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 Le battement d'ailes du papillon [PV]

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Loevi Leroy
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MessageSujet: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Lun 24 Mar - 19:13

Mars 2010. Un matin froid et pluvieux, plus sombre qu’un ciel d’orage. Ce n'était pas un jour à mettre le nez dehors, pour quelque raison que ce soit. Mais pour Loevi Leroy, c’était encore moins un jour à rester enfermée dans sa chambre sans rien faire d’autre que relire sans fin des cours qu’elle connaissait déjà par cœur ou ruminer en silence. Tout sauf ça. Elle en avait marre du château, marre des cours, des interminables couloirs et des heures qui passaient trop lentement. Elle en avait déjà marre à son arrivée ; c’était pire aujourd’hui. Elle n’aurait jamais cru que rattraper son retard magique serait si fastidieux. Pas aussi difficile qu’elle l’avait cru non, mais terriblement répétitif.

Drapée dans son mutisme habituel, Loevi s’enveloppa d’une cape grise et traversa le hall d’un pas décidé. Elle poussa l’un des battants de la grande porte et s’arrêta sur le seuil, contemplant cette interminable pluie qui s’abattait sur eux depuis des jours. Un soupir résigné lui échappa, tandis qu’elle songeait que, décidément, les choses s’étaient bien dégradées en quelques mois. Comme de fait exprès, la nuit n’était pas non plus revenue, empêchant la jeune fille de trouver le sommeil. Elle espérait presque voir arriver une nouvelle séquence de nuit, tant elle se sentait fatiguée. Ces cycles détraqués avaient une influence bizarre sur elle, mais elle ne pouvait rien y faire, alors elle subissait. Mais pas en silence, non. Elle ne cessait de maudire le responsable de tout ce chaos qui parvenait même à ruiner son sommeil.

Presque machinalement, elle sortit sa baguette et s’improvisa un parapluie magique. Puis elle descendit les marches du perron et s’engagea sur le sol détrempé du parc. Le premier pas la fit chuter en arrière, les fesses sur la pierre ruisselante de l’escalier. Elle laissa échapper un juron sonore, tandis que son parapluie laissait filtrer l’abondante pluie sous l’effet de la déconcentration.


* Quelle poisse ! * pensa-t-elle avec colère. Elle se redressa et constata les dégâts : elle était trempée, cette fois ; c’était gagné. * Mais quel temps pourri ! *

Elle soupira encore, le regard tourné en direction du village sorcier, où elle se rendait. C’était une mauvaise journée ; et ça faisait déjà un moment que ça durait. Elle ne trouvait même plus la force de maintenir sa colère et sa rage ; tout juste arrivait-elle à se montrer froide envers ses semblables – l’indifférence, c’était bien plus facile. Mais au final, où en était-elle, à présent ? Elle n’avait rien fait de concret jusqu’à maintenant et ne semblait pas près de commencer. Elle s’était isolée de tout et de tous, et la voilà désormais seule ; et même si elle avait cru que c’était ce qu’elle voulait, elle devait bien admettre aujourd’hui que ça lui pesait.

Mais pouvait-elle vraiment faire autrement ?

Elle mit la main dans une de ses poches et s’y saisit de l’objet qui s’y trouvait. Sa seule vraie raison de sortir par ce temps, de fuir, même pour quelques heures, l’atmosphère étouffante du château. Rapide coup de baguette pour se sécher, et elle était déjà repartie, d’un pas plus prudent, vers Pré-au-Lard.

Il lui fallut plus que temps que d’habitude pour y arriver. La pluie rendait la visibilité mauvaise et le sol était plus traître que jamais. Mais elle parvint aux abords de la ville sans autre encombre et se dirigea directement vers une boutique peu connue des élèves de l’école. Dissimulée dans une ruelle peu fréquentée du village, l’échoppe crasseuse n’était pas sans rappeler la devanture de Barjow & Beurk, sur le Chemin de Traverse. Mais Loevi s’en fichait ; depuis son accession au titre d’Héritière, elle s’était habituée à ce genre d’endroit. Les commerçants au regard calculateur ne lui faisaient plus peur – à présent, c’était elle qui les faisait tressaillir.

Elle poussa sans hésitation la porte et pénétra dans un magasin plus sombre encore que les couloirs de Poudlard en pleine nuit. Sans crainte aucune, elle s’avança vers le comptoir où elle s’accouda nonchalamment, regardant autour d’elle d’un œil distrait. C’était vraiment la maison des horreurs, cette boutique, on pouvait le dire. Pour quiconque n’aurait jamais visité les souterrains caverneux de cette vieille folle de Martha – toujours en vie, celle-là, plus Résistante qu’une mauvaise herbe.

Elle attendit, elle attendit, mais le commerçant ne semblait pas vouloir se montrer. Elle appuya sur la petite sonnette posée à côté d’elle, une fois, deux fois, faillit l’écraser sur le comptoir, mais n’obtint pas plus de résultat.


-Eh ! cria-t-elle à l’arrière-boutique, trou béant débouchant sur un océan de ténèbres. Alors, ça vient ? Vous avez des clients, là !

Elle n’était pas spécialement pressée, mais elle détestait attendre – un trait hérité de son père, à moins que ce fut du sang BloodDust ; hautement réputés, tous les deux.
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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Mar 25 Mar - 10:43

- Des clientes serait plus exact pour tout dire... lança une voix familière à Loévi.

Elinor surgit de l'ombre qui la protégeait du regard de son ancienne amie. Elle était vêtue d'une grande cape de velours noir ce qui la rendait encore moins visible dans la boutique; Dans sa main droite elle tenait son vieux balai qu'elle n'avait pu laisser dehors de crainte d'un vol. A l'épaule lui pendait un sac en toile beige façon besace de l'armée, bombé par son contenu.

Le temps et les circonstances les avaient toutes deux éloignées jusqu'à cette entrevue dans les serres. Elle avait dressé entre elles un mur d'amertume et d'acidité sur des fondations d'incompréhension mutuelle. Autant dire qu'elles n'avaient pas spécialement envie de se retrouver là, ni l'une, ni l'autre.

- Ouais, ouais, j'arrive. Grogna une voix grinçante de l'arrière-boutique.

Une vieille et minuscule sorcière toute ridée fit voltiger un rideau et apparut face aux deux étudiantes.

- Que puis-je pour vous mes toutes belles? Demanda-t-elle toute mielleuse dans un sourire qui découvrait toutes ses dents gâtées autant par l'âge que par l'alcool qu'elle avait dû ingurgiter chaque jour de sa vie.

Cette vision était si destabilisante qu'Elinor se demanda si cette commerçante n'avait pas un elfe dans sa lignée familiale. Twisty était aussi grand qu'elle et il avait moins de rides. Sa robe était miteuse, aussi trouée que de la dentelle de Calais, et ses ongles regorgeaient d'une crasse sans âge. C'était la première fois qu'elle la voyait et qu'elle mettait les pieds dans sa boutique... Ce serait sans doute la dernière.

- Pour ma part, je viens vendre un objet qui serait susceptible de vous intéresser. dit-elle en caressant son sac.

- Nous verrons ce que nous pourrons faire pour ça en temps voulu. Et vous Miss?

Quelque chose laissa penser Eli que ce n'était pas la première fois que ces deux là se croisaient.
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Mar 25 Mar - 21:14

Journée de merde.

Il n’avait fallu que sa voix pour pétrifier littéralement Loevi sur place. C’était comme ça depuis longtemps – depuis toujours, n’hésiteraient pas à affirmer les mauvaises langues. Ce qui ne changeait rien à une chose : c’était la dernière personne qu’elle aurait voulu voir ; surtout aujourd’hui. Surtout ici.

Elle n’arrivait pas à imaginer ce qui pouvait amener Elinor Redgrave en un tel lieu – et pour vendre quoi, je vous le demande. Ce n’était pas un endroit pour les filles de bonne famille. Et qu’on n’aille pas dire que Loevi était fille de bonne famille – il fallait vraiment méconnaître la dynastie pour oser penser une chose pareille, mais il fallait bien admettre que c’était l’image chérie que les BloodDust se plaisaient à afficher devant la communauté sorcière au grand complet. La merveilleuse dynastie BloodDust, si ancienne, si noble, si pure… Voilà ce qu’elle avait fait d’une innocente enfant, cette merveilleuse dynastie. Une gamine aigrie qui traitait avec les pires reclus du monde de la magie noire. Elle n’aurait pas pu tomber plus bas.

Et il fallait qu’Elinor voie ça… Si ça n’était pas déjà fait, cette fois, elle allait comprendre ce qu’était devenue la douce et charmante Loevi. Elle allait la haïr – et peut-être que c’était mieux ainsi. Mais elle ne pouvait pas la regarder. Elle ne voulait pas voir son visage, ni l’éclat de déception qu’elle y lirait sûrement. Ou peut-être juste le mépris. Elle pensait s’y être préparée. Mieux, elle pensait y être totalement indifférente. Mais si tel était le cas, alors pourquoi se sentait-elle si mal à l’idée de voir ses craintes confirmées ? Craintes ? Elle était plus atteinte qu’elle le croyait…

Comme si tout cela ne suffisait pas, la vendeuse et propriétaire des lieux dédaigna ostensiblement Elinor pour se tourner vers elle – fâcheuse habitude de cette affreuse bonne femme qui décrétait que ses plus anciens clients passaient avant les autres. Elle ressemblait à Martha, cette vieille bique. Aussi délabrées l’une que l’autre, et toujours pas décidée à quitter une bonne fois pour toute le monde des vivants. Elles ne pouvaient pas s’imaginer ce que leur perte signifierait dans le monde… Quelle tristesse.


-Miss Grichon, salua-t-elle pourtant en s’inclinant poliment.

Ignorer Elinor, ou la laisser passer avant pour qu’elle ne voie pas ce fichu objet que l’ancienne Poufsouffle avait apporté avec elle ? Cruel dilemme que la vieille rombière résolut pour elle.

-Eh bien ? Qu’avez-vous apporté, cette fois ? demanda-t-elle d’un ton sec.

La gentillesse incarnée, cette femme. Loevi soupira et posa un baluchon de toile brune épaisse sur le comptoir.


-Je ne viens pas vendre, Miss Grichon, expliqua-t-elle en déballant avec attention son paquet. Je voudrais que vous examiniez cet objet.

Elle ne donna pas d’information supplémentaire ; Bergette Grichon connaissait les règles du métier. Moins on pose de questions, meilleures sont les relations avec le client. La vieille femme sortit des binocles d’une poche et les posa sur son nez. Juchée sur la pointe des pieds, elle observa avec attention l’objet que Loevi tentait de dissimuler au regard d’Elinor – au cas où elle aurait la curiosité de regarder. Bergette laissait échapper quelques grognements approbateurs, les yeux tellement rapprochés qu’elle avait l’air de loucher.

-Hm… Oui, oui, je vois, je vois… Une belle œuvre, en effet. Du travail parfaitement exécuté. Très ancien, ça oui, plus ancien que mon grand-père, et Merlin sait qu’il était vieux.

Elle retira ses binocles et se campa sur ses pieds en fixant Loevi droit dans les yeux.

-C’est d’accord, dit-elle. Je ferai ça aussitôt que possible, et je vous enverrai un hibou dès que j’aurais quelques informations – la procédure habituelle. Je laisse à votre discrétion le montant de la note, bien entendu.

Bien entendu. Après qu’elle ait légèrement augmenté la prime à la fin de leur première affaire, Loevi s’était vu attribuer le privilège de déterminer elle-même le prix des traites suivantes. Elle ignorait encore si c’était une affaire ou une arnaque. Elle s’écarta pour sortir, ayant totalement oublié la présence d’Elinor. Elle s’immobilisa, les yeux rivés sur celle qu’elle évitait depuis trop longtemps. Derrière elle, l’objet mystérieux était bien visible.

Une boule de cristal aussi grosse qu’un Souaffle, dans laquelle s’agitait une fumée dense et noire comme la suie. La lumière se reflétait dans les fines ciselures en spirales, formant comme des lignes d’écume dans la tempête intérieure. Le socle, en bois sombre et vieilli, était gravé de runes et de symboles obscurs. A sa base, une plaque de platine terni arborait en lettrines ouvragées le nom «
BloodDust ».
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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Mer 26 Mar - 8:24

Je ne savais pas combien je pourrais retirer de la vente de ma statuette égyptienne, mais elle me permettrait sûrement de me remettre à flot. A l'époque je l'avais achetée assez cher sur le Chemin de Traverse. Elle devait me servir à voyager au Royaume des morts. Finalement il s'est trouvé grâce à Sacha que je n'en ai pas eu besoin. Alors à quoi bon la garder?

Pendant que la jeune fille essayeit de deviner combien elle retirerait de son précieux objet, Loevi montra un objet personnel à Miss Grichon. Elinor essaya de ne pas se concentrer sur Loevi et d'attendre patiemment son tour. Aussi s'engouffra-t-elle dans un rayon ne contenant que des bocaux étranges remplis de formol et de bébés dragon... Un peu plus loin, une collection de miroirs aux qualités insoupçonnables se chargèrent d'attirer son attention. Ils se mirent à parler en découvrant son visage dans leur reflet. Leurs paroles se mêlaient étaient totalement incompréhensibles. Elinor recula, passablement déstabilisée par ce magasin. On lui avait bien dit qu'il était bizarre...

Elle remonta une sombre allée rapidement en espérant que la petite bonne femme reviendrait au plus tôt pour lui dire combien elle lui donnerait et qu'elle pourrait détaler d'ici sans demander son reste. Ce faisant, au bout du rayon se trouvait Loevi. Elle ne détourna pas le regard, au contraire. Mais bien vite, les yeux de Loevi se fixèrent ailleurs derrière Eli. Impossible de croire qu'elle fuyait son regard d'ailleurs tant son attention toute entière était portée derrière l'ancienne Serpentard.

Eli se retourna et contempla l'objet. On aurait dit une boule de cristal. Mais dès qu'elle se mit à regarder le socle, la plaque de platine se mit à briller. Les lettres se décomposèrent en traits grouillants comme des vers de terre pour ficher le camp, mais au lieu de ça, elles formèrent un autre nom. "Redgrave".

- C'est quoi ça?

Elle avança vers l'objet et le saisit vivement. Par quel miracle le nom change? C'est pas une boule à Trélo ça! C'était certain. Alors? Elle la tourna, la retourna, tout en admirant la manufacture et la tempête intérieure qui l'agitait.

- Att... commença la petite sorcière avant qu'Eli ne commette l'irréparable..

Une boule à neige comme les souvenirs moldus?

Elle se mit à la secouer pour voir si quelques chose allait se passer. Et ça, ... se passa. La boule s'emplit d'e rayons de lumières qui se répendirent dans tout le magasin jusqu'à la baigner dans une lumière blanche étrange. Eli eut juste le temps de jeter l'objet assez loin et de sauter près de Loevi en attendant. En attendant quoi? Elle ne le savait pas.

Derrière elles, un bruit de porte claquant se fit entendre. La commerçante venait de se faire la malle. Ca ne sentait pas très bon tout ça...

Un bruit de verre brisé. La boule venait d'exploser au sol.
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Mer 26 Mar - 21:14

Avant même que Loevi n’ait pu comprendre ce qui se passait, Elinor s’était saisie de sa boule de cristal comme s’il s’était agi d’une vulgaire statuette de bois et la tournait et retournait dans tous les sens, l’air aussi émerveillé qu’un gamin devant le tout dernier Nimbus. Devenait-elle folle ? Que s’imaginait-elle, que Loevi allait apporter dans un endroit pareil un objet totalement inoffensif ? Elle avait fumé quoi avant de venir, pour se donner le courage d’entrer ici ? L’Héritière BloodDust ne put réprimer une exclamation de stupeur alors qu’Elinor se mettait à secouer la boule sans songer une seconde à la stupidité de son geste.

-Arrête ça ! hurla-t-elle.

Mais il était déjà trop tard. Bergette, ayant depuis longtemps deviné le danger qui se profilait sous ses yeux et possédant sans aucun doute une meilleure connaissance de cet objet que les deux étudiantes, avait filé sans demander son reste. Loevi comprit très vite qu’elle avait eu mille fois raison quand la boule se mit à luire de plus en plus. Elinor sembla penser la même chose : elle prit tout juste le temps de jeter la boule au loin, sous le regard horrifié de Loevi, avant que la lumière n’aveugle la Sang Pur. Et que le bruit du cristal brisé ne lui tire un hurlement de fureur.

Il lui sembla aussitôt que l’air s’alourdissait, se chargeait d’une épaisse fumée âcre qui la fit tousser violemment. Elle ne voyait rien ; la lumière lui faisait mal aux yeux malgré ses paupières fermées et sa gorge s’asséchait plus vite qu’en période de chaleur, s’irritant comme si elle était malade. Des volutes d’air presque solide s’enroulèrent autour de ses bras et de ses jambes, s’enroulant même autour de son visage comme un voile rêche. Elle se débattait pour les éloigner d’elle mais c’était comme vouloir attraper de l’eau à pleines mains. Des rires mesquins résonnaient comme pour se moquer d’elle et quelques voix venaient lui susurrer à l’oreille des phrases incompréhensibles où elle ne reconnaissait aucun mot. Foutue dynastie ! Ses possessions étaient aussi dangereuses qu’elle !

La colère laissa place à la terreur, tandis qu’elle commençait à avoir le tournis. Sa toux l’empêchait de respirer correctement et elle avait l’impression que ses poumons se vidaient plus vite qu’ils ne se remplissaient. C’était comme si la boule de cristal brisée dégageait un gaz empoisonné destiné à les faire mourir d’étranglement – ou de manque d’air. La jeune BloodDust voulut dire à Elinor de sortir, mais elle n’arrivait pas à arrêter de tousser suffisamment longtemps pour émettre le moindre mot, et sa tête lui tournait de plus en plus. Elle tomba à genoux, les mains sur la gorge. Elle allait mourir, c’était sûr. Elle sentait déjà le cocon de fumée se refermer autour d’elle, broyant les restes de sa volonté et de son conscience. Le noir l’emporta sur le rouge blanchi de ses paupières fermées, et elle perdit connaissance.

Foutue dynastie…


>¤<¤>¤<


C’était le silence, c’étaient les ténèbres. Elle ne sentait plus rien, ni la douleur de ses poumons ni celle de ses yeux, et encore moins le contact rugueux de la fumée sur sa peau. Il n’y avait pas de sol sous ses pieds mais elle ne tombait pas. Elle avait les yeux ouverts mais ne voyait pas. Elle écoutait, mais n’entendait pas. C’était un espace et c’était le néant. C’était un temps et c’était l’infini.

Tout ça pour dire qu’elle ignorait où elle était, elle ignorait même si elle était encore en vie et, il fallait bien le dire, elle s’en foutait.

Elle se sentait bien, là, c’était tout ce qu’elle voulait savoir. Elle flottait dans un endroit qui n’était ni ici ni ailleurs. Plus personne, plus rien. La calme et la tranquillité enfin accessibles. La fin de tout ce stress. Même si, quelque part, elle aurait préféré disparaître totalement, jusqu’à perdre toute conscience d’elle-même, ce compromis n’était pas si mal.

Mais elle sentait que quelque chose la retenait. Quelque chose l’appelait. Quelqu’un ?

Elle tenait quelque chose dans sa main. Avant d’y avoir pensé, elle observait avec une froide curiosité les deux objets étalés sur sa paume. La plaque de platine gravée au nom de la dynastie, et un bris de cristal dont les ciselures pouvaient laisser deviner un B majuscule étrangement stylisé. Un filet de fumée gris perle tournoyait lentement autour de sa main.


Loevi…

Elle regarda autour d’elle, cherchant l’origine de ce son. Mais il n’y avait rien d’autre que l'obscurité, où qu’elle regarda. Pas une once de lumière ou de couleur hormis elle-même. La plaque et le cristal captèrent à nouveau son attention.

Loevi…

On l’appelait. Pas de doute possible. La peur l’envahit soudain, se rappelant à sa mémoire comme dans la boutique de la vieille Grichon. Sa gorge redevint douloureuse et ses yeux la picotèrent. Elle chercha autour d’elle avec fébrilité, cédant à la panique. Elle voulut appeler à son tour mais aucun son ne sortit. Sentant des larmes retenues depuis des mois menacer de la submerger, elle referma les paupières et serra les mains ; une violente douleur à sa paume droite la força à rouvrir les yeux.

>¤<


Elle se trouvait allongée sur le sol, sous un ciel d’orage, tout le corps en feu. La toux reprit instantanément, plus violente que dans le magasin, avant de se calmer peu à peu, laissant un arrière-goût de sang dans la bouche de Loevi. Les yeux larmoyant d’avoir trop toussé, la jeune fille regarda sa main droite : au creux de sa paume reposaient toujours les deux fragments de son trésor familial brisé, taché de sang : les bords du bris de cristal avaient entaillé sa peau. Loevi secoua la tête et se redressa, observant autour d’elle.

-Qu’est-ce que…
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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Lun 31 Mar - 16:03

La lumière était tellement puissante que même en se cachant le visage, elle avait l'impression que sa rétine se nécrosait inéluctablement. Allait-elle se vider de ce sens jusqu'à complète cessité? Non, car une phénomène encore plus étrange survint.
Après ces violentes morsures, la fumée sombre prit possession de l'air et de la pièce.


- Nous allons mourir étouffées. gémit-elle. Mais Loevi ne semblait plus là.

- Loevi...

Elle tenta de l'appeler en vain.

Du moins en eut-elle l'impression. Loevi ne l'avait pas entendue. Etait-elle morte? Eli leva la tête et ouvrit les yeux pour assayer de l'apercevoir... Impossible. On se serait cru dans la cheminée du Poudlard express. PLus elle cherchait l'air, plus ses poumons s'emplissaient de ces vilains volutes. Ses membres furent bientôt enveloppés et elle se sentit aspirée jusqu'à ce que... plus rien.


Perte de connaissance, perte de sensation, perte de repères.

>¤<¤>¤<




Loevi... Elle se remit à appeler Loevi, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Pourtant elle se sentait l'appeler ?! Etrange. Elle voulut bouger mais rien ne répondait plus. Avait-elle perdu ses nerfs? Sa carcasse de dix-neuf ans ne répondait plus à rien. Elle ne voyait toujours pas.



Loevi! Appel au secours. Et puis: Lumière!



A sa grande surprise ses paupières se levèrent et elle se retrouva face à une vision qui ne correspondait en rien aux dernières images qui s'étaient imprimées sur sa rétine. Elle n'était plus dans le petit magasin, mais devant un grand immeuble apparemment. Le ciel était d'un bleu-gris comme on en voyait souvent à Londres, mais le problème c'est qu'autour d'elle passaient des personnes qui ne parlaient pas anglais. Elle était en France. Oui, c'était ça. Les voitures avaient un volant à gauche. La bâtisse était vieille et d'une fine architecture.



Que faisait-elle à Paris?



- Elinor. allons-y voulez-vous.



- Oui, pardonnez-moi. Je suis toujours autant émue devant la beauté de ces lieux.



Sa bouche avait parlé seule. Elle s'était entendue prononcer ces mots sans ne pouvoir rien y faire. Et qui était la personne qui lui parlait?



Loevi! Elinor se sentit prisonnière d'un pilotage automatique de son propre corps, embarquée dans un étrange voyage.



- Ne vous en faites pas, j'éprouve cette émotion à chaque fois.



"Ministère de la Marine". En pénétrant dans les lieux, Elinor esssaya de retenir le maximum d'informations que ses yeux d'emprunts pouvaient lui fournir. A l'intérieur de nombruex sorciers en robes cossues s'agitaient dans tous les sens. Sur son passage beaucoup discutaient, lui souriaient ou lui adressèrent un franc bonjour.

Un grand salon dix-huitième les attendait avec au centre, une table ronde autour de laquelle dix sorciers étaient assis, l'air grave.



- Bonjour madame l'Ambassadrice.



- Bonjour monsieur le Ministre. Bonjour messieurs.



Deux heures. Cette réunion de travail dura deux heures durant lesquelles Elinor en apprit beaucoup sur Antarès sans même pouvoir écarquiller les yeux.



Ce monstre avait ouvert plusieurs front de bataille dont un à Moscou qui avait fait 2500 morts le 23 février 2035. L'angleterre et la France se retrouvaient à présent alliées secrètement pour le faire tomber, apparemment, quels qu'en soient les moyens...



Elle se découvrit ambassadrice d'Angleterre à Paris et s'aperçut furtivement dans le reflet d'un miroir. Elle devait avoir approximativement 35 ans, se trouvait franchement classe dans une robe française. Ses traits n'avaient pas tellement changé. Seuls ses bijoux lui étaient inconnus sur elle. Une bague discrète, un collier de perle... beaucoup de choses qui faisaient vieille mémère.



En sortant de là, l'homme qui l'accompagnait (son secrétaire) la prit par le bras l'air préoccupé.



- Vous m'impressionnez. Comment faites-vous pour tenir le coup alors que votre fils n'a pas réapparu depuis trois mois?



- Les murs ont des oreilles Michael. Taisez-vous donc. Je tiens le coup car j'ai confiance en lui.



En disant cela, son regard se dirigea automatiquement vers la paume de sa main. Puis, une colonne de fumée noire descendit du ciel de Paris pour l'entourer.



Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh.... La conscience de la jeune-fille clandestine fut tirée hors de sa prison et s'envola au-dessus de la place de la Concorde....
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Sam 19 Avr - 11:43

Loevi ne comprenait rien. Rien à rien. Elle n'était plus dans le magasin dans la vieille Grichon, ça c'était sûr. L'endroit où elle se trouvait maintenant, ça c'était déjà moins évident.

Elle se trouvait dans une grande rue animée, où le bruit des machines infernales des Moldus lui vrillait les oreilles. Par Merlin, comment pouvaient-ils supporter tout ce barouf sans devenir dingues ? ... Hein ? Moldus ? Elle écarta les mains de ses oreilles et regarda autour d'elle, de plus en plus perplexe. Maintenant qu'elle y faisait attention, elle se rendait bien compte qu'elles n'étaient pas - plus - chez les sorciers. Et qu'en prime, ils parlaient la même langue que son père. Autrement dit, le français. Ce qui voulait dire... Qu'elles étaient en France ?

C'était quoi cette blague ?!


-Elinor, allons-y voulez-vous.

*Hein ?* Elinor, elle l'avait presque oubliée. Elle se tourna vivement en direction de la voix.

-Elin...

*Hein ?!* Mais c'était quoi ce délire, à la fin ? C'était elle ou bien... Elinor avait-elle vraiment l'air plus vieille ? Et habillée un peu n'imp... mais là n'était pas la question. Que se passait-il exactement ? Où étaient-elles - quelque part en France - et pourquoi étaient-elles là ? Tout un tas de questions se bousculaient dans sa tête mais Elinor se dirigeait vers un immeuble avec un homme que Loevi ne reconnaissait pas, et l'étudiante les suivit sans broncher. Elle ne savait pas ce qui se passait, mais Elinor semblait en confiance alors...

-Elinor ? l'appela-t-elle à voix basse en se rapprochant d'elle, jetant autour d'elle des regards méfiants. Tu sais ce qui se passe ?

N'obtenant aucune réponse, Loevi arrêta de scruter tout et tout le monde et se tourna vers sa camarade. Celle-ci ne semblait même pas se rendre compte de sa présence. *Hein ?*

-Elinor ? Eh ! Eli !

Rien. Pas un cillement. Que dalle, nada. Elinor ne l'entendait même pas. Pire encore, la main tendue de Loevi traversa son bras comme si c'était un simple voile de brume. *Quoi ?! Mais c'est quoi ce délire ?* Cette fois, elle commençait vraiment à paniquer. Où était passée Elinor ? Pas celle-là, la vraie. Que lui était-il arrivé ? Est-ce qu'elle allait bien ? Loevi était toute seule, et elle ne pouvait strictement rien faire. Tous les sorts qu'elle essaya de lancer restèrent sans effet ; c'était plus frustrant que n'importe quoi d'autre. Elle devait absolument se sortir de là - et aider Elinor si celle-ci en avait besoin.

Pouvait-on dire que c'était encore une fois de sa faute ? Ça faisait longtemps et ça ne lui avait pas manqué.

Réunion. Ne sachant trop quoi faire d'autre - et n'ayant pas tellement le choix, en vérité - elle suivit, écouta. Alla de surprise en surprise. Elle croyait avoir tout vu dans sa vie, la preuve lui en était apportée que non, loin de là. En quelques minutes - heures, jours - elle en apprit plus qu'elle n'aurait pu l'imaginer, tant et si bien qu'elle n'arrivait plus à réfléchir. Et tous ces gens qui restaient impassibles, bon sang mais pourquoi étaient-ils si calmes ? Ça lui donnait envie de hurler. Sa question trouva un écho à la fin de cette absurde comédie. Son fils, disparu ? Mais il était...


*Noah...*

C'était un môme à peine aussi grand que deux citrouilles l'une sur l'autre et Elinor... avait confiance ? Non, non, il y avait quelque chose, quelque chose qu'elle avait déjà essayé de comprendre dans cette pièce où personne n'avait fait attention à elle. Les dates. Elle avait l'habitude de vivre des aventures bizarres et celle-ci avait été provoquée par une possession de la dynastie, alors, pourquoi pas ? Une seule question se posa à elle avant que l'épaisse fumée de la boule de cristal ne revienne l'étouffer : était-ce... le futur d'Elinor, et de son fils ?

>¤<


Elle avait le souffle court, la gorge douloureuse. Sa vue brouillée l'empêchait de distinguer l'endroit où elle se trouvait. Elle s'essuya les yeux - *Je... pleure ?* - et découvrit une pièce sombre et impersonnelle. Une chambre dévastée, comme si quelqu'un l'avait méthodiquement mise à sac. Le sol disparassait sous un amas d'objets divers, tous plus ou moins cassés. Elle reconnaissait quelques-unes de de ses affaires - une vieille peluche défoncée, d'où s'échappaient des nuages de coton ; un ancien cadeau de Mark, définitivement irréparable - mais ne savait pas d'où sortait le reste, ni pourquoi ces objets étaient là, dans un endroit qu'elle n'avait jamais vu.

*Est-ce aussi le futur ?*

Son regard s'abaissa sur ses mains, et elle eut un instant de panique - que son corps ne répercuta pas. Du bout des doigts, elle caressait la lame brillante d'un poignard. Celui de sa mère. Une arme qui avait déjà fait couler le sang, dans l'enceinte même de Poudlard. Que faisait-elle avec ça ? Dégoûtée par ses gestes, elle voulut jeter le poignard au loin ; mais son corps refusait de lui obéir. *Quoi ? Quoi ?!* Elle entendit sa propre voix se mettre à chantonner, sans être capable de la faire taire. Elle était... comme une spectatrice impuissante à l'intérieur même de son propre corps - ça avait quelque chose de terrifiant, surtout dans une telle situation.

Devenait-elle folle ?

Voilà quelque chose qui ne l'étonnerait pas plus que ça. Ça faisait longtemps qu'elle se demandait comment elle faisait pour garder toute sa tête. Là... c'était fini. Elle se vit comme dans un rêve prendre le poignard et, fredonnant toujours avec un calme impossible, entailler méticuleusement la peau tendre de son poignet.
*Que...* Sous le choc, son esprit lui-même se trouvait incapable de hurler. Elle regardait le sang couler en se demandant seulement si tout allait se terminer là pour elle. Ce détachement parvenait tout juste à lui faire peur.

En fait, elle n'était pas tellement surprise. Combien de fois avait-elle été tentée de faire ça ? Elle ne savait plus vraiment ce qui l'avait retenue jusqu'à maintenant mais... avait-elle vraiment envie de mourir ? Elle n'arrivait pas à pleurer. A pleurer vraiment. Les larmes se contentaient de couler sans bruit, la forçant à s'essuyer souvent les yeux. Mais c'était tout. Pas de sanglot. Comme si elle s'en foutait. C'était ça... le désespoir ?


*Elinor, aide-moi...* Elle se souvenait, maintenant, du don d'Elinor. Mais pouvait-elle l'entendre ici ? Etait-elle là, quelque part dans la pièce ? Il n'y avait personne. Et... pouvait-elle seulement faire quelque chose ? *Sauvez-moi...* Elle n'aurait jamais cru penser ça un jour.

Ses deux bras blessés, elle jeta négligeamment le poignard par terre. Il rebondit en cliquetant sur des morceaux de verre. Une photo ? Elle se leva, piétina indifféremment les débris coupants sur le sol, laissant derrière elle une courte traînée de gouttes de sang, et prit la photo. Elle représentait Eleanor Moon, sa lointaine cousine. La seule personne qui la maintenait réellement en vie, aujourd'hui. L'image était animée, bien sûr, mais était-ce vraiment utile pour une fille comme Eleanor ? La jeune fille bougeait à peine ; on ne voyait que son torse s'élever et s'abaisser au rythme de sa respiration.


-Je suis désolée...

Sa voix se brisa au milieu de la phrase, et son cœur se serra.

-Je n'avais pas le choix, je n'avais pas le choix ! cria-t-elle. Je devais te tuer, je devais le faire !

Le choc annihila toutes les pensées de Loevi. Elle se vit brièvement dans un miroir avant que son poing ne le brise violemment. Plus âgée, presque décharnée, le visage déformé par sa folie. Elle ne ressemblait plus à rien.

Sa voix fit écho à son hurlement intérieur et la fumée s'abattit de nouveau sur elle.
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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Sam 19 Avr - 16:25

L'aspiration avait été brutale. Lorsqu'elle réouvrit les yeux, elle vit la mystérieuse fumée noire sortir de ses narines et de sa bouche et mit ses mains sur sa gorge par réflexe. Mais cela ne servait à rien. La fumée n l'empêchait pas de respirer ni de vivre. Elle n'étouffait pas, au contraire.
Ainsi, elle n'était pas toxique? Qu'est-ce que ça pouvait bien être?

Avant qu'elle ne puisse tenter de répondre à la question, Elinor se rendit enfin compte que ses membres lui étaient revenus et que son corps n'était plus le pantin d'un dieu capricieux.

Elinor tourna la tête pour essayer de reconnaître l'endroit où elle se trouvait, mais rien ne lui semblait familier jusqu'à ce qu'elle voit Loévi. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire de soulagement. Elle pourrait sans doute lui en dire plus... Mais l'état de la pièce la préoccupa soudainement. Le sol était jonché d'objets dévastés.


- C'est quoi ce délire encore? Hey Loévi où t'étais? Où on est?

En s'avançant vers elle, Elinor voulut la prendre dans ses bras pour se réconforter elle autant que son amie. Loévi avait un air étrange, mais l'ancienne Serpentard n'y prêta pas attention... Et lorsqu'elle voulut serrer ses bras autour d'elle, elle eut l'impression de ne brasser que de l'air. Loévi était transparente, intouchable, inaccessible.

- Putain, mais c'est quoi ce délire? cria-t-elle en se reculant.

La jeune fille ne put faire autre chose que rester spectatrice des gestes accomplis par Loévi. Tout semblait sortir tout droit d'un cinémagik d'horreur. Un mauvais film. Tout d'abord elle se mit à fredonner pour elle-même. Elle lui fit penser à un bébé qui tentait de se bercer seul. De temps en temps, c'était ce que faisait Noah dans son lit.
Puis elle saisit un couteau et en caressa la lame tranchante. Son regard était subjugué par l'objet brillant.


- Ne fais pas ça! Pourquoi je lui dis ça, elle m'entend pas...
Qu'est-ce que je peux faire nom de Merlin!

Puis, un éclair de génie perça son esprit. Elle sortit sa baguette et la dirigea sur le corps de Loévi. Après tout, elle avait été prisonnière de son propre corps, peut-être était-ce le cas pour elle?

- Legilimens!

Et presque immédiatement...

*Que...*

- ça marche.

Loévi tendit son poignet en avant et posa la lame du couteau dessus. Méthodiquement, la jeune fille se trancha les veines.

*Elinor, aide-moi... Sauvez-moi...*

Oubliant son incapacité à agir sur les évènements qui se passaient autour d'elle, elle ne prit pas le temps de répondre et se précipita sur elle pour jeter un sort de hemostop à son poignet... Mais le jet de lumière rouge produit par sa baguette traversa le bras de la jeune fille sans pouvoir arrêter l'hémorragie.

- Loévi, je t'entends. J'ai pu lancer un légilimens parce que je suis à nouveau libre de mes gestes. Tu étais avec moi tout à l'heure quand j'étais à Pa... enfin là-bas? Et moi je ne pouvais pas bouger. Je ne te voyais pas. Tu y étais? Je ne pouvais pas t'entendre.


-Je suis désolée...
Je n'avais pas le choix, je n'avais pas le choix ! cria-t-elle. Je devais te tuer, je devais le faire !

Choquée par ces paroles, Elinor ne se rendit pas compte que la fumée réapparut dans la pièce. Elle pénétra à nouveau dans son système respiratoir et l'aspira vers le ciel...

>¤<¤>¤<

Quand les volutes de fumée se dissipèrent, Eli ouvrit les yeux sur le mur d'une chambre. Les chaud rayons d'un soleil d'été mordait la peau nue de ses hanches.
Ce pan de mur était assez richement décoré: une commode ancienne, une aquarelle représentant un champ de lavande. Il y avait aussi des vêtements par terre, éparpillés dans un instant d'abandon... Hou là... Puis, un dessin d'enfant, scotché un peu plus en hauteur, vers la tête de lit.

- Thé, café, lait, chocolat? demanda une voix féminie inconnue.

Eli, blottie dans son corps de voyage, sentit ses membres s'étirer, accompagnés d'un long baillement. J'ai pas dû m'ennuyer c'te nuit moi... Elle se redressa et s'assit sur le lit, attendant que la voix n'arrive et se présente.

- Lait froid s'il te plaît.

Quelques instants plus tard, une ravissante brune fit son apparition un plateau à la main. Elle le posa devant Eli et vint se coucher à ses côtés en cherchant manifestement plus à faire autre chose qu'à prendre le petit-déjeuner. Elle fit glisser sa main sur le ventre d'Elinor en remontant hardiment sur ses seins et en les caressant. C'est le moment le plus embarrassant de toute ma vie. Effectivement, sentir son corps s'ouvrir à l'envie et au plaisir sans que son esprit soit de mise parce qu'on n'est pas soi et que quelqu'un d'autre vous regarde, ce n'est pas facile à vivre. Eli avait l'impression de ressentir la gêne que devait ressentir Loévi. Si tu m'entends, va faire un tour, je sais pas où tout ça va me mener.

- Tu as bien fait de jeter Ecko. Cette fille-là n'est qu'un nid à embrouilles. Je ne l'ai jamais sentie.

- Je ne l'ai pas jetée. dit Eli en repoussant la main de la femme. Jamais je ne le pourrais. A chaque fois que Merlin nous a réunies, le destin vient s'emmêler pour nous séparer.

- Comment pourrais-tu l'aimer encore après tout ce qu'elle t'a fait? Après tout ce que Caleb t'a dit sur elle.

- Fiche-moi la paix. dit-elle en se levant. Elle commença à ramasser ses vêtements sur le sol.

- Il va falloir que tu choisisses à présent. Ton frère a fait le bon choix lui. Tu ne pourras pas échapper à Antarès bien longtemps.

Hein? Merlin mais pourquoi il faut qu'il revienne toujours celui-là?

Fumée... Elle envahit la pièce jusqu'à l'obscurcir totalement et envoya la jeune fille perdue dans un nouveau futur.
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Sam 26 Avr - 18:41

Encore sous le choc de ce qu'elle venait d'entendre - et de vivre - Loevi ne réalisa pas tout de suite qu'elle venait encore une fois de changer de lieu. La douleur physique et morale la paralysait littéralement, menaçant de la submerger sans pitié. Elle avait mal. Affreusement mal. Pouvait-elle croire ce qui venait de se produire, était-ce... réel ?

Immobile dans l'encadrement d'une porte, elle mit un moment à revenir au présent. Cette fois encore, elle ne reconnut rien. Elle ne regarda pas non plus. Avant même qu'elle n'ait repris conscience de ce qui l'entourait, son regard était déjà fixé sur le lit, à moitié défait, où tombait un rayon matinal. Et, sur ce lit, Elinor. S'étirant voluptueusement. Pas besoin de s'appeler Trelawney pour deviner ce qui avait certainement précédé cette scène.

Etait-ce aussi... le futur ?

Loevi n'arrivait plus à réfléchir depuis que la lame du poignard avait sans pitié entaillé ses veines ; mais elle n'avait pas besoin de réfléchir. Ses yeux restaient figés sur Elinor, sur son visage serein, sur sa peau nue, alors qu'une autre fille, sous prétexte de petit-déjeuner, venait mêler son corps au tableau. Loevi ne comprenait rien, depuis qu'elle avait vu le sang s'écouler de ses blessures volontaires ; mais elle n'avait pas besoin de comprendre. Son esprit bouleversé ne faisait que voir ; et souffrir, tandis qu'Elinor semblait répondre aux caresses de sa compagne.


« Si tu m'entends, va faire un tour, je sais pas où tout ça va me mener. »

*Elinor... ?*

Elle se rendit à peine compte que, cette fois, la voix d'Elinor lui parvenait. Mieux encore, qu'elle s'adressait directement à elle. Elle avait résonné à ses oreilles comme l'écho d'une conscience qu'elle n'entendait plus vraiment.

S'éloigner... L'aurait-elle seulement voulu qu'elle en aurait été incapable. Privée de toute volonté, elle restait là à regarder, pétrifiée dans l'encadrement de la porte. Pourquoi cela faisait-il si mal de la voir sourire ? Pourquoi avait-elle si mal ? Elinor ne faisait pas partie de sa vie ; pas comme ça. Elle n'était qu'une ancienne camarade qu'elle s'était efforcée de rayer de sa vie, comme tous les autres. Une étrangère que le Destin s'amusait à placer fréquemment sur son chemin. Une inconnue qui avait trop souvent hanté ses pensées... et les hantait encore.

L'intruse brisa une nouvelle fois le silence, et brusquement l'humeur d'Elinor changea. L'entente parfaite s'était changée en un début de dispute en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire. Ecko, Antarès et le Destin se retrouvaient mêlés dans la même histoire sans que Loevi ne puisse comprendre exactement de quoi il retournait. Une seule chose lui semblait claire : si ça n'avait dépendu que d'elle, Elinor serait actuellement avec Ecko.

Fumée.


>¤<


La lumière du matin céda la place aux ténèbres de la nuit. Les murs s'effacèrent pour l'espace confiné d'un sous-bois ; au-dessus d'elle, les branches bruissaient doucement dans un léger souffle de vent. Elle avançait d'un pas lent sur la terre sèche, tenant avec précaution ses épaisses jupes. Devant elle, elle distinguait la silhouette d'un homme marchant à grands pas. Elle-même devait forcer l'allure pour rester à sa hauteur, se laissant parfois distancer avec un soupir las.

Elle n'était de nouveau plus maîtresse de son corps. Elle le savait sans avoir besoin de tenter quoi que ce soit ; elle n'avait même pas envie d'essayer. Elle se laissait porter par ce corps qui était le sien, marchant avec aisance sur un sentier qu'elle ne se souvenait pas avoir parcouru au point d'en connaître chaque buisson, chaque racine traîtresse. Elle ne savait pas qui était cet homme, ni où il l'emmenait, mais elle n'en avait rien à faire. Pour elle, c'était déjà fini.

Mais sa présence même ici était étrange. N'était-elle pas... morte, la fois précédente ? Si vraiment c'était leur futur, qu'elles voyaient depuis le début, alors ne devrait-elle pas passer son tour ? Ou bien était-elle revenue en arrière dans son "futur" ? Allait-elle découvrir la raison qui l'avait poussée à... faire ce qu'elle avait... s'était vue faire ? Elle avait pourtant l'impression diffuse que les deux événements n'étaient pas liés.

Une forme sombre se profila au loin, dans la faible lumière projetée par la lune. C'était un grand manoir qui lui paraissait bizarrement familier. Il lui semblait se souvenir que son père l'avait emmenée plusieurs ici, quand elle était petite. Son père ? Elle voulut regarder l'homme qui la précédait, mais ses yeux restaient obstinément fixés sur le manoir comme pour l'éviter. Ils sortirent du couvert des arbres et s'avancèrent sur l'herbe humide d'un grand parc plongé dans le noir. Des lueurs s'échappaient de quelques fenêtres de la façade, mais insuffisantes pour éclairer les deux visiteurs.


-Dépèche-toi, Loevi, nous sommes arrivés.

Elle aurait frémi si son corps lui avait encore appartenu. Ses lèvres retinrent un profond soupir et elle se contenta de forcer légèrement l'allure, baissant la tête sur ses chaussures vernies.

-Oui, Père...

Il s'agissait donc bien de lui. Qui d'autre aurait pu l'amener ici ? Elle esquissa un mouvement de recul instinctif mais son corps ne suivit pas. Elle sentait malgré elle l'impressionnante soumission qu'il trahissait à l'égard de ce père qu'elle haïssait plus que tout. Elle sentait la domination de cet homme et son intense satisfaction, contre lesquelles elle ne faisait rien, strictement rien. Elle était devenue la poupée de son père. Comment une telle chose était-elle possible ? Ca n'avait aucun sens. Elle méprisait tellement cet homme et la dynastie dont il s'emparait, pourquoi alors se retrouverait-elle dépendante de lui ?

Ils n'eurent pas besoin de frapper à la porte que déjà celle-ci s'ouvrait sur un majordome propre sur lui qui s'effaça pour les laisser entrer. Le maître de maison apparut presque aussitôt, un sourire faussement jovial figé sur ses traits épais ; il s'approcha d'eux, bras tendu, et saisit les doigts de Loevi pour lui faire un baise-main.


-Maîtresse BloodDust, c'est toujours un plaisair de vous recevoir en mon humble demeure, déclara-t-il avec emphase.

L'esprit de Loevi eut un sursaut de dégoût, mais son corps se laissa faire sans la moindre réaction. Elle comprit avec horreur qu'elle agissait de la même manière qu'Eleanor, dont la réputation de poupée vivante n'était plus à faire. Cette scène avait quelque chose de surréaliste. Alors que l'homme joufflu se tournait vers Patrick Leroy, Loevi ne pouvait rien faire d'autre que se voir là, immobile, docile, à côté de ces hommes qu'elle aurait aimé faire disparaître de cette terre. Comment était-ce possible ? Elle, si pleine de rage, se laisser dominer par lui ? Que personne ne tente de lui faire croire qu'il s'agissait de son futur. C'était tout simplement impossible.

Elle les suivit malgré elle jusqu'au salon, où leur hôte l'entraîna en lui tenant la main avec déférence. Il était évident que cet homme s'inclinait devant la puissance de cette dynastie pourtant sur le déclin. Patrick Leroy avait-il été capable de redorer le blason rouillé des BloodDust ? Pourquoi avait-elle accepté de devenir son égérie ? Grâce à elle, grâce à sa simple présence, en tant qu'Héritière - non, Maîtresse, ce qui voulait dire que la vieille Martha avait donc fini par trépasser, la laissant seule dépositaire de ce nom maudit... - il bénéficiait ainsi d'une influence que la jeune fille avait cru révolue depuis des décennies.


-Comment se portent les rangs d'Antarès, Boniface ? demanda Patrick Leroy avec nonchalence.

-Très bien, très bien, comme vous vous en doutez. Mais il me semble que vous soyez mieux renseigné que moi sur ses faits et gestes... répondit ledit Boniface en grimaçant imperceptiblement. Maîtresse BloodDust n'est-elle pas l'une de ses proches amies ?

*L'une de ses proches amies ? se répéta Loevi intétieurement. Une amie d'Antarès ? Plutôt mourir !*

-Comme toujours, vous parlez pour ne rien dire, Boniface, répliqua vertement Leroy. Loevi, ma chère, asseyez-vous donc, nous risquons d'en avoir pour un moment.

Loevi obéit sans le moindre signe de rébellion, pas même un frémissement d'indignation. Et c'est comme ça, figée au bord de son fauteuil, dos droit et bras dignement posés sur les accoudoirs, qu'elle dut écouter l'éprouvante conversation des deux hommes dont le seul et unique sujet restait indéfiniment Antarès et ses projets. Elle en apprit très peu - rien d'autre que ce que la réunion d'Elinor lui avait déjà appris, à quelques détails près. Elle ne chercha pas à retenir ce qu'elle entendait - quelle importance ? Mais son père semblait très bien renseigné, et elle, assise près d'eux, ne faisait pas un geste, ne disait pas un mot.

Rien ne changea en elle lorsque les deux hommes évoquèrent la possibilité de la marier. Elle ne dit rien, ne bougea pas, alors qu'ils planifiaient sa vie et ce qu'ils pouvaient en tirer. Ce que Patrick Leroy pouvait en tirer.

Intérieurement, elle hurlait encore.

Avant que la tempête grise ne vienne à nouveau l'emporter ailleurs.
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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Lun 2 Juin - 10:50

Elinor n'était pas fâchée de l'intervention providentielle de la fumée. Cette situation était devenue assez inconfortable pour la jeune fille qui pour le coup se retrouvait mise à nue devant son amie au sens propre comme au sens figuré.

A présent elle se retrouvait en queue de peloton à essayer de suivre un mystérieux guide et Loévi qui ne se faisait pas prier pour avancer. Dans cette nuit sombre et au beau milieu d'une forêt qu'elle ne connaissait pas, elle n'avait d'autre choix que de faire de son mieux pour ne pas les perdre. La chose n'était pas aisée. A plusieurs reprises elle trébucha sur une racine et manqua perdre l'équilibre. Par réflexe elle sortit sa baguette et lança un lumos un peu désespéré. Contre toute attente le bout s'en alluma et éclaira son chemin. Par contre, le sortilège semblait totalement invisible aux yeux des autres. La légilimancie avait marché précédemment car c'était la conscience de Loévi qui était visée et non son moi en présence.
Il y avait longtemps que la jeune fille n'avait pas mené de réflexion aussi tordue. Et elle continua de plus belle en réutilisant son pouvoir pour essayer de faire part de ses idées à son amie.

- Si tu es là à marcher, je dirai que les différentes situations que nous vivons ne sont pas du tout liées. Je dirai que ton suicide n'était qu'une éventualité du futur et que nous n'avons pas de destin tout tracé. J'espère que tu me suis, c'est très confus pour moi.

Malheureusement elle fut interrompue par la voix de l'homme.

- Dépèche-toi, Loevi, nous sommes arrivés.

La suite était effrayante. Comme précédement, Elinor se retrouva impuissante face aux évènements et ne pouvait qu'essayer de réfléchir et subir les informations qui lui parvenaient.

La première n'était pas très encourageante. A priori dans ce futur là aussi, Antarès allait continuer à attaquer tous azimuts. Première conclusion, ce tyran n'était pas près de s'éteindre. La suite était pire. L'affreux personnage qui se trouvait être le père de Loévi était en train d'arranger son futur mariage. Elinor s'en retrouva offusquée, irritée, enragée.

- Mais de quel droit?

Rideau.

>¤<

Et la jeune fille n'était pas au bout de ses surprises. Lorsque la fumée se dissipa, elle se retrouva dans le noir le plus total et plongée dans une sensation de froid qui lui aurait sûrement donné la chair de poule si elle avait pu se voir, du moins c'était ce qu'elle croyait. S'y ajouta rapidement un impression d'oppression et de peine terrible.

Car ce qu'elle ressentait, ce n'était pas son corps d'emprunt qui le lui transmettait sans lui pouvoir en ressentir la moindre trace. Elinor s'aperçut que rien ne fonctionnait plus dans son corps. Elle était figée, ne recevait plus aucune information de ses sens corporels. Etait-elle ... ? Oh Merlin... je suis morte... Une boule d'angoisse la saisit ainsi qu'une farouche envie de pleurer.

Dès que la constatation fut acquise, elle poussa un cri de rage et se sentie soulevée dans les airs. Tout le poids et la tristesse qui l'habitaient paraissait cloués au sol et son âme délestée prit de la hauteur. L'Elinor du futur était réduite à une petite bulle de lumière qui irradiait tout autour d'elle lorsqu'elle sortit de son corps. La lumière blanche baignait la pièce dans un sentiment d'amour extrême qui enveloppa toutes les personnes présentes. Enfermée dans cette bulle la jeune fille s'aperçut que tout lui était saisissable à l'instant et aperçut même la Loévi de son âge qui assistait à la scène.

Les personnes présentes ne voyait rien de tout cela et semblaient toutes absorbées par leur chagrin. Elinor fut soulagée de voir qu'il y avait plusque ses proches dans la pièce. Elle fixa son regard sur chacune et écouta parler leur conscience. Tout ce qui lui parvenait au coeur la réchauffa et elle se demanda si c'était elle qui recevait ça où son âme qui s'envolait.

D'un coup d'oeil rapide elle aperçut sa dépouille sur le lit, juste assez pour se donner une trentaine d'années. Ses cheveux noirs ondulés étaient défaits. Elle se trouva l'air paisible. C'en était assez. Insupportable de se voir ainsi.

Au milieu de la pièce il y avait du mouvement. Un jeune garçon venait de faire son apparition. Elle le reconnut sans difficulté, il s'agissait de Noah. Caleb? Se demanda-t-elle intérieurement. Son âme avait reconnut instantanément son sang qui continuait à vivre en ce jeune homme. Comment n'y avait-elle pas pensé plus tôt? Elle aurait dû...

Il avança vers le lit le visage humide et s'essuya les yeux. Elle pouvait ressentir la douleur de l'adolescent qui s'approcha de son père pour qu'il l'étreigne. Hadrien s'approcha de lui également et passa la main dans les cheveux de son unique petit-fils.

- Noah!

Il était totalement vain de l'appeler, mais le coeur parla plus vite que la raison.

HJ: dslée du retard
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Lun 2 Juin - 18:27

Loevi Leroy se sentait humiliée, souillée. Ebranlée ; pire encore. Mais ce n’était encore rien, car autre chose l’attendait, une autre révélation insupportable dans une vision de futurs qu’elle n’arrivait pas à comprendre – qu’elle ne cherchait même plus à comprendre. Une autre scène accablante face à laquelle, elle l’ignorait encore, son cœur déjà mis à mal par les instants précédents allait se briser. Une découverte macabre qui allait déclencher en elle la plus intolérable prise de conscience qu’elle ait eu à affronter depuis l’annonce de la mort de Mark.

Le futur qui s’offrit à elle se dévoila en dégradés de gris. C’est du moins ce qu’elle crut lorsque sa conscience refit surface. Mais elle comprit bien vite qu’en fait de gris, il ne s’agissait que de noir, du noir et encore du noir, tout autour d’elle – et sur elle-même. A quelques pas à peine, se trouvait elle-même. Ou en quelque sorte, une projection plus âgée d’un elle-même qu’elle ne connaissait pas. Plus pâle, plus maigre, toute vêtue de noire, et donnant l’impression de pleurer sans verser une seule larme. Depuis quand… avait-elle perdu la capacité de pleurer ?

Et d’ailleurs, pourquoi pleurait-on ? A quelle… cérémonie funèbre assistait-on ? Elle observa les visages autour d’elle, avec le détachement de quelqu’un qui a trop souffert en trop peu de temps. Quelque chose en elle lui recommandait de ne surtout pas chercher à savoir qui elle était venue veiller malgré elle. De ne surtout pas tourner le regard vers le lit, où reposait une forme qu’elle ne voulait surtout pas reconnaitre. Ne surtout pas savoir de qui il s’agissait. Se concentrer sur autre chose, et attendre que la scène s’efface dans un nuage de fumée, comme les autres. Ne pas connaître le but de ce futur insensé.

Son attention fut pourtant attirée vers ce côté qu’elle évitait. Par le fait d’une jeune homme survenu dans la pièce et qu’elle reconnut malgré elle ; il n’avait pas pris une année…


*Ca… leb ?*

Elle ne connaissait Noah que bébé, haut comme deux citrouilles et demi. Elle connaissait Caleb adolescent, bien peu différent de ce garçon qu’elle avait actuellement sous les yeux, qui pourtant aurait dû paraitre bien plus âgé dans cette scène future. Etait-ce réellement le futur ? Elle ne savait plus. Plus rien n’avait de logique depuis que la boule maudite s’était brisé, libérant sa fumée opaque et ses rêves absurdes. Et le cristal cisaillait encore sans pitié la peau tendre de sa paume serrée.

Elle vit Elinor avant de pouvoir reconnaître Sacha, qu’elle ne vit pas étreindre Caleb – peut-être aurait-elle alors compris. Mais elle avait vu. Elinor. Allongée sur le lit. Pleurée par tous. Alors… c’était donc ça ?

Le hurlement s’éleva de sa gorge alors qu’elle croyait encore rester muette de stupeur ; elle crut que quelqu’un d’autre criait sa peine, quelque part près d’elle. Il lui semblait que son cœur, son âme, se déchirait sous le choc. Ça ne pouvait pas… être vrai… Dévastée par tout ce qu’elle avait vu depuis le début, elle ne parvenait plus à réfléchir. Elle ne voyait qu’Elinor, morte, sur les draps. Le visage serein, yeux fermés, comme si elle dormait – mais elle ne dormait pas. Ou d’un sommeil dont elle ne se réveillerait pas. Elle était… morte. Ce mot sonnait comme quelque chose de définitif. Comme ce fameux soir dans le salon du manoir BloodDust, quelques mois auparavant.

Elle était revenue le soir où elle avait appris la mort de Mark et son accession au titre d’Héritière de la dynastie.

Loevi femme mûre dissimulait au monde une peine qu’elle semblait tout juste ressentir, comme si ce qu’elle voyait ne la touchait pas, ou si peu. Loevi jeune fille bouleversée laissait sa voix s’érailler dans le silence jusqu’à s’étrangler dans d’insurmontables sanglots. Elle pleurait sans pouvoir s’arrêter, sans comprendre ce que son cœur lui criait depuis de longs mois déjà. Sans prêter la moindre attention à cette vérité indéniable qui s’imposait à elle plus douloureusement encore que la lame qu’elle avait enfoncé quelques minutes plus tôt dans sa peau.

Elle s’élança en courant vers le lit, traversant les corps des gens rassemblés là sans se soucier de savoir si elle était capable de les bousculer, mais elle trébucha et se retrouva à genoux sur le sol, à pleurer comme une enfant venant de perdre sa mère. Aujourd’hui, la douleur avait atteint son paroxysme. Elle revoyait tous ces visages qu’elle avait aimés, tout ce qui avait compté pour elle et qui peu à peu l’avait abandonnée, ou qu’elle avait elle-même détruit, la laissant seule. Seule face à son malheur, face à une souffrance contre laquelle elle ne pouvait pas lutter.

Elle était seule. Brisée. Aussi pécheresse que victime.

Elle serra ses bras autour d’elle et se recroquevilla sur le sol, ne cherchant même plus à retenir ses larmes.


*Revenez… Je vous en prie, revenez, ne mourez pas, revenez… Prenez ma vie, prenez tout, mais faites-les revenir, tous les trois…*
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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Lun 2 Juin - 20:31

Lorsque ce futur s'était dissout Elinor s'attendait à retrouver toute liberté de mouvement pour pouvoir s'agenouiller et vomir. Si elle était morte alors il n'y avait plus de raison de voir un autre flash. Peut-être reviendrait-elle dans le magasin horrible où tout avait commencé. Peut-être qu'elle pourrait discuter de tout ça paisiblement avec Loévi, enfin, si elle voulait lui parler.

- Oh zut...

Voilà qu'elle se retrouva à nouveau transformée en passagère clandestine. Ce qui était agréable, c'était de se voir en vie, de retrouver l'usage de ses membres, la chaleur de son corps et toutes ses sensations.

Sa tête tournait de gauche à droite. Elle se trouvait devant Big-Ben, au milieu d'une foule de touristes qui sortait de la station Embankment, ce qu'elle avait fait deux minutes auparavant si elle en croyait le ticket du tube qu'elle tenait dans sa main droite. Ce trajet, elle le connaissait par coeur: Elle sortait de chez elle, à deux-cent mètres de là elle s'engouffrait dans Queensway, Central line. Puis changement à Oxford Street, prendre Bakerloo et trois stations plus tard on sort face à la grande horloge. Quand elle était avec Ecko, les deux jeunes femmes avaient l'habitude de sortir à la salle de jeux moldue à côté du London Eye.

Qu'est-ce que je fais là?

- Loévi t'es là? demanda-t-elle au hasard dans sa tête.

La jeune fille portait un jean moldu qu'elle connaissait, un tee-shirt court sur lequel elle avait enfilé un vieux blouson en cuir et une casquette sur la tête. Cet accoutrement se rapprochait plus de ce qu'elle était à 19 ans qu'à la trentaine dans son premier flash.

Au bout de cinq minutes d'attente, une tête connue fit son apparition. Belle, sourire au lèvres, Loévi venait d'entrer dans son champ de vision. Elle ne devait pas être plus vieille qu'au jour d'aujourd'hui. Un ou deux ans de plus à la rigueur.

Apparemment, l'Elinor du futur avait l'air bien contente de la voir à en juger par les picotements qu'elle ressentait au creux du ventre.

- Salut. fit l'Elinor du futur. T'es belle.

C'est pour moi? se demanda-t-elle juste après dans sa tête.

Qu'est-ce que j'ai dit? C'est un rencard? Loévi, t'es là?

Après quelques palabres, elles empruntèrent le grand pont pour traverser la Tamise en riant et s'amusant beaucoup. En même temps, au fond de son corps de transport, Eli la jeune se demanda ce qu'elles fabraiquaient toutes les deux assez incrédule devant l'éventualité d'un rendez-vous galant.

Elles se dirigèrent vers la grande-roue ce qui n'était pas pour rassurer les deux Eli. Mais apparemment, elle passerait outre son appréhension.

- Je n'ai jamais aimé ce genre d'engins, ça me fout la trouille. tu le sais ça au moins? C'est vraiment pour te faire plaisir. dit-elle en prenant place la cabine.

Dès que le tour démarra, Eli se serra conte Loévi en lui donnant un sourire contri.

- C'est pas que j'ai peur du vide ou autre. C'est juste que j'ai l'impression que la nacelle va tomber et...

Elle prit la main de Loévi et croisa ses doigts avec les siens sans lui laisser d'autre choix.

- Et c'est totalement ridicule. Peut-être que je devrais rester les yeux fermés.

C'est ça, alors que t'as une fille charmante enfermée dans une cabine avec toi. Je suis vraiment malade dans le futur moi...

Alors, au lieu de profiter des beautés que Londres offrait impudiquement aux yeux de ses touristes, elle posa sa tête contre le plexiglas, soupira, et scella ses paupières.

- Je t'autorise à dire que je suis une trouillarde de Serpentard qui ne sait pas ce qu'elle rate...

Alors là je suis d'accord...
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Mar 3 Juin - 18:50

Elle n'était de nouveau plus maîtresse d'elle-même. Quand l'avait-elle été pour la dernière fois ? Cela semblait remonter à trop d'années pour les compter. Son âme était blessée, anéantie, et pourtant, dans son brouillard, elle percevait l'excitation au fond de son cœur. Peu à peu, elle prit conscience du large sourire qui étirait ses lèvres – les siennes ? Elle se sentait différente des autres fois, quelque chose avait changé par rapport à ses précédentes expériences ; comme si elle avait retrouvé un sentiment oublié, une part d'elle-même. Elle était... heureuse.

Ça n'avait aucun sens, bien entendu, mais ne courait-elle pas à travers une foule dense, pressée d'arriver elle ne savait où ? Elle s'était habillée pour l'occasion – elle ne pouvait pas appeler ça autrement. Elle en avait même probablement fait un peu trop... Une jupe longue d'un bleu éclatant qui voletait joyeusement autour de ses mollets, un haut et un gilet blanc – elle avait l'impression de dépareiller complètement, et pourtant personne ne se retournait sur son passage. Depuis quand savait-elle s'habiller en Moldu ?

C'est dans une espèce de coton brumeux qu'elle vit apparaître le visage réjoui d'Elinor devant elle. Un soulagement sans fin s'abattit sur elle, tandis que son corps réagissait également, à sa manière : battements de cœur erratiques, le souffle rendu court pas seulement à cause de sa course... Elle avait une envie folle de se jeter dans ses bras, mais elle ne fit rien. Se contenta de rougir, intérieurement autant qu'extérieurement, aux paroles de la jeune fille – pas beaucoup plus âgée que celle qui partageait ces illusions avec elle.


-Pas autant que toi, répliqua simplement la Loevi du futur.

Et c'était vrai. Qui pouvait surpasser Elinor ? Certainement pas elle, elle ne lui arrivait pas à la cheville. Lentement, Loevi reprit le contrôle de ses pensées, sa douleur s'envolait à mesure qu'elle prenait conscience de ce qui lui arrivait. Qu'elle se rendait compte que... non seulement Elinor était là, devant elle, bien vivante... mais qu'elles semblaient partager... elle ne savait quoi. Elle avait peur, peur de ce qui se passait sous ses yeux, mais en même temps, tout cela la rassurait. Elle avait le sentiment d'avoir trouvé un point d'équilibre. Oui, un point d'équilibre... le premier depuis la disparition de Mark...

Son âme voulut tendre la main vers Elinor, mais son corps se contenta de parler, parler et parler encore, avec un enthousiasme frôlant la folie. Depuis combien de temps avait-elle abandonné cette partie d'elle-même ? Comment avait-elle pu la retrouver, ici, avec autant de facilité ?

Grande roue.

Les deux Loevi s'amusèrent beaucoup de la crainte affichée par Elinor. Malgré ses propres frayeurs, elle se laissait totalement envahir par la joie à peine dissimulée de son double plus âgé. Elle l'entraîna vers leur nacelle, affichant une assurance qu'elle était loin d'éprouver – elle avait juste envie de s'amuser, l'étudiante le sentait, et elle ne pouvait rien contre ça.

D'un autre côté, elle se sentait mal à l'aise... La soudaine proximité, si indécente, d'Elinor, la mettait au supplice. Elle comprenait peu à peu que ce n'était pas juste une amitié qui liait ces deux jeunes femmes ; elle fut incapable de dire si elle appréciait cela ou non.


*Elinor...* appela-t-elle doucement.

Elle ne savait pas trop ce qu'elle voulait l'entendre dire... Etait-elle seulement encore dans les parages ? Spectatrice fantomatique ou actrice impuissante piégée dans son propre corps ? Elle ne l'avait pas entendue, un peu plus tôt, totalement bouleversée par ce qu'elle vivait.

La main d'Elinor se referma fermement sur la sienne – elle n'avait encore pas écouté. Son corps tout entier frémit et elle sentit ses joues chauffer à nouveau. Mais c'était quoi cette manie à la fin ?!


-Arrête arrête, s'entendit-elle s'exclamer en riant. Moi j'ai peur du vide tu te souviens ? Avec tous ces fichus balais que j'ai pu faire tomber ces dernières années... Je suis une trouillarde de Poufsouffle qui ne sait pas ce qu'elle rate... Et je ne t'autorise pas à dire que tous les Poufsouffle sont des trouillards !

Et, sans gêne, elle posa son front sur l'épaule d'Elinor et ferma les yeux en continuant à rire. Elles avaient l'air de deux idiotes, c'était dingue... La jeune Elinor elle-même était d'accord.

*Ah tiens, tu es là... ? Merlin j'ai honte de moi...*

Puis autre chose lui revint à l'esprit : elle avait blagué sur les balais... Elle, qui avait tant souffert à cause de ce maudit tatouage inhibiteur, trouvait le moyen, en compagnie d'Elinor, d'en rire comme s'il s'agissait d'une bonne farce. C'était-il Merlin possible ?

*C'est aussi un futur... ça ? Je peux changer à ce point ?*

Elle ne posait pas tant la question à Elinor qu'à elle-même. Elle se surprenait au plus haut point ; quelques années à peine s'étaient écoulées entre leur rencontre au magasin et cet étrange épisode, cela se voyait à leur visage – et pourtant elle était redevenue la Loevi d'antant. Mieux encore, elle était devenue ce qu'elle aurait toujours dû être.

Si cette métamorphose était réellement due à Elinor, comme tout semblait le montrer, alors... Loevi ne comprenait plus rien. Elle ne voulait plus vraiment comprendre non plus. Sa respiration s'était calmée et... elle se sentait bien. Apaisée ; entière. Elle se prenait en plein visage tout ce qu'elle avait toujours voulu nier. Et sa camarade voyait tout.


-Oh regarde, regarde ! s'écria-t-elle soudain, tendant le doigt devant elles.

Elle avait rouvert les yeux, et le spectacle de Londres by night vu du ciel lui avait coupé le souffle.


-Eh ! Loupe ce que tu veux mais loupe pas ça, Eli, sérieux ! rit-elle, exaltée.

Son bonheur était à l'égal du désespoir qui l'avait envahie quelques minutes plus tôt. C'était assez troublant.
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Mar 3 Juin - 20:44

Elle se sentait bien là, avec sa tête sur son épaule.

*Ah tiens, tu es là... ? Merlin j'ai honte de moi...*

Pourquoi?

*C'est aussi un futur... ça ? Je peux changer à ce point ?*

Je l'espère... Tu sais j...

Elle allait lui répondre lorsque le double de Loévi se mit à parler à nouveau. L'excitation était perceptible dans le son de sa voix. Eli du futur aurait donné une somme rondelette en gallions pour continuer à l'entendre aussi gaie.

-Oh regarde, regarde !

La jeune fille ouvrit les yeux mais elle fut incapable de décoller son regard du visage de Loévi. Elle respirait le bonheur, la joie de vivre. Depuis combien de temps Eli du présent ne l'avait pas vue ainsi aussi rayonnante, aussi désirable? Il lui ressemblait retrouver la jeune fille qui l'avait troublée trois ans auparavant sous un chêne à Poudlard.

-Eh ! Loupe ce que tu veux mais loupe pas ça, Eli, sérieux !

Mais je ne loupe rien, bien au contraire.

Eli sentit son coeur battre la chamade. C'était en général anonciateur chez n'importe quel être humain placé dans cette situation. Et à ce moment précis, la jeune Eli se sentit totalement en phase avec son moi du futur. Elle savait ce qui allait se passer et en avait profondément envie.

Elle se pencha vers elle jusqu'à caresser son doux visage de son souffle. Beaucoup des soucis de la jeune Elinor s'évanouirent à mesure que la distance qui la séparait des lèvres de Loévi s'amenuisait.
On aurait dit qu'elle savourait chaque seconde qui l'éloignait, pourtant ça lui faisait mal d'attendre. Merlin que ce sentiment était étrange! La jeune Elinor n'osait plus prononcer la moindre parole.

Eli repoussa une mèche qui lui cachait ce qu'elle convoitait tant, puis déposa un baiser chaste sur ses lèvres. C'était peu, trop peu pour la jeune Elinor qui aurait volontiers repris les commandes de son propre corps pour prendre le relai...

Elle se sentait frustrée, une fois de plus. Et au moment où elle s'apprêtait à lui dire quelque chose, la fumée noire fit à nouveau son apparition...
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Jeu 5 Juin - 18:46

Elle sentait la présence d'Elinor dans sa tête, elle entendait ses pensées, et ne savait quoi en tirer. Mais pire encore que cet étrange discours muet, ce furent les gestes qui la troublèrent – un peu trop, sans doute. Elle n'arrivait même plus à penser ; son cœur plus âgé battait un peu trop fort, un peu trop vite à son goût. Elle sentait le souffle d'Elinor sur sa peau, plus près, toujours plus près, si près qu'elle ne s'arrêta pas là. Loevi étudiante brisée sentit la peur la submerger quand elle comprit, incrédule, ce qui allait se passer, ce que cette vision illusoire d'un futur impossible lui réservait.

Pire encore lorsque le regard des deux jeunes femmes se croisèrent et qu'elle sut, à cet instant, qu'elle ne reculerait pas – pas parce qu'elle n'avait pas le contrôle de ce corps, mais parce qu'elle n'en avait aucune envie. Ce fut l'infime seconde où tous ses mensonges, où toutes ces années passées à s'abreuver de fausses vérités volèrent en éclat. Si la vision de la mort d'Elinor avait déjà habilement fissuré les hautes murailles de sa conscience, le simple rapprochement de la jeune fille eut l'effet d'un choc dévastateur.

Impatience. Angoisse. Excitation. Bouleversement. Tout et rien, violent ouragan qui s'abattait sur sa vie, et détruisait tout ce sur quoi elle s'était appuyée jusqu'alors, tout ce qu'elle avait construit pour s'empêcher de sombrer. En quelques instants, tout fut balayé. En une fraction de seconde, tout fut effacé. En un baiser, Elinor avait recréé de nouvelles certitudes.


>¤<


C’était le silence, c’étaient les ténèbres. Elle ne sentait plus rien, ni la douleur de ses poumons ni celle de ses yeux, et encore moins celle, moins définissable, de son cœur. Il n’y avait pas de sol sous ses pieds mais elle ne tombait pas. Elle avait les yeux ouverts mais ne voyait pas. Elle écoutait, mais n’entendait pas. C’était un espace et c’était le néant. C’était un temps et c’était l’infini.

La peur l’envahit soudain, inexplicable, se rappelant à sa mémoire avec la violence d'une tempête en plein désert. Sa gorge redevint douloureuse et ses yeux la picotèrent. Elle chercha autour d’elle avec fébrilité, cédant à la panique. Elle voulut appeler – appeler qui ? – mais aucun son ne sortit. Sentant de nouvelles larmes menacer de la submerger, elle referma les paupières et serra les mains ; une violente douleur à sa paume droite la força à rouvrir les yeux


>¤<


Le retour à la réalité fut aussi brutal et déroutant que les précédents voyages à travers le temps. La fumée noire s'évanouit autour d'elle avec lenteur, comme si elle s'était trouvée sur les cendres d'un feu tout juste éteint. Malgré elle, Loevi se remit à tousser violemment, avec la désagréable sensation de se mettre à cracher du sang - ce qui n'arriva pas, bien entendu. Les larmes, repoussées un moment, n'étaient plus très loin, n'attendant qu'une infime faiblesse pour se remettre à couler. La toux n'aidait en rien.

Une douleur aigüe ramena l'étudiante au présent ; toussant à peine moins, elle baissa le regard sur l'une de ses mains, ouverte sur deux objets dont elle avait jusqu'alors oublié l'existence même. La plaque de platine gravée au nom de la dynastie, et un bris de cristal dont les ciselures n'étaient pas sans rappeler un B majuscule artistement stylisé, tous deux tachés de son propre sang, qui s'écoulait encore doucement de quelques entailles sur sa paume. Leur seule présence prouvait que tout ce qui venait d'arriver n'était pas issu d'un rêve – le cristal avait bel et bien été brisé, et...


-Elinor !

Loevi bondit sur ses pieds et vacilla, étourdie. Elle en avait trop vu et trop entendu, trop ressenti peut-être aussi. Elle se laissa tomber au sol et se prit la tête dans les mains, délaissant les deux objets maudits sur l'herbe humide. Elle avait à peine conscience qu'elle n'était pas de retour au magasin – un autre futur ? Et pourtant non, elle savait qu'elle était revenue. Elle était maîtresse d'elle-même, et la fraîcheur de l'herbe et le froid du vent étaient tout ce qu'il y a de plus réel. Il fallait qu'elle parle à Elinor, qu'elle sache, au moins, si celle-ci était également revenue à leur point de départ – ou cinq cent mètres plus loin. Elle voulait juste savoir si elle allait bien... Elle repartirait aussi sec de son côté. Si ses jambes acceptaient de la porter.

Elle ressentait une impression étrange, à mi-chemin entre l'inquiétude et la frustration – un intense sentiment de solitude aussi, de celui qu'elle s'était efforcée de réduire à l'état de futilité indigne d'intérêt, durant les derniers mois. Elle tremblait ; mais ce n'était ni de froid ni de sanglots. Elle n'osait pas regarder non plus, de peur de croiser le regard d'Elinor. Elle osait à peine penser, de peur que celle-ci ne lise dans son esprit ce qu'elle-même refusait encore de s'avouer malgré la vérité qui s'était imposée à elle.

Elle avait mal, mais surtout, elle avait peur. Peur d'avoir plus mal encore.
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Elinor Redgrave
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Sam 7 Juin - 16:35

Fini les voyages dans les strates de futurs aussi improbables que mystérieux. Lors qu'elle releva le nez de l'herbe humide, Eli eut la satisfaction de constater qu'elle était la seule, entendez par là sa conscience de dix-neuf ans, à donner des ordres à chaque muscle de son corps. Cet ultime passage à travers cet être de fumée avait laissé des traces dans l'esprit de la jeune fille qui, en se mettant debout, sentit sa tête tourner. C'était assez curieux comme sensation. Elle avait déjà pris quelques cuites mais dans ce cas, c'était le décor qui bougeait, elle en conclut donc qu'elle ne s'était pas cuitée au futur.

Tant mieux d'ailleurs, car les dernières révélation sur le voile du futur comme aurait dit Trélo était très attirante. A présent, ce qu'elle avait fait dans la grande-roue lui revenait en mémoire ainsi que tout le reste à mesure que les effets du retour à la réalité s'estompaient pour laisser place à la normalité.

Loevi...

- Loevi?

Elle tourna la tête pour essayer de voir Loévi et reconnut à la végétation les environs de Pré-Au-Lard. Loevi était là, à une centaine de mètres, dans la même prairie, par terre, tête dans les mains. Eli s'avança vers elle. Impossible de partir comme, comme s'il ne s'était rien passé. Son désarroi était perceptible, sa douleur aussi. Est-ce que la Loevi de transition faite de rancoeur et et de haine envers le monde s'était enfin envolée?

Eli s'agenouilla près d'elle et ne put s'empêcher de la prendre dans ses bras en caressant son dos pour la rassurer? Sans doute autant son amie qu'elle-même. Tout cela se faisait en silence. Il en fut de même lorsqu'elle prit ses mains en voyant du sang qui s'en écoulait. Il lui rappelait trop les entailles qu'elle s'était auto-infligées dans son premier futur.

Retenir un soupir c'était dur, énorme même. Elle se mordilla la lèvre inférieure et attendit. Elle crevait d'envie de lui parler de ce qui s'était passé, de cui pourrait se passer si et seulement si... Mais le temps n'était pas aux théorèmes mathématiques. Elle attendrait qu'elle parle, et si elle ne le faisait pas seulement...
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Mar 10 Juin - 17:57

La voix d'Elinor la fit tressaillir, autant par son timbre si familier – rassurant – que parce qu'elle se rendait compte qu'elle avait espéré l'entendre, comme une bouée de sauvetage dans un ouragan. Et c'était exactement cela ; une bouée de sauvetage dans un ouragan. Elle tremblait encore, plus peut-être, quand Elinor la prit dans ses bras. Les larmes dévalèrent d'elles-mêmes, sans attendre l'accord de Loevi ; qu'elle n'aurait jamais donné. Une sorte d'instinct enfoui la poussait à se serrer contre elle, à s'accrocher de toutes ses forces, mais elle était tétanisée, incapable de réagir. Pour la première fois depuis bien longtemps, elle ne savait plus ce qu'elle devait faire.

Elle aussi vit le sang ; Loevi sut que cela lui rappelait la même chose qu'à elle. Mais c'était bien moins douloureux, sa peau l'élançait, certes, mais cette blessure involontaire ne cachait rien. Elle n'avait pas si mal, ce n'était rien. Elle aurait voulu le lui dire, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. L'inquiétude d'Elinor était visible, un peu trop ; elle en faisait trop, tout n'allait pas si mal... Elle voulait s'en convaincre et pourtant n'y arrivait pas. En quelques instants, c'était comme si tout s'était effondré autour d'elle. Il n'y avait plus le moindre repère.

Et dans tout cela, qu'est-ce qui était vrai ? Et faux ? Elinor allait bien, elle n'avait rien, mais Eleanor ? Et qui leur disait qu'elles n'étaient pas toutes deux... de l'autre côté ?

Elles étaient vivantes, saines et sauves. L'une en face de l'autre, se fixant du regard en attendant que l'une d'elle parle en premier. Mais qu'y avait-il à dire ? Qu'y avait-il à ajouter ? Loevi n'avait pas envie de parler de ce qu'elle avait vu et vécu, pourtant elle savait qu'elle devrait le faire. Mais évoquer ces événements... c'était au-dessus de ses forces. De l'Héritière fière et inébranlable, il ne restait plus grand chose. La carapace d'acier s'était fendue, et apparaissait maintenant celle qu'elle avait toujours été ; une fille faible, à tous points de vue.


-Je... balbutia-t-elle.

Une part d'elle, une cendre échappée de la combustion de l'Héritière hautaine, lui ordonnait de se reprendre, d'agir normalement. Lui répétait encore et encore que tout ça n'avait été qu'une illusion, et qu'elle n'avait pas à se laisser influencer par un tel subterfuge. Cette voix, aussi puissante fut-elle, était éclipsée par le murmure ténu qu'elle savait dire la vérité : aussi chimériques qu'elles aient été, ces images avaient le pouvoir de devenir réelles, et rien de ce qu'elle avait ressenti alors n'avait été créé par autre chose que son propre cœur.


-J'ai...

Malgré elle, elle se repassait l'enchaînement des scènes, essayait de se souvenir de tout ce qui était arrivé. Sang et mort. De tout ce qu'elle tentait de se rappeler, il n'y avait que ça qui ressortait. ça, et la douleur, intense, oppressante. Plus elle s'évertuait à mettre de l'ordre, plus tout s'embrouillait dans sa tête, jusqu'à se mélanger en fragments sans suite de scènes qui perdaient tout leur sens. Elle ne voyait que le visage d'Elinor, sans plus rien comprendre. Et si tout cela n'avait été qu'un mauvais rêve...

-J'ai fait un terrible cauchemar... chuchota-t-elle enfin. Je ne sais pas quand il a commencé, ni avec quoi il a commencé... Je ne sais plus ce qui est vrai dans mes souvenirs... Est-ce que je suis réveillée ?

Les illusions se fondaient dans la réalité, de sorte qu'elle n'arrivait plus à les démêler. Toute sa vie prenait soudain des allures de songe un peu trop réaliste ; le fait même de se trouver à côté de Pré-au-Lard n'était plus vraiment une vérité, comme si en plus de pseudo-futurs bizarres on avait décidé de lui imposer quelques présents non vérifiables.
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Mer 11 Juin - 15:20

- Je pense que tu es autant réveillée que moi. Je pense qu'on est de retour au présent. Non?

Tout était assez clair dans l'esprit d'Elinor, beaucoup plus apparemment que dans celui de Loévi. Elle se souvenait de ce qu'on lui avait présenté comme futur. Est-ce que cela était de l'ordre du possible? Peut-être. En tous cas, ces évènements lui avaient ouvert les yeux sur pas mal de choses.

Noah pouvait être venu dans le passé. C'était certain, elle l'avait même rencontré.
Elle pouvait peut-être mourir.
Elle pouvait être promise à un bel avenir professionnel.
Elle pouvait peut-être...

Pourquoi on lui avait montré tout ça? Pourquoi précisément ces évènements? Elle ne le saurait probablement jamais et c'était sans doute mieux. Comment vivre avec cette expérience. Soudainement, elle partagea quelques-unes des difficultés de Loévi.

- En tous cas je suis désolée.

Cette phrase n'était pas anodine. Lors de leur première rencontre, Loevi n'avait cessé de l'utiliser pour tout, pour rien.

- Tout est de ma faute, si j'avais pas déconné avec ton objet, nous n'en serions pas passées par là.
Je... Enfin... Tu en penses quoi de tout ça? Tu crois que ça va vraiment arriver ou que ce ne sont que des éventualités?

Comment vivre avec ça? Elle n'avait pas franchement envie de mourir jeune, mais d'un autre côté que pouvait-elle y faire?

- Je n'ai pas envie que tu te suicides, je n'ai pas envie de mourir tôt, et... puis le reste...

Eli se redressa pour s'asseoir aux côtés de Loévi. Cette expérience n'avait décidément rien de commun. Rien de rassurant.
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Ven 20 Juin - 19:56

Il n'y avait aucun point commun entre la Loevi qui avait franchi le seuil du magasin ce matin-là, hautaine, insolente, et celle qui était à présent prostrée sur l'herbe humide de Pré-au-Lard, perdue, brisée. Un monde les avait séparées. Un monde créé par la folie de sa propre ascendance, un voyage provoqué par Elinor. Un monde fait de tout ce que Loevi souhaitait éviter, de tout ce qui, pourtant, pourrait bien arriver, si...

Mais tout cela, elle ne le comprenait pas encore ; ou ne voulait pas le comprendre. Elle ne dormait pas – Elinor le lui avait dit, mais pouvait-elle la croire ? Elle ne savait plus à quoi ressemblait la réalité ; dès lors, comment faire la différence avec un rêve ?
" Pour sortir d'un rêve, pince-toi " lui avait-on dit un jour. Cela supposait que le toucher, et à plus forte raison la douleur, était la clé pour savoir. Elle sentait la morsure du vent sur sa peau et le froid de l'herbe dont l'humidité s'infiltrait dans ses vêtements. Oui, mais elle avait aussi senti l'atroce souffrance du poignard entaillant son poignet, le froissement de sa robe sur ses mollets et des feuilles sur ses joues, elle avait aussi senti la douceur des lèvres d'Elinor... Si les rêves avaient le même goût que la réalité, alors elle n'avait aucun moyen d'être sûre.

En fait, elle ne voulait pas savoir. Croire que tout ce qu'elle vivait était un songe était plus facile que d'affronter la réalité.

Son regard se porta furtivement sur les débris de la boule de cristal lorsqu'Elinor la mentionna ; elle aurait voulu lui dire que ce n'était pas si grave, que c'était une malédiction de la famille et qu'elle avait eu raison de la détruire... aucun son ne sortit de sa bouche. Rien ne vint non plus quand la jeune fille lui demanda son avis - en avait-elle seulement un ? Tout ce qu'elle aurait pu dire sur la question, c'était à quel point elle en avait souffert ; non, même ça, elle n'aurait pu le dire à voix haute. Le penser seulement était déjà trop dur. Elle ne voulait pas se poser la question : tout cela allait-il se produire ?

Les dernières paroles d'Elinor lui firent relever la tête. Elle la regarda un long moment en silence, constatant avec une surprise incongrue que l'ancienne Serpentard semblait sincère – inquiète.


-Je n'ai pas envie non plus... murmura-t-elle alors, tout bas. Je ne peux pas croire ce que j'ai vu... Rien de tout ça ne peut arriver, rien... Comment pourrais-je... tuer...... la seule famille qu'il me reste ? Comment pourrais-je laisser mon père... Antarès, le Mal... Et toi ? Tout ça est faux, entièrement faux...

Elle était totalement anesthésiée ; cette espèce de léthargie était plus facile à supporter que la douleur inhérente à ces images. Pourtant une part de Loevi, profondément enfouie, se rebellait contre cet état, luttant pour tenir sa conscience éveillée, pour prendre la pleine mesure de tout ce qu'elle venait de voir. Elle ne pouvait pas se laisser balloter comme ça, ça n'était pas son genre.

-Je refuse ! cria-t-elle soudain, frappant des poings sur la terre humide. Je refuse de laisser ça arriver ! Je refuse de la laisser mourir ! J'ai déjà perdu Mark, je refuse de la perdre elle aussi !

Sa voix se brisa à la mention de Mark ; elle le savait, mais n'avait jamais accepté de se l'avouer : elle n'avait jamais fait son deuil, et peut-être même ne le ferait-elle jamais. La perte de ce frère de cœur, de cette autre moitié d'elle-même avait été la plus douloureuse de sa vie. Même si elle ne partageait pas le même lien avec Eleanor, elle voulait au moins faire son possible pour la rendre heureuse, peu importait la difficulté de l'entreprise. Eleanor, tout comme elle, n'avait été qu'une victime de la dynastie, elle ne méritait pas son sort. Loevi avait le pouvoir de l'aider, elle s'était juré il y avait longtemps de tout faire pour la sortir de sa prison du sang et de l'esprit.

Ce n'était pas pour mieux la tuer.

Les larmes s'étaient remises à couler, plus vraies, plus sincères que jamais. Les lèvres serrées pour contenir les sanglots, les poings crispés sur l'herbe, Loevi luttait pour garder le contrôle d'elle-même, à la fois de sa douleur et de sa colère. La part d'elle-même, refoulée depuis plus d'un an, refaisait surface, tentant de balayer les vestiges de cette personnalité dure et distante qu'elle s'était construite comme une infranchissable barrière pour se protéger. S'était lancé un combat intérieur dont le vainqueur était loin d'être connu d'avance.


-Tu peux t'excuser autant que tu veux, lâcha-t-elle. Ça n'enlève rien à ce qui s'est passé. Un trésor de famille brisé et une succession d'illusions destinée à nous briser nous aussi. Je reconnais bien là le sadisme de cette foutue dynastie. Je savais que je devais me méfier. De tout.

De nouveau, l'ironie, involontaire, pour seul rempart contre une vérité trop dure à encaisser. C'était ça. Ça ou la destruction.
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Sam 21 Juin - 20:23

Silence. Je la regarde et je l'écoute. Elle paraît presque désemparée. Je pourrais lui dire que quoi qu'il puisse lui arriver je serai là. Que si elle a besoin d'aide... on ne sait jamais, je serai toujours dans les parages. Je pourrais... je pourrais... Mais je préfère l'écouter. Je ne veux surtout pas la brusquer. Elle a l'air si fragile et bouleversée.

Ses mots défilent à mes oreillent, cohérents, échappés, soufflés. Mais tout a une logique. Petit à petit j'ai l'impression de retrouver vraiment mon amie, celle que j'ai perdu depuis quelques mois.

Elle refuse.

Je sens qu'elle ne va pas tarder à tout nier. Tout. Même les petits instants de bonheur qu'on a pu entrevoir tout à l'heure.

Elle pleure.

Je résiste. J'en ai tant envie. Il est des personnes envers lesquelles il est facile de réagir, auxquelles on peut se laisser aller, oser. Je sais que je suis capable de le faire. Mais en général, quand on le fait, c'est qu'il n'y a pas de crainte. S'il n'y a pas de crainte, c'est qu'il n'y a rien. C'est que les tripes ne se tordent pas quand on les voit souffrir. Que notre coeur ne se serre pas quand on voit couler une larme, ou alors, c'est que notre coeur est totalement acquis à la cause de Salazar.
Mais quand on ressent quelque chose, c'est fini. Il n'y a plus aucune certitude. La moindre envie provoque une panique inénarable, insurmontable. C'est ce que je ressens en ce moment. Je sais qu'au fond de moi, mon choix est fait. Alors je préfère la laisser pleurer et rester comme une idiote.

Et puis elle enchaîne à nouveau.

Et vlan! Prends-ça dans la tête.

Je croyais.

Tout est dit en ces deux mots. Un sujet qui me caractérise et une action sur laquelle je me suis fourvoyée.

J'ai cru.

Pourquoi?


- Je n'ai pas dénoté que du mauvais dans tout ce que j'ai vu. Ta foutue dynastie n'a pas une emprise totale sur toi. Tu l'as bien vu. Je pense que c'est juste à toi de vouloir et de choisir.
Bien sûr je n'ai sans doute aucune légitimité à te parler ainsi et tu peux croire que je prêche pour ma paroisse, ce qui n'est pas totalement faux, mais pas totalement vrai non plus. S'il te plaît écoute-moi. Je te parle en tant qu'amie.
Je suis à moitié moldue. Je n'ai pas été élevée dans la croyance du destin et de la fatalité. On m'a toujours dit que nous n'étions que le produit de nos choix et qu'il n'appartenait qu'à nous de les assumer.
Si tu fais le choix d'aider Eleanor, tu ne lui feras aucun mal. Si tu choisis de défier ton père, il ne te feras pas... ça.

Je pris bien garde de ne pas parler de moi. Cela n'avait pas sa place dans ma démonstration. Je sais que Loevi , ma Loevi n'a pas totalement disparu. Cette personne a un bon fond malgré ce qui a pu lui arriver. On ne change pas du jour au lendemain.

- Ces choix n'appartiennent qu'à toi.

Tous.
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Dim 29 Juin - 9:31

-Mes choix ne m'ont jamais appartenu.

La sécheresse de sa voix n'était pas assez forte pour exprimer tout le mépris et la résignation qu'elle portait à cette vérité lourde de sens. Toute sa vie durant, on avait décidé de son avenir à sa place, ne lui laissant pas même l'infime possibilité d'une rébellion muette. Son destin tout entier avait été tracé avant même sa naissance, on l'avait gravé en elle comme le sceau d'une malédiction dont elle ne pourrait jamais se défaire. Même aujourd'hui, alors qu'elle avait pris la place tant jalousée d'Héritière BloodDust, ses choix étaient limités. La liberté, elle n'avait jamais connu.

-Je devrais confier Eleanor à quelqu'un d'autre, elle serait plus en sécurité qu'avec moi, gronda-t-elle soudain. Et elle échapperait enfin à l'emprise de ma famille – parce que tant que je serai avec elle... Je suis la dernière corde qui la rattache aux BloodDust, sa dernière malédiction, elle se porterait bien mieux sans moi. Quant à mon père...

Quant à son père... Ce qu'elle avait vu de lui durant ces voyages ne différait en rien de ce qu'il avait toujours été – de ce qu'il avait toujours souhaité. A ses yeux, sa fille n'était qu'un instrument de plus au service de sa propre gloire, de son insatiable ambition ; qu'elle soit devenue l'Héritière ne lui en donnait que plus de pouvoir. Elle savait aujourd'hui qu'il était capable de la réduire à néant, d'en faire une simple poupée qui lui obéirait au doigt et à l'œil. Aussi écœurée soit-elle à cette seule idée, elle devait admettre qu'elle était probablement trop faible pour résister à un homme tel que lui.

Il avait déjà projeté de la marier, autrefois, et devait encore mûrir quelques projets du même ordre dans ses plans pour conquérir le monde. Que le premier époux qu'il lui ait choisi ait disparu de la surface de la terre ne lui faisait ni chaud ni froid – c'était un garçon qu'il avait déjà sacrifié à de nombreuses reprises – et de plus d'une manière. La mort de Mark ne l'avait aucunement affecté ; à la place d'un jeune homme trop ambitieux et rebelle, il avait gagné une fille plus docile et conciliante – car bien malgré elle, elle continuait de rester dans son ombre, n'osant pas, comme Mark était pourtant parvenu à le faire, franchir le dernier pas la séparant définitivement de cette dynastie tant haïe.

Elinor avait tort. Les BloodDust avaient sur elle une emprise totale.


-Tu ne sais rien de ma vie, Elinor. Tu ne sais rien. Rien du tout. Tu crois que j'ai eu une vie exemplaire ? Te souviens-tu seulement de tout ce que je t'ai raconté à notre première rencontre ? Même là je n'ai pas dit le millième de tout ce qu'il y a à savoir sur moi et ma famille. Tu n'as aucune idée de la famille dans laquelle je suis née, de tout ce qu'elle est capable de faire. Elle pourrait réduire ta vie à néant si elle le voulait, et elle n'aurait sans doute pas grand chose à faire pour ça. As-tu la moindre idée de l'influence de mon nom, au Royaume-Uni ? Même en France, il est craint et respecté. Mon père est fort à ce jeu-là. Me marier contre mon gré ne signifie rien pour lui. Le défier ne lui ferait même pas hausser un sourcil.

A présent, elle luttait pour contenir sa rage – une rage si ancienne qu'elle semblait avoir toujours été une part d'elle-même. Qu'importe ce qu'elle avait pu faire dans sa vie pour échapper à son destin, celui-ci l'avait toujours rattrapée. Ses vaines rébellions étaient restées ignorées, insignifiantes. Les choix qu'elle avait faits, à l'école, concernant son avenir – les matières choisies, ou encore la filière qu'elle avait suivie cette année... – la tutelle d'Eleanor, rien de tout cela n'avait paru avoir d'importance aux yeux de Patrick Leroy ; seul le pouvoir qu'il pouvait obtenir comptait pour lui. Elle n'avait réussi qu'à garder Eleanor dans les filets de la dynastie.

Oui, mais jamais elle ne pourrait l'abandonner à son sort.


-Toi, tu peux choisir tout ce que tu veux, reprit-elle, amère. Choisis de ne pas mourir ; choisis de garder ton fils à l'abri ; choisis ce que tu veux, puisque tu en as le pouvoir. Tu as raison, nous sommes le produit de nos choix, ce qui revient à dire que tu es ce que tu veux être, et que je ne suis rien. Vis ta vie, sauve tous ceux que tu peux sauver.

Elle essuya ses joues d'un geste rageur et se releva, prête à partir ; oubliant sur l'herbe les fragments rougis de l'objet brisé. L'éclat du cristal attira son attention ; elle l'observa longuement, hésitant à prendre les débris avec elle. Mais elle voulait avant tout partir d'ici, s'éloigner au plus vite d'Elinor – elle le sentait : Elinor aussi avait une emprise insoupçonnée sur elle.
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MessageSujet: Re: Le battement d'ailes du papillon [PV]   Sam 12 Juil - 18:35

Eli préféra garder le silence un moment. Il fallait que cela cesse, qu'elles reprennent chacune le cours normal de leur existence. La jeune fille pouvait affirmer que Loévi avait changé aujourd'hui, qu'elle avait laissé sortir des choses qui l'oppressaient depuis longtemps.

Elle se leva et rammasa les débris. Réflexe. Quelqu'un pourrait se blesser. Idée derrière la tête aussi. On ne savait jamais. Ils pourraient peut-être s'avérer utiles un jour. Elle posa son regard sur cette contradiction qui se tenait devant elle. Qu'est-ce qu'elle avait envie de lui redonner le sourire qu'elle avait dans la Grande Roue de Londres. C'était possible, elle en était sûre. Oh, bien sûr la partie n'était pas gagnée d'avance. Loévi croulait sous le poids d'un spleen infini. L'en libérer ou du moins lui montrer des jours plus gais ne serait pas une mince affaire. Néanmoins, à ce moment précis, Elinor venait de faire un choix.

Elle secoua la tête en pensant aux dernières phrases de Loévi. Quand est-ce qu'elle mettrait l'acidité de côté?

- Tu n'es pas rien, ni pour moi, ni pour les autres. Un choix j'en fais un, maintenant, celui de t'aider. A Londres j'habite à l'angle de Queensborough et Bayswater Road, à côté d'Hyde Park. Viens quand tu veux, n'importe quand. Je serai là.

Il me semblait bien qu'elle ne viendrait pas encore, à Poudlard du moins. Lui donner mon adresse était totalement réfléchi. L'université pouvait la distraire, mais pendant les vancances, l'ennui serait sans doute un bien mauvais compagnon.
Je veux qu'elle ait un point de chute, au cas où. Je veux qu'elle puisse s'aérer l'esprit.

Inutile de rajouter quoi que ce soit. Elinor coupa à travers champ pour retourner à Poudlard. Loévi préfèrerait sûrement digérer toute cette aventure seule. Elle avait besoin de réfléchir et de commencer à prendre des décisions.


A suivre...
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