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 Ce qu'il y a derrière... [PV McEwan]

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Sacha de Lansley
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a derrière... [PV McEwan]   Mer 14 Jan 2009 - 2:26

Elle ramène avec elle un oiseau. Un oi-seau. Elle est folle. Si elle interrompt une discussion importante parce qu’il faut nourrir le piaffe, je le lui fais gober son piaffe. Avec les plumes. Pourquoi pas une peluche tant que nous y sommes?

Consterné, je me contente de fermer brièvement et doucement les paupières pour accuser le coup et n'avoir pas à commenter outre mesure ce que m'inspire la présence d'un animal de compagnie au milieu d'une mission de niveau IV. Cette chose n'a rien à faire avec nous dans ce contexte.

'C'est fini la première année.'


Je ronge mon frein en silence pour ne pas envenimer une situation que je voudrais dénuée de toute négativité. Pour le coup, elle ne m'aide pas. Je me demande si elle a sciemment décidé de se ridiculiser parce que mes gouailleries lui manquent ou si elle est véritablement inconsciente de ce que nous allons faire? Aller. J'arrête. J'arrête sinon je vais devenir fou.

J'attends qu'elle achève de cafouiller ses quelques explications au sujet de l'idée qui l'a traversée. Avant de lui dire ce que j'en pense et de l'écrire ici même, je dois absolument de me débarrasser de ce détail qui fait plus que me chagriner:


Le sortilège de Mutisme,
dis-je à l'économie en désignant le vivet. Tout de suite. Tout de suite sinon c'est moi qui le fais...

Sous-entendu 'et je risque de le rater.'

Quand l'histoire est close et entendue, je peux enfin penser sans être obnubilé par l'oiseau importun. Donc, voici ce que j'en pense. Comme je le pense. Elle a quelque chose de touchant cette proposition dans le sens où elle vient de Mélusine et que je connais désormais sa position sur les pouvoirs relatifs au psychisme. Je le prends comme si elle me disait: 'je t'autorise officiellement à utiliser ton don sur moi.' Je ne m'intéresse même pas au cadre dans lequel elle me l'accorde. Je ne m'intéresse qu'à ce que j'aimerais croire qu'il y a dans le fond: 'sois-toi même, ça peut toujours servir.' Ca sonnerait presque comme un compliment.

Mon visage renfrogné lors de l'épisode ovipare se décontracte à nouveau en un sourire évaporé:


Mélusine McEwan serait-elle en train de m'autoriser à farfouiller dans son esprit... hum... seulement, évidemment, si la nécessité se présentait? Ai-je bien entendu? Souris-je à peine taquin. Possible ou non, la question n'est plus là. Maintenant je sais que j'ai ta... bénédiction.

Je ne donne assurément aucune créance à sa bénédiction mais l'attention me touche drôlement. Disons-le. Si j'ai la nécessité d'opérer en son esprit, je le ferai et ses semonces n'y pourraient rien. Nonobstant avoir l'aval des personnes en lesquelles je 'rentre'  m'a toujours été important. Quel que soit contexte.

Accroche-toi maintenant. On décolle.

J'avance vers elle et lui remet son sac sur l'épaule tout en lui tendant mon bras pour qu'elle s'y cramponne. Transplanage en vue.

Like a Star

04h30, 11 décembre – heure locale. Canton.

Nous atterrissons sur l'une des berges du Huangpu côté Pudong. Les gratte-ciels s'élèvent comme des poutres de strass vers le ciel encore noir. Le jour n'est pas levé pourtant la ville brille de ses nombreuses lumières comme si la vie ne dormait jamais dans le cœur de Shanghai. L'eau du fleuve fait gicler ses clapotis sur la rive noiraude. Une étrange pirogue aux voilages archaïques s'approche de la berge. Depuis l'embarcation, une silhouette fine envoie un signal lumineux qui nous est adressé. Je renvoie le même signal avec ma baguette. Deux courts éclats. Puis noir.

McEwan, derrière moi, s'il te plaît.

Tant que je ne sais pas avec certitude que la personne se trouvant dans la pirogue est notre contact, McEwan n'ira pas au charbon. J'ai beau avoir baissé ma main gauche - celle de la baguette - la droite reste en alerte. Celle de la bague.

Le petit bateau accoste. La silhouette en descend en tenant dans sa main l'amarre. D'un coup de baguette, elle fait je ne sais quoi qui maintient le cordage dans les airs puis elle s'approche de nous. Nous découvrons le visage souriant d'un jeune chinois, plutôt bellâtre. Il nous salue en courbant le dos. Je réponds de la même façon.


Louis! Prononce-t-il avec un anglais parfait.

J'acquiesce.
Il se penche pour regarder la silhouette qui se cache derrière moi.

Et, elle, ça sera Lucy.

Lucy... Nouvelle, Lucy.

J'acquiesce une nouvelle fois. Me décale pour laisser à Mélusine le loisir de saluer le chinois. Le garçon la salue avec la même cérémonie et se tourne vers moi.

Nous devons remonter le fleuve jusqu'à Jinshan. Après un peu de marche nous arriverons à Cingnian Road. Pai vous donnera ce dont vous allez avoir besoin pour récupérer les deux  colis. Après Cingnian Road vous pourrez transplaner sans crainte, nous avons protégé que le pourtour du fleuve mais les yeux traînent toujours... Je crois que je serai votre guide jusqu'à Hong Kong et Canton... après je devrai vous abandonner.

Un bref silence. Il s'adresse uniquement à la jeune recrue:


Je m'appelle Tsin.
Venez, on doit y aller avant l'aube.


Je laisse passer Mélusine devant moi. Tsin ouvre la marche. Il récupère son amarre et monte le premier. J'aurais bien aidé McEwan mais quelque chose me dit qu'elle n'aimerait pas que je l'attrape par là où je songe l'attraper afin de l'aider. Alors qu'elle se débrouille. Tsin non plus ne parait pas préoccupé par la courtoisie. Il va directement à sa petite barre et nous attend en manipulant sa baguette pour faire dériver l'embarcation vers le milieu du fleuve.

Quand nous sommes installés, Tsin demande:

Comment se fait-il que vous soyez avec une...


Il ne finit pas sa phrase mais la deviner n'est pas difficile. Un macho aurait dit 'une fille' mais je crois que Tsin veut plutôt dire 'une débutante.' Une inconnue.

Ca me fait sourire. Je détache mes yeux du fleuve qui glisse sous nous pour aviser Mélusine:


Tu peux répondre à celle-là?
Lui fais-je amusé.

Imperturbable, Tsin attend sa réponse. Moi aussi. Je voudrais connaître la réponse. Que fais-je donc ici avec Mélusine McEwan? Hun?





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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a derrière... [PV McEwan]   Ven 16 Jan 2009 - 19:29

Franchement, même l'idée de lui entrant dans sa tête et sa réponse à moitié avortée se fondirent soudainement dans le flou aigu de l'adrénaline alors que les joies du transplanage lui écrasaient la cage thoracique. Il n'avait pas vraiment compris mais..

'Tant pis, on verra plus tard.'

Absolument d'accord. La priorité était de se faire de nouveaux repères, parce qu'en dehors du contenu de son sac, du jeune homme qui se tient à côté d'elle et du nom du pays dans lequel elle se trouvait, le reste portait le nom de "terre inconnue". Pour passer en terrain connu, pour se permettre de pouvoir agir sans réfléchir, sans la peur de déparer dans le décor, il fallait tout assimiler le plus rapidement possible. Capturer les images par le flash d'un clin d'oeil, sentir l'ambiance par le maximum de sens possible, poser son drapeau dans un carré de terre pour se repérer à partir de ce point cardinal, se laisser envahir par la moindre parcelle d'air, par le moindre éclat, tout engranger pour ne pas se perdre. Faire de ce coin du monde son nouveau territoire.
C'était difficile à expliquer mais elle avait ce besoin de tout englober jusqu'au moindre détail pour parer à sa mémoire parfois défaillante. Pour ne pas se laisser perturber par ce qu'elle ne connaissait pas.

Elle ne perdit rien de la gestuelle - un code-, de son geste pour se mettre devant elle -manque de confiance ou tentative de protection-, du dialogue qui s'instaurait... Tout s'enregistrait sur une immense bobine dont il s'agissait de ne pas perdre le fil.
Ne pas perdre le fil. Les présentations.
Louis. Tsin. Lucy.
Elle s'inclina à leur manière, en un peu plus raide, et opta pour le silence, bien décidée à limiter le nombre de ses faux pas.

Pendant ce temps l'enregistrement continuait. Comment la pirogue se balançait sur l'eau, troublant le reflet ondoyant d'une lumière lointaine. Le visage du chinois qu'elle essayait de distinguer malgré l'obscurité. La façon dont il s'exprimait, sans accent. le froid ambiant, moins mordant que celui de l'Ecosse. Une odeur douceâtre qui semble venir de l'Est.
Si elle survivait à tout ça, elle reviendrait, trouver le goût qui était associé à cette odeur, nager dans le Yang-Tse (oui, bon, elle n'était certainement pas sur le Yang-Tse mais c'était le seul fleuve chinois qu'elle connaissait)... Elle ne croyait pas tant tenir à sa vie mais elle se découvrait des milliers de choses à faire, maintenant qu'elle n'était plus sûre d'avoir le temps pour.


'Jinshan. Cingnian Road. Pai. Hong-Kong. Canton.'

Le ton n'était pas assez léger pour donner aux noms leur consonnance touristique.
Tsin maintenant.
Tsin, le guide chinois au parler parfait.
Même la conque qui tanguait mieux qu'une gondole à Venise ne parvenait pas à la débarrasser de la sensation de pesanteur. Mieux que l'attraction terrestre, c'était comme un poids sur les épaules. Et c'était peut-être à ce moment-là qu'elle prit conscience que c'était vraiment. Vraiment vrai. La réalité dans toute sa crudité, sa brutalité. Qu'elle se retrouvait là, à l'autre bout du monde, avec le type qu'elle clamait haut et fort haïr et avec qui elle allait risquer sa vie. L'ironie de la situation lui sauta à la figure avant d'être vivement repoussée comme si Mélusine avait pu la noyer dans l'eau grisâtre du fleuve. Ou de la mer, pour ce qu'elle en savait.


'Jsuis jamais montée sur un bâteau.'

C'était tout elle, ça, de s'inquiéter de ce genre de détail. Comme l'un et l'autre des deux hommes avaient eu la décence de la laisser se débrouiller, elle finit par grimper à bord avec son manque de grâce caractéristique.
Ca devait être ce détail qui avait fait s'interroger le chinois.
Avec une...
Une Ecossaise? Elle n'avait pas ouvert la bouche.
Une freluquette? On pouvait certes se poser la question. Pas de sa faute si elle avait l'air fragile. L'air seulement. Donnez-lui une batte et... Bref. De toute façon, De Lansley n'était pas le roi de body building non plus. Il était pas mal non plus dans le genre pas épais.
Non, ce que Tsin avait dû sous-entendre, c'était... que faisait-il, que faisaient-ils avec une incompétente. Et comme ça n'était pas le moment de voir rouge, il ne lui resterait plus qu'à prouver qu'elle n'était pas juste venue assister au spectacle.


'Evidement. Rien de plus facile.'

...
De Lansley et son sourire en coin. Il avait décrypté la suggestion dans la tête de l'autre.
Peu importe. Il posait sa question avec un regard. Elle hocha la tête doucement, pas encore très sûre. Un rapide bilan intérieur. C'était sûrement un test. Qui était Tsin? Jusqu'où était-il impliqué? Et... Doser la quantité de vérité à répondre.


"Je..."

'Magnifique première tentative.'

...

"Je suis une amie de Louis."

Nettement mieux. Et vrai, tant qu'ils étaient lui Louis et elle Lucy.

"Et, disons. Qu'il y a des endroits où il n'est pas prudent de s'aventurer seul. Alors, entre vieilles connaissances, on se soutient."

La vérité.
Toute la vérité.
Rien que la vérité.
C'est plus facile à s'y tenir en situation de stress et même pour les lecteurs assidus de visage, ça se voyait qu'elle pensait ce qu'elle disait.
Seulement, comme d'habitude, c'était un donné pour un rendu:


"Et vous? Comment ça se fait que vous soyez notre guide?"

De Lansley allait la tuer pour cette question. Blablabla on n'est pas ici pour jouer. Sauf qu'elle ne jouait pas. On lui pose des questions. Elle y répond et en pose de nouvelles. C'était la loi de la conversation. C'était pas comme si elle lui avait demandé ce qu'il pensait des Harpies.




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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a derrière... [PV McEwan]   Sam 17 Jan 2009 - 19:49

Ce n'est pas que moquerie mais la réponse de Mélusine m'arrache un rire malgré tous mes efforts pour le retenir. Je tiens moins longtemps que notre ami chinois. Tsin ne tarde pas à se joindre à moi et notre hilarité est couronnée de larmes dévalant sans retenue nos joues satinées par le reflet de la lune ronde. Nous avons continué de dériver le long de la berge du Pudong en essayant de nous remettre doucement, les côtés pressées par nos bras tellement elles nous faisaient souffrir. Tellement drôle fut McEwan et sa tentative si charmante de jouer l'agent secret.

Je finis par prendre une grosse bouffée d'oxygène et souffler tout en regardant Mélusine. Mes yeux sont encore humides et j'ai du mal à recouvrer mon sérieux après cette euphorie. Tsin a reprit la barre. Son ventre gigote encore un peu. Il n'ose pas regarder Mélusine. Il a bien tenté mais à chaque fois qu'il croisait son regard, il repartait dans un nouvel accès d'hilarité.

J'essuie mes yeux en allant m'asseoir à côté d'elle. Shanghai clignote paisiblement. Le bruit des voitures accompagne le léger bruissement de l'eau. La rive lointaine et noire suit son tracé escarpé tandis que nous continuons de remonter le cours du Huangpu.

Remis et tranquille, je lui explique:

Lucy, Tsin est mon contact régulier. C'est un ami.

N'avait-elle pas remarqué que le chinois ne s'était présenté qu'à elle?

Nous préparons cette mission depuis environ sept mois. Tu n'as pas besoin de faire de mystères. Il sait très bien ce nous sommes et ce que nous voulons, il le veut aussi... Je crois même qu'il sait très bien qui je suis même s'il n'en dit rien.

Tout à l'heure, sur la berge, il vérifiait l'identité que j'aurais cette fois. Peut-être que dans l'esprit de mademoiselle McEwan, le manque d'observation mêlé à la louable envie de ne pas commettre de faux pas a amené sa singulière façon de répondre à Tsin.


Il sera notre guide tout comme tu seras une étudiante de Poudlard venue travailler ici pour un dossier. Je connais suffisamment la Chine pour n'avoir pas besoin de guide,
je précise.
Oui, oui, je sais qui vous êtes, concorda Tsin, je ne suis pas un paysan des rizières. Je lis la presse internationale. Mais avoir des doutes n'est pas mauvais dans notre situation.
Il veut dire que s'il se faisait attraper, il lui serait plus facile d'affirmer qu'il ne sait pas qui je suis.
Outre ce que j'aurais pu en lire dans les journaux.

Nous nous étions calmés.
Le bateau s'entoure d'un nouveau silence que je finis par percer:

En sept mois, il a vu beaucoup de Résistants. Tu n'as pas le gabarit et on renifle à cent miles à la ronde l'ignorance de la situation dans laquelle tu te trouves. C'est très bien, rassure-toi.

Je me tourne vers Tsin:

Et c'est la raison pour laquelle je suis avec elle. Je ne veux pas d'un expert dont l'allure et le trop plein de confiance nous trahirait à la première anicroche. J'ai besoin de sa maladresse et de son... hum... côté ingénu. En plus, j'ai de bonnes raisons de croire qu'elle sera plus passe partout que Brett quand nous arriverons à Nicobar.

Tsin se mit à rire à l'évocation de 'Brett' comme à un souvenir bienheureux.

Brett a failli causer un accident rien qu'en souriant à une chinoise, partagea-t-il jovial.

Moi. Ca ne me fait pas sourire. Il est très difficile de passer inaperçu quand on marche à côté de l'Apollon de ces dames. Je pensais être le plus 'hameçonnable' et je me suis habitué à ma fausse célébrité. Je rebondis très bien dessus pour mes propres avantages.

Pour Brett, cependant, ça ne m'avait jamais posé de problème avant de voir dix cantonaises se pâmer devant lui en salivant. Je croyais que ces filles-là étaient réservées. Bien mal m'en pris d'en juger par moi-même dans un cas critique. Je fus contraint de terminer seul notre mission. Brett ne pouvait pas aller dans les pays où son physique représentait le bel éphèbe occidental dans toute sa splendeur.

Je dévisage McEwan.
Malheureusement, pas de risque avec la Gryffondor de toujours. Rien à voir avec les mensurations. Enfin. Pas seulement.

'Arrête.'

Oui. J'arrête.

Pendant le trajet, je reçois de Tsin des nouvelles du pays. Il parle de Mareva Coowater qu'il cite – à mon grand désarroi – comme un mentor idéologique. Puis, il me prépare mentalement à rencontrer Pai:

Elle est dans tous ses états depuis qu'on a pris ses yeux et sa fille. Mais elle ne regrette pas de servir la Résistance. Elle compte sur vous.
Lucy, maintenant que vous savez, me diriez-vous ce qui vous amène dans une telle mission si loin de chez vous?


Tsin souffrait de cette curiosité intellectuelle et philosophique d'apprendre ce qui motivait les actes ou nourrissait les espérances de chacun. Quand je le rencontrai la première fois, il ne lui fallut guère plus de dix minutes – et un scannage complet de son esprit auquel il se soumit amusé et docile – avant de faire pleuvoir sur moi sur toutes les questions qu'il se posait. Pas à mon sujet. Mais au sujet de l'humanité. Il façonnait avec les réponses qu'on lui apportait une pensée rassurante et qui se voulait solide pour paver de lumière le chemin obscur et contingent que le monde empruntait. Comme si dans chaque discours de Résistant, il trouvait la source de sa propre foi pour continuer d'avoir envie à risquer sa trop jeune vie. Tsin avait dix-sept ans et le passé aussi lourd qu'un vieillard de soixante.





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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a derrière... [PV McEwan]   Dim 18 Jan 2009 - 20:38

Ils riaient.

'Ne pas se vexer. Ne pas se vexer.'

Ils riaient vraiment. Pas du genre du petit rire qu'on cache dans un coin de son visage.

'Ne pas se vexer.'

Et résister à la tentation d'en jeter un à l'eau.

En vérité, Mélusine faisait semblant d'être offusquée mais elle avait du mal à retenir un sourire. C'était peut-être la tension qui pétait une durite mais ça faisait du bien de les voir rire. Ca faisait longtemps qu'elle n'avait pas vu quelqu'un rire. Elle avait oublié à quel point elle aimait ça.
Pour la forme, elle fronça les sourcils tout en rosissant vaguement.


"Ravie de vous faire rire."

Quand, enfin, l'un des deux zygotos eut la décence de s'arrêter pour lui expliquer le pourquoi du comment, elle prit une teinte supplémentaire dans la direction de l'incarnat.
Ok. Contact régulier. Ami. Et elle aurait fait comment pour deviner si on lui disait pas. Elle n'avait pas eu droit à l'apparition miraculée du troisième oeil au courant de la nuit. Ok, ils se connaissaient, mais entre gondolier-taxi chinois et pote résistant, y avait une sacrée marge.

Intérieurement, elle fulminait un chouïa. C'était surtout qu'elle n'aimait pas se sentir stupide. Et, au final, l'intruse du trio, c'était encore elle. Tsin avait bien de la chance de savoir qui ils étaient et ce qu'ils voulaient. On pouvaitpas en dire autant d'elle-même.
Déterminée à conserver son sang-froid, elle se contenta de se mordre la langue très fort et de leur servir son meilleur sourire ingénu.
Parce que, visiblement, c'était dans leur plan de la laisser dans l'ignorance de la situation. C'était très bien, paraissait-il.


'Parfait. On avance dans le noir.'

Ils ne savaient pas que c'était mille fois plus difficile de ne pas trébucher, sans lumière?

'Peut-être que ton rôle, c'est de détourner l'attention...'

Le rôle de l'épouvantail... Pourquoi pas.
Elle pouvait même s'abstenir de sourire si ça choquait les chinoises...


'Humph... Humpf
On se calme. Moins t'en sais, moins tu pourras les vendre.C'est logique.'


Evidemment que c'était logique.
Si on résumait... Elle avait l'allure et le manque d'assurance d'une débutante. Plus la maladresse et l'ingénusoité...tation. Bref. Et c'était très bien. C'était bien la première fois qu'il lui sortait ça. Et le pire, c'est que ça ne sonnait pas vraiment comme une insulte.

Le moment de détente s'était vite envolé.


'Volé ses yeux... Tu crois qu'elle est aveugle ou que c'est juste une image?'

C'était déjà assez triste comme ça. Ils avaient tous à y perdre. Mais on comptait sur eux. Sur lui. Sur elle. Et ça, c'était presque beau.

"Je... Ce que je fais?"

Il n'y avait pas qu'un réponse à une question aussi courte.

"Je lui prouve qu'il peut me faire confiance."

Petit mouvement de tête vers "lui". Sans le regarder.

"J'ai plus grand chose à perdre. J'ai déjà perdu l'homme que j'aimais. Ca arrive, il paraît."

Le ton était froid, neutre, détaché.

"Alors... je suis ici parce qu'il me l'a demandé. Parce que j'ai besoin de me sentir utile. Parce que je veux me battre. Parce que c'est la seule chose que je sais faire. Parce que... parce que je veux lui prouver aussi que je suis pas qu'une chose rouge qui ne sait que se mettre en pétard pour des trucs absurdes. Parce que je veux me prouver que je vis encore.
Parce que il... parce que je préfère risquer ma vie que faire un serment inviolable. Je ne crois pas beaucoup aux serments. Parce que..."


D'un seul coup, elle se calma, fixa le vide et déclara doucement:

"Parce que j'ai envie qu'il y ait encore des gens pour croire que le monde est beau. Mëme si j'ai arrêté depuis longtemps. Alors, si on peut y faire quelque chose, j'en suis."

Il y avait encore beaucoup d'autres "parce que". Parce qu'elle avait peur. Parce qu'au fond, quelque part, elle espérait encore. Parce qu'il fallait bien que quelqu'un fasse quelque chose et pourquoi pas elle? Parce qu'elle ne savait rien faire d'autre. Parce que...
D'un ton plus doux, elle demanda:


"Et vous? Pourquoi? Vous êtes jeune."

Tout le monde a le droit d'être curieux. Et puis...
Ca n'était pas une accusation. Un constat. Et ce constat, à l'instant où elle le prononçait, elle n'était plus si sûre qu'il soit vrai.


'Et à lui? Pourquoi tu demandes pas pourquoi?'

Rougissement.
Elle osait pas.




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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a derrière... [PV McEwan]   Dim 25 Jan 2009 - 20:52

Tsin entame une manœuvre pour virer à bâbord et contourner les algues remontant à la surface du fleuve pollué susceptibles de se prendre dans l'hélice de la pirogue.

Au début, je pense qu'il n'a pas entendu que Mélusine lui retournait sa question. Perdu dans la déliquescence des réflexions que lui amenait la réponse de la jeune recrue. Il s'enfonçait dans ses ténébreux secrets. Mais le chinois plissa les yeux sans la regarder et recouvra d'un coup cet air que je lui connais depuis toujours. Un adulte coincé dans un corps d'enfant.

Il finit par répondre en regardant au large:

Je le fais pour ne pas attendre passivement que la mort vienne me prendre.

Je souris et regarde Mélusine pour deviner ce qu'elle est en train de penser.

Tsin ne s'est pas engagé pour mille raisons. Pas pour se battre. Pas pour se venger. Pas pour se prouver sa valeur. Pas pour ses proches. Pas pour une cause. Toutes ces raisons évidentes sont remisées dans les strates secondaires et entendues de la morale humaine. Tsin s'engage car il ne conçoit pas de mourir couché. Plus justement, il conçoit la mort ce qui tend à le rendre lucide. Il est attaché à la philosophie des causes qu'il défend mais aucune n'est plus forte que l'évidence. Si la mort peut nous prendre n'importe où, autant qu'elle nous prenne debout.

Dans son paradoxe, même si ces activités hasardeuses l'exposent plus que d'autres jeunes de son âge au danger de mourir vite - et douloureusement -, Tsin croit qu'en bougeant dans tous les sens, elle aura plus de mal à le trouver. Il ne la craint pas. Il l'attend de pied ferme et cela sans s'empêcher tous les actes téméraires qu'il a accomplis jusqu'ici. La mort. Il lui rira au nez quand elle se pointera car il pourra lui dire: "La vache! Tu as tardé à me trouver! Si tu m'avais pris plus tôt, je n'aurais pas pu faire tout ce que j'ai fait! Maintenant prends-moi, je m'en fous. Je n'ai aucun regret et je suis resté debout."

Elle le prendra bientôt car Tsin agit sans peur mais aussi sans réfléchir. Trop persuadé que son destin est de mourir quoi qu'il advienne. Pas mourir pour sa partie. Pas mourir pour l'Humanité. Pas mourir pour sa famille. Pour ses amis ou pour la Grande Cause. Mourir. Juste parce qu'il le sent.

J'ai moins de sagesse que notre ami chinois. Mes motivations sont très différentes. Aussi variées que complexes et contradictoires. Ce qui signale à quiconque que j'ai plus à perdre qu'à gagner.

La brise pourfend ma chevelure et les effluves immondes du fleuve s'alourdissent. Nous approchons d'un quai. J'aide Tsin à amarrer et à descendre les deux caisses sur lesquelles il était assis.

Attention, Louis, c'est la médecine et les nouvelles prothèses pour Pai. Ca doit rester stable.

J'opine et descends du bateau en bondissant, contre toute indication.
Tsin me rejoint rouge de colère.


Vous le faites exprès! J'ai dû stupéfixer trois mages pour ce chaudron et ces deux verres!
Ta médecine ne fera pas repousser les yeux de Pai. Ca la soulagera à peine. Ce dont elle a besoin, c'est apprendre à se servir de son handicape.

Tsin n'est pas convaincu et récupère sa caisse en pestant.
Nous nous retournons tous les deux en même temps vers Mélusine:


Hun? Tu viens ou tu veux déjà rentrer?

La remontée de Jinshan jusqu'à Cingnian Road se fait dans un silence inhabituel et dans la moiteur de l'aube. Les habitants sont cloisonnés chez eux. C'est le quartier où réside le plus de Résistants de Shangaï. Le quartier le plus calme. Le plus délabré aussi. Plus rien n'est sophistiqué ou joli par ici. Les maisons sont une suite de bâtiments à la peinture effritée. Les jardins sont périssant. Les fenêtres sont fermées.

Nous croisons un couple de vieux qui nous voit et nous ignore. Ils se dirigent vers le ponton où nous venons d'amarrer notre pirogue. Quelques minutes plus tard, ils sortent et démêlent des filés de pêche d'une cabane décrépie. Ils s'en vont pêcher. Comme ils le font depuis les premières années de leur mariage. Ils s'accrochent à des habitudes pour oublier les drames qui menacent au-delà leur frontière. Deux moldus qui acceptent ce que le monde est devenu mais qui refusent de participer, en bien ou en mal, à ce qu'il se passe autour d'eux.

Ils ont peut-être raison.
Si j'avais leur âge, ne voudrais-je que terminer ma vie comme je l'ai commencé? Quelques guerres affreuses, des enfants, des petits-enfants, de la tranquillité, de la normalité, un régime maoïste pour venir cadencer l'horreur et des rêves dans la tête qui n'existeront jamais. Ne pas savoir. Continuer. Pour vivre mieux, vivons cachés? Mouais... Ils ont peut-être raison.

Tsin nous fait passer le jardin d'une de ces petites maisons misérables. Il frappe deux fois, très brièvement. Et une troisième à quelques temps des deux premiers coups.

Une femme ouvre la porte grinçante. Dans la maison tout est éteint. Les stores sont fermées.

Elle tend sa main. Tsin me laisse porter les caisses et prend la main qu'on lui tend. Il la pose sur son visage. Le visage émacié et ridé aux orbites oculaires vides et rouge foncé de Pai sourit:

Bonjour, Tsin... C'est Louis qui t'accompagne?

Tsin répond en chinois.
J'avance à mon tour avec les caisses dans mes bras. Je me baisse pour être à la hauteur du visage de Pai. Elle lève ses deux mains, parcourt les caisses en bois, mon cou et arrive à mes joues. Elle tâte mon nez, mon front, mes cheveux et reconstruit mes traits. Ceux dont elle a le souvenir.

Louis, tu es toujours aussi beau, mon enfant! Mais tu as trop de cheveux! Pourquoi tu souris comme ça? Termine-t-elle avec une main sur ma bouche.
Parce que toi, tu es vilaine, Pai. Tu fais peur à voir. Etre vieille ne te suffit pas, il faut aussi que tu ailles faire peur aux enfants? Pourquoi as-tu retiré les yeux que Mu t'avais posés? Tu es incorrigible!

La vieille femme éclate de rire:

Ca me grattait, justifie-elle.

Son expression change. Elle renifle. Lève la tête un peu trop haut et un peu trop à droite pour prétendre avoir le visage dirigé face au mien. Pourtant, je sais qu'elle essaye de se trouver face à moi.


Et qui est la troisième personne?

Je me décale pour laisser de la place à McEwan. Tsin me débarrasse de mes deux caisses et disparaît dans la maison.

Je vais poser ça!
Lucy. Lucy, voici Pai.
Une nouvelle? s'étonne-t-elle.

Sourire en coin adressé à Mélusine. A-t-on déjà vécu cette situation?

Même une aveugle le sent.

Oui. Une vraie teigne. Elle est insupportable. Tu vas l'adorer.

Nous entrons. Pai lève sa main à hauteur du buste de Mélusine. Elle attend que McEwan la saisisse et la pose sur son visage comme pour Tsin. D'un signe du menton, j'enjoins mon binôme de s'effectuer:

Pai est la mère de Tsin. Elle a été torturée après avoir vu le visage d'un des bras droits d'Antarès. Tsin est arrivé de justesse pour la sauver. Seul.

Je rejoins Tsin et son butin dans l'unique pièce de la maison. Tout communique sauf la salle de bain aussi étroite que des toilettes. Hum. Pas les miennes en tout cas... on pourrait faire rentrer toute cette maison dans celles de la Mansion.

De loin, je guette les réactions de ma jeune recrue. Observe sans relâche. Sans me cacher de le faire. Evidemment. Comment réagit Mélusine la Rouge face à Pai la vieille chinoise?

Tous les vieux n'ont pas envie de partir à la pêche pour mimer leurs habitudes. Il y a aussi ceux qui continuent de se battre. Avec ou sans yeux. Que jamais, devant moi, elle ose se plaindre ou me parler à nouveau de vivet.





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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a derrière... [PV McEwan]   Mer 28 Jan 2009 - 19:16

Arrivée devant Pai, c'est un peu tout qui s'efface.


La pensée furtive que Tsin n'avait pas des motivations si différentes des siennes à laquelle succéda l'impression que si. Se battre en attendant de mourir. Se battre pour vivre. Les nuances étaient subtiles. Et pas si importantes. L'importance c'était d'être du même côté. Du même côté et déterminés.
Le questionnement de savoir quelle était la bonne raison pour se battre. Et l'idée qu'il n'y avait jamais de bonnes raisons. Que des mauvaises et un peu d'obligation. La morale ou le sens des responsabilité ou peut-être l'absurdité. Peut-être que ce qui comptait, c'était de ne pas rester immobile, d'agir, de faire quelque chose, de mettre son grain de sel, son grain de sable dans le rouage.
Le fait de réaliser que ladite Pai était vraiment aveugle. Et que ce sur quoi ils s'étaient assis étaient un bien précieux.
La constatation qu'elle n'était pas la seule gamine du groupe. Sacha da Lansley en gamin bondissant, c'était presque rassurant.
L'envie de répondre et de se taire en même temps. Partir alors qu'elle venait déjà d'arriver. Pffffffff.
La cogitation qu'elle n'aimerait pas devenir comme ce vieux couple. De ne pas devenir une chose meurtrie par l'habitude et la routine. Quitte à tout prendre, elle préférait mourir avant.
La découverte du quotidien des gens qui vivaient ici. Bien forcée de se rendre compte qu'Antarès n'y était sans doute pas pour grand chose. Le malheur de ces gens étaient bien antérieur. Rassurant.



Pai était vraiment aveugle.
C'était tout ce qu'elle trouva à penser. Tout le reste était soudain trop ou trop peu avec le manque d'équilibre qui caractérise ce genre de situation.
Mélusine arriva quand même à pondre un sourire narquois au "toujours aussi beau". Décidément, même les vieilles chinoises aveugles. Un deuxième sourire pour la teigne.


'On prend ça pour un compliment.'

Evidemment.
La jeune femme prit la main de Pai comme on tend la joue pour la bise matinale, dans une sorte de reconnaissance muette et la posa sur sa joue.

Elle s'efforçait de ne pas penser mais ça ne marchait pas.
Ils étaient gavants tous, à force de perfection.
Monsieur Maîtrise.
Madame Force Morale. Et Monsieur Courgae.
Elle, elle ne savait pas résister à la torture. Elle avait peur de mourir. Elle n'avait sauvé personne d'une bande de barbares armés de mauvaises sinistres intentions. Elle ne jetait pas un sort comme elle respirait, n'avait aucune idée de comment arriver à faire ce qu'ils devaient faire. Elle ne savait pas lire dans la tête des gens.
Il n'y avait personne pour dire "jsuis pas un héros, jsuis pas un zéro. je suis juste quelque part entre les deux et j'essaye de faire de mon mieux". Quelqu'un de résolument humain et de pas complexant.
C'était une question d'habitude sans doute. S'habituer à ce que les autres soient toujours plus. Plus doués. Plus intelligents. Plus braves. Plus mesurés. Plus réfléchis. Et ça commençait à sérieusement l'embouser d'être toujours le maillon faible.
Mais, après tout, c'était pour ça qu'il l'avait amenée, non? Pour jouer le vilain petit canard, la brebis galeuse, la cinquième roue du carrosse ou quel que soit le nom qu'on donnait à ce genre de rôle. L'épouvantail détourneur d'attention, tout simplement parce qu'il avait l'air tellement hors du coup qu'il ne pouvait pas être mêlé à tout ça. Sympa. Ou mieux, elle était le cadeau empoisonné qu'il offrirait aux "autres" en cas d'échec, pour les punir de s'être mis sur leur route. En gros, elle devrait leur en faire baver. C'était le rôle d'une insupportable.

Elle était quoi, elle, face à cette femme qui avait enduré et souffert. Qui avait résisté et qui trouvait encore la force de rire?
Mais, bien sûr, elle ne dit rien (elle allait pulvériser des records de silence à ce rythme-là) et continua de jouer à elle-même. Faire la Mélusine McEwan, c'était encore ce qu'elle savait faire de mieux.


'Tu peux pas te le permettre.'

Sauf que jouer à Mademoiselle Parfaite; ça n'était pas une meilleure option. A moins que...
Peut-être, peut-être que c'était de se voir tous parfaits et forts et courageux et... qui leur permettait de se soutenir mutuellement. Additionner les points forts en colmatant les points faibles. Et même si, dans sa tête à elle, ça ne marchait pas comme ça, elle devrait peut-être se mettre à jouer ce jeu-là. Cacher ses faiblesses sans les ignorer pour autant, pour ne pas être surprise, si, en creusant un peu, elle dévoilait une bulle d'air qui fragilisait l'ensemble.

Le temps de la réflexion a cela de génial que même s'il est long, il est extrêmement court pour qui n'est pas dans votre tête. Quelques secondes à peine s'étaient écoulées.


"Je vous trouve belle, Pai."

Qu'on ne s'y trompe pas. Le ton de sa voix empêchait cela. Trop respectueux. C'était un "belle" qui voulait dire "digne". Un "belle" envieux et admiratif. Un "belle" qui ne s'appliquait pas à l'enveloppe mais à ce qu'elle cachait.
D'un ton plus neutre, elle continua:


"Moi, je ne suis pas belle."

Qu'on ne s'y trompe pas.

"J'ai les cheveux roux, les yeux bleus, le menton trop fin, la bouche trop gourmande. Je suis trop maigre et trop grande."

Des détails peut-être inutiles mais qui lui semblaient soudain importants.
Si il voulait bien la lâcher du regard. C'était presque intime comme moment, personnel.
Il l'agaçait à toujours l'observer, comme à guetter le moindre de ses gestes, à noter le moindre de ses faux pas.
Mais le pire dans tout ça, c'était qu'autant ça l'agaçait, autant elle comprenait. Elle était toujours dans la catégorie "danger ambulant".

Et tout ça, tout ça, ne pouvait-elle s'empêcher de songer, était comme un rite initiatique bizarre. Elle avait l'impression étrange que toutes ses étapes n'étaient pas absolument nécessaires pour ce qu'ils avaient à faire. Pas nécessaires pour lui. Mais qu'il était important qu'elle passe par là. Un bain progressif plutôt qu'une douche écossaise.




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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a derrière... [PV McEwan]   Dim 8 Mar 2009 - 15:20

Si j'avais été dans sa tête, cette phrase-ci - en dehors de la trouver parfaitement déplacée - je m'y serais pendu haut et court: "Ils étaient gavant tous, à force de perfection. Monsieur Maîtrise. Madame Force Morale. Et Monsieur Courage." Qu'on assimile de près ou de loin mon nom à ne serait-ce qu'une suspicion de perfection a quelque chose de parfaitement terrorisant. J'ai tellement travaillé pour être tout sauf un Monsieur Quelque Chose. Mr. parfaite maîtrise, Mr. parfait petit con, Mr. parfait peureux ou Mr. parfait quoique ce soit, rien ne me va... sauf peut-être Mr. Parfait Orgasme mais ça, c'est une autre histoire. Bref. Je n'ai rien lu. Je n'ai rien vu. Rien entendu. Ce qui me permettra de développer la croissance de l'estime nouvelle que j'éprouve pour mon arpète.

'Je vous trouve belle, Pai. Moi, je ne suis pas belle. J'ai les cheveux roux, les yeux bleus, le menton trop fin, la bouche trop gourmande. Je suis trop maigre et trop grande.'

J'ai arrêté d'aider Tsin en cours de phrase. Juste un micro arrêt de quelques secondes. Blocage. Mes yeux plongés dans la boîte où se trouvent deux globes oculaires de Paï. J'écoute. Reprend mon activité sans me rendre compte du sourire léger qui retrousse mes lèvres. Un sourire doux. C'est furtif. Mon attention leur revient même si je continue de m'affairer autour des cartons.

La vieille femme tend sa main vers celle de Mélusine et tâte l'intérieure de sa paume en souriant:

Je ne suis pas certaines que vous ayez une juste vision de ce que vous êtes, mademoiselle. Et il faudrait demander à des jeunes gens de bien vouloir détruire cette vision erronée.

Elle m'interpelle:

Louis! Comment trouves-tu cette jeune femme?

Oulà. Du tac au tac:

Horrible, Paï. Une catastrophe de la féminité.

Paï et Tsin rigolent de bon coeur et je continue de ranger comme si de rien n'était:

Vous voyez, continue-t-elle comme si c'était évident, comme si les oreilles alentours avaient mal entendu, il vous trouve jolie et il vous apprécie. Assez pour en rire en votre présence et vous laisser le choix de le croire ou non...

J'entends. Bien sûr, je ne dis rien.

Moi, je la trouve bien, dit Tsin.
Oui, mais toi on t'a rien demandé.

Nouveau rire.

Et puis, Lucy, ce n'est pas le genre de beauté qui vous intéresse, n'est-ce pas? Eux non plus, conclue Paï à voix basse en lâchant la main de Mélusine pour nous rejoindre.

. . . . . . . . . . . . . . . . . .


Tu y vois? S'inquiète Tsin.
Ce ne sont pas des yeux pour voir, Tsin. Ce sont des yeux pour combler.

Le chinois fait grise mine. Il pensait sans doute que je pouvais ajouter de la magie aux deux pupilles et qu'elles permettraient à la vieille femme de voir de nouveau. Ce n'est pas ce que Paï a demandé. Juste combler le vide. Ne plus faire peur. Pouvoir sortir. J'ai remodelé les paupières comme j'ai pu. Cependant elle ne peut pas cligner des yeux. Par les deux orifices qui ne se ferment jamais, deux prunelles noires nous regardent sans nous voir.

J'ai l'impression de retrouver la Paï d'avant... mais sont expression est différente. Angoissante. Immobile. Imperturbable. Quand elle sourit, le regard ne suit pas. Quand elle fronce les sourcils, l'harmonie de son visage est déséquilibrée. Ses yeux. Tel un rideau de théâtre qui cache la coulisse d'une part de son passé. Son visage comme cela complété me rend plus triste. Je ne dis rien. Mais elle sent. Paï sent toujours les choses.

Ne fais pas cette tête là, Louis. Je ne le fais pas pour moi.
Je ne fais pas de tête. Tu fais ce que tu veux, mens-je.

Je me lève et sort.

L'opération a durée un peu plus d'une heure. Nous avons mangé ce que Tsin a préparé. Quelques heures plus tard, encore, nous nous retrouvons tous agenouillés sur nos coussins autour de la petite table en bois laqué. Le chinois a étalé une carte sur la table. Il pointe sa baguette sur différentes villes. Quand il la retire, un petit point rouge lumineux apparaît en suspension au-dessus de la mappemonde.

Il commente:

La première étape sera à Hong-Kong. Arrêt de maximum trente minutes pour récupérer l'arme auprès de Maya-Cheng. On n'a pas pu obtenir de protection plus longue pour les transplanages. Une fois qu'elle vous a donné l'arme, vous serez envoyé au Sri Lanka où vous aurez une journée pour trouver le premier colis. Faites attention, on ne peut rien là-bas... Les Opposants sont nombreux, l'Inde est plus instable que jamais. La difficulté sera de transplaner avec le colis jusqu'à Nicobar ou de trouver une façon d'y aller au moment du transfert du deuxième colis. On s'est renseigné. Le transfert devrait avoir lieu à 14 heures à Passa... si vous êtes en retard ou si vous loupez l'heure du transfert, on perd le colis... Des questions? termine-t-il pour Mélusine et moi.
Tu as dit que tu nous laissais à Canton ou à Hong-Kong... Hong-Kong, c'est décidé?
Oui. Pendant que tu opérais Paï, j'ai reçu un message par GMT.
Que s'est-il passé à Canton?
Trois Résistants qui préparaient la zone de protection pour les transplanages ont disparu...

Je ne dis rien. Me lève.

On se prépare. On y va,
dis-je déterminé.

Paï dirige vers sa baguette au-dessus d'elle et lance une incantation dans la langue de son pays. Autour de nous la pièce devient nébuleuse. Le sol bouge. La carte disparaît. Puis les fenêtres... les boîtes contenant les baguettes des Opposants que Tsin a neutralisé... Et enfin, le décor réapparait sous une autre forme. Nous sommes dans un jardin désert et sauvage. La nuit va tomber.

Vous pouvez transplaner, dit-elle. C'est neutre.

Je l'embrasse. Laisse Mélusine lui dire au revoir.

On s'accroche, Lucy. Tu as ton sac et ton oiseau? Tu ne veux pas laisser ton vivet à Paï? Je te promets qu'on reviendra le chercher si on... quand on reviendra.

Trois pairs d'yeux sur son sac. Attendent. Sans pression mais curieux.





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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a derrière... [PV McEwan]   Ven 13 Mar 2009 - 16:31

Avez-vous déjà vu un épouvantail rouge qui ouvre et ferme la bouche comme un cyprin?
Maintenant, oui.
Il n'y avait rien d'autre à dire ni à faire que virer au coquelicot et attendre que l'attention soit détournée pour installer tout ça dans un petit coin de mémoire bien à l'abri. Que ça soit un anachronisme dans son histoire personnelle ne regardait qu'elle.
Elle ferait juste l'effort de croire qu'elle n'était pas touchée et ça glisserait tout seul.
Un petit sourire triste et un silence songeur en guise de cérémonie de clôture.



Un peu plus tard, entre le riz parfumé et la sauce de soja, Mélusine cogitait en silence. Impossible de mettre le doigt sur ce qui la troublait. Lui échappait.


'Tu es touchée, gênée, indécise.'

Non, elle ne parlait pas de ça. C'était une impression beaucoup plus diffuse, comme une eau troublée par un remous de vase et qui essayait de retrouver sa fluidité, sa limpidité. Sa ligne de conduite.
Manger chinois était agréable, subtilement différent. Même si elle ne pouvait se permettre quelques arrangements subtiles qui lui démangeaient la baguette (du jus de citrouille à la place du nuoc mam, ça devait être pas mal). Mais, étrangement soucieuse de ne choquer personne et surtout pas le sens de l'hospitalité de Paï et son fils, elle n'en fit rien. Non, agréable, vraiment. Même si l'art des baguettes était... une chose où elle se rendait vaguement ridicule. Elle aurait presque juré avoir vu les lèvres de Tsin tressaillirent dans un sourire. Oui, ça ne tenait certainement qu'à sa ressemblance avec un yéti muni de deux bouts de bois. Rien à voir avec son air perdu qu'elle était persuadée d'avoir réussi à dissimuler.

Entre temps, le jour s'était levé.


'Catastrophe de la féminité.'

Oh, ça allait aller comme ça, hein.

'Avoue que ça te fait plaisir.'

Pfeu.

'Comme si tu n'en crevais pas d'envie de le croire.'

Elle s'en foutait qu'on la trouve jolie.

'Je ne parle pas de ça et tu le sais très bien.'

...

'Oui. Voilà.'

Elle n'avait rien pensé du tout.

'Même ton rien parle pour toi.'

Silence boudeur.

'Tu le sais.'

Quoi?

'Que c'est ce que tu veux.'

De croire en ce qu'il disait et d'avoir confiance en ce qu'il était.

'Voilà.'

Et alors? Ca ne changeait strictement rien. Elle le détestait pareil.

'Bien sûr. Bien sûr.' Humpf



'Déstabilisée par trois mots... T'es quand même exceptionnelle.'

Non, mais, ça allait comme ça.

'C'est amusant de voir que tu n'acceptes de mentir qu'à toi-même.'

Yoho! C'est l'heure du départ. On se tait. On se concentre. Il y avait plus important.

'Hum.'

Bon, c'était presque plaisant de savoir qu'elle allait risquer sa vie pour quelqu'un qui n'en avait pas rien à secouer. Ca suffisait?

'Pour l'instant.'

Bon.
Les "au revoir" furent plus difficiles qu'elle n'aurait pu le penser, compte tenu qu'elle ne connaissait Paï que depuis quelques heures. Elle se força à la regarder dans les yeux. Sans ironie mal placée, ses orbites précédentes étaient plus profondes. Si les yeux étaient le reflet de l'âme... ça avait été on ne peut plus vrai auparavant. On y avait vu ce qu'elle était et les pupilles noires sonnaient plus faux et plus vides que tout. Comme si on avait voulu transformer son identité, la falsifier. Ca n'était certainement pas le moment d'argumenter sur le sujet mais... il n'empêchait.
Zyn serra la vieille femme brièvement contre elle. La qualité plus que la quantité. A son oreille, elle murmura:


"Thoir an aïre."

Une phrase en chinois lui fit écho et elles sonnaient toutes deux comme une bénédiction.
La question de l'oiseau, maintenant.


"Ce n'est pas... que je ne te crois pas. Et ce n'est pas que je vous fais pas confiance. C'est que... il me suivra."

Quoi qu'il arrive.
Mélusine haussa légèrement la tête comme pour parer à une moquerie imminente. Elle avait un vivet doré comme bodyguard et ça n'était qu'une seule de ses bizarreries. Un vivet doré qui s'attelait à sa tâche avec un peu trop d'enthousiasme parfois. Pas besoin d'expliquer pourquoi il valait mieux l'avoir dans son sac que le voir survoler un terrain suspect. Les vivets n'étaient pas si répandus et il fallait reconnaître qu'il serait quand même dommage de se faire gauler à cause d'un oiseau un peu trop rare attirant l'attention.
Ils semblèrent accepter l'explication avec plus ou moins de bonne humeur et Tsin finit par tendre à Sacha et à elle, une main à chacun. Transplanage simili-d'escorte. Quand on ne savait pas où on allait, c'était préférable.
Hong-Kong, Sri Lanka, Nicobar, Passa... elle qui rêvait de voyager.
La Chine s'effaça rapidement pour dévoiler un nouveau paysage. Ici, la Chine et le Royaume Uni avaient tenté de coexiste avec plus ou moins de bonheur. Le melting pot qui en résultait pouvait paraître hasardeux mais possédait un charme certain.

Plus par habitude que par réelle nécessité, Mélusine lâcha rapidement la main du Chinois comme si elle risquait de s'y brûler.
Un silence qui s'éternisait. Pas parce qu'il n'y avait rien à dire mais parce que c'était plus prudent. Et le poids de ce silence encore alourdi par les dernières informations que Tsin leur avait communiquées. Le jeune homme se faufila rapidement dans une ruelle trop silencieuse et furtive, McEwan la Rouge la suivit, laissant à Sacha le loisir de fermer la marche.
Son attention portée au maximum à ce qui l'entourait, elle repensait néanmoins à tout ce qu'elle n'avait pas dit. Aurait voulu. Aurait dû. Aurait tu. Lui demander de la tuer avant qu'elle ne tombe entre leurs mains. Pas sûre de résister à la torture. Ne pas le vendre. Trop tard.

Il avait dit une demi-heure.Il ne leur fallut pas plus de deux minutes pour atteindre ce qui semblait être leur objectif. Une silhouette se dessinait en ombre chinoise à quelques mètres.


- C'est elle.

Petite silhouette gracile, mince et brune, à la coupe garçonne.
Un craquement. Un bruit. Mélusine réagit et se reprit, se détachant de la sécurité illusoire (et stupide) qu'elle avait pu ressentir juste parce qu'il était là. Faire apparaître des chaises invisibles et parler dans la tête des gens allait peut-être sauver sa vie à lui mais pas nécessairement sa vie à elle.
A mesure que la silhouette se rapprochait, elle sentait l'ambiance s'alourdir. Quelque chose lui disait que le synopsis de la rencontre allait légèrement différé du "une nouvelle?" surpris auquel elle avait eu droit jusqu'à présent.
Maya Cheng se retourna avec autant de douceur que le supposait son allure générale. Zyn vit d'abord son sourire. Destiné à l'Anglais. Hum hum. Enfin, il fallait bien que ça serve à quelque chose d'être élu sorcier-le-plus-sexy-du-monde-et-de-l'univers-blablabla. A part ça, elle n'y voyait pas franchement d'avantage. Le sorcier-le-plus-sexy-du-monde-et-de-l'univers-blablabla s'était déjà arrêté, Tsin juste après lui. La Rouge fut la seule à faire un pas de plus. Avant de voir ses yeux. Vides. Sous l'effet d'un Impero. Un pas en arrière comme une danse bizarre. Un mouvement pour s'emparer d'une main. Avorté.


'On faisait quoi dans ces cas-là?'

Baguette déjà brandie, Mélusine fit lentement un tour sur elle-même, en quête d'un détail qui lui aurait échappé.
Si on résumait, ils étaient venus chercher une arme qu'était censé détenir la femme sous Imperium. Restait à déterminer si l'Imperiator avait connaissance de ce détail ou l'avait ensorcelé pour une autre raison?


'Accio arme? Comment on dit arme en chinois? Parce qu'il y a des chances que l'objet ne réponde qu'à son nom dans la langue d'origine. On tente quand même?'

C'était stupide.
Et si ils étaient les seuls à pouvoir la récupérer et que l'attirer à eux permettait que d'autres mains la saisisse ensuite? Elle aurait l'air maligne à tout faire échouer d'un coup de baguette...
D'un autre côté, ils n'avaient qu'une demi-heure. Et rien ne prouvait que l'Imperiator soit à proximité. Il pouvait avoir envouté Maya Cheng il y a quelques temps et n'agir qu'à distance.


'On tente quand même?'

Elles tentaient.

'Accio arme!'

Elle savait même pas à quoi ça ressemblait.
Un autre bruit étrange se fit entendre.





Edité




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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a derrière... [PV McEwan]   Dim 21 Fév 2010 - 18:19

Le sortilège de McEwan fait un bide. L’arme et les colis que nous sommes supposés récupérer sont des personnes. La première doit nous conduire aux deux autres. J’aurais peut-être dû prévenir Etc-McEwan. Drôle que le détail me soit sorti de l’esprit.

Néanmoins, mon arpète a l’œil vif. Raison sur un point. Maya Cheng n’est pas dans son état normal. Je ressens une présence délayée par les ombres de la ruelle mais je ne parviens pas à la situer. L’empressement me saisit. Les trois Résistants ayant disparu à Canton ont peut-être été kidnappé et l’Opposition nous sait déférés pour le rapatriement des deux colis.

Je commande à Tsin de se tirer. Il refuse. J’insiste en l’attrapant fiévreusement par le bras pour l’obliger à me regarder droit dans les yeux:

Rentre! Maintenant! On continuera sans toi. Ce n’est pas ton heure, Tsin.

Il me lance un regard vipérin et contrarié. Il pense que je le sous-estime. Que je minimise l’importance de ses motivations. Il n’en est rien. Je pense égoïstement que je ne peux pas protéger à cent pour cent deux personnes. Il devait nous quitter dans la demi-heure. Et bien ça sera dans la minute et je ne supporte pas qu’on me dise non ou qu’on me fasse perdre mon temps.

Tsin! Lui crie-je une dernière fois, à une seconde de prendre sur moi de m’en débarrasser par la violence, tu te casses et tu préviens Nicobar qu’on aura peut-être du retard. J’ai besoin de toi sur ce coup-là…

Il retire violemment son bras de mon emprise et transplane sans abdiquer. Sans rien dire de plus. Je sais qu’il doit me détester pour le moment mais ça ne tiendra que jusqu’à la prochaine fois que je le verrai.

Tsin vient à peine de transplaner que Maya Cheng tend sa baguette vers moi.
Je ne peux faire autrement que l’immobiliser. Sans peine. Ses décisions et ses mouvements manquent de rapidité. La personne qui la manœuvre doit se trouver loin de nous… reste à savoir qui est ou qui sont les personnes qui se tapissent si près de nous sans que je parvienne à les discerner.

Je propose à McEwan de s’occuper de Maya Cheng. Elle comprendra la directive comme elle le veut. Moi, ce que je veux? Ou plutôt ce que je ne veux pas? Je ne veux pas la laisser ici. Ce n’est pas prévu mais nous devons l’emmener avec nous. Je sais que ce n’est pas réglo. Comme à la guerre, nous devons laisser les blessés sur le terrain. Mais voilà que Maya Cheng n’est ni blessée ni à la guerre. Je ne la laisse pas là. Tant pis si Merwick désapprouve.

Dans le vent, aux ombres, j’ordonne à qui est là de sortir de sa cachette.
Ca bouge à droite. Derrière un échafaudage en bambou.

Sortez!

Une petite voix qui a du mal à affleurer des décombres s’élève sans force. Du chinois.
Je ne comprends pas ce que la voix me dit mais elle est chevrotante. Elle n’a pas envie de sortir de sa cachette. Elle a peur. Soudain, deux hommes transplanent devant nous. Un sorcier et un autre que je qualifierais de ‘loup-garou-pas-fini’ – le corps droit, les épaules légèrement repliées en avant, le visage canin et les avant-bras nus parsemés de poils drus, des crocs, des ongles comme des couteaux, l’œil jaune. Sans crier gare. Sans avertissement, ils déchargent sur nous une ribambelle de sortilèges dont la moitié m’est inconnue. Je dresse un bouclier devant McEwan pour lui laisser le temps d’emmener Maya Cheng à l’abri. Eux, ce ne sont pas des copains. Je réponds du tac au tac. Une improvisation d’un maléfice que l’adrénaline rend un peu plus fort que j’aurais spéculé. Un mur explose et tombe au milieu de la ruelle. Fermant l’accès à moitié. Le bâtiment auquel manque le mur ne tarde pas à frémir, menaçant de nous tomber dessus. La petite voix chevrotante pousse un cri. Loin, près du mur qui s’effrite, la silhouette d’un enfant traverse la ruelle pour chercher une autre cachette. Le bâtiment finit par s’effondrer. L’accès est maintenant complètement fermé.

Il faut se battre. Alors battons nous.

. . . . . . . . . . .

Imogen et Xin.

Nicobar, deux jours plus tard.

Imogen et Xin sont assises sur la plage. Elle attendent le départ pour Passa pendant que nous effaçons toute trace de notre passage ici.

L’adolescente n’a pas prononcé un mot aimable depuis que nous l’avons récupérée au Sri Lanka. Ni merci, ni bouse. Les rares fois qu’elle s’adresse à nous est pour contester ce que nous accomplissons. Des repas aux arrêts d’urgence en passant par le choix de notre asile ou de la hutte où elle doit demeurer avec Xin, la petite chinoise. Il m’a pris plus d’une fois le sacrifice de retenir ma main de lui en coller une. Esadora me doit une fière chandelle. A moi et à Etc. Toutefois, la jeune fille semble s’entendre et n’apprécier la présence que de Xin. Faire du baby-sitting en mission. Merlin, sale ingrat. La tâche a naturellement échue à Lucy Etc-McEwan.

Xin. Je devrais demander des comptes au Destin. A la vie. Le Calice a engendré des singularités à vomir. Antarès savait qu’il engendrerait une telle créature. Il ne savait tout bonnement pas, parmi tous les enfants de la Terre, lequel serait cette arme splendide qu’il a crée. Il recherchait la petite depuis des mois.

Du haut de ses neuf ans, Xin Yi Cheng a la particularité de pouvoir retrouver n’importe qui sur la Terre. Autant dire que ce compas ambulant pointerait instantanément vers Merwick ou n’importe quel membre de la Résistance. L’enfant est un danger. Son existence est dangereuse. Pour diriger celui qui lui commande une information de direction vers une personne précise, il faut d’abord entailler son avant-bras. Le sang qui coulent en abondance se meut sur le sol jusqu’à former des caractères. Des caractères qui révèlent une destination qui répond à la question 'où se trouve?'

L’avoir fait ne serait-ce qu’une fois pour retrouver Imogen m’a dégouté. Une fois l’information obtenue, je n’ai plus parlé pour le reste de la journée. Taciturne et ombrageux. Ca m’a calmé. J’en ai même oublié d’être antipathique avec McEwan.

L’image de son petit bras ensanglanté. Son visage animé d’un regard éploré qui ne comprend pas pourquoi on doit lui faire subir ça mais qui le supporte parce que sa mère lui a un jour demandé. Sa mère, c’est Maya. Maya Cheng ne s’est pas remise tout de suite du maléfice Impardonnable. Elle a eu juste assez d’esprit et d’énergie pour solliciter Xin et lui demander de nous faire confiance. Qu’elle était désolée de devoir la blesser. Il fallait qu’elle soit une petite fille courageuse. Xin fut courageuse. Perplexe aussi. Pourquoi elle? Pourquoi doit-elle se cacher depuis que l’on s’est aperçu qu’elle est dotée de ce pouvoir?

Je revoyais sous mes yeux, tout au long de la journée qui suivie, ce bras en sang portant encore les formes potelées d’une enfant… le bras de Noah plus tard… le bras de Rideau le sale mioche de Thiam Phucci… le bras d’une gosse. Comment pouvait-on sciemment blesser un enfant pour en obtenir quelque chose? Comment? Comme ça. Juste parce qu’il le faut.

Si avec nous cette intolérable torture ne s’en arrêterait qu’à deux fois – Une fois pour Imogen et une fois pour Amba qu’il nous resterait à récupérer à Passa –, je n’avais aucun doute qu’elle serait infinie et démesurée entre les mains d’Antarès. La savoir lacérée durant des mois par le démon aux milles visages pour être ensuite jetée comme un vulgaire outil, justifiait mal - mais mieux - que je dusse me plier au jeu de ce sacrifice. Pour ces deux fois-là. Uniquement.

Mais le Destin est un enfoiré…

A Nicobar un soleil de plombs nous guettait. Heureusement nous étions près de la mer. Bénéfice du vent frais. Nous logions en bordure de forêt. Deux huttes à peine plus grandes qu’une citrouille. Toutes deux désillusionnables et préparées par les Résistants Sri Lankais pour la cache de trois jours. Cela permettait aux Résistants de Passa de se préparer à livrer le deuxième colis. Amba.

Imogen s’installa avec Xin dans la plus grande des huttes. Xin réclama qu’on n’éloignât pas sa mère d’elle une nouvelle fois – au Sri Lanka, je partageais la chambre de Maya. Dès lors, la soustraction est assez simple. Je me retrouvai avec Etc-McEwan. Je n’étais pas d’humeur depuis que nous avions quitté SLK où j’avais dû charcuter le bras de Xin, aussi, la Rouge eut de la chance que mes remarques ordinairement obscènes ne se fissent que provocantes: "McEwan, si tu as envie de t'envoyer en l'air ne me saute pas dessus dans la nuit... je suis plutôt du matin. Bonne nuit."

La nuit, il tombait des trombes d’eau comme les océans du bout du monde savent si bien faire pleuvoir.

Nous reprenions des forces. Nous pansions les blessures accumulées ces deux derniers jours.

La bataille de la ruelle avait tourné plutôt mal et, en faisant fuir nos Opposants, nous avions arraché la victoire à très peu de chose. Plus tard, au Sri Lanka, nous y retrouvâmes les deux Opposants dont nous étions parvenus à nous débarrasser alors que nous comprenions que Xin était l’arme recherchée. L’information avait contribué à un regain inespéré de forces pour les repousser. L’arme était une enfant. Nous ne pouvions pas faillir. Mais en Inde, ils furent plus nombreux. Plus audacieux. Plus vicieux. Plus offensifs. Nous manquâmes de mourir plus de fois qu’un être normal ne passe à côté de la mort en l’espace d’une vie entière. A la fin, nous n’eûmes qu’une nuit pour retrouver Imogen – encombrés de la présence de Maya qui ne tenait plus debout. Une nuit pour dormir une petite volée d’heures avant d’être conduit vers Nicobar.

Au calme. Enfin. Si je pus soigner McEwan, Maya et Xin, il me fut plus difficile de me soigner tout seul et je refusai qu’on me touchât. Le sel de la mer cautérisa les plaies. En silence. En souffrance. En un rien de douleur que je m’infligeai intentionnellement loin des yeux de toutes ces filles qui m’entouraient soudain. Besoin de payer pour ce que j’avais fait. Ce n’était pas chrétien, c’était crétin. Mais allez comprendre où l’on va chercher la rédemption, par le biais de ces voies irraisonnées, pour des actes qu’on a commis. En souffrant, je concevais mieux et je n’oubliai jamais la douleur que j’avais dû infliger à Xin.

Je parlais peu avec Mélusine mais je ne cessai jamais de l’observer. Plus le temps passait, plus j’appréhendais moins de la laisser diriger elle-même ses initiatives. Elle devait avoir compris ce qu’elle était libre d’entreprendre. Tout ce qu’elle voulait, sauf la direction des opérations. Quand je m’occupais d’essayer de me renseigner sur la prochaine étape. Quand je me battais en première ligne et que j’attendais d’elle qu’elle fût la seconde ligne. Quand je posais la question et qu’elle devait se souvenir des réponses. A chaque instant, elle renforçait sa position à mes côtés. C’était ça: un renfort. Le back-up. J’étais passablement étonné de m’habituer à sa présence. Quand je l’appelais Lucy, elle n’était plus McEwan et je pouvais presque l’apprécier comme une femme. Une personne.

Sans m’en rendre compte, même lorsque nous n’étions que tous les deux – et malgré mes efforts pour que cela advienne le moins souvent possible – je me surprenais à l’appeler Lucy.

C'est bon, Lucy. Lui dis-je quand nous avons terminé de ranger nos affaires. Il reste à faire disparaître cette deuxième hutte avant de rejoindre Xin, Maya et Imogen sur la plage. Devant l'habitation, nous nous arrêtons. C'est la nôtre. Pour la première nous avons opté pour une dé-construction. Maya a été disséminer tout ce qu'elle pouvait dans la forêt mais l'opération a été très longue. Nous n'avons plus le temps, on nous attend à Passa. Je pense que c'est assez. On en fait un feu de joie ou tu te sens d'attaque pour un grand bon sortilège de disparition?

. . . . . . . . . . . .

Amba.

Passa, veille du retour à Londres.
Immeuble des Harbourg. Centre commercial moldu. Une remise sombre.


Xin est assise dans mes bras. Elle me lance un regard décidé mais je sais qu’elle a peur. Elle regarde mon index qui pointe au-dessus de son bras. Le dialogue est irréel.

Tu es sûre?
Tu peux, oui. Je préfère que tu m’ouvres le bras avec la magie qu’avec un couteau.

Avec ma propre main. Ca lui est psychologiquement plus tolérable mais pas à moi. De mes propres mains. Je n’ose pas lever les yeux. En face, il y a McEwan et Imogen.

Notre informateur vient de nous laisser. Il a protégé le centre commercial. Nous pouvons transplaner tranquillement durant une période de trente minutes. Il sait de source sûre qu'Amba est à Passa mais le jeune homme ne sait pas qu'il est surveillé par la Résistance et par l'Opposition.

Le regard d’Imogen se détourne vers Maya pour lui reprocher de laisser sa fille donner de son sang pour une cause dont personne ne comprend réellement les tenants et les aboutissants. Sentant le regard plein de reproches, Maya baisse les yeux. Honteuse.

Louis, c’est le Destin,murmure-t-elle en voyant mon doigt hésiter.
Malgré moi, je serre Xin dans mes bras comme je serre Noah quand il fait un mauvais rêve, quand il approche un chien qui aboie. ‘messan le chien’… Non. Messan le Sacha.

Tu m’emmerdes avec ton destin. Ce n’est pas le destin qui va lacérer ta fille.
C’est pas grave, Louis… dit Xin avec son accent chinois gonflé d'intonations enfantines. Je sais que je suis là pour ça.

Sait-elle que sa vie va devenir un enfer? Est-il trop tard pour prétendre n’avoir jamais rencontré l’arme. La laisser ici. Avec sa mère. Les préserver de ce qui les attend dorénavant que tout le monde se doute que l’arme a été découverte…

L’index en apesanteur à quelques centimètres de sa peau, je trace un trait fin dans le vide. Au-dessus du galbe intérieur du bras. Où les prises de sang sont généralement faites. Elle grimace. Sur la peau que je touche pas, le sillage se fait. Du sang commence à couler. Je cesse à moins de trois centimètres et la serre encore plus fort. Elle tend son bras au-dessus du sol.

Ca ne coule pas assez... constate-t-elle. Elle me tend de nouveau son bras. Une goutte tombe sur mon pantalon. J’inspire mais cache avec tout le mal du monde combien ça me coûte de lui faire ça. J’agrandis la plaie de trois centimètres. Ca semble lui convenir.

Après un temps trop long, une petite flaque rouge convulse et commence à frétiller:

Xin replie son bras.

Pose la question maintenant.
"Où se trouve Amba?"

Les yeux de Xin deviennent blancs. Elle entre en transe. Sur le sol, la flaque se divise, se subdivise, tourne et s’active. En quelques secondes, nous voyons apparaître le message.


AMBA IS HERE – PASSA BUQA NOVA


'Ici?! Ca, c'est plus qu'étonnant.'

Je m'attendais bien à ce qu'il soit dans Passa mais pas aussi proche de nous.
Encore un piège? Que se passe-t-il?

Les yeux de Xin reprennent leur couleur. Maya se jette sur elle et entoure son bras d’un tissu pour garrotter l'enfant. Imogen me regarde avec dégoût. Mais pas un mot. Pas besoin. J’ai compris. Néanmoins, je me prémunis du pire avec elle:

Imogen… donne-moi ta baguette.
Non.
Je ne veux pas risquer que tu t’en serves. Tu es tracée. Donne-la moi.
Je ne m’en servirai pas.

D’un geste de la main en direction du ciel, je fais voler Imogen à deux mètres du sol. Un petit tour du poignet, la jeune fille se retrouve la tête en bas. Je secoue ma main, Imogen est secouée de haut en bas. Comme un sac de linge. La baguette tombe sur le sol. Je l’attire et la fais disparaître. Ca, c’est fait. Elle crie. Je n’écoute pas. La repose et m’adresse à celles qui restent:

Lucy et moi allons chercher Amba. Buqa Nova est un magasin de vêtements au dernier étage. Normalement, on revient vite et on transplane tous vers Londres…

Au mot ‘tous’, le regard de Maya Cheng s’assombrit d’une morosité que je connais. Comprends. ‘Tous’ ne la compte pas. Elle n’aurait jamais dû être là. Je ne peux transplaner sur une distance aussi longue avec 4 personnes. Infaisable…

On n’aura très peu de temps. Alors, Imogen, si je te dis qu’on fait quelque chose, on le fait sans poser de questions.

Elle peste et va s’asseoir près de Xin et Maya. Me fait savoir qu’elle préférait quand elle était retenue prisonnière par les Opposants parce qu’ils la laissaient tranquilles, eux, au moins. Elle en touchera un mot à sa mère. Je lui dis que j’espère bien. Que si j’avais plus de temps et que je n’étais pas certain de finir à Azkaban une nouvelle fois - mais cette fois pour détournement de sorcier mineur -, je lui mettrais bien une fessée.

On part.

Lucy, après vous, dis-je en ouvrant la porte de la remise pour laisser passer McEwan. Restez bien cachées. S’il y a le moindre problème, Xin… tu as le médaillon. Un mot et j’apparais près de toi, d’accord, gamine?

Elle opine.

C’est reparti pour un dernier tour.





Walked out this morning
Don't believe what I saw
A hundred billion bottles
Washed up on the shore
Seems I'm not alone at being alone
A hundred billion castaways
Are looking for a home
(Police)



Dernière édition par Sacha de Lansley le Mer 21 Avr 2010 - 19:35, édité 1 fois
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: Ce qu'il y a derrière... [PV McEwan]   Ven 5 Mar 2010 - 13:30

"As long as hundred of us remain alive, we will never be subject to tyrannical dominion because it's not for glory or riches or honours that we fight, but for freedom alone, whiwh no worthy [wo]man loses except with his life."
Declaration of Arbroath

Human has a right to freedom and a duty to defend it with his life.


Quand les deux jours initiaux en enfantaient un troisième, quand la fatigue vous ouvrait grand les bras en un appel au repos, quand les nerfs s'usaient à l'attente et aux surprises, quand la mort vous avait fixé droit dans les yeux avant de vous tourner le dos, quand votre vie n'était plus suspendue que par un fil, c'est fou ce que ce fil acquérait comme valeur et que cette vie prenait un goût d'exceptionnel et de furieusement inachevé.
Et Mélusine Maso McEwan aimait ça.
Ne pas chercher à comprendre.
Pas le temps. pas l'envie.
Elle aimait ça.
Quand bien même elle n'aurait pas survécu sans lui. Quand bien même il n'aurait pas survécu sans elle. Cette double-vérité lui plaisait bien trop pour être honnête. Mais tant pis, tant qu'elle occultait le naturel avec lequel ils évoluaient dans leur espace commun... ça, ç'aurait été dérangeant.

L'envol de son sens de l'humour, creusé par la fatigue et qui rendait le cours trajet jusqu'au hall du centre commercial morne et silencieux, ne parvint pas à émousser son sens de l'observation. Ou sa volonté de bien faire. Ou ses réflexes pris en quelques jours. Au choix.


"Le Buqa Nova est tout au Nord du bâtiment. A l'opposé."

De l'utilité des plans d'étage.

"Ascenseur jusqu'au dernier étage et on a plus qu'à traverser l'allée."

C'était ça ou les Escalators. Dans l'un ou l'autre des cas, c'était un luxe sacrément inutile mais plaisant. De tout ce que les Moldus avaient inventé, l'ascenseur était une des trouvailles préférées de Mélusine. Une impression d'apesanteur et de vitesse. Un voyage sur une centaine d'étages non-stop devait être absolument grisant. A essayer. Un jour. Plus tard. Dans un spécimen qui ne râlait pas pour le moindre centimètre vers les hauteurs. Après des hoquets interminables, l'engin finit par le cracher au troisième et dernier étage, pour repartir dans un chuintement qui ne promettait rien de bon. Ok, noté. Au retour, prendre les Escalators. Youpi.

Accueillis par les effluves appétissantes d'un boui-boui de gastronomie exotique (ou pas exotique du tout, selon les points de vue), ils avancèrent au milieu de la foule, baguette à la main. La dissolution progressive du Code du Secret avait cela de bon. IL y avait là des femmes et des hommes, quelques enfants, dans une normalité déconcertante. Mais dans les années troubles, il n'y avait sans doute plus que les habitudes auxquelles se rattacher pour ne pas devenir fou. Pour se rassurer. Au moins un peu. Pour se leurrer. Pas de jugement, pas cette fois. Se leurrer quand on ne pouvait rien faire d'autre, quand on avait un univers qui gravitait autour de soi et qu'il fallait défendre et faire survivre, quand cet univers dépendait de vous et de votre capacité à demeurer en vie, quand votre présence était essentielle pour que cet univers-là continue de tourner rond... se leurrer dans ces cas-là était la seule option possible générée par l'abdication de la liberté. Se faire oublier était parfois le meilleur moyen de rester en vie. Qu'on ne s'y trompe pas... La liberté, ça n'était pas de faire ce que l'on voulait, c'était de vouloir ce que l'on faisait. Quand on possédait cela, on pouvait s'estimer riche. Elle avait déjà ça.
Se dire qu'en dépit de tout, elle était chanceuse.
Fin de la minute pseudo-philosophique.

Mélusine savait, subodorait, supposait (rayez les mentions inutiles) que Louis utilisait son "truc" pour chercher la présence d'Amba. Pendant ce temps, elle scannait leur horizon. L'occlumancie et autres protections psychiques pour crâneurs de l'intellect étaient malheureusement monnaie courante dans
l'autre camp alors, il fallait recourir aux bonnes vieilles méthodes: observation, instinct et réflexe.
Ce furent ces mêmes bonnes vieilles méthodes qui lui firent agripper le col de son pull à lui pour l'attirer vers elle.


"Tais-toi."

'Mieux vaut prévenir que guérir...'

Qui la firent se reculer dans un recoin. Elle collée contre le mur. Lui collé contre elle. Une main ancrée dans sa nuque. Sa bouche contre la sienne.
Une pierre, deux coups. C'était dissimuler sa crinière flamboyante et les faire se fondre tous les deux dans la décor, comme une évasion loin des regards inquisiteurs.
Il aurait fallu être armé de multiplettes (qui s'en embarrassait dans une telle situation?) et d'un potentiel voyeuriste pour s'apercevoir que leurs lèvres étaient immobiles et qu'ils étaient un peu trop
déconcentrés du feu de l'action pour être honnêtes.
Mélusine gardait les yeux à demi-ouverts pour faire le guet. Au-delà de la pommette de de Lansley, elle avait une vue plongeante sur ceux dont ils se cachaient. Qui passèrent devant eux, au loin, sans les voir. C'était bien la première fois qu'un bouche-à-bouche lui sauvait la vie. Parce que c'était bien
eux qu'ils n'auraient pas manqué de croiser. Merlin avait été avare de facilités quand il avait dressé leur planning de la journée. Humph.

Enfin, après une attente interminable, elle le repoussa, une petite moue dégoûtée au coin des lèvres. S'y glissa un sourire teinté d'humour.


"C'est le matin..."

Soit-disant qu'on peut rire de tout....
Finalement, son humour n'avait pas pris le large. Tant mieux ou tant pis, il savait pourquoi elle avait fait ça et au diable si ses méthodes étaient discutables.

Enfin, les vitrines du Buqa Nova leur firent de l'oeil.
Aucun danger alentour.
Apparemment.
Entrons.

C'était fou comme c'était court une demi-heure quand il s'agissait de sauver le monde.


'Oui... enfin, tout est relatif.'

Oui. bon. Hein. C'était pas exactement le moment de
la contrarier.
Un mouvement brusque sur sa droite lui fit effectuer un geste qui faisait passer les excités de la baguette façon Maugrey-Fol-Oeil pour des rigolos.


'J'adore tes images...'

Bref.
Un mannequin en plastique de l'angle en fut pour un "Stupéfix" qui ne changea pas grand chose à sa situation. Mais aussi, avait-on idée de ressembler autant à un être humain? Le plus exceptionnel dans l'histoire, c'était que son sortilège était passé inaperçu. Enfin, quand était assez douée pour se convaincre qu'on pouvait bluffer de Lansley en travestissant son coup de baguette en grattage de nez. L'erreur est humaine, pas vrai?

Entre deux rayons de jeans (il n'y avait donc vraiment rien de plus international que la mode?), Louis se figez, très brièvement. Imperceptiblement. Et Mélusine suivit son regard.
Nom. De. Dieu.
Par la barbe de Merlin et de tous ses prophètes, ce type était beau comme c'était pas permis. Et c'était très certainement Amba. Message express en provenance de son petit doigt.
Et pendant que Louis s'avançait en éclaireur diplomatique pour se livrer à de brefs pourparlers argumentés, Mélusine, elle, s'occupait à ce que la discussion restât privée. En d'autres termes, à réagir, magie à l'appui, en cas d'intrusion malvenue. Qui, comme de bien entendu, ne manquèrent pas à l'appel. Merlin devait vraiment être en mal d'imagination (ou en veine d'action) pour écrire un scénario aussi prévisible.

Un des mannequins parut revenir à la vie (magnifique camouflage) et échappa de peu au sort de son collègue de plastique.
Dommage.


'Comme quoi, tu n'es pas si folle qu'il y paraît...'

Quand elle put enfin relever la tête d'un échantillon coloré de jet de sortilèges, ce fut pour constater que
1. qu'Amba avait disparu (bénéficiaires des magies pleines de ressources de Louis?).
2. que le Louis en question était passé à l'action.
3. que ça n'était pas un mal puisque le faux mannequin (qui s'avérait être un vrai moche) avait rameuté ses potes par elle ne savait quel moyen. Pendant un bref répit, elle remarqua que plusieurs d'entre eux gardaient des traces de déguisements divers. Et que le loup-garou-pas-fini était de la partie.
4. que Louis et elle étaient dans la bouse jusqu'au cou. Et encore, elle était optimiste.


'Placebo!' © Mélusine McEwan

C'était son sortilège préféré. Invention personnelle, allez savoir comment. Petit bijou découvert lors du Combat Blanc. Le maléfice n'opérait qu'en informulé et pouvait se révéler redoutable comme ridicule. L'adversaire subissait les effets dont il s'attendait à être la victime, de sa part à elle. Tout était donc dans l'opinion que la cible avait de Mélusine. D'où le redoutable à ridicule. Surtout ridicule jusque-là.
Un sort à double tranchant. Tout ou rien. Elle 'avait jamais aimé les demi-mesures... Quel intérêt de vivre les choses à moitié?

Placebo, donc.

Elle aurait presque pu être flattée du résultat (le type était K.O. au sol) si un maléfice ne l'avait pas frôlée d'un peu trop près, ses réflexes l'envoyant valser et taper quatre bises au parterre. Étonnament, la position était plutôt stratégique. Par habitude, les gens assuraient leurs arrières et tentaient de garder la vie sauve en guettant le danger devant eux, derrière eux et sur les côtés. Plus rarement au sol. A deux ou trois réussites au compteur, Mélusine en était presque à se féliciter pour sa stratégie improvisée. Presque.
Une déchirure dans son dos. Pas le temps de vérifier s'il s'agissait de sa première ou de sa deuxième peau. Une sensation de brûlure l'inonda tout le long de l'omoplate jusqu'à la colonne.


'Et bouse!'

La vraie pensé était un tantinet plus vulgaire.

Muet et invisible jusque-là, Piccolo, le vivet doré, s'échappa du sac qui avait été sa cage et manifesta sa rage. Adorable petite chose qui prenait tellement au sérieux les derniers mots de son humain précédent. Prend soin d'elle. N'aurait-elle pas eu un voile rouge lui obstruant les sens que Mélusine aurait souri. Presque.
Et Piccolo passa à l'attaque, droit sur l'offenseur. De cet acte de bravoure, on ne retiendra qu'un bruit écoeurant auquel fit écho un hurlement de douleur qui n'avait plus grand chose d'humain. Insaisissable, l'oiseau se déchaîna.

Parallèlement, la brûlure dans le dos de Mélusine s'émoussa, juste assez pour avoir le courage, la force de se relever. Et de continuer. Hors de question d'être le maillon faible, et ça n'était même pas une question de fierté. C'était sans doute une chance que la magie dans leurs veines renforce la Résistance de la race sorcière. Qui n'avait jamais été témoin des capacités et des réflexes de survie des tous jeunes sorciers? Rebondir alors qu'on tombait du dernier étage, éteindre un feu qui menaçait de vous carboniser, s'envoler littéralement pour échapper à un danger quelconque, etc.
L'ennui, c'était que l'autre camp avait aussi cette Résistance. Les batailles se muaient en éternité. Les sortilèges fusaient, les présentoirs explosaient, les vêtements se consumaient doucement et Mélusine décomptait, elle en était sûre, la perte de la moitié de ses cheveux, des entailles trop nombreuses et la désensibilisation de certains bouts de son corps. Mais après tout, qui avait besoin d'un gros orteil?

Elle passa auprès de sa première cible. Celle du K.O. par "Placebo" et fut frappée par la certitude qu'il était... mort. "Frappée" était le mot. Le choc la saisit au ventre et la glaça de l'intérieur. Abîmer, estropier, mutiler, d'accord. Mais tuer, détruire une vie... Jamais encore elle n'avait.... Le sentiment qui s'empara d'elle était indescriptible. Il était fait de dégoût, de nausée et d'horreur. Parce qu'en définitive, l'horreur était humaine. Et parce que ce "Placebo" était supposé être le reflet d'elle-même.
Quand bien même c'était pour protéger sa vie.
Quand bien même c'était pour sauvegarder ses idéaux.
Quand bien même c'était pour une cause juste.

Le monde sembla s'arrêter, se voiler.
Mais le corps humain est conditionné pour survivre. Et tandis qu'elle s'abîmait dans quelque chose de trop personnel pour être décrit, son corps prit la relève et passa en mode réflexe on.
C'était de la fureur. C'était de la violence. C'était ...
On appelait ça l'énergie du désespoir.




« When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up.
I wrote down ‘happy’.
They told me I didn’t understand the assignment,
And I told them they didn’t understand life. »
John Lennon
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Ce qu'il y a derrière... [PV McEwan]
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