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 [York]La pensine détentrice de secrets

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Umbrès
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Mer 20 Fév 2008 - 16:42

IV
La Parcelle de Vix
(suite...)




Un tableau se recomposa devant les yeux d’Isis. Elle était à présent sur un sentier qui sinuait dans la forêt de Brocéliande. Marjane dont la lourde chevelure acajou avait tourné au brun avec les siècles, apparut au coin du sentier. Elle portait des vêtements plus contemporains mais certains détails, tel le choix de la robe de sorcière découpée dans un vieux velours carmin ou les nombreux bijoux de cuivre et de bronze, trahissaient la désuétude de ses goûts. La Gallea s’approchait de l’endroit où se tenait Isis mais bien sûr, elle ne pouvait la voir puisqu’il s’agissait toujours d’un souvenir.

Plus elle s'approchait, plus on le voyait. Le teint de Marjane était horriblement blafard. Sa démarche qui avait toujours été légère comme si elle flottait au-dessus du sol, était aujourd'hui chancelante et gauche. Le faible soleil indiquait que la chaleur était peu élevée pourtant son front ruisselait de sueur. Un avion clignotait très haut dans le ciel quand elle y leva les yeux alors qu’elle venait de s’asseoir à même le sol pour reprendre son souffle. Ses pupilles orange sombre suivaient les deux traînées blanches laissées par l’avion. Elle soupira, reposée contre un arbre sur l’écorce duquel elle passa sa main en lui murmurant:

- Donne-moi un peu de force... Ghilda veut encore me parler, je ne tiendrais jamais sans énergie... elle a pleuré toute la nuit dans mes visions. Ces visions délirantes me rendent folles. Je ne peux rien pour elle.

Une lueur verdâtre et mirifique illumina le tronc d’arbre. Un fluide lumineux pénétra dans la main de Marjane paisiblement apposée sur l’écorce. Elle ferma les yeux pour se nourrir de cette force soudain interrompue. Marjane, les paupières toujours closes, s’était subitement raidie. Elle délirait, elle avait une vision, elle rêvait à haute voix:

- Ghilda, mon enfant, cesse de pleurer, je t’en supplie, laisse-moi dormir, laisse-moi me reposer.

La voix de Ghilda devait sans doute lui répondre dans sa tête. Il y eut un silence puis le délire de Marjane reprit. Il était ostensible qu’elle ressentait une forte douleur durant ce cauchemar. Ses membres tremblaient, ses lèvres étaient sans couleur, son teint devint encore plus pâle et on n’eût jamais idée que cela puisse être possible.

- Ma petite Ghilda, ma fille, je sais bien que c’était une erreur de t’avoir fait protéger une parcelle de l’âme de Vix dans les Enfers... je suis si désolée pour ta douleur éternelle. Au nom de celles qui restent et des nombreuses autres qui t’ont rejointes dans la mort, je suis désolée, ma Ghilda.
- Ton père nous manque aussi. Tu nous manques. Nous ne pouvons rien faire d’autre que garder Vix en nous...

- Ta mère ? Elle ne peut plus aimer depuis Enoch. Non... je ne sais où elle se trouve... elle a donné naissance à une enfant pour transmettre la Parcelle. Peut-être est-elle morte juste après ce legs mais je sais où est l’enfant. Elle grandit bien, je la vois quelque fois.
- Quarante années maintenant mais son visage est plus vieux que le mien. Non, Ghilda. Cette Gallea, Weaver, elle est de sang-mêlé pourtant elle a résisté, elle vieillit mais elle est vivante, je ne sais comment elle fait, c'est la première depuis des siècles.
- Le fruit d’un homme porteur, il me semble. Mais je n’ose pas lui demander. Ne pleure pas, Ghili, mon enfant, ne pleure pas. Ta mère n'avait sans doute pas le choix.
- Ghilda, je t’en supplie, laisse-moi dormir, laisse-moi m’en aller
...

Une petite détonation précéda l’accalmie. Marjane gisait sur le sol, elle avait cessé de se contorsionner au moment où une jeune fille vint à sa rencontre d’un pas précipité pour lui venir en aide. C’était Aouregwen Kitlee.

« Depuis que je portais la Parcelle, je souffrais de troubles, de visions... je compris très vite que mes visions me racontaient ce qu'il se passait pour Ghilda dans l’autre monde. Je percevais aussi la vie d'Azra qui vivait quelque part, loin de la forêt qu'elle avait abandonné. »

« Ghilda voulait qu'on la délivre du Myr, la souffrance n'était pas supportable et pire que tout, la souffrance était éternelle. Puisque déjà morte, Ghilda ne pouvait mourir encore. »

« Nous abordâmes la fin du XXème siècle, je n’avais plus de visions de la part d'Azra. Ces rêves liaient pourtant les Galleas porteuses d’une Parcelle. Sous forme de flashes, d’images ou de souvenirs, chacune percevait par bribes la vie des autres. Quand une d’entre nous mourait emportée par l’Ankou vengeur ou le Temps, sans avoir pu transmettre sa Parcelle à une descendante, l’âme de Vix, amoindrie, se concentrait dans les Parcelles restantes et rendait de plus en plus lourde et dangereux leur transport. Or, nous n’étions plus que trois. La fille d'Azra, Weaver, Ghilda et la Myr, et enfin, moi-même sur le point de mourir. Pouvais-je vraiment me permettre de mourir et laisser Ghilda et Weaver se partager le dernier tier et la souffrance que ça engendrerait ? »
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Isis Kitlee
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Mer 20 Fév 2008 - 17:19

Isis s'inquiéta de l'état de la Galléa quand elle apparut dans la scène. Elle s'était approchée pour la soutenir mais elle ne pouvait la toucher. Elle n'était qu'une spectatrice dans ce souvenir et pourtant elle sentait sa souffrance.

Souvenir qui la tua moralement. Isis ne reconnut pas sa mère jeune. Quand elle comprit que ces yeux bleus et sa chevelure de blé la représentaient, Isis n'avait qu'une hâte. En savoir plus sur cette relation entre la Galléa et sa maman.


Bien sur, dans un coin de sa tête traînait une question qu'elle ne s'avouait pas. Pourquoi Marjane avait elle attendu si longtemps avant d'avoir un enfant. De l'avoir, elle. Et de l'abandonner aussitôt.
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Umbrès
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Jeu 21 Fév 2008 - 17:23

V
Aouregwen et Marjane Pati



Nous sommes à présent dans une petite bicoque par les fenêtres de laquelle la forêt claire et verte s’étend à l’infini. La cime des arbres, découpée sur un ciel bleu pâle, est chatouillée par les départs adventices des oiseaux migrateurs. Malgré ce soleil et l’étrange manège des oiseaux, ce décor appartient bien à la Bretagne profonde.

Aouregwen avait transportée toute seule Marjane évanouie jusqu’à la maisonnette de Paimpont qu’elle louait ici avec son jeune époux, Erwan. En cet été ensoleillé, l’historienne et son futur docteur de mari avaient voulu s’offrir les jours estivaux dans la verdeur bretonne de Brocéliande qu’ils affectionnaient tant. Erwan était sur le lac, Aouregwen avait décidé de se balader, ainsi avait-elle trouvé Marjane sur le bord du sentier.

Etendue sur le lit qu’elle n’avait pas quitté depuis presque une semaine, Marjane faisait semblant de dormir. Les yeux à demi clos, elle écoutait les voix qui provenaient de la cuisine. Ils tachaient de chuchoter mais elle les entendait très clairement. Isis, à côté du lit de Marjane, pouvait voir par l’entrebâillement de la porte de la petite chambrée de bois, son père et sa mère adoptifs au lieu d’une discussion agitée dans la cuisine qui faisait aussi office de salle à manger.

- Erwan, je ne comprends pas ce qui te dérange ? Tu seras bientôt médecin, tu devrais être curieux de savoir la guérir de son mal.
- Je n’apprécie pas d’avoir une inconnue chez nous, Maou.

Maou était le petit nom affectif dont il avait pourvu sa femme. Il consistait en la contraction de « Ma Aouregwen. » Simplement.
- Franchement, chéri, tu crois vraiment que cet ange nous voudrait du mal ? se moqua doucement Aouregwen en enlaçant son mari.
Il était notoire que quelque chose de plus le dérangeait et il rebutait à en parler.
- Dis-moi ce qui ne va pas... tu me caches quelque chose ? Pourquoi ne veux-tu pas l’approcher ? Ca fait une semaine que nous l’hébergeons et tu quittes systématiquement la pièce quand elle y entre. Pourquoi l’ausculter seulement quand elle dort ? Elle ne va pas te manger...
- Elle ne m’inspire pas confiance et si je n’anticipais le serment d’Hypocrate, je ne te certifie pas que j’aurais tenté de la soigner... d’ailleurs je ne l’ai pas soignée, je n’ai pas pu, je ne comprends pas ce qu’elle a. Fièvres, douleurs abdominales fréquentes, tremblements... elle ne mange rien puis soudainement tout va bien, elle reprend ses couleurs et c’est comme si elle n’avait jamais souffert... et ces hurlements la nuit, tu les entends comme moi. Ses cauchemars ne sont pas normaux. Cette violence !... tout est étrange en elle, même sa beauté est étrange. As-tu jamais vu un visage et des yeux comme les siens ? Sa maladie ne semble répondre à aucun diagnostic que je connais. J’ai potassé. Rien. J’ai questionné mes collègues, ils se fichent de moi. J’ai cru à l’ingestion d’un poison ou à un virus rare mais dans ce cas, elle doit aller dans un hôpital. Or elle ne le veut pas. Lorsque tu le lui as suggéré, tu as bien vu sa réaction ? Nous ne l’avions jamais vu aussi vive. Elle n’a sa place nulle part, c’est une extraterrestre... J’ai la sensation qu’elle sait très bien ce qu’elle a et qu’elle ne veut rien me dire. Sa présence me met mal à l’aise. Maou, vraiment mal à l’aise. Les vacances se terminent dans une semaine, je veux bien que tu la veilles encore jusque là mais tu devras trouver une solution, car je n’en veux pas à la maison.


Dans son lit Marjane mit son poing dans sa bouche pour ne pas crier mais les larmes coulaient abondamment sur son visage. Depuis tous les souvenirs traversés, jamais on ne l’avait vu pleurer, même à la mort de son enfant. Elle avait toujours été celle qui rassurait et tenait bon. Que se passait-il ? Les mots d’Erwan Kitlee la blessaient-elle ? Lui faisaient-ils voir une réalité d’elle-même qu’elle avait du mal à supporter ? Marjane souffrait. Pratiquement plus intensément que le remue-ménage de Ghilda.

Aouregwen resserra son étreinte autour de la taille de son mari.
- Chéri, elle a perdu la mémoire, voyons... elle ne sait plus où elle habite ni ce qu’elle faisait là, nous ne pouvons pas l’abandonner. Tu veux la mettre dans une maison de repos avec des fous ? Tu l’as toi-même dit, elle n’a sa place nulle part. Certainement pas dans un hôpital psychiatrique. Et tout ce qu’elle te fait peur, à moi, elle m’attire, je sens que je dois m’en occuper...
- Fais comme tu veux, mais nous ne l’emmènerons pas à Rennes.


« Nous parlâmes beaucoup avec Aouregwen. Elle pouvait passer des heures à me contempler en silence. Elle me disait "que tu es belle, Marjane." Je ne savais jamais quoi lui répondre et nous partions d'un rire vers un autre sujet. Nous devînmes amies, presque siamoises tant nous passions de temps ensemble. Grâce à elle, je supportais la répugnance que j’inspirais à son mari sans jamais m’en plaindre. Je n’avais nulle part où aller, j’étais faible, et la présence à mes côtés de cette généreuse moldue était ma meilleure médecine. »

« Le temps passa et elle sut faire plier Erwan à sa volonté. A la fin de l’été je partis avec eux dans la maison de Rennes. Erwan m’ignorait. Il ne m’adressait jamais la parole, ne me regardait jamais, ne s’enquérait jamais de mon état.

« J’appris à me cacher dans la chambre qu’Aouregwen avait aménagée pour moi dès qu’il rentrait. J’appris à me faire toute petite et si Maou – j’avais secrètement repris son petit surnom à mon compte – n’avait pas été si bonne pour moi, je me serais enfuie. Quand des amies venaient à la maison, elle me présentait comme sa sœur : Marjane Pati.

« Je devins sa sœur adoptive. J’avais de nouveau une famille. Cette situation dura trois ans. Trois années merveilleuses, malgré l’ombre que je causais sur la vie d’Erwan qui ne prenait même plus la peine de taire son mépris. »

« Dès qu’il le pouvait, les week-ends où Maou devait bachoter à la maison, il s’en allait travailler dans la bicoque de Brocéliande ou il se rendait à Saint Malo, pour des journées de voile avec ses amis. »

« Maou fut diplômée la première. J’appris énormément d’elle, de l’histoire, de la vie des moldus, de leurs sentiments. Je ne pensais plus aux Galleas que lorsque Ghilda maltraitait mon sommeil. Quant à Weaver, sa Parcelle était si calme que j’entendais rarement de ses nouvelles. Une chose extraordinaire était toutefois notable : plus j’étais paisible et entourée de l’amitié d’Aouregwen, moins la Parcelle me causait de dommages. »
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Egon Sutham
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Ven 22 Fév 2008 - 4:28

VI
La curieuse amitié de Monsieur Kitlee



Trois années étaient donc passées. Trois merveilleuses années selon Marjane qui continuait de narrer à Isis l'histoire qui fut la sienne et celle de ses parents. Les tableaux où diverses situations se succédaient - certaines brèves d'autres longues - ne finissaient pas de se dérouler devant les yeux de la jeune fille, bercées par la paisible et mélodieuse fibre vocale de Marjane Pati.

Cette fois, nous retrouvions la Gallea au beau milieu d'une crise très douloureuse. Elle était allongée dans le lit de la maisonnette de Paimpont. Par la vitre, il faisait nuit noire. Les cris de la centenaire étaient perçants. Elle se tenait le ventre, tordait le tissu de sa longue chemise de nuit blanche comme si elle voulait la réduire en lambeaux. Ses cheveux brun sombre étaient détachés et encadraient son visage parfait. Parfait si ce n'était cette insupportable souffrance qui ravageait la finesse de ses traits.

C'est alors que la porte de la chambre s'ouvrit à la volée sur le visage contrarié d'Erwan qui se baissa pour ramasser Marjane qui venait de lourdement tomber par terre, enchevêtrée dans ses draps. Il la porta sur son lit et l'y garda dans ses bras, caressant son front, lui murmurant de doux "chut, chut, calme toi, Marjane... calme-toi, tout va bien, il ne peut rien t'arriver."

Effectivement, Marjane se calmait et pourtant elle était toujours inconsciente.

Pour Isis, il n'y avait qu'un coin de la chambre minuscule où se poser et il est à gager que de là où elle se trouvait, elle pouvait désormais comprendre beaucoup de choses en regardant Erwan protéger Marjane de ses mauvais rêves.

Elle pouvait comprendre sans que la voix de sa mère ne vienne interrompre sa réflexion que la haine d'Erwan pour Marjane ne recelait que la puissance de son amour. Que la souffrance de Marjane quand elle entendit le mal qu'il dît d'elle et son envie de s'en débarrasser, n'était que la réponse à ses propres émotions. Leur coup de foudre avait dû être d'une telle fulgurance que ni l'un, ni l'autre ne s'était attendu à cela. La soudaineté de leur sentiment les avait terrassé. Or, lorsqu'on voyait la tendresse avec laquelle Erwan entourait la souffrance de Marjane, cet amour semblait la seule réalité qui existait au monde.

La Gallea ouvrit finalement les yeux. Elle sentit les bras d'Erwan autour d'elle et tenta de se reculer à l'autre bout du lit.

- Où est Maou ? s'exclama-t-elle effrayée et désorientée.
Erwan, surpris par son brusque réveil, bondit hors du lit et reprit son visage fermé et dédaigneux.
- Tu sais bien qu'elle ne revient que dans une semaine, dit-il durement. Tu as fais un cauchemar.

Marjane tira le drap sur sa poitrine. Vaine barrière qui ne servit pas à cacher le pourpre de ses joues. Le drap était trop court. Un très long silence remplit la chambre de bois. Marjane commença à se détendre voyant qu'Erwan ne s'en allait pas. Elle haussa les sourcils et le questionna, taquine:

- Erwan, tu m'as tant fui, dois-je désormais te supplier pour que tu sortes de ma chambre ? Je vais bien. Mon rêve s'est achevé. Je te remercie de t'être inquiété et...
- Je t'aime, Marjane.

La confession d'Erwan engagea un nouveau silence. L'orange des yeux de la Gallea se gondola derrière ses larmes.

- Je ne comprends pas, chuchota-t-elle.

Bien sûr, elle avait compris les mots. Ce qu'elle ne comprenait pas n'étaient pas non plus les trois années de mépris dont il l'avait gratifié. Aux yeux de la Gallea, ce « je t'aime » répondait à l'intensité de cette antipathie.

- Que ne comprends-tu pas, demanda-t-il d'une voix faible et déroutée, dénuée de toute son habituelle dureté. On le voyait soudain fragile.
- Pourquoi me le dis-tu maintenant ?
- Voulais-tu que je le disse hier ?
- Non. Jamais...


Erwan se laissa glisser le long de la porte qui se ferma derrière son dos. Il engouffra sa tête entre ses bras croisés sur ses genoux. Marjane sortit du lit sur la pointe des pieds. On lisait l'hésitation dans le moindre de ses mouvements. Pourtant, elle arriva à côté de lui. Ses yeux pleuraient toujours. Elle glissa sa main sur la nuque de l'homme qui avait peur de la regarder mais ce contact l'électrifia alors il dut relever la tête. Il souriait mais ce n'était pas un vrai sourire. C'était du chagrin travesti en risette. Il s'excusait en plissant les yeux vers elle.

- J'aurais voulu le dire jamais mais il est tellement dur de te haïr, Marjane.

Nouveau silence. Marjane se cala contre lui, adoptant la même pose, recroquevillée sur ses genoux remontée et abandonnant son bras sur le sien.

- Je trahirais Maou en te confiant que je t'aime aussi. Depuis la première fois où j'ai rouvert mes paupières et que mes prunelles cuivrées se sont posées sur toi. Tu es le premier que j'ai vu quand je suis revenue à moi... c’est bien après que ma chère amie s'est insinuée auprès de moi... et quand j'ai compris qui elle était pour toi, alors j'ai tu ce que mon cœur m'avait bombardé de battements à l'instant où je t'ai vu. J'ai juré que pour la remercier de sa bonté, je garderais le silence sur les détonations que crée en mon âme, le moindre regard de toi, la moindre brise de ta respiration quand tu prononces les voyelles de mon prénom... j'ai épousé tout ce que tu étais au moment où j'ai rouvert mes yeux, ce triste jour, à Brocéliane. Je t'aime, Erwan mais...
- ...ce n'est pas possible,
compléta-t-il en se levant doucement.

Il aida Marjane à regagner sa couche et l'embrassa sur le front avant de sortir.

- Nous serons donc amis, résuma-t-il pour eux deux.

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En un clignement de paupières, Isis se retrouva quelques jours plus tard. A bord d’un bateau. Là, la présence invisible d’Egon la soutient plus que jamais. Il savait la crainte qu’elle avait de l’eau, fût-elle irréelle. Tout le temps que dura ce tableau, il resta près d’Isis, serrant sa main par la pensée.

Marjane lisait sous une ombrelle dans une petite embarcation fluviale qu'Erwan conduisait. Sa longue chevelure devenue aussi foncée que celle d’Azra était tressée sur le côté. Erwan la regardait en coin, un petit sourire moqueur accroché aux lèvres. Elle finit par le sentir et lui sourire en retour, en inclinant son livre.

- Quoi donc, monsieur Kitlee, n'avez-vous jamais regardé une jeune femme ? le brocarda-t-elle.

Il marqua sa moue et continua de tourner un petit gouvernail sans adresser un regard de plus à Marjane. Il conservait un visage taquin et ne réagit qu’après quelques secondes.

- Es-tu vraiment une jeune femme ?

La question eut le mérite de surprendre la Gallea qui laissa complètement tomber son livre.

- Pourquoi dis-tu cela ?
- J'ai toujours dis que tu n'étais pas d'ici. Plus je te regarde, plus je le pense. D'où viens-tu ? Je sais que tu n'as pas perdu la mémoire... tes symptômes ne répondent à aucun trauma. Je me suis beaucoup questionné à ton sujet. Il y a une époque où j'avais un nouveau diagnostic toutes les semaines ! A présent mon imagination me fait défaut et il me semble que je dois puiser mes réponses dans ce qui n'est pas scientifique... dans l'occulte.
- L’occulte ?
- Oui, l’ésotérique, la magique, la métaphysique.
- Tes oreilles sont-elles bien accrochées à ton crâne, monsieur Kitlee ?
- Tu vas tout me dire ?
- Si tu peux tout entendre, oui.
- Si ça vient de toi, je peux tout entendre... et tout croire.


Il braqua le gouvernail et s'approcha. Il s'assit en tailleur face à elle pour écouter Marjane et le tableau disparu pour passer à d’autres flashes, plutôt succincts, les représentant en grande complicité, discutant et s’ébahissant dès que possible.

« Je lui racontai tout. Des Sycides de Thiam Phucci à la mort de Vix et de Ghilda. Je n’oubliai pas Azra, ni Enoch qui fascina Erwan. Il me confia plus tard qu’il enviait Enoch de pouvoir aimer Azra avec une telle démesure et sans les contraintes liées à l’expression de ses sentiments. Je le grondai pour ses paroles. Je refusai qu’il considérât Maou comme une contrainte. »

« Il m’abreuva de questions, se passionna pour tout. Il ne douta à aucun instant que je lui mentisse ou non, me confiant que des cousins éloignés à lui étaient peut-être des sorciers. Il écoutait avec ravissement et je me sentais légère de pouvoir enfin confier presque deux mille ans de ma vie. Le chiffre l’abattit. Son abattement me fit rire aux larmes. »

« Le passage sur la Parcelle de Vix le fit longuement réfléchir mais il ne me fit jamais part de ses pensées. Il me confia seulement être rassuré de savoir ce que j’avais, bien qu’il se sentait désormais inutile puisqu’il n’avait aucun moyen de me venir en aide. Je le détrompai en rougissant. »

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« A ce que je sais, il garda mes secrets jusqu’à son dernier souffle. Aux yeux d’Aouregwen qui nous rejoignit quelques jours plus tard, nous montrions qu’elle avait eu raison d’insister une nouvelle fois pour que son mari passe du temps avec moi, que notre rapport avait effectivement évolué en amitié. Certes, nous révélions moins que ce que nous ressentions vraiment. Ce lien apparaissait comme superficiel mais complaisant. Néanmoins, Maou était comblée qu’Erwan m’accepte enfin. J’étais sa sœur, il devait aimer sa sœur, le priait-elle. Ô impitoyable ironie ! »

« Quand à nous, passé l’aveu de nos sentiments réciproques, jamais plus nous n’en reparlâmes. Jamais nous ne nous effleurâmes. Jamais nous ne nous embrassâmes. Pour Aouregwen, nous avions décidé de confiner notre amour dans les profondeurs abyssales du secret. Cela fut l’une de mes plus longues et mes éminentes douleurs. Erwan aussi en souffrait mais l’amour que j’avais pour ma sœur était trop puissant pour que j’eusse envie de la décevoir. »




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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Ven 22 Fév 2008 - 17:22

- Sors-moi de là, je t'en prie.

Isis était accroupie dans une des dernières scènes, haletante. Elle se sentait aussi mal que pendant ses crises habituelles même si les symptômes étaient changeant. Etre dans les souvenirs devaient changer la réaction de son mal. Oublier les tremblements, le froid, le mort momentanée, ici c'était la fièvre, le goût de sang et des maux abdominaux.


Le stress des découvertes passé, ces dernières faisaient peur à Isis, mais de plus en plus le regret de les avoir faite avait pris le dessus et sa Parcelle avait réagit.

Si au début elle avait été transportée de joie de voir sa mère puis son père il y avait eu trop de non dit qui l'a tua.
Isis était émue d'entendre la voix grave mais douce de son père. Son intonation n'avait absolument pas changé et il avait le même regarda apaisant. Pas le même discours. Cela lui avait fendit le cœur de le voir si, si... si peu tolérant face à l’improbable. Il avait toujours était le premier à conforter Isis quand ils surent que la petite fille était sorcière. Il était le premier à se montrer compatissant et rassurer sa fille sur sa condition. Alors que son statu de sorcière était improbable à ses yeux. Même si des cousins très éloignés étaient sorciers.


Isis fut blessée qu'il réagisse comme ça.
Isis fut meurtrie quand elle comprit pourquoi il régissait comme ça.

Si pour l'instant la jeune Iccam reprochait à sa mère de lui avoir caché l'existence de Marjane, elle maudit son père d'en être tombé amoureux.
En faisant cela il trahissait Aouregwen et il la trahissait, elle, sa fille.

Isis ne supporta pas la découverte. Et voulait revenir en arrière. Regret et chagrin ne faisait jamais bon ménage.


- Egon, je t'en prie. Je ne veux plus rien voir, savoir, sort moi de là.
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Sam 23 Fév 2008 - 0:28

- Es-tu certaine de ne pas vouloir connaître la fin de l'histoire? Souffla la voix d'Egon après que celle de Marjane se tût.

Dès qu'il avait absorbé les filaments d'argent représentant les souvenirs historiques d'Isis et de ses ancêtres, Egon avait senti que l'issue la ferait déchanter. Malgré tout, il aurait aimé qu'elle connaisse la fin. Elle y était presque. Il restait deux ou trois malheureuses étincelles grisâtres qui brillaient dans son regard. Si elle avait pu être en face de lui à cet instant, elle aurait su qu'elle était en train de parcourir les derniers mètres sur la frise chronologique qu'elle remontait.
- Lapin Nain forever?

Il y eut un long silence où Egon rêva qu'il la ramenait près de lui. Il en avait envie assurément. Dans la Pensine, cela se traduisit par une caresse sur la joue qui dégringola lentement le long de son dos. Néanmoins, il consolida aussi son intuition comme quoi elle devait apprécier la totalité de l'héritage de sa mère. Le chapitre suivant serait peut-être le plus douloureux mais comment vivrait-elle en fermant les yeux sur la vérité?
- Lapin, une fois qu'on sait les choses, on peut choisir de leur donner ou non de l'importance. Autrement, nos décisions sont incomplètes et erronées. Reste. Et quand tu reviendras, tu pourras me mettre des coups de lattes si tu regrettes. Pas trop fort, hein...

Egon resta sur le qui-vive afin de la ramener si elle insistait une nouvelle fois.




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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Sam 23 Fév 2008 - 17:22

Isis se calma doucement.

Elle détestait être en Egon. Il était toujours là, lui parlait quand elle en avait besoin, la soutenait devant sa peur de l'eau ou quand elle n'en pouvait plus. Elle pouvait lui parler, elle le sentait mais il n'était pas là. Elle aimerait le voir, le tâter, se réfugier dans ses bras et humer son doux parfum. Elle était seule malgré sa présence fantomatique.


La crise passa. Un maigre sourire colora son visage à sa blague. Il savait très bien qu'Isis ne ferait rien de telle avec des lattes, ni avec aucun autre sort. Elle était nulle en sort parce qu’elle n’aimait pas des masses utiliser sa baguette surtout pour ce genre de chose. Par contre, Egon savait qu’il devra se méfier de tout ce qu’il ingurgitera. Les potions étaient un de ses petits péchés mignons. Quand elle voulait s'amuser de quelqu’un en général fallait plus se méfier de son art des potions que de son coup de baguette.


Elle essuya ses larmes d’un revers de main et espéra qu'elle ne faisait pas la plus grosse bêtise de sa vie.


- Reste avec moi. Promet moi de rester avec moi, sinon je ne tiendrais pas... et si ca va pas, tu...

Elle ne dit rien mais attendit avec appréhension la suite des souvenirs. Elle espérait de tout cœur qu'il n'en reste plus beaucoup. Elle respira profondément

- Egon, je t’aime

3 mots qu’elle n’avait jamais prononcés. Pourquoi maintenant ? Elle était bien la dernière à pouvoir le dire. Mais sa conscience avait l'air de murmurer que c'était sa façon d'éviter de s'intéresser à son passé et de s'occuper d'un 'pourquoi maintenant ?' sans importance.
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Egon Sutham
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Dim 24 Fév 2008 - 17:47

- Oh... Viens me le prouver si t’es cap, répondit la voix de baryton facétieuse d’Egon qui s’effaça doucement au profit des rires de trois compagnons assis par terre dans un salon rennais, près d’un sapin de Noël.


VII
Le plan d’Aouregwen Pati




C’était en décembre 1989.

Comme il savait qu’elle aimait les parfums, en ce jour de Noël, il lui en offrit une boîte. Des essences rares qu’un nez italien lui avait offert pour le remercier de l’opération réussie du docteur sur sa femme défigurée à la suite d’un accident de voiture. L’intervention avait été longue mais coutumière pour le chirurgien. Cependant, tous savaient que le rétablissement de celle-ci dépendait intimement de la perfection des soins post-opératoires. Tout avait été parfait. La femme avait retrouvé un visage qu’elle n’espérait plus revoir un jour dans le miroir.

A Marjane, il tendait un petit paquet qu’elle échangea avec le sien au même moment. Paquet tout aussi petit.

Ils l’ouvrirent en même temps et sortirent en même temps un pendentif accroché à une chaîne en cuir fin. Celui de Marjane représentait clairement une petite reproduction d’un Sombral taillé dans du cristal. Celui d’Erwan représentait un grossier hippogriffe qu’elle semblait avoir sculpté elle-même dans du bois de sureau.

Ils rougirent en se rendant compte qu’ils avaient eu la même idée de cadeau. Entre eux, serrant sa boîte d’essences de parfums naturels, Aouregwen ne fut pas dupe. Elle ravala les larmes en train de sourdre sous ses iris bleues et se leva en prétextant qu’elle devait aller chercher la bûche. Dans la cuisine, elle pleura longuement.
Et qu’était-ce ce cheval ailé, si moche et si maigre, qu’il lui avait offert ? Depuis quand s’intéressait-il à la mythologie ? Depuis quant l’aimait-il aussi fort ? Elle savait qu’ils avaient une relation particulière mais elle n’en connaissait pas la teneur. Elle avait désormais la preuve qu’il aimait profondément sa sœur. Peut-être plus qu’elle-même. Erwan n’avait plus rougi depuis qu’il s’était rencontré pour la première fois sur le campus de l’école. Elle essuya son visage et se composa un air amène avant de les rejoindre dans le salon pour le dessert.

« Dans la cuisine, Maou venait de prendre un décision qui mettrait définitivement fin à notre trio mais pas sans avoir créé une dernière merveille. Toi, Isis. »

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Isis fut charriée par les fluides magiques dans la maisonnette de Paimpont. Cette fois, en regardant la forêt et le sentier par la fenêtre, on pouvait voir les arbres nus recouverts d’un épais manteau de coton blanc. Il neigeait encore et le vent soufflait beaucoup, faisant claquer un volet contre son chambranle. Le bruit était tonique et exaspérant.

Marjane et Aouregwen Pati se tenaient blotties l’une contre l’autre dans le lit conjugal de cette dernière. Elles avaient les couvertures remontées jusqu’au cou et une simple bougie les éclairait. Coupure d’électricité.

- Marjane, je suis inquiète, ça fait plus de deux heures maintenant, murmura la voix tremblante de froid d’Aouregwen.
- Il va revenir vite. Le village n’est pas à côté et la neige a encombré beaucoup de routes...
- Nous aurions pu brûler les chaises de la cuisine, je n’en ai rien à faire. Pourquoi aller chercher des bûches aussi loin ?
- Il va revenir, viens réchauffe-toi contre moi...


La moldue se resserrait contre l’épaule maternelle de Marjane. Elle hésita puis reprit la parole.

- J’ai une autre conférence le week-end prochain, dit-elle.
Marjane fit grise mine. Cela avait l’air de l’ennuyer.
- Encore ? Tu n’as pas arrêté cette année ! Nous ne t’avons quasiment jamais vu plus de trois jours d’affilée. Ca peine Erwan.
Aouregwen crispa sa main sur la couverture. Le geste, pourtant imperceptible, n’échappa pas à la prunelle orange de Marjane qui tourna vers elle le visage de sa sœur.
- Dis-moi ce qui ne va pas, Maou, demanda-t-elle angoissée.
- Erwan m’aime.
- Je le sais qu’il t’aime,
sourit Marjane sans comprendre l’air maussade de la femme aux cheveux blond.
- Il m’aime et je suis incapable de lui donner ce qu’il désire.
- Que désire-t-il ?
- Un enfant.
Silence de plomb.
- Toi... tu peux.

Marjane repoussa violemment sa sœur et sortit du lit pour poser ses pieds sur le sol gelé en tremblant non pas de froid mais de peur et de dégoût.
- Non ! Je suis vraiment celle qui ne peut pas ! hurla-t-elle furieuse.
Aouregwen sortit du lit à son tour et approcha la Galléa avec précaution.
- Marjane, je ne suis pas aveugle. Il m’aime et c’est la raison pour laquelle il ne me dira jamais qu’il t’aime aussi. Tu agis de la même façon. On ne peut pas ignorer ce qui vous lie et parfois je me sens de trop alors que c’est moi sa femme ! Surprendre vos regards est un coup de couteau qui me laisse aux abois jusqu’à la prochaine injure. Finissez-en et au moins que ça soit utile.
- Utile ? UTILE, Aouregwen ?! Te rends-tu compte de ce que tu demandes ? De ce que tu dis ?
- Oui. Prends donc le bon côté des choses... Parce que je te le demande, cela vous évitera de me trahir et je n’aurais pas à vous détester. Je vous aime tous les deux. Tu répondras à son désir aussi souvent qu’il faudra pour nous donner un enfant.
- Son dés... Vous donner... Non ! je...
bredouilla Marjane interloquée, Erwan refusera ! Que ça soit par insémination ou par voie naturelle, il refusera et sera furieux.
- Non, il ne sera pas furieux parce qu’Erwan n’en saura jamais rien. Tu me dois ça, durant un an c’est ce qui m’a fait tenir en face de vous... L’idée d’avoir un enfant.

Marjane était en pleure, désarmée, éberluée par le machiavélisme de sa sœur.
- Quand ma décision a été prise, c’était à Noël dernier, j’ai essayé pendant plus de six mois de vous pousser à la faute. Mes absences répétées, les courses et les week-ends que je vous envoyais vivre ensemble... jusqu’à la panne d’ascenseur chez les Munoz, c’était moi. Vous m’avez rendue folle et calculatrice.

Aouregwen avait le visage transfiguré. Elle paraissait perfide. Une froide lassitude et un profond dédain avaient changé ses lignes en un visage bêcheur. Elle se laissa tomber sur le lit en souriant en coin.
- Je me suis rendue compte que vous étiez capables de résister ainsi toute la vie s’il le faut. Mais ça me donne encore plus l’impression d’être le dindon de la farce, de vous gêner, d’être votre amusement pervers.
- Jamais ! Jamais ! Tu ne comprends pas, Maou ! Nous sommes amis, nous nous le sommes promis. Ne le trahis pas pour cette vengeance idiote... Je ne désire pas Erwan !
- Menteuse ! Tais-toi ! Il ne saura jamais ce manège car une fois l’enfant conçu, tu t’en iras le mettre au monde ailleurs. Je m’occuperai de toi, Jane. Je viendrai te voir où tu seras. Je ne te laisserai pas seule. Et le moment venu, je viendrai le chercher et je l’emporterai avec nous, nous l’adopterons et tu t’en iras, Marjane... tu auras donné à Erwan le formidable cadeau que je ne peux pas lui offrir et, à moi, tu me rendras mon mari. Je suis désolée, ma soeur, désolée mais...
- .. ça n’est pas possible. Oui, je sais déjà,
ponctua tristement Marjane. Un goût de déjà-vu.

Une violente rafale de vent s’engouffra dans la cuisine et claqua la porte de la chambre.

- C’est moi !! annonça en chantant la voix d’Erwan.

La porte de la chambre se rouvrit une minute plus tard sur le visage souriant et rougi par le froid de monsieur Kitlee portant des bûches sèches. Il les déposa dans le foyer de la cheminée et s’activa à faire un feu en racontant joyeusement la difficulté qu’il avait eu à les obtenir, sans se rendre compte du drame qui venait d’avoir lieu en son absence et dont il était l’objet.

Les deux sœurs s’échangèrent un dernier regard. Marjane quitta la chambre sans bruit.




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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Dim 24 Fév 2008 - 18:09


VIII

L'épreuve d'amour et les preuves d'Amour



« J’eux beaucoup de mal à profiter des situations qu’Aouregwen mettait sur pied pour provoquer l’union d’Erwan et moi. Son envie d’avoir un enfant était tellement puissante que rien ne l’arrêtait jamais. »

« J’avais plus de scrupules à tromper Erwan qui avait fini par me connaître si bien qu’il détecta rapidement que quelque chose n’allait pas dans mon comportement. Mes assauts malhabiles et mes tentatives stériles de séduction étaient ridicules. Je ne savais pas m’y prendre, même avec deux ans d’expérience en comportements humains. »

« Un matin, poussée par Maou qui nous avait laissé, je traversai le salon à peine vêtue d’une serviette de coton alors qu’il prenait son petit déjeuner. Mes joues étaient tellement rouges ! J’avais honte de me laisser pousser à de tels stratagèmes. Surtout quand je savais que ceux-ci me rapprochaient de la fin de notre amitié avec Erwan. Il leva le nez de son journal et me regarda de la tête au pied. »

- Marjane, qu’est-ce que tu fais ? m’avait-il demandé en repliant son journal sans quitter la table de son petit déjeuner alors que je tendais la main vers une étagère pour prendre du café et m’en faire un.

« Les joues empourprées et le cœur irascible, je répondis que je venais me faire du café. »

- Non, je veux savoir ce qu’il te prend de te balader comme ça dans la maison.

« Sa voix était sans jugement. Plutôt attristée, cependant. Je me tenais dos à lui et je me souviens d'avoir fait un effort colossal pour réprimer mes larmes. J’étais tellement touchée et tellement heureuse qu’il me connût si bien qu’il ne songeât jamais que ce comportement m’était quelque chose de naturel. Pourtant, je devais garder le cap. Je me suis retournée vers lui prête lui répondre un mensonge mais la serviette est tombée à mes pieds. C’était inattendu. Je me figeai sur place, j’étais tétanisée. Paralysée de peur d’être nue devant lui. »

« Comme je ne bougeai pas, prise dans ma torpeur, il se leva pour me rejoindre, s’agenouilla pour prendre la serviette et m’en entourer avec douceur. Il n’avait pas pris la peine de détourner son regard de ma nudité, il n’avait pas regardé plus que ce qu’il fallait le temps de me revêtir. Il était simplement venu à mon aide. »


- Jane. Ca va aller... m’a-t-il murmuré à l’oreille en me prenant dans ses bras.

« Je m’étais mise pleurer comme une enfant et je ne m’en rendis compte que lorsque que mes sanglots humidifièrent sa chemise. »

« J’avais l’impression qu’il savait que j’étais manipulée. Il sentait que quelque chose n’était pas à sa place. Il avait l’instinct que nos vies allaient changer bientôt mais il ne savait pas en quoi. »

- Va t’habiller, Jane, tu n’as besoin d’aucun artifice et d’aucune manigance pour me plaire.

« J’obéis.
Aouregwen avait encore perdu. »

« Il arriva pourtant ce jour où nous brisâmes nos retenues. Et aucun stratagème de Maou n’en était à l’origine. »



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Dans le cabanon de Paimont, Erwan et Marjane sont nus sous des couvertures. Il la tient contre lui. Il a l’air inquiet. Marjane est blanche comme jamais, son teint frôle le bleuâtre. Elle ouvre doucement ses paupières pour découvrir son regard orange liquide qui parait comme deux soleils enfoncés dans la neige au crépuscule.
- Tu es réveillée ? demande-t-il rasséréné.
Elle reprend conscience et constate sa nudité et celle d’Erwan sous les couvertures. Les yeux tous ronds, elle tente de s'enfuir de son emprise. La force lui manque. Elle cesse de gigotter. Erwan, amusé par la prude Marjane, sourit et la rassure.
- Olà, Galléa ! N’aie pas peur... J’avais peu de moyen pour rendre à ton corps ses 37,5°.
Un silence et il reprend en la serrant d'autant plus fort:
- On peut savoir ce qu’il t’a pris de te jeter dans le Lac ?

Pas de réponse. La Galléa sourit et se blottit contre le torse d’Erwan.

- Pourquoi tu agis si singulièrement depuis des mois ? Que se passe-t-il avec Maou ?
- Il ne se passe rien, mentit-elle en enfouissant son visage dans son cou chaud.
- Alors que se passe-t-il avec toi ?
- J’ai du mal à faire semblant de ne vouloir être que ton amie.
- J’aurais du mal à vivre heureux si tu te jettes dans tous les lacs que tu croises pour me l’expliquer.
- Je voulais disparaître pour te laisser tranquille.
- Tu me tortures si tu meurs ou si tu t’en vas.
- Je t’aime Erwan, pourquoi est-ce si difficile et si horrible ?
- Parce que l’amour n’a jamais promis d’être agréable à vivre.
- Je déteste l’amour.
- Moi, je t’aime imbécile.


La neige se mit à tomber doucement par la fenêtre de la chambre de Marjane. Un feu crépitait dans la cheminée. Il était la seule source de lumière de la pièce.

Il savait qu’il ne devait pas car 'ce n’était pas possible' pourtant Erwan baissa doucement son visage vers celui de Marjane et il l’embrassa avec douceur et chasteté. Puis, se tournant complètement vers elle, il la prit dans ses bras sans que l’étreinte ne présage une innocente caresse. Leur baiser pendant sept années refoulé se fit brûlant et passionné.

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Le tableau changea une ultime fois. Le dernier tableau.

Marjane était encapuchonnée dans une robe sombre. Elle tenait dans ses bras une boule de linge rose pastel et blanc qui miaulait et babillait.

Elle déposa les langes avec regret près d’une fontaine de pierre.

Son visage maigre et malade témoignait que ses nuits cauchemardesques étaient revenues. La Parcelle s’était longuement agité en elle. Ses cernes soulignaient son regard d’un splendide orange soutenu qui glissa sur la silhouette furtive d’Aouregwen qui se faufila à travers des fourrés pour la rejoindre. Marjane s’enfuit sans saluer avant qu'Aouregwen ne s’approche trop prêt.

Elle se glissa près d’un arbre et regarda la moldue prendre le poupon en serrant de toutes ses force son coeur brisé et en contrôlant les larmes.

La moldue, tout en berçant l'enfant, parla à haute voix, aux arbres, au vent, au ciel venteux d'octobre.

- Si tu m’entends, Jane, sache que je te remercie du plus profond de mon âme. Je penserai toujours à toi... je l’aimerais et je la traiterais comme si elle était issue de mon propre ventre. En tout les cas, elle est au moins issue de mon cœur et de ma volonté bien qu’elle fût procréée en ton sein par l’essence de mon mari. Elle est le fruit de nous trois.

Erwan s’est remis très difficilement de ta fugue... il en a été malade pendant des mois. J’ai essayé de le consoler. Il murmurait ton nom dans tous ses sommeils. Il t'aimera toujours.

Isis... - nous l’appellerons Isis - lui redonnera de l’amour et du sourire. Il a eu le courage de m’avouer votre liaison, je l’ai pardonné... je ne lui ai pas dit que je savais déjà.

Nous ne cacherons jamais à cet enfant qu’elle a été adoptée. Surtout après ta dernière lettre où tu m’expliques que tu es une sorcière. J’ai toujours su que tu étais spéciale. Nous nous occuperons bien d’elle quoi qu’il arrive et nous ne l’abandonnerons jamais... Qui sait si un jour, plus grande, elle veut savoir la vérité sur ses véritables parents. Je ne l’en empêcherai pas mais je ne l’y pousserai pas car je ne veux pas qu’Erwan me déteste un jour d’avoir fait ce que j’ai fait.

Je ne voulais aucun autre enfant qui ne fût de toi que j’aime tant, ma sœur, et de lui, que j’ai promis d’aimer jusqu’à ce que la mort nous sépare. Marjane, ne me déteste pas trop. Je t’aime.


« Je ne la prévins pas que ma fille, en plus d’être probablement une sorcière, portait désormais ma Parcelle. Je ne connaissais pas leur funeste destin et je songeais qu’Erwan avait su assez de moi pour comprendre ce qui arrivait à notre fille en cas de crise. Peut-être devinerait-il subséquemment qu’Isis était sa véritable enfant. Il lui promulguerait les soins adéquats quand, vers le début de son adolescence, la Parcelle se réveillerait. »

« En outre, son aise pour l’intrigante vie des sorciers avait été portée par sa connaissance qu’il existât de son côté quelque spécimens de cette espèce. Peut-être que cela expliquait qu’Isis avait survécu malgré que les enfants de sang-mêlé chez les Galléa survivent très rarement d’unions qui ne soient pas à moitié sorcière. »



Fin
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Dim 24 Fév 2008 - 18:11

HJ: Deux messages ont été posté à la suite. Lire plus haut.

Une puissante attraction renvoya Isis à York, sur les genoux d’Egon qui, comme la première fois, l’entoura spontanément de ses bras. Ses yeux avaient recouvré leur couleur bleu clair.

Dans le fauteuil d’en face, Bergamote Tourdemain avait disparue. A sa place, près du gros chat endormi paisiblement, une plante dont la racine semblait issue des ressors du fauteuil, s’embobinait autour des bras et du dossier, perçait le tissu pour agripper ses tiges un peu partout, diffusant un parfum de bergamote dans le salon obscurcit par la nuit.

York était calme.

Le jeune homme resta silencieux. Il n’avait envie de ne rien dire. Juste de la protéger le temps qu’elle reprenne ses esprits. Isis. De la serrer dans ses bras à l’en briser. De la garder contre lui pour lui promettre des choses sans les mots.




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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   

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