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 [Pense-Bête] Egon's Work Desk

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Egon Sutham
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MessageSujet: Re: [Pense-Bête] Egon's Work Desk   Dim 10 Fév 2008 - 18:13

II
La naissance des Galleas


En un clignement de cils, Isis fut transposée une nouvelle fois aux abords d’une forêt. Celle-ci était beaucoup plus dense et sombre que celle de Thiam Phucci. Le temps était plus froid.

Tout ce que la voix inconnue débitait se déroulait sous le regard d’Isis. On suivait Azra, ce qu’elle voyait, ce qu’elle vivait. A présent par exemple, Azra adoptait la même posture que la quarantenaire de Thiam Phucci. Vêtue d'une tenue de longues traînes de tissus soyeux aux couleurs pastelles, elle était assise en tailleur sous un grand arbre et elle levait les mains au-dessus de sa tête formant un U avec ses paumes pour recevoir un fruit d'une couleur étrange.

« Ils vécurent longtemps en France, dans la Bretagne. Depuis qu'ils avaient quitté l'île aux enfants, leur corps vieillissait plus vite.

« Combinant sa magie, son instinct de survie et sa tristesse d'avoir abandonné les siennes, Azra créa un arbre de vie à la manière de celui qui était sur Shalimance, afin de faire naître d'autres Sycides qu'elle appela désormais les Galleas pour mieux répondre à l'amour d'Enoch. Klimt, un artiste moldu ou peut-être était-il sorcier, a reproduit cet arbre dans une de ses oeuvres... A travers l'Histoire, les Galleas ont laissé beaucoup de traces plus ou moins discrètes.»




Peut-être qu'à droite les personnages n'étaient autres qu'Enoch et Azra, tandis qu'à gauche se tenait debout la belle Gallea inconnue qui les observait avec envie et amertume.

« La magie d'Azra était puissante car les siècles lui avaient transmis beaucoup de savoir et de maîtrise. Mais elle ne put vraiment créer qu'une demie douzaine de consoeurs. Cela était suffisant pour que ce peuple ne s'éteigne pas. »

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Une nouvelle fois Isis fut transfugée. On aurait dit qu’elle remontait le cours du temps, se rapprochant de souvenirs en souvenirs de notre époque. Cependant, à partir de cette nouvelle réminiscence, on remarquerait que le point de vue changeait... nous n’étions plus dans les mémoires d’Azra.

Changement catégorique de décor. Isis était dans une grande ville. L’odeur nauséabonde faisait tourner la tête pour qui n’était pas habitué, un mélange de poissons, de cuisine rance, de sueur et de déjections animales. Les gens étaient vêtus autrement, pauvrement. La langue était française. Paris.

Dans la foule grouillante, une femme marchait d’un pas aérien et, encapuchonnée sous une cape bai, elle se détachait de la grisaille et de ce tableau peu réjouissant. Elle était d’une beauté qu’on n’oublie pas. Une femme aux yeux d’un orange profond qui n’était pas sans rappeler l’iris du nourrisson du village sycide. Ses cheveux acajou retombaient indéfiniment jusqu’à ses reins encore qu’ils fussent joints en un chignon qui les raccourcissait. Son visage évoquait les traits mi-félins mi-canins d’un renard, elle se déplaçait d’ailleurs avec son agilité veloutée. Pour la suivre Isis devrait se glisser entre les visages gris et mornes des parisiens de cet autre siècle.

La femme entra dans une courette où elle s’élança vers un jeune homme au visage banal, dont les sourcils presque joints abritaient son regard gris sans pour autant lui retirer son charme discret. Animé d'un sourire douceâtre à la dentition inégale, il l’attendait dans l’ombre:
- Tu m’as manqué, Hélène! glapit-il en se détachant de ses ténèbres.
- Toi aussi, Pierre. Ma mère ne me lâchait pas.
Ils s’embrassèrent sans effusion, ce qui contrastait considérablement avec la passion quasiment tangible qu’avaient Enoch et Azra de s’embrasser ou de se regarder.
- Je n’ai jamais pu rencontrer ta mère. Quand je t’épouserai, il faudra bien que je voie ta famille, ton père... et tes sœurs surtout, dont tu me parles avec tant de fantaisie depuis des semaines!
- M’épouser?
répéta-t-elle avec une distance amère tout en le couvant des yeux.
- Oui, évidemment! Même si nous ne nous connaissons que depuis des semaines, crois-tu que je laisserais la seule femme de cette ville puante, douée d’esprit et de beauté, me glisser entre les pattes? Hélène, ma mie... je t’écrirai une comptine! Non, mieux encore, je tu seras les rimes de tous mes poèmes et je les chanterai sur le flanc de toutes les églises de France pour vanter ta beauté et l'amour.
- Prétentieux,
joua-t-elle. Que veux-tu que je fasse d'un mari poète, Monsieur mon Amour de Ronsard? Contente-toi d'être page ou diplomate et de rester dans les bonnes grâces du Duc d'Orléans et pense à couper tes cheveux!
Elle lui ébourrifa la tête et ils rirent de bon cœur.
- Un jour, je serai grand, jura-t-il solennellement. Je veux que tu sois fière de m’avoir épousé.
- Ecoute-toi badiner. Tu n’as pas dix-sept ans et le temps que l'université mette le grappin sur ton esprit tordu...
- Je serai grand, Hélène... je comptais ne plus retourner en Flandres et poursuivre mes études. De Baïf m'apprécie beaucoup tu sais.
- Ton oreilles?
- Ca va mieux, aucun médicomage n'y peut rien... à dire qu'ils ne savent pas soigner les sorciers cracmols,
grogna-t-il.
- Et bien, tu es le cracmol dont les mains hardies m’arrachent le plus de magie.

Le couple se confondit en badinage et en rires et on devinait très bien ce qu’ils firent dans le noir d’une cage d’escalier menant aux cuisines fétides d’un bâtiment décrépi.

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Isis est de nouveau dans la forêt de Brocéliande où ladite Hélène vue dans le tableau précédent pose la dernière pierre sur ce qui est une tombe de très petite taille. Sa tristesse la rend encore plus jolie. Azra pose sur son épaule une main amicale:
- Ne le pleure pas cet enfant, Marjane. Tu en auras peut-être d’autres... avec un autre jeune sorcier. Choisis-le plutôt "confirmé".
- Azra, tu ne te rends pas compte car tu as ton Enoch... Sais-tu comme il est difficile de vouloir être mère quand aucun Enoch, aussi brillant soit l’homme qui nous séduit, n’est à nos côtés ?
- Les autres ne souffrent pas de ce besoin,
réagit Azra avec perplexité sans que la remarque soit ni une affirmation ni une interrogation.
- Je sais... souffla-t-elle, il me semble que quelques une d’entre nous sont affectées.
- Qui d’autre?
demanda Azra de plus en plus intriguée.
Marjane hésita et baissa la tête, battue.
- D'accord. J'avoue qu'il n'y a peut-être que moi. Il n’y a que moi que ça dérange de n’avoir pas d’Enoch.
Azra enfonça le visage de la jeune fille contre son épaule laiteuse et la berça tandis qu’elle pleurait.

« Pour me préserver de la jalousie et pour prévenir que l’instabilité ne s’installât chez les Galleas comme elle s’était faite une place d’honneur à Shalimance, Azra prit la décision. Enoch était le seul homme du nouveau village de Galleas et il éduqua avec sa femme, les jeunes femmes en leur montrant qu’elles pouvaient faire le choix de se reproduire, d'aimer et de vivre avec un sorcier si elles le désiraient. Cependant, le choix devait se restreindre à des hommes sorciers à cause de la mortalité infantile.

« Aucune Gallea ne souhaita suivre cette voie. Il n'y avait réellement que moi que ce caprice intéressait et je dus me résoudre à l'abandonner dans un coin de mon coeur. »


Le tableau se terminait sur Marjane, en toge, debout près de l'arbre de vie. Elle scrutait avec amertume Enoch et sa beauté vénusienne qui embrassait et tenait dans ses bras Azra laquelle portait entre eux, resque cachées, Ghilda, la seule enfant issue d'un humain et d'une Gallea et qui ait survécu.


Crédit: Gustav Klimt, l'arbre de vie.




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Egon Sutham
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MessageSujet: Re: [Pense-Bête] Egon's Work Desk   Dim 10 Fév 2008 - 18:14

III
Ghilda et Vix face à l'Ankou


Un nouveau souffle transporta Isis dans un autre souvenir. Marjane, visiblement plus vieille que dans l’épisode parisien, était assise au milieu du village et regardait une petite fille aux yeux sombres, comme les onyx de son père, qui jouait aux milieu d’autres enfants, exclusivement toutes féminines.

« Ghilda grandissait, elle aimait jouer avec les Galleas mais, de sang-mêlé, elle cherchait aussi la présence des humains, comme son père. Elle marchait souvent au dehors de la forêt de Brocéliande où son peuple était caché. Elle devint amie ainsi avec une humaine prénommée Vix. »

Isis se trouvait à quelque pas de Ghilda, enfant. Elle surveilla que l’attention de sa mère Azra se relâche avant de s’enfuir en sautillant vers le sous-bois. Marjane, assise près de l'arbre de vie et en train de broder un vêtement, n’avait pas été dupe et calmement, elle suivit la petite fille pour la ramener avant qu’elle ne se fasse gronder. Mais la Galléa aux cheveux acajou comprt très vite où Ghilda se rendait avec tant de joie. Une petite hutte en bordure de forêt et à la cheminée fumante s'élevait entre deux acacias. Devant la maisonnette bondit une autre petite fille nattée qui aurait pu très bien passer pour une enfant de Galléa tellement son visage reflétait la pureté irréelle d'une jeune déesse.
- Vix!! s’écria Ghilda en continuant de sautiller vers son amie secrète.
- Ghildaaaa ! Ma mère nous a préparé de la brioche au miel!

Marjane qui était cachée derrière un arbre se contenta de sourire affectueusement, de s'asseoir sur un rocher dissimulé dans l'ombre d'un gros chêne et de poursuivre sa broderie en attendant que l'enfant retourne au village. Quand Ghilda ressortie de la hutte, Marjane continua sa surveillance avec la même discrétion e la raccompagna dans l'ombre des arbres.

« Le temps passait. Ghilda eut un frère. Vix eut un prétendant. Les deux filles devinrent jeunes femmes et elles cessèrent de cacher leur amitié ce qui simplifia la surveillance de Marjane et tranquillisa les nerfs d’Enoch.

« Mais un oeil terrifiant les regardait jouer depuis quelques années. L'Ankou. Il désirait Vix dont la beauté, la grace et l'esprit ne cessait de croître en même temps que les années. Mais ce qui plaisait plus que tout à l'Ankou était que Vix était humaine.

« L'Ankou veillait sur Menel et faisait le travail de l'Ankou, il prenait les vies pour que la roue tourne encore, il prenait très rarement chez les Galléas qui n'étaient pas sous sa domination. Elles étaient un peuple qui passait pour divin et qui tenait ses origines d’autres contrées.

« Un jour que Vix se baignait seule dans le Lac, il lui proposa la vie éternelle en échange de son amour. Vix s'effraya et dit non, son coeur était pris. Elle voulait rester avec ses amies les Galleas et sa famille et l'homme qui lui était promis.


« Ankou, vexé, emporta donc celui qui lui était promis et qui était le frère de Ghilda, Foley. Il ne s'arrêta pas là et prit aussi la famille de Vix et tout ceux qui étaient humains autour des Galleas. On crut à une épidémie.

« Puis, il revint vers Vix et lui proposa une nouvelle fois l'éternité en échange de son amour autrement les prochains qu'il prendrait seraient son amie Ghilda et le père de celle-ci, le beau Enoch, devenu grand Mage.

« Vix avait beaucoup pleuré et pour protéger les autres Galleas et son amie Ghilda, elle céda. »

Le tableau s'arrêta sur la jeune Vix visiblement réveillée et secouée par un cauchemar. Elle se tenait encore un peu allongée sur un lit de feuilles et de lilas blanc, ainsi l'on savait qu'elle habitait désormais dans le village des Galleas. Les bras maternels de Marjane en tenue de nuit et les mains de Ghilda, le visage endormi, l'étreignaient pour la rassurer.

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« Maintenant, ça suffit pour ce soir... » murmura une voix qui s'infiltra dans la scène pour enlacer Isis.

Un flux centrifuge repoussa la voyageuse jusqu'à York. Elle atterrit sur les genoux d'Egon qui se trouvait toujours assis dans le fauteuil du salon de Bergamote. A peine eût-elle apparue, qu'il la saisit aussitôt dans ses bras, entourant son cou, baisant sa chevelure en souriant, finissant sur ses lèvres avant de la laisser reprendre ses esprits.

Dehors, par les fenêtres devant lesquelles des rideaux mal tirés pendaient dans l'obscurité de la pièce, la lune brillait. Et comme cela ne voulait rien dire de nos jours, Egon prit la peine de préciser:
- C'est une vraie nuit... il est bientôt dix-neuf heures.

Leur hôtesse se trouvait attablée plus loin, dans l'espace qui servait de salle à manger. Un repas constitué d'une soupe et de quelques légumes, les attendait. La sorcière terminait de saucer son assiette avant de la faire disparaître.

Ils mangèrent sans poser de question à Isis. Tourdemain ne resta pas longtemps à leur tenir compagnie. Confinée dans sa réserve, elle s'occupa de ses thés. Quand ils finirent de dîner, elle les rejoignit et offrit une clé à Egon:
- Premier étage, une chambre... pour ce soir je crois que c'est assez. Vous continuerez demain. Bonne nuit, finit-elle avant de disparaître elle-même par la seconde porte. Elle semblait détachée, triste. Après la révélation d'Egon, cela était on ne peut plus compréhensible.




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Egon Sutham
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MessageSujet: Re: [Pense-Bête] Egon's Work Desk   Mar 19 Fév 2008 - 16:53

IV
Les Parcelles de Vix


Enoch, l’homme à la scandaleuse beauté, avait les traits déformés par la rage et la fatigue qui l’habitaient. Alors qu’il sortait d’une caverne, percé de sanglantes blessures, tenant une longue et fine baguette taillée dans un bois rouge, peut-être du cèdre ou du bubinga, il s’effondra dans les bras aimant d’Azra qui se propulsa vers lui pour baiser son visage meurtri, le serrer dans ses bras comme si elle ne l’avait pas vu durant des années. C'était le cas. Il était parti trois ans.

Elle lui murmura des mots d’amour dans le langage ancien des Sycides: « Al’ em bathe dewilem e inhu vrim. Kes tew’en roll pecadril ich’dhul itamini ghrên murvin i salem optea. Ah ! Kewenèssä lôw’en dill... »

Les autres Galleas qui les entouraient pour accueillir le valeureux, finirent par s’éparpiller pour leur laisser de l’intimité. Seules Marjane, Vix et Ghilda restèrent à quelques mètres du couple, se serrant dans leurs bras et commentant les derniers évènements:
- Il n’aurait jamais dû vivre ça, c’est de ma faute et j’ai accepté d’être emmenée par l’Ankou, geignit Vix dont le beau visage était recouvert de larmes et de douleur.
- Ne dis pas de sottises, Vix, trancha Marjane d’une voix douce et compatissante, comment peux-tu croire que notre Enoch aurait pu te laisser te sacrifier sans réagir ?
- Elle a raison, renchérit Ghilda, mon père ne t’aurait jamais laissé mourir sans rien faire. Et il a eu raison de le faire puisqu’il revient vivant des dix épreuves de Myr et que toi-même tu es là.
Myr était les Enfers.
- Mais regardez-le, tout estropié qu’il est ! A quel prix me sauver ? Et croyez-vous vraiment qu’Ankou tiendra parole et abandonnera ses desseins ? Il a déjà pris trop de monde à cause de moi, je ne vaux pas cette résistance. Si mon destin a été de devenir amie avec Ghilda, c’était aussi pour devenir la valeur marchande qui sauverait les Galleas.
- Ne sois pas entêtée, ma fille, contra Marjane, nous n’avons pas besoin d’être sauvées. Pour nous tu es comme une sœur et pour Enoch comme une fille. Il en serait mort de chagrin de toute manière s’il avait sagement attendu que l’Ankou vienne te chercher. Après avoir relevé les dix défis de l’Ankou, Enoch s’en est sorti et il est revenu des Enfers. C’est un grand sorcier ! Il nous protège. N’abrège pas son courage de tes regrets égoïstes. Viens, Vix, viens Ghilda, laissons les amoureux se dire leur amour, et allons rassurer les autres. J’entends murmurer que les Galleas craignent cette puissance d’Enoch qui s’en revient des ténèbres. Voici un autre problème qui s’annonce plus dur à résoudre. J'ai rêvé des Iccams et je ne sais encore comment expliquer ce rêve prémonitoire à mes soeurs.

« Enoch outré, ne voulut pas qu'on laisse faire. Il combattit l'Ankou à travers dix épreuves qu'il remporta. La puissance d'Enoch dépassait la puissance d'un simple sorcier... les Galleas en avaient même été effrayées. Qui était ce sorcier qui pouvait s'élever contre la Mort elle-même ? Tout comme Azra et sans que personne ne puisse l'expliquer, Enoch était un Iccam. Mais ceci est une autre histoire racontée dans le Livre du Centaure. »

Les trois femmes, près des quelles Isis avait atterri, s’éloignèrent doucement vers le village pendant qu’Azra continuait de serrer son cher et tendre. Un halo de lumière beige les entourait et petit à petit les blessures d’Enoch se refermaient, cependant son visage doux et beau ne s'apaissait pas.
- Je t’aime tant Azra. J’ai cru trépasser et ce qui m’effraye le plus est d’être un jour surpris par la mort sans avoir le temps de te dire encore une fois combien je t’aime et comme je suis heureux du chemin qu’on a parcouru durant ces siècles. Si ce chemin devait s’arrêter demain...
- Pourquoi parles-tu ainsi, Enoch ? S’inquiétait Azra en l’interrompant. Je déteste ce que tu dis. Pourquoi parles-tu ainsi, je te guérie, regarde mes mains qui te soignent.
- Amour, écoute-moi... si ce chemin devait s’arrêter demain, je crois qu’il n’est pas un jour où, à tes côtés, je fus malheureux.
- Tu parles comme si tu allais partir. Me laisser... Tu ne m’aimes plus ?
- Non, non, bien sûr que non,
rit Enoch pour la première fois depuis son retour de Myr.
Il serra d'autant plus Azra dans ses bras, embrassa son sein derrière lequel battait son coeur un peu au-dessus de sa tête, puis il reprit:
- Je sais que tu connais l’étendue de mon amour. Je connais aussi l'étendue du tien. Le temps passe et rien n’y fait. Je ne peux pas me contenter de ce que nous sommes. Je veux plus. Toujours plus. Te quitter pour combattre a été si douloureux. A chaque fois que je pars, même quelques heures, j’ai si peur que tu oublies qui je suis. J’ai peur de ne plus exister quand je ne suis pas près de toi... Azra, je deviens fou de notre amour et si j’ai pu surmonter les défis de l’Ankou, c’était parce que j’étais pressé de te retrouver. Mon égoïsme est tel que sauver Vix était loin derrière mon impatience de te retrouver... j’étais pressé de te ravoir contre moi. Je t’aime, je t’aime, Azra... et je sens que je vais bientôt mourir.

« Bientôt, Enoch mourut. L'Ankou n'avait pas respecté sa part du marché et l’Homme des Galleas l’avait pressenti. »

Un nouveau tableau se dessine devant les yeux d’Isis. Une douzaine de Galléas entoure Vix tandis qu’une tempête de nuages, de vents violents et de grêle noire fouette leur visage à sang, créant des petites entailles dans leur peau parfaite. Marjane tient la main de deux de ses sœurs devant Vix et Ghilda qui se protègent l’une et l’autre au milieu du cercle.

Soudain, une lumière séraphique et torride se dégage de Vix au moment même où un nuage noir violacée la transperce violemment dans l’abdomen comme un colossal couteau. La lumière blanche bobinée de gaz charbon forme diverses boules sombres qui fondent chacune dans la poitrine d’une des Galleas en train de protéger Vix de la présence invisible d’Ankou et dont le corps retombe sans vie dans les bras de Ghilda.

La tempête cessa d’un coup.

« Furieux d’être dominé par ces humains insignifiants et pour se venger des deux refus de Vix, il tua cette dernière pour prendre son âme mais voilà que les Galleas décidèrent de la protéger en la mémoire d'Enoch qui avait toujours veillé sur elles malgré son caractère ombrageux et impulsif et en la mémoire de la douce Ghilda qui mourut de chagrin quand elle perdit son père. »

« Les Galleas enfermèrent en elles une parcelle de l'âme de Vix. Il y avait neuf Parcelles sur terre et une dans le Sidh (L'Autre Monde)... cette dernière avait été emportée dans l'âme de Ghilda. On appelait cette Parcelle, la Myr, c'est-à-dire la Dernière, la Précieuse, la Fin (le double sens étant l'Enfer). Tant que la Myr existait, l'âme de Vix existerait. »

« De génération en génération de Galleas, celles qui avaient reçu la Parcelle durent se reproduire pour continuer de porter Vix sans l'amoindrir... ainsi les Galleas quittèrent leur forêt enchantée et notre peuple commença à se disséminer dans la nature. »

« On comprit avec le temps que la Parcelle, faite de Vix et d’une partie d’Ankou amoureux, aspirait les mauvaises ondes traversant les Galleas devenant de plus en humaine à force de se mélanger avec les sorciers. »


« Vix agissait pour les protéger et les garder pures comme à l'origine. Mais le morceau d'âme devint toxique à leur propre porteuse et sur neuf des Galleas portant la Parcelle, seulement deux avaient survécu à sa puissance... dont Azra, qui ne mourrait pas malgré le chagrin qu’elle portait depuis la mort d’Enoch. Ankou y avait-il jeté une malédiction?... »


Il restait donc trois Parcelles:

- Le Myr, protégé dans le Sidh par Ghilda,
- La Parcelle d'Azra,
- Et la Parcelle de Marjane, la troisième Galleas ayant survécu...

IV
La Parcelle de Vix
(suite...)


Un tableau se recomposa devant les yeux d’Isis. Elle était à présent sur un sentier qui sinuait dans la forêt de Brocéliande. Marjane dont la lourde chevelure orange avait tourné au brun avec les siècles, apparut au coin du sentier. Elle portait des vêtements plus contemporains mais certains détails, tel le choix de la robe de sorcière découpée dans un vieux velours carmin ou les nombreux bijoux de cuivre et de bronze, trahissaient la désuétude de ses goûts. La Gallea s’approchait de l’endroit où se tenait Isis mais bien sûr, elle ne pouvait la voir puisqu’il s’agissait toujours d’un souvenir.

Plus elle s'approchait, plus on le voyait. Le teint de Marjane était horriblement blafard. Sa démarche qui avait toujours été légère comme si elle flottait au-dessus du sol, était aujourd'hui chancelante et gauche. Le faible soleil indiquait que la chaleur était peu élevée pourtant son front ruisselait de sueur. Un avion clignotait très haut dans le ciel quand elle y leva les yeux alors qu’elle venait de s’asseoir à même le sol pour reprendre son souffle. Ses pupilles orange sombre suivaient les deux traînées blanches laissées par l’avion. Elle soupira, reposée contre un arbre sur l’écorce duquel elle passa sa main en lui murmurant:

- Donne-moi un peu de force... Ghilda veut encore me parler, je ne tiendrais jamais sans énergie... elle a pleuré toute la nuit dans mes visions. Ces visions délirantes me rendent folles. Je ne peux rien pour elle.

Une lueur verdâtre et mirifique illumina le tronc d’arbre. Un fluide lumineux pénétra dans la main de Marjane paisiblement apposée sur l’écorce. Elle ferma les yeux pour se nourrir de cette force soudain interrompue. Marjane, les paupières toujours closes, s’était subitement raidie. Elle délirait, elle avait une vision, elle rêvait à haute voix:

- Ghilda, mon enfant, cesse de pleurer, je t’en supplie, laisse-moi dormir, laisse-moi me reposer.

La voix de Ghilda devait sans doute lui répondre dans sa tête. Il y eut un silence puis le délire de Marjane reprit. Il était ostensible qu’elle ressentait une forte douleur durant ce cauchemar. Ses membres tremblaient, ses lèvres étaient sans couleur, son teint devint encore plus pâle et on n’eût jamais idée que cela puisse être possible.

- Ma petite Ghilda, ma fille, je sais bien que c’était une erreur de t’avoir fait protéger une parcelle de l’âme de Vix dans les Enfers... je suis si désolée pour ta douleur éternelle. Au nom de celles qui restent et des nombreuses autres qui t’ont rejointes dans la mort, je suis désolée, ma Ghilda.
- Ton père nous manque aussi. Tu nous manques. Nous ne pouvons rien faire d’autre que garder Vix en nous...

- Ta mère ? Elle ne peut plus aimer depuis Enoch. Non... je ne sais où elle se trouve... elle a donné naissance à une enfant pour transmettre la Parcelle. Peut-être est-elle morte juste après ce legs mais je sais où est l’enfant. Elle grandit bien, je la vois quelque fois.
- Quarante années maintenant mais son visage est plus vieux que le mien. Non, Ghilda. Cette Gallea, Weaver, elle est de sang-mêlé pourtant elle a résisté, elle vieillit mais elle est vivante, je ne sais comment elle fait, c'est la première depuis des siècles.
- Le fruit d’un homme porteur, il me semble. Mais je n’ose pas lui demander. Ne pleure pas, Ghili, mon enfant, ne pleure pas. Ta mère n'avait sans doute pas le choix.
- Ghilda, je t’en supplie, laisse-moi dormir, laisse-moi m’en aller
...

Une petite détonation précéda l’accalmie. Marjane gisait sur le sol, elle avait cessé de se contorsionner au moment où une jeune fille vint à sa rencontre d’un pas précipité pour lui venir en aide. C’était Aouregwen Kitlee.

« Depuis que je portais la Parcelle, je aussi souffrais de troubles, de visions... je compris très vite que mes visions me racontaient ce qu'il se passait pour Ghilda dans l’autre monde. Je percevais aussi la vie d'Azra qui vivait quelque part, loin de la forêt qu'elle avait abandonné. »

« Ghilda voulait qu'on la délivre du Myr, la souffrance n'était pas supportable et pire que tout, la souffrance était éternelle. Puisque déjà morte, Ghilda ne pouvait mourir encore. »

« Nous abordâmes la fin du XXème siècle, je n’avais plus de visions de la part d'Azra. Ces rêves liaient pourtant les Galleas porteuses d’une Parcelle. Sous forme de flashes, d’images ou de souvenirs, chacune percevait par bribes la vie des autres. Quand une d’entre nous mourait emportée par l’Ankou vengeur ou le Temps, sans avoir pu transmettre sa Parcelle à une descendante, l’âme de Vix, amoindrie, se concentrait dans les Parcelles restantes et rendait de plus en plus lourde et dangereux leur transport. Or, nous n’étions plus que trois. La fille d'Azra, Weaver, Ghilda et la Myr, et enfin, moi-même sur le point de mourir. Pouvais-je vraiment me laisser mourir et laisser Ghilda et Weaver se partager le dernier tier et la souffrance que ça engendrerait ? »




Iccam


Dernière édition par La Rose le Mer 20 Fév 2008 - 16:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Pense-Bête] Egon's Work Desk   Ven 22 Fév 2008 - 2:19

V
Aouregwen et Marjane Pati



Nous sommes à présent dans une petite bicoque par les fenêtres de laquelle la forêt claire et verte s’étend à l’infini. La cime des arbres, découpée sur un ciel bleu pâle, est chatouillée par les départs adventices des oiseaux migrateurs. Malgré ce soleil et l’étrange manège des oiseaux, ce décor appartient bien à la Bretagne profonde.

Aouregwen avait transportée toute seule Marjane évanouie jusqu’à la maisonnette de Paimpont qu’elle louait ici avec son jeune époux, Erwan. En cet été ensoleillé, l’historienne et son futur docteur de mari avaient voulu s’offrir les jours estivaux dans la verdeur bretonne de Brocéliande qu’ils affectionnaient tant. Erwan était sur le lac, Aouregwen avait décidé de se balader, ainsi avait-elle trouvé Marjane sur le bord du sentier.

Etendue sur le lit qu’elle n’avait pas quitté depuis presque une semaine, Marjane faisait semblant de dormir. Les yeux à demi clos, elle écoutait les voix qui provenaient de la cuisine. Ils tachaient de chuchoter mais elle les entendait très clairement. Isis, à côté du lit de Marjane, pouvait voir par l’entrebâillement de la porte de la petite chambrée de bois, son père et sa mère adoptifs au lieu d’une discussion agitée dans la cuisine qui faisait aussi office de salle à manger.
- Erwan, je ne comprends pas ce qui te dérange ? Tu seras bientôt médecin, tu devrais être curieux de savoir la guérir de son mal.
- Je n’apprécie pas d’avoir une inconnue chez nous, Maou.

Maou était le petit nom affectif dont il avait pourvu sa femme. Il consistait en la contraction de « Ma Aouregwen. » Simplement.
- Franchement, chéri, tu crois vraiment que cet ange nous voudrait du mal ? se moqua doucement Aouregwen en enlaçant son mari.
Il était notoire que quelque chose de plus le dérangeait et il rebutait à en parler.
- Dis-moi ce qui ne va pas... tu me caches quelque chose ? Pourquoi ne veux-tu pas l’approcher ? Ca fait une semaine que nous l’hébergeons et tu quittes systématiquement la pièce quand elle y entre. Pourquoi l’ausculter seulement quand elle dort ? Elle ne va pas te manger...
- Elle ne m’inspire pas confiance et si je n’anticipais le serment d’Hypocrate, je ne te certifie pas que j’aurais tenté de la soigner... d’ailleurs je ne l’ai pas soignée, je n’ai pas pu, je ne comprends pas ce qu’elle a. Fièvres, douleurs abdominales fréquentes, tremblements... elle ne mange rien puis soudainement tout va bien, elle reprend ses couleurs et c’est comme si elle n’avait jamais souffert... et ces hurlements la nuit, tu les entends comme moi. Ses cauchemars ne sont pas normaux. Cette violence !... tout est étrange en elle, même sa beauté est étrange. As-tu jamais vu un visage et des yeux comme les siens ? Sa maladie ne semble répondre à aucun diagnostic que je connais. J’ai potassé. Rien. J’ai questionné mes collègues, ils se fichent de moi. J’ai cru à l’ingestion d’un poison ou à un virus rare mais dans ce cas, elle doit aller dans un hôpital. Or elle ne le veut pas. Lorsque tu le lui as suggéré, tu as bien vu sa réaction ? Nous ne l’avions jamais vu aussi vive. Elle n’a sa place nulle part, c’est une extraterrestre... J’ai la sensation qu’elle sait très bien ce qu’elle a et qu’elle ne veut rien me dire. Sa présence me met mal à l’aise. Maou, vraiment mal à l’aise. Les vacances se terminent dans une semaine, je veux bien que tu la veilles encore jusque là mais tu devras trouver une solution, car je n’en veux pas à la maison.


Dans son lit Marjane mit son poing dans sa bouche pour ne pas crier mais les larmes coulaient abondamment sur son visage. Depuis tous les souvenirs traversés, jamais on ne l’avait vu pleurer. Elle avait toujours été celle qui rassurait et tenait bon. Que se passait-il ? Les mots d’Erwan Kitlee la blessaient-elle ? Lui faisaient-ils voir une réalité d’elle-même qu’elle avait du mal à supporter ? Marjane souffrait. Pratiquement plus intensément que le remuse-ménage de Ghilda.

Aouregwen resserra son étreinte autour de la taille de son mari.
- Chéri, elle a perdu la mémoire, voyons... elle ne sait plus où elle habite ni ce qu’elle faisait là, nous ne pouvons pas l’abandonner. Tu veux la mettre dans une maison de repos avec des fous ? Tu l’as toi-même dit, elle n’a sa place nulle part. Certainement pas dans un hôpital psychiatrique. Et tout ce qu’elle te fait peur, à moi, elle m’attire, je sens que je dois m’en occuper...
- Fais comme tu veux, mais nous ne l’emmènerons pas à Rennes.


« Nous parlâmes beaucoup avec Aouregwen. Elle pouvait passer des heures à me contempler en silence. Elle me disait "que tu es belle, Marjane." Je ne savais jamais quoi lui répondre et nous partions d'un rire vers un autre sujet. Nous devînmes amies, presque siamoises tant nous passions de temps ensemble. Grâce à elle, je supportais la répugnance que j’inspirais à son mari sans jamais m’en plaindre. Je n’avais nulle part où aller, j’étais faible, et la présence à mes côtés de cette généreuse moldue était ma meilleure médecine. »

« Le temps passa et elle sut faire plier Erwan à sa volonté. A la fin de l’été je partis avec eux dans la maison de Rennes. Erwan m’ignorait. Il ne m’adressait jamais la parole, ne me regardait jamais, ne s’enquérait jamais de mon état.

« J’appris à me cacher dans la chambre qu’Aouregwen m’avait aménagée pour moi dès qu’il rentrait. J’appris à me faire toute petite et si Maou – j’avais secrètement repris son petit surnom à mon compte – n’avait pas été si bonne pour moi, je me serais enfuie. Quand des amies venaient à la maison, elle me présentait comme sa sœur : Marjane Pati. »

« Je devins sa sœur adoptive. J’avais de nouveau une famille. Cette situation dura trois ans. Trois années merveilleuses, malgré l’ombre que je causais sur la vie d’Erwan qui ne prenait même plus la peine de taire son mépris. »

« Dès qu’il le pouvait, les week-ends où Maou devait bachoter à la maison, il s’en allait travailler dans la bicoque de Brocéliande ou il se rendait à Saint Malo, pour des journées de voile avec ses amis. »

« Maou fut diplômée la première. J’appris énormément d’elle, de l’histoire, de la vie des moldus, de leurs sentiments. Je ne pensais plus aux Galleas que lorsque Ghilda maltraitait mon sommeil. Quant à Weaver, sa Parcelle était si calme que j’entendais rarement de ses nouvelles. Une chose extraordinaire était toutefois notable : plus j’étais paisible et entourée de l’amitié d’Aouregwen, moins la Parcelle me causait de dommages. »




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MessageSujet: Re: [Pense-Bête] Egon's Work Desk   Ven 22 Fév 2008 - 4:54

VI
La curieuse amitié de Monsieur Kitlee



Trois années étaient donc passées. Trois merveilleuses années selon Marjane qui continuait de narrer à Isis l'histoire qui fut la sienne et celle de ses parents. Les tableaux où diverses situations se succédaient - certaines brèves d'autres longues - continuaient de se dérouler devant les yeux de la jeune fille, bercées par la paisible et mélodieuse fibre vocale de Marjane Pati.

Cette fois, nous retrouvions la Gallea au beau milieu d'une crise très douloureuse. Elle était allongée dans le lit de la maisonnette de Paimpont. Par la vitre, il faisait nuit noire. Les cris de la centenaire étaient perçants. Elle se tenait le ventre, tordait le tissu de sa longue chemise de nuit blanche comme si elle voulait la réduire en lambeaux. Ses cheveux brun sombre étaient détachés et encadraient son visage parfait. Parfait si ce n'était cette insupportable souffrance qui ravageait la finesse de ses traits.

C'est alors que la porte de la chambre s'ouvrit sur le visage contrarié d'Erwan qui se baissa pour ramasser Marjane qui venait de lourdement tomber par terre, enchevêtrée dans ses draps. Il la porta sur son lit et l'y garda dans ses bras, caressant son front, lui murmurant de doux "chut, chut, calme toi, Marjane... calme-toi, tout va bien, il ne peut rien t'arriver."

Effectivement, Marjane se calmait et pourtant elle était toujours inconsciente.

Pour Isis, il n'y avait qu'un coin de la chambre minuscule où se poser et il est à gager que de là où elle se trouvait, elle pouvait désormais comprendre beaucoup de choses en regardant Erwan protéger Marjane de ses mauvais rêves.

Elle pouvait comprendre sans que la voix de sa mère ne vienne interrompre sa réflexion que la haine d'Erwan pour Marjane ne recelait que la puissance de son amour. Que la souffrance de Marjane quand elle entendit le mal qu'il dît d'elle et son envie de s'en débarrasser, n'était que la réponse à ses propres émotions. Leur coup de foudre avait dû être d'une telle fulgurance que ni l'un, ni l'autre ne s'était attendu à cela. La soudaineté de leur sentiment les avait terrassé. Or, lorsqu'on voyait la tendresse avec laquelle Erwan entourait la souffrance de Marjane, cet amour semblait la seule réalité qui existait au monde.

La Gallea ouvrit finalement les yeux. Elle sentit les bras d'Erwan autour d'elle et tenta de se reculer à l'autre bout du lit.
- Où est Maou ? s'exclama-t-elle effrayée et désorientée.
Erwan, surpris par son brusque réveil, bondit hors du lit et reprit son visage fermé et dédaigneux.
- Tu sais bien qu'elle ne revient que dans une semaine, dit-il durement. Tu as fais un cauchemar.

Marjane tira le drap sur sa poitrine. Vaine barrière qui ne servit pas à cacher le pourpre de ses joues. Le drap était trop court. Un très long silence remplit la chambre de bois. Marjane commença à se détendre voyant qu'Erwan ne s'en allait pas. Elle haussa les sourcils et le questionna, taquine:
- Erwan, tu m'as tant fui, dois-je désormais te supplier pour que tu sortes de ma chambre ? Je vais bien. Mon rêve s'est achevé. Je te remercie de t'être inquiété et...
- Je t'aime, Marjane.

La confession d'Erwan engagea un nouveau silence. L'orange des yeux de la Gallea se gondola derrière ses larmes.
- Je ne comprends pas, chuchota-t-elle.
Bien sûr elle avait compris les mots. Ce qu'elle ne comprenait pas n'étaient pas non plus les trois années de mépris dont il l'avait gratifié. Aux yeux de la Gallea, ce « je t'aime » répondait à l'intensité de cette antipathie.
- Que ne comprends-tu pas, demanda-t-il d'une voix faible et déroutée, dénué de toute son habituelle dureté. On le voyait soudain fragile.
- Pourquoi me le dis-tu maintenant ?
- Voulais-tu que je le disse hier ?
- Non. Jamais...


Erwan se laissa glisser le long de la porte qui se ferma derrière son dos. Il engouffra sa tête entre ses bras croisés sur ses genoux. Marjane sortit du lit sur la pointe des pieds. On lisait l'hésitation dans le moindre de ses mouvements. Pourtant, elle arriva à côté de lui. Ses yeux pleuraient toujours. Elle glissa sa main sur la nuque de l'homme qui avait peur de la regarder mais ce contact l'électrifia alors il dut relever la tête. Il souriait mais ce n'était pas un vrai sourire. C'était du chagrin travesti en risette. Il s'excusait en plissant les yeux vers elle.
- J'aurais voulu le dire jamais mais il est tellement dur de te haïr, Marjane.

Nouveau silence. Marjane se cala contre lui, adoptant la même pose, recroquevillée sur ses genoux remontée et abandonnant son bras sur le sien.
- Je trahirais Maou en te confiant que je t'aime aussi. Depuis la première fois où j'ai rouvert mes paupières et que mes prunelles cuivrées se sont posées sur toi. Tu es le premier que j'ai vu quand je suis revenue à moi... c’est bien après que ma chère amie s'est insinuée auprès de moi... et quand j'ai compris qui elle était pour toi, alors j'ai tu ce que mon cœur m'avait bombardé de battements à l'instant où je t'ai vu. J'ai juré que pour la remercier de sa bonté, je garderais le silence sur les détonations que crée en mon âme, le moindre regard de toi, la moindre brise de ta respiration quand tu prononces les voyelles de mon prénom... j'ai épousé tout ce que tu étais au moment où j'ai rouvert mes yeux, ce triste jour, à Brocéliane. Je t'aime, Erwan mais...
- ...ce n'est pas possible,
compléta-t-il en se levant doucement.

Il aida Marjane à regagner sa couche et l'embrassa sur le front avant de sortir.
- Nous serons donc amis, résuma-t-il pour eux deux.


En un clignement de paupières, Isis se retrouva quelques jours plus tard. A bord d’un bateau. Là, la présence invisible d’Egon la soutient plus que jamais. Il savait la crainte qu’elle avait de l’eau, fût-elle irréelle. Tout le temps que dura ce tableau, il resta près d’Isis, serrant sa main par la pensée.

Marjane lisait sous une ombrelle dans une petite embarcation fluviale qu'Erwan conduisait. Sa longue chevelure devenue aussi foncée que celle d’Azra était tressée sur le côté. Erwan la regardait en coin, un petit sourire moqueur accroché aux lèvres. Elle finit par le sentir et lui sourire en retour, en inclinant son livre.
- Quoi donc, monsieur Kitlee, n'avez-vous jamais regardé une jeune femme ? le brocarda-t-elle.
Il marqua sa moue et continua de tourner un petit gouvernail sans adresser un regard de plus à Marjane. Il conservait un visage taquin et ne réagit qu’après quelques secondes.
- Es-tu vraiment une jeune femme ?

La question eut le mérite de surprendre la Gallea qui laissa complètement tomber son livre.
- Pourquoi dis-tu cela ?
- J'ai toujours dis que tu n'étais pas d'ici. Plus je te regarde, plus je le pense. D'où viens-tu ? Je sais que tu n'as pas perdu la mémoire... tes symptômes ne répondent à aucun trauma. Je me suis beaucoup questionné à ton sujet. Il y a une époque où j'avais un nouveau diagnostic toutes les semaines ! A présent mon imagination me fait défaut et il me semble que je dois puiser mes réponses dans ce qui n'est pas scientifique... dans l'occulte.
- l’occulte ?
- Oui, l’ésotérique, la magique, la métaphysique.
- Tes oreilles sont-elles bien accrochées à ton crâne, monsieur Kitlee ?
- Tu vas tout me dire ?
- Si tu peux tout entendre, oui.
- Si ça vient de toi, je peux tout entendre... et tout croire.


Il braqua le gouvernail et s'approcha. Il s'assit en tailleur face à elle pour écouter Marjane et le tableau disparu pour passer à d’autres flashes, plutôt succincts, les représentant en grande complicité, discutant et s’ébahissant dès que possible.

« Je lui racontai tout. Des Sycides de Thiam Phucci à la mort de Vix et de Ghilda. Je n’oubliai pas Azra, ni Enoch qui fascina Erwan. Il me confia plus tard qu’il enviait Enoch de pouvoir aimer Azra avec une telle démesure et sans les contraintes liées à l’expression de ses sentiments. Je le grondai pour ses paroles. Je refusai qu’il considérât Maou comme une contrainte. »

« Il m’abreuva de questions, se passionna pour tout. Il ne douta à aucun instant que je lui mentisse ou non. Il écoutait avec ravissement et je me sentais légère de pouvoir enfin confier presque 2000 ans de ma vie. Le chiffre l’abattit. Son abattement me fit rire aux larmes. »

« Le passage sur la Parcelle de Vix le fit longuement réfléchir mais il ne me fit jamais part de ses pensées. Il me confia seulement être rassuré de savoir ce que j’avais, bien qu’il se sentait désormais inutile puisqu’il n’avait aucun moyen de me venir en aide. Je le détrompai. »

« A ce que je sais, il garda mes secrets jusqu’à son dernier souffle. Aux yeux d’Aouregwen qui nous rejoignit quelques jours plus tard, nous montrions qu’elle avait eu raison d’insister une nouvelle fois pour que son mari passe du temps avec moi, que notre rapport avait effectivement évolué en amitié. Certes, nous révélions moins que ce que nous ressentions vraiment. Ce lien apparaissait comme superficiel mais complaisant. Néanmoins, Maou était comblée qu’Erwan m’accepte enfin. J’étais sa sœur, il devait aimer sa sœur, le priait-elle. Ô impitoyable ironie. »

« Quand à nous, passé l’aveu de nos sentiments réciproques, jamais plus nous n’en reparlâmes. Jamais nous ne nous effleurâmes. Jamais nous ne nous embrassâmes. Pour Aouregwen, nous avions décidé de confiner notre amour dans les profondeurs abyssales du secret. Cela fut l’une de mes plus longues et de mes éminentes douleurs. Erwan aussi en souffrait mais l’amour que j’avais pour ma sœur était trop puissant pour que j’eusse envie de la décevoir. »




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MessageSujet: Re: [Pense-Bête] Egon's Work Desk   Dim 24 Fév 2008 - 17:48


VII
Le plan d’Aouregwen Pati




C’était en décembre 1989.

Comme il savait qu’elle aimait les parfums, en ce jour de Noël, il lui en offrit une boîte d’essences rares qu’un nez italien lui avait offert pour le remercier de l’opération réussie du docteur sur sa femme défigurée des suites d’un accident de voiture. L’intervention avait été longue mais coutumière pour le chirurgien. Cependant, tous savaient que le rétablissement de celle-ci dépendait intimement de la perfection des soins post-opératoires. Tout avait été parfait. La femme avait retrouvé un visage qu’elle n’espérait plus revoir un jour dans le miroir.

A Marjane, il tendait un petit paquet qu’elle échangea avec le sien au même moment. Paquet tout aussi petit.

Ils l’ouvrirent en même temps et sortirent en même temps un pendentif accroché à une chaîne en cuir fin. Celui de Marjane représentait clairement une petite reproduction d’un Sombral taillé dans du cristal. Celui d’Erwan représentait un grossier hippogriffe qu’elle semblait avoir sculpté elle-même dans du bois de sureau.

Ils rougirent en se rendant compte qu’ils avaient eu la même idée de cadeau. Entre eux, serrant sa boîte d’essences de parfums naturels, Aouregwen ne fut pas dupe. Elle ravala les larmes en train de sourdre sous ses iris bleues et se leva en prétextant qu’elle devait aller chercher la bûche. Dans la cuisine, elle pleura longuement.
Et qu’était-ce ce cheval ailé, si moche et si maigre, qu’il lui avait offert ? Depuis quand s’intéressait-il à la mythologie ? Depuis quant l’aimait-il aussi fort ? Elle savait qu’ils avaient une relation particulière mais elle n’en connaissait pas la teneur. Elle avait désormais la preuve qu’il aimait profondément sa sœur. Peut-être plus qu’elle-même. Erwan n’avait plus rougi depuis qu’il s’était rencontré pour la première fois sur le campus de l’école. Elle essuya son visage et se composa un air amène avant de les rejoindre dans le salon pour le dessert.

« Dans la cuisine, Maou venait de prendre un décision qui mettrait définitivement fin à notre trio mais pas sans avoir créer une dernière merveille. Toi, Isis. »

Isis fut charriée par les fluides magiques dans la maisonnette de Paimpont. Cette fois, en regardant la forêt et le sentier par la fenêtre, on pouvait voir les arbres nus recouverts d’un épais manteau de coton blanc. Il neigeait encore et le vent soufflait beaucoup faisant claquer un volet contre son chambranle. Le bruit était tonique et exaspérant.

Marjane et Aouregwen Pati se tenaient blotties l’une contre l’autre dans le lit conjugal de cette dernière. Elles avaient les couvertures remontées jusqu’au coup et une simple bougie les éclairait. Coupure d’électricité.

- Marjane, je suis inquiète, ça fait plus de deux heures maintenant, murmura la voix tremblante de froid d’Aouregwen.
- Il va revenir vite. Le village n’est pas à côté et la neige a encombré beaucoup de routes...
- Nous aurions pu brûler les chaises de la cuisine, je n’en ai rien à faire. Pourquoi aller chercher des bûches aussi loin ?
- Il va revenir, viens réchauffe-toi contre moi...


La moldue se resserrait contre l’épaule maternelle de Marjane. Elle hésita puis reprit la parole.

- J’ai une autre conférence le week-end prochain, dit-elle.
Marjane fit grise mine. Cela avait l’ai de l’ennuyer.
- Encore ? Tu n’as pas arrêté cette année ! Nous ne t’avons quasiment jamais vu plus de trois jours d’affilée. Ca peine Erwan.
Aouregwen crispa sa main sur la couverture. Le geste, pourtant imperceptible, n’échappa pas à la prunelle orange de Marjane qui tourna vers elle le visage de sa sœur.
- Dis-moi ce qui ne va pas, Maou, demanda-t-elle angoissée.
- Erwan m’aime.
- Je le sais qu’il t’aime,
sourit Marjane sans comprendre l’air maussade de la femme aux cheveux blond.
- Il m’aime et je suis incapable de lui donner ce qu’il désire.
- Que désire-t-il ?
- Un enfant.
Silence de plomb.
- Toi... tu peux.

Marjane repoussa violemment sa sœur et sortit du lit pour poser ses pieds sur le sol gelé en tremblant, non pas de froid mais de peur et de dégoût.
- Non ! Je suis vraiment celle qui ne peut pas ! hurla-t-elle furieuse.
Aouregwen sortit du lit à son tour et approcha la Galléa avec précaution.
- Marjane, je ne suis pas aveugle. Il m’aime et c’est la raison pour laquelle il ne me dira jamais qu’il t’aime aussi. Tu agis de la même façon. On ne peut pas ignorer ce qui vous lie et parfois je me sens en trop alors que c’est moi sa femme ! Surprendre vos regard est un coup de couteau qui me laisse aux abois jusqu’à la prochaine injure. Finissez-en et au moins que ça soit utile.
- Utile ? UTILE, Aouregwen ?! Te rends-tu compte de ce que tu demandes ?
- Oui. Prends le bon côté des choses... Parce que je te le demande cela vous évitera de me trahir et je n’aurais pas à vous détester. Je vous aime tous les deux. Tu répondras à son désir aussi souvent qu’il faudra pour nous donner un enfant.
- Son dés... Vous donner... Non ! je...
bredouilla Marjane interloquée, Erwan refusera ! Que ça soit par insémination ou par voie naturelle, il refusera et sera furieux.
- Non, il ne sera pas furieux parce qu’Erwan n’en saura jamais rien. Tu me dois ça, durant un an c’est ce qui m’a fait tenir en face de vous. L’idée d’avoir un enfant.

Marjane était en pleure, désarmée, éberluée par le machiavélisme de sa sœur.
- Quand ma décision a été prise, c’était à Noël dernier, j’ai essayé pendant plus de six mois de vous pousser à la faute. Mes absences répétées, les courses et les week-ends que je vous envoyais vivre ensemble... jusqu’à la panne d’ascenseur chez les Munoz, c’était moi. Vous m’avez redue folle et calculatrice.

Maou avait le visage transfiguré. Elle paraissait perfide. Une froide lassitude et un profond dédain avaient changé ses lignes en un visage bêcheur. Elle se laissa tomber sur le lit en souriant en coin.
- Je me suis rendu compte que vous étiez capables de résister ainsi toute la vie s’il le faut. Mais ça me donne encore plus l’impression d’être le dindon de la farce, de vous gêner, d’être votre amusement pervers.
- Jamais ! Jamais ! Tu ne comprends pas, Maou ! Nous sommes amis, nous nous le sommes promis. Ne le trahis pas pour cette vengeance idiote... Je ne désire pas Erwan !
- Menteuse ! Tais-toi ! Il ne saura jamais ce manège car une fois l’enfant conçu, tu t’en iras le mettre au monde ailleurs. Je m’occuperai de toi. Je viendrai te voir où tu seras. Je ne te laisserai pas seule. Et le moment venu, je viendrai le chercher et je l’emporterai avec nous, nous l’adopterons et tu t’en iras, Marjane... tu auras donné à Erwan le formidable cadeau que je ne peux pas lui offrir et à moi, tu me rendras mon mari. Je suis désolée, ma soeur, désolée mais...
- .. ça n’est pas possible. Oui, je sais déjà,
ponctua tristement Marjane. Un goût de déjà-vu.

Une violente rafale de vent s’engouffra dans la cuisine et claqua la porte.

- C’est moi !! annonça en chantant la voix d’Erwan.

La porte de la chambre se rouvrit une minute plus tard sur le visage souriant et rougi par le froid de monsieur Kitlee portant des bûches sèches. Il les déposa dans le foyer de la cheminée et s’activa à faire un feu en racontant joyeusement la difficulté qu’il avait eu à les obtenir sans se rendre compte du drame qui venait d’avoir eu lieu en son absence et dont il était l’objet.

Les deux sœurs s’échangèrent un dernier regard. Marjane quitta la chambre sans bruit.




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MessageSujet: Re: [Pense-Bête] Egon's Work Desk   Dim 24 Fév 2008 - 17:48


VIII

L'épreuve d'amour et les preuves d'Amour




« J’eux beaucoup de mal à profiter des situations qu’Aouregwen mettait sur pied pour provoquer l’union d’Erwan et moi. Son envie d’avoir un enfant était tellement puissante que rien ne l’arrêtait jamais. »

« J’avais plus de scrupules à tromper Erwan qui avait fini par me connaître si bien qu’il détecta rapidement que quelque chose n’allait pas dans mon comportement. Mes assauts malhabiles et mes tentatives stériles de séduction étaient ridicules. Je ne savais pas m’y prendre, même avec 2000 ans d’expérience des comportements humains. »

« Un matin, je traversai le salon à peine vêtue d’une serviette de coton alors qu’il prenait son petit déjeuner. Mes joues étaient tellement rouges. J’avais honte de me laisser pousser à de tels stratagèmes. Surtout quand je savais que ceux-ci me rapprochaient de la fin de notre amitié. Erwan leva le nez de son journal et me regarda de la tête au pied. »

- Marjane, qu’est-ce que tu fais ? m’avait-il demandé en repliant son journal sans quitter la table de son petit déjeuner alors que je tendais la main vers une étagère pour prendre du café et m’en faire un.

« Les joues empourprées et le cœur irascible, je répondis que je venais me faire du café. »

- Non, je veux savoir ce qu’il te prend de te balader comme ça dans la maison.

« Sa voix était sans jugement. Plutôt attristée, cependant. Je me tenais dos à lui et je me souviens avoir fait un effort colossal pour réprimer mes larmes. J’étais tellement touchée et tellement heureuse qu’il me connût si bien qu’il ne songeât jamais que ce comportement m’était quelque chose de naturel. Pourtant, je devais garder le cap. Je me suis retournée vers lui prête lui répondre un mensonge mais la serviette est tombée à mes pieds. C’était inattendu. Je me figeai sur place, j’étais tétanisée. Paralysée de peur d’être nue devant lui. »

« Comme je ne bougeai pas, prise dans ma torpeur, il se leva pour me rejoindre, s’agenouilla pour prendre la serviette et m’en entoura avec douceur. Il n’avait pas pris la peine de détourner son regard de ma nudité, il n’avait pas regardé plus que ce qu’il fallait le temps de me revêtir, il était simplement venu à mon aide. »


- Jane. Ca va aller... m’a-t-il murmuré à l’oreille en me prenant dans ses bras.

« Je m’étais mise pleurer comme une enfant et je ne m’en rendis compte que lorsque que mes sanglots humidifièrent sa chemise. »

« J’avais l’impression qu’il savait que j’étais manipulée. Il sentait que quelque chose n’était pas à sa place. Il avait l’instinct que nos vies allaient changer bientôt mais il ne savait pas en quoi. »

- Vas t’habiller, Jane, tu n’as besoin d’aucun attelage et d’aucune manigance pour me plaire.

« J’obéis.
Aouregwen avait encore perdu. »

« Il arriva pourtant ce jour où nous brisâmes nos retenues. Et aucun stratagème de Maou n’en était à l’origine. »



Like a Star



Dans le cabanon de Paimont, Erwan et Marjane sont nus sous des couvertures. Il la tient contre lui. Il a l’air inquiet. Marjane est blanche comme jamais, son teint frôle le bleuâtre. Elle ouvre doucement ses paupières pour découvrir son regard orange liquide qui parait comme deux soleils enfoncés dans la neige au crépuscule.
- Tu es réveillée ? demande-t-il rasséréné.
Elle reprend conscience et constate sa nudité et celle d’Erwan sous les couvertures. Les yeux tous ronds, elle tente de s'enfuir de so emprise. La force lui manque. Elle cesse de gigotter. Erwan sourit et la rassure.
- Olà, Galléa ! N’aie pas peur... J’avais peu de moyen pour rendre à ton corps ses 37.5°
Un silence et il reprend en la serrant d'autant plus fort.
- On peut savoir ce qu’il t’a pris de te jeter dans le Lac ?

Pas de réponse. La Galléa sourit et se blottit contre le torse d’Erwan.

- Pourquoi tu agis si singulièrement depuis des mois ? Que se passe-t-il avec Maou ?
- Il ne se passe rien, mentit-elle en enfouissant son visage dans son cou chaud.
- Alors que se passe-t-il avec toi ?
- J’ai du mal à faire semblant de ne vouloir être que ton amie.
- J’aurais du mal à vivre heureux si tu te jettes dans tous les lacs que tu croises pour me l’expliquer.
- Je voulais disparaître pour te laisser tranquille.
- Tu me tortures si tu meurs ou si tu t’en vas.
- Je t’aime Erwan, pourquoi est-ce si difficile et si horrible ?
- Parce que l’amour n’a jamais promis d’être agréable à vivre.
- Je déteste l’amour.
- Moi, je t’aime imbécile.


La neige se mit à tomber doucement par la fenêtre de la chambre de Marjane. Un feu crépitait dans la cheminée. Il était la seule source de lumière de la pièce.

Il savait qu’il ne devait pas car 'ce n’était pas possible' pourtant Erwan baissa doucement son visage vers celui de Marjane et il l’embrassa avec douceur et chasteté. Puis se tourne complètement vers elle, il la prit dans ses bras sans que l’étreinte ne présage une innocente caresse. Leur baiser pendant sept années refoulé se fit brûlant et passionné.



Le tableau changea une ultime fois. C’était le dernier tableau.

Marjane était encapuchonnée dans une robe sombre. Elle tenait dans ses bras une boule de linge rose pastel et blanc qui miaulait et babillait.

Elle déposa les langes avec regret près d’une fontaine de pierre.

Son visage maigre et malade témoignait que ses nuits cauchemardesques étaient revenues. La Parcelle s’était longuement agité en elle. Ses cernes soulignaient son regard d’un splendide orange soutenu qui glissa sur la silhouette furtive d’Aouregwen qui se faufila à travers des fourrés pour la rejoindre. Marjane s’enfuit sans saluer avant qu'Aouregwen ne s’approche trop prêt. Elle se glissa près d’un arbre et regarda la moldue prendre le poupon en serrant son coeur de toutes ses force et en contrôlant les larmes.

La moldue, tout en berçant l'enfant, parla à haute voix, aux arbres, aux vent, au ciel venteux d'octobre.

- Si tu m’entends, Jane, sache que je te remercie du plus profond de mon âme. Je penserai toujours à toi... je l’aimerais et je la traiterais comme si elle était issue de mon propre ventre. En tout les cas, elle est au moins issue de mon cœur et de ma volonté bien qu’elle fût procréée en ton sein par l’essence de mon mari. Elle est le fruit de nous trois.

Erwan s’est remis très difficilement de ta fugue... il en a été malade pendant des mois. J’ai essayé de le consoler. Il murmurait ton nom dans tous ses sommeils. Il t'aimera toujours.

Isis... - nous l’appellerons Isis - lui redonnera de l’amour et du sourire. Il a eu le courage de m’avouer votre liaison, je l’ai pardonné... je ne lui ai pas dit que je savais.

Nous ne cacherons jamais à cet enfant qu’elle a été adoptée. Surtout après ta dernière lettre où tu m’expliques que tu es une sorcière. J’ai toujours su que tu étais spéciale. Nous nous occuperons bien d’elle quoi qu’il arrive et nous ne l’abandonnerons jamais... Qui sait si un jour, plus grande, elle veut savoir la vérité sur ses véritables parents. Je ne l’en empêcherai pas mais je ne l’y pousserai pas car je ne veux pas qu’Erwan me déteste un jour d’avoir fait ce que j’ai fait.

Je ne voulais aucun autre enfant qui ne fût de toi que j’aime tant, ma sœur, et de lui, que j’ai promis d’aimer jusqu’à ce que la mort nous sépare. Marjane, ne me déteste pas trop. Je t’aime.


« Je ne la prévins pas que ma fille, en plus d’être probablement une sorcière, portait désormais ma Parcelle. Je ne connaissais pas leur funeste destin et je songeais qu’Erwan avait su assez de moi pour comprendre ce qui arrivait à notre fille en cas de crise. Peut-être devinerait-il subséquemment qu’Isis était sa véritable enfant. Il lui promulguerait les soins adéquats quand, vers le début de son adolescence, la Parcelle se réveillerait. »

« En outre, son aise pour l’intrigante vie des sorciers avait été portée par sa connaissance qu’il existât de son côté quelque spécimens de cette espèce. Peut-être que cela expliquait qu’Isis avait survécu malgré que les enfants de sang-mêlé chez les Galléa survivent très rarement d’unions qui ne soient pas à moitié sorcière. »



Fin




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MessageSujet: Re: [Pense-Bête] Egon's Work Desk   Mer 14 Jan 2009 - 0:02

tu peux remettre ta biographie à jour quand tu as le temps, c'était ma référence pour TASKS Surprised pour l'instant, je brode Very Happy




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MessageSujet: Re: [Pense-Bête] Egon's Work Desk   Lun 18 Jan 2010 - 21:33

Je fais la même demande.

up!





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MessageSujet: Re: [Pense-Bête] Egon's Work Desk   Lun 18 Jan 2010 - 21:40

CALICE, ICCAM, QUATRE CLES

Dans l'idée, on doit trouver un personnage qui jouera le Miroir.

Une fois réunis, les quatre clé doivent trouver une façon de comprendre la manière dont ils peuvent se liguer contre Antarès.

Dans les faits, personne ne le sait encore mais les deux Iccams + les 4 clés vont créer un deuxième Calice.

Il y aura deux Calices et le temps va redevenir normal.

Après il faudra composer avec ce que cela engendre.





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