Signe qu'elle s'enfonçait un peu plus profondément dans la conscience étrange de l'arbre. Allanah n'avait jamais dépassé ce stade, parce qu'elle ne pensait pas qu'il y avait quelque chose au delà de cette limite presque intime. Mais aujourd'hui, elle savait qu'il y avait d'autres Arbre-Mères attachés à des êtres vivants comme elle et cela la poussa à forcer cette barrière invisible qu'elle avait dressé elle-même. Elle voulait voir par delà ces lignes, découvrir celles des autres pour savoir dans quelle direction Mélusine et elle devaient se diriger.

Affinant sa concentration, Allanah compta jusqu'à trois avant de chercher à 'avancer' pour dépasser ce qu'elle percevait actuellement. Elle relégua ses propres lignes à la lisière de son esprit et ne se retrouva ensuite que devant le noir, l'obscurité. Sans s'affoler, elle attendit pour voir si quelque chose allait changer dans cette vision. Elle attendit, patienta, sans se démonter, cajolant l'Arbre-Mère pour qu'il l'aide à passer outre cette difficulté inattendue. D'un point de vue strictement humain, l'arbre était jeune, un enfant encore et il grandissait en même temps qu'Allanah, malgré qu'elle ait quelques années d'avance sur lui et lui quelques mètres sur elle. Et comme n'importe quel enfant, quelques tendresses finissaient par venir à bout des résistances. Se dessinèrent alors d'autres lignes de force, de couleurs sensiblement différentes de la précédente et l'Opposante s'étonna de pouvoir les différencier malgré les infimes nuances.

Elle comprit vite que si ce n'était pas ce qu'elle cherchait, c'était déjà un bon début. Dans une telle forêt, si dense, tout était lié. N'importe quel arbre, arbuste, bout de bois faisaient parti du même tout et c'était cela que voyait désormais Allanah. Les teintes des lignes de force devaient chacune représenté une espèce différente, il lui suffisait alors de trouver la même couleur que celle de son Arbre-Mère pour découvrir la cachette de Zarãn et des siens. Un jeu d'enfant.

Après cela, tout s'enchaina très rapidement. Avec l'aide de l'arbre, Allanah put maitriser la technique et l'étendre à toutes les directions, en cercle dont le point central était son esprit. Il lui fallait se concentrer comme jamais et elle en paierait certainement le prix après (elle ne sentit même pas son corps s'affaisser, du côté de Mélusine), mais elle y parvint malgré tout, sans trop savoir comment elle s'y était prise. Elle tria les couleurs, repoussant celles qui ne l'intéressaient pas cette fois, jusqu'à percevoir la teinte de vert indéfiniment lié à ce qu'elle cherchait, à quelques kilomètres de leur point de chute, à Mélusine et elle. Non pas un, mais plusieurs fois le même coloris !

Le choc était grand pour la Protectrice en herbe et elle eut du mal à réprimer son excitation à cette idée. Il fallait qu'elle pense à faire demi-tour et à réintégrer la réalité, au risque d'inquiéter sans raison sa camarade. Allanah ne pourrait même pas dire combien de temps s'était écoulé. Alors à regret, elle tourna les 'talons' et refit le chemin en sens inverse, plus vite et plus facilement qu'à l'aller. Elle étreignit la chaleureuse présence dans son esprit et la quitta pour de bon, retrouvant une vision un peu plus normale des alentours.

Allanah ouvrit les yeux pour remarquer et sentir qu'elle était allongée. Elle tenta bien de parler, mais sa gorge était sèche et elle ne sortit aucun son à la première tentative. A la seconde...


« Boire, » croassa-t-elle, sans chercher à forcer sur ses cordes vocales.

Et elle avait faim, une faim de loup ! Mais cela viendrait après avoir bu. Allanah se redressa et pointa le doigt dans une direction, sûre de son fait :

« Là-bas, » réitéra-t-elle, espérant que Mélusine comprenne ce qu'elle voulait dire.
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Funambules   Sam 23 Oct 2010 - 23:33

Dès que l'étudiante avait montré des signes de faiblesse, Mélusine avait laissé tomber et sa baguette et sa batte. Elle ne se faisait pas encore assez confiance pour user de magie sur quelqu'un qui avait sa sympathie. Quant à sa batte, ma foi, elle ne lui voyait pas trop d'utilité dans le cas présent. On parlait bien de soigner le mal par le mal mais elle doutait qu'un bon coup sur la tête d'Allanah puisse améliorer de quelque façon que ce soit la situation. Or, elle détestait quand sa batte ne lui servait à rien. Cela lui donnait le sentiment d'être impuissante. Et l'impuissance avait la fâcheuse habitude de traîner derrière elle l'inactivité, qui, elle-même, tenait la main à la panique.

Elle avait détesté ça. Devoir attendre, sans rien dire, sans rien faire sinon zyeuter l'horizon pour prévenir du danger, pendant qu'Allanah se plongeait au cœur de l'Arbre-Mère. Elle savait très bien qu'elle n'avait pas la même affinité qu'elle dans se domaine. En quelque sorte, Mélusine était une visiteuse, avec une sensibilité vaguement supérieure à la moyenne qui lui permettait de percevoir l'essentiel mais sans en capter les nuances. Elle aurait été incapable de se lancer dans l'aventure comme sa compagne.
Elle avait détesté ça. Etre mise sur la touche par manque de capacités. Elle avait déjà perçu ça, la première fois où Zarãn s'était manifesté.
D'un point de vue extérieur, on avait juste l'impression qu'Allanah rentrait en prière, la main convulsivement serrée autour d'un petit gri-gri. L'image recelait d'une force troublante. Pour la première fois peut-être, Mélusine distingua la puissance dissimulée dans l'étudiante. C'était quelque chose de subtil et il suffisait de s'arrêter aux apparences pour passer à côté. Ca n'était ni quelque chose d'effrayant ni d'intimidant. Et elle parvenait tout juste à capter ce qui se passait sous ses yeux, à portée de main. Par le biais de sa propre boucle d'oreille en bois-sorcier, il lui semblait percevoir de vagues formes et couleurs qui ne signifiaient strictement rien quand on ne possédait pas la clef pour les déchiffrer. La jeune femme se contenta donc de laisser ses pensées s'évader. C'était la meilleure façon de passer le temps, elle qui n'était pas douée d'une concentration extraordinaire quand il s'agissait de domaines trop abstraits et impalpables. Son voyage intérieur était dicté tant par ces semblants de perception que par les odeurs, les images et la moiteur de l’endroit où elle se trouvait. Le chant d'un oiseau inconnu se mêlait à une senteur légèrement âcre qui reflua devant le parfum des bois exotiques, lui-même distrait par un raz-de-marée de moiteur la submergea soudain, de la même façon qu'en Ecosse un nuage pouvait vous envelopper d'une nappe de fraîcheur.
Le trajet du retour fut fulgurant. IL lui suffit de deviner Allanah qui tremblait dans le coin de son champ de vision. Qui tremblait et qui faiblissait. Elle la cueillit entre ses bras pour la déposer au sol.

Et maintenant, sa batte qui ne lui servait à rien...

Rapidement, Mélusine fouilla dans son sac pour trouver une gourde d'au fraîche. Pas sûre que Lanah apprécie son propre jus de citrouille.
Ca, c'était agir. Pas de l'action comme elle l'aimait mais elle trouvait son utilité dans le geste simple d'abreuver quelqu'un. Et, comme elle détestait qu'on prenne un air désolé et soucieux quand elle avait un moment de faiblesse...

'Ce qui, évidemment, est une chose extrêmement rare.'

... Mélusine s'efforça d'afficher le sourire le plus confiant et le plus serein qui soit, tandis qu'elle jetait un regard rapide dans la direction qu'avait pointée Allanah. Ok. Par là. Ca n'était pas si loin de la direction de son grand arbre à elle. A peine quelques degrés sur la gauche. Tous les chemins menaient donc quelques part.
A grand geste, elle extirpa de sa besace, barre de chocolat, fruits secs et autres gâteaux. Pour elles deux. Les grandes émotions, ça creusait.
Le petit break culinaire se déroula en silence, tandis qu'Allanah paraissait reprendre des forces et des couleurs. Qu'importe! S'il l'avait fallu, Mélusine l'aurait prise sur son dos jusqu'à ce qu'elles parviennent à destination. Se persuader qu'elles recevraient l'hospitalité des autochtone était peut-être un chouïa utopique mais elle avait toujours eu un don unique pour croire en ce qu'elle avait envie de croire, aussi éloigné de la réalité que cela puisse être.

Enfin, vaille que vaille, sa compagne sembla prête à reprendre la route. Mélusine dégagea le chemin à grands coups de baguette magique. Pas de panique! Elle aussi était contre la déforestation et toutes les atteintes à la biodiversité de la planète. Sans compter que Lanah l'aurait certainement dépecée vivante pour cause d'atteinte à l'intégrité de la nature ou un truc de ce genre. Elle se contentait juste de décaler les lianes et autres racines pour leur éviter d'épouser la terre africaine de leur corps.

Au bout d'un laps de temps qui dut paraître plus long à Allanah qu'à Mélusine (et pour cause, la première se devait d'entendre toutes les bêtises que la deuxième jugeait bon d'extérioriser, ce qui, au sens de cette deuxième, était très détendant et amusant), la végétation parut s'éclaircir et des formes qui n'avaient rien de végétales se dessinèrent au-devant d'elles. Mélusine abaissa sa baguette. Sorciers ou Moldus, il ne fallait en aucun leur donner l'impression d'être des intruses agressives. En ceci, elle contrevenait à ses habitudes, mais, après tout, la situation s'y prêtait. Elle la gardait néanmoins bien en main, mais le long de son corps. Juste au cas où.

L'un des individus dut les apercevoir car il lança ce qui lui sembla être une brève interjection. Quelques hommes se regroupèrent autour de lui et constituèrent le drôle de comité d'accueil de nos deux Européennes. Leur peau avait une belle couleur chocolat noir (celui, si bon, aux amandes et aux figues) et, à coup sûr, leur sourire révélerait des dents blanches à faire pâlir de jalousie les stars de Cinémagic. Sauf que, pour l'instant, ils ne souriaient pas du tout. Oh, ils étaient loin d'être agressifs, ou même sur la défensive. Juste dans l'expectative.

'On les comprend. C’est pas tous les jours qu'un grand machin roux doit se pointer avec des feuilles plein les cheveux et les jambes toutes éraflées...'

Bah, c'était pas tous les jours qu'elle faisait une rencontre aussi surprenante. Avec plein de gens dont elle ne connaissait ni la langue ni les coutumes.
Jugeant que le sourire était un signe officiel de bonnes intentions, Mélusine sourit de toutes ses dents. Et lança un salut dans toutes les langues qu'elle connaissait (connaître se résumait dans la plupart des cas à ce seul salut).


"Good afternoon guys! Bonjour bonjour! Buenos dias amigos! Buonjiorno! Ni Hao! Konichiwa! Namasthe! Guten Tag! Euh, c'est tout."

Bon.
Elle avait au moins réussi à en amuser un ou deux.
Elle finit par se décider pour son sésame:


"Zarãn?"

Les visages s'ouvrirent et le prénom de leur... euh... ami-longue-distance résonna parmi les rangs jusqu'au village. Une silhouette se fraya un chemin jusqu'à eux.
Et Mélusine recula d'un pas pour laisser Allanah sur le devant de la scène. C4était sa rencontre, après tout.




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MessageSujet: Re: Funambules   Sam 13 Nov 2010 - 19:27

Sa rencontre n'avait pas du tout les traits typiques d'un être humain vivant en pleine cambrousse africaine, comme les autres qu'elles pouvaient voir. Comme elles (ou plutôt elle), leur 'rencontre' portait un pantalon léger, une chemise dont les manches étaient relevées et la personne qui s'était avancée vers elle n'avait rien d'un homme comme l'était Zarãn. Non, c'était une femme et si elle avait la peau aussi noire que le charbon, c'était une femme, indéniablement. Elle offrit aux deux étrangères un grand sourire, entourée par toute la tribu, qui, également, leur souriait (un restant de la diatribe de Mélusine, surement). Autre fait non négligeable, elle parlait anglais :

- Je peux vous conduire à lui, et au chef de la tribu, suivez-moi.

Un passage se forma alors à travers le rassemblement d'indigènes, comme une haie d'honneur sur leur chemin.

- Je m'appelle Inaya.

« Allanah. Et Mélusine. »

Inaya paraissait avoir quelques uns des traits de caractère que l'on pouvait associer parfois à une femme. Elle était bavarde et semblait posséder une banque de questions à poser à tous les inconnus qu'elle rencontrait, avec détermination et aisance, parfaitement à l'aise dans ce décors tropical. Ainsi, les deux étrangères purent se faire une idée assez précise du parcours d'Inaya dans la vie. Elle avait eu la chance, après des études scolaires assez spartiates, d'obtenir une bourse et de quitter le continent pour les États-Unis. Curieuse et surtout désireuse de faire autre chose de sa vie que vivre dans une presque misère, Inaya avait avalé toutes les connaissances qui lui tombaient sous la main, grâce à ceux qui permettaient aux plus pauvres d'avoir une vie décente. Associations, ONG, partout ou presque présentes ici. Comme elle leur expliqua, ça n'avait pas été facile, les années loin de chez elle, dans une culture si différente de la sienne, si éloignée de tout ce qu'elle avait connu, sans plus cette sensation d'être entourée par la magie. Car bien qu'Inaya soit moldue pure souche, elle était, comme Allanah, une Protectrice, bien plus avancée que l'anglaise dans tout ce qui touchait aux possibilités magiques offertes par les Arbre-Mère. Inaya était donc, d'une certaine façon, une sorcière, à sa manière. Comme Zarãn, comme le chef de leur tribu, et comme un jeune enfant, comme le leur apprit l'africaine. Et c'était tout. En dehors d'eux quatre, Allanah était la première Protectrice dont ils avaient connaissance hors de leur tribu.

Mélusine et elle apprirent tout cela en moins de dix minutes, le temps de traverser le semblant de village qui accueillait ce drôle de peuple. Inaya n'eut pas besoin de leur présenter Zarãn pour qu'elles le reconnaissent. Ce que l'on apprenait par le biais des Arbre-Mère restait plus facilement imprimer dans la mémoire. Zarãn leur offrit un grand sourire, leur débitant un discours incompréhensible qu'Inaya, toute disposée à les aider, leur traduit :


- Il dit qu'il est content de vous voir en vrai. Allanah, il est surpris par la couleur de vos cheveux, des blondes comme vous, ce n'est pas courant dans le coin. Il n'a pas pensé à se concentrer sur ce détail, quand vous vous êtes rencontrés. Mélusine, je crois que c'est un peu le même constat. Vous mettez un peu de couleurs dans le village !

Allanah sourit à Zarãn, sans oser faire de commentaire. Peut-être que, contrairement à Inaya, Zarãn n'entretenait-il pas de relations avec les européens ou américains présents sur le territoire, d'où la surprise de leur peau blanche, de sa blondeur et de la rousseur de Mélusine.

Derrière Zarãn se trouvait, finalement, ce qui devait être le chef de la tribu et un petit garçon. Tous les Protecteurs au grand complet.


- Voici notre chef, Djadji, et Kofi qui a 13 ans. Je serai là pour traduire tout ce qui se dit, je serais votre traductrice. Ici, je suis la seule à savoir parler anglais.

« Merci, Inaya. »

Nouveau sourire de la part de l'africaine, qui s'empressa de jouer son rôle, en traduisant, mot pour mot, les bienvenues de Djadji, qui parlait d'une voix forte malgré son apparence frêle. Allanah ne savait pas précisément quel âge il pouvait avoir, mais plus tout jeune. Des rides creusaient son visage, ses épaules étaient quelque peu voutées par le poids des années, mais il transparaissait du chef de tribu une force tranquille qui mettait facilement Allanah en confiance. Aidée très certainement par les ondes apaisantes des quatre africains. Si l'anglaise n'avait jamais expérimenté cette possibilité, elle savait reconnaître le touché délicat d'un Arbre-Mère.

- Nous sommes heureux de vous accueillir dans notre tribu, d'apprendre l'existence d'un autre mlinzi -qui signifie Protecteur, Allanah. Nous ne sommes plus beaucoup et nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres, si tu veux bien.

« Bien sûr, je suis d'accord, je suis ici pour cela. »

Inaya se mit à traduire la réponse d'Allanah et Djadji, satisfait de la réponse qui lui avait été donnée, prit les mains de l'anglaise dans les siennes.

- Il dit qu'il est content et il vous invite à partager notre repas ce soir. Nous parlerons ensuite de ce qui vous amène ici, après avoir mangé. Qu'en dites-vous ? demanda finalement Inaya, interrogative, en regardant les deux étrangères.
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Funambules   Ven 19 Nov 2010 - 23:25

Mélusine se tenait légèrement en retrait, comme si, depuis peu, elle avait appris à laisser la place sur le devant de la scène quand cela s'imposait. C'était un furieux pas en avant, si l'on pouvait dire. Elle avait souri, opiné, brièvement commenté et s'était exclamée au bon moment. En bref, elle avait joué à l'hôte parfaite pour cacher un malaise qu'elle ne s'expliquait pas. Ça n'était qu'à la fin des présentations avec Djadji et Kofi qu'elle réussit à mettre le doigt dessus. Ça n'était que la continuité de ce qu'elle avait déjà ressenti: elle n'était pas à sa place au milieu de ces Protecteurs. Elle était comme les Cracmols, touchant du doigt la magie mais sans que la magie les ait touché du doigt. Dans un entre-deux difficile à assumer.

"Eh bien, je..."

Et bouse! La subtilité n'avait jamais été son fort. La diplomatie non plus mais si elle essayait de faire des efforts depuis quelques temps.
La jeune femme échangea un bref regard avec Allanah, comme pour l'avertir de ne pas chercher à la retenir.


"On en serait ravies.", déclara-t-elle finalement, prenant à son compte l'approbation, qu'elle jugeait comme allant de soi, d'Allanah. Sa compagne de devait pas être outre mesure étonnée de ce genre de réponse. Après tout, il y était question de manger et, si Mélusine aimait visiter le monde, sa vision du tourisme passait par la gastronomie culturelle locale. Pour rien au monde elle n'aurait renoncé à ça. Néanmoins... "On se retrouve au dîner, alors? Je vais aller faire un tour. Je suis sûre que vous avez plein de choses à vous dire."

Et voilà! Qu'est-ce qu'elle disait? A trop vouloir leur laisser la place d'un tête-à-tête (ou, plus vraisemblablement d'un tête-à-tête-à-tête-à-tête-à-tête puisqu'ils étaient cinq), elle avait manqué de tact et donnait presque l'impression de s'enfuir, de renier leur hospitalité.

'C'est à se demander ce que tu fais là...'

Oh, elle avait un petit bout de place dans cette histoire, façon strapontin. Elle reviendrait quand ces cinq-là auraient mis à plat ce qui les concernait. Elle n'aurait fait que les gêner, de toute façon, pas vrai? Tant de choses lui auraient échappé et, soit elle aurait réussi à se taire, ne faisant qu'accroître son propre malaise, soit elle aurait posé des questions à tort et à travers, les gênant dans leur avancée tandis qu'ils lui répondraient obligeamment, parce que, eux, étaient bien élevés.

'A t'entendre, on croirait presque que tu as gagné en sagesse...'

Humph. Et ça n'était pas exactement pour lui plaire.
Mais elle savait presque différencier, désormais, les moments où il fallait agir de ceux où il fallait se poser et écouter. Elle tendait toujours à fuir ces derniers. Et puis, il y avait sans doute plein de choses à faire dans ce village... Sur ces pensées, Mélusine s'inclina bien bas devant le petit groupe qui l'excluait par leur nature, esquissa un sourire et se détourna pour se diriger elle ne savait pas trop où. Elle espérait qu'Allanah comprendrait et que, ainsi, elle pourrait l'excuser à sa place. C'était toujours meilleur quand elle n'avait pas à pondre un "désolée' qu'elle ne pensait qu'à moitié. Et, qui savait... peut-être étaient-ils soulagés de la voir s'éloigner? Pas besoin d'être médium pour sentir qu'elle ne vibrait pas tout à fait sur le même plan qu'eux. Leur chemin de vie n'était pas le sien et ils n'étaient sans doute destinés qu'à se croiser.

'En résumé, tu as fait ta B.A. de l'année en aidant Allanah à rencontrer ces gens.' Humpf

Il y avait de ça.
Sans plus (trop) se préoccuper de ceux qu'elle laissait derrière elle, Mélusine scruta les gens qui était au devant. C'était fou combien, à des miles et des miles de distance, les êtres humains n'étaient pas si différents. Ils avaient les mêmes occupations, les mêmes désirs et les mêmes craintes. Ce coin du monde semblait juste avoir été épargné par la guerre. Ca faisait du bien d'y croire.

Mélusine finit assise dans la terre qui oscillait entre le rouge et le brun, et dont s'imprégna sa peau. Une bande d'enfants, curieux plus que prudents, comme tous les enfants, s'approcha d'elle peu à peu, intrigués par sa peau blanche qui contrastait tant avec leur peau noire, mais plus encore par ce frêle morceau de bois auquel elle semblait s'accrocher comme à un trésor. La jeune femme s'en servit pour faire tournoyer un peu la poussière autour d'elle, agréablement surprise qu'aucun d’eux n'ait un mouvement de recul à la voir manier sa baguette. Certes, ils ne connaissaient peut-être pas la magie comme les Moldus d'Europe la connaissaient, avec son potentiel destructeur mais... il n'empêchait. Au contraire, ils rirent, de cet éclat qui ressemblait au chant d'une cascade, et un peu de ces rires remonta jusque dans les yeux de Mélusine. Ils finirent par s'approcher vraiment. Ils leur auraient suffi de tendre le bras, d'un côté comme de l'autre pour se toucher.
Un petit garçon, peut-être un peu moins farouche, approcha une balle en mousse du tourbillon et Mélusine s'amusa à l'intégra dans la sphère de son action magique. tant qu'il s'agissait d'exécuter des sorts mineurs, tout allait bien. On ne lui demandait ni du sociable, ni du relationnel. Elle avait toujours été une handicapée du contact enfantin. Il y avait chez les plus jeunes quelque chose qu'il lui semblait avoir perdu en grandissant et qui lui était essentiel pour communiquer avec eux. Et puis, les enfants ne s’embarrassaient pas de faux-semblants: ils étaient francs et directs et il lui semblait qu'à trop apprendre à comment se comporter en jeune femme presque civilisée, elle avait perdu un peu de cette simplicité sauvage.

Pourtant, alors qu'elle se retrouvait peu à peu embarquée dans un jeu dont elle ne comprenait les règles qu'à moitié, elle se surprit à apprécier de ne pas avoir à penser. Ne pas penser à ce à quoi elle avait l'air, de ce qu'elle allait dire ou de ce que son petit groupe de gamins pourrait penser d'elle.
Elle se surprit à constater que, en dépit de ce qu'elle prétendait, le regard des autres avait toujours eu plus de poids sur elle qu'elle ne l'aurait voulu. Et que s'en débarrasser n'était pas seulement libérateur mais jouissif. Alors elle leur adressa un sourire qu'ils ne comprirent peut-être pas mais qu'ils ne cherchèrent pas pour autant à expliquer.

Une heure plus tard, ils étaient encore tous là, autour d'elle, en train de se raconter des histoires pleines de gestes, de sourires et de cris, parce que, au fond, on n'avait pas vraiment besoin des mots pour se comprendre. Mélusine s'était lancée dans une sorte d'imitation du monstre du Loch Ness, tout en imitant vaguement, avec les maigres capacités de ses cordes vocales, un vieil air typiquement écossais. Les pauvres ne devaient pas y comprendre grand chose mais ça n'était pas si important. Elle avait complètement décollé de la réalité et ça lui allait très bien. Elle avait l'impression de flotter dans un monde qu'elle avait longtemps cru disparu.


Spoiler:
 




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MessageSujet: Re: Funambules   Mar 30 Nov 2010 - 0:13

- Te laisser toute seule, ce n'est pas très gentil de sa part.

Djadji était parti vaquer à ses occupations de chef de tribu, après avoir pris courtoisement congé de l'anglaise et Kofi, comme tout enfant de cet âge, avait préféré repousser à plus tard les longues discussions d'adulte, et Allanah ne pouvait pas lui en vouloir pour cela. Elle se retrouvait donc esseulée, avec pour compagnie Inaya, véritable moulin à parole, et Zarãn, dont elle ne comprenait pas un mot.

« Ce n'est pas grave, j'ai l'habitude. »

Allanah offrit un vague sourire à Inaya alors qu'elle oubliait totalement l'impolitesse de Mélusine. Si elle espérait que sa comparse allait lui sauver la face, la Résistante se trompait. Sa cadette n'avait rien à se faire excuser et elle n'avait donc aucune excuse à faire, certainement pas pour une tiers. Sa conscience était en paix, même si elle se sentait malgré tout mal à l'aise par cette sortie sans explication alors que les discussions avaient été programmées pour la soirée, après s'être remplis l'estomac. Mais sans nul doute, ils allaient trouver de quoi passer le temps de manière à ne pas le perdre bêtement. Il y avait tellement de choses qu'Allanah voulait savoir, tellement de questions à poser qu'elle ne savait en réalité pas par quoi commencer. En face d'elle, Inaya souriait, comme si elle savait ce qui se tramait dans la tête de l'anglaise. Et celle-ci mit quelques instants à comprendre comment cela se faisait...

« Tu es... »

- Ah, tu as senti ! Oui, en effet, j'ai la même faculté que toi. Mais c'est un talent que nous ne possédons pas tous. Zarãn en est capable également, même si il n'a pas le même potentiel que moi. Notre chef et Kofi n'y parvienne pas, malgré toutes nos tentatives pour comprendre comment cela fonctionne. Enfin, en tout cas, c'est vachement pratique, quand on sait gérer et trier les informations que l'on reçoit, quand on veut espionner, termina-t-elle d'un clin d'œil.

Nouvelle perspective d'apprentissage à l'horizon, qu'elles programmèrent au lendemain (elles resteraient bien deux jours, pour faire le tour de toutes les questions) pour conclure le 'voyage' en beauté.


- Mais ce qui m'étonne, ce sont les capacités de ton amie. De quoi est-elle capable exactement ? Zarãn nous a expliqué que vous pouviez communiquer toutes les deux, vu qu'il vous a trouvé toutes les deux ensembles, la première fois...

« Oui, entre autre. Il y a aussi eu en Islande... »

Tout en suivant Inaya et Zarãn pour que tous puissent s'installer confortablement, Allanah leur fit un résumé rapide de ce dont était capable Mélusine, par elle-même, grâce aux Arbre-Mères. La communication par Arbre interposé (dont la Protectrice pourrait se passer, grâce à sa télépathie qu'elle tirait de son propre Arbre), les visions qu'elle avait eu simplement en touchant du bois-sorcier renfermant des images du passé, tout ce pan d'histoire qu'elles avaient pu découvrir... A ce moment de ses explications, Inaya la coupa d'une sonore exclamation de joie.

- Ce n'est pas possible, tu as vraiment pu voir tout cela ?! Montre-nous !

Allanah était vaguement surprise et contrariée par cette interruption, mais elle s'exécuta et transmis les souvenirs qu'elle avait en mémoire tant à Inaya que Zarãn. Des détails avaient surement disparu depuis le temps, mais les éléments principaux de leur découverte furent dûment montrés aux deux africains pendus à ses lèvres -ou plutôt son esprit.

- C'est tout simplement fabuleux ! Tu te rends compte que tu as fait la découverte du siècle ? Personne ne se souvient de tout cela, tout s'est perdu au fil du temps, du fait de la disparition presque totale des Protecteurs, par le passé. Ça me fait penser que ton amie pourrait être une Ngao.

« Une quoi ? »

- Une Ngao. Ce dont on se souvient aujourd'hui des Protecteurs n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan depuis l'extinction de notre caste, mais nous savons toujours deux ou trois petites choses. Et une Ngao, c'est un peu le soutient d'un Protecteur véritable, son bouclier. Notre esprit est vulnérable quand nous sommes repliés en nous-même avec l'esprit de notre Arbre-Mère, et le ou la Ngao -le Bouclier- s'assure que notre esprit ne risque rien. C'est rare, mais ça existe.

Encore une information à digérer. Et Mélusine qui n'était pas là. Tant pis pour elle, elle aurait droit à un résumé succinct des nouvelles informations plus tard. En attendant le repas, Allanah eut tout loisir de parfaire ses connaissances de l'histoire des Protecteurs, pour ce qu'en savait Inaya. Le découpage par clan des Protecteurs, de la rivalité qui avait toujours existé entre ces clans, même si tous poursuivaient le même but et des quelques coups d'éclats de la Caste -en version édulcorée, malheureusement, par manque d'information.

Les heures filèrent et le moment de se regrouper avait sonné, trop tôt au goût de l'anglaise, qui aurait préféré poursuivre la conversation plutôt que de perdre du temps à manger. On pouvait faire les deux en même temps pourtant ! Mais elle était une invitée ici et Allanah ne pouvait pas faire l'affront à la tribu en refusant de manger en leur compagnie, aussi suivit-elle Inaya et s'installa-t-elle près de Mélusine qu'elle repéra assez finalement -merci les cheveux roux.


« Il faudra qu'on discute, avant d'aller retrouver le chef de tribu après le repas. »
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MessageSujet: Re: Funambules   Sam 11 Déc 2010 - 22:39

De son côté, Mélusine avait tenté d'oublier, au milieu de son groupe d'enfant, son semblant de rancœur et, oui, sa jalousie. Allanah avait retrouvé les siens et c'était principalement pour cette raison qu'elle-même avait envisagé le voyage, tentait-elle de se convaincre. Ca, et la curiosité de voir à quoi ressemblait ce Zarãn. Il était tout à fait normal que la tribu réserve un accueil plus chaleureux à l'étudiante qu'à une inconnue aux cheveux rouges qui n'était que la moitié de ce qu'ils étaient eux-mêmes.
Quand vint l'heure du repas, elle avait oublié jusqu'au sentiment d'exclusion, exclusion involontaire due à des retrouvailles "familiales" dont elle n'était pas. Elle avait retrouvé et sa bonne humeur et son entrain. Elle ne comprenait toujours rien à ce qui se disait autour d'elle mais elle ouvrait grand les oreilles parce qu'elle aimait les sonorités de cette langue. Elle savait seulement que manger se disait "laku", merci "asante" et soleil "juama". Elle avait beaucoup fait rire les enfants en se lançant dans un discours improvisé, fait de sonorité en voyelles chantantes. Ca ne voulait sans doute strictement rien dire mais quelques termes déclenchèrent leur hilarité. Elle aurait donné cher pour savoir ce qu'elle avait dit, même maladroitement.

Aussi, lorsque Allanah la rejoignit, elle lui offrit son plus grand sourire, inconsciente du ressentiment que la jeune fille pouvait éprouver à son égard.


"Tu as appris des choses intéressantes? Pour toi, je veux dire."

Elle lui jeta un coup d'œil avant de reporter son attention sur le repas qui se mettait en place. Tout le monde s'installait à grand renfort de rire et de bonne humeur et Mélusine songea brièvement que c'était un endroit où il ferait bon vivre, épargné par la guerre et juste assez insouciant pour être agréable. Sur les tables, s'accumulaient des plats riches en couleurs et en odeurs. Si ses sens visaient juste et si les saveurs étaient à la hauteur de leurs promesses, ce saut en Afrique aurait valu le détour rien que pour sa gastronomie. Il y avait là des fruits de toutes les formes et de toutes les teintes, des plats de viande fumante et de poisson tendre, des soupes colorées qui fleuraient bon les épices. Saliver comme une folle ne serait pas pour faire bonne impression, aussi Mélusine évita de trop se concentrer sur ce qui s'offrait à sa vue. Allanah serait sa distraction. Son attention lui revint.

"Ils sont ce que tu attendais? Je veux dire, ils sont vraiment comme toi?"

C'était difficile à dire parce que leurs caractéristiques physiques venaient brouiller le tout mais la jeune femme leur trouvait à tous comme un "air" familier à tous. Ca ne tenait ni à un tic ni à quoi que ce soit de visuel. Plutôt de l'impalpable. Comme on reconnaît deux personnes qui avaient passé beaucoup de temps ensemble au point de graviter ensemble de manière symbiotique. Quelque chose dans le regard, peut-être. Ou dans leur façon d'appréhender le monde. Elle n'était pas vraiment spécialiste dans ce genre de choses.

'C’est juste une impression, en définitive.'

Voilà. Une impression. Indéfinissable. Qu'elle s'acharnait à définir.

'Ca ne sert pas à grand chose, alors... Puisque tu vas garder ça pour toi.'

Elle passait le temps comme elle en avait envie.
Inaya s'installa près d'elles, autant parce qu'elle semblait nourrir une affection toute nouvelle mais bien réelle pour Allanah que pour leur servir d’interprète auprès des autres membres du village. Ils étaient nombreux (et pas seulement ceux qui apparaissaient être des Protecteurs) à se montrer enthousiastes et curieux à accueillir les deux jeunes filles à la peau pâle. On leur posa bon nombre de questions que leur guide peinait à traduire et auxquelles elles n'avaient pas le temps de répondre.


"Oui, en Ecosse, les hommes portent des kilts. Ce sont des sortes de jupe à carreaux. Moi, je trouve ça super-sexy."

Ou encore:

"Une baguette magique c'est... c'est... oui, c'est une branche, en quelque sorte. En fait, je sais pas trop comment ça marche. J'imagine que ça canalise notre énergie pour en faire quelque chose d'efficace. En même temps, on peut aussi faire de la magie sans baguette. Quand on est enfant, on fait exploser des trucs et on fait plein de choses involontairement. Peut-être que la baguette, c'est pour faire de la magie consciente. Pour le reste..."

En désespoir de cause, elle se tourna vers Allanah. Après tout, elle, elle avait fait Serdaigle. Elle avait certainement lu de ces livres qui ne parlaient ni de Quidditch ni de balai. Peut-être même que la salle commune des Bleu-et-Bronze était un lieu où fleurissaient les idées et les conversations fructueuses. De grandes théories y avaient peut-être vu le jour. Peut-être que...
La discussion qu'Allanah lui avait promise semblait devoir être remise à plus tard. Pas juste. Elle était curieuse, maintenant.




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