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 "Je" [PV Mélusine]

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Jane Doe
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MessageSujet: "Je" [PV Mélusine]   Ven 9 Nov 2012 - 0:52


D'abord on entend sa propre respiration. Le souffle est court. Irrégulier. La poitrine se soulève, accompagne le gonflement des poumons. Mais chaque inspiration est un supplice. Un poids énorme oppresse la cage thoracique. Les yeux s'ouvrent lentement pour se rendre compte. L'image est floue. Le rideau se lève mais ce ne sont que des tâches qui se forment en guise d'images. Il n'y a pas beaucoup de lumière. Peu à peu quelques contours se dessinent mais l'esquisse est imprécise. Les formes, les objets, rien ne paraît réel. C'est l'incompréhension. La couleur s'ajoute au tableau. Rouge. La vue se brouille. Mécaniquement une main se porte pour essuyer les yeux. Du sang. Et puis le bruit. Des cris. Les différentes couleurs que prenaient ces cris étaient effrayantes. Des cris de peur, d'horreur ou de douleur. De longues plaintes, un dernier souffle. Le concert de la mort.

Tout à coup, je se forme avec tous les sens qui le composent. Un goût métallique puissant remonte au palais et aux narines jusqu'à me donner la nausée. J'ai du sang dans la bouche. Mes bras bougent, une jambe répond. L'articulation de mon corps répond présente au moment où il prend conscience de la douleur. Les millions de terminaisons nerveuses agitent le cerveau de signaux électriques. La localisation s'opère. Le mal est atroce. Ma jambe droite répond à peine. Mon bras gauche ne peut bouger sans m'arracher une grimace. Mon visage brûle et ma respiration est toujours aussi difficile. Une sorte de poutre comprime ma poitrine. C'est horrible. Des morceaux de murs bloquent ma jambe, je les vois maintenant. Des tôles froissées soutiennent mon bras droit. Du béton autrefois armé gisait avec moi.
J'ai l'impression d'être clouée. Mon dos me semble en miettes, j'ai des sensations étranges dans les côtés. C'est idiot mais je sens qu'il ne faut pas que j'essaye davantage de bouger mes membres.

Autour de moi il n'y a que gravas, poussière, et ces cris qui me rendent folle. L'odeur est étrange. L'odeur âcre du sang, mêlée à diverses choses. Du métal, du plâtre... Mes sens s'égarent. Une longue plainte assourdit l'ensemble. Le bruit semble s'atténuer. Rien ne bouge dans mon cocon. Je suis isolée. La peur m'envahit. Elle en a mis du temps. La paralysie pénètre tissus et corps, tétanise les muscles. Ma bouche s'ouvre, mes mâchoires s'écartent, mais au moment où mon diaphragme se contracte, l'air me semble expulsé de mes poumons mais aucun son ne sort. L'impression que le temps se suspend à mesure que je me sens perdue et isolée, disparue, inaccessible... Oubliée.

Je ne sais pas où je suis. Qu'y a-t-il au-dessus de moi? Y-a-t-il quelqu'un aux alentours? Les autres voix ont-elles eu du secours?

Le temps. J'y suis pendue à ce temps qui se joue de moi. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là. Les idées s'embrouillent. S'il ne manque pas d'oxygène, la peur et la douleur l'empêchent de fonctionner correctement. Les pensées s'entrechoquent comme si elles n'étaient pas capables d'atteindre un terme. Les sentiments sont confus. Au creux de mon ventre je sens monter une force. Une rage invisible m'enveloppe d'une douce chaleur. "Je ne veux pas mourir". C'est la seule chose claire que hurle mon esprit. Faute de voix, je ne peux me contenter que de ça.

La phrase tourne en boucle dans ma tête à présent et devient obsessionnelle. Je dois trouver un moyen de me signaler. Il doit sûrement exister un moyen. En réfléchissant un peu... ça ne doit pas être bien compliqué... Et puis mes doigts se crispèrent sur un gravât avant de le choquer sur un morceau de tôle, encore, encore et encore. C'est la seule façon qu'il me reste de crier au monde que j'existe.
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: "Je" [PV Mélusine]   Mar 20 Nov 2012 - 0:09

L'air avait un arrière-goût âcre de misère humaine, enseveli sous la poussière. Le ciel de New-York noyait la scène sous une bruine légère. Atmosphère moite. Vêtements collants. Respiration humide. Tout semblait devenir glissant, insaisissable, enseveli dans une brume qui n'en finissait pas de tomber.
L'eau s'était depuis longtemps immiscée à travers la moindre fibre de son T-shirt extra-large décoré de citrouilles. Et ça n'était ni son short, enfilé à la va-vite, ni ses chaussettes dépareillées tir-bouchonnant par-dessus ses bottes qui allaient se porter garants d'un peu de chaleur et de peau sèche. Elle avait enfilé les uns puis les autres au saut du lit. Pour contrer la fraîcheur d'une nuit de novembre, il y avait plus efficace. Qu'importe. Au milieu des décombres de la station High Brooklyn Bridge, ligne A, Mélusine oubliait d'avoir froid.

L'alerte l'avait tirée du sommeil, là-bas, de l'autre côté de l'Atlantique, dans sa petite maison écossaise. Elle n'avait pas vraiment pris le temps de réfléchir - enfin, juste ce qu'il fallait - avant de transplaner ici, à quelques miles de la Tour Antarès. Comme toujours ces derniers temps, l'attentat avait été finement mené. Juste assez proche du QG de l'Opposition pour que l'emplacement de l'attaque ne puisse être considéré comme choisi au hasard. Juste assez loin pour ne pas véritablement leur porter atteinte. Perpétré par un groupe inconnu et bien évidemment non revendiqué, il y avait fort à parier que les
rumeurs, dès le lendemain, mettrait le tout sur le dos de cette Résistance dont la côte de popularité battait de l'aile. Autant dire que les partisans de la liberté n'étaient pas exactement en odeur de sainteté, ces temps-ci.

Alors, pourquoi elle, vaguement Colonel et carrément Résistante, sur les lieux d'un crime dont elle n'était ni la coupable ni la victime ?
Et l'humanité dans tout ça ?
Elle aurait pu se contenter d'être là pour la pub, à titre de démenti vivant à tout ce que murmurait l'opinion populaire. Elle aurait pu se contenter de n'en faire qu'à sa tête à risquer sa peau en territoire ennemi, à faire du rentre-dedans dans les a priori et à narguer les impératifs.
Comme si on pouvait la réduire à si peu.
Non, dans cette guerre qui la dégoûtait un peu plus chaque jour, elle suivait son propre chemin, en parallèle de tous ses engagements. Ses combats l'amenaient à lutter, à blesser, à mutiler, à détruire. A voler des vies qui ne lui appartenaient pas. Son petit jardin au pied de Arthur's Seat fleurissait sans cesse de nouveaux arbres à souvenirs, de mémoire à honorer. D'ennemis pourfendus et d'amis tombés au combat. A toutes ces vies perdues, elle tentait de léguer un tribut. En appliquant la règle de trois. Une de perdue, trois de sauvegardées. En distillant son énergie à tort et à travers, St Bernard pathétique qui essayait juste de grappiller un peu de paix à l'âme, de se conserver un semblant d'humanité.

A genoux dans les gravas, elle défiait la fatalité, s'écorchant les mains à repousser l'horreur dans ses frontières.
Elle était là depuis deux heures, à guetter un souffle, un battement de cœur, un semblant de vie. A accrocher une main, à offrir un dernier regard, un dernier sourire, à toutes ses âmes qui n'avaient rien demandé d'autres que de vivre et qu'on privait, sans raison, du droit d'exister.
Au milieu des officiels, des volontaires, des bénévoles, les noms, les origines, les différences volaient en éclats. On se foutait de qui était qui. On se contentait d'unir ses forces pour révoquer le mal. Apaiser la douleur. Distiller un peu d'espoir.
Mélusine savait qu'elle n'en récolterait probablement que des cauchemars, qui viendraient s'ajouter à la longue liste de tout ce qui tourbillonnait dans sa tête et ne filait pas très droit. Et après ? Petite touche par petite touche, le monde finirait peut-être par tourner plus rond.

Elle était là depuis deux heures et l'effervescence des premiers temps était un peu retombée. Moins de tumulte. Au milieu des gémissements, des questions et de tout ce fouillis vocal qui donnait envie, rien qu'un instant, de perdre l'ouïe, de ne plus rien entendre, voir était bien assez, un son, léger, en arrière plan, vint frapper à son oreille. Presque une hallucination auditive. Presque un rien du tout à négliger. Mais son intuition contre-attaquait, refusant de la laisser stagner dans la facilité. Il fallait qu'elle cherche, qu'elle trouve l'origine de ce bruit. Là. Maintenant. Ambulanciers et Médicomages pouvaient bien se passer d'elle un moment. Elle n'avait de toute façon jamais brillé dans les sortilèges curatifs.
Un pas, deux pas. Une oreille qu'elle tend, dans toutes les directions. Par là. D'un doute, le bruit devient une certitude. Il y a quelque chose, quelqu'un, quelque part. Un S.O.S., du morse, une bouteille à la mer. Trois pas, quatre pas. C'est ici. Le crissement est horrible, agresse les nerfs mais réveille les neurones. C'est ici. Là. Quelqu'un.
Mélusine creuse un peu. Sortilèges. Mains et ongles. En alternance. Elle déniche deux doigts, puis trois, agrippés à un bout de pierre comme on s'accroche à la vie. Elle tend sa propre main, effleure cette peau couverte de poussière, de sang, d'horreur. A mi-voix, elle murmure des incohérences :


« Je suis là. Je suis là. On arrive. on va vous sauver. Vous n'êtes plus seule. »

Ses "r" roulent, son accent resurgit, sa voix déraille. L’émotion. La fatigue.
D'un coup de baguette, elle envoie des étoiles rouges flotter au-dessus d'elle. C'est le signal.


« Je suis là. Les renforts arrivent. Je suis là. »

Une dernière promesse murmurée. Il va lui falloir lâcher cette main pour dégager le corps auquel elle appartient. les sortilèges de lévitation, ça, elle maîtrise.
Wingardium Leviosa. Répété. Encore et encore. Comme un mantra. Comme une prière.




« When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up.
I wrote down ‘happy’.
They told me I didn’t understand the assignment,
And I told them they didn’t understand life. »
John Lennon


Dernière édition par Mélusine McEwan le Dim 14 Avr 2013 - 13:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "Je" [PV Mélusine]   Dim 2 Déc 2012 - 13:25

On me parle.

Je ne suis plus seule.

Quand je sens mes doigts serrés par cette main secourable, ce sont des spasmes qui m'agitent à présent. Un torrent de larmes dévale sur mes joues. La joie est présente, mais la peur est toujours là. La douleur la prend par la main pour qu'elle puisse cohabiter avec cette joie soudaine. Tout est contradictoire en moi à ce moment là. Je m'accroche à cette main en espérant qu'elle ne me lâche plus jamais.

Quelqu'un est là.

Mes ces doigts sauveurs n'empêchent pas mon autre main de continuer à serrer ce morceau de béton et de de taper de toutes mes forces sur la tôle à côté. Pour pas qu'on me lâche, pour pas qu'on m'oublie, pour supporter les heures qui seront nécessaires pour me dégager de là. Car ça va durer. Je ne sais pas combien, mais ça va durer. On dirait qu'un tremblement de terre a tout balayé autour de moi.

La voix me parle encore.

Je veux me persuader que ça vaut le coup, qu'il faut que je tienne le coup. Que je vais vivre. Je n'entends plus rien que cette voix qui me parle. Une femme.

De tout ce qu'elle me raconte je n'entends que 'Je suis là'. Je veux voir cet autre 'je' qui m'attend. Ce 'je' qui m'a probablement sauvée et qui vient juste de lâcher ma main. Malgré tout je sens que ce n'est pas pour encore que je vais sortir de ce trou. Je pleure, je sens que je commence à retrouver ma voix. Je crie mais ma poitrine m'intime l'ordre d'arrêter. J'ai trop mal. Je n'en peux plus. J'entends des paroles étranges à mesure que je ferme les yeux. Je lâche. Je ferme les yeux. Je lutte. La pression sur mon corps commence à s'atténuer pourtant je n'ai pas la sensation que des engins de désincarcération soient là.. Je ne comprends plus. Mes poumons respirent plus facilement... C'est le trou noir.

...................................................................................................................................................

Quand mes yeux s'ouvrent, c'est sur un ciel nuageux. J'ai chaud. Je n'ai plus de débris dans ma main. Je suis à l'air libre. Je suis sauvée. Il y a une couverture de survie et une veste posées sur moi.

Du monde s'agite. On m'a couverte. Il me semble être sur un brancard. Il y a quatre personne parlant de moi. Elles sont toutes en blouse. Et une qui ne dit rien. Elle est à côté de moi. Mécaniquement je tends la main vers elle. Je saisis ses doigts. C'est une femme, grande, maigre, et rousse. Personne semble se préoccuper de son avis. Elle ne doit pas faire partie des services de secours. C'est peut-être elle qui m'a repérée. Ma bouche s'ouvre pour lui parler mais aucun son ne sort à nouveau.

J'ai moins mal. Sans doute m'a-t-on injecté quelque produit anti-douleur. Quand finalement on s'aperçoit que j'ouvre les yeux, on m'assaille de questions. Mes doigts serrent ceux de l'inconnue et mes yeux s'embrument. J'entends mais tout s'emmêle. Je ne fais que pleurer. Finalement j'arrive à articuler un mot qui n'est destiné qu'à la jeune femme.

- Merci.
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: "Je" [PV Mélusine]   Mer 2 Jan 2013 - 23:15

En dépit de sa résolution de l'an 2000 où elle s'était promis de ne plus jamais verser une larme en public (le public en question trouvant son minima requis dès la concentration simultanée de trois personnes au même endroit au même moment), Mélusine n'avait jamais vraiment réussi à s'immuniser contre les effusions lacrymales. Impossible de rester insensible, en tout cas à un tel regard, à cette femme qui, au milieu de nulle part, du fin fond de son anonymat, la faisait unique pour une seconde, dans un monde qui lui rappelait trop souvent qu'il pouvait très bien se passer d'elle.
Aussi, même en plein risque de contagion émotionnelle, elle réussit à bégayer un sourire, le regard luisant. Instinctivement, elle sera la main de l'inconnue un peu plus fort, avant de se rendre compte de sa boulette (il n'y avait à peu près que le sourcil droit et le genou gauche de l'inconnue pour s'être sortis indemnes des décombres) et de balbutier un mot d'excuse, assorti d'un nouveau sourire qui se voulait un chouïa plus vaillant.

Les services d'urgence surchargés réussirent à dépêcher un de leurs véhicules. Mélusine tenait toujours sa main quand, enfin, les hommes en blanc se décidèrent à embarquer le lit à roulette dans leur camionnette, et l'inconnue avec. Contrainte et forcée, elle fut bien obligée de lâcher la rescapée et de la voir engouffrée dans cette grande boîte à roues. Frustrée, désorientée, elle ne parvenait pas à percuter qu'une fois les portes refermées, s'effacerait doucement cette rencontre-catastrophe et que l'une et l'autre se glisseraient mutuellement dans le flou d'un souvenir.

' Et qu'est-ce qui t'oblige à l'accepter ? '

Le fait qu'elle n'avait plus rien à faire là ? Qu'elle avait accompli sa mission d'un soir ? Que son âme pouvait s'apaiser un peu d'avoir fait le bien plutôt que la guerre ?

' Qu'est. Ce. Qui. T'oblige. A. L'accepter ? '

Rien, bien sûr. Évidemment.
Elle était trop jeune pour être résignée.
Elle était trop elle pour renoncer à une impulsion un peu folle née d'un merci abandonné à son oreille ou d'un regard échangé.
Sans demander l'avis de personne, et avant que l'homme en blanc referme tout d'un claquement de portière, Mélusine sauta juste en face de lui et se faufila dans le fourgon blanc, surmonté d'un gyrophare aveuglant. A l'intérieur, ça sentait ces produits par lesquels les Moldus juraient éradiquer le mal et qui étaient juste une infection à part entière.


« Je l'accompagne. C'est moi qui l'ai trouvée. Et puis je suis sorcière. », lança-t-elle à l'homme en blanc à titre de présentation, sans trop savoir lequel des deux arguments était le plus percutant.

L'infirmier n'y trouva étonnamment rien à redire.
Et Mélusine s'installa bancalement aux côtés de la rescapée. Erreur n°1.
Ça n'était pas très intelligent de sa part de s'embarquer à bord de cet engin à destination d'elle-ne-savait où, en compagnie de deux illustres inconnus. Ça n'était pas très intelligent et ça n'était pas très prudent non plus. Elle ne s'était jamais targuée d'être l'un ou l'autre, aussi balaya-t-elle d'un haussement d'épaules le petit pincement ressenti du coté de son instinct de préservation.

Pendant que Monsieur Blanc s'occupait à d'obscures manipulations probablement d’origine médicales, elle dévisagea à nouveau l'inconnue en essayant de transmettre par un simple regard du réconfort, de la compassion et un peu d'espoir. Ça faisait beaucoup pour deux yeux bleus qui, ces derniers siècles, passaient plus de temps à pleurer qu'à sourire.


« Je m'appelle Mélusine. Je reste avec vous. », ajouta-t-elle, pas très sûre que ses yeux soient capables de transmettre des émotions qu'elle ne ressentait probablement pas assez fort.

Erreur n°2.
Pourquoi ne pas décliner son identité, son grade résistant et les missions en cours du temps qu'elle y était. En plein territoire ennemi, sans aucun back-up pour assurer ses arrières et sans personne pour savoir où elle se trouvait, elle avait eu de meilleures idées.




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MessageSujet: Re: "Je" [PV Mélusine]   Dim 10 Fév 2013 - 1:57

Pourquoi? C'est la seule question qui me préoccupe. Je ne suis plus seule et c'est la seule question qui semble évidente à mon esprit tordu. Quelqu'un insiste pour rester avec moi dans ce qui doit être une ambulance. C'est encore elle. Ma sauveuse. Sa mission est finie ici et pourtant elle est là. Elle insiste. Je l'entends. "Et puis je suis sorcière" pose l'argument ultime.

Je l'entends et d'un coup, tous les bruits environnants semblaient démultipliés à présent. Le volume de sa voix également. Tout se fracasse. C'est une torture. Était-ce le contre-coup? Ma main valide était encore dans celle de la jeune femme... Faites que cela cesse ! Pas sa main... Mais tous ces bruits ! Toujours les mêmes... Les cris, la tôle, les voix... Chaque décibel semble me déchirer les tympans et me ramener là-bas. J'aurais peut-être dû y rester... c'était peut-être ma destinée.

Un médecin s'occupe de moi. Avec tout ce qu'on m'infiltre dans le corps comme produits j'ai l'impression de flotter avec ma douleur qui s'envole. Elle est là mais ne me gêne pas. L'homme s'active, vérifie, note, palpe, et pour finir, transmet un message radio. Lui aussi m'arrache les oreilles. Curieusement, seule la voix de la jeune femme paraît normale dans tout ce fracas. Elle n'était pas spécialement douce. Elle ne semblait pas spécialement compatissante. Malgré tout le mal que je pouvais avoir à rassembler mes pensées, je n'arrivais pas à discerner la moindre émotion dans sa voix. Mais au final, ce qui était le plus certain, c'est que je m'en fichais. Mon corps était en mille morceaux et je ne savais pas si j'aurais assez de force de caractère pour guérir. Je n'avais pas besoin d’apitoiement. Aucune émotion n'arrivait à percer le bouclier chimique qui infusait dans mes veines. Les mots n'avaient aucun relief, presque aucun sens pour moi.

Je m'accroche à sa main comme à une bouée avant de me perdre dans ses yeux. Un nouveau choc me secoue, terrible. C'est véritablement la première fois que c'est le cas. Dans le regard de cette femme coexistent plusieurs palettes d'émotions aux variations intenses. Chacune doit refléter une blessure particulière, une couleur de sa vie. Tout en cassure. C'est ça qui me saute aux yeux. C'est une personne brisée, comme moi mais pas tout à fait. C'est peut-être pour ça qu'elle reste avec moi, et peut-être aussi pour ça que ma main reste dans la sienne.

« Je m'appelle Mélusine. Je reste avec vous. »

J'arrive encore à penser. Pourtant, au moment de lui répondre. Il n'y a rien de cohérent dans mon esprit. J'ouvre la bouche mais rien ne vient. Je ferme les yeux et essaie d'inspirer comme je peux malgré mes douleurs. Je recommence. Nom et prénom restent absents, enfouis dans mes débris. Encore une fois. Ma bouche s'ouvre mécaniquement... Je dois ressembler à un poisson hors de l'eau et soudain un torrent de larmes dévale sur mes joues.

- Je suis désolée...

C'est la seule chose que je suis capable d'articuler.
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Mélusine McEwan
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MessageSujet: Re: "Je" [PV Mélusine]   Mar 16 Avr 2013 - 23:04

L'espace d'un instant, l'espace d'une tension, Mélusine se sent sur le point d'insister. Vexée, froissée. Que la blessée ne lui fasse même pas assez confiance pour lui dévoiler un fragment d’identité. Et puis ? C'était elle qui l'avait sauvé, non ? Un pauvre petit nom, ça n'était tout de même pas si terrible. Elle n'avait probablement jamais aimé qu'on lui balance un silence en échange de sa présentation.

La fatigue la rendait irritable et elle aurait de toute façon détesté se croire parfaite. Elle avait mauvais caractère et c'était tant mieux. Le tout sucre et tout miel, ça existait peut-être, mais loin de son univers personnel.
Ses lèvres ravalèrent des paroles qu'elle ne prononcerait pas. Bloup, bloup. Bouche ouverte, ouche fermée, lèvres scellées. Rien qui ne soit autorisé à franchir le barrage. Tant que ses pensées restaient enfermées dans sa tête, elle n'était pas encore un monstre, pas vrai ? Juste une fille bizarre aux sautes d'humeur sans queue ni tête.
Cette fois, elle ne sourit pas mais esquisse une petite mimique qui veut dire que ce n'est pas grave. Que ce qui est grave, c'est ce qu'il y a eu, là, dehors. Cette boucherie aux dimensions monumentale. En comparaison, un petit prénom de rien du tout ne faisait pas le poids. Alors qu'elle arrête de se faire une fixation dessus ! Il était temps de passer à autre chose.

Pour faire passer les minutes qui s'étirent entre le High Brooklyn Bridge et l’hôpital le plus proche, elle se lance dans la narration d'une histoire improbable, petite conte moderne, léger et sans conséquence, dont elle invente les péripéties à chaque détour de rue. Petit conte bancal dont la seule prétention est de faire passer le temps. De garder l'attention de l'inconnue concentrée. D'oublier combien elle, elle déteste se trouver à bord d'un de ces engins à roues qui prétend à la vitesse mais ne sait même pas décoller du sol. Ca vire dans tous les sens, ça freine sans crier gare... comment faire confiance à une telle aberration ? Il y a parfois du bon à être sorcière et à avoir une immunité quelques crans au-dessus du Moldu moyen.

Son histoire se déroule, sans vraiment de fin à l'horizon. Juste la volonté de garder le regard de la rescapée fixée sur elle. Il ne fallait surtout pas qu'elle ferme les yeux. Pour ça, sorciers et moldus étaient pareils : sombrer dans l'inconscience après un tel choc était forcément mauvais signe.

Enfin, la tension de l'homme en blanc, qui s'était assis à côté d'elles sans dire le moindre mot, se relâcha un peu. Ils étaient arrivés. D'autres que lui allaient prendre la vie de l'inconnue en main.

Les quelques minutes qui suivirent furent le théâtre d'un manège strictement incompréhensible aux yeux de Mélusine. Des tables à roulettes, des sachets suspendus, des sangles, des machins et des trucs. Un jargon qui devait être une autre langue. Et elle, obligée de lâcher cette main qu'elle serrait depuis le début, laissée pour compte, sur le parvis de cet hôpital immense, tout en sirène et affolement.
Et puisqu'on ne lui demandait rien, elle fit son petit bonhomme de chemin vers l'intérieur du bâtiment. On ne lui avait rien interdit, right ? Et elle n'avait franchement pas envie de faire le trajet retour jusqu'à son Ecosse. Elle ne serait de toute façon probablement pas rentrée entière. Trop crevée pour écarter le danger d'être désartibulée.
Une fille en blanc, sans doute pas plus vieille qu'elle, finit par la prendre en main, à la voir errer sans but, comme une âme en peine, dans le hall d'entrée aux odeurs abominables. Son badge disait qu'elle se prénommait Margaux. Drôle de prénom pour une Américaine. Elle lui fit cracher son histoire, lui trouva un coin où s'asseoir et lui colla un gobelet de café entre les mains. Planquée sur un siège en plastique à attendre. Elle qui n'aimait pas le café.

Mais elle s'était promis une chose. Elle ne lèverait pas ses fesses de cette foutue chaise tant qu'on ne viendrait pas lui annoncer que l'inconnue s'en était sortie. Ou pas.




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