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 [York]La pensine détentrice de secrets

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Isis Kitlee
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MessageSujet: [York]La pensine détentrice de secrets   Mer 23 Jan - 10:50

Désolée pour la longueur
précédement




Isis venait de prendre congé de Weaver et Berenice, messagères d’une destinée opaque et peu réjouissante pour la jeune femme. La ballade la calma car le tournesol n’agissait plus depuis un petit moment. Ses pas la menèrent tranquillement vers sa destination, en plein cœur de Londres.


Isis ferma la lourde porte de La Maison dans un bruit sourd. A l’entente d’un nouvel arrivant, Octobre leva son nez de son chef d’œuvre pyramidal presque achevé. Un futur architecte.


- Bonjour Isis... reg'arde le château...
- Il est très beau Octobre, mais ça serait pas plutôt une pyramide ?
- Non, pas prymaride, château

Pas le temps de le reprendre pour le « prymaride » qu’un ballon dévala le hall d’entrée au lieu d’atterrir dans les jambes d’Ethan. Rhidow s’était arrêté de jouer dès qu’il entendit le ‘Isis’ dans la bouche d’Octobre. Il ne fallut pas plus de quelques secondes pour qu’il réclame un gros câlin et de gros baisers de son Iccam Rosà.


Avec Rhidow dans les bras, Isis eut du mal à dire bonjour à toutes les têtes pensantes qui arrivaient. Eva et Emma lui refirent le coup de "qui est Emma, qui est Eva?". Et bien sûr, Isis se planta lamentablement sous leur rire cristallin. Seul Ethan avait marmonné un bonjour inaudible. Il faisait la tête et resta très proche de son petit frère pour le protéger de cette fille. Cette mauvaise personne qui était aimée par son nouveau copain Shalimancyan, qui redonnait sans cesse le sourire à Egon et, qui voulait prendre la place de Natacha. Bien sûr, pourquoi elle serait toujours à La Maison si ce n’était pas pour prendre la place de Natacha. Leur Natacha, sa Natacha. Isis était une mauvaise femme qui voulait lui prendre tout ce qu’il avait… en commençant par Octobre.

Les bouts de chou étaient repartis à leur jeu sous les yeux protecteurs de Leigh qu'elle salua d'un mouvement de tête. Ethan veillait sur Octobre. Octobre peaufinait son œuvre d’art, plus que deux cubes et le château de ses rêves deviendraient réalité.



- Isis, tu restes ce soir ?
- Je ne sais pas... je suis venu voir Egon
- Ah... et pas moi
- Si toi aussi, mais j'ai besoin de parler à Egon
- Iccam Umbrès n'est pas là.... mais il va sûrement revenir. Il a dit à Leigh qu'il va passer ce soir... mais je ne sais pas pourquoi il est parti. Et puis Ariane n’est pas là ce soir, Natacha va bientôt arriver aussi. Mais tu vas attendre Egon… même s’il rentre tard
- Oui
- Avec moi ?
- Bien sûr



Octobre en arriva à la dernière pierre de l’édifice, plus que quelques centimètres pour terminer son chef d’œuvre. Il lévita le dernier cube pour le poser et achever ainsi son édifice. Cube qui arriva à hauteur du centenaire qui trouva très amusant de le garder pour lui. Descendant des bras de sa protectrice, il nargua le ‘petit mois’ (=Octobre) avec. Petit Mois qui se mit à bouder quand il comprit que sa recherche les yeux braqués vers le plafond avait été vaine. Un petit voleur mettait un terme à la splendeur de son château. Il était devenu un peintre sans pinceau, un sculpteur sans pierre, un architecte sans son dernier cube en plastique vert criard. Horreur et Damnation. Ne pas empêcher un artiste de s’exprimer. Ne pas empêcher Octobre de jouer. Pleure et crie.

Ethan vint consoler son petit frère. Rhidow redonna le cube à Octobre. Mais voilà, c’était trop tard. Il avait été frustré et ne pouvait plus terminer son œuvre, tout était raté, effondré, sans espoir. Il en voulait à Rhidow, il en voulait à Ethan… pourquoi son frère ne lui avait pas récupéré le cube en plastique ? Et pourquoi l’autre lui avait pris ?


Alors des petites mains potelées de trois ans s’élevèrent vers Isis qui n’avait presque rien suivi de la scène, perdue dans ses propres malheurs. Ce n’était pas l’inachèvement d’un château qui la rendait triste, c’était la fondation inexistante de sa vie.

Isis prit Octobre en pleure dans ses bras. Un câlin et il se calma. Un bisou et il reprit confiance. Il revint sur terre et termina son édifice. Tout était arrangé, l’artiste avait retrouvé ses pierres et son œuvre était achevée tel qu’il le voulut.

Isis aimerait qu’un câlin et un baiser arrangent tout… pourquoi sa vie n’était pas un château de cube mis en pyramide ?

Ethan, fâché que la méchante femme réussit à consoler son frère et pas lui, partit bouder dans la pièce adjacente. Octobre trottait derrière lui avec le ballon laissé à l’abandon. Admirant une dernière fois son chef d'œuvre.




- Ethan… il fait comme Rhianne avec toi.
- C’est pas grave Rhidow.
- Si, parce qu’il pense que tu es méchante.

Sourire un guise de réponse.

- Ce qu’il pense… que qu’on pense quelque soit le sujet n’est pas forcément la réalité.
- Peut être, mais il a tord…

silence

- J’aimerai bien qu’Iccam Umbrès soit là
- Pourquoi ?
- Parce que tu es triste et je n’aime pas quand tu es triste. Alors Iccam Umbrès il sera te rendre joyeuse.


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Egon Sutham
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Mer 23 Jan - 23:23



Egon n’avait jamais confié à Isis ce qu’il s’était passé entre son double et Natacha. Il avait décidé qu’il s’agissait d’un chapitre de la vie de Natacha. Privé et intime. Occulter ce chapitre avait cependant amené un petit lot de contrariétés avec lequel il devait jongler comme il le pouvait. Voir Isis à TASKS était l’une de ces contrariétés. Il n’avait jamais eu le cœur à lui en parler mais il n’aimait pas la voir dans le bâtiment. C’était son lieu de travail, sa forteresse, le port d’attache de son attention pour garder les deux pieds sur Terre. C’était un endroit qu’il ne voulait pas partager avec elle. Plus encore depuis leur retour des Autres Mondes. Car... C’était aussi l’endroit de Natacha. Il voulait que cette dernière ait et garde pour elle seule ce privilège. Aussi fut-il fort embêté de découvrir Isis au milieu des enfants lorsqu’il franchit le seuil de la porte du hall. Ce n’était pas la première fois que la jeune fille venait et, à chaque fois, il se demandait s’il ne faudrait pas lui en parler. Quitte à la vexer. Il savait qu'elle venait voir Rhidow. Cela pesait aussi dans cette situation compliquée.

Un coup d’oeil vers elle le dissuada de lui faire - aujourd’hui encore - une quelconque remarque. Il n’avait eu besoin que d’un coup d’oeil pour photographier l’aura d’Isis. Il ne dit rien et utilisa un des sourires de salutation qu’il s’était exercé à faire pour pallier à ce désagrément. De plus, la priorité revenait désormais à ce qui la rendait si triste et cela effaça momentanément son embarras.

Jusqu’ici les bras chargés, il déposa cinq petits mais encombrants cartons sur le sol, près des portemanteaux et, d’un coup de baguette, leur rendit une taille normale.
- LES COURSES!

Il s’agissait des provisions de la semaine. Avant d’aller saluer Isis, il retira son veston et le pendit à une branche du portemanteau tandis qu’afflua soudainement une douzaine de jeunes sorciers qui se rassembla avec excitation et emphase autour des cartons à provisions. C’était un de leur rituel. Ils savaient ce que cela signifiait: tout le monde devait mettre la main à la pâte et prendre un paquet, un sac, une botte de légumes ou un cageot de fruits, un article quel qu’il soit pour le porter jusqu’aux cuisines. Là-bas, Siriana et Devenka, deux adultes de l’asso qui étaient ce soir et pour toute la semaine de corvée de cuisine, rangeraient les articles dans les placards. Octobre en tête trouva dans les cartons une salade qui devait avoir la taille de son ventre et qu’il avait plus de difficulté à porter qu’Ethan et Wendy n’en eurent à déplacer les grandes planches en bois qu'ils y trouvèrent et qui serviraient d’étagères pour la nouvelle salle de classe.
- Leigh? Tu ne veux pas aider ces deux-là, je sens la catastrophe poindre dangereu...
- Non! s’exclamèrent de concert Wendy et Ethan, manifestement très vexés qu’on sous-estime leurs forces.
- Okey... Wendy, tu dis à Dev que tout ce qui ne se mange pas, elle le laisse sur la table, Ari et Natacha trieront ça plus tard. Et personne ne se blesse, Bat ne veut plus vous voir! Il paraît que vous faites que des bêtises.

Un "même pô vrai, c’est Baten qu’il fait que des bêtises d’abord" qui ressemblait à du Tiboor, étouffé par de multiples adhésions, provoqua l’hilarité générale. Wendy hocha la tête en criant 'ho hisse' en direction d’Ethan qui montrait qu’il assurait les premiers mouvements de marche à reculons, suivis de peu par la salade géante qui avait des pieds et qui rigolait toujours de la blague au sujet de Baten. Leigh encadrait le tout d’un œil vigilent.

Au centre de ce tohu-bohu, Egon se dirigea vers Isis, une main dans la poche de jean et un bras tendu vers elle qu’il n’abaissa que deux pas plus loin lorsque la jeune fille s’y trouva logée. Il croisa de nouveau son regard. Elle avait l’air chagrin. Il voulait transférer un peu de sa chaleur en elle mais l’endroit était le plus mal choisi. Il l’embrassa furtivement près de l’oreille en la serrant un peu puis la délivra presque aussitôt de l’étreinte lorsqu’il sentit que quelque chose - ou plutôt, quelqu’un de petite taille - tirait sur son jean.
- Zé ssais pas quoi po’ter, quémandait Victor avec son cheveu sur la langue et l’air affligé, é grands i z'ont pris tout cce qu’était pitit pou’ moi.

Egon leva les yeux vers les cartons où revenaient déjà en courant d’un premier voyage, les enfants les plus âgés:
- Hep! Les grands, là! Don, Tiboor, Travis... vous aidez aussi les petits, s’il vous plaît. Tout le monde doit avoir quelque chose à faire...

Sous l’œil perplexe d’Egon, Rhidow rappliqua avec trois paquets de chips Croc Frite goût citrouille et en donna un à Victor dont le visage s’illumina de gratitude. ''Il doit avoir quelque chose à se faire pardonner auprès de quelqu’un celui-là..." pensait Egon qui n'était pas dupe.

Avant de s’en retourner vers les cuisines en sautillant, le petit Shalimancyan glissa avec malice:
- Y a une Iccam qui a besoin de toi, j’crois... Hé, tu viens Vico on va donner l’aut’ Croc Frite à Octobre!
- J’ai cru voir ça, dit-il alors que les deux petits s’en étaient déjà allés et qu’il ne restait plus qu’Isis pour entendre la réponse. C’est quelque chose qui peut se guérir avec un câlin ou c’est quelque chose que même un long et licencieux baiser ne pourrait pas effacer? Questionna-t-il, connaissant la réponse, mais parvenant cette fois au bout de son accolade... pas pour longtemps.
- Oh les zamoureeeuuuuuux!
- Okey... On va aller dans mon bureau... j’ai deux-trois trucs à faire en attendant que Natacha ou Ariane prenne le relais. Ensuite, je suis tout à toi. On va virer ce gris-tristesse de ton regard à coup de sucreries si les baisers ne marchent pas.


Iccam
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Isis Kitlee
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Jeu 24 Jan - 15:54

Tendresse. Chaleur. Apaisement.

La fin de l'accolade fut une véritable torture. Ce baiser n'avait rien évacué de ses doutes mais cela l'avait soulagée, soutenue, apaisée. Elle n'était plus toute seule, il était là.


Isis se rapprocha doucement d'Egon quand les enfants repartirent avec les dernières courses. Un murmure pour lui dire que même les gourmandises du Beauxbâtons Express ne lui rendraient pas le sourire. Un baiser pour lui signifier qu'elle l’attendrait mais qu'il valait mieux que ses collaboratrices se dépêchent.


Elle passa devant la cuisine pleine d'agitation tandis qu'Egon partit vaquer à ses responsabilités.
Siriana dévisagea Iccam Rosà de la tête au pied quand celle-ci traversa l'embrasure de la porte. Ce n'était un secret pour personne que la jeune adulte de l'association était loin d'être indifférente au charme d'Egon. D'ailleurs, elle s'était bien amusée à amplifier les rumeurs courant sur Isis à l'université. Dommage que la concernée s'en foutait comme de sa première chaussette... ca l'amusait même que Joséphine se ramène en lui racontant qu'elle était tombé comme par hasard sur Draconia et qu'elle avait entendu (le fait qu'elle ait vu Draconia et entendu la rumeur n'avait rien à voir, mais c'était Joséphine) qu'on racontait qu'Isis était devenu pire que De Lansley "manquerait plus qu'elle soit engrossée par un homo et elle le bat à plate couture". Autant de crédibilité que de voir des Ronflaks Cornus. Même marié, De Lansley restait De Lansley, inégalable.
Isis eut le temps d'apercevoir la petite Mina sortir de sous la table avec le paquet de salade qui s'y était logé, avec un grand rire victorieux, tandis que Rhidow aidait Octobre à poser le paquet de Croc Frite à sa place dans le placard.

Elle entra dans le bureau d'Egon, alluma les lampes qui s'y trouvait et jeta un coup d'œil furtif sur le bureau plus ou moins rangé d'Egon. Rien à voir avec celui de Joséphine, Egon passait pour un maniaque de la propreté. Cette pensé la fit sourire mais cela s'évapora de suite. Elle s'accola contre la fenêtre, et regarda l'orphelinat moldus en face de La Maison. Seul une rue vide les séparaient.



Un laps de temps passa avant qu'Egon la rejoigne. Elle se remémora sans cesse son entrevus avec ses deux professeurs. Les explications qu'on lui avait conté. Elle ne pouvait pas demander à Egon "Tiens si on allait voir Bergamote, tu m'accompagnes" sans l'once d'une explication.
Mais elle ne se sentait pas vraiment la force de lui raconter. Parce qu'elle en oublierait les trois quart, cela ressemblerait à un breton bien patois. Et surtout elle ne supportait ces découvertes.
De l'entendre une fois avait suffit, pourquoi repasser par là pour tout lui dire.

Parce qu'il le faut



A peine son compagnon franchit la porte, qu'elle se glissa dans ses bras. Elle se réfugia et reprit un peu de force. Son odeur, le battement de son cœur, sa tendresse lui fit du bien, lui donna aussi un peu de courage.


- Egon... je t'ai dis que j'avais une sorte d'entité en moi... c'était à Thiam Phucci...

Silence.

- En faite, il y a une chose que je ne t'avais pas dite. Quand je fais mes crises, aléatoirement j'ai des sortes de vision du passé. L'important et que j'entends le mot 'Galléa'. J'ai mis du temps à faire des recherches dessus... la peur de découvrir ce que c'était.

le temps d'arreta pour reprendre dans un souffle.

- Et j'avais bien raison

Isis était morte de peur. Ce qui l'amena a trembler petit à petit. Une alerte.

- En faite, j'en ai parlé avec le professeur Allen et N'Guyen ...

Et elle lui conta toute l'histoire de ses quelques heures. Le terme décrivait une communauté de sorcière très ancienne. Weaver N'Guyen appartenait à de clan et lui appris plein de chose. Entre autre sur la Parcelle de Vix qui pourrait s'apparenter à son parasite, les même symptôme apparaissait. Elle lui expliqua aussi qu'une de ses sorière s'apellait Marjane Pati. Pati était le nom de sa mère adoptive et celle-ci connaissait très bien Marjane mais qu'Isis en l'avait jamais su. Sans oublier que cette Galléa était présente dans le livre du centaure. Que les deux prophéties (la copie et le vrai livre qui n'ont pu différencié) étaient probablement en possession d'Antarès et le sortilège du cadran aussi. Et tout le reste. Tout jusqu'au fait...

- Bergamote possède des souvenirs de Marjane. Je... tu veux bien m'accompagner jusqu'à chez elle. Je ne me sens pas la force d'y aller seule. Et puis… c’est elle qui nous a donné les thés. Tu crois que le cadeau a vraiment été donné au ‘hasard’ ?


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Egon Sutham
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Dim 27 Jan - 13:19

La jeune fille fondit dans ses bras au moment où il refermait la porte. Il lui trouva un air désespéré qu’il avait déjà cerné préalablement mais, cette fois-ci, comme il n’y avait aucun regard ou aucune responsabilité pour obturer leur débordement affection, l’étreinte d’Isis dégagea autre chose. Elle se tenait à lui comme si elle se tenait au bord d’un précipice. Agrippée pour ne pas tomber. Qu’est-ce qui avait pu tant l’effrayer ou la faire chavirer?
Son premier soupçon fut qu’on eût blessé Isis. Tandis qu’il la serrait contre lui, discrètement, il abaissa sa prunelle sur ses cheveux effilochés qu'elle pressait contre son menton. Ses yeux plongèrent sur ses mains, ses doigts caressèrent son dos puis ses épaules et ses bras à la recherche d’un indice, un bandage, un plâtre, un 'aïe'. L’hypothèse n’avait pas franchit la frontière du plausible qu’il se trouvait déjà sur le pied de guerre, près à affronter l’inconscient qui aurait injurié Isis.
Il ne trouva rien de tel. Elle ne semblait pas blessée. Du moins, physiquement.

Son récit commença par l'expression de Thiam Phucci et d’un souvenir de leur voyage. Elle énonça l’entité qui l’habitait. L’attention d’Egon fut à son comble durant tout son témoignage. Pendant qu’elle racontait son histoire, il s’était assis dans un fauteuil en cuir marron et efflanqué par l’usure du temps. Il y avait posé un coude et, dans la paume de sa main, il avait appuyé son menton. Il la regardait, l’écoutait sans interrompre et en refoulant les questions qu’il avait.

En somme, Isis venait demander à Egon son soutien pour qu’il l’accompagne chez Bergamote afin de remonter les traces de son passé.

Un souvenir lui revint en mémoire sans qu’il fût à même de déterminer tout de suite la raison pour laquelle cela remonta à la surface. La raison affleura d’elle-même durant sa réflexion.

Ce souvenir était celui du jour où Isis et lui arrivèrent sur la plage de Thiam Phucci. Ils étaient nus comme au commencement. Ils venaient de boire le premier thé et ils en attendaient l’effet en entamant des câlineries lascives. Il était sur elle, absorbé par l’envie de lui faire l’amour alors il n’avait pas tout suite remarqué le paysage se modifier autour d’eux. Ils étaient passés du loft tranquille d’une journée londonienne à la plage nocturne et paradisiaque d’une île fantastique. Quand il eut scruté les alentours, jaugé la situation, regardé à nouveau le visage d’Isis qui se tenait sous lui, il s’était promis que c’était d’une façon aussi simple qu’il aimerait finir sa vie. Il se battrait pour cette appétence ancestrale mais indémodable: vivre d’amour et d’eau fraîche; pour ne se sentir brûler que sous l’iris mutine d’Isis. Il renverserait le fin fonds des enfers pour en déloger tous les démons et les exterminer un à un s’ils s’aventuraient à toucher un cheveu de la jeune fille qu’il regardait déambuler l’air paniqué dans son bureau. Parce qu’Isis l’avait sauvé.

Sur cette plage calme et envoûtante, il avait dit qu’il ne fallait pas rêver trop fort, suggérant que ce qu’on désirait pourrait tout aussi bien arriver pour notre propre malheur. Pourtant, il combattrait tous les malheurs pour recouvrer cette sensation de plénitude qui l’avait mordue profondément cette nuit-là. Depuis l’atterrissage à Thiam Phucci, d’instinct, il s’était senti lié à elle qui le sauvait d’une vie errante et sans but. Il avait appris à redevenir égoïste et à s’intéresser à ce qu’il désirait. Le temps lui avait confirmé par la suite qu’il était obsédé, dévoré par l’idée qu’on lui fît du mal. Ce sentiment allait au-delà de toute raison et il ne se l’expliquait pas. Comme il ne s’expliquait pas la sérénité que le danger de leur futur lui inspirait pourtant.

Il irait où elle allait parce que depuis la plage, il ressentait comme un devoir irrécusable de surveiller et de protéger Isis. Non pas par soumission vis-à-vis de ce lien effrayant mais parce que...
- Tu te fous toujours dans des situations impossibles... Il avait relevé le visage vers elle. Les yeux remplis de tendresse, il lui sourit tout en s’enfonçant dans le fauteuil qui geignit sous son mouvement, alors, il est de toute manière impensable que je te laisse aller là-bas toute seule. Je ne connais pas tant de hasards qui entourent une personne... je crois que les... éléments...

Il s’arrêta un instant, jugeant que le terme 'éléments' correspondait le mieux car il voulait tout et rien dire, ainsi que cette histoire.
- ... essayent de te dire quelque chose et qu’il est temps que tu les écoutes.

Egon resta silencieux quelques instants. Il essaya d’imprimer dans un coin de sa tête les questions ou les réflexions qu’il voulait lui partager plus tard. En attendant:
- Quand veux-tu y aller? Tout de suite? D’après ce qu’elle a dit, Tourdemain habite à York... je ne connais pas de cheminée à York. On transplane?


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Isis Kitlee
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Mer 30 Jan - 10:41

Isis s'arrêta dans sa course des cents pas. Prise de vertige, elle s'assit un peu en catastrophe sur le siège laissé vide. Son inquiétude la trahissait physiquement.

- Maintenant ! Je...

Elle se plongea dans les yeux bleus de son compagnon. Essayant de chercher une réponse à une question inexistante. Elle était inquiète et complètement prise au dépourvu.

- Je crois que je ne tiendrais pas le coup, pas aujourd'hui...


Isis n'avait jamais supporté de ne pas avoir le monopole de sa vie. Elle n'avait jamais apprécié de faire face aux imprévus, aux changements fulgurants qui font que la vie était un perpétuel recommencement.
Depuis la mort de ses parents se sentiment s'était amplifiée. Elle devenait facilement dépressive à tous les vicissitudes qui jalonnaient sa route. Elle n’arrivait pas à trouver sa place même si elle pouvait en donner l'impression quelque fois. Toujours de trop et pas là ou il devrait être.
Petite, cela se transcrivait par la peur de ne pas trouver l'équilibre entre ses deux origines sorcières et moldus. En grandissant, cela se traduisait par un besoin de se sentir utilise pour les autres sans jamais se considère comme appartenant à un groupe. Aujourd’hui, s’apercevoir que ses 18 dernières année ont été vécu dans une comédie mensongère la rendait malade de désespoir.


- … ni jamais.

Elle s'assit sur les genoux de son homme. Un baiser sur se douces lèvres et un regard rempli de sa tendresse. Sa tête sur son épaule, elle ersta là, pensive. Imaginer le ‘nous’ la tenait en vie. Lui donnait l'envie d'avancer, la rendait curieuse sur sa propre vie.

- On transplane... pendant que j'ai un peu de volonté.

Un dernier câlin dans le bureau clos puis deux plok indiquèrent que les deux jeunes gens s'étaient allés vers York.




La soirée était agréable. Isis ne connaissait pas beaucoup York et se demandait comment ils allaient trouver la maison de Bergamote.

Ils étaient en plein cœur de The Shambles, une rue piétonne de la ville quand entre deux maison moldus apparu une porte ouverte avec une sorcière à l’allure peu ordinaire. Elle était recouverte de châle en laine et au couleur délavé. Des bijoux orner la vieille sorcière dans un chaos kitchissime.
Tournedemain se tenait sur le perron de sa maison. Elle regarda le jeune couple avec beaucoup d’impatience.


- Vous voilà, enfin.

Elle était venue la rencontre du couple pour les forcer à entrer dans la maisonnée.

- J’ai été mise au courant de votre prochaine venu, je vous attendais plus tôt. Vous êtes en retard.

Isis s'agrippa instantanément à la main d'Egon. Et lui murmura dans un regarda son appréhension. Son désir de vouloir faire demi-tour. Elle tût sa volonté de partir d’ici et tout oublier. Fuir était son leitmotiv, mais loin d'etre celui d'Egon.
Si ils partaient ce soir, il ferait en sorte de la faire revenir un autre jour. Il savait etre tenace. Isis le trouvait en tout cas.


Dernière édition par le Jeu 31 Jan - 15:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Jeu 31 Jan - 14:34

Un regard rassurant pour lui dire que tout irait bien puis Egon serra la main d’Isis avant d’emboîter le pas à Tourdemain sans riposter à son étrange réplique. En retard? Il présuma qu’elle en savait moins à leur sujet que ce qu’elle pouvait laisser croire derrière son allure résolue de vieille matrone - il avait tord mais le découvrirait plus tard - et, surtout, il se dit qu’elle était sans enfant. En retard. Non mais. Treize enfants à faire dîner... en retard de quoi?

Renfrogné, il marcha en silence jusqu’au 7 Cromwell street, la boutique de la vieille femme. Elle poussa une petite porte vitrée au soubassement boisé et à la cimaise crénelée qui se trouvait entre deux grandes vitrines où étincelaient des articles électroménagers dernier cri pour l’une et des vêtements de sport pour l’autre.

Aucun des passants ne sembla les voir s’enfoncer dans l’obscurité de cette drôle de petite porte. Il leur fallut presque marcher de profil pour parcourir l’étroit couloir qui mena à un escalier en colimaçon, lequel ils montèrent sans broncher. Ils débouchèrent dans un immense salon à la décoration ancienne et surchargée, majoritairement composée de meubles en bois laqués, de tentures poussiéreuses et d’imposants fauteuils de velours olivâtre et vermillon. Les babioles et bibelots s’étalaient sur tous les meubles, les fleurs en plastique juraient avec les rosaces des tapis superposés aléatoirement les uns après les autres, cachant un parquet grinçant et abîmé.

Il y avait deux autres portes dont l’une était fermée. Celle qui était ouverte donnait sur une espèce de remise bassement éclairée par des flammes de bougies montées sur des bougeoirs en bronze. On y distinguait des étagères entières de thés, des sacs de tissus alignés sur le sol et griffés de noms de pays, de tasses de porcelaine imbriquées les unes dans les autres et à l’équilibre précaire, des théières mais aussi du café en grain, des machines étranges, des bocaux de sucre de toutes les couleurs, des petites cuillers... il y avait autant d’articles qu’Ollivander devait avoir de baguettes sur ses étagères poussiéreuses.

Bergamote Tourdemain leur désigna l’un des fauteuils qui se trouvaient au milieu de la pièce à l’atmosphère rance. Elle s’assit elle-même sur l’un d’entre eux quant au troisième un chat roux d’une taille impressionnante y ronronnait pelotonné contre un coussin marqué de ses griffes.

Egon obéit sans se départir de son air lugubre. Il suivit Isis vers le fauteuil et lui-même s’assit sur l’accoudoir. La vieille femme ne parla que lorsqu’ils furent tous assis. Son œil brilla quand elle fit danser sa baguette dans les airs et enchanta la table en noyer pour y faire apparaître un plateau déjà prêt où fumait une théière, à côté de trois soucoupes et leurs tasses vides.
- Vous prendrez bien un petit thé, jeunes gens?

Les tasses, la théière et les cuillers se mirent à voyager dans les airs. La théière versa son contenu au préalable infusé, les sucres s’ajoutèrent dans seulement deux des trois tasses, dans une seule un nuage de lait fut déversé, une des trois tasses ne fut remplie qu’à moitié. On aurait dit que Tourdemain connaissait leur goût. Ca ne rassurait Egon en rien mais il révisa son jugement à son sujet. Chacune des tasses flotta vers son nouveau propriétaire et elle poursuivit.
- C’est juste du thé, pensa-t-elle les rassurer.

"Sans blague? Quelques souvenirs à se faire pardonner?"

- Non pas du tout, sembla-t-elle répondre directement à la pensée d’Egon en buvant une gorgée et en évitant de croiser son regard, je ne savais pas exactement qui j’attendais ce jour-là mais j’attendais deux personnes. On m’avait dit qu’une d’elle était la fille de Marjane et que l’autre...

Elle semblait s’interrompre pour une raison qui intrigua Egon.

- Oui, l’autre...? l’incita-t-il sans cacher son intérêt.

Elle reposa sa tasse et s’enfonça confortablement dans le fauteuil en souriant à Isis, ignorant complètement Egon.
- Vous deviez être là ce jour-là, vous deviez être les personnes qui gagneraient les 7 Thés. Or, pour vous reconnaître, je n’avais que le Thé Mirage. Si j’avais su à quel point cela fonctionnerait, gloussa-t-elle comme à la pensée d’un bon souvenir quand pour Egon cette journée n’avait été qu’un calvaire... soirée mise à part.

A côté d’Isis, il commençait à fulminer que la vieille femme fît tout ce qu’elle pouvait pour l’ignorer. Elle ne lui avait adressé aucun regard depuis qu’elle était venue à leur rencontre et, visiblement, elle continuait à préférer la discussion avec Isis.
- Mademosielle Kitlee, terminez votre thé, ensuite avec votre jeune ami, nous verrons ce que Marjane a laissé pour vous il y a dix-huit ans.


Iccam
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Isis Kitlee
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Ven 1 Fév - 14:02

Isis jusqu'à présent n'avait pas levé le nez de sa tasse. Pas de sucre et à peine rempli. Comment pouvait-elle savoir qu'elle ne prenait jamais de sucre dans son thé ? Qu'elle n'avait pas envie de le boire maintenant ? Juste tourner le récipient chaud dans le creux de ses mains dans un va et vient lent, la tenant comme le plus précieux des relaxant.

Elle sentait qu'Egon fulminer intérieurement. Cela ne se voyait pas, mais s'entendait.

Après avoir soufflé sur le rideau de fumée provenant du liquide brulant, Isis posa la tasse sur la soucoupe qui lévitait devant elle. Se répétant intérieurement dans un flot continue "panique pas, panique pas, panique pas", elle leva la tête et regarda pour la première fois depuis qu'elle était dans la pièce Bergamote.
A part une envie de s'enfuir et d'hurler, Isis se demandait bien ce qu'elle pouvait répondre à la vieille folle et son sourire anguleux.


- Comment pouvez vous être sur que je sois la fille de Marjane ? Le thé Mirage n'a pas eu d'effet sur moi, mais sur Egon... Si ca se trouve je ne suis pas...

Elle passa sa main sur la cuisse d'Egon et la glissa jusqu'à à ce qu'elle trouve sa main poser dessus. Elle savait qu'elle se voilait la face, mais elle n'arrivait pas à l'accepter. Elle n''était pas prête à le faire.

- Comment avez vous su que l'on viendrait ? Que je viendrais. Pourquoi sommes-nous en retard... Pourquoi nous ? Moi ? Tout ça ?... Pourquoi avoir gardé les souvenirs de Marjane au lieu de venir me les donner si vous croyais que je suis sa fille ? Pourquoi ne pas répondre à Egon ? Qu’est-il ? Qui vous a parlé de nous ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi sous forme de thé ? Le thé Mirage était la condition pour garder les souvenirs de Marjane ? C'est elle qui vous la demandé ? Comment l'avait vous connu ?

La voix d'Isis était un filet presque inaudible. Pas de logique dans l'ordre de ses question, tout était fouillis tout comme son esprit. Sa logique était partie voir ailleurs.
Elle se sentait lasse et prête à s'effondrer. Elle ne se sentait pas bien également. Elle flanchait, elle le présentait.


- Qui êtes-vous ?

C’était réellement la seule réponse qu'elle attendait à cet instant précis. Ne plus parler d'elle, d’Egon, des Iccams et de ceux qui la touchait.
Isis pressa sa main autour de celle d'Egon. S’il n'était pas là...
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Umbrès
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Ven 1 Fév - 16:59

Bergamote parut exaspérée et amusée à la fois. Quand elle leur parlait on aurait dit qu’elle éprouvait un plaisir vicieux à les voir se poser autant de questions et à n’y pouvoir pas répondre sur le champs.

- De toutes les questions que vous venez de poser, cette dernière est bien la plus inintéressante. Je suis qui ? Je suis qui ? Cela n’a strictement aucune importance. Comme N’Guyen, comme Allen, comme Piterski, ou même de Lansley, je ne suis qu’un messager et qui nous sommes n’est en rien une énigme difficile à démêler. Vous aimez perdre votre temps, mademoiselle Kitlee. Vous appréciez de vous poser les mauvaises questions pour éviter d’obtenir au plus vite la réponse à celles qui comptent. Non. Vraiment. Qui je suis, qu’est-ce que cela pourrait vous faire à la vérité ? Vous souciez-vous réellement de nous autres de toute façon ? Vous seule comptez. Et je dirais que dans le cas présent, cette marque égoïste n’est pas un défaut. Qui sommes-nous ? Nous transmettons pierre à pierre l’édifice d’une histoire dont vous êtes les ressors. Tous les deux. La question la plus intéressante aurait été « Qui VOUS êtes ? »

La vieille sorcière parlait d’une voix animée, tantôt surexcitée et l’on sentait qu’elle avait attendu cet instant durant plusieurs années, tantôt moqueuse et prête à leur rire au nez. Mais toujours, elle parlait distinctement et jamais elle ne regardait dans les yeux d’Iccam Umbrès.

- Très bien. Remontons quelques temps en arrière. Nous sommes au début du mois d’octobre, votre ami poussé par une envie irrésistible de tuer sa solitude vous appelle au chevet de son affection mourante. Il n’appelle pas Miss Beckett, il n’appelle pas Monsieur Youshenko, il ne va pas vers les Byron, non, il vous appelle vous. Chétive chose qui ne peut rien pour lui et il le sait. Toutefois, il vous appelle. Vous.

Imaginons que lors de cette journée et dans les états d’esprit où vous vous trouviez l’un et l’autre, je vous apprisse que vous étiez la fille de Marjane, qu’elle avait laissé pour vous un message vous révélant vos origines et l'histoire de votre peuple. J’aurais pu le faire, mais si j’avais la certitude qu’il était Lui, je n’avais pas celle que vous fûtes Vous.

Imaginons malgré tout que je jurasse sur la Tantra Genèse que le jeune homme allait enfin faire son deuil et tourner la page sur celle qu’il avait tant aimée et que, de votre côté, vous fûtes possiblement celle qui effacerait son passé pour réécrire le futur. Celle qui, aussi peut-être, serait sa perte.

Imaginons que je lui confiasse qu’il était voué à combattre un jour le sorcier le plus terrifiant que notre monde ait jamais connu jusqu’à présent et que je sois incapable de le regarder en face de peur de deviner ma propre déchéance. N’avez-vous donc jamais regardé dans ces yeux-là, mademoiselle Kitlee ? Vous devriez essayer encore...


Evidemment, la sorcière se garda bien d’y plonger ses propres yeux. Egon n’avait encore aucune idée de ce que son regard lapis-lazuli à la profondeur parfois presque dérangeante était la Pensine dans la quelle les souvenirs de Marjane Pati seraient bientôt transvidés. Il y avait beaucoup d’histoires concentrées dans ce jeune homme. Il est heureux qu’il n’en sût jamais rien, il en aurait été effrayé.
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Egon Sutham
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Ven 1 Fév - 17:24



L'azur du regard d'Egon s'assombrit une nouvelle fois sous ses sourcils froncés. Désormais, c'était lui qui n'osait plus regarder Isis dont il serrait néanmoins la main entre ses doigts crispés.
- Imaginez, enfin, reprit-elle en s'esclaffant à cette 'drôle' d'idée, que je vous certifiasse qu'un vieux Centaure écrivît notre conversation et ses virgules, à la lumière d'une lune jadis? Après toutes ces suppositions, m'auriez vous cru ? N'auriez vous pas fui ? Vous seriez-vous sentis près à relever tous les défis ? Je ne le crois pas... il faut faire du chemin pour accepter certaines choses. Aussi suis-je bienheureuse d'avoir attendu que la chance et la patience vous amènent ici. Le Centaure n'a pas toujours eu raison, j'avais de quoi avoir des doutes !

La vieille femme posa sa tasse vide sur la table puis regarda son gros chat s'étirer avant de se repositionner autrement.- Mademoiselle Allen m'a prévenue de votre venue. Je vous aurais cru plus prompte à vouloir connaître vos racines et à démêler les fils de vos vies. Pour la précision des coordonnées, un peu d'encens et de prédictions ont fait le reste.

Un court silence.

- Et j'aurais fait le tour quand j'aurais répondu à un dernier 'pourquoi ?'

A présent qu’elle parlait, on sentait qu’elle s’adressait directement à Egon mais elle refusait toujours de le regarder en face.

- Le Thé Mirage... l'ingrédient principal du Thé Mirage est la cannelle. Le détail est idiot mais le Centaure avait prédit que 'le parfum de la cannelle révèlera à la Passeuse - moi - celui qui protègera la Rose.' Grâce à un principe magique de mon cru, j'ai établi le révélateur du Thé Mirage. Celui-ci ne fonctionnait qu'en provoquant l'allergie du sujet. Allergie à la cannelle... tout bonnement. Il m'a fallu plusieurs années et plusieurs cobayes pour le deviner ! Il savait qu'il était allergique à la cannelle...?

Bougonnant et roulant des yeux, Egon secoua négativement la tête.

- Quant aux sentiments que vous partagez aujourd'hui...

Cette fois-ci, ses traits s'affaissèrent. Le coeur d'Egon se mit à battre vigoureusement, surpris et redoutant depuis longtemps, qu'on évoquât 'la chose' devant Isis et lui. Il n'aurait jamais pensé que Tourdmain serait celle qui leur en parlerait la première.

- ... vous êtes les seuls à les avoir décidé. Il n’y a aucune ligne de la prophétie qui mentionne que les nouveaux Iccams fussent des amants.

Egon, connaissant son cœur, n'en avait quant à lui jamais douté. Il refusait net l'idée qu'on imposât à son âme le rythme de l'amour.

- Paraphe 47: 'Elle lui ouvrira la première porte et il y entrera pour soigner leurs coeurs viciés afin d'avancer plus sainement'; Paraphe 74: 'Unis et guidés par le même sentiment, ils élèveront la dernière des armées pour marcher sur l'empereur du mal'; voilà les seules véritables phrases qui parlent de leur sentiment et encore, nous ne savons même pas vers ou envers qui ou quoi.

Tourdemain se leva avec une énergie étonnante pour une dame de son âge. Voulait-elle éviter une nouvelle explosion de questions ?
- Je dois prendre un peu de temps pour récupérer les souvenirs de Marjane. J'avais commencé mais il me manquait le jeune homme. Je vous laisse quelques minutes. Terminez donc le thé, Monsieur Sutham, la boisson chaude vous calmera. Il reste un peu de lait.

La vieille femme s'engouffra par la porte fermée qui semblait mener vers le reste du bâtiment. On entendit les marches d'un vieil escalier grincer puis quelques bruits de tiroirs.

Egon restait pensif quant à tout ce qu'il venait d'entendre. Bien entendu, comme Isis, il avait bien relevé cette petite phrase lancée comme si de rien n'était par Tourdemain: 'Celle qui, aussi peut-être, serait sa perte.' Elle avait disséminé tout au long de son discours et de ses explications sibyllines des indices qui n'annonçaient rien de très glorieux pour son futur.
- Je m’en moque, dit-il à Isis en souriant derrière une moue dubitative, 'ils élèveront la dernière des armées pour marcher sur l’empereur du mal' nous voilà guerriers. De mieux en mieux. Il n’empêche que plus le temps passe plus j’ai le sentiment que ton passé n’est pas lié aux réincarnations. Les deux faits sont indépendants. On passe de l'un à l’autre sans jamais qu'un pont ne se fasse entre les deux. C'est atroce... derrière chaque réponse que nous obtenons se cachent dix autres mystères. Je vote pour arrêter de poser des questions, essaya-t-il de dédramatiser en embrassant Isis sur le front.

- Inquiète? ajouta-t-il avec tendresse. Faut pas...


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Isis Kitlee
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Sam 2 Fév - 15:21

Bergamote vomi une série d'explication qui donnèrent la nausée à Isis. A part gerber des réponses qui apportaient plus d'interrogation, ce discours ne servit à pas grand chose.

Isis laissa couler les informations, ne les écoutant même pas. Oubliée dès qu'elle avait entendu. Bien sur, il y avait toujours des informations qui restaient. Des brides qui s'ancraient sans se déloger de sa tête. Un "Celle qui [...] serait sa perte" accroché avec l'absence de l'incertitude de l'affirmation.



- Ce n'est pas de l'inquiétude... c'est

Elle ne le savait même. Isis se leva et chancela. Elle avait besoin de marcher, aller prendre l'air et comme pour se détendre s'entraîner au sort d'oubliette sur sa tête. Elle progressait, c'était pas un avada.


Le chat miaula et sauta de son fauteuil. D'un pas nonchalant il alla dans la pièce ou la vieille Bargamote faisait ses mystères.


- Mademoiselle Kitlee, par Merlin, restez assisse.

Isis maudit la vielle femme qui revenait dans la pièce. Elle tenait une coupelle qui tenait dans le creux de sa main. Quand elle la posa, on pouvait voir que ce récipient était fait de granit rose. Il état orner du visage d'une femme en argent et un arbre était gravé en filigrane gris.

Isis ne regarda pas la vieille dame et la mit dans son dos pour ne faire face qu'à Egon. Elle entrouvrit à peine la bouche quand elle fut interrompue sans délicatesse.


- Mademoiselle Kitlee, dépêchez-vous de lui dire. J'ai besoin de lui pour vous transmettre les souvenirs de votre mère.

Elle regarda le visage sur le récipient d'où sortait une fumée aux reflets grisâtres, et comparant le visage qui ressemblait à celui d'Isis. Les souvenirs de Marjane baignaient dans ce réceptacle précieux. Et Tourdemain avait hâte de leur léguer.


Isis qui avait été coupé referma ses lèvres à peine séparée. Elle sourit à l'homme qu'elle aimait et lui baisa la joue. Apres s’être noyé des ses yeux Lapis-Lazuli ou elle ne vu nullement sa déchéance mais l’amour qu’ils se portaient.


- Bien, dans ce cas nous pouvons commencer.
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Egon Sutham
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Mer 6 Fév - 13:58

Confiante, Bergamote Tourdemain hocha la tête. Elle prit une longue et forte inspiration quand elle s’approcha d’Egon. On aurait dit qu’elle était au supplice. Pour la première fois, il décela chez elle une grande et réelle frayeur. S’approchant d’Egon, elle chassa un moment Isis du fauteuil, le forçant, par une série de gestes à s’y asseoir à son tour. Elle marmotta des paroles qu’elle seule pouvait comprendre, inspira derechef puis leva ses prunelles vertes, presque transparentes sur lui. Elle avait un regard malade. Egon sentit battre son cœur quand leurs yeux se croisèrent. Une suite d’images le prit d’assaut sans qu’il ne soit à même d’y résister ou de les comprendre tout de suite. Ses ongles s’enfoncèrent dans le velours de l’accoudoir alors qu’avec une fulgurance à couper le souffle, il vécut quasiment les 112 années de Bergamote Tourdemain en un éclair. Quand il revint à lui, il fronça les sourcils, incapable d’expliquer comment il avait put faire cela. Il avait la sensation d’avoir 'aspiré' la vieille femme.

Elle opina du chef, tenant toujours les pensées bleues et argent de Marjane Pati. Ses yeux sinoples s’apaisèrent, elle semblait lui poser une question invisible à laquelle il tenta de répondre.
- Dans deux...

Il s’interrompit. Il ne voulait pas continuer. Elle secoua la tête avec détermination pour lui indiquer qu’il n’avait rien à craindre. Elle assumerait ce qu’il dirait.
- Dans deux jours la plante vous aura complètement asphyxiée, dit-il en souriant avec compassion à la vieille femme. Il venait de comprendre le secret de Bergamote Tourdemain. La raison pour laquelle elle ne voulait pas qu’ils se regardent. Il ne savait pas comment il lui avait été possible d’aspirer toute la vie de la vieille femme mais elle sembla trouver cela normal.

Comme pour répondre à son tour à une question invisible d’Egon, elle ajouta:
- Il y aura d’autres personnes pour lesquelles ce phénomène se produira.

Après ce long dialogue de sourd pour quiconque n’était ni Bergamote, ni Egon, ce dernier revint à la situation et tendit sa main vers Isis. Il savait désormais tout ce qu’il avait à savoir sur la Pensine de ses yeux, sur la façon de montrer à Isis les souvenirs de Marjane, sur la façon dont les Thés avaient été conçus et sur leur raison d’être, somme toute assez simple.

Bergamote pointa sa baguette sur la coupelle qu’elle tenait et plusieurs formes filamenteuses s’envolèrent jusqu’au visage d’Egon. Une sensation particulière s’empara de lui quand les pensées entrèrent par ses prunelles. Il avait l’impression qu’on faisait couler de l’eau tiède sur ses yeux ouverts. Cela ne blessait pas. Ses iris devinrent d’un bleu plus turquoise virant au gris.

La vendeuse de thé se recula jusqu’à son fauteuil où elle s’assit. Dorénavant, elle n’évitait plus le regard de l’ancien Gryffondor. Il lui sembla même qu’elle ne parvenait plus à le quitter des yeux et il ne fut pas certain de préférer cette nouvelle version plus angoissante de Tourdemain. Son regard était inquisiteur, cherchant à photographier le moindre de ses mouvements et la moindre de ses expressions.

Il s’effectua selon ce qu’il avait pêché en la vieille sorcière. Il se leva pour enlacer Isis qui venait d’être témoin de l’étrange situation. D’intuition, elle devait en avoir comprit une partie, se disait Egon.
- C’est une belle et triste histoire, lui murmura-t-il à l’oreille avec assurance et douceur, tu ne seras jamais seule puisque tu seras en moi. Même un lapin nain résisterait à l’expérience... il sourit et son souffle fit virevolter quelques cheveux d’Isis qu’il plaça derrière son oreille sans jamais se délacer d’elle. Laisse-toi guider par ceux dont tu verras l’histoire... c’est une belle et triste histoire.

Egon s’écarta enfin. Il effleura sa joue, embrassa ses lèvres, puis recula complètement pour s’asseoir de nouveau dans le fauteuil. Sans lâcher les mains d’Isis qu’il attira avec lui.
- Regarde-moi, lui intima-t-il comme elle se tenait debout face à lui.

Lorsqu’elle le fixa, cette fois-ci, Isis fut comme aspirée dans un tourbillon qui l’amena loin dans l’histoire des sorciers mais en un lieu qu’elle connaissait un peu: Thiam Phucci.

HJ: le prochain post sera des narrateurs.


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Dernière édition par le Dim 10 Fév - 16:02, édité 1 fois
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Umbrès
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Jeu 7 Fév - 13:58

I
Azra et Enoch au temps des Sicydes


Une force puissante enlaça Isis et l’aspira dans le regard désormais azurin d’Egon. Elle atterrit dans une couche à l’herbe verdoyante. Les rares arbres qui poussaient s’élevaient du sol avec majesté et proposaient au soleil des fruits aux couleurs attirantes ainsi que des fleurs d’un imposant calibre. Une eau claire gazouillait et serpentait d’une petite cascade jusqu’à la forêt d’où s’élevait des rires et des chants inhumains.

Apparut alors un groupe d’une dizaine de femmes d’âges différents mais à la beauté presque équivalente. La plus jeune devait avoir dans les dix ans et elle était la seule dont les cheveux étaient roux. La plus jolie, de deux ou trois ans son aînée, marchaient sereinement à ses côtés, en chantant des sons polyphoniques.

Où qu’on regarde, toutefois, chaque trait de ces femmes était droit et fin, chaque bouche pulpeuse et bellement dessinée, la couleur de leurs iris était singulière, elles avaient les yeux incarnat, aubergine, rosâtre, bronze, bleu paon ou encore d’un rubis envoûtant. D’un pas gracieux, elles approchèrent près de l’endroit où se trouvait Isis mais aucune ne sembla la voir. Elles assirent leurs silhouettes sveltes et délicates près de l’arbre le plus gros du pâquis, arbre dont les racines gigantesques entraient et ressortaient du sol herbeux sur plusieurs mètres de diamètre. L’imposant arbre possédait des fruits dont aucun n’avait la même couleur ou la même forme et des feuilles en forme d’amendes géantes, d’un vert jade et d’une texture transparente comme un film plastique. Les racines partant de sa base étaient très hautes et formaient des remparts de bois, des voûtes et des crevasses dans lesquelles petit à petit chaque femme trouva une place.

Il sembla qu’elles s’assirent en rond autour d’une d’entre elle. La plus âgée mais à laquelle on ne donnerait guère plus de quarante ans. Les chants hypnotiques cessèrent et les yeux se rivèrent à celle-ci.

Soudain, une voix qu’Isis n’avait jamais entendu que lorsqu’elle était bébé, résonna comme une forme indépendante liée à ce souvenir. Elle était visiblement la seule à l’entendre. La voix était douce, berçante, ses accents étaient mélodiques et parfaits.

« Au début, notre peuple ne vivait qu'entre femmes et s'appelait les Sycides. Protégées, pacifistes, savourant la nature et, la nature, aussi étonnant que cela puisse paraître, nous le rendait en faisant naître d'autres Sycides dans le coeur des arbres. Vivant dans un coin reculé d'une île appelée Thiam Phucci, tout changea le jour où... »

Tout à coup deux évènements simultanés. La femme qui se tenait au milieu éleva ses mains jointes au-dessus de sa tête en proférant des paroles incompréhensibles en direction de la cime de l’arbre et un gargantuesque fruit orange vif en tomba à l’endroit même où ses deux paumes resserrées formaient un U. A côté d’Isis, caché derrière une des grosses souches, un jeune garçon de douze ou treize ans et d’une extraordinaire et inhumaine beauté espionnait la scène d’un œil émerveillé. Il fixait avec attention celle du groupe dont l’âge avoisinait le sien. Environ treize ans. Elle avait une chevelure noire de jais et des yeux caramel et brillants. Sa peau de lait n’avait pas de défaut et ses lèvres étaient naturellement rosées. Elle sembla être la seule à remarquer le garçon qui s’était caché et son visage se figea en une grimace horrifiée qui ne retira rien à sa beauté mystique. Paniqué, le garçon s’en alla en courant. La jeune fille sembla prendre une décision hâtive mais l’on voyait qu’elle était guidée par la curiosité. Les autres femmes restèrent assises au pied de l’arbre regardant le nourrisson aux yeux aussi orange que le fruit duquel il était issu après que la quarantenaire eût fendu le fruit.

« Suis-les enfants... » murmura la voix confiante d’Egon tandis que la narratrice inconnue reprenait. « A cette époque, les Sycides, peu nombreuses, ne savaient pas que l'île était habitée par d'autres et qu'Umbrès et Rosà venaient de quitter l'île. »

Les deux adolescents étaient face à face à une dizaine de mètres l’un de l’autre. Ils se dévisageaient avec émotion. Les herbes hautes dansaient jusqu’à leur taille, s’emmêlant même avec la longue chevelure noire de la jeune fille qui retenait d’une main candide ses mèches chahutées par le vent.

Elle se décida à parler mais son langage ne fut pas comprit par le garçon qui fronça ses sourcils avec méfiance, reculant d’un pas. A son tour il ouvrit la bouche mais rien ne sortit. Il semblait peser le pour et le contre d’une situation dont lui seul comprenait les enjeux. Il se décida enfin à faire un pas en avant. Il marchait avec presque autant de grâce que les jeunes nymphes. Son pas était lent mais il finit par atteindre la fille aux cheveux noirs. Il lui prit délicatement la main et la posa sur sa poitrine.

- Je suis Enoch, dit-il.

La fille hocha la tête, à son tour elle prit la main du garçon et l'attira vers sa poitrine.

- Azra, sourit-elle sans rien ajouter de plus.

Malgré leur langage différent, ils finirent par se sourire et se promener ensemble. Ils se montraient leur environnement et échangèrent leur vocabulaire comme un jeu passionnant.
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Soudain Isis fut propulsée dans un autre endroit. Il faisait nuit. Près de la mer. Elle pouvait reconnaître Enoch qui traversait un pré en se dissimulant derrière chaque arbre. Son trajet semblait le guider vers la plage dont les vagues s’abattaient doucement sur la grève. Là, assise sur le sable, flottait la longue et épaisse chevelure d’Azra. Enoch s’approcha d’elle et l’enlaça par surprise en s’esclaffant comme un enfant, tirant sur lui la jeune fille pour s’allonger l’un sur l’autre à même le sable.

- Enoch ! protesta-t-elle en posant sa main sur sa bouche. Si les autres Sycides nous trouvent ! Sois discret !
- Dis-leur ! Dis-leur, alors ! J’en ai assez de nous cacher, fit-il en se dégageant de la main.
- L’as-tu dit aux Shalimancyans ? demanda-t-elle incrédule.
- Non, avoua-t-il grognon en caressant les cheveux d’Azra.

Elle se releva et écarta ses cheveux de son visage. Si Enoch n’avait pas changé d’un pouce, Azra quant à elle, avait au moins vingt ans.

- Que crois-tu qu’il se passerait s’ils savaient que notre peuple existait ? interrogea-t-elle.
Il répondit comme si cela n’était pas la première fois qu’ils avaient cette discussion.
- Ils seraient jaloux de vos corps et de votre capacité à vieillir. Cela paniquerait tout le monde... je ne supporterais pas qu’ils te blessent. Tu es belle ma galléa, je ne serai plus rien si je te perdais.
- Je ne pourrais pas vivre sans toi et arrête de me traiter de galléa !
- Ne m’as-tu pas dit que cela voulait dire l’amour absolu dans ton langage ?
- Si, mais ça veut aussi dire la folie.
- Tu es ma vie et ma folie.
- Tu es bête.
- Oui, je sais...
- Embrasse-moi avant que mon visage te dégoutte.

Enoch recula la tête, soudain très fâché. Il saisit avec une force tangible même pour qui n’était pas touché par lui, le visage triste d’Azra.
- Tu ne me dégoutteras jamais, dit-il en insistant sur chaque syllabe pour le lui faire entrer dans la tête. Gallea niham aetell ez’ess mei, gallea mei wiren in’hem sei, Azra...
Quoi qu’il dît, Azra fondit en larmes et l’embrassa. Leur ébat tendit passionnément vers une issue qui s’effaça comme Isis fut projetée vers un autre tableau.

« L'histoire se passe il y a peut-être deux milles ans ou plus. Je ne sais plus... ma mémoire saturée a beaucoup perdu et j’ai gardé comme de l’or les souvenirs qu'Azra elle-même m'a confié. »

« Les deux amoureux gardèrent leur lien secret aux yeux de leurs deux communautés durant plusieurs décennies. Alors qu’elle paraissait toujours avoir 20 ans, Azra en avait 70 et Enoch ne vieillissait pas aussi vite mais... il se mit à vieillir sous les yeux médusés des siens. Sa beauté presque absurde n’en était que plus éclatante. Il lui devint difficile de cacher plus longtemps qu’il était « amoureux » et que sa proximité avec les Sycides et le voeu d’éternité qu’il avait proclamé dans le langage d’Azra avait agi comme un mécanisme magique sur le maléfice dont était frappé les Shalimancyans.
« Cette jeune Gallea, comme l'appelait Enoch dans le langage de celle qu’il aimait, fut la première à mettre au monde comme une humaine. Ce qui, sur Thiam Phucci était inhumain. Quant à lui, Enoch fut le premier de son genre à vieillir... tous les autres gardaient jusqu’à la mort leur enveloppe charnelle enfantine. Il semblait ici que Rosà et Umbrès aient légué quelque chose avant de quitter l'île... enfin... »
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Isis se retrouva dans une grande cabane de rondins. On reconnaissait facilement Enoch, ses yeux aussi noirs et profonds que son teint était cuivré et ses cheveux étaient blonds et bouclés. Les muscles de ses bras, de ses épaules et de son cou étaient saillants. Il avait perdu ses rondeurs enfantines et sa mâchoire carrée était recouverte par la naissance d’une barbe drue. Il devait paraître 18 ou 19 ans. Il avait rattrapé Azra en apparence, Azra qui se trouvait allongée sur une couche de draps de soie, le ventre gonflé, criant et jappant ses sonorités mélodiques malgré la douleur avec laquelle elle mettait au monde. C’était une petite fille.

Enoch prit l’enfant, embrassa sa femme et sortit devant la cabane en levant l’enfant ensanglanté au-dessus de lui devant un large parterre de Shalimancyans où quelques Sycides se tenaient debout et inquiètes. Une acclamation de joie s’éleva de la foule.

« Enoch et Azra étaient les seuls, après Rosà et Umbrès, à avoir crée la vie de cette façon. Cela conféra au couple un pouvoir défiant les pompeux respects... jusqu'à ce que la légendaire jalousie des Shalymancyans altère les destins de chacun. Une fois de plus. »

Enoch retourna avec l’enfant près de sa femme et une fois encore Isis voyagea vers un autre tableau.

« De l'union d'Azra et Enoch, naquit Ghilda. Produit étrange d'une Sycide et d'un sorcier.
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« Des siècles passaient, leur amour ne s'éteignait pas et leurs traits ne vieillissaient pas alors que les autres membres de leur communauté respective mouraient, disparaissaient. La lignée des Sycides était profondément réduite depuis que Rosà et Umbrès avaient quitté l'île. L’arbre des fruits étranges ne produisait plus rien. La nature redevenait... normale.

« Comme devant chaque mystère non résolu, on dût trouver des coupables et on montra du doigt Azra et Enoch qui, bien sûr, n'y étaient pour rien. Les Sycides, pacifiques, protégèrent le couple et l'enfant aussi longtemps qu'elles purent retenir les Shalimancyans hors de leur territoire. Les enfants disaient quant à eux que tout avait changé depuis la naissance de Ghilda. L’enfant était maudite. Elle représentait la mort, la mort était partout sauf sur le couple étrange. Le petit peuple d’enfants vindicatifs le pensait dur comme fer. Ils avaient besoin d'un sacrifice.


« Attirant trop l'attention alors qu'ils s'étaient fait un devoir de protéger l'île et de rapprocher leurs deux peuples, craignant pour les jours de leur petite fille, Azra et Enoch durent fuir avec d'autres êtres étranges peuplant Shalimance. Ainsi, Elfes, Gobelins, Sycides, sorciers partirent eux aussi à la conquête du monde étranger des moldus. »

Isis voyait depuis la rive de Shalimance qu’une embarcation emportait vers l’horizon le couple entouré et protégé par des créatures surnaturelles.

HJ: Chapitre suivant: La naissance des Galléas, puis Ghilda et Vix face à l'Ankou. Nous garderons le principe narratif pour quitter le principe RPG pendant qu'on narre les chapitres de l'histoire Smile Ca donnera donc plus un conte chapitré qu'un topic DP -_-"
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Ven 8 Fév - 14:23

Après s'être rassasiée de ses yeux océan, Isis fut aspirée en lui. Ca devait la rassurer d'après Egon mais ne pas sentir sa présence à côté d'elle la paniqua.

Elle dut s'appuyer sur ses mains terreuses pour pouvoir se relever. Les Sycides s'assiérent autour d'elle mais aucune ne semblait la voir. Elles assistaient à la naissance d'une des leur dans un magnifique fruit couleur orangé.
Isis se sentit perdu dans ce parallèle mais cela ne la changeait pas vraiment, elle était perdue depuis tellement longtemps.

Une voix douce, sucrée, limpide déversa la narration de ce qu'elle voyait. Une voix qu'elle n'avait jamais entendu mais si familière. Isis perdit le fil de la narration, trop concentrée sur sa peur. Elle sentit comme un baiser sur sa nuque, deux mains invisibles prenant son visage dans celle-ci et la pencha sur le coté tandis que Son souffle lui murmura les même recommandations. Si à York elle était en Egon, Egon était en elle ici.
Cette simple pensée la rassura et lui donna le courage nécessaire à un lapin nain d'entrer dans ses souvenirs...



Elle observa les deux amants de Thiam Phucci dans leur première rencontre. Elle trouva que celui-ci était bien plus belle que celle de Rosà et Umbrès que Rhidow lui contait souvent.
Isis eut un aperçu de l'éternité de leur amour malgré leur différence. Une lutte des classes tellement présente encore à leur d'aujourd'hui.

Galléa, aimer à la folie


Elle constata leur amour de chair et de sang qui se nomma Ghilda. Elle était magnifique, la beauté de sa mère et l'humanité de son père.
Avec horreur, elle fut de nouveau le témoin de la jalousie maladive des Shalimancyans.



Alors sur la grève, Isis regarda l'embarcation s'éloigna emportant ses ancêtres. Assise, elle attendit que le bateau de la fuite sorte de son champ de vision avant de lever les yeux au ciel.

C'était une très belle et triste histoire. Les mêmes histoires qu'on lui narrait enfant et qui permettent d'expliciter sur le bien et le mal.
Isis connaissait maintenant la naissance de cette race et de l'origine du mot.


Mais elle n'en était pas satisfaite.
Elle attendait... elle ne savait pas.
Mais elle ne comprenait pas en quoi de connaître son passé aller l'aider.
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Umbrès
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Dim 10 Fév - 12:25

II
La naissance des Galleas

En un clignement de paupières Isis fut transposée une nouvelle fois aux abords d’une forêt. Celle-ci était beaucoup plus dense et sombre que celle de Thiam Phucci. Le temps était plus froid.

Tout ce que la voix inconnue débitait se déroulait sous le regard d’Isis. On suivait Azra, ce qu’elle voyait, ce qu’elle vivait. A présent par exemple, Azra adoptait la même posture que la quarantenaire de Thiam Phucci. Vêtue d'une tenue de longues traînes de tissus soyeux aux couleurs pastelles, elle était assise en tailleur sous un grand arbre et elle levait les mains au-dessus de sa tête formant un U avec ses paumes pour recevoir un fruit d'une couleur étrange.

« Ils vécurent en France, dans la Bretagne. Depuis qu'ils avaient quitté l'île aux enfants, leur corps vieillissait plus vite.

« Combinant sa magie, son instinct de survie et sa tristesse d'avoir abandonné les siennes, Azra créa un arbre de vie à la manière de celui qui était sur Shalimance afin de faire naître d'autres Sycides qu'elle appela désormais les Galleas pour mieux répondre à l'amour d'Enoch. Klimt, un artiste moldu ou peut-être était-il sorcier, a reproduit cet arbre dans une de ses oeuvres... A travers l'Histoire, les Galleas ont laissé beaucoup de traces plus ou moins discrètes.»



Peut-être qu'à droite les personnages n'étaient autres qu'Enoch et Azra, tandis qu'à gauche se tenait debout la belle Gallea inconnue qui les observait avec envie et amertume.

« La magie d'Azra était puissante car les siècles lui avaient transmis beaucoup de savoir et de maîtrise. Mais elle ne put créer qu'une demie douzaine de consoeurs. Cela était suffisant pour que ce peuple ne s'éteigne pas. »

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Une nouvelle fois Isis fut transfugée. On aurait dit qu’elle remontait le cours du temps, se rapprochant de souvenirs en souvenirs de notre époque. Cependant, à partir de cette nouvelle réminiscence, on remarquerait que le point de vue changeait... nous n’étions plus dans les mémoires d’Azra.

Changement catégorique de décor. Isis était dans une grande ville. L’odeur nauséabonde faisait tourner la tête pour qui n’était pas habitué. Un mélange de poissons, de cuisine rance, de suie et de déjections animales. Les gens étaient vêtus autrement, pauvrement. La langue était française. Paris.

Dans la foule grouillante, une femme marchait d’un pas aérien et, encapuchonnée sous une cape bai, elle se détachait de la grisaille et de ce tableau peu réjouissant. Elle était d’une beauté qu’on n’oublie pas. Une femme aux yeux d’un orange profond qui n’était pas sans rappeler l’iris du nourrisson du village sycide. Ses cheveux acajou retombaient indéfiniment jusqu’à ses reins encore qu’ils fussent joints en un chignon qui les raccourcissait. Son visage évoquait les traits mi-félins mi-canins d’un renard, elle se déplaçait d’ailleurs avec son agilité veloutée. Pour la suivre Isis devrait se glisser entre les visages gris et mornes des parisiens de cet autre siècle.

La femme entra dans une courette où elle s’élança vers un jeune homme au visage banal dont les sourcils presque joints abritaient son regard gris sans pour autant lui retirer son charme discret. Animé d'un sourire douceâtre à la dentition inégale, il l’attendait dans l’ombre:

- Tu m’as manqué, Hélène! glapit-il en se détachant de ses ténèbres.
- Toi aussi, Pierre. Ma mère ne me lâchait pas.
Ils s’embrassèrent sans effusion, ce qui contrastait considérablement avec la passion quasiment tangible qu’avaient Enoch et Azra de s’embrasser ou de se regarder.
- Je n’ai jamais pu rencontrer ta mère. Quand je t’épouserai, il faudra bien que je voie ta famille, ton père... et tes sœurs surtout, dont tu me parles avec tant de fantaisie depuis des semaines!
- M’épouser?
répéta-t-elle avec une distance amère tout en le couvant des yeux.
- Oui, évidemment! Même si nous ne nous connaissons que depuis des semaines, crois-tu que je laisserais la seule femme de cette ville puante, douée d’esprit et de beauté, me glisser entre les pattes? Hélène, ma mie... je t’écrirai une comptine! Non, mieux encore, tu seras les rimes de tous mes poèmes et je les chanterai sur le flanc de toutes les églises de France pour vanter ta beauté et l'amour.
- Prétentieux,
joua-t-elle. Que veux-tu que je fasse d'un mari poète, Monsieur mon Amour de Ronsard? Contente-toi d'être page ou diplomate et de rester dans les bonnes grâces du Duc d'Orléans et pense à couper tes cheveux!
Elle lui ébourrifa la tête et ils rirent de bon cœur.
- Un jour, je serai grand, jura-t-il solennellement. Je veux que tu sois fière de m’avoir épousé.
- Ecoute-toi badiner. Tu n’as pas dix-sept ans et le temps que l'université mette le grappin sur ton esprit tordu...
- Je serai grand, Hélène... je comptais ne plus retourner en Flandres et poursuivre mes études. De Baïf m'apprécie beaucoup tu sais.
- Ton oreilles?
- Ca va mieux, aucun médicomage n'y peut rien... à dire qu'ils ne savent pas soigner les sorciers cracmols,
grogna-t-il.
- Et bien, tu es le cracmol dont les mains hardies m’arrachent le plus de magie.

Le couple se confondit en badinage et en rires et on devinait très bien ce qu’ils firent dans le noir d’une cage d’escalier menant aux cuisines fétides d’un bâtiment décrépi.

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Isis est de nouveau dans la forêt de Brocéliande où ladite Hélène vue dans le tableau précédent pose la dernière pierre sur ce qui est une tombe de très petite taille. Sa tristesse la rend encore plus jolie. Azra pose sur son épaule une main amicale:

- Ne le pleure pas cet enfant, Marjane. Tu en auras peut-être d’autres... avec un autre jeune sorcier. Choisis-le plutôt "confirmé".
- Azra, tu ne te rends pas compte car tu as ton Enoch... Sais-tu comme il est difficile de vouloir être mère quand aucun Enoch, aussi brillant soit l’homme qui nous séduit, n’est à nos côtés ?
- Les autres ne souffrent pas de ce besoin,
réagit Azra avec perplexité sans que la remarque soit ni une affirmation ni une interrogation.
- Je sais... souffla-t-elle, il me semble que quelques une d’entre nous sont affectées.
- Qui d’autre?
demanda Azra de plus en plus intriguée.
Marjane hésita et baissa la tête, battue.
- D'accord. J'avoue qu'il n'y a peut-être que moi. Il n’y a que moi que ça dérange de n’avoir pas d’Enoch.
Azra enfonça le visage de la jeune fille contre son épaule laiteuse et la berça tandis qu’elle pleurait.

« Pour me préserver de la jalousie et pour prévenir que l’instabilité ne s’installât chez les Galleas comme elle s’était faite une place d’honneur à Shalimance, Azra prit la décision. Enoch était le seul homme du nouveau village de Galleas et il éduqua avec sa femme, les jeunes femmes en leur montrant qu’elles pouvaient faire le choix de se reproduire, d'aimer et de vivre avec un sorcier si elles le désiraient. Cependant, le choix devait se restreindre à des hommes sorciers à cause de la mortalité infantile.

« Aucune Gallea ne souhaita suivre cette voie. Il n'y avait réellement que moi que ce caprice intéressait et je dus me résoudre à l'abandonner dans un coin de mon coeur. »


Le tableau se terminait sur Marjane, en toge, debout près de l'arbre de vie. Elle scrutait avec amertume Enoch et sa beauté vénusienne qui embrassait et tenait dans ses bras Azra laquelle portait entre eux, presque cachées, Ghilda, la seule enfant issue d'un humain et d'une Gallea et qui ait survécu.


Crédit: Gustav Klimt, l'arbre de vie.
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Dim 10 Fév - 15:48

III
Ghilda et Vix face à l'Ankou


Un nouveau souffle transporta Isis dans un autre souvenir. Marjane, visiblement plus vieille que dans l’épisode parisien, était assise au milieu du village et regardait une petite fille aux yeux sombres, comme les onyx de son père, qui jouait au milieu d’autres enfants, exclusivement toutes féminines.

« Ghilda grandissait, elle aimait jouer avec les Galleas mais, de sang-mêlé, elle cherchait aussi la présence des humains, comme son père. Elle marchait souvent au dehors de la forêt de Brocéliande où son peuple était caché. Ainsi devint-elle amie avec une humaine prénommée Vix. »

Isis se trouvait à quelque pas de Ghilda, enfant. Elle surveilla que l’attention de sa mère Azra se relâche avant de s’enfuir en sautillant vers le sous-bois. Marjane, assise près de l'arbre de vie et en train de broder un vêtement, n’avait pas été dupe et calmement, elle suivit la petite fille pour la ramener avant qu’elle ne se fasse gronder. Mais la Gallea aux cheveux acajou comprit très vite où Ghilda se rendait avec tant de joie. Une petite hutte en bordure de forêt et à la cheminée fumante s'élevait entre deux acacias. Devant la maisonnette bondit une autre petite fille nattée qui aurait pu très bien passer pour une enfant de Gallea tellement son visage reflétait la pureté irréelle d'une jeune déesse.
- Vix!! s’écria Ghilda en continuant de sautiller vers son amie secrète.
- Ghildaaaa! Ma mère nous a préparé de la brioche au miel!

Marjane qui était cachée derrière un arbre se contenta de sourire affectueusement, de s'asseoir sur un rocher dissimulé dans l'ombre d'un gros chêne et de poursuivre sa broderie en attendant que l'enfant retourne au village. Quand Ghilda ressortie de la hutte, Marjane continua sa surveillance avec la même discrétion et la raccompagna dans l'ombre des arbres.

« Le temps passait. Ghilda eut un frère. Vix eut un prétendant. Les deux filles devinrent jeunes femmes et elles cessèrent de cacher leur amitié ce qui simplifia la surveillance de Marjane et tranquillisa les nerfs d’Enoch.

« Mais un oeil terrifiant les regardait jouer depuis quelques années. L'Ankou. Il désirait Vix dont la beauté, la grace et l'esprit ne cessaient de croître en même temps que les années. Mais ce qui plaisait plus que tout à l'Ankou était que Vix était humaine.

« L'Ankou veillait sur Menel et faisait le travail de l'Ankou, il prenait les vies pour que la roue tourne encore, il prenait très rarement chez les Galleas qui n'étaient pas sous sa domination. Elles étaient un peuple qui passait pour divin et qui tenait ses origines d’autres contrées.

« Un jour que Vix se baignait seule dans le Lac, il lui proposa la vie éternelle en échange de son amour. Vix s'effraya et dit non, son coeur était pris. Elle voulait rester avec ses amies les Galleas, sa famille et l'homme qui lui était promis.


« Ankou, vexé, emporta donc celui qui lui était promis et qui était le frère de Ghilda, Foley le demi-sorcier. Il ne s'arrêta pas là et prit aussi la famille de Vix et tout ceux qui étaient humains autour des Galleas. On crut à une épidémie. La forêt devint maudite.

« Puis, il revint vers Vix et lui proposa une nouvelle fois l'éternité en échange de son amour autrement les prochains qu'il prendrait seraient son amie Ghilda et le père de celle-ci, le beau Enoch, devenu grand Mage.

« Vix avait beaucoup pleuré et pour protéger les autres Galleas et son amie Ghilda, elle céda. »

Le tableau s'arrêta sur la jeune Vix visiblement réveillée et secouée par un cauchemar. Elle se tenait encore un peu allongée sur un lit de feuilles et de lilas blanc, ainsi l'on savait qu'elle habitait désormais dans le village des Galleas. Les bras maternels de Marjane en tenue de nuit et les mains de Ghilda, le visage endormi, l'étreignaient pour la rassurer.

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« Maintenant, ça suffit... » murmura une voix qui s'infiltra dans la scène pour enlacer Isis.

Un flux centrifuge repoussa la voyageuse jusqu'à York. Elle atterrit sur les genoux d'Egon qui se trouvait toujours assis dans le fauteuil du salon de Bergamote. A peine eût-elle apparue, qu'il la saisit aussitôt dans ses bras, entourant son cou, baisant sa chevelure en souriant, finissant sur ses lèvres avant de la laisser reprendre ses esprits.

Dehors, par les fenêtres devant lesquelles des rideaux mal tirés pendaient dans l'obscurité de la pièce, la lune brillait. Et comme cela ne voulait rien dire de nos jours, Egon prit la peine de préciser:
- C'est une vraie nuit... il est bientôt dix-neuf heures.

Leur hôtesse se trouvait attablée plus loin, dans l'espace qui servait de salle à manger. Un repas constitué d'une soupe et de quelques légumes, les attendait. La sorcière terminait de saucer son assiette avant de la faire disparaître.

Ils mangèrent sans poser de question à Isis. Tourdemain ne resta pas longtemps à leur tenir compagnie. Confinée dans sa réserve, elle s'occupa de ses thés. Quand ils finirent de dîner, elle les rejoignit et offrit une clé à Egon:
- Premier étage, une chambre... pour ce soir je crois que c'est assez. Vous continuerez demain. Bonne nuit, finit-elle avant de disparaître elle-même par la seconde porte. Elle semblait détachée, triste. Après la révélation d'Egon, cela était on ne peut plus compréhensible.


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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Mar 12 Fév - 13:48

La chambre était petite mais bien agencée. Au centre de la pièce se trouvait le lit entouré de part et d'autre de tables de chevet rustiques. Une vieille coiffeuse, comme on n'en faisait plus, trônait dans un coin de la pièce tandis que des rideaux montrant un signe manifeste de leur vécu empêchait les rayons de la lune d'entrée. C'était une chambre d'un autre temps à tout point de vue.

Isis s'assit devant la coiffeuse, toujours aussi pensive. Elle ne se sentait pas à sa place dans cet endroit et aurait préféré, de loin, retourner dans le loft très moderne de Piterski ou dans le studio d'Egon. Elle avait pourtant choisi cet endroit car il n'y avait qu'un seul siège dans toute la pièce, un vieux fauteuil au velours usé. Et elle le préférait au lit avec l'édredon moutarde qui jurait subliment avec le mur rosé à fleur bleu turquoise surchargée.

Elle n'avait pas prononcé un mot depuis son retour dans la réalité. D'ailleurs, elle n'aurait pas fait un geste si Egon ne lui avait pas signifié. Machinalement, elle regarda dans le miroir et fut étonnée de voir son propre reflet.

pense : Qui suis-je ?

Les draps se mirent à bouger, défaire le lit pour mieux s'y glisser. Isis se retourna et regarda Egon s'agitait doucement dans la chambre, prenant soin de ne pas le déranger.


- Tourdemain... dans deux jours, elle va mourir ?

Isis préférait comme toujours tourner autour du pot. La vieille sorcière lui avait reproché "Vous aimez perdre votre temps, mademoiselle Kitlee. Vous appréciez de vous poser les mauvaises questions pour éviter d’obtenir au plus vite la réponse à celles qui comptent." Et elle avait bien raison. Célà lui permettait d'arreter de penser.


D'un pas de félin, elle s'avança vers le lit et enleva le vieil édredon. Sincèrement le jaune moutarde et l'usure ne lui donnait pas envie de se tenir dessus et encore moi en dessous quand elle s'endormirait.
Elle s'agenouilla sur le lit, les yeux rivés sur la nuque d'Egon qui, à ce moment là, lui tournait le dos.


- Tu sais, ma mère...

Hésitation, tressaillement dans le cœur. Cela lui faisait toujours aussi mal de repenser à elle. Et même si elle lui en voulait de ne pas lui avoir dit qu'elle connaissait une Galléa, qui est sa génitrice d'après tous ce qu'on lui raconte, Aouregwen Pati restait sa maman.

- Ma mère, ma vrai maman, celle qui m'a élevé à défaut d'être ma génitrice. Elle était historienne.
Quand j'étais petite, et après aussi, elle a toujours voulu que je comprenne ce qu'elle faisait et pourquoi elle avait choisit ce métier. Elle disait que le passé de toute chose construit la personne que nous sommes. Elle voulait me faire comprendre que toutes les civilisations, que la culture ou que n'importe quelles religions - la religion est très importante pour les moldus - est à la base de ce que nous sommes à l’heure actuel. D’après elle, on ne pouvait pas comprendre la monde dans lequel nous vivons si nous ne connaissons pas notre passé. Et elle affirmait que ce fait était vrai pour toute personne quel que soit. Elle m’a toujours dis de chercher, quand je serais grande, mes origines sinon je ne serais jamais qui je suis vraiment.

Je ne l'ai jamais cru. Jamais. C’est pour ça que j’ai joué à l’autruche et que j’ai mis du temps à m’interroger sur mon passé.
Et même maintenant, je ne la crois toujours pas. Avant je n'avais pas de passé et je savais qui j'étais... ou du moins je pensais savoir.



Isis s'allongea sur le lit, les yeux rivée au plafond. Elle avait tendu son bras vers Egon. Une apnée qui donna l'impression que le temps venait de s'arrêter.

- Là. J'ai vu la naissance de Marjane qui est supposée être ma mère. J'ai pu constater à quel point elle était belle avec ses prunelles oranges. J’ai palpé sa jalousie de l'amour d'Azra et d'Enoch comme les shalimancyan et pourtant elle y a renoncé. Elle a enterré un de ses enfants qu'elle avait conçus dans un Paris aussi puants que la Venise de l'avarice issu d'un amour avec cracmol. Elle veillait sur Ghilda et sur Vix. Vix qui maintenant loge dans mon corps après avoir passé le marché avec L'Ankou.

Et qu'est ce que de savoir mon passé m'a appris. Rien...


Isis se mit à pleurer doucement. La fatigue moral de l'épreuve se faisait sentir.

- Je me sens plus perdue et… si seule.


Dernière édition par le Sam 16 Fév - 15:05, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Mer 13 Fév - 14:12

- Perdue, je veux bien... seule, je refuse, commenta-t-il avec douceur sans s’éloigner ne serait-ce que pour la regarder. Il préférait la laisser se confiner une place au chaud, tout contre lui. Il sentait des larmes couler dans son cou, un peu sur son épaule et il laissa surgir sans chercher à essuyer ou à modérer. Il y a quelques années, peut-être aurait-il essayé de la calmer car il aurait été paniqué à l'idée qu'une fille souffre près de lui mais, désormais, il savait comme les larmes étaient salvatrices pour en avoir tant pleuré. Les larmes, et surtout celles-ci. Elles représentaient un passage transitoire entre deux mondes. L’évacuation des saletés que le stress et la frustration laissaient en elle. Elles marquaient le début d’une réflexion l’envisageant sous un autre jour bien qu’il était encore difficile à Isis de savoir où, comment et quoi penser. Du moins, à présent, elle essayait.

Egon n’éprouva pas de tristesse mais plutôt de la tendresse face à l’état d’Isis. Il se cala sur son flanc, lui transmit sa douceur et attendit qu’elle se vide.

L’histoire et l’exploration des souvenirs étaient loin d’être terminées. Les déductions d'Isis n'étaient pas toutes juste mais elle le découvrirait seule. D’une façon lointaine, il compatissait au désarroi de la jeune fille qui prétendait n’avoir rien appris sur elle. Lui, au contraire, trouvait qu’il avait appris énormément de choses et pas seulement pour la raison qu’il connaissait la fin de l’histoire. Il n’avait jamais été un élève très assidu aux matières théoriques cependant la narration de cette chronique le captivait. Il trouvait d’autant plus captivant d’être amené à fréquenter une des rares Galleas encore en vie, peuple antique et protégé de La Rose et de L’Ombre eux-mêmes... comme une espèce en voie de disparition.


Les pleurs n’ébranlaient plus le silence.
- Tu es fatigué, ma belle... endors-toi.

Il se contenta de caresser inlassablement le bras et l’épaule d’Isis jusqu’à ce que ses larmoiements lui laissent du répit. Il avait éludé la question concernant Tourdemain. Toutefois, oui, elle allait mourir. Il en était certain. Elle souffrait d’une maladie incurable mais la vieille femme en avait eu la prémonition. Egon n’avait été qu’une confirmation.

Tout concentré qu’il voulait l’être sur Isis, il évita de se questionner sur la façon dont il était possible qu’il connût le funeste destin des gens ou que ses yeux fussent des Pensines.

Durant qu’il caressait sa peau et ses cheveux, il lui chantonna une berceuse pour l’accompagner aux portes du sommeil. Il évitait de se tourmenter quant à ses propres questionnements. Il devait absolument rester attentif et délicat pour la fin de l’histoire qui ne manquerait pas de désarçonner un lapin nain fût-il le lapin le plus courageux et le plus résistant que la Terre eût portée.

C’était l’odyssée d’Isis, pas réellement la sienne. Aucun conseil, aucune parole qu’il pourrait proférer n’arrangerait rien dans son esprit. Elle devait faire ce chemin spirituel toute seule, lui ne serait qu’une brise discrète qui l’accompagnerait.


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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Sam 16 Fév - 15:59

Isis ouvrit et ferma les yeux plusieurs fois avant de les laisser ouvert. Elle bailla silencieusement et s'étira tout doucement. Elle venait de se réveiller et il valait mieux pas la déranger dans son rituel. Elle n'était pas du matin et encore moins du réveil.

Elle sentit un sourire se pencher sur sa joue. Egon en règle général se réveiller souvent avant elle. Si Isis ne le retrouvait plus dans le lit, il n'était jamais très loin. Toujours veillant sur elle. Un vrai Umbrès.


- Bonjour...

Isis d'habitude d'humeur coquine ne l'étaient absolument pas en ce moment. Elle avait juste envie de retourner voir le marchand de sable pour l'endormir pour l'éternité. Ses rêves étaient plus doux que la réalité.

Juché contre le torse de son compagnon, elle s'enroula dans son parfum et... et il lui avait suffit d'un mouvement pour qu'Isis comprenne qu'elle n'échapperait pas à la pensine de ses yeux.
Ses yeux océans lui manquaient. Elle ne les regardait plus depuis que les souvenirs y avaient été transvasés. Ils étaient devenus sa peur alors qu'il avait toujours été un lieu de tranquillité depuis qu'ils se connaissaient.

Après s’être lavée dans la salle de bain rudimentaire, Isis avait pris place devant le petit déjeuner que Tourdemain avait préparé. Sa journée commençait mal. La veille sorcière lui prenait déjà la tête avec ses discours à n'en plus finir. Elle apportait à la jeune fille tout ce qu'elle avait envie avant même qu'elle s'en rende compte. Ce qui agaçait particulièrement Isis.



- Ah ! Vous voilà enfin. Dépêchez-vous de finir votre petit déjeuner, mademoiselle Kitlee doit reprendre sa quête au plus vite.

Isis leva les yeux au ciel accompagné d'un soupire qui en disait très long sur son envie de continuer la quête. Elle a mit 18 ans pour connaître la première partie de l'histoire. Pourquoi on n'attendrait pas encore 18 ans pour la seconde partie ? Mais elle avait même pas oser poser la question, elle présentait déjà les réponses négatives.

Egon vint s’assoire à ses côtés et entama son propre petit déjeuner. Isis tapota sa cuisse tendrement avant de prendre appui sur celle-ci quand elle se leva de table. Elle se pencha ver lui et déposa un baiser sur le haut de son front.


- Pensine, tu me dis quand tu es prêt que je rentre en toi... quoi que je préfère de loin quand tu es en moi.

La dernière phrase n’avait été qu’un murmure à ses oreilles mais quelque chose disait à Isis que la veille sorcière aurait pu prédire mot pour mot sa remarque même en étant pas dans la pièce.

La jeune fille se dirigea vers la salle à manger et s’assit tranquillement sur le fauteuil qu’elle avait occuper la vieille. Elle essaya de se clamer avant de reprendre son voyage. Ce qui était loin d’être gagné même si elle paraissait très clame.
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Mar 19 Fév - 11:40

Rougit-il? Oui, quelque peu. Sans spectateur et sans l’urgence du prochain trépas de Bergamote Tourdemain, il est probable qu’Egon eût tout fait pour vérifier l’affirmation d’Isis. Ce n’était pas le moment. Il l’assit sur lui et l’embrassa à la commissure des cheveux en marmonant un amusé "mais que tu es grave, Isis..."

Bergamote fit ingérer à Egon une autre fournée de filaments argentés. Pour gagner un peu de temps, il ferma ses paupières, attira le menton d’Isis avec délicatesse en le tenant entre son pouce et son index replié et il déposa un dernier baiser sur ses lèvres avant d’ouvrir les yeux.



IV
Les Parcelles de Vix



Enoch, l’homme à la scandaleuse beauté, avait les traits déformés par la rage et la fatigue qui l’habitaient. Alors qu’il sortait d’une caverne, percé de sanglantes blessures, tenant une longue et fine baguette taillée dans un bois rouge, peut-être du cèdre ou du bubinga, il s’effondra dans les bras aimant d’Azra qui se propulsa vers lui pour baiser son visage meurtri, le serrer dans ses bras comme si elle ne l’avait pas vu durant des années. C'était le cas. Il était parti trois ans.

Elle lui murmura des mots d’amour dans le langage ancien des Sycides: « Al’ em bathe dewilem e inhu vrim. Kes tew’en roll pecadril ich’dhul itamini, Enoch ! Ghrên murvin i salem optea. Ah ! Kewenèssä lôw’en dill... »

Les autres Galleas qui les entouraient pour accueillir le valeureux, finirent par s’éparpiller pour leur laisser de l’intimité. Seules Marjane, Vix et Ghilda restèrent à quelques mètres du couple, se serrant dans leurs bras et commentant les derniers évènements:

- Il n’aurait jamais dû vivre ça, c’est de ma faute et j’ai accepté d’être emmenée par l’Ankou, geignit Vix dont le beau visage était recouvert de larmes et de douleur.
- Ne dis pas de sottises, Vix, trancha Marjane d’une voix douce et compatissante, comment peux-tu croire que notre Enoch aurait pu te laisser te sacrifier sans réagir ?
- Elle a raison, renchérit Ghilda, mon père ne t’aurait jamais laissé mourir sans rien faire. Et il a eu raison de le faire puisqu’il revient vivant des dix épreuves de Myr et que toi-même tu es là.
Myr était les Enfers.
- Mais regardez-le, tout estropié qu’il est ! A quel prix me sauver ? Et croyez-vous vraiment qu’Ankou tiendra parole et abandonnera ses desseins ? Il a déjà pris trop de monde à cause de moi, je ne vaux pas cette résistance. Si mon destin a été de devenir amie avec Ghilda, c’était aussi pour devenir la valeur marchande qui sauverait les Galleas.
- Ne sois pas entêtée, ma fille, contra Marjane, nous n’avons pas besoin d’être sauvées. Pour nous tu es comme une sœur et pour Enoch comme une fille. Il en serait mort de chagrin de toute manière s’il avait sagement attendu que l’Ankou vienne te chercher. Après avoir relevé les dix défis de l’Ankou, Enoch s’en est sorti et il est revenu des Enfers. C’est un grand sorcier ! Il nous protège. N’abrège pas son courage de tes regrets égoïstes. Viens, Vix, viens Ghilda, laissons les amoureux se dire leur amour, et allons rassurer les autres. J’entends murmurer que les Galleas craignent cette puissance d’Enoch qui s’en revient des ténèbres. Voici un autre problème qui s’annonce plus dur à résoudre. J'ai rêvé des Iccams et je ne sais encore comment expliquer ce rêve prémonitoire à mes soeurs.

« Enoch outré, ne voulut pas qu'on laisse faire. Il combattit l'Ankou à travers dix épreuves qu'il remporta. La puissance d'Enoch dépassait la puissance d'un simple sorcier... les Galleas en avaient été effrayées. Qui était ce sorcier qui pouvait s'élever contre la Mort elle-même ? Tout comme Azra et sans que personne ne puisse l'expliquer, Enoch était un Iccam. Mais ceci est une autre histoire racontée dans le Livre du Centaure. »

Les trois femmes, près desquelles Isis avait atterri, s’éloignèrent doucement vers le village pendant qu’Azra continuait de serrer son cher et tendre. Un halo de lumière beige les entourait et petit à petit les blessures d’Enoch se refermaient, cependant son visage doux et beau ne s'apaisait pas.
- Je t’aime tant Azra. J’ai cru trépasser et ce qui m’effraye le plus est d’être un jour surpris par la mort sans avoir le temps de te dire encore une fois combien je t’aime et comme je suis heureux du chemin qu’on a parcouru durant ces siècles. Si ce chemin devait s’arrêter demain...
- Pourquoi parles-tu ainsi, Enoch ? S’inquiétait Azra en l’interrompant. Je déteste ce que tu dis. Pourquoi parles-tu ainsi, je te guérie, regarde mes mains qui te soignent.
- Amour, écoute-moi... si ce chemin devait s’arrêter demain, je crois qu’il n’est pas un jour où, à tes côtés, je fus malheureux.
- Tu parles comme si tu allais partir. Me laisser... Tu ne m’aimes plus ?
- Non, non, bien sûr que non, je ne vais pas te laisser,
rit Enoch pour la première fois depuis son retour de Myr.
Il serra d'autant plus Azra dans ses bras, embrassa le sein de sa femme derrière lequel battait son coeur un peu au-dessus de sa tête égratignée, puis il reprit:
- Je sais que tu connais l’étendue de mon amour. Je connais aussi l'étendue du tien. Le temps passe et rien n’y fait. Je ne peux pas me contenter de ce que nous sommes. Je veux plus. Toujours plus. Te quitter pour combattre a été si douloureux. A chaque fois que je pars, même quelques heures, j’ai si peur que tu oublies qui je suis. J’ai peur de ne plus exister quand je ne suis pas près de toi... Azra, je deviens fou de notre amour et si j’ai pu surmonter les défis de l’Ankou, c’était parce que j’étais pressé de te retrouver. Mon égoïsme est tel que sauver Vix était loin derrière mon impatience de te retrouver... j’étais pressé de te ravoir contre moi. Je t’aime, je t’aime, Azra... et je sens que je vais bientôt mourir.

« Enoch mourut. L'Ankou n'avait pas respecté sa part du marché et l’Homme des Galleas l’avait pressenti. »

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Un nouveau tableau se dessine devant les yeux d’Isis. Une douzaine de Galléas entoure Vix tandis qu’une tempête de nuages, de vents violents et de grêle noire fouette leur visage à sang, créant des petites entailles dans leur peau parfaite. Marjane, faisant partiedu lot tient la main de deux de ses sœurs devant Vix et Ghilda qui se protègent l’une et l’autre au milieu du cercle.

Soudain, une lumière séraphique et torride se dégage de Vix au moment même où un nuage noir violacée la transperce violemment dans l’abdomen comme un colossal couteau. La lumière blanche bobinée de gaz charbon forme diverses boules sombres qui fondent chacune dans la poitrine d’une des Galleas en train de protéger Vix de la présence invisible d’Ankou et dont le corps retombe sans vie dans les bras de Ghilda.

La tempête cesse d’un coup.

« Furieux d’être dominé par ces humains insignifiants et pour se venger des deux refus de Vix, l'Ankou tua cette dernière pour prendre son âme mais voilà que les Galleas décidèrent de la protéger en la mémoire d'Enoch qui avait toujours veillé sur elles malgré son caractère ombrageux et impulsif et en l'honneur de la douce Ghilda qui mourut plus tard de chagrin quand elle perdit, si tôt après la mort de son père, sa plus chère amie. »

« Les Galleas enfermèrent en elles une parcelle de l'âme de Vix. Il y avait neuf Parcelles sur terre et une dans le Sidh (L'Autre Monde)... cette dernière avait été emportée dans l'âme de Ghilda juste après la mort de Vix. On appelait cette Parcelle, la Myr, c'est-à-dire la Dernière, la Précieuse, la Fin (le double sens étant l'Enfer). Tant que la Myr existait, l'âme de Vix existerait. »

« De génération en génération de Galleas, celles qui avaient reçu la Parcelle durent se reproduire pour continuer de porter Vix sans l'amoindrir... ainsi les Galleas quittèrent leur forêt enchantée et notre peuple commença à se disséminer dans la nature. »

« On comprit avec le temps que la Parcelle, faite de Vix et d’une partie d’Ankou amoureux, aspirait les mauvaises ondes traversant les Galleas devenant de plus en humaine à force de se mélanger avec les sorciers. »


« Vix agissait pour les protéger et les garder pures comme à l'origine. Mais le morceau d'âme devint toxique à leur propre porteuse et sur neuf des Galleas portant la Parcelle, seulement deux avaient survécu à sa puissance... dont Azra, qui ne mourrait pas malgré le chagrin qu’elle portait depuis la mort d’Enoch et de ses enfants. Ankou y avait-il jeté une malédiction?... »


Il restait donc trois Parcelles:

- Le Myr, protégé dans le Sidh par Ghilda,
- La Parcelle d'Azra,
- Et la Parcelle de Marjane, la troisième Galleas ayant survécu...
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Mer 20 Fév - 12:54

Isis avait cru être prête à revivre les souvenirs de Marjane. Mais elle s'était trompée. A peine atterrit, elle se sentit mal. Il lui fallut quelque temps pour qu'elle s'habitue à être une intruse dans un passé qu'elle devait connaître.


Près de Marjane, Ghilda et la moldus Vix, elle écouta attentivement ce qu'elles se racontaient. Elle eut du mal à situer l'évènement avec la dernière scène où Vix fut réveillée à la suite d'un cauchemar. Combien de temps s’était passé, elle ne savait pas trop. Elle y accordait pourtant de l'importance autant que de savoir en quoi consistaient les 10 épreuves. Et de ce fait, s'aveugla sur les raisons de connaitre cette scène.

Fascinée par Marjane, Isis allait la suivre en direction du village mais une main invisible la retient. Alors elle resta même si elle ne se sentit pas à sa place.
Elle s'insinuait dans des souvenirs qui n'était pas les siens. Sa pudeur était déjà mise à rude épreuve et elle eut beaucoup de mal à accepter de rester épier Azra et Enoch dans leur retrouvaille. Cet instant n'appartenait qu'à eux même si ce n'était plus qu'un souvenir. Isis n'était pas à sa place.
Elle se retourna et patienta. Elle fut étonnée de voir Marjane revenir sur ses pas tandis que Ghilda et Vix continuaient leur route. La belle Galléa aux yeux oranges s'arreta non loin d'Isis en se dissimulant derrière un arbre. Elle écouta ce que les amants se disaient. Isis en fit de même.
Une larme coula le long de sa joue, leur amour l'émue plus que toute chose. Isis espérait pouvoir aimer de la même force tandis que son cœur lui signifiait que c’était plus ou moins déjà le cas.


Encore sous la réflexion de savoir si oui ou non Egon et elle s'aimait, réflexion débile que seule Isis pouvait avoir, elle paniqua quand elle se rendit compte qu'elle se trouvait maintenant sous une pluie de grêle noire. Elle était tellement apeurée par ce changement qu'elle commença à s'agiter dans tous les sens. Un souffle dans son cou et un murmure lui dit qu'elle ne risquait rien. Elle regarda ses mains tendut devant elle, la grêle les traversait. Soulagée, elle se mit debout. Elle aurait préféré voir la scène de plus loin mais le fait était qu'elle se trouvait au centre du cercle, entre Marjane et les deux jeunes femmes. Vix mourut à ses coté quand à ce moment là, Isis fut prise d'un malaise.

Elle se sentit partir en avant et arriva à se retenir les deux bras tendit. Agenouiller sur le sol, elle haletait en se tenant d'une main son ventre qui la brûlait. Un goût de sang lui happait la bouche tandis que son corps commençait à trembler.
La tempête s'arrêta et Isis se sentit bien. Sa parcelle avait réagit à se souvenir alors qu'en règle générale elle restait neutre se nourrissant exclusivement des peurs d'Isis.


Encore sous le choc Isis eut du mal à s'extriper de la manifestation de Vix. Elle mit du temps à prendre le fil de la narration et n'écouta attentivement que les dernières phrases.

Si Azra ne peut mourir... N'Guyen est une de ses descendantes et possède sa Parcelle. Donc cette prof et... non impossible, elle n'est pas Azra.

Penser à cela était bien entendu du temps perdu. Elle aurait du s'intéresser à Marjane, sa génitrice, sa mère ?
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Mer 20 Fév - 13:42

IV
La Parcelle de Vix
(suite...)




Un tableau se recomposa devant les yeux d’Isis. Elle était à présent sur un sentier qui sinuait dans la forêt de Brocéliande. Marjane dont la lourde chevelure acajou avait tourné au brun avec les siècles, apparut au coin du sentier. Elle portait des vêtements plus contemporains mais certains détails, tel le choix de la robe de sorcière découpée dans un vieux velours carmin ou les nombreux bijoux de cuivre et de bronze, trahissaient la désuétude de ses goûts. La Gallea s’approchait de l’endroit où se tenait Isis mais bien sûr, elle ne pouvait la voir puisqu’il s’agissait toujours d’un souvenir.

Plus elle s'approchait, plus on le voyait. Le teint de Marjane était horriblement blafard. Sa démarche qui avait toujours été légère comme si elle flottait au-dessus du sol, était aujourd'hui chancelante et gauche. Le faible soleil indiquait que la chaleur était peu élevée pourtant son front ruisselait de sueur. Un avion clignotait très haut dans le ciel quand elle y leva les yeux alors qu’elle venait de s’asseoir à même le sol pour reprendre son souffle. Ses pupilles orange sombre suivaient les deux traînées blanches laissées par l’avion. Elle soupira, reposée contre un arbre sur l’écorce duquel elle passa sa main en lui murmurant:

- Donne-moi un peu de force... Ghilda veut encore me parler, je ne tiendrais jamais sans énergie... elle a pleuré toute la nuit dans mes visions. Ces visions délirantes me rendent folles. Je ne peux rien pour elle.

Une lueur verdâtre et mirifique illumina le tronc d’arbre. Un fluide lumineux pénétra dans la main de Marjane paisiblement apposée sur l’écorce. Elle ferma les yeux pour se nourrir de cette force soudain interrompue. Marjane, les paupières toujours closes, s’était subitement raidie. Elle délirait, elle avait une vision, elle rêvait à haute voix:

- Ghilda, mon enfant, cesse de pleurer, je t’en supplie, laisse-moi dormir, laisse-moi me reposer.

La voix de Ghilda devait sans doute lui répondre dans sa tête. Il y eut un silence puis le délire de Marjane reprit. Il était ostensible qu’elle ressentait une forte douleur durant ce cauchemar. Ses membres tremblaient, ses lèvres étaient sans couleur, son teint devint encore plus pâle et on n’eût jamais idée que cela puisse être possible.

- Ma petite Ghilda, ma fille, je sais bien que c’était une erreur de t’avoir fait protéger une parcelle de l’âme de Vix dans les Enfers... je suis si désolée pour ta douleur éternelle. Au nom de celles qui restent et des nombreuses autres qui t’ont rejointes dans la mort, je suis désolée, ma Ghilda.
- Ton père nous manque aussi. Tu nous manques. Nous ne pouvons rien faire d’autre que garder Vix en nous...

- Ta mère ? Elle ne peut plus aimer depuis Enoch. Non... je ne sais où elle se trouve... elle a donné naissance à une enfant pour transmettre la Parcelle. Peut-être est-elle morte juste après ce legs mais je sais où est l’enfant. Elle grandit bien, je la vois quelque fois.
- Quarante années maintenant mais son visage est plus vieux que le mien. Non, Ghilda. Cette Gallea, Weaver, elle est de sang-mêlé pourtant elle a résisté, elle vieillit mais elle est vivante, je ne sais comment elle fait, c'est la première depuis des siècles.
- Le fruit d’un homme porteur, il me semble. Mais je n’ose pas lui demander. Ne pleure pas, Ghili, mon enfant, ne pleure pas. Ta mère n'avait sans doute pas le choix.
- Ghilda, je t’en supplie, laisse-moi dormir, laisse-moi m’en aller
...

Une petite détonation précéda l’accalmie. Marjane gisait sur le sol, elle avait cessé de se contorsionner au moment où une jeune fille vint à sa rencontre d’un pas précipité pour lui venir en aide. C’était Aouregwen Kitlee.

« Depuis que je portais la Parcelle, je souffrais de troubles, de visions... je compris très vite que mes visions me racontaient ce qu'il se passait pour Ghilda dans l’autre monde. Je percevais aussi la vie d'Azra qui vivait quelque part, loin de la forêt qu'elle avait abandonné. »

« Ghilda voulait qu'on la délivre du Myr, la souffrance n'était pas supportable et pire que tout, la souffrance était éternelle. Puisque déjà morte, Ghilda ne pouvait mourir encore. »

« Nous abordâmes la fin du XXème siècle, je n’avais plus de visions de la part d'Azra. Ces rêves liaient pourtant les Galleas porteuses d’une Parcelle. Sous forme de flashes, d’images ou de souvenirs, chacune percevait par bribes la vie des autres. Quand une d’entre nous mourait emportée par l’Ankou vengeur ou le Temps, sans avoir pu transmettre sa Parcelle à une descendante, l’âme de Vix, amoindrie, se concentrait dans les Parcelles restantes et rendait de plus en plus lourde et dangereux leur transport. Or, nous n’étions plus que trois. La fille d'Azra, Weaver, Ghilda et la Myr, et enfin, moi-même sur le point de mourir. Pouvais-je vraiment me permettre de mourir et laisser Ghilda et Weaver se partager le dernier tier et la souffrance que ça engendrerait ? »
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Mer 20 Fév - 14:19

Isis s'inquiéta de l'état de la Galléa quand elle apparut dans la scène. Elle s'était approchée pour la soutenir mais elle ne pouvait la toucher. Elle n'était qu'une spectatrice dans ce souvenir et pourtant elle sentait sa souffrance.

Souvenir qui la tua moralement. Isis ne reconnut pas sa mère jeune. Quand elle comprit que ces yeux bleus et sa chevelure de blé la représentaient, Isis n'avait qu'une hâte. En savoir plus sur cette relation entre la Galléa et sa maman.


Bien sur, dans un coin de sa tête traînait une question qu'elle ne s'avouait pas. Pourquoi Marjane avait elle attendu si longtemps avant d'avoir un enfant. De l'avoir, elle. Et de l'abandonner aussitôt.
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Jeu 21 Fév - 14:23

V
Aouregwen et Marjane Pati



Nous sommes à présent dans une petite bicoque par les fenêtres de laquelle la forêt claire et verte s’étend à l’infini. La cime des arbres, découpée sur un ciel bleu pâle, est chatouillée par les départs adventices des oiseaux migrateurs. Malgré ce soleil et l’étrange manège des oiseaux, ce décor appartient bien à la Bretagne profonde.

Aouregwen avait transportée toute seule Marjane évanouie jusqu’à la maisonnette de Paimpont qu’elle louait ici avec son jeune époux, Erwan. En cet été ensoleillé, l’historienne et son futur docteur de mari avaient voulu s’offrir les jours estivaux dans la verdeur bretonne de Brocéliande qu’ils affectionnaient tant. Erwan était sur le lac, Aouregwen avait décidé de se balader, ainsi avait-elle trouvé Marjane sur le bord du sentier.

Etendue sur le lit qu’elle n’avait pas quitté depuis presque une semaine, Marjane faisait semblant de dormir. Les yeux à demi clos, elle écoutait les voix qui provenaient de la cuisine. Ils tachaient de chuchoter mais elle les entendait très clairement. Isis, à côté du lit de Marjane, pouvait voir par l’entrebâillement de la porte de la petite chambrée de bois, son père et sa mère adoptifs au lieu d’une discussion agitée dans la cuisine qui faisait aussi office de salle à manger.

- Erwan, je ne comprends pas ce qui te dérange ? Tu seras bientôt médecin, tu devrais être curieux de savoir la guérir de son mal.
- Je n’apprécie pas d’avoir une inconnue chez nous, Maou.

Maou était le petit nom affectif dont il avait pourvu sa femme. Il consistait en la contraction de « Ma Aouregwen. » Simplement.
- Franchement, chéri, tu crois vraiment que cet ange nous voudrait du mal ? se moqua doucement Aouregwen en enlaçant son mari.
Il était notoire que quelque chose de plus le dérangeait et il rebutait à en parler.
- Dis-moi ce qui ne va pas... tu me caches quelque chose ? Pourquoi ne veux-tu pas l’approcher ? Ca fait une semaine que nous l’hébergeons et tu quittes systématiquement la pièce quand elle y entre. Pourquoi l’ausculter seulement quand elle dort ? Elle ne va pas te manger...
- Elle ne m’inspire pas confiance et si je n’anticipais le serment d’Hypocrate, je ne te certifie pas que j’aurais tenté de la soigner... d’ailleurs je ne l’ai pas soignée, je n’ai pas pu, je ne comprends pas ce qu’elle a. Fièvres, douleurs abdominales fréquentes, tremblements... elle ne mange rien puis soudainement tout va bien, elle reprend ses couleurs et c’est comme si elle n’avait jamais souffert... et ces hurlements la nuit, tu les entends comme moi. Ses cauchemars ne sont pas normaux. Cette violence !... tout est étrange en elle, même sa beauté est étrange. As-tu jamais vu un visage et des yeux comme les siens ? Sa maladie ne semble répondre à aucun diagnostic que je connais. J’ai potassé. Rien. J’ai questionné mes collègues, ils se fichent de moi. J’ai cru à l’ingestion d’un poison ou à un virus rare mais dans ce cas, elle doit aller dans un hôpital. Or elle ne le veut pas. Lorsque tu le lui as suggéré, tu as bien vu sa réaction ? Nous ne l’avions jamais vu aussi vive. Elle n’a sa place nulle part, c’est une extraterrestre... J’ai la sensation qu’elle sait très bien ce qu’elle a et qu’elle ne veut rien me dire. Sa présence me met mal à l’aise. Maou, vraiment mal à l’aise. Les vacances se terminent dans une semaine, je veux bien que tu la veilles encore jusque là mais tu devras trouver une solution, car je n’en veux pas à la maison.


Dans son lit Marjane mit son poing dans sa bouche pour ne pas crier mais les larmes coulaient abondamment sur son visage. Depuis tous les souvenirs traversés, jamais on ne l’avait vu pleurer, même à la mort de son enfant. Elle avait toujours été celle qui rassurait et tenait bon. Que se passait-il ? Les mots d’Erwan Kitlee la blessaient-elle ? Lui faisaient-ils voir une réalité d’elle-même qu’elle avait du mal à supporter ? Marjane souffrait. Pratiquement plus intensément que le remue-ménage de Ghilda.

Aouregwen resserra son étreinte autour de la taille de son mari.
- Chéri, elle a perdu la mémoire, voyons... elle ne sait plus où elle habite ni ce qu’elle faisait là, nous ne pouvons pas l’abandonner. Tu veux la mettre dans une maison de repos avec des fous ? Tu l’as toi-même dit, elle n’a sa place nulle part. Certainement pas dans un hôpital psychiatrique. Et tout ce qu’elle te fait peur, à moi, elle m’attire, je sens que je dois m’en occuper...
- Fais comme tu veux, mais nous ne l’emmènerons pas à Rennes.


« Nous parlâmes beaucoup avec Aouregwen. Elle pouvait passer des heures à me contempler en silence. Elle me disait "que tu es belle, Marjane." Je ne savais jamais quoi lui répondre et nous partions d'un rire vers un autre sujet. Nous devînmes amies, presque siamoises tant nous passions de temps ensemble. Grâce à elle, je supportais la répugnance que j’inspirais à son mari sans jamais m’en plaindre. Je n’avais nulle part où aller, j’étais faible, et la présence à mes côtés de cette généreuse moldue était ma meilleure médecine. »

« Le temps passa et elle sut faire plier Erwan à sa volonté. A la fin de l’été je partis avec eux dans la maison de Rennes. Erwan m’ignorait. Il ne m’adressait jamais la parole, ne me regardait jamais, ne s’enquérait jamais de mon état.

« J’appris à me cacher dans la chambre qu’Aouregwen avait aménagée pour moi dès qu’il rentrait. J’appris à me faire toute petite et si Maou – j’avais secrètement repris son petit surnom à mon compte – n’avait pas été si bonne pour moi, je me serais enfuie. Quand des amies venaient à la maison, elle me présentait comme sa sœur : Marjane Pati.

« Je devins sa sœur adoptive. J’avais de nouveau une famille. Cette situation dura trois ans. Trois années merveilleuses, malgré l’ombre que je causais sur la vie d’Erwan qui ne prenait même plus la peine de taire son mépris. »

« Dès qu’il le pouvait, les week-ends où Maou devait bachoter à la maison, il s’en allait travailler dans la bicoque de Brocéliande ou il se rendait à Saint Malo, pour des journées de voile avec ses amis. »

« Maou fut diplômée la première. J’appris énormément d’elle, de l’histoire, de la vie des moldus, de leurs sentiments. Je ne pensais plus aux Galleas que lorsque Ghilda maltraitait mon sommeil. Quant à Weaver, sa Parcelle était si calme que j’entendais rarement de ses nouvelles. Une chose extraordinaire était toutefois notable : plus j’étais paisible et entourée de l’amitié d’Aouregwen, moins la Parcelle me causait de dommages. »
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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Ven 22 Fév - 1:28

VI
La curieuse amitié de Monsieur Kitlee



Trois années étaient donc passées. Trois merveilleuses années selon Marjane qui continuait de narrer à Isis l'histoire qui fut la sienne et celle de ses parents. Les tableaux où diverses situations se succédaient - certaines brèves d'autres longues - ne finissaient pas de se dérouler devant les yeux de la jeune fille, bercées par la paisible et mélodieuse fibre vocale de Marjane Pati.

Cette fois, nous retrouvions la Gallea au beau milieu d'une crise très douloureuse. Elle était allongée dans le lit de la maisonnette de Paimpont. Par la vitre, il faisait nuit noire. Les cris de la centenaire étaient perçants. Elle se tenait le ventre, tordait le tissu de sa longue chemise de nuit blanche comme si elle voulait la réduire en lambeaux. Ses cheveux brun sombre étaient détachés et encadraient son visage parfait. Parfait si ce n'était cette insupportable souffrance qui ravageait la finesse de ses traits.

C'est alors que la porte de la chambre s'ouvrit à la volée sur le visage contrarié d'Erwan qui se baissa pour ramasser Marjane qui venait de lourdement tomber par terre, enchevêtrée dans ses draps. Il la porta sur son lit et l'y garda dans ses bras, caressant son front, lui murmurant de doux "chut, chut, calme toi, Marjane... calme-toi, tout va bien, il ne peut rien t'arriver."

Effectivement, Marjane se calmait et pourtant elle était toujours inconsciente.

Pour Isis, il n'y avait qu'un coin de la chambre minuscule où se poser et il est à gager que de là où elle se trouvait, elle pouvait désormais comprendre beaucoup de choses en regardant Erwan protéger Marjane de ses mauvais rêves.

Elle pouvait comprendre sans que la voix de sa mère ne vienne interrompre sa réflexion que la haine d'Erwan pour Marjane ne recelait que la puissance de son amour. Que la souffrance de Marjane quand elle entendit le mal qu'il dît d'elle et son envie de s'en débarrasser, n'était que la réponse à ses propres émotions. Leur coup de foudre avait dû être d'une telle fulgurance que ni l'un, ni l'autre ne s'était attendu à cela. La soudaineté de leur sentiment les avait terrassé. Or, lorsqu'on voyait la tendresse avec laquelle Erwan entourait la souffrance de Marjane, cet amour semblait la seule réalité qui existait au monde.

La Gallea ouvrit finalement les yeux. Elle sentit les bras d'Erwan autour d'elle et tenta de se reculer à l'autre bout du lit.

- Où est Maou ? s'exclama-t-elle effrayée et désorientée.
Erwan, surpris par son brusque réveil, bondit hors du lit et reprit son visage fermé et dédaigneux.
- Tu sais bien qu'elle ne revient que dans une semaine, dit-il durement. Tu as fais un cauchemar.

Marjane tira le drap sur sa poitrine. Vaine barrière qui ne servit pas à cacher le pourpre de ses joues. Le drap était trop court. Un très long silence remplit la chambre de bois. Marjane commença à se détendre voyant qu'Erwan ne s'en allait pas. Elle haussa les sourcils et le questionna, taquine:

- Erwan, tu m'as tant fui, dois-je désormais te supplier pour que tu sortes de ma chambre ? Je vais bien. Mon rêve s'est achevé. Je te remercie de t'être inquiété et...
- Je t'aime, Marjane.

La confession d'Erwan engagea un nouveau silence. L'orange des yeux de la Gallea se gondola derrière ses larmes.

- Je ne comprends pas, chuchota-t-elle.

Bien sûr, elle avait compris les mots. Ce qu'elle ne comprenait pas n'étaient pas non plus les trois années de mépris dont il l'avait gratifié. Aux yeux de la Gallea, ce « je t'aime » répondait à l'intensité de cette antipathie.

- Que ne comprends-tu pas, demanda-t-il d'une voix faible et déroutée, dénuée de toute son habituelle dureté. On le voyait soudain fragile.
- Pourquoi me le dis-tu maintenant ?
- Voulais-tu que je le disse hier ?
- Non. Jamais...


Erwan se laissa glisser le long de la porte qui se ferma derrière son dos. Il engouffra sa tête entre ses bras croisés sur ses genoux. Marjane sortit du lit sur la pointe des pieds. On lisait l'hésitation dans le moindre de ses mouvements. Pourtant, elle arriva à côté de lui. Ses yeux pleuraient toujours. Elle glissa sa main sur la nuque de l'homme qui avait peur de la regarder mais ce contact l'électrifia alors il dut relever la tête. Il souriait mais ce n'était pas un vrai sourire. C'était du chagrin travesti en risette. Il s'excusait en plissant les yeux vers elle.

- J'aurais voulu le dire jamais mais il est tellement dur de te haïr, Marjane.

Nouveau silence. Marjane se cala contre lui, adoptant la même pose, recroquevillée sur ses genoux remontée et abandonnant son bras sur le sien.

- Je trahirais Maou en te confiant que je t'aime aussi. Depuis la première fois où j'ai rouvert mes paupières et que mes prunelles cuivrées se sont posées sur toi. Tu es le premier que j'ai vu quand je suis revenue à moi... c’est bien après que ma chère amie s'est insinuée auprès de moi... et quand j'ai compris qui elle était pour toi, alors j'ai tu ce que mon cœur m'avait bombardé de battements à l'instant où je t'ai vu. J'ai juré que pour la remercier de sa bonté, je garderais le silence sur les détonations que crée en mon âme, le moindre regard de toi, la moindre brise de ta respiration quand tu prononces les voyelles de mon prénom... j'ai épousé tout ce que tu étais au moment où j'ai rouvert mes yeux, ce triste jour, à Brocéliane. Je t'aime, Erwan mais...
- ...ce n'est pas possible,
compléta-t-il en se levant doucement.

Il aida Marjane à regagner sa couche et l'embrassa sur le front avant de sortir.

- Nous serons donc amis, résuma-t-il pour eux deux.

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En un clignement de paupières, Isis se retrouva quelques jours plus tard. A bord d’un bateau. Là, la présence invisible d’Egon la soutient plus que jamais. Il savait la crainte qu’elle avait de l’eau, fût-elle irréelle. Tout le temps que dura ce tableau, il resta près d’Isis, serrant sa main par la pensée.

Marjane lisait sous une ombrelle dans une petite embarcation fluviale qu'Erwan conduisait. Sa longue chevelure devenue aussi foncée que celle d’Azra était tressée sur le côté. Erwan la regardait en coin, un petit sourire moqueur accroché aux lèvres. Elle finit par le sentir et lui sourire en retour, en inclinant son livre.

- Quoi donc, monsieur Kitlee, n'avez-vous jamais regardé une jeune femme ? le brocarda-t-elle.

Il marqua sa moue et continua de tourner un petit gouvernail sans adresser un regard de plus à Marjane. Il conservait un visage taquin et ne réagit qu’après quelques secondes.

- Es-tu vraiment une jeune femme ?

La question eut le mérite de surprendre la Gallea qui laissa complètement tomber son livre.

- Pourquoi dis-tu cela ?
- J'ai toujours dis que tu n'étais pas d'ici. Plus je te regarde, plus je le pense. D'où viens-tu ? Je sais que tu n'as pas perdu la mémoire... tes symptômes ne répondent à aucun trauma. Je me suis beaucoup questionné à ton sujet. Il y a une époque où j'avais un nouveau diagnostic toutes les semaines ! A présent mon imagination me fait défaut et il me semble que je dois puiser mes réponses dans ce qui n'est pas scientifique... dans l'occulte.
- L’occulte ?
- Oui, l’ésotérique, la magique, la métaphysique.
- Tes oreilles sont-elles bien accrochées à ton crâne, monsieur Kitlee ?
- Tu vas tout me dire ?
- Si tu peux tout entendre, oui.
- Si ça vient de toi, je peux tout entendre... et tout croire.


Il braqua le gouvernail et s'approcha. Il s'assit en tailleur face à elle pour écouter Marjane et le tableau disparu pour passer à d’autres flashes, plutôt succincts, les représentant en grande complicité, discutant et s’ébahissant dès que possible.

« Je lui racontai tout. Des Sycides de Thiam Phucci à la mort de Vix et de Ghilda. Je n’oubliai pas Azra, ni Enoch qui fascina Erwan. Il me confia plus tard qu’il enviait Enoch de pouvoir aimer Azra avec une telle démesure et sans les contraintes liées à l’expression de ses sentiments. Je le grondai pour ses paroles. Je refusai qu’il considérât Maou comme une contrainte. »

« Il m’abreuva de questions, se passionna pour tout. Il ne douta à aucun instant que je lui mentisse ou non, me confiant que des cousins éloignés à lui étaient peut-être des sorciers. Il écoutait avec ravissement et je me sentais légère de pouvoir enfin confier presque deux mille ans de ma vie. Le chiffre l’abattit. Son abattement me fit rire aux larmes. »

« Le passage sur la Parcelle de Vix le fit longuement réfléchir mais il ne me fit jamais part de ses pensées. Il me confia seulement être rassuré de savoir ce que j’avais, bien qu’il se sentait désormais inutile puisqu’il n’avait aucun moyen de me venir en aide. Je le détrompai en rougissant. »

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« A ce que je sais, il garda mes secrets jusqu’à son dernier souffle. Aux yeux d’Aouregwen qui nous rejoignit quelques jours plus tard, nous montrions qu’elle avait eu raison d’insister une nouvelle fois pour que son mari passe du temps avec moi, que notre rapport avait effectivement évolué en amitié. Certes, nous révélions moins que ce que nous ressentions vraiment. Ce lien apparaissait comme superficiel mais complaisant. Néanmoins, Maou était comblée qu’Erwan m’accepte enfin. J’étais sa sœur, il devait aimer sa sœur, le priait-elle. Ô impitoyable ironie ! »

« Quand à nous, passé l’aveu de nos sentiments réciproques, jamais plus nous n’en reparlâmes. Jamais nous ne nous effleurâmes. Jamais nous ne nous embrassâmes. Pour Aouregwen, nous avions décidé de confiner notre amour dans les profondeurs abyssales du secret. Cela fut l’une de mes plus longues et mes éminentes douleurs. Erwan aussi en souffrait mais l’amour que j’avais pour ma sœur était trop puissant pour que j’eusse envie de la décevoir. »


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MessageSujet: Re: [York]La pensine détentrice de secrets   Ven 22 Fév - 14:22

- Sors-moi de là, je t'en prie.

Isis était accroupie dans une des dernières scènes, haletante. Elle se sentait aussi mal que pendant ses crises habituelles même si les symptômes étaient changeant. Etre dans les souvenirs devaient changer la réaction de son mal. Oublier les tremblements, le froid, le mort momentanée, ici c'était la fièvre, le goût de sang et des maux abdominaux.


Le stress des découvertes passé, ces dernières faisaient peur à Isis, mais de plus en plus le regret de les avoir faite avait pris le dessus et sa Parcelle avait réagit.

Si au début elle avait été transportée de joie de voir sa mère puis son père il y avait eu trop de non dit qui l'a tua.
Isis était émue d'entendre la voix grave mais douce de son père. Son intonation n'avait absolument pas changé et il avait le même regarda apaisant. Pas le même discours. Cela lui avait fendit le cœur de le voir si, si... si peu tolérant face à l’improbable. Il avait toujours était le premier à conforter Isis quand ils surent que la petite fille était sorcière. Il était le premier à se montrer compatissant et rassurer sa fille sur sa condition. Alors que son statu de sorcière était improbable à ses yeux. Même si des cousins très éloignés étaient sorciers.


Isis fut blessée qu'il réagisse comme ça.
Isis fut meurtrie quand elle comprit pourquoi il régissait comme ça.

Si pour l'instant la jeune Iccam reprochait à sa mère de lui avoir caché l'existence de Marjane, elle maudit son père d'en être tombé amoureux.
En faisant cela il trahissait Aouregwen et il la trahissait, elle, sa fille.

Isis ne supporta pas la découverte. Et voulait revenir en arrière. Regret et chagrin ne faisait jamais bon ménage.


- Egon, je t'en prie. Je ne veux plus rien voir, savoir, sort moi de là.
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