J’éprouve une vive hésitation lorsque, ayant la certitude que j’étais le Passeur, madame Coolwater la sanglante me propose de saisir son Ki. Elle m’a dit, je cite « il est magique et supporte très mal le doigté d’un étranger. »
Je n’ai aucune envie de finir électrocuté, désartibulé, stupéfixé ou n’importe quel sort réservé aux étrangers désirant s’emparer de son arme magique. Pourtant j’ai bon loisir de penser que si je ne m’effectue pas dans la seconde, la charmante va me prendre par les oreilles et les tirer jusqu’à ce qu’elles m’arrivent aux genoux. En dehors de tout souci esthétique, une telle humiliation à mon âge... non, pas question !
Je tends une main paniquée vers l’arme tout en regardant tour à tour Sacha et Mareva.
Lui a le visage fermé et je ne parviens pas à lire quoique ce soit. J’aurais aimé qu’il m’envoie un de ces petits messages psychiques : « oui, vas-y, tu ne crains rien » ou « fais attention, elle est train de penser ‘pourvu qu’il touche Ki pour que je le réduise en cendre’. » Je trouve que ce sont de bonnes raisons d’entrer dans la tête des gens les raisons qui évitent un risque éventuel de trépas.
Elle a le visage grave. Elle suit ma main du regard et semble espérer autant que moi que je ne vais pas terminer en cendres. Elle ne me voit plus, il n’y a que ma main et son contact avec le morceau d’argent qui compte.
Puis, de nouveau, une foi incommensurable en la Prophétie m’encourage à m’abandonner à ce risque. Il n’a jamais été écrit nulle part que je devais expirer par la main ou le glaive de La Kalista. Au contraire, ce qu’a dit cette Prophétie, aussi incroyable cela soit-il surtout quand on prend en compte ce qui nous concerne elle et moi, m’a l’air tout bonnement possible.
Je pose ma main sur Ki.
Une lumière turquoise entoure soudain l’objet. Des volutes bleues d’un fluide sans matière entoure mon bras et se répand tout le long de mon corps. Je sens une chaleur paisible m’envahir. Je me sens, comme jamais, en phase avec le monde entier. Quand mon poing se referme sur le sabre et que je le porte devant moi, j’ai la sensation de n’avoir jamais été aussi puissant, serein et chevronné.
Pacifique et grandiose, je regarde Mareva. J’aimerais qu’elle me dise si tout cela est normal... Mareva ? Son visage rayonne d’un sourire que je ne lui aurais jamais cru possible de sourire : un gracieux, doux, heureux et fier sourire. Elle irradie le soulagement enchanteur d’une mère qui verrait son enfant prendre son marcher sans tomber pour la première fois. Je la trouve belle alors. Ses yeux, sa bouche, cette expression sont un hoquet, une émergence de quelque chose qu’elle est au fond d’elle et qui a disparu au fil des années, aplati par tous les obstacles que la vie a laissé choir sur son bonheur. Le hoquet ne dure pas. Elle m’ordonne de le poser son arme. Je pose.
Sacha...Tous les trois autant que nous sommes n’arrivons pas à trouver de mots. Impassible, Sacha transplane. Il me dit seulement qu’on se retrouve au QG pour discuter de ça. Il me dit que je peux emmener ma nouvelle copine si je e désire. Mareva essaye de l’attraper par le cou mais il a déjà disparu et ses mains se referment sur le vide.
Madame, lui dis-je en souriant,
rangez votre sabre, je vous emmène manger quelque chose, j’ai envie de vous questionner au sujet de ce sabre.
27 ansArchiviste au Ministère
Département et régulation des créatures magiques
Père d'une petite fille prénommée Avril (5 ans)Modérateur et responsable de la vie politique au ministère et des infos officielles